RSS

Archives de Catégorie: peinture

portraits de Cézanne au musée d’orsay et en supplément Straub et huillet

Cézanne

Tiré de Ce qu’il m’a dit…, dialogue entre Paul Cézanne et Joaquim Gasquet, chapitre du livre Cézanne (1921) de Joachim Gasquet. 0h48.

dvd aux Editions Montparnasse

Deux panoramiques sur Aix avec en arrière plan la Montagne sainte Victoire. puis une photographie de Cézanne avec la lecture off :

« L’art est une harmonie parallèle à la nature. Ne pas passer ni trop haut ni trop bas rassembler les lignes et les formes pour construire de l’éternel… Ne pas penser, faire silence, être un écho parfait.

Quand je peins ma Vieille au chapelet, je vois un « ton Flaubert » une couleur bleuâtre et rousse qui se dégage de Madame Bovary. Mais ce grand bleu-roux ce n’est qu’une foi l’oeuvre finie, la vieille servante aux comices agricoles, que je me rend compte que j’ai représenté une face rousse et un tablier bleuâtre.

Extrait de 7minutes 20 de Madame Bovary de Renoir, avec tout le début de la bobine des comices agricoles : Emma avec sa fille, présentation de Rodolphe, puis séquence de la vieille madame Leroux qui reçoit, pour 54 années de service dans une ferme, une médaille d’argent avec, enfin, la discussion entre Emma et Rodolphe qui lui propose de faire du cheval.

Retour à la montagne sainte Victoire puis à la Nature morte aux oranges avec ce commentaire célèbre : « Le cerveau de l’artiste est une plaque sensible. Mais des bains l’ont préparé : , l’étude, la méditation, l’étude, le soleil, l’incarnation du soleil sur le monde… Pour les progrès à réaliser, il n’y a que la nature. L’œil devient concentrique à la regarder…. Je veux dire que dans une orange, dans une pomme, une boule, une tête, il y a un point culminant et ce point est toujours malgré le terrible effet lumière ombre sensation colorante, est toujours le plus rapproché de note œil. Les bords des objets fuient vers un centre placé à notre horizon. J’ai écrit à un peintre qui en fait des théories… Traiter la nature par le cylindre la sphère le cône. Le tout mis en perspective soit que chaque coté d’un objet d’un plan se dirige vers un point central les lignes parallèles à l’horizon donne l’étendue.

Extraits de 4’30 puis 5′ de La mort d’Empédocle (?).

Succession de tableaux de Cézanne : Les couleurs sont l’expression à la surface de la profondeur. Le dessin est lui tout abstraction… Je peins mes natures mortes pour mon cocher qui n’en veut pas…

Ce film, magnifique leçon de peinture, est présenté dans les salles en premiere partie de Noir Péché. Les tableaux ont été filmés aux National gallery de Londres et d’Ecosse d’Edinbourg, au kunstmuseum de Bâle, au Petit Palais, au Courtaud insitute, à la Tate gallery et au cabinet des dessins du Louvre. La voix de Jean-Marie Straub pose les questions au nom de Joachim Gasquet et celle de Danielle Huillet répond longuement pour Paul Cézanne.

critique du DVD
Editeur : Montparnasse, avril 2009. Format : 1.37.
critique du DVD

Coffret Straub – Huillet, volume 4.

DVD 1 : Amerika – Rapports de classes. DVD 2 : Cézanne, Une visite au Louvre. DVD 3 : En rachâchant, Lothringen, Humiliés

 

Publicités
 

Jupiterien est-ce que cela veut dire « hors-norme »?

 Les médias, au premier rang desquels BMTV bat tous les records, décryptent au bord de l’extase « leur » président et proclament : « Il l’avait annoncé dès le mois d’octobre dernier: Emmanuel Macron sera un chef de l’État « jupitérien ». Après « l’hyperprésident » de Nicolas Sarkozy et la présidence « normale » de François Hollande, Emmanuel Macron souhaite incarner un président « jupitérien ». Il l’avait assuré dès le mois d’octobre 2016. La France a besoin d’un chef de l’État « jupitérien », déclarait-il dans un entretien à Challenges alors qu’il n’était encore que candidat d’En marche. Je me demande si ces gens-là ont toute leur tête et conservent le moindre sens du ridicule ou si l’emphatique et l’amphigourique bourgeois les a saisis? Je repense à ce gigantesque tableau de Ingres que l’on trouve au Musée d’Aix en Provence. 
Jupiter et Thétis, deJean-Auguste-Dominique Ingres (1811, huile sur toile).

ZOOM 

Il y a deux tableaux qui m’ont littéralement sidérée, le premier est le Christ de Dali au musée de Glasgow, le second est Jupiter et Thetis par Ingres au Musée Granet à Aix en Provence. Du premier, je ne parlerai pas car il contribua à me faire haïr Salvador Dali tant cette débauche de couleurs est digne d’une devanture de droguerie et la taille de l’objet m’est apparue incongrue alors que les Menines de Velasquez sont juste au format de leur fascinant sujet, le peintre à l’oeuvre, le désir d’infante et l’interdit monarchique..

