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Archives de Catégorie: Europe

l’extrême droite espagnole est très agitée… et la presse espagnole pas plus crédible que la nôtre

Marianne me tranmet un article russe, qu’elle n’a pas le temps de traduire et qui coïncide étrangement avec la nouvelle du jour à savoir que selon El PaÏs, l’extrême droite espagnole serait financée par les iraniens. El PaÏs et ABC, deux journaux espagnols, le premier ayant renoncé officiellement à son passé franquiste, le second étant moins clair sur le sujet, nous parlent des Turpitudes de leur extrême-droite, le tout dans un contexte qui est celui d’un gouvernement espagnol avec à dose homéopathique de ministres communistes. Cela fait remonter les remugles,  entre l’Eglise espagnole dont certains membres en appellent à lutter contre le communisme impie  et la presse nostalgique du franquisme qui vante les exploits de la légion « Azul » au siège de léningrad,on peut dire que les source autochtones de l’extrême droite n’ont jamais été éradiquées… Pendant tout un temps la droite espagnole a tenu en son sein cette extrême-droite et le franquisme sous le masque de la monarchie « démocratique » avec un Aznar qui pourtant ne faisait pas mystère de son affiliation au franquisme et même menait un combat aux côtés des Etats-Uns contre les gouvernements « bolivariens » d’Amérique latine, et surtout contre Cuba. Le franquisme ne ressurgit pas, il était mêlé à la droite « honorable » , il a pu continuer à tenir l’appareil d’Etat. Mais aujourd’hui rongé par les scandales la droite s’est divisée et son aile franquiste remonte, les autres découvrent qu’elle est antisémite et financée par l’Iran. Que faut-il penser de tout cela?

 

 

Selon EL Païs : Le terrorisme iranien finance Vox le parti d’extrême-droite

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un scandale secoue l’Espagne, le journal El Païs vient de révéler que les chefs de l’extrême-droite Vox
Santiago Abascal, et l’un de ses poids lourds, Iván Espinosa de los Monteros ont reçu environ 65.000 euros du Conseil National de la Résistance Iranien. Vox a été fondée en 2013 avec un million d’euros de la CNRI avait déjà révélé El Païs . Le jour de son inscription au registre des partis politiques du ministère de l’Intérieur, le 17 décembre de la même année, il a reçu le premier transfert de l’étranger de partisans de l’exil iranien, 1 156,22 euros

Le salaire d’Abascal a été fixé à 3 570 euros nets par mois, environ 5 000 bruts, qu’il a perçus entre février et octobre 2014. Au total: 40 000 euros. L’Espinosa de los Monteros était de 2 300 euros net mensuel, soit environ 3 083 bruts. Le parlementaire a facturé par l’intermédiaire d’une société.

Abascal et Espinosa de los Monteros savaient que leur masse salariale provenait des fonds du CNRI. V, Vidal-Quadras a répondu à la question de savoir si les dirigeants Vox connaissaient l’origine de l’argent: «Abascal était au courant de tout, j’ai expliqué ma relation avec le CNRI et lui ai dit qu’ils allaient nous financer. Cela semblait bon. J’étais ravi. Il n’a commis aucune faute ».

La nouvelle ne me surprend pas et j’ai toujours sur mon blog refusé de diffuser les textes émanant des Iraniens parce que je savais qu’ils finançaient l’extrême droite antisémite en France, celle de Soral Dieudonné et bien d’autres.

Cela me met d’autant plus à l’aise pour refuser de cautionner l’amalgame que certains fond entre terroristes comme Daëch qui ont accompli des attentats en Europe et dans les pays musulmans et l’Iran dont je conteste l’Idéologie mais qui ne sont pas des « terroristes ». La guerre plus ou moins secrète qu’ils se livrent avec Israël relevant d’un côté comme de l’autre de méthodes que l’on peut déplorer mais qui ne mettent pas en cause le terrorisme tels que nous le subissons en Europe ou aux Etats-Unis. Celui-ci a toujours été le fait beaucoup plus d’alliés reconnus des Etats-Unis par les biais des saoudiens entre autres.

Donc il faut dénoncer la propagande antisémite qui s’appuie sur des réseaux d’extrême droite et qui le plus souvent diffuse des nouvelles fantaisistes que l’on peut effectivement qualifier de « complotiste » comme Egalité et réconciliation, alterinfo, réseaux international, et bien d’autres relais pourris dont le financement par l’Iran est souvent avéré,  mais il faut dénoncer également la propagande émanant cette fois de la CIA qui nous présente l’Iran comme l’équivalent de Daech,pour nous inciter à la guerre contre l’Iran.

Oui il faut lutter contre ceux qui feignent de découvrir ce genre de liens pour mieux nous faire oublier ce que les Etats-Unis et leurs « allié » occidentaux nouent avec les véritables promoteurs du terrorisme. Si ces pays découvrent qu’ils ont une extrême-droite et que celle-ci est prête à n’importe quelle alliance, ils sont singulièrement naifs (1)

Danielle Bleitrach

(1) Outre le fait qu’El Païs est un de ces miracles espagnols dont le propriétaire s’est reconverti du franquisme au centre gauche, Marianne  m’a signale le mêle jour cet article qu’elle n’avait pas le temps de traduire:

pourquoi l’Espagne se vante d’avoir participé au blocus de Leningrad

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Pourquoi l’Espagne se vante de participer au siège de Leningrad

Au total, environ 40 000 personnes ont transité par la "Division bleue". Il a obtenu son nom par la couleur des chemises phalanges qui sont devenues une partie de leur uniforme

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27 janvier 2020, 11:56
Photo: Scherl / Global Look Press
Text: Dmitry Bavyrin

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L’un des plus grands journaux d’Espagne a décidé de louer la célèbre division bleue pour la guerre contre l’URSS et pour sa participation au siège de Leningrad, lorsque « les soldats espagnols ont montré leurs meilleures qualités ». Qu’est-ce que c’est – une autre tentative de l’Europe pour reconsidérer les résultats de la Seconde Guerre mondiale ou la stupidité grossière des nationalistes espagnols?

« Il ne fait aucun doute que l’acte le plus audacieux de la division bleue a été la défense de la ville russe de Krasny Bor près de Leningrad »,  écrit le journaliste Manuel Villatoro  dans l’un des plus grands journaux espagnols ABC.

Deux choses doivent être soulignées  Premièrement, les Espagnols ont «défendu» la ville russe contre les troupes soviétiques. Deuxièmement, l’offensive de l’Armée rouge faisait partie de l’opération Polar Star, conçue pour débloquer la capitale du Nord. Cette opération a échoué, notamment en raison des actions des Espagnols.

