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L’autodissolution du parti communiste italien

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Le Parti Communiste Italien, né en 1921, a été dissous par son 20è congrès en janvier 1991. Cette auto-dissolution est l’issue d’un long processus, dont tous les protagonistes n’avaient sans doute pas projeté ni le déroulement, ni la fin. Ainsi, le secrétaire général du PCI, Enrico Berlinguer, qui avait, au lendemain du coup d’Etat de Pinochet au Chili en 73, estimé qu’il n’était pas possible de diriger un pays avec un gouvernement minoritaire ou disposant d’une trop faible majorité, avait-il proposé en 74 pour l’Italie ce qu’il avait appelé un « compromis historique » entre les forces communiste, socialiste, et chrétienne. Cette proposition, loin de faire l’unanimité dans le PCI, avait cependant eu un grand écho dans le pays et, dans l’immédiat, le PCI avait obtenu le meilleur score électoral de son histoire passée et future aux élections de 1976, avec 34,4% des voix. La démocratie chrétienne, qui était également, sous l’impulsion d’Aldo Moro, à la recherche d’un nouveau dispositif politique du pays, s’était ralliée à l’idée de convergence démocratique. Et, peu à peu, le PCI s’était approché d’une participation gouvernementale, ce qui n’avait pas eu lieu depuis 1947. C’est alors qu’Aldo Moro était enlevé puis assassiné en 1978 par les « Brigades rouges ». Bientôt, le PCI, accusé simultanément d’être complice des terroristes et co-responsable de la politique gouvernementale, avait mis fin en 1979 à sa participation à la majorité et tentait une stratégie qui faisait plus de place au mouvement social, alors que le « compromis historique », du moins dans sa mise en œuvre politique sous forme de « solidarité nationale », donnait la prééminence aux rapports entre formations. La mort brutale de Berlinguer, en 1984, contribuait à fragiliser le PCI, son successeur Alessandro Natta n’ayant pas le poids charismatique de Berlinguer.

Offensive patronale
La fin des années 70 et le début des années 80 voient en Italie, dans le contexte d’une forte offensive conservatrice mondiale, le patronat marquer des points sur des questions importantes comme le démantèlement de l’échelle mobile des salaires (accepté par référendum en 1985), le développement de la flexibilité, la concentration des entreprises, en même temps que la valorisation idéologique de l’entreprise, Fiat devenant une sorte d’emblème national, symbole d’un consensus idéologique fondé sur le profit, symbole de stabilité et de sécurité dans un monde de précarité. La politique de la grande entreprise commence ainsi à structurer un consensus majoritaire sur l’impossibilité de réponses indolores à la crise et l’acceptation des mesures d’austérité ; les solutions de la classe dirigeante sont perçues comme salutaires ou inévitables. Cette offensive bénéficie d’un affaiblissement du syndicalisme de classe, résultant des règles de l’unité syndicale qui conduit la CGIL à accepter que ses initiatives soient conditionnées par les autres syndicats.

Questions pour un consensus
Lors du 17è congrès du PCI en 1986, marqué par une forte présence des cadres du parti, Natta prend des distances philosophiques avec le marxisme (le concept de lutte des classes « est un concept que nous utilisons tous de moins en moins », dit-il tout en montrant combien il reste opératoire). Le congrès rejette les amendements qui proposent comme perspective le dépassement ou la sortie du capitalisme ; le PCI se proclame « partie intégrante de la gauche européenne » et « refuse d’anticiper sur les évolutions historiques », déclarant cependant qu’il « n’est pas actuel de penser à une adhésion à l’Internationale socialiste ». Mais des délégués relèvent aussi l’affaiblissement des valeurs de solidarité et d’égalité dans la société italienne, les réactions racistes contre les gitans et les travailleurs immigrés, le recul des valeurs d’égalité entre les sexes. Le PCI ne se présente plus comme parti révolutionnaire porteur d’objectifs transformateurs, mais comme « parti réformateur moderne », comme l’annonce la banderole de la tribune.

Le secrétaire général de la CGIL, principale confédération syndicale,  déclare que s’il vivait en RFA, il serait au SPD. Le Comité central du PCI refuse un amendement de Luciana Castellina qui affirme que « le reaganisme exprime une réponse de longue durée à la crise de l’ordre capitaliste des années 70 ». Giorgio Napolitano, l’actuel Président de la République, alors responsable du secteur « politique étrangère » du PCI, confirme dans une interview du 8 mai 86 au magazine « Panorama » que « l’URSS est à la tête d‘un des 2 blocs politico-militaires », ce qui n’est guère discutable, mais ajoute : « et nous sommes avec l’autre ».
Enrico Berlinguer, secrétaire général du PCI de 1972 à 1984
Enrico Berlinguer, secrétaire général du PCI de 1972 à 1984
Affaiblissement du PCI et de l’identité communiste
En 1987, ont lieu des élections législatives anticipées (pour la 5è fois depuis 1968). L’Italie traverse une crise politique mais le président de l’organisation du grand patronat italien (Confindustria) écrit dans « le Figaro » du 15 juillet 87 que « l’Italie est championne, au moins potentiellement, du capitalisme ». Le résultat des élections, avec 26,6% des voix pour le PCI, est, selon le mot de Natta, « une défaite ». A part les élections européennes de 84, toutes les élections depuis 1976 ont été marquées par le tassement de ses voix, surtout dans les secteurs ouvriers et populaires, dans les villes industrielles, dans les zones «« rouges » de Rome. L’insatisfaction des électeurs reporte leurs voix sur certaines formations « radicales » (Démocratie prolétarienne), sur les Verts, mais aussi sur les socialistes et les démocrates chrétiens. Un dirigeant du PCI, Lucio Magri, parle d’ « affaiblissement de l’identité communiste » et Alessandro Natta se demande si l’idée qu’il fallait rassembler ne l’a pas emporté sur le contenu du rassemblement. La majorité gouvernementale de centre droit, forte de 57% des suffrages, est renforcée, le Parti socialiste italien améliore ses résultats : avec 14,3% des suffrages, il retrouve son niveau des années 50. Le président de la Confindustria., toujours dans la même interview au « Figaro » du 15 juillet 87, annonce qu’« il importe que le nouveau gouvernement adopte des règles précises pour l’action économique, la libéralisation des capitaux, la modernisation de l’appareil administratif public… nous avons de bonnes chances d’aboutir ».

Les années 88-89 sont marquées par la volonté d’accentuer et accélérer la restructuration de l’économie et de la société italiennes. Les gouvernements « pentapartites » (socialistes, sociaux-démocrates, libéraux, républicains, démocrates chrétiens), font en sorte d’élargir les espaces politiques et économiques ouverts au capital privé, dans l’enseignement supérieur (au nom de l’autonomie des universités), la recherche, la culture. Le ministre du Trésor, Guido Carli, ancien président de la Banque d’Italie, ancien président de la Confindustria, déclare dans « la Repubblica » du 29 juillet 89, que, pour résorber le déficit de l’Etat, il faut commencer à « céder le patrimoine de l’Etat » : téléphone, banques, assurances, électricité.

Signes prémonitoires et préliminaires
Le PCI opère activement pour un rapprochement avec les partis sociaux-démocrates européens. Giorgio Napolitano, dans « l’Espresso » déclare en décembre 88 que, s’il n’est pas possible que le PCI « s’intègre actuellement dans le groupe socialiste à l’Assemblée européenne, car seuls en font partie des formations appartenant à l’Internationale socialiste ; les choses pourraient être examinées autrement si les conditions devenaient moins contraignantes ».

En 1989, Natta ayant démissionné de ses fonctions de secrétaire général du PCI pour raisons de santé, son successeur, Achille Occhetto, exalte lors du 18è congrès la valeur historique et future du nom de parti communiste « et alors, on ne comprend pas pourquoi nous devrions changer de nom ». Mais il annonce aussi que « si un parti, face à des transformations de vaste portée et face à des faits qui changent l’ensemble du panorama politique global, décidait, de façon autonome et non à cause de circonstances extérieures, de donner vie, avec d’autres, à une nouvelle formation politique, alors oui, il s’agirait d’une chose sérieuse, qui n’offenserait ni la raison ni l’honneur d’une organisation politique ».