Je découvris le second tableau, celui représentant Jupiter se faisant titiller par Tétis, alors que j’étais étudiante dans la ville universitaire provençale. Il faut d’abord que vous ayez conscience des mesures de la chose: 3,27 m de haut sur 2,60 de large, le tableau occupe tout un pan de mur et écrase de sa masse toute la galerie. On se demande quel folie s’est emparée de Ingres… Le gigantisme frise le ridicule dans cet hommage suppliant de la nymphe Thétis qui chatouille la barbe de son Jupiter, tandis que dans le fond à gauche, l’épouse légitime Junon considère d’un oeil torve les ébats de cette nymphe au physique étrange. Même l’aigle napoléonien fixe la scène d’un air réprobateur:  comment mobiliser l’olympe pour cette gaudriole? L’apparat du pouvoir impérial et le bordel bourgeois, la confusion des genres. Quant à la jeune amoureuse, Ingres l’a peut être confondue avec Leda, le cygne tant son bras se tord à l’infini comme un cou de volatile. A l’inverse de la répulsion engendrée par le christ de Dali, j’ai fini par aimer cette étrange et massive peinture et il se passe rarement une année sans que j’aille la contempler, toujours fascinée et proche du fou-rire. J’imagine le bon bourgeois Ingres en train de se prendre pour Jupiter et je me dis que bien des hommes cèdent à ce travers de la représentation de la virilité.

Macron en est le dernier avatar et les médias sont convaincus que la France entière est à ses genoux, comme eux… Les attributs du pouvoir jupitérien et la stupide amoureuse envoûtée ou achetée comme il se doit dans les amours adultères du bourgeois qui gère la France pour les propriétaires.

Car si je vous parle de ce tableau et de ses bizarreries, c’est que chaque fois que j’entends l’adjectif jupiterien accolé à l’actuel hôte de l’Elysée j’ai devant les yeux ce tableau… Emmanuel Macron me paraît un peu trop gringalet pour le rôle.. Mais il est évident que les médias ressemblent fort à Thétis et qu’eux se prennent pour la France… Les journalistes se pâment… Il n’y manque que le génie de Ingres pour faire accepter le grotesque de cette mythologie du pouvoir…

Danielle Bleitrach

 

 

Comment Paul Robeson a-t-il trouvé sa voix politique dans les vallées galloises? par Jeff Sparrow

L’étoile afro-américaine Robeson a construit sa carrière de chanteur de l’anti-racisme au début des années 1900. Mais son radicalisme a été stimulé en Grande-Bretagne – par une rencontre fortuite avec un groupe de mineurs gallois. En traduisant pour les lecteurs de notre blog cet article du Guardian, j’ai été profondément émue et je me suis dit que le communisme cela a été cette magnifique rencontre de toutes les oppressions, celle qui unissait luttes ouvrières contre l’exploitation ouvrière, lutte contre le racisme qui n’est qu’une légitimation ignoble de cette exploitation, mais aussi lutte pour toutes les émancipations y compris féminines. Tant que l’on masquera l’apport du communisme à l’histoire de la libération humaine cela accompagnera toutes les régressions et contre-révolutions (note et traduction de Danielle Bleitrach).
Paul Robeson en ambiance détendue au piano en 1958.
 Paul Robeson en ambiance décontractée au piano en 1958. Photographie: Keystone Features / Getty Images

Paul Robeson possédait l’une des plus belles voix du 20ème siècle. Il était un acteur de scène célèbre. Il pouvait chanter dans plus de 20 langues différentes. Il a obtenu un diplôme en droit. Il a remporté des prix comme orateur. Il a été largement reconnu comme le plus grand footballeur américain de sa génération. Mais il était aussi un activiste politique qui, dans les années 1930 et 1940, a exercé une influence comparable à celle de Martin Luther King et de Malcolm X à une époque ultérieure.

Le fils d’un esclave échappé, Robeson a construit sa carrière malgré la ségrégation des lois Jim Crow – fondamentalement, un système d’apartheid américain qui contrôlait tous les aspects de la vie afro-américaine. Il est venu à Londres avec sa femme Eslanda – connue sous le nom d’Essie – en partie pour échapper au racisme écrasant de sa patrie. Pourtant, plus tard dans la vie, il a toujours insisté sur le fait qu’il se soit radicalisé autant en raison de ses expériences en Grande-Bretagne qu’en Amérique. En particulier, il a développé un lien profond avec le mouvement ouvrier – surtout avec les mineurs du Pays de Galles. C’est pourquoi, en 2016, je suis venue de chez moi en Australie pour visiter le pays qui a façonné la politique de Robeson.

Pontypridd était un village sculpté en pierre. Des cottages en grès gris, des rues pavées grises et un ancien pont gris qui serpente à travers la rivière Taff.

J’étais habitué à des villes étendues, alors que les colons blancs s’emparaient de l’espace  pour occuper une terre nouvellement colonisée. Pontypridd, je me suis rendu compte, était blotti. Ses pubs et ses églises et ses magasins à l’ancienne se resseraient  dans la vallée, dans un confort aimable qui m’a fait éprouver être loin de la maison. Je venais ici voir Beverley Humphreys, une chanteuse et l’animatrice de Beverley’s World of Music sur BBC Wales.