En d’autres termes, l’un des principaux journaux espagnols se vante que les assistants espagnols d’Hitler ont réussi à prolonger le blocus de Leningrad pendant près d’un an, un crime de guerre inhumain qui occupe une place spéciale dans notre mémoire nationale.

Mais d’un point de vue espagnol, tout semble différent. Mais en fait, c’est une démonstration égoïste des Pyrénées, mais pas une russophobie idéologique, comme dans la plupart des cas de ce genre.

C’est presque un axiome: si un pays européen commence à rendre héroïques les complices nazis parmi ses citoyens, ces actions sont finalement dirigées contre la Fédération de Russie. Un bon exemple est le  cabinet de la Pologne moderne , le premier gouvernement polonais à honorer ouvertement la brigade ентwiętokrzyskie. Même le gouvernement fortement anticommuniste en exil n’a pas permis une telle  chose , puisque les nationalistes radicaux qui composaient la brigade mentionnée ont activement collaboré avec la Wehrmacht, combattant moins « pour la Pologne » que contre les communistes. Varsovie les considère désormais comme des  synonymes .

Le pathétique des Espagnols, vantant les «exploits» de la «Division bleue» est  d’un genre différent. Ceci est une vantardise pour son propre moral sans référence à la politique actuelle. Le fait est que les commandants soviétiques ne considéraient pas les Espagnols comme un adversaire sérieux, et les Allemands décidèrent de ne leur confier qu’une section secondaire du front. Cependant, c’est la défense espagnole qui a finalement déterminé l’issue déplorable de l’étoile polaire. Ensuite, la «Division bleue» a subi les pertes les plus importantes de son histoire, c’est pourquoi la combinaison même des mots russes «Red Bor» en Espagne est reconnaissable.Autrement dit, c’est une  démonstration. Les Allemands auraient considéré  nos grands-pères pour golody et ivrognes licencieux, les ayant même parfois confondus avec les Juifs (fait historique: lorsque certains combattants de la division sont allés AWOL en Pologne, la Gestapo les a arrêtés tout comme les Juifs), et ils ont pu résister à la machine militaire stalinienne et Joukov.

Dans le même temps, les historiens espagnols ne pèchent pas contre la vérité lorsqu’ils affirment que la division bleue a rempli sa mission politique. De notre point de vue, ses combattants (et au total jusqu’à 40 000 personnes) sont bien sûr des envahisseurs et des criminels, dont les actions n’avaient aucun sens pratique. En 1941, Franco les a envoyés dans un hachoir à viande sur le front de l’Est, et en 1943, ils les a ramenés sous la pression de la Grande-Bretagne et des États-Unis (ici on doit rendre hommage aux Alliés ). C’est un succès moyen – se battre sans succès pour Hitler.

Mais Franco lui-même a vu la situation différemment. Premièrement, il a cherché à éviter une implication à grande échelle dans la guerre mondiale et a voulu payer son allié obsessionnel et exigeant – lBerlin nazi – avec une petite contribution, en d’autres termes, avec une seule division.

Deuxièmement, jusqu’à récemment, il avait peur que Hitler envahisse l’Espagne pour occuper Gibraltar,

par conséquent, il a jugé nécessaire de démontrer aux Allemands le courage et le dévouement des soldats espagnols.

Troisièmement, Caudillo a tenté de soulager les tensions politiques internes et de «se défouler» des cercles radicaux dans son propre camp. Parmi ses partisans (principalement dans la Phalange), nombreux étaient ceux qui ont appelé à rejoindre la guerre du côté de l’Allemagne afin de «répondre à l’URSS» pour avoir soutenu les républicains dans le massacre civil de 1936-1939.

Toutes ces tâches sont terminées. Et la participation personnelle de Franco à ce projet prouve l’importance qu’il attache à elle. Il suffit qu’Agustin Munoz Grandes ait été nommé commandant de la division. Au moment de sa création, il est l’un des chefs militaires les plus talentueux du pays, le ministre du gouvernement, le secrétaire général de la Phalange et le syndic de caudillo. Par la suite – le ministre de la Défense de l’Espagne et le successeur officiel de Franco.

Mais officiellement, la division était purement volontaire, et un nombre important de ses soldats étaient en effet personnellement motivés à rendre aux communistes une «visite de retour» et à venger leurs proches  civils. À tel point qu’une partie du personnel a ignoré le décret de retour dans leurs Pyrénées natales en 1943 et est restée au front, passant de la Wehrmacht aux troupes SS. Au final, plusieurs milliers d’Espagnols ont même participé à la défense de Berlin.

Il y avait juste la tendance inverse. Certains anciens républicains se sont également retrouvés dans la division bleue, tentant ainsi de détourner le volant de la répression franquiste de leurs proches. Certains d’entre eux se sont battus jusqu’en 1943, car cela rapportait le double salaire – de Madrid et de Berlin, nécessaire à leurs familles dans l’Espagne ravagée et appauvrie. Mais d’autres ont franchi la ligne de front et se sont rendus aux troupes soviétiques, ce qu’ils ont regretté plus tard.

Dans un premier temps, les soldats de la « Division bleue », quels que soient les motifs de leur reddition, n’ont pas été répartis sur le nombre total de prisonniers de guerre, mais ne les ont par la suite pas reconnus du tout, l’Espagne et l’URSS n’ayant pas officiellement combattu. En conséquence, les Espagnols ont pu retourner dans leur pays d’origine quelques années plus tard que les Allemands et les Italiens

Plusieurs dizaines de personnes sont restées vivre en URSS.

Le motif de vengeance de la participation soviétique à la guerre civile espagnole est toujours présent dans la conscience historique de certains des conservateurs de droite du royaume, d’où ces articles. Une autre partie de ceux qui glorifient les «exploits» de la «Division bleue» suit la mémoire familiale des ancêtres chez qui on veut voir au moins des hommes courageux.

Le fait que la «Division bleue» ait évité la «défrankation» qui se produit dans l’Espagne moderne contribue à la préservation de tels sentiments. Par ses principes, elle s’apparente à la «décommunisation» ukrainienne, mais ici elle est plus facile à expliquer par l’exemple. Si la «Division bleue» combattait dans une guerre civile, les rues nommées en son honneur ou en l’honneur de ses commandants seraient renommées, mais comme cela faisait partie de l’histoire d’une guerre complètement différente – la Seconde Guerre mondiale, il y a une rue avec ce nom même à Madrid.

En fin de compte, les souvenirs enthousiastes de la «Division bleue» dans les journaux espagnols sont le produit du travail soit des Franco-anticommunistes idéologiques, qui ne sont pas si nombreux dans le royaume et qui continuent d’être poussés dans le domaine marginal, soit d’une partie des souvenirs de famille avec le type de caractérisation des Pyrénées.