Dès le lendemain de la chute du mur de Berlin (9-10 nov. 1989), il commence à parler, hors des instances du parti, d’une initiative importante, justifiée par des raisons italiennes et internationales, non pour changer le nom du parti, mais pour « donner vie à une nouvelle formation politique ». Il soumet cette proposition le 13 novembre 1989 au secrétariat du Comité central, le 14 à la Direction du parti, où elle suscite de fortes oppositions. Le 20 novembre, le Comité central adopte cette proposition qui doit être soumise à un congrès extraordinaire qui ouvrira une phase constituante, pour une organisation dont on ne définira le nom que plus tard et qui, en attendant, s’appelle « la cosa » (la chose) ; on annonce d’emblée qu’elle demandera son adhésion à l’Internationale socialiste, avec pour mission de jouer un rôle d’impulsion pour sortir la gauche européenne de sa crise. La phase constituante doit déboucher sur un congrès. Cette proposition s’adresse aux forces progressistes et de gauche, non  aux partis politiques, mais Occhetto parle des verts, des radicaux, de la gauche souterraine, des socialistes et des démocrates chrétiens de gauche. Effectivement, la préparation de ce congrès a donné lieu à des rencontres, clubs et même à un référendum parmi les lecteurs de l’hebdomadaire « l’Espresso ». Le 19è congrès (mars 1990) se trouve placé devant 3 motions, inamendables, ce que certains délégués ont contesté, et le congrès ne peut qu’enregistrer les votes des sections. Un peu moins de 30% des membres du parti ont participé aux débats préparatoires, ce qui est plus que d’ordinaire, mais peu compte tenu de enjeux de ce congrès. La motion Occhetto l’emporte avec environ 70% des mandats et le PCI s’engage dans la constitution de « la chose ».

Le congrès de l’auto-dissolution
Occhetto, considérant que l’effondrement des systèmes politiques de l’est européen ouvre une nouvelle période historique, estime qu’il faut se débarrasser d’idéologies dépassées, surmonter les divisions historiques du mouvement ouvrier et trouver une réponse à la crise d’identité du PCI, à ses échecs politiques, à ses défaites électorales, à son vieillissement, au relâchement de ses contacts avec le monde du travail. Le 20è congrès (Rimini, 31 janv.-3 fév. 1991) a vu la convergence des « colonels » (c’est ainsi qu’on appelait ses proches) d’Occhetto avec ceux qui se définissent comme relevant d’une « aire réformiste », « à la recherche d’objectifs de liberté et de justice qu’il est concrètement possible de poursuivre ». Ils refusent une stratégie de rupture avec le capitalisme. L’objectif est, pour eux, que le nouveau parti soit capable d’exprimer « une culture et une capacité de gouvernement », de tenir compte des contraintes budgétaires, d’avoir une vision « non étatiste des rapports entre public et privé dans l’économie ».

Parmi les opposants à cette orientation, Nichi Vendola se dit dérouté par le « vide d’analyse et de jugement sur une phase longue, une décennie intense, durant laquelle s’est consommée la défaite historique de la gauche mondiale ». Ces opposants jugent que « suppprimer l’identité des communistes est une erreur gravement dommageable pour toute la gauche […] L’erreur n’a pas été d’être trop communistes. Elle a été au contraire de ne pas avoir développé une critique rénovée des nouvelles formes d’exploitation et de domination ». Pour eux, le tournant engagé avec le  congrès précédent pèche pour 3 raisons :
« a/ l’absence d’une analyse de classe, moderne, de la société
b/ un déplacement de l’axe culturel vers des positions subalternes par rapport  à des idéologies modérées
c/ une idée de la politique de sommet, qui privilégie le recours aux medias et les fonctions de leader ».

D’autre part, ce 20è congrès congrès ayant lieu au moment de la guerre du Golfe, Giorgio Napolitano s’oppose à la demande de retrait des forces italiennes dans le Golfe, objectant que ce ne serait qu’un geste de propagande. Mais beaucoup estiment démentie l’analyse d’Occhetto qui ne voyait dans l’effondrement des systèmes politiques d’Europe de l’est que des possibilités de développement démocratique et la fin de la guerre froide et de la politique des blocs.

Ce congrès est intervenu dans un climat de démobilisation des adhérents : plus de 100 000 adhérents n’ont pas repris leur carte. Mais cette phase constituante a associé de nombreux interlocuteurs extérieurs qui, n’appartenant pas au PCI, décident d’adhérer à la nouvelle formation  (57 000 adhésions).

Le congrès adopte la motion Occhetto par 807 voix, 75 contre, 49 abstentions, 328 délégués étaient sortis de la salle pour manifester leur volonté de faire sécession. Occhetto est difficilement élu secrétaire général. Le Parti démocratique de la gauche était né. Plusieurs opposants continuèrent d’en faire partie, espérant pouvoir y rassembler de nombreux hésitants susceptibles d’être convaincus de la possibilité d’une force communiste dans ce parti.

On conçoit le désarroi des militants et des sympathisants du PCI devant cette disparition du PCI. Le 10 février 1991, quelques milliers de militants se rassemblent à Rome et fondent le Mouvement pour la refondation  communiste, qui deviendra par la suite le Parti de la Refondation communiste.

Les conséquences ne se font pas fait attendre : c’est un recul idéologique et politique global pour le monde du travail. En septembre 1992, la Confindustria fait presque explicitement savoir qu’elle ne se sent plus liée  aux forces qui ont jusqu’alors gouverné l’Italie et qui, effectivement, ont disparu des résultats électoraux (le Parti socialiste, la Démocratie chrétienne, le Parti libéral, le Parti social-démocrate). Achille Occhetto déclare que la gauche rénovée pourra donner « à la crise italienne une réponse que les vieilles classes dirigeantes ne sont plus en mesure d’élaborer ». La CGIL précise un élément de cette réponse, lors de son congrès fin  octobre 1992 :  il en sort un  syndicat défini comme « post-ouvrier », qui en a fini avec « le mythe du rôle central de la classe ouvrière ». Le syndicat doit défendre les travailleurs, les usagers, l’entreprises, les compatibilités. Si l’on ne tient pas compte des compatibilités entre ce qu’on demande  et ce qui est possible, « on aura l’air de Martiens », affirme le secrétaire général : le syndicat doit donc fixer ses propres limites, il ne sert à rien de refuser par principe les mises à la retraite anticipée, la flexibilité, le chômage économique. On voit se dessiner la possibilité d’un nouveau pacte social où les syndicats auraient pour rôle de contenir les éventuels excès des salariés et des entreprises. Au plan politique, l’arrivée de Berlusconi, à 2 reprises président du conseil, marque une régression démocratique importante.

*

Voilà donc comment un grand parti, nombreux, influent, fort d’une longue histoire de luttes (antifascisme, Résistance, « reconstruction » économique et politique après 20 ans de fascisme et 5 ans d’une guerre qui a comporté un changement d’alliance et qui a eu de fortes composantes d’une guerre civile) a disparu après une dizaine d’années de reculs politiques et de reculades idéologiques sur fond de régression sociale. Certains de ses membres ont pu espérer, soit qu’une « tendance communiste » pourrait peser sur l’activité du nouveau parti, soit que le patrimoine du PCI pourrait fructifier dans ce nouveau parti. Il n’en est rien, le nouveau parti est maintenant en train de se joindre à des formations social-démocrates, des formations de centre gauche, voire de centre droit, pour constituer un « parti démocratique » (ou « parti démocrate », à l’américaine : c’est le même mot en italien), avec comme objectif, non pas de changer la société, de briser la domination du capital, mais d’être une force d’alternance contre la droite berlusconienne. Ses actuels dirigeants font savoir leur exaspération quand reparaît le mot d’ordre d’Enrico Berlinguer : être à la fois parti de lutte et de gouvernement.

Si vous ne voulez pas que le parti communiste français connaisse le même  sort, avec les mêmes conséquences désastreuses pour la société et les travailleurs français, il y a urgence à réagir.

Pierre Laroche, PCF Paris 5

 
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Publié par le juillet 17, 2017 dans Congrès du parti 2018, Europe, HISTOIRE

 

[16-07] La rafle du Vel d’Hiv : le crime administratif

En ce jour anniversaire, voici quelques rappels sur le crime administratif qu’a représenté la Rafle du Vel d’Hiv.