«Je suis convaincue que nous pourrions nous rencontrer en octobre!», Avait-elle écrit, lorsque je lui ai parlé de l’exposition Paul Robeson qu’elle organisait. « Je sais par expérience personnelle qu’une fois que vous commencez à approfondir la vie de Paul Robeson, il ne vous laissera jamais seul ».

Dans cette correspondance, elle avait décrit Pontypridd comme l’endroit idéal pour saisir les riches relations  de Paul avec le pays de Galles et ses habitants. Je savais que, dans l’hiver 1929, Paul avait été de retour d’une représentation en matinée de Show Boat [à Londres] quand il a entendu des voix masculines qui provenait  de la rue. Il s’arrêta, surpris par l’harmonisation parfaite, puis par la prise de conscience que les chanteurs, lorsqu’on les apercevait, étaient des ouvriers, ils portaient des banderoles de protestation pendant qu’ils chantaient.

Par accident, il avait rencontré une foule de mineurs gallois de la vallée de Rhondda. Ils étaient des trafiquants de la grande armée de la classe ouvrière mis en déroute pendant ce que le poète Idris Davies appelait «l’été des soupes et des discours» – la grève générale de 1926. Mis sur la liste noire par leurs employeurs après la défaite des syndicats, ils avaient parcouru tout le chemin de Londres à la recherche de moyens de nourrir leurs familles. À cette date, la célébrité et la richesse de Robeson suffisaient à l’isoler de la misère, par rapport à de nombreux ouvriers britanniques, alors que le monde industrialisé s’était effondré dans le ralentissement économique connu sous le nom de Grande Dépression.

Chantant avec un choeur dans une scène de The Proud Valley.
Pinterest
Chantant avec un choeur dans une scène de The Proud Valley. Photographie: Hulton Archive / Getty Images

Pourtant, il se souvint de la manière dont son père avait dépendu de la charité, et il était moralement en empathie envers l’opprimé. Sans hésiter, il a rejoint la marche.

Quelque 50 ans plus tard, Pauli Robeson, son fils, a visité le centre de réadaptation des mineurs de Talygarn et rencontré un homme âgé qui était présent ce jour-là en 1929. Le vieux mineur a parlé de l’éblouissement des marcheurs lorsque Robeson s’est placé à leurs côtés lors de leur procession: un énorme inconnu afro-américain en tenue incongrue à côté des gallois à moitié affamés dans leurs vêtements de travail et leurs bottes de mineurs.

Mais Robeson avait un talent pour l’amitié, et les hommes lui étaient reconnaissants pour son soutien. Il est resté avec la protestation jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent à l’extérieur d’un bâtiment de la ville, puis il a sauté sur les marches de pierre pour chanter Ol ‘Man River et une sélection de spirituels choisis pour divertir ses nouveaux camarades mais aussi parce que les chants de chagrin, avec leur mélange de douleur et l’espoir, des émotions exprimées qu’il pensait que des hommes désespérés loin de chez eux pouvaient ressentir.

Ensuite, il a fait un don pour que les mineurs puissent monter dans le train en retour au Pays de Galles, dans une voiture remplie de vêtements et de nourriture.

C’est ainsi que cela a commencé. Avant que l’année ne soit terminée, il a donné le produit d’un concert au fonds de secours des mineurs gallois. Lors de sa tournée ultérieure, il a chanté pour les hommes et leurs familles à Cardiff, Neath et Aberdare, et il a visité la maison de repos des mineurs de Talygarn à Pontyclun.

Dès lors, ses liens avec le Pays de Galles n’ont cessé de croître.

Robeson est resté [vivant] dans la rue de Buckingham, à Londres. Lui et Essie ont conservé un profil public en tant que couple de célébrités, toujours en se liant facilement avec la société policée et l’intelligentsia. Mais Robeson était maintenant conscient de l’existence du mouvement ouvrier et il a commencé à faire attention à ses victoires et à ses défaites. Ses visites fréquentes dans les villes minières au Pays de Galles faisaient partie de cette nouvelle orientation politique.

« Vous pouvez voir pourquoi il se souvient ici », a déclaré Humphreys. « Il était si célèbre quand il a fait ces liens, et la communauté minière galloise était tellement intimidée. À la suite de la grève générale, les gens se sont vraiment désespérés.  »

Une exposition consacrée à Robeson a ouvert ses portes à Pontypridd en octobre 2015 et elle a été l’écho d’une présentation beaucoup plus grande en 2001, que Humphreys avait réunie avec Hywel Francis, alors député travailliste pour Aberavon et Paul Robeson Jr [le fils de Robeson est mort en 2014]. elle a d’abord été montrée au Musée national à Cardiff et a ensuite fait le tour du pays.

La mise en scène de cet événement avait été une révélation pour Humphreys. Elle savait que des souvenirs de Robeson existaient au fond du pays de Galles, mais elle avait néanmoins été étonnée de la réponse. Tous les jours de l’exposition, les gens partagent leurs souvenirs, parlant avec enthousiasme de rencontres avec Paul qui était resté avec eux pour toujours.