C’est impudent. Et c’est désagréable. Mais cela fait partie de processus complètement différents des tentatives de l’Ukraine, de la Pologne, des pays baltes et d’un certain nombre d’autres États de reconsidérer les résultats de la Seconde Guerre mondiale avec la diabolisation parallèle de la Russie moderne.

 
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Publié par le janvier 28, 2020 dans Asie, Europe, extrême-droite, GUERRE et PAIX

 

Moscou ouvre la voie de la paix en Libye

L’initiative diplomatique de Poutine et sa capacité à comprendre Erdogan révèlent que « la Russie et la Turquie sont sur le point de jouer un rôle énorme pour influencer l’avenir de la Libye », disent les experts.

 

 Publié: lundi 20 janvier 2020 | 19h49h17.

Auteur:

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Leonel Nodal

 
Arrêter l'embargo sur les incendies et les armes, tels sont les maîtres mots de l'accord conclu hier à Berlin lors de la conférence internationale sur la Libye

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Le président Vladimir Poutine vient d’ouvrir une voie encourageante vers un règlement politique de la crise libyenne, déclenchée par l’intervention militaire des États-Unis et de l’OTAN en 2011.

Au début d’une année mouvementée, marquée par l’escalade du conflit de Washington avec l’Iran, Poutine a effectué un voyage surprise en Syrie et en Turquie, où il a obtenu le soutien de son homologue Recep Tayyip Erdogan pour parvenir à un cessez-le-feu en Libye.

Plus d’une douzaine de nations ont été impliquées dans la guerre – en violation d’un embargo sur les armes de l’ONU – qui a fait exploser le gouvernement et les institutions, fait des milliers de victimes et déplacé plus de 300 000 personnes.

La trêve fragile créée par Poutine et Erdogan, la première des neuf derniers mois de violents combats, a permis le dernier dimanche d’organiser un sommet des nations les plus influentes sur la situation libyenne, afin de rechercher un règlement négocié dans le pays pétrolier du Afrique du Nord

Qui est présent dans le conflit?

L’intervention militaire étrangère a divisé le pays. D’une part, la région orientale, siège de la ville de Tobrouk et de riches gisements de pétrole. D’autre part, la zone nord-ouest, où se trouve Tripoli, capitale du pays et principal port d’entrée.

Une vaste région du sud a été influencée par divers groupes armés et groupes tribaux, mais avec peu de contrôle sur la richesse.

Le maréchal éponyme Khalifa Haftar, fondateur et chef de la soi-disant armée nationale libyenne, a pris le contrôle de Tobrouk, avec le soutien ou la sympathie de certaines nations arabes et occidentales.

Haftar était l’un des officiers qui, avec Muamar Khadafi, a renversé la monarchie en 1969. Il s’est ensuite mis au service de la Central Intelligence Agency (CIA) et a vécu 20 ans à Langley, en Virginie, siège de l’agence d’espionnage et de subversion. Il est retourné en Libye en 2011 pour participer au coup d’État contre Khadafi.

En 2014, la Chambre des représentants de la Libye a été installée en tant que gouvernement dans la ville de Tobrouk, bastion de Haftar.

Selon le Washington Post, les Émirats arabes unis (EAU), l’Égypte, l’Arabie saoudite, la Jordanie et la France soutiennent Haftar. Il déclare également qu’il y aurait des paramilitaires russes du groupe Wagner, mais le président russe a nié cette version et encore moins qu’ils soient payés par le Kremlin. Ceux qui le soutiennent le perçoivent comme un « homme fort » capable de contrer les islamistes.

Cependant, son principal soutien ces derniers temps a été le président Donald Trump, qui lors d’une conversation téléphonique en mars dernier « a reconnu le rôle important … dans la lutte contre le terrorisme et la sécurité des ressources pétrolières de la Libye, et les deux ont discuté d’une vision commune de la transition de la Libye vers un système politique stable et démocratique », selon une note de la Maison Blanche.

La légitimité du gouvernement de Tripoli

Le gouvernement de l’Accord national (GNA), créé en 2015 en tant qu’organe de transition et soutenu par l’ONU, a Tripoli et certaines parties du nord-ouest du pays sous son contrôle.

La Turquie, le Qatar, l’Italie et d’autres pays européens soutiennent le GNA. Le Washington Post lui-même a souligné que « les États-Unis le soutiennent apparemment également, mais les contacts continus de l’administration Trump avec Haftar, un sujet à double nationalité libyenne-américaine, un ancien agent de la CIA, ont envoyé des signaux mitigés ».

À la fin de l’année dernière, le président turc Recep Tayyip Erdogan a signé un accord maritime avec le gouvernement de Tripoli sur les droits des forages pétroliers et gaziers en mer Méditerranée et a proposé d’envoyer des troupes de soutien, cherchant une plus grande influence en Libye . Le Parlement turc a autorisé l’envoi de troupes au début de l’année, après avoir fourni des drones et des véhicules blindés.

Poutine déploie le pouvoir de la diplomatie russe

En avril dernier, Haftar est parti en guerre contre la capitale pour achever le règne de la Chambre des représentants de la Libye.

La trêve intervient à un moment crucial. La semaine dernière, Haftar a pris le contrôle de Syrte, une ville côtière stratégique située à 230 miles à l’est de Tripoli, dominée par de puissantes tribus, et lieu de naissance de Khadafi.

L’initiative diplomatique de Poutine et sa capacité à comprendre Erdogan révèlent que « la Russie et la Turquie sont sur le point de jouer un rôle énorme pour influencer l’avenir de la Libye », disent les experts.

L’un d’eux, Emadeddin Badi, analyste à l’Institut du Moyen-Orient, a déclaré que « la guerre civile en Libye aurait pu être résolue par des Américains et / ou des Européens il y a des mois avec un minimum d’efforts ».

Il n’est pas rare que ce soit les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN qui déclenchent la déstabilisation de la Libye, cherchant à saisir son immense richesse pétrolière.

Suite à l’accord de cessez-le-feu garanti par la Russie et la Turquie le 12 janvier, Poutine a reçu au Kremlin la chef du gouvernement allemand, Angela Merkel, à qui elle a apporté tout son soutien au sommet dimanche dernier à Berlin.

Malgré leurs divergences, les puissances occidentales et arabes ont signé un large accord qui vise à respecter l’embargo sur les armes imposé par l’ONU et à cesser de fournir un soutien militaire aux factions en guerre.

« Nous nous sommes mis d’accord sur un plan global pour l’avenir », a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel.

Le Premier ministre Fayez Serraj, chef du gouvernement installé à l’ONU à Tripoli, et le maréchal Khalifa Haftar, chef du pôle électrique de Tobrouk, étaient à Berlin dimanche, mais ils ne se sont pas rencontrés.