Vous pourrez aussi lire ce billet comprenant des témoignages de victimes.oui la rafle du Vel d’hiv est un crime français et un chef de gouvernement étranger  ne devrait pas y être invité, ce qui est dénier la nationalité française aux juifs français.Et plus encore quand  la politique de ce dirigeant est décriée parce qu’il ne respecte pas les directives de l’ONU,  et parce qu’il est universellement considéré comme  un voyou infréquentable. Il devrait être clair que l’extermination des juifs ne doit pas être mêlée à la politique de ce dirigeant, clair pour tous y compris ceux qui soutiennent l’Etat d’Israël. Monsieur Macron une fois de plus montre à quel point il est le simple agent des forces capitalistes et fait fi des peuples, de leur histoire comme de leurs vie.Cet homme est le mépris politicien incarné. Cet article emprunté au site les Crises témoigne du caractère bureaucratique et du rôle de l’administration française. Cette affaire devrait être considérée également en fonction de ceux qui à l’époque résistèrent aux occupants et au gouvernement de Vichy, les communistes en particulier. L’appel à un dirigeant étranger a permis une fois de plus d’occulter cette réalité historique et de lui substituer des racolages communautaristes des racolages destinées uniquement à diviser la société française sur des bases qui conviennent au Capital (note de Danielle Bleirtrach

I. La rafle du Vel d’Hiv

La rafle du Vélodrome d’Hiver, souvent appelée « rafle du Vél’d’Hiv » est la plus grande arrestation massive de Juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre mondiale.

Effectuées à la demande du Troisième Reich — qui, dans le cadre de sa politique d’extermination des populations juives d’Europe, organise, en juillet 1942, une rafle à grande échelle de Juifs dans plusieurs pays européens, l’« opération Vent printanier » —, ces arrestations ont été menées par 7 000 policiers et gendarmes français, assistés de 300 militants du Parti populaire français de Jacques Doriot, sur ordre du gouvernement de Vichy, après des négociations avec l’occupant menées par René Bousquet, secrétaire général de la Police nationale.

À la suite de ces négociations, initiées par Pierre Laval, les Juifs de nationalité française ont été exclus de cette rafle qui concerna donc essentiellement les Juifs, étrangers ou apatrides, réfugiés en France, y compris plus de quatre mille enfants souvent français nés de parents étrangers.

Pour cette rafle, plus de 9 000 fonctionnaires français ont été mobilisés. 27 000 fiches de Juifs ont été extraites d’un fichier de la préfecture de police (le fichier “Tulard” ; depuis une ordonnance allemande du 27 septembre 1940 tous les Juifs français et étrangers en zone occupée devaient se faire enregistrer dans les commissariats de police à Paris et les sous-préfectures en province entre le 3 et le 20 octobre 1940 et sur cette base fut constitué un volumineux fichier juif). Elles ont ensuite été distribuées aux équipes policières chargées des arrestations.

Les Allemands, qui espéraient donc arrêter plus de 27 000 Juifs, n’en auront finalement « que » 13 152 : 3 118 hommes, 5 919 femmes, et 4 115 enfants, arrêtés les 16 et 17 juillet 1942 à Paris et en banlieue. En effet, certains policiers ont averti des familles la veille de la rafle.

Les adultes sans enfants sont rapidement envoyés vers Drancy. Les familles sont parquées pendant 3 à 5 jours dans des conditions d’hygiène dramatiques (manque d’eau, de nourriture, de sanitaires, de matelas, bruits continuels) avant d’être déportées vers les camps de Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande.

Leurs noms figurent dans les 38 convois à destination d’Auschwitz qui quittent la France entre le 17 juillet et le 11 novembre 1942.

Page Wikipedia de la Rafle

« La hiérarchie collaborait, mais la base tiquait » [Rapport du commissaire Gicquel]

II. Bilan des déportations durant la guerre

Au total, durant la guerre, 76 000 Juifs sur 330 000 ont été déportés de France. Parmi ces personnes, 11 500 enfants dont un peu moins de cent reviendront des camps. Environ 8 000 d’entre eux sont étrangers ou nés de parents étrangers. 6 000 enfants, soit plus de la moitié, ont été arrêtés par des policiers ou des gendarmes français avant d’être livrés aux nazis. Ainsi, 75% des Juifs de France ont survécu aux persécutions ; en comparaison, c’est le cas de 60% des Juifs de Belgique et de moins de 25% des Juifs de Hollande.

35 à 38 % des 135 000 Juifs étrangers (y compris les enfants nés de parents étrangers) ne sont pas revenus des camps contre 8 % des 195 000 Juifs français.

La très grande majorité des victimes françaises ont été déportées après l’été 1943, date de l’arrivée à Paris d’Aloïs Brunner, un adjoint d’Adolf Eichmann très engagé dans la mise en œuvre de la Solution finale qui ne va avoir de cesse de brusquer les autorités et d’intensifier la déportation des Juifs de France, de tous les Juifs.

III. Polémique sur les chiffres

Ces chiffres font l’objet de polémiques quant au traitement par Vichy des Juifs français, en particulier entre les historiens Robert Paxton et Alain Michel, ce dernier (fiche wikipedia) ayant déclaré :

“Depuis le début des années 1980, il est très difficile d’exprimer des idées sur le plan historique qui vont à contre-sens de la pensée de Paxton. Certains chercheurs ont arrêté de travailler sur le sujet, car le poids de cette doxa les empêchait de travailler librement. C’est un problème sur le plan de la recherche historique. On peut être en désaccord sur ce que j’écris dans mon livre – considérer que la vérité est plus du côté de Paxton ou Klarsfeld – mais le débat historique doit être libre. Il ne l’est pas aujourd’hui en France. […]

Je déteste les dirigeants de Vichy et n’ait aucune sympathie pour ces gens-là, mais je suis historien et nous ne faisons pas un travail d’avocat à charge. Nous devons déterminer le cours des événements et ce qu’a été la vérité historique. […]

contrairement à ce qu’affirme Serge Klarsfeld, je ne pense pas que l’on puisse attribuer ces chiffres à la seule action des “Justes parmi les nations”, mais principalement à la politique appliquée par le gouvernement de Vichy, qui a freiné l’application de la solution finale en France. […] Cette politique – approuvée par Pétain – a été essentiellement menée par Pierre Laval, secondé par René Bousquet. Pétain était quelqu’un qui avait un vrai fond d’antisémitisme, qui n’existait pas, à mon sens, chez Laval et Bousquet. […]

Le statut des juifs était antisémite, mais n’avait aucune volonté d’extermination. Il y avait en revanche une forte xénophobie vis-à-vis des juifs étrangers, et en répondant aux demandes allemandes pour livrer ces gens-là, Vichy s’est rendu complice de leur extermination. […]

Le gouvernement de Vichy avait bien sûr beaucoup de torts, était antisémite, mais je pense qu’il faut rééquilibrer la question et cesser de faire un récit en noir et blanc, qui diabolise Vichy et innocente les Français. […]

Je pense que ce qui caractérise cette période, c’est avant tout l’indifférence totale des Français. Les gens n’avaient rien à faire du sort des juifs, cela ne les dérangeait pas trop, parce qu’il existait une ambiance antisémite en France et en Europe depuis les années 1930 environ.” (Source)

Lire aussi cet article de synthèse d’Herodote.

P.S. les historiens en débattant encore, on n’ouvrira pas ce débat en commentaires svp…

III. La préparation de la rafle

Instruction des Allemands du 4 juillet 1942 :

Voici la circulaire n°173-42 du 13 juillet 1942 préparant la rafle :

https://www.youscribe.com/BookReader/IframeEmbed?productId=2849436&token=&width=590&height=831&startPage=1&displayMode=scroll&fullscreen=0

(à télécharger ici en version “non négatif” – désolé pour le bug)

Les Autorités Occupantes ont décidé l’arrestation et le rassemblement d’un certain nombres de Juifs étrangers. 

I – PRINCIPES

1 – A qui s’applique cette mesure ?

a ) Catégories : 

La mesure dont il s’agit, ne concerne que les Juifs des nationalités suivantes :

  • Allemands
  • Autrichiens
  • Polonais
  • Tchécoslovaques
  • Russes ( réfugiés ou soviétiques, c’est à dire “blancs” ou “rouges”)
  • Apatrides, c’est-à-dire de nationalité indéterminée.

b) Age et sexe : 

Elle concerne tous les Juifs des nationalités ci-dessus, quel que soit leur sexe, pourvu qu’ils soient âgés de 16 à 60 ans ( les femmes de 16 à 55 ans).

Les enfants de moins de 16 ans seront emmenés en même temps que les parents.

Dérogations :

Ne tombent pas sous le coup de la mesure :

  • les femmes enceintes dont l’accouchement serait proche
  • les femmes nourrissant au sein leur bébé
  • les femmes ayant un enfant de moins de 2 ans, c’est-à-dire né après le 1er Juillet 1940
  • les femmes de prisonniers de guerre
  • les veuves ou veufs ayant été mariés à un non-juif
  • les juifs ou juives mariés à des non juifs, et faisant la preuve, d’une part de leurs liens légitimes, et d’autre part, de la qualité de non-juif de leur conjoint.
  • les juifs et juives porteurs de la carte de légitimation de l’Union Générale des Israélites de France, carte qui est de couleur bulle ou jaune clair.
  • les juifs ou juives dont l’époux légitime est d’une nationalité non visée au paragraphe a)
  • les parents dont l’un au moins des enfants n’est pas juif.