Robeson à Waterloo Station à Londres en 1935.
Pinterest
 Robeson à Waterloo Station à Londres en 1935. Photo: Agence de presse topique / Getty Images

Les interactions de Paul avec le Pays de Galles ont été façonnées par la violence de la vie minière: les difficultés quotidiennes des longues heures et des bas salaires, mais aussi les catastrophes spectaculaires soudaines qui ont décimé les communautés. En 1934, il avait joué à Caernarfon quand des nouvelles sont arrivées d’une catastrophe dans le charbon de Gresford . La mine là-bas avait pris feu, créant un enfer aussi intense que la plupart des 266 hommes qui sont tombés sous terre, dans l’obscurité et la fumée, n’ont jamais été ramenés à la surface pour l’enterrement. Tout à coup, Robeson a offert ses honoraires pour le concert de Caernarfon au fonds établi pour les orphelins et les enfants des morts – une donation importante matériellement, mais beaucoup plus significative en tant que geste moral et politique.

Cela faisait partie, dit Humphreys, des raisons pour lesquelles le pays de galles se souvenait de lui. Il était alors parmi les stars les plus célèbres, l’artiste dont les chansons bourdonnaient en boucle, et pourtant il montrait à une communauté appauvrie et en difficulté – des gens qui se sentaient isolés et abandonnés – qu’il s’intéressait profondément à eux.

Et l’affection qui se poursuivait pour Robeson était plus qu’un souvenir de sa générosité. « Le Welsh a senti que la relation était réciproque, a déclaré Humphreys. « Qu’il dérivait quelque chose de leurs amitiés, de voir comment les gens dans les communautés minières se soutenaient et se souciaient les uns des autres. Il a dit plus tard qu’il a appris plus de la classe ouvrière blanche au Pays de Galles que de n’importe qui « .

Certes, Robeson a découvert Wales – et la classe ouvrière britannique en général – au bon moment. Il s’était proposé, avec de grands espoirs, pour une version cinématographique de [l’oeil d’Eugene O’Neill] L’Empereur Jones en 1933 – le premier film commercial avec un homme noir en vedette. Mais le processus s’est déroulé selon un modèle familier et désagréable. Le contrat de Robeson stipulait que, lors de son retour en Amérique, il ne serait pas invité à filmer dans les états de Jim Crow. Star ou pas, il était impossible d’être protégé du racisme institutionnel. À la fin de son séjour, alors qu’il se rendait à une soirée élégante de New York, il était dirigé vers l’entrée des serviteurs plutôt que l’ascenseur. Un témoin a déclaré qu’il avait dû être dissuadé de frapper le portier, dans une manifestation de colère qu’il n’aurait jamais osé dans le passé.

L’empereur Jones lui-même était encore très façonné par la sensibilité conservatrice: parmi d’autres humiliations, le studio a assombri la peau de sa co-star, de sorte que le public pensait que Robeson n’embrassait pas une femme blanche. Il n’est pas surprenant que, alors que les critiques blancs ont adoré le film et les performances de Robeson, il a de nouveau été attaqué dans la presse afro-américaine pour avoir présenté un stéréotype dégradant.

Quelques années auparavant, il aurait trouvé refuge à Londres à cause des dilemmes impossibles auxquels un artiste noir était soumis en Amérique. Mais il avait appris à voir l’Angleterre respectable comme présentant des traits semblables, bien que ses préjugés s’exprimaient à travers des hiérarchies bien établies  de classe sociale. Pour les amis, il a parlé de sa consternation quant à la façon dont les ordres supérieurs britanniques se rapportent à ceux qui sont au-dessous d’eux. Il était prêt, à la fois intellectuellement et émotionnellement, pour la rencontre avec le mouvement ouvrier gallois.

« Il y avait juste quelque chose », a déclaré Humphreys, « qui a rassemblé le peuple gallois et Paul Robeson. Je pense que c’était comme une affaire d’amour, d’une certaine manière. « Et cela semblait tout à fait juste.

Dans le film de 1940, The Proud Valley, sur une communauté gallois qui occupe un marin noir sans emploi.
Pinterest
Dans le film de 1940, The Proud Valley, sur une communauté galloise qui occupe un marin noir sans emploi. Photographie: Getty Images

Le lendemain matin, Humphreys et moi avons marché en bas de la colline, sous un ciel qui prédit constamment la pluie. Nous avons fait notre chemin vers l’église de St David’s Uniting sur Gelliwastad Road. De l’extérieur, cela semblait être une forme de vie typiquement sévère de la religiosité victorienne: un héritage gris et plutôt sombre des années 1880.

À l’intérieur, l’intérieur traditionnel de l’église – les bancs, la chaire, l’autel – a été complété par une énorme bannière de la loge d’Abercrave de l’Union nationale des mineurs, suspendue juste sous les vitraux. Les ouvriers du monde s’unissent pour la paix et le socialisme, a proclamé, avec une image d’un mineur noir tenant une lampe à son camarade blanc devant un globe du monde.

Les murs portaient d’énormes photos de Paul Robeson: dans son casque de football sur le terrain à Rutgers [Université]; Sur une scène de concert, sa bouche ouverte en train de chanter; Marchant sur une ligne de piquetage. Ce sont les affichages extraits de l’exposition de 2001.