Les États-Unis, dégoûtés par l’implication croissante de Moscou en Libye, ont accueilli l’appel de Merkel avec une froideur visible et étaient représentés par le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo.

Parmi les signataires du communiqué final figuraient les présidents de la France, Emmanuel Macron; de Russie, Vladimir Poutine; de Turquie, Recep Erdogan, et d’autres hauts dirigeants européens, des Emirats Arabes Unis et d’Egypte.

Le communiqué appelle « toutes les parties impliquées à redoubler d’efforts pour une suspension durable des hostilités, une escalade réduite et un cessez-le-feu permanent ».

Il a également appelé les pays qui soutiennent les factions belligérantes à « s’abstenir de toute activité qui exacerbe le conflit ou est incompatible » avec l’embargo ou le cessez-le-feu de l’ONU « , y compris le financement des capacités militaires ou le recrutement de mercenaires. ». Les nations qui brisent l’embargo sur les armes doivent faire face à des sanctions, ont convenu les signataires.

Le ministre russe des Affaires étrangères par intérim, Sergueï Lavrov, a déclaré que le document convenu à Berlin confirme que ce conflit n’a pas de solution militaire et que seul le peuple libyen décide du sort du pays.

Lavrov a déclaré que « Dans le vaste plan de règlement du conflit libyen, la nécessité d’un cessez-le-feu durable est soulignée ».

Au-delà des évaluations ponctuelles, le sommet de Berlin a placé Poutine et la Russie non seulement comme une autre force militaire dans la carte complexe du Moyen-Orient, mais comme une puissance de médiation florissante capable de dialoguer, d’influencer et de conclure des accords pertinents, inspirés par la commodité de toutes les parties.

La guerre en Libye a fait des milliers de sans-abri et de déplacés. Photo: AFP

 

« Aujourd’hui, il y a moins d’espoir et plus de résignation que sous Tito »

cet interview est intéressant à plus d’un titre: alors que l’intervieweur s’obstine à vouloir faire de Bora Ćosić ce qui lui a valu son succès en occident à savoir un dissident critique du titisme, celui-ci proteste et dit que le capitalisme est bien pire, il n’est pas loin d’Ernst Bloch qui ayant fui la RDA continuait à affirmer que le pire des régimes socialistes valait mieux que le meilleur des régimes capitalistes parce qu’il y demeurait l’espérance. Autre aspect intéressant de son interview, après être revenu du capitalisme, l’auteur conserve l’idéologie titiste concernant l’URSS. Alors qu’il décrit la liberté Yougoslave opposée au soviétisme pour qui connait un peu la production soviétique on peut constater à la même époque la même créativité impertinente, comme dans beaucoup de pays ex-socialistes. Quant à la « nostalgie » dont est empreint ce texte elle est également partagée par ceux dans ces pays qui n’ont jamais voulu de la fin du socialisme mais simplement ont cru ceux qui leur ont vendu le capitalisme comme le meilleur des socialismes (note de Danielle Bleitrach)

« Aujourd’hui, il y a moins d’espoir et plus de résignation que sous Tito »

 

© Guillaume Narguet

© Guillaume Narguet

Bora Ćosić, écrivain serbo-croate né à Zagreb en 1932, a passé la plus grande partie de sa vie à Belgrade, qu’il quitte en 1992 pour protester contre les dérives du régime de Slobodan Milosevic. Auteur prolifique, il a écrit une quarantaine de romans, d’essais et de recueils de poèmes ; or, seul un roman a été traduit en français : le Rôle de ma famille dans la révolution mondiale[1], critique satirique du socialisme yougoslave et du régime de Tito. Sa publication lui a alors valu les foudres du pouvoir, ce qui n’a pas empêché l’ouvrage d’obtenir un franc succès et de remporter le prix NIN, lui octroyant de fait un statut d’œuvre culte. Zone critique est partie à la rencontre de cet auteur encore trop méconnu en France, dont l’œuvre colossale ne demande qu’à être traduite, publiée et découverte.  

– Zone Critique adresse ses chaleureux remerciements à Mme Ivana Velimirac pour la traduction lors de l’entretien ainsi que la Librairie Polonaise pour la mise à disposition de ses locaux – 

000351919Votre roman est une chronique familiale satirique qui fait une critique acerbe du socialisme yougoslave et pour lequel vous montrez une grande liberté de ton. Ecrit en 1969 au moment du dégel politique en Yougoslavie, comment a-t-il été reçu par les autorités ?

Je n’ai pas conçu ce roman comme une œuvre satirique mais plutôt une œuvre joyeuse, une sotie au sujet d’une famille dans un contexte historique, politique et social particulier. Je suis ainsi parti de l’histoire d’un foyer classique de trois générations (le grand-père, les parents, oncle et tantes et le petit garçon, qui est en même temps le narrateur) qui évolue dans la Belgrade de la Seconde Guerre mondiale puis de la dictature. On peut dire que la petite histoire est finalement révélatrice de la grande Histoire, avec ses drames et tragédies.

Imaginez cela comme une moquerie, celle d’une classe moyenne bourgeoise et de leurs valeurs dans un environnement difficile. De ce fait, mon roman a acquis involontairement, par la suite, une dimension satirique que je ne recherchais pas au départ.

Vous avez évoqué la notion de liberté. Mais il faut savoir qu’il ne s’agissait pas d’une liberté que je m’octroyais, pour moi-même. Après la guerre, il était permis, en Yougoslavie, d’écrire dans un style moderne, contrairement aux pays du bloc soviétique (Roumanie, Albanie etc.). On pouvait donc produire ce qu’on voulait, les interdictions étant rares et très ponctuelles. Il n’y avait pas d’autodafés et les écrivains ne risquaient pas la prison pour leur littérature. J’ai ainsi pu publier trois romans surréalistes dans les années cinquante ainsi que de la poésie, dite futuriste, sans rien craindre de la part des autorités. On peut affirmer que le vent de la modernité a soufflé sur la Yougoslavie de ces années-là.

D’où la possibilité dont vous avez bénéficié d’adapter dans les années 60 la comédie musicale américaine Hair pour la scène de Belgrade, ce qui était osé.

Il y avait à l’époque, à Belgrade, deux grands festivals : BITEF (le Festival international de théâtre de Belgrade, créé en 1967), et FEST (le Festival international du film de Belgrade, créé en 1971), et qui existent toujours. C’étaient des événements culturels majeurs pour l’époque et auxquels se rendaient des metteurs en scène et des acteurs de toute l’Europe et du monde. Ces manifestations étaient emblématiques de la volonté d’ouverture du régime et de la liberté qu’il souhaitait infuser.