Dans le cas où un membre de la famille bénéficie de la dérogation, les enfants ne sont pas emmenés, à moins qu’ils ne soient juifs et âgés de 16 ans et plus 

Exécution :

Chaque israélite (homme et femme) à arrêter fait l’objet d’une fiche. Ces fiches sont classées par arrondissement et par ordre alphabétique. 

Vous constituerez des équipes d’arrestation. Chaque équipe sera composée d’un gardien en tenue et d’un gardien en civil ou d’un inspecteur des Renseignements Généraux ou de la Police Judiciaire. 

Chaque équipe devra recevoir plusieurs fiches. A cet effet, l’ensemble des fiches d’un arrondissements ou d’une circonscription sera remis par ma Direction ce jour à 21 heures. 

Les équipes chargées des arrestations devront procéder avec le plus de rapidité possible, sans paroles inutiles et sans commentaires. En outre, au moment de l’arrestation, le bien-fondé ou le mal-fondé de celle-ci n’a pas à être discuté. C’est vous qui serez responsables des arrestations et examinerez les cas litigieux qui devront être signalés. 

Vous instituerez, dans chacun de vos arrondissements ou circonscription, un ou plusieurs centres primaires de rassemblement, que ferez garder. C’est dans ce ou ces centres que seront examinés par vous les cas douteux. Si vous ne pouvez trancher la question, les intéressés subiront momentanément le sort des autres. 

Des autobus dont le nombre est indiqué plus lion, seront mis à votre disposition. 

Lorsque vous aurez un contingent suffisant pour remplir un autobus, vous dirigerez :

  1. sur le Camp de Drancy les individus ou familles n’ayant pas d’enfant de moins
  2. sur le Vélodrome d’Hiver : les autres. 

En ce qui concerne le camp de Drancy, le contingent prévu doit être de 6 000. En conséquence, chaque fois que vous ferez un départ pour Drancy, vous ferez connaître le nombre de personnes transportées dans ce camp à l’État-Major qui vous préviendra lorsque le maximum sera atteint. Vous dirigerez alors les autobus sur le Vélodrome d’Hiver. 

Vous affecterez à chaque autobus une escorte suffisante. Les glaces de la voiture devront demeurer fermées et la plate-forme sera réservée au bagages. Vous rappellerez aux équipes spéciales d’arrestation, en leur donnant lecture, les instructions contenues dans les consignes que vous remettrez à chacune d’elle avant de procéder aux opérations.             

Vous leur indiquerez également, d’une façon nette, les renseignements qu’ils devront, après chaque arrestation, porter au verso de la fiche afférente à la personne arrêtée. 

Vous ne transmettrez que le 18 au matin :

  1. Les fiches des personnes dont l’arrestation aura été opérée
  2. Les fiches des personnes disparues.
  3. Les fiches des personnes ayant changé d’adresse, et dont la nouvelle résidence est connue à moins que cette dernière ne se trouve dans votre arrondissement.

Enfin, vous conserverez pour être exécutées ultérieurement les fiches des personnes momentanément absentes lors de la première tentative d’arrestation.

Pour que ma Direction soit informée de la marche des opérations, vous tiendrez au fur et à mesure, à votre Bureau, une comptabilité conforme au classement ci-dessus.

Des appels généraux vous seront fréquemment adressés pour la communication de ces renseignements.

Parmi les personnes arrêtées, vous distinguerez le nombre de celles conduites à Drancy de celles conduites au Vélodrome d’Hiver.

Pour faciliter le contrôle, vous ferez porter au dos de la fiche, par un de vos secrétaires, la mention « Drancy  ou  Vélodrome d’Hiver », selon le cas.

II. Effectifs et matériel

A. Dispositions générales

Les permissions seront suspendues du 15 courant à 18 heures au 17 courant à 23 heures et tous les cours supprimés jusqu’à la reprise des permissions.

Le service de garde des Établissements allemands ne sera pas assuré, sauf celui des parcs de stationnement et des garages installés dans les passages souterrains, du 15 courant à 21 heures 30 au 17 courant à 21 heures 30, sauf quelques rares exceptions dont vous serez seuls juges.

En conséquence, les renforts fournis habituellement pour ce service spécial ne vous seront pas envoyés.

De cette situation, il résulte que chaque arrondissement peut sans difficulté affecter à la constitution des « équipes spéciales » 10 gardiens par brigade de roulement et la brigade D au complet, sans que le service normal de l’arrondissement en soit affecté, assuré qu’il sera par le reste de la brigade de roulement (dont l’effectif, du fait de la suppression des permissions, correspond au moins à son effectif habituel).

Les gardiens désignés pour constituer les équipes spéciales seront exemptés de leur service normal d’arrondissement à partir du 15 courant à 16 h. ils assureront à nouveau leur service habituel à partir du 17 courant à 23 heures.

Ceux qui prendront la surveillance des établissements allemands le 17 courant à 21 h.30 devront être libérés de tout service dans l’après-midi du même jour.

B. Équipes spéciales d’arrestation

I. Renforts les 16 et 17 juillet

Les services détachant les effectifs ci-dessous indiqués devront prévoir l’encadrement normal, les chiffres donnés n’indiquant que le nombre des gardiens. Les gradés n’interviendront pas dans les arrestations, mais seront employés selon vos instructions au contrôle et à la surveillance nécessaire.

2 – Horaire de travail des équipes spéciales. 

Les inspecteurs et gardiens constituant les équipes spéciales d’arrestation prendront leur service au Central d’Arrondissement désigné, le 16 courant à 4 heures du matin. Ils effectueront leur service : 

1°- le 16 : de 4 heures à 9 heures 30, et de 12 heures à 15 heures 30

2°- le 17 : de 4 heures à 13 heures. 

C – Garde des centres primaires de rassemblement et accompagnement des autobus 

1 – Renforts des 16 et 17 Juillet :

Pour leur permettre d’assurer la garde de leurs centres primaires de rassemblement et l’accompagnement des détenus dans les autobus, les arrondissements les plus chargés recevront, en outre, les 16 et 17 Juillet les renforts suivants :

2 – Horaire : 

Les renforts destinés à la garde des centres primaires de rassemblement et à l’accompagnement des autobus prendront leur service au Central d’Arrondissement désigne le 16 courant à 5 heures du matin. 

Ils assureront leur service les 16 et 17 Juillet : 

Équipe n° 1 de 5 heures à 12 heures

Équipe n° 2 de 12 heures à fin de service
En ce qui concerne les effectifs de la Garde de Paris, la relève aura lieu au gré du commandement.

D – Circonscriptions de Banlieue.

Toutes les circonscriptions de banlieue, sauf celles des Lilas, de Montreuil, Saint-Ouen et Vincennes, constitueront leurs équipes spéciales d’arrestation, assureront la garde de leurs centres primaires de rassemblement et d’accompagnement, à l’aide de leurs propres effectifs.
En ce qui concerne le matériel, celui-ci vous sera envoyé après communications des chiffres aux appels généraux, de manière à organiser des itinéraires de transférement.
Suivant l’horaire et les dates fixées pour Paris, chapitre B, paragraphe 2, les renforts suivants seront fournis :
  • SAINT-OUEN : 20 gardiens en tenue et 12 gardiens en civil fournis par le 2ème Division sur ses effectifs de banlieue.
  • LES LILAS : 20 gendarmes et 14 gardiens en civil de l’Ecole Pratique
  • MONTREUIL : 25 gendarmes et 18 gardiens en civil de l’Ecole Pratique
  • VINCENNES : 15 gendarmes et 9 gardiens en civil de l’Ecole Pratique.
Dans les Circonscriptions des Lilas, Montreuil et Vincennes, les Commissaires commenceront les opération dès 4 heures du matin avec leurs propres effectifs et les gendarmes, et recevront les gardiens en civil de l’École Pratique par le premier métro : c’est à dire aux environs de 6 heures 15.

E – Matériel :

La Compagnie du Métropolitain, réseau de surface, enverra directement les 16 et 17 Juillet à 5 heures aux Centraux d’Arrondissement où ils resteront à votre disposition jusqu’à fin de service :

A la préfecture de Police (Caserne de la Cité) : 6 autobus.

Lorsque vous n’aurez plus besoin des autobus, vous en aviserez d’urgence l’État Major P.M.; et, de toute façon vous ne les renverrez qu’avec son accord. 