Nous avons discuté avec les paroissiens, qui se sont relayés pour garder l’exposition Robeson ouverte pendant la journée pour le mois de l’histoire noire .

Le service lui-même m’a rappelé ma matinée dans l’église de la rue Witherspoon, sauf que, à Princeton [où Robeson était né], j’étais émerveillé du commandement des adorateurs de la tradition vocale noire. J’étais alors confronté au pouvoir harmonique de Choristes gallois: les anciens hymnes exprimés dans un grand mur de son qui résonnent et se répercutent dans l’intérieur.

Robeson, bien sûr, a fait cette comparaison plusieurs fois. Les chapelles wesleyennes des mineurs gallois et les églises où il avait prié avec son père étaient, disait-il, des lieux où un peuple fatigué et opprimé tirait secours de la prière et de la chanson.

Son film The Proud Valley ( publié sous le titre The Tunnel aux États-Unis ) , qui l’a amené à Pontypridd en 1939, reposait précisément sur cette conscience. Dans le film (le seul de ses films pour lequel il éprouvait de la fierté), Robeson avait joué David Goliath, un chômeur  qui erre dans la vallée galloise et est accueilli  par les mineurs lorsque le chef du choeur l’entend chanter.

Tout au long des années 1930, l’analogie entre les Afro-Américains et les travailleurs en Grande-Bretagne (et surtout au Pays de Galles) a aidé à réorienter Robeson, à la fois esthétiquement et politiquement, après sa désillusion avec l’établissement anglais.

Ses contacts avec les communautés ouvrières en Grande-Bretagne lui ont permis de se sentir mieux. Il a dit à son amie Marie Seton au sujet d’une lettre qu’il a reçue  lors d’une de ses visites. « Cet homme a dit qu’il a compris mon chant, car pendant que mon père travaillait comme esclave, son propre père travaillait comme esclave salarié dans les moulins de Manchester ».

C’était dans le nord de l’Angleterre, mais il retrouvait des communautés semblables partout, et cela ne cessait de l’intriguer. Si les chants d’esclaves des États-Unis valaient la peine d’être chantés, qu’en est-il de la musique émergeant d’autres communautés opprimées? Quelles relations l’exploration de traditions culturelles distinctives pourrait-elle forger entre différents peuples?

De manière significative, c’était au Pays de Galles où Robeson a d’abord réalisé cette nouvelle perspective. En 1934, il a donné un concert à Wrexham, dans le nord du Pays de Galles, entre les montagnes galloises et la vallée inférieure de Dee, aux côtés de la frontière avec l’Angleterre. Encore une fois, c’était une performance de charité, organisée au Majestic Cinema au bénéfice de l’Association des ambulances de St John.

Au cours de la visite, Robeson a été interviewé par le journal local, et il a déclaré au journaliste qu’il n’était plus lié à un répertoire classique. Il en était venu se considérer comme un chanteur folklorique, dévoué à ce qu’il appelait «la musique éternelle de l’humanité commune». À cette fin, il étudiait les langues, travaillant de manière aléatoire par le biais de langues russes, allemandes, françaises, hollandaises, hongroises, turques, hébraïques et diverses autres langues afin d’interpréter les chansons de différentes cultures dans les langues dans lesquelles elles avaient été écrites. Il était devenu, disait-il, un chanteur pour les peuples.

Étoile de cinéma: Robeson, à droite, avec Sir Cedric Hardwicke dans le film de 1937, le roi Salomon's Mines.
Pinterest
Étoile de cinéma: Robeson, à droite, avec Sir Cedric Hardwicke dans le film de 1937, le roi Salomon’s Mines. Photographie: Ronald Grant Archive

La confiance dont témoigne cette déclaration reflète une autre leçon tirée principalement du Pays de Galles. Dans la vie afro-américaine, l’église noire avait tellement souffert parce que la religion fournissait presque la seule stabilité institutionnelle aux personnes frappées par l’oppression raciale. En particulier, parce que Jim Crow a séparé le lieu de travail, les communautés noires ont lutté pour former et maintenir des syndicats. Le pays de Galles était cependant différent. Les mineurs trouvèrent la consolation en religion, chaque village parsemé de chapelles. Mais ils croyaient aussi avec ferveur dans le syndicalisme.

La catastrophe de Gresford a montré pourquoi. Dans une industrie comme l’exploitation minière, vous avez compté sur vos collègues de travail, à la fois pour faire le travail en toute sécurité et défendre vos droits. La bataille était nécessairement collective. Un seul mineur n’avait aucun pouvoir. Les mineurs dans leur ensemble, cependant, pourraient bloquer toute la nation, comme ils l’avaient démontré en 1926.

En particulier, la coopération prescrite par l’industrie moderne pourrait, au moins en théorie, dégrader les préjugés qui ont divisé les travailleurs – voire le stigmate attaché à la race. C’est le point sur lequel Robeson a dramatisé The Proud Valley, un film dans lequel la solidarité du lieu de travail surmonte le soupçon des mineurs à propos d’un inconnu à la peau noire. « Ne sommes-nous pas tous noirs dans cette fosse? » Demande l’un des hommes.