C’est d’ailleurs grâce au festival BITEF, et sous la direction de la grande dramaturge Mira Trailović, que Bob Wilson, pratiquement inconnu à ce moment-là, a pu acquérir une renommée mondiale en étant récompensé du grand prix du festival en 1977 pour Einstein on the Beach. Idem pour Peter Handke qui, alors qu’il n’était qu’un jeune dramaturge autrichien inconnu, y a présenté ses pièces Le Pupille veut être tuteur (1969) et La Chevauchée sur le lac de Constance (1971). La scène belgradoise constituait finalement une sorte de tremplin permettant à des débutants de rayonner ensuite sur la scène mondiale.

La parution de votre roman précède de deux ans le début du Printemps croate, en 1971, et les grandes manifestations étudiantes qui ont eu lieu. Peut-on voir un lien de cause à effet entre ce contexte particulier et la parution de votre roman ?

Je ne vois pas de lien, sauf à considérer ce souhait très marqué de pouvoir s’exprimer de façon plus libre, plus ludique et presque plus provocatrice ou irrévérencieuse. J’ai écrit de nombreux essais et textes théoriques sur les manifestations qui ont eu lieu durant cette période (1968 notamment), comme mon Esthétique temporaire des manifestations. D’un côté, vous avez un véritable engagement politique et de l’autre, une appréhension par la littérature de ces mouvements sociaux. Par conséquent, cette littérature, qui fictionnalise la réalité objective brute, acquiert une dimension politique et engagée.

Mes premiers écrits, tout comme ceux de mon confrère Radomir Konstantinović, étaient surréalistes ; ils interprétaient la réalité du quotidien d’une façon originale et très différente du réalisme soviétique qui était la norme dans les arts de cette époque. Le régime titiste n’a pas réagi comme on aurait pu le craindre dans une dictature soviétique classique et s’est senti moins provoqué par notre littérature abstraite que par des écrits réalistes à dimension sociale et à vocation critique qui étaient, par définition, plus abordables par la population et donc plus dangereux. Paradoxalement, la liberté n’avait rien à craindre là où elle s’exprimait le plus et là où elle laissait libre cours à son inspiration et son imagination les plus folles.

Le roman raconte l’histoire, sur quelques années, sans que la chronologie soit très précise, d’une famille haute en couleurs, partagée entre un père alcoolique, une mère dévouée mais désespérée, un grand-père, un oncle, des tantes, et au milieu un jeune narrateur d’une dizaine d’années, faux naïf, qui observe son environnement. Y a-t-il une part d’autofiction dans ce roman ou cette famille est-elle un archétype ?

Il y a bien sûr un fond autobiographique que je ne peux pas nier. Mais il s’agit plutôt d’une vision archétypale, de lieux communs ou de topoï concernant une classe moyenne en laquelle il est possible de s’identifier ou de reconnaître certains traits de caractère. Des personnes de mon entourage m’avaient d’ailleurs fait savoir, au moment de la publication du roman, qu’elles se trouvaient des points communs avec les personnages de l’oncle ou des tantes, par exemple.

Plus qu’une autofiction réfléchie et assumée, il s’agit avec mon roman d’une envie de jouer avec les clichés.

Le titre est assez ironique : il s’avère que la famille, plutôt dysfonctionnelle, assiste passivement aux événements qui se déroulent sous ses yeux, de l’occupation allemande et le gouvernement de Milan Nedić, à l’instauration du régime communiste de Tito. Pensez-vous que ce rôle passif puisse être généralisé à l’ensemble de la population yougoslave, durant les périodes décrites mais aussi durant les dernières guerres des années 90 ?

Il est vrai qu’on peut faire ce rapprochement et affirmer que cette famille, ce nucleus, reflète bien l’attitude d’une entité beaucoup plus vaste, telle que la société ou l’Etat yougoslave de ces années-là. Dans le même temps, il est aussi possible de considérer qu’un petit Etat se comporte parfois comme une famille. Un parallélisme peut donc s’opérer entre ces deux niveaux.

L’intrigue du roman forme une sorte de boucle : elle commence par la rédaction que le jeune narrateur doit écrire pour son école et qui consiste à raconter le quotidien de sa famille, et s’achève par un rapport que le même narrateur, qui a grandi de quelques années, doit rédiger sur ses proches sur ordre des autorités. Peut-on voir dans ce cercle vicieux une sorte de désespoir, de fatalisme relatifs à la situation du peuple yougoslave ?

Je dirais, au contraire, que malgré toutes ces mésaventures, c’est un roman optimiste. La vitalité de cette famille, les moyens qu’elle trouve pour survivre et s’adapter à cet environnement met en évidence un paradoxe de la vie, qui est de toujours voir le bon côté des choses, y compris dans les situations les plus noires et les plus difficiles. Cette famille, tour à tour ridicule, burlesque et pétrie de clichés, est finalement attendrissante de par ses défauts et sa candeur.

Elle semble être d’ailleurs la seule à croire que les choses puissent prendre une tournure plus favorable. Comme le dit mon jeune narrateur « : « Nous avions une confiance illimitée en la vie, nous considérions l’existence comme un conte de fées, tout ce que nous entreprenions était magnifique ». Bien sûr, l’ironie est de mise ici mais elle s’impose presque par hasard. Cela n’était pas mon intention, je n’ai pas décidé de rédiger un texte ironique à la Voltaire ; j’ai obéi aux circonstances, ce qui en a fait un texte comique. Même des scientifiques très sérieux et d’austères professeurs de littérature germanique m’ont avoué avoir ri aux éclats en lisant mon roman.

La force de votre ouvrage réside dans le fait qu’il est en effet très drôle dans les deux premiers tiers et qu’il devient très triste dans le dernier où le sort s’acharne : le rire devient jaune et l’on finit par se demander si la famille ne va pas connaître un destin funeste. Peut-on dire que la comédie, plus que son rôle d’exutoire, de catharsis, met en évidence l’aspect tragique de l’intrigue mais aussi de la vie en général ?

Tout à fait, surtout dans les situations difficiles. Par exemple, la mère parle, à un moment donné « des gens merveilleux et des tragédies encore plus merveilleuses ».

On peut évoquer ce passage dans mon roman où l’oncle raconte l’histoire d’un fou qui entre dans un café et qui déclare : « Vous allez voir un homme qui est venu à bout de tout, même de lui-même » avant de se tirer une balle dans la tête. Le geste, bien que tragique dans l’absolu, est également comique par son côté absurde.

On note une critique de la déshumanisation imposée par le régime dictatorial : « Nous nous affairions à longueur de journée, quoique cela ne se remarquât guère, et ensuite nous nous couchions et rêvions de la même chose, à savoir que nous continuions à nous activer, telle des machines.» Est-ce un constat qu’on pourrait toujours tenir de nos jours, sur la société de consommation, le capitalisme, la mécanisation des rapports sociaux ?