 En outre la Direction des Services Techniques tiendra à la disposition de l’État-Major de ma Direction, au garage, à partir du 16 juillet à 8 heures : 10 grands cars. 

Les Arrondissements conserveront jusqu’à nouvel ordre les voiturettes mises à leur disposition pour le service spécial du 14 juillet, contrairement aux instructions de ma Circulaire n° 170-42 du 13 juillet.

De plus, de 6 heures à 18 heures, les 16 et 17 juillet, un motocycliste sera mis, à la disposition de chacun des : 9ème, 10ème, 1-ème, 18ème, 19ème et 20ème Arrdts. 

F – Garde du Vélodrome d’Hiver 

La garde du Vélodrome d’Hiver sera assurée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur par la Gendarmerie d . la Région Parisienne et sous sa responsabilité.

G – Tableau récapitulatif des fiches d’arrestations :

Le Directeur de la Police Municipale 

              HENNEQUIN

(Source de la transcription : Maitre Eolas)

IV. Les archives policières

En 2012, une exposition exceptionnelle a été organisée avec des documents d’archives de la police présentes pour la première fois au public :

La plupart des pièces présentées ici sont exceptionnelles par leur rareté. En fait, elles ne devraient plus exister. Au tournant de l’année 1947, le ministre de l’Intérieur ordonnait aux préfectures de détruire les archives marquant une discrimination à l’égard des Juifs constituées sous Vichy et l’occupation, exception faite de celles permettant d’établir des droits en faveur des familles de déportés ou de servir la justice. C’est ainsi que dans le ressort de la préfecture de police de Paris, la plupart des archives de la persécution furent pilonnées. Plus rien ne devait rester dans les commissariats de quartier, y compris, précisait une circulaire, « les registres de recensement des israélites »…

Pour une raison que l’on ignore, les « archives raciales » du commissariat de police des quartiers des Enfants-Rouges et des Arts-et-Métiers, situé rue de Bretagne (Paris-3e), ont, en partie, échappé à la destruction – à commencer par le fameux « registre de recensement ».

Certains documents sont plus particulièrement accablants. Ainsi, cette copie d’une lettre du commissaire de police des Enfants-Rouges et des Arts-et-Métiers adressée, le 6 mars 1941, au service administratif des Affaires juives (dit le « service spécial », basé à la Caserne de la Cité) : le policier fait savoir qu’il se démène pour débusquer les entreprises juives en appartement, qui abondent dans sa circonscription, mais ce travail,
dont il s’est chargé en personne « par goût de la nouveauté », lui pose bien des difficultés…

En voici quelques-uns :

Et l’affreux :

Voici le document relatant l’exposition, qui en contient d’autres :

https://www.youscribe.com/BookReader/IframeEmbed?productId=2849434&token=&width=590&height=924&startPage=1&displayMode=scroll&fullscreen=0

(Source)

Bien sûr, le Vel d’Hiv ne fut qu’un début. Voici une circulaire d’octobre 1942 organisant l’arrestation de Juifs dans les Deux-Sèvres (Source) :

Nous terminons en vous recommandant ce document : “Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi” (Source)

https://www.youscribe.com/BookReader/IframeEmbed?productId=2849427&token=&width=590&height=900&startPage=1&displayMode=scroll&fullscreen=0

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La rafle du Vel d’Hiv :

“Le Vel d’Hiv est évacué. Il restait 50 Juifs malades et des objets perdus, le tout a été transféré à Drancy.” [Note de police du 22 juillet 1942]

Nous vous recommandons ce billet comprenant des témoignages de victimes.

 
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Publié par le juillet 17, 2017 dans extrême-droite, HISTOIRE

 

La « passion rouge-brune » de Bernard-Henri Lévy par Benoît Bréville 

je ne saurais trop approuver ce genre d’article qui démystifie BHL, le pire est quand ce soutien des néonazis ukrainiens se fait passer pour le défenseur du judaïsme et le pourfendeur de l’antisémitisme… Ce type est tout au plus un agent de la CIA et un faux intellectuels et vrai bouffon (note de danielle Bleitrach)

La « passion rouge-brune » de Bernard-Henri Lévy

 

Bernard-Henri Lévy est revenu tout ébahi de la soirée de gala donnée par l’ambassadeur de France à Copenhague début février (1). Le « pays de Kierkegaard », comme il nomme prosaïquement le Danemark, est aussi le « pays du roi Christian », qui refusa de faire porter l’étoile jaune aux Juifs pendant la seconde guerre mondiale, mais également celui « des aviateurs de la guerre de Libye » venus prêter main forte aux troupes de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) en 2011. Un Etat symbole de la « réconciliation de la liberté et de l’égalité ».

Hélas, un nuage assombrit le ciel de cette merveilleuse contrée : depuis le mois de novembre, les Danois s’opposent à ce que la banque américaine Goldman Sachs, l’une des principales responsables de la crise des subprime en 2008, entre au capital de la compagnie nationale d’énergie, Dong Energy. Malgré une pétition ayant recueilli plus de deux cent mille signatures (soit un habitant sur trente) et de multiples rassemblements, le projet a été approuvé par le Parlement le 30 janvier, entraînant la démission des six ministres socialistes qui formaient l’aile gauche de la coalition gouvernementale. L’établissement new-yorkais contrôlera donc 19 % des parts de la société d’Etat et disposera d’un droit de veto sur des décisions stratégiques.

« On a beau dire et répéter qu’il s’agit d’une prise de participation minoritaire. On a beau rappeler, et rappeler encore, que Goldman Sachs était le mieux-disant en termes de savoir-faire autant que d’investissement. Rien n’y fait », déplore « BHL », qui ne voit dans le mouvement de contestation qu’un « déferlement d’antiaméricanisme » teinté d’une « passion rouge-brune ». S’opposer aux desiderata de Goldman Sachs témoignerait donc d’un antisémitisme latent…

Rien à voir avec l’Ukraine, où le philosophe français séjournait quelques jours avant ses agapes danoises. « Je n’ai pas vu de néonazis, je n’ai pas entendu d’antisémites [parmi les protestataires de la place Maidan] », affirmait-il à un journaliste d’Euronews (9 février 2014). « J’ai entendu au contraire un mouvement incroyablement mûr, incroyablement déterminé et très profondément libéral. » La présence en son sein de membres du parti d’extrême droite Svoboda — dont le drapeau flottait pourtant sous ses yeux durant son allocution sur place — et de son concurrent encore plus droitier Praviy Sektor (lire « En Ukraine, les ultras du nationalisme ») lui a donc totalement échappé. Une cécité qui se comprend : à Kiev, les manifestants ne luttent pas contre une grande banque d’affaires, mais pour « revivifier le rêve européen ».

Benoît Bréville

 

Résultats APB 2017 : le tirage au sort à l’entrée à l’université touche 169 licences

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Le nombre de licences qui ont dû départager les candidats par tirage au sort augmente d’une centaine cette année.

LE MONDE | 09.06.2017 à 12h32 • Mis à jour le 09.06.2017 à 15h28 | Par Camille Stromboni

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Avec 40 000 étudiants supplémentaires attendus à la rentrée 2017, la tension s’accroît à l’entrée de l’université. Le tirage au sort, pratiqué lorsque le nombre de places est insuffisant pour répondre à la demande, touche de plus en plus de filières, d’après les chiffres communiqués au Monde par le ministère de l’enseignement supérieur, vendredi 9 juin, à l’issue de la première phase d’admission sur la plate-forme d’Admission post-bac (APB).

Lire les témoignages :   Résultats d’APB 2017: « J’ai peut-être visé trop haut, mais je ne m’attendais pas à un revers aussi dur »

  • 169 filières sous tension

Le nombre de licences sous tension concernées par le tirage au sort s’élève à 169 cette année, contre 78 mentions l’an dernier. En 2016, ce recours au hasard pour départager les trop nombreux candidats à l’entrée de la seule filière de l’enseignement supérieur dans laquelle la sélection est interdite, s’était concentré principalement sur les sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps). Au final, 3 500 candidats qui avaient pourtant opté en premier vœu pour une filière universitaire de leur académie se sont retrouvés sur le carreau.

Il n’est pas encore possible de connaître le nombre de bacheliers ou étudiants en réorientation qui seront finalement écartés par le tirage au sort cette année. Pour l’instant, ceux qui n’ont eu de place dans ces filières ont été placés sur « liste d’attente ». Une partie bénéficiera de désistements de candidats (notamment en cas d’échec au bac), au fil des phases d’admission sur APB.