« C’est par les mineurs au Pays de Galles », a expliqué Robeson, « [que] j’ai d’abord compris la lutte des nègres et des blancs ensemble ».

« Pour comprendre les relations de Paul avec le Pays de Galles », a déclaré Humphreys le lendemain, « vous devez comprendre Tiger Bay ».

Elle m’a présenté à Lesley Clarke et à Harry Ernest et à son fils Ian. Les trois provenaient de Tiger Bay, le centre de la communauté noire de Galles. Ils avaient travaillé sur l’exposition originale à Cardiff, après que Humphreys ait insisté pour que le National Gallery emploie des guides noirs, et maintenant ils venaient à Pontypridd pour assister au nouvel affichage.

À 82 ans, Lesley Clarke était mince, mais vive et active. Elle parlait lentement et avec précaution « Je ne m’étais pas rendue compte qu’il y avait une barrière de couleur jusqu’à ce que j’ai quitté Tiger Bay. Quand je suis allé à l’école de grammaire, j’ai réalisé pour la première fois qu’il y avait des gens qui n’aimaient pas les gens de couleur. Nous ne savions rien les uns des autres, mais nous ne nous aimions pas. Je ne savais pas que j’étais pauvre et je ne savais pas que j’étais noir: tout ce que je savais c’était que j’étais moi.

Tiger Bay a été forgé par certaines des pires attaques raciales de l’histoire britannique. En juin 1919, les soldats qui s’y rendaient rencontrèrent un groupe d’hommes noirs marchant avec des femmes blanches. Indignés, les troupes, dirigées par des colons (principalement des Australiens), ont fait rage dans Butetown, attaquant des personnes de couleur, détruit des maisons et laissant quatre morts.

Pour la génération de Clarke et Ernest, la barrière de couleurs était très réelle, surtout dans le domaine de l’emploi. Ernest était impudique et chauve, et ses yeux se plissaient alors qu’il parlait, presque comme s’il avait nourri un humour pervers dans le souvenir. « Nous demandons si un emploi était ouvert », a-t-il déclaré, « et aussitôt qu’ils ont dit oui, nous disions: » Puis-je venir pour une entrevue en ce moment?  » Pour réduire l’écart, parce que la minute où vous êtes arrivé, ils diront: «Oh, le travail est parti.»

« A la minute où ils avaient vu que vous étiez noir, c’était comme ça », a déclaré Clarke. « Vous avez simplement tenu pour acquis que cela se produirait. Il y avait très peu de points d’emploi, en particulier pour les filles. Vous avez travaillé dans l’usine de brosses ou vous avez travaillé chez Ziggy, en vendant des chiffons et autres, ou il y avait une place juste au-dessus de l’endroit qui faisait des uniformes.

«J’ai travaillé dans l’usine de la brosse pendant un certain temps», a déclaré Ernest. « Oh, Jésus! »

Il secoua la tête et se mit à rire. « Jésus. »

S'adressant au National Eisteddfod of Wales, Ebbw Vale, 1958.
Pinterest
 S’adressant au National Eisteddfod of Wales, Ebbw Vale, 1958.

Robeson avait rencontré les mineurs gallois alors que sa carrière était à son apogée. Ils sont revenus vers lui à son époque la plus défavorable, presque deux décennies plus tard, à un moment où tout ce qu’il avait obtenu semblait lui avoir été enlevé. Au milieu de la guerre froide, le FBI a empêché Robeson de se produire chez lui. [Il avait proclamé sa sympathie pour l’Union soviétique depuis le milieu des années 30. Ce gauchisme a fait de lui une cible. Il est devenu, selon les mots de Pete Seeger, «l’interprète le plus en liste noire en Amérique», effectivement réduit au silence dans son pays d’origine,] Pire encore, le département d’état américain a confisqué son passeport, de sorte qu’il ne pouvait pas voyager à l’étranger. Il a été laissé dans une sorte de limbe: silencieux, isolé et de plus en plus désespéré.

Le 5 octobre 1957, dans le Grand Pavillon de Porthcawl s’entassaient  peut-être 5 000 personnes pour l’eisteddfod des mineurs. Will Painter, le dirigeant syndical, a pris le micro. Après avoir souhaité la bienvenue aux délégués, il a annoncé qu’ils recevraient bientôt Paul Robeson, qui les rejoindrait par une ligne téléphonique transatlantique.

Quand Painter a parlé à nouveau, il s’adressait directement à Robeson. « Nous sommes heureux qu’il nous ait été possible d’organiser que vous nous parliez et nous chantez aujourd’hui », a-t-il déclaré. « Nous serions bien plus heureux si vous étiez avec nous en personne ».

Miraculeusement, la voix profonde de Robeson a empli les haut-parleurs en réponse. « Mes salutations les plus chaleureuses aux gens de mon bien-aimé Pays de Galles, et un salut spécial pour les mineurs du sud du Pays de Galles lors de votre superbe festival. C’est un privilège de participer à ce festival historique.  »

Il était assis dans un studio à New York. En bas de la ligne téléphonique, il a interprété une sélection de ses chansons, les consacrant à leur lutte commune pour ce qu’il a appelé «un monde où nous pouvons vivre des vies abondantes et dignes».