Peu importe le progrès social, auquel je ne crois pas fortement soit dit en passant. On peut même dire que les circonstances sont encore plus difficiles et féroces actuellement qu’elles ne le furent par le passé. Sans entrer dans la critique superficielle du capitalisme libéral, j’ai l’impression que de nos jours, des ombres oppressantes et une véritable chape de plomb menacent les gens, davantage encore que durant la Seconde Guerre mondiale où, malgré les conditions difficiles et la souffrance, une certaine insouciance, voire la joie et l’espoir, persistaient. Il semble qu’aujourd’hui, cet espoir n’est plus permis.

Une des phrases les plus importantes de votre ouvrage me semble être la suivante : « Notre plus grande richesse, c’est la liberté d’expression, fût-ce pour formuler des pensées stupides.» Quel constat dresseriez-vous de l’état actuel de la liberté d’expression, en Europe centrale ou plus généralement en Occident ?

On peut noter un paradoxe. Aujourd’hui, il est possible de tout dire ; par exemple, en Croatie, certains écrivains critiquent sévèrement le régime et pourtant, rien ne se passe. Aucune sanction ne leur est infligée. Mais la portée même de leurs paroles est nulle, elles n’ont aucune influence, aucun effet, car la population en Croatie ou en Serbie est résignée et passive. Il n’y a ni terreur ni répression car tout acte de violence de cette nature serait inutile. La liberté n’a plus d’importance.

Vous êtes installé à Berlin depuis 1995 et êtes retourné en ex-Yougoslavie en 2005, voyage dont vous avez tiré un livre : Voyage en Alaska. Du point de vue français, il est assez difficile d’appréhender ce pays qui n’en est plus un. Quelles clefs donneriez-vous pour le comprendre ?  

Tout d’abord, je ne me considère pas personnellement comme apatride car je ne me suis jamais senti en exil. Il est vrai que j’ai quitté l’ex-Yougoslavie en 1992 mais je l’ai fait volontairement, sans en avoir été chassé. Je n’étais pas en danger et n’ai subi aucune contrainte. Je l’ai plutôt fait par choix et conviction personnelle, pour protester contre la dérive du gouvernement Milosevic. En fait, le seul vestige de cette vie antérieure que j’aie conservé est la langue, que je n’ai jamais quittée, et je n’ai jamais écrit dans une autre langue que le serbo-croate, bien que je vive en Allemagne. C’est le souvenir que j’ai emporté avec moi. J’y ai toujours été attaché et c’est la raison pour laquelle j’ai signé en 2017, avec d’autres intellectuels, la Déclaration pour une langue commune, qui a pour objectif de mettre fin aux querelles linguistiques entre les quatre anciennes républiques yougoslaves, à savoir la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, le Monténégro et la Serbie, et de reconnaître au serbo-croate son unicité, qui fonde également un socle culturel commun à ces entités géographiques. Pour la petite histoire, je trouve toujours curieux et assez drôle que la génération postérieure à la mienne, celle qui est née dans les années 70, s’obstine à considérer que j’écris en « yougoslave », alors que la langue yougoslave n’a jamais existé en tant que telle. Miljenko Jergović, écrivain croate de Bosnie parmi les meilleurs, utilise encore le terme serbo-croate pour évoquer la population alors que pour nous, qui sommes de la génération d’avant, il s’agit de la langue.

Comment qualifieriez-vous la situation de la littérature ex-yougoslave actuellement ? Que vous inspirent les nouvelles générations d’écrivains ?

On y trouve des écrivains très intéressants, dont l’esprit est, bien sûr, tout à fait différent par rapport aux anciens et dont les horizons sont encore très nouveaux. Mais permettez-moi de revenir à ma génération et celle qui la suit, c’est-à-dire celles qui cultivent encore l’idée de langue commune. Je voudrais citer par exemple le poète croate Danijel Dragojević ou le romancier Radomir Konstantinović, peut-être le dernier grand romancier serbe de notre temps, une figure majeure, une pierre de touche. Citons aussi Slobodan Šnajder, qui a été traduit en français, et celui que je considère comme mon successeur et que j’ai déjà évoqué, Miljenko Jergović. Ce qui est rassurant, c’est qu’on peut toujours se trouver des disciples pour perpétuer la voie que vous avez empruntée en votre temps.

Vous êtes l’auteur d’une quarantaine de romans, d’essais et de recueils de poèmes. Pourtant, un seul de vos ouvrages est traduit en français. La traduction de vos autres livres peut-elle être envisagée dans un futur plus ou moins proche ?

Cette question tombe à pic, car j’ai un roman dont l’intrigue se déroule en Bretagne et qui s’intitule Propast (« désastre »). Or, il est traduit en allemand et non en français, ce qui paradoxal. Je lance donc un appel aux maisons d’édition françaises qui pourraient être intéressées. Il a fallu vingt ans (en 1989) pour que Le Rôle de ma famille soit édité en allemand ; ensuite, les droits d’auteur ont été vendus dans de nombreux pays, y compris la France qui a publié le livre une première fois en 1995. Je ne perds donc pas espoir.

Mon histoire avec la France et le lectorat français a commencé pendant la guerre, dans les années 90. L’écrivain et universitaire Antonin Liehm, qui vit à Paris, y a fondé en 1984 la revue allemande “Lettre International”. Cette revue, qui paraît dans huit pays et qui comprenait un supplément français, a publié de longs extraits de mon livre Journal d’un apatride, qui a eu un certain retentissement durant la période des guerres de Yougoslavie. Cela a permis à mon œuvre d’être diffusée par ce biais en France. Malheureusement, ce supplément n’existe plus mais je suis devenu, entre-temps, un collaborateur régulier de la revue et cela fait 25 ans que j’écris pour elle.

Vous avez dit dans un entretien que l’Europe est une très belle utopie mais que nous vivons dans un monde laid. Pensez-vous que l’Europe pèche par excès d’optimisme ? Cette vision découle-t-elle de l’échec de l’Europe centrale, ou du moins de l’ex-Yougoslavie, à se rassembler autour d’une identité commune et unificatrice ?

Je ne sais pas si l’Europe est une utopie d’une grande beauté mais elle est certainement une utopie car elle n’est pas uniforme. Elle s’est nourrie d’apports divers, venus de civilisations étrangères et qu’elle a incorporés, qu’il s’agisse de l’héritage chinois, arabe etc. Et cela remonte à la Grèce antique.