Le ministère n’a pas détaillé les filières concernées par le tirage au sort. D’après les affectations effectuées via l’algorithme d’APB jeudi 8 juin, les taux de satisfaction des premiers vœux des candidats s’élèvent pour cette première phase d’admission à 93 % en première année commune des études de santé (Paces), 76 % en droit, 70 % en psychologie et seulement 54 % en Staps.

Le ministère tient à souligner que le nombre de licences concernées par le tirage au sort a pu être abaissé de moitié, depuis le 24 mai, grâce au « dialogue de gestion » engagé au plus tôt avec les rectorats et les universités, afin de repérer les filières où l’ouverture de quelques places supplémentaires permet d’éviter ce recours au hasard, décrié de toutes parts. Un travail qui « va se poursuivre tout au long des jours et des semaines qui viennent ».

Au total, 652 980 candidats ont eu une proposition d’admission dans un cursus dès cette première des trois phases d’admissions prévues par la procédure APB, précise le ministère « dont 400 861 sur leur premier vœu (soit plus de 61% des propositions) ».

C’est une première. En Ile-de-France, 857 lycéens ou étudiants en réorientation ont été pour l’instant recalés à l’entrée de la première année commune des études de santé (Paces). Ils sont sur liste d’attente, alors qu’ils ont placé cette filière en vœu numéro un dans leur liste de choix. Un tirage au sort les a écartés : les 7 650 places ouvertes dans les sept UFR de santé de la région n’ont pas suffi à répondre à la demande.

Le ministère a immédiatement réagi et s’est engagé à trouver une solution en urgence, pour éviter tout tirage au sort. A l’issue d’une réunion des doyens de médecine et des présidents d’université franciliens, vendredi en fin de matinée, il a assuré que « tous les candidats relevant du secteur géographique d’Ile-de-France et ayant placé PACES en vœu 1 absolu se verront proposer une place en PACES le 26 juin lors de la 2eme phase d’APB ».

Lire aussi :   Résultats APB 2017 : le tirage au sort à l’université touche la médecine pour la première fois

  • 4 candidats sur 10 ont placé une licence en vœu 1

Les licences universitaires – y compris la première année commune aux études de santé (Paces) – concentrent toujours la majorité des premiers vœux des candidats : 39,1% les ont fait figurer en vœu numéro 1 de leur liste de souhaits, sur la plate-forme d’APB.

Lire aussi :   Résultats APB 2017 : l’université, premier vœu d’orientation dans le supérieur

Viennent ensuite : la filière STS, vers laquelle 28,8 % des candidats ont dirigé leur premier vœu, les IUT (13,7 %) et les classes préparatoires aux grandes écoles (8,3 %). Des chiffres relativement stables par rapport à 2016, relève le ministère. Quatre mentions de licence concentrent à elles seules 50 % de ces demandes : le Paces (17 %), le droit (14 %), les Staps (11 %) et la psychologie (7 %).

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/campus/article/2017/06/09/resultats-apb-2017-le-tirage-au-sort-a-l-entree-a-l-universite-touche-169-licences_5141359_4401467.html#PmXxbG6TgKVZQ1mo.99

 
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Publié par le juillet 16, 2017 dans actualités, POLITIQUE, SOCIETE

 

Quand Varoufakis dévoile les coulisses de l’Europe

 

ISABELLE COUET Le 02/07 à 11:05

Dans son dernier livre, l’ancien ministre des Finances grec lève le voile sur les coulisses européennes. Un témoignage décapant. En voici deux épisodes.

Deux ans après avoir été poussé à la démission, Yanis Varoufakis, ancien ministre grec des Finances, réputé pour son anticonformisme a publié un livre choc révélant les dessous des négociations entre son pays et la Troïka pendant ses six mois au gouvernement. Il décrit notamment sa rencontre avec Michel Sapin et son premier Eurogroupe vécu comme une expérience kafkaïenne.

MICHEL SAPIN, l’HOMME AUX DEUX DISCOURS

En préparation de son premier Eurogroupe, le nouveau ministre des Finances grec Yanis Varoufakis fait la tournée de plusieurs capitales européennes. Il rencontre Michel Sapin à Paris pour lui expliquer son plan pour la Grèce.

Le Grec et sa petite délégation sont accueillis à Bercy par un homme jovial et chaleureux, « typiquement latin dans sa gestuelle et son langage corporel ». Tout le monde s’asseoit, y compris les traducteurs appelés en renfort car Michel Sapin est « le seul ministre de l’Eurogroupe ne parlant pas anglais », rapporte Varoufakis. Le ministre d’Alexis Tsipras est invité à exposer ses idées  : il évoque son plan de restructuration de la dette grecque et, espérant sans doute faire mouche, propose de bâtir « une nouvelle relation entre son pays et l’Union européenne inspirée du contrat social de Jean-Jacques Rousseau ».

La réponse de Michel Sapin le comble au-delà de ses attentes : « Le succès de votre gouvernement sera aussi le nôtre. Il est important que nous changions l’Europe ensemble et que nous remplacions cette obsession de l’austérité par un agenda pro-croissance. La Grèce en a besoin, la France en a besoin, l’Europe en a besoin ». Encouragé, Yanis Varoufakis se met à détailler des mécanismes un peu complexes par lesquels la BCE et BEI pourraient efficacement soutenir l’économie européenne, en réduisant la dette et encourageant l’investissement. Son interlocuteur acquiesce et réaffirme avec emphase la promesse de François Hollande « Ensemble, nous devons redémarrer l’Europe.»

Victoire ! Yanis Varoufakis sent un vent de révolution se lever dans l’enceinte de Bercy. « C’est tout juste si Michel ne m’a pas attrapé la main pour qu’on aille prendre la Bastille en chantant la Marseillaise », raconte-t-il avec une pointe d’ironie.

Mais l’atmosphère va rapidement changer et le souffle révolutionnaire retomber. Dans le couloir qui mène à la salle de presse, le locataire de Bercy avertit son homologue que Berlin, avec qui il est en contact, n’a pas du tout apprécié que les Grecs viennent à Paris sans passer par la capitale allemande. Une faute que Michel Sapin lui conseille de réparer au plus vite. « Allez-les voir », lui dicte le Français, avec une petite tape dans le dos.

Deux pupitres côte à côte, placés devant les drapeaux français, grec et européen, les attendent dans la salle de presse. Le ministre français parle le premier et souhaite la bienvenue à son nouvel homologue, tout en reconnaissant les sacrifices énormes consentis par le peuple grec. Et tout d’un coup, plus aucune trace de jovialité et de camaraderie. Yanis Varoufakis croit entendre une voix venue d’outre-Rhin : « obligations à l’égard des créanciers », « discipline », Michel Sapin rappelle les Grecs à leurs devoirs et balaie tout espoir de changements significatifs dans l’accord qui lie Athènes à la Troïka (Commission, BCE et FMI). Pour le ministre grec, c’est un véritable « coup dans l’estomac ».

Yanis, vous devez comprendre une chose. La France n’est plus ce qu’elle était

Sitôt sorti de la salle, le locataire de Bercy remet le masque du sympathique « cousin, que l’on n’a pas vu depuis longtemps », en prenant la main de Varoufakis. Ce dernier l’interroge : « Mais qui êtes-vous, qu’avez-vous fait à mon Michel ? » Cette fois, le Français comprend sans avoir besoin de traduction. Et lui répond « Yanis, vous devez comprendre une chose. La France n’est plus ce qu’elle était. »

Un aveu terrible qui, dans les mois qui suivent, sera étayé par de nombreuses preuves. Les dirigeants français (à l’exception d’Emmanuel Macron, le seul qui trouvera grâce aux yeux du Grec) ne veulent prendre aucun risque et certainement pas abîmer leur crédibilité en soutenant un gouvernement de Gauche radicale, alors qu’ils jouent eux-mêmes gros dans cette partie: Paris sait qu’il est dans le viseur de Berlin et de la Commission sur les questions de discipline budgétaire.

Dans l’ascenseur, Michel Sapin confie à Varoufakis qu’il n’a pas fait d’études d’économie. «Savez-vous quel était le sujet de ma thèse? L’histoire de la monnaie ancienne d’Egine». Grand sourire de l’Enarque. Enfin, au moment où la petite délégation athénienne s’apprête à sortir, le ministre s’élance vers eux pour leur livrer un précieux enseignement: comment nouer une cravate à la française.

LA MECANIQUE IMPITOYABLE DE L’EUROGROUPE

L’Eurogroupe du 11 février 2015 est le premier sommet du nouveau ministre grec. Il le sait, c’est le rendez-vous de tous les possibles et de tous les dangers. Yanis Varoufakis, à qui les Grecs ont confié la mission de renégocier l’accord avec la Troïka, l’a préparé en allant présenter son plan pour la Grèce à un certain nombre de ministres des Finances européens.