La réponse musicale provient de la puissante Chorale masculine de Treorchy, les gagnants de l’eisteddfod de cette année et un groupe qui retraçait leur histoire en 1883. Robeson a rejoint le choeur dans une interprétation de l’hymne national gallois, Terre de mes pères, avant l’ensemble Audience – tous les 5 000  – l’ont repris .  Nous nous tiendrons à l’écoute. « Cette terre que vous connaissez sera encore chantée », ont-ils entonné en chœur. « Lorsque vous rentrez chez vous au Pays de Galles ».

 Il s’agit d’un extrait édité de No Way But This par Jeff Sparrow, publié par Scribe (£ 14.99). Pour commander une copie pour £ 12.74, allez à bookshop.theguardian.com ou composez le 0330 333 6846. Gratuit UK p & p over £ 10, uniquement en ligne. Les commandes téléphoniques min p & p de £ 1.99

 

En images : à Moscou, les stations de métro ont des airs de palais

Vous remarquerez que ce reportage avec ses commentaires parle de l’histoire russe, « du pays de Poutine », mais pas un mot sur l’URSS, c’est pourtant durant cette période qu’a été construit ce chef d’œuvre qui marie esthétique russe traditionnelle et constructivisme… Des femmes soviétiques m’ont raconté dans quelles conditions il avait été construit et comment il avait servi d’abri. (note de Danielle Bleitrach)

Dans sa nouvelle série, le photographe canadien David Burdeny expose toute la grandeur de la Russie. À travers ses stations de métro.

©

Qu’il s’agisse de New York, de Londres ou encore de Paris, les stations de métro ne se résument en général qu’à de lugubres plateformes de béton noir, au sujet desquelles nous n’avons qu’une hâte : en sortir. Comment alors imaginer qu’à Moscou, ces tunnels sombres et souterrains aient des allures de véritables palais tsariens ?

La série du photographe israélien Tomer Ifrah, que nous avions interviewé en février dernier, nous avait certes mis la puce à l’oreille. Ce dernier, qui s’était pris d’amour pour les sous-sols flamboyants de Moscou, nous expliquait que les stations de métro de la ville étaient tout simplement le reflet de l’histoire russe :

Les premières stations ont ouvert en 1935 mais se sont répandues graduellement au fur et à mesure des années, quand de plus en plus de stations ont été construites, dans les années 50, 60 et jusqu’à aujourd’hui. En fait, elles sont toutes connotées par l’époque dans laquelle elles ont été bâties, donc en voyageant de station en station, on voyage aussi à travers le temps.

Metro-2

L’architecture souterraine au pays de Poutine

Mais un autre photographe révèle aujourd’hui toute la splendeur de ce métro russe, de façon plus frappante encore. À travers sa série A Bright Future : New Works from Russia, relayée par le site Factodesign, le Canadien David Burdeny souligne l’incroyable richesse architecturale des rames moscovites.

Ses photographies n’ont pas été simples à réaliser : au pays de Poutine, les stations de métro appartiennent à l’armée civile (et font également office de bunker). Ce n’est qu’avec l’aide des producteurs de l’émission de télévision anglaise Top Gear, qui se focalise justement sur le métro russe, qu’il a réussi à décrocher une autorisation.

Sur le site Factodesign, David Burdeny expliquait : “Les premières stations à avoir été construites ne sont pas forcément inspirées du constructivisme ; elles sont presque religieuses. Les suivantes s’inspirent ensuite de l’art deco“. Couloirs de colonnes infinis, lustres majestueux, moulures royales ou larges parterres de béton… ces lieux souterrains sont de véritables œuvres architecturales, entre Art Deco donc, Rococo et constructivisme.

Metro-3

Metro-5

Metro-6

Metro-7

Metro-8

Metro-9

Metro-10

 
Poster un commentaire

Publié par le octobre 22, 2015 dans expositions, peinture, SOCIETE

 

Ne ratez pas Le Wiseman consacré au musée londonien National Gallery

0

L’année dernière nous avons eu la chance à Aix en Provence de découvrir Frederick Wiseman et sa manière de s’installer dans une institution, de regarder sans juger mais de nous faire pénétrer dans son fonctionnement, avec des individus qui l’expriment et en disent l’aventure, les possibles. Wiseman nous a présenté ses travaux, un petit homme qui a dépassé les 80 ans, un matérialiste, un documentariste.

Le nouveau documentaire passionnant de Frederick Wiseman, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, est une exploration de la National Gallery de Londres. Une immersion dans un des grands musées du monde, la national Gallery. Souvenirs… A dix huit ans, envoyée à Londres avec mes sœurs, je les ai forcées à passer deux heures par jour durant quinze jours soit à la National Gallery ou la Tate. Elles ont à jamais aimé la peinture, une immersion qui réclame du temps et Wiseman nous l’impose ou plutôt nous l’accorde, trois heures qui passent comme un rêve.

Dès le début Wiseman nous confronte à des métiers, celui du restaurateur mais aussi de conférencier. Une femme qui sait tout de la période, de l’auteur, choisit de faire revivre le regard du spectateur profondément religieux de cette époque, la lumière dans laquelle il baignait, l’impression d’un contact à travers la représentation… Imaginez une photo de chaton délicieux, on vous donne des fléchettes avec la mission de viser les yeux, vous éprouverez un refus, le lien avec le ciel dans cette ombre éclairée par des lumières vacillantes qui font bouger les ors, les draperies est du même ordre… Ils savent bien mais ils ressentent…

Chaque conférence est ainsi une manière de pénétrer une œuvre, il n’y a pas de réponse, mais une question : pourquoi dans son tableau sur les tournesols dominé par le jaune et le vert, Van Gogh inscrit-il cette ligne bleue ? Qu’est-ce qui pousse Rembrandt à conserver la silhouette d’un personnage dans un tableau, un repenti? Qu’est-ce qu’on apprend d’un peintre en le restaurant, qu’est ce qui différencie Léonard de ses élèves? A quoi tient le caractère exceptionnel de sa peinture?

Mais on en apprend autant en suivant le restaurateur qui ôte le vernis, n’est-ce pas une erreur, en tous les cas désormais la restauration doit être réversible pour laisser aux générations suivantes la possibilité d’une autre vision… Mais ce qui est typique du style de Wiesman c’est la manière dont il nous donne à voir la stratégie de l’institution à travers des dialogues du personnel, le directeur du musée qui plaide pour des expositions élitistes alors qu’une femme blonde passionnée demande une stratégie d’ouverture au grand public, opposition que l’on va retrouver au détour d’autres discussions sur l’approbation ou non d’une manifestation sportive devant le musée ou la réflexion sur le budget, la pression sur les personnels… Le musée est la découverte des tableaux mais aussi de toutes la vie qui se nourrit d’eux, y compris le final avec les danseurs.

Typique encore cette manière de parler des cadres comme un objet en soi, celui en ébène dont le bois dur oblige un travail avec des ondulations du racloir, ceux que l’on dore à la feuille…   Mais le choix aussi de présenter les tableaux hors cadre, un peu à la manière des spectateurs et des ouvriers qui traversent l’écran et se confondent avec les fragments d’œuvres.

Danielle Bleitrach

 
Poster un commentaire

Publié par le octobre 14, 2014 dans CINEMA, expositions, peinture

 

j’ai vu hélas dans la vie un cirque ridicule

1 Marc Chagall
J’ai vu hélas dans la vie un cirque ridicule :
Quelqu’un tonitruait pour effrayer le monde, et
Un tonnerre d’applaudissements lui répondait.
J’ai vu aussi comment on se pousse vers la gloire et
Vers l’argent : c’est toujours le cirque.
Une révolution qui ne conduit pas vers son idéal
Est, peut être aussi, un cirque.
Je voudrais toutes ces pensées et ces sentiments,
Les cacher dans la queue opulente d’un cheval de
Cirque et courir après lui, comme l’autre petit clown,
En demandant la pitié afin qu’il chasse la tristesse
Terrestre.

Marc Chagall

 
Poster un commentaire

Publié par le mars 20, 2014 dans litterature, peinture

 

Hommage à Zao Wou-ki –

rompre avec ce qui nous a nourri et ne jamais oublier les leçons du passé… la calligraphie chinoise se transforme et se rapproche du travail formel d’un matisse et pas seulement à cause des couleurs mais de la manière dont elles s’opposent, se plissent comme dans ces tissages… Il vient de nous quitter le 9 avril…(danielle bleitrach)

Nous apprenons avec une grande tristesse le décès, hier, en Suisse, de notre cher ami Zao Wou-ki.

Je souhaite rendre ici un hommage chaleureux à ce grand artiste et à son grand œuvre majeur et unique qui a considérablement enrichi notre culture universelle contemporaine. Zao Wou-ki m’avait accueilli en 1982, alors qu’à 33 ans je débutai dans ce métier d’éditeur d’art. Il m’a accordé sa confiance et, au fil des collaborations, son amitié. Nous avons réalisé ensemble cinq ouvrages au long d’une vingtaine d’années de complicité artistique. Ce fut chaque fois des rencontres étonnantes, riches, amicales, avec Claude Roy, tout d’abord, Jean Leymarie, ensuite, et Daniel Abadie, Jean-Luc Chalumeau, et enfin Bernard Noël, pour l’ultime Grands Formats. L’ouvrage Encres, dont Henri Michaux avait écrit le texte, fut publié juste avant, en 1980, avec mon prédécesseur, Charles Feld qui nous avait présentés. C’est dire combien a été fécond pour notre Maison d’Édition et pour nous-mêmes, ce voisinage (cette presque parenté) culturel et artistique qui nous donnait de surcroît, sur le plan humain, à chaque moment, l’exemple de l’exigence d’authenticité, du courage, de la générosité et de la probité. Nous adressons à ses enfants et à son épouse nos sincères condoléances très attristées.

Au revoir, mon cher Wou-Ki…

Philippe Monsel

Photographie : © Edouard Boubat

Zao Wou-ki3[1]

 
Poster un commentaire

Publié par le avril 10, 2013 dans peinture