Elle est en proie actuellement à une crise de l’immigration très grave. Mais il faut que l’Europe reconnaisse qu’elle est redevable d’une certaine manière à ces étrangers qui ont participé au façonnage de sa culture et que leur accueil en son sein pourrait être facilité au nom de la dette que nous avons contractée. Mais bien qu’elle soit, de mon point de vue, une utopie, je crois en l’Europe et je veux promouvoir fortement l’esprit européen qui doit nous animer.

[1] Ecrit en 1969, traduit une première fois en 1995 et réédité en 2019 aux éditions Robert Laffont.*

Entretien réalisé par Guillaume Narguet et traduit du serbe par Ivana Velimirac

 

Guerre commerciale et représailles vu par un ultralibéral : c’est la Bérézina…

ces gens d’une société d’investissement qui s’obstinent à m’envoyer leurs conseils de placement de capitaux que je n’ai pas, conseils inspirés par la géopolitique,sont parfois bien réjouissants. A la seule réserve près que cette bande de salopards nocifs qu’ils dénoncent avec une véhémence que je partage volontiers, ne se contentent pas de limiter les possibilités d’investissement mais ils entraînent les pauvres soldats de la Grande arme dans la débâcle. Je vous fait partager quelquefois les dernières analyses souvent apocalyptiques  de ces économistes indignés mais notez bien que  c’est en général pour me proposer une « valeur refuge » qui échapperait aux mauvais coups de Trump et autres grands de ce monde qui sont leurs têtes de turc… je résume le propos: la guerre économique de Trump et celles de Macron, c’est la Bérezina…(note de Danielle Bleitrach)

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La Chine et les Etats-Unis ont signé une trêve dans la guerre commerciale mercredi dernier. Presque. En quelque sorte.

CNBC :

 

« Certes, l’accord ne supprime pas les taxes douanières US existantes sur les importations chinoises, et laisse en suspens des questions sur la manière dont les termes de l’accord seront appliqués. L’accord est également considéré comme ‘fragile’ par certains analystes, selon qui des taxes supplémentaires pourraient encore être mises en place.« 

Mais « presque » et « en quelque sorte » – plus 142 Mds$ supplémentaires de la part de la Réserve fédérale lundi et mardi derniers – c’est tout ce dont les investisseurs avaient besoin pour faire grimper le Dow Jones au-delà des 29 000 points.

Comme prévu, Le Donald n’est pas allé jusqu’à la guerre commerciale totale… il y avait trop en jeu – et notamment le plus important de tout : une élection.

Et comme attendu, après le bruit et la fureur, pas grand’chose ne change vraiment – sinon que l‘économie s’affaiblit et que le marigot (maintenant que les autorités gèrent le commerce en plus de tout le reste) se fait plus profond.

Retournement de situation

Selon les estimations de Moody’s Analytics en septembre 2019, le total des pertes d’emplois US dues à la guerre douanière se monte à 300 000. Et selon les conclusions d’un rapport de la Fed, la guerre commerciale s’est retournée contre ses instigateurs :

 

« Une caractéristique-clé de notre analyse est de comptabiliser les multiples façons dont les taxes douanières peuvent affecter le secteur manufacturier, notamment la protection des secteurs nationaux, l’augmentation des coûts pour les produits importés et les dommages à la compétitivité sur les marchés étrangers suite à des représailles douanières.

Il apparaît que les secteurs manufacturiers US plus exposés à une augmentation des taxes douanières subissent des réductions de l’emploi […]. Les hausses des taxes douanières sont également associées à des augmentations des prix à la production par le biais de la hausse des coûts d’intrants.« 

Mais il faut le reconnaître : peu importe combien une idée est crétine, M. Trump s’y accroche comme un chien à un os….

La fin d’un empire

Un article du Wall Street Journal la semaine dernière indiquait que Trump envisageait encore des taxes douanières de 100% sur les vins et les produits de luxe français, en représailles contre le gouvernement Macron, qui menace de taxer de 3% les grandes sociétés d’e-commerce travaillant en France. (Ces menaces sont suspendues depuis hier, après une discussion entre Donald Trump et Emmanuel Macron.)

Un autre article encore nous dit que l’équipe Trump a menacé d’imposer une taxe douanière de 25% sur les automobiles européennes, histoire de punir l’Union européenne parce qu’elle fait commerce avec l’Iran.

En d’autres termes, les guerriers commerciaux US n’ont pas seulement pour objectif d’empêcher les Américains de faire affaire comme ils le souhaitent – mais aussi les Allemands et les Italiens.

Dans le même temps, Peter Navarro, l’économiste fêlé du président, affirme – là encore dans le Wall Street Journal – que les taxes douanières sont un excellent ajout à l’arsenal de petite brute assemblé par les Etats-Unis… et qu’elles ont besoin d’être « équitablement mises à l’épreuve » :

 

« L’économie reste solide, les salaires continuent de grimper et l’inflation reste modérée. Pourquoi les prévisionnistes pessimistes se sont-ils autant trompés ?« 

Les Français ont dû poser la même question en 1812, lorsque les troupes de Napoléon sont arrivées à Moscou. Bonaparte tentait de gagner une guerre commerciale en forçant la Russie à cesser de faire affaire avec l’Angleterre. Et tout semblait aller si bien !

Nous ne prenons pas cela personnellement, ceci dit. Mais les problèmes ne débarquent pas exactement de l’avion de 16h15 en provenance de Montréal, cherchant quelqu’un qui tient à la main une pancarte « pessimiste ». Ils se glissent plutôt discrètement aux frontières.

Et les pessimistes ont toujours tort… jusqu’à ce qu’ils aient soudain raison.

La Grande armée a traversé le Niémen et envahi la Russie. Ses 400 000 soldats astiqués de frais ont défilé en bon ordre – jusqu’à Moscou.

Mais lorsque les survivants ont enfin traversé la Bérézina lors de leur retraite vers la France, ils n’étaient plus que 27 000 – frissonnants, affamés et mourant rapidement. L’empire napoléonien est mort avec eux.

Mais revenons-en à notre propre situation…

Prochain arrêt : Moscou

Hier, nous avons exploré les raisons pour lesquelles l’inflation est inévitable. Nous avons terminé en reprenant les économistes grand public et autres idiots qui pensent que la Fed a fait le bon choix le 17 septembre 2019.

A cette date, la Fed a traversé son propre Niémen, mettant fin à son programme de « normalisation » modérée, timide et hésitante… et envahissant les marchés avec près d’un demi-million de nouveaux dollars fraîchement équipés.

L’argent est allé sur le marché des repos, pour y financer les excès de dépenses du gouvernement fédéral américain.

Nous avons également constaté que les autorités vont devoir refinancer – « rouler » – 6 000 Mds$ de financement de court terme sur les six prochains mois.

Maintenant que les étrangers ne sont plus vraiment partants pour acheter des obligations d’Etat US, il n’y aucun moyen de financer honnêtement une telle somme. La Fed va devoir « imprimer » plus d’argent. Pour marquer le rythme, lundi et mardi dernier, elle a rajouté les 142 Mds$ mentionnés précédemment à la masse monétaire américaine.

Comme l’a expliqué Luke Gromen – cité dans la Chronique d’hier –, il n’y a pas d’autre choix acceptable. Si la Fed n’était pas montée au créneau quand elle l’a fait… la ligne de défense, clairsemée et affaiblie, aurait cédé.

Les actions se seraient alors effondrées. Le marché obligataire et l’économie mondiale se seraient désintégrés. Le secteur immobilier aurait été laminé. Cela aurait été comme en 2008, en d’autres termes – en bien pire.

Les investisseurs boursiers américains, par exemple, ont gagné quelque 20 000 Mds$ sur les 10 dernières années. Supprimez le soutien de la Fed, et la majeure partie de cet argent disparaîtrait en quelques minutes.

Une fois encore, les pessimistes prédisent un désastre… et votre correspondant en fait partie.

A Moscou !

 

Dossier complet : Scandale BlackRock : lorsque la BCE fait appel à des gangsters

Karel Vereycken
Depuis 2008, pour mener les stress test, les banques centrales font de plus en plus appel, non pas à des experts financiers de leurs propres services, mais à des « sociétés de conseil en investissement », à des « consultants en stratégie », ou pire encore, à des fonds de pension ou des « gestionnaires d’actifs financiers » tels que le géant américain BlackRock.

L’euro se prétend une monnaie sérieuse. En zone euro, la Banque Centrale Européenne (BCE) veille à sa crédibilité, à la stabilité des prix et à la solidité des institutions de crédit.

Début novembre 2018, au service de la BCE, l’Autorité Bancaire Européenne (ABE), une « autorité indépendante » qui surveille l’ensemble des banques européennes et qui rend des comptes au Parlement européen, a publié les résultats des test de résistance bancaire (« stress-test ») auxquels elle a soumis 48 banques de l’UE, ce qui représente 70 % des actifs bancaires de la zone euro.

Il s’agit de vérifier, à titre préventif, si une banque respecte le ratio de solvabilité qui lui est propre. Ce ratio mesure si les réserves de la banque (appelées fonds propres) sont suffisantes pour faire face aux chocs et aux imprévus (comme des clients qui ne remboursent pas leurs emprunts, ou encore des litiges perdus).

Comme la presse l’a claironné, à en croire les résultats pour 2018, malgré des disparités, toutes les banques ont en général consolidé leur robustesse. Ouf, on est sauvé ! Deutsche Bank, dont le passif dépasse la capitalisation boursière (l’actif), ne doit plus nous inquiéter ! Tout va très bien Mme la Marquise !

Et pourtant… Certaines banques, après avoir passé haut la main les stress tests, ont fini par sombrer, telles que les banques new-yorkaises Bear Stearns (2008) et Lehman Brothers (2008), la banque belgo-française Dexia (2014), ou Banco Popular (2016) en Espagne…

Au-delà d’une pratique de « bidouillage » tout court des résultats grâce au bidouillage des paramètres, se pose un problème beaucoup plus grave, celui des conflits d’intérêts manifestes entre les régulateurs régionaux et nationaux (Fed, BCE, banque centrale d’un pays donné) et des « sociétés de conseil » et de « stratégie », c’est-à-dire des entreprises privées à but lucratif et très souvent des émanations du monde financier.

Or, comme nous allons le documenter ici, depuis 2008, pour examiner la solidité des banques américaines et européennes, ainsi que pour évaluer leur solidité, les banques centrales font de plus en plus appel, non pas à des experts comptables de leurs propres services, mais à des « sociétés de conseil en investissement » (Alvarez et Marsal), à des « consultants en stratégie » (Oliver Wyman), ou pire encore, à des fonds de pension (PIMCO) ou des « gestionnaires d’actifs financiers » (BlackRock).

Il faut savoir que le fonds de pension californien PIMCO, racheté en 2000 par Allianz, est le plus grand investisseur sur le marché des obligations et gère quelque 2000 milliards de dollars d’actifs. Pour sa part, la société new-yorkaise BlackRock, est le premier gestionnaire d’actifs du monde, gérant environ 6300 milliards de dollars, presque le triple du PIB français !

Avec Vanguard et State Street, BlackRock fait partie des « Big Three ». Ensemble, ils sont le principal actionnaire de 90 % des entreprises du S&P 500, le principal indice boursier américain et, à eux trois, ils gèrent 14 000 milliards de dollars, soit plus que le PIB de la Chine !

BlackRock mène aussi le bal des Fonds indiciels cotés (Exchange Traded Funds, ETF), c’est-à-dire des paris financiers sur des indices boursiers. A travers sa société iShares, BlackRock « pèse » 803 milliards de dollars sur ce marché (39 %).

Ainsi, comme l’écrivait le 13 septembre 2018 Eric Albert dans Le Monde dans un article intitulé Dix ans après Lehmann Brothers, les nouveaux maîtres de Wall Street :

Le 15 septembre 2008, avec la faillite de Lehman Brothers, l’ère des grandes banques dominantes s’est terminée. Elle a été suivie par celle des gérants d’actifs.

Pour Daniela Gabor, une chercheuse à l’Université de l’Ouest de l’Angleterre citée par le journal :

Les banques restent importantes, bien sûr, mais la finance est de plus en plus organisée autour des gérants d’actifs. Autrefois, on comparait Goldman Sachs à une pieuvre vampire. Aujourd’hui, ce sont eux, les pieuvres vampires.

BlackRock, qui a détrôné Goldman Sachs comme N°1 de Wall Street, est sans doute l’institution financière la plus puissante au monde et celle qui est sortie gagnante des années de crise financière.

En vous servant, ils se servent

Il est donc parfaitement scandaleux, caricatural et inadmissible qu’en 2018, BlackRock est appelée à l’aide par la BCE pour vérifier la santé des banques européennes. Ces dernières sont sommées de livrer tous les secrets de leurs bilans, de leurs comptes et de leurs opérations à ce qu’il faut bien appeler la filiale d’un concurrent plus que potentiel.

Pour sa défense, l’Autorité bancaire européenne (ABE) affirme qu’elle se concentre sur les banques systémiques, et que la BCE (et donc BlackRock) s’occupe, elle, d’entités moins importantes… telles que les banques italiennes.

Ce n’est pas la première fois que la BCE demande conseil à BlackRock. En 2014, avant de renflouer à tout va les banques avec du crédit bon marché (le fameux « assouplissement quantitatif » ou « Quantitative