«L’Eurogoupe est une créature intéressante. Il n’a aucune base légale dans les traités européens et pourtant c’est le lieu où sont prises les décisions les plus cruciales pour l’Europe», analyse le nouveau venu. A quoi ressemble une réunion de cette instance si peu connue du grand public? Yanis Varoufakis explique que tout se passe autour d’une «immense table rectangulaire» et que les ministres des Finances, chacun accompagnés d’un conseiller, s’installent de part et d’autre de la table.

«Mais le vrai pouvoir est assis à chaque extrémité»: d’un côté, Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, et le FMI (Christine Lagarde, Poul Thomsen). De l’autre, le letton Valdis Dombrovskis alors vice-président de la Commission européenne «dont le rôle véritable consiste à contrôler – à la demande de Wolfgang Schäuble – Pierre Moscovici, le commissaire aux affaires économiques et financières». A leurs côtés, les représentants de la BCE. Son président Mario Draghi se trouve ainsi tout proche du ministre allemand Schaüble, une zone où l’atmosphère est chargée d’électricité, à en croire l’outsider plongé dans le coeur du réacteur européen.

La Troïka a pris le pouvoir dans la gouvernance européenne

Yanis Varoufakis identifie un groupe particulier: celui qu’il baptise ironiquement la bande de « groupies ». A savoir, les ministres finlandais, slovaque, autrichien, portugais, slovène, letton, lithuanien et maltais. Autrement dit, ceux qui ne vont faire qu’appuyer Schaüble et Dijsselbloem.

«Dans les réunions normales de l’Eurogroupe, un fascinant rituel illustre la manière avec laquelle la Troïka a pris le pouvoir dans la gouvernance européenne». Ce rituel consiste à donner d’abord la parole aux personnalités non élues, Commission, FMI, BCE donc. Mais le sommet du 11 février, crucial pour le nouveau gouvernement grec, va introduire un peu de nouveauté. «Pour la première fois un pays (est) représenté par un ministre des Finances élu sur la base d’un programme consistant à s’opposer à la Troïka», relève Yanis Varoufakis. Par ailleurs, Dijsselbloem a contacté le Premier ministre grec pour l’inciter à envoyer trois personnes et non deux, comme le veut la règle. Le trublion Varoufakis est ainsi flanqué de deux autres représentants de la Grèce. Deux hommes qui ne partagent pas totalement ses idées, et encore moins son plan de marche.

Le moment tant attendu arrive: le Grec prend la parole et détaille les changements que la Grèce souhaite introduire dans l’accord précédemment signé avec la Troïka. Il demande à ce que soit distribué le texte qu’il a rédigé et qui résume ses propositions. Premier couac. Le secrétariat lui explique qu’il y a un problème. Le président de l’Eurogroupe confirme: c’est impossible. Varoufakis a du mal à comprendre. Mais la réponse ne tarde pas à venir: si un tel document circule, alors le ministre des Finances allemand Wolfgang Schaüble sera contraint légalement de le présenter au Bundestag. Et cela, personne ne peut le souhaiter, compte tenu des tensions politiques qu’un tel enjeu peut créer outre-Rhin.

Le projet de communiqué final de l’Eurogroupe – le but ultime de la réunion – est en revanche distribué. «Un seul regard (suffit) à comprendre qu’il est impossible de l’accepter puisqu’il engage explicitement la Grèce à aller au bout du deuxième programme d’ajustement et à mettre en oeuvre l’intégralité du Memorandum of Understanding (MoU)», déplore Varoufakis. Il est simplement mentionné qu’une « flexibilité maximale » sera accordée mais dans le strict respect du programme. Autrement dit : 0 flexibilité.

Le ministre grec s’en émeut et tente le compromis: ajouter le mot « amendé » derrière le terme « programme ». Ses deux compatriotes acquiescent. Dijsselbloem demande une interruption de la réunion. Quand elle reprend, Schaüble allume son micro et explique pourquoi il ne peut pas accepter. Un terme ajouté au communiqué supposera d’aller devant le… Bundestag!

Entre le Grec et l’Allemand s’engage un véritable bras de fer. Lequel des deux va plier et donc soumettre son Parlement à la décision de l’autre? Varoufakis est bien décidé à ne pas céder, malgré les regards furieux et l’hostilité évidente de Dijsselbloem. Pour accentuer la pression, on lui rappelle que si le communiqué n’est pas publié le jour même, les délais de ratification par les différents parlements seront impossibles à tenir et qu’il n’y aura donc aucune extension de l’aide à la Grèce avant le 28 février, date à laquelle la BCE sera donc obligée «de débrancher la prise»… autrement dit d’arrêter les prêts aux banques grecques. Et donc de pousser la Grèce vers la sortie de l’euro.

Christine Lagarde se décide à jouer les médiatrices et fait une suggestion. «Est-ce que l’on pourrait mettre le terme ‘ajusté’?» Le ministre grec accepte, à condition d’évoquer aussi la «crise humanitaire» qui secoue la Grèce. Dijsselbloem refuse catégoriquement. Cela fait dix heures que la réunion a commencé. Schaüble sort de la salle. Tout le monde s’interroge. Le tout-puissant ministre revient. La discussion reprend, mais de manière complètement désordonnée. Le clan des «groupies» demande à Varoufakis s’il a l’intention de faire sortir la Grèce de l’euro. Et finalement, sans qu’aucun communiqué final ne soit validé, tous les participants s’en vont. Reste à affronter la presse et minimiser le drame qui vient de se nouer.

Yanis Varoufakis, Adults in the Room, My Battle with Europe’s Deep Establishment, The Bodley Head, 2017

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Publié par le juillet 16, 2017 dans Economie, Europe, INTERNATIONAL, POLITIQUE

 

Avec Macron, 3 milliards d’impôts en moins… pour les 3.000 foyers les plus riches ! Par Emmanuel Lévy

par Les-crises.fr DT

Très important article d’Emmanuel Lévy

Source : Marianne, Emmanuel Lévy, 11/07/2017

Pour les 0,01% les plus riches du pays, les deux mesures phares d’Emmanuel Macron signifieraient l’exonération de 1 million d’euros d’impôt en moins par ménage. – Jacques Witt/SIPA

Le Président veut accélérer la réforme de la fiscalité de l’épargne et du patrimoine. Ses deux mesures, sur l’ISF et les revenus mobiliers, coûteraient 7 milliards, selon les calculs de l’OFCE… dont près de la moitié serait captée par quelques milliers de foyers fiscaux les plus riches ! Edouard Philippe avance un chiffre inférieur.

Cédant aux pressions conjuguées de ses amis économistes réunis à Aix, des plus libéraux parmi les députés LREM, et de représentants des hauts patrimoines, Emmanuel Macron aurait décidé, le 9 juillet d’enclencher dès 2018 deux réformes de la fiscalité inscrites à son programme : le cantonnement de l’ISF aux seuls biens immobiliers et le prélèvement forfaitaire unique (PFU), une taxe à 30% sur les revenus des valeurs mobilières. La philosophie économique sous-jacente de cette politique est de favoriser les actifs au détriment des inactifs, ce qui explique le basculement des cotisations chômage et maladie des salariés vers la CSG (payée par tous, donc les inactifs), et l’argent qui prend des risques par rapport à celui qui se protège. D’où le traitement privilégié dont bénéficierait l’épargne investie en actions et obligations. Les deux mesures cumulées, si elles étaient complètement implémentées, devraient coûter respectivement 4 milliards d’euros (PFU) et 3 milliards d’euros (ISF).

Nous avons tenté de savoir à qui iraient en priorité ces 7 milliards d’euros. La réponse est sans appel : pour les 0,01% les plus riches du pays, les deux mesures phares d’Emmanuel Macron signifieraient l’exonération de l’ordre de 1 million d’euros d’impôt en moins par ménage.

Le prélèvement forfaitaire unique : 1,3 milliard pour 2 830 ménages

Présenté comme neutre pour les finances publique lors de la campagne, le prélèvement forfaitaire unique (PFU) devrait coûter au final pas loin de 4 milliards d’euros aux caisses de l’Etat, selon un rapport de l’OFCE, qui vont rester dans les poches de certains contribuables. Pour sa première année de mise en oeuvre en 2018, le premier ministre a opté pour une version allégée à 1,5 milliard d’euros. Pour en mesurer la véritable ampleur, Marianne raisonne sur son application pleine et entière.

Dans la note de l’OFCE on peut ainsi lire que: «seuls les ménages appartenant au dernier centile de niveau de vie, les 1 % les plus aisés, devraient voir leur niveau de vie s’accroître en moyenne de 4 225 euros, soit un gain de pouvoir d’achat de 3,1 %, alors que le gain moyen pour les ménages appartenant aux 9 premiers déciles de niveau de vie serait de 0,3 %, soit un gain moyen par ménage de l’ordre de 55 euros (133 euros en moyenne si l’on ne considère que les bénéficiaires de la réforme).» Mais en réalité la culbute est encore plus intéressante pour les riches parmi les riches, la tête d’épingle de la distribution, c’est à dire les 0,01% des ménages. Dans cette catégorie,un couple avec deux enfants dispose d’un revenu mobilier de 3,4 millions d’euros sur les 6,3 millions d’euros de revenus global annuel. Pour eux, l’économie d’impôts avec le prélèvement forfaitaire unique serait considérable, proche de 450 000 € selon les calculs de Marianne,sur la base des données de l’OFCE. Le gain de pouvoir d’achat pour cette petite famille des très beaux quartiers approcherait les 7 %. De quoi acheter au petit dernier un petit deux pièces dans les plus beaux quartiers de Paris, et ce tous les ans…. A eux seuls, ces 2 830 ménages capteraient plus du tiers des 4 milliards que coûte la réforme, soit 1,3 milliard d’euros. En 2018, cette somme devrait être limité à un demi milliard.

L’ISF : 2 milliards pour 3 400 ménages

Taper sur la rente immobilière! L’idée n’est pas […]

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Les-crises.fr DT | 15 juillet 2017 à 5 h 30 min | Étiquettes : fiscalitéMacron | Catégories : Finance | URL : http://wp.me/p17qr1-L99
 
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Publié par le juillet 15, 2017 dans Economie, POLITIQUE

 

Pourquoi le président des Etats-Unis n’a rien à faire en France un 14 Juillet

Pourquoi le président des Etats-Unis n’a rien à faire en France un 14 Juillet

On pourrait comprendre que le gouvernement français rende hommage aux Etats-Unis pour leur entrée en guerre aux côtés de la France, en 1917. Mais Emmanuel Macron a choisi d’inviter Donald Trump le 14 Juillet, et non le 2 avril (date de l’entrée en guerre des Etats-Unis). L’acte est lourd de symbole. Il s’agit de suggérer que le destin de France et des Etats-Unis sont indéfectiblement liées ; et d’inscrire la Révolution française dans le sillage de l’histoire des Etats-Unis. C’est ici que le bât blesse. Autant il serait stupide de nier les influences réciproques qu’ont exercé l’une sur l’autre la fédération américaine et la nation française, autant inscrire le 14 Juillet dans le sillage de l’histoire américaine revient à vider de sa substance cette date fondatrice et la Révolution qui l’a suivie. Et permet au Président de réécrire l’histoire des relations franco-américaines.

Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron évoque les liens qui unissent la Révolution Française à l’histoire américaine. « Monsieur Trump, regardez votre histoire: c’est celle de la Fayette, c’est la nôtre », déclarait-il déjà le 18 janvier 2017. L’évocation du marquis de La Fayette, qui appuya militairement l’indépendance américaine et fut un protagoniste important de la Révolution française, permet à Emmanuel Macron de suggérer une filiation idéologique entre ces deux événements, et plus largement une continuité historique entre le destin de la République Française et de la République américaine.

L’invitation de Donald Trump un 14 Juillet en France a été interprétée de la même manière par la presse française, qui se réjouit que les liens franco-américains soient célébrés de la sorte.

La Fayette : personnage commode qui permet d’inventer une communauté de destin entre la France et les Etats-Unis.

On oublie ici de dire que La Fayette, qui apporta un soutien militaire important aux révolutionnaires américains, s’opposa de toutes ses forces aux révolutionnaires français lorsque ceux-ci devinrent républicains. On oublie de rappeler que Louis XVI, qui envoya des 12.000 soldats français à la jeune République américaine pour la consolider face aux Anglais, finit par être décapité par les révolutionnaires français.

C’est que les deux révolutions, française et américaine, ne sont absolument pas comparables dans les principes qu’elles proclamèrent, les réalisations qui furent les leur et les forces sociales qu’elles mobilisèrent.

La République française proclamait en 1792 le suffrage universel. La Constitution de juin 1793 mettait en place certaines structures de démocratie directe. La Constitution américaine de 1776, quant à elle, laissait intact le suffrage censitaire dans de nombreux Etats. Elle instituait un régime représentatif, explicitement opposé à toute forme de démocratie directe ou participative. Les Pères Fondateurs des Etats-Unis se caractérisent par leur hostilité à la démocratieLe peuple était pour eux un mineur politique, gouverné par ses passions, incapable de discerner ce qui était bon pour lui ; une « grosse bête« , pour reprendre l’expression du juriste Alexander Hamilton, l’un des rédacteurs de la Constitution américaine. Pour cette raison, le pouvoir devait appartenir à une élite, seule capable de gouverner; Madison, président américain, écrivait par exemple que le pouvoir devait être placé entre les mains des « hommes les plus capables« , des « chefs d’Etats éclairés« , des « hommes doués d’intelligence, de patriotisme, de propriétés et d’un jugement impartial« . L’historien Gordon Wood n’a pas tort d’écrire que la Constitution américaine est un texte « à caractère aristocratique, destiné à contenir les tendances démocratiques de l’époque » et à « exclure du pouvoir ceux qui n’étaient pas riches ou bien nés« .

La Constitution américaine de 1776 a mis en place un régime censitaire et ségrégationniste.

La République française abolit l’esclavage le 4 février 1794 ; elle proclama l’unité du genre humain et mis fin, dans la loi, aux discrimination liée à la couleur de la peau. On sait que la Révolution américaine, au contraire, renforça ce que les révolutionnaires français nommaient « l’aristocratie de l’épiderme » ; elle fut, après tout, l’oeuvre de planteurs esclavagistes, les mêmes qui dans la France de 1794 furent jetés en prison…

La Révolution fut le théâtre d’un bouleversement social majeur: une réforme agraire radicale eut lieu en 1793, et les bases d’une société égalitaire furent jetées. Le processus d’indépendance américaine, au contraire, renforça le pouvoir des grands propriétaires terriens ; James Madison, « père fondateur » et quatrième président des Etats-Unis, fait part dans une lettre de son souci de protéger « la minorité des riches » des abus de la « majorité« …

Saint-Just. Avec Robespierre, il est l’une des grandes figures de la phase radicale de la Révolution française (juin 1793 – juillet 1794).

On voit tout ce qui oppose ces deux événements, entre lesquels Emmanuel Macron voudrait pourtant établir une filiation. À la racine de ces différences, c’est une divergence de philosophie politique qui est à l’oeuvre. La Révolution américaine est le produit de la tradition libérale, alors que la Révolution française est issue de la pensée républicaine.D’un côté, c’est l’extension illimitée des droits individuels qui est promue; de l’autre, le bonheur collectif et la souveraineté populaire. Régis Debray, dans Civilisation, résume cette différence. D’un côté, la Révolution française proclame que « l’individu tire sa gloire de la participation volontaire à l’ensemble ». Au contraire, la révolution américaine, forte de sa tradition individualiste, proclame que « l’ensemble tire sa gloire du degré de liberté qu’elle laisse à l’individu ». « Il y avait du Locke et de l’Epicure chez Jefferson, de l’Aristote et du Rousseau chez Saint-Just.Chez l’un, une promesse de bien-être donnée à chaque individu ; chez l’autre, la mise à disposition des plébéiens (« les malheureux sont les puissances de la terre ») des moyens de vivre dans la dignité ».

Inviter Donald Trump en France un 14 Juillet équivaut à édulcorer le tremblement de terre que fut la Révolution française, à passer sous silence ce qui lui donna un si grand retentissement : la proclamation de la République, l’abolition de l’esclavage, la décapitation du roi, la redistribution des terres aux paysans. Et à gommer une partie essentielle de l’histoire de France.

Plus que de célébrer l’entrée en guerre des Etats-Unis, il est ici question, pour Emmanuel Macron, d’inscrire la Révolution de 1789, l’acte fondateur de l’identité politique française, dans une tradition atlantiste et libérale. Et de réaffirmer l’attachement indéfectible de la France au gouvernement américain. À l’heure où le gouvernement américain multiplie les déclarations impérialistes à l’égard de l’Amérique latine, les provocations en Asie du Sud-Est et la signature de contrats juteux avec les pétro-monarchies obscurantistes, faut-il vraiment faire preuve d’anti-américanisme primaire pour regretter que la France s’aligne aussi parfaitement sur la vision du monde des Etats-Unis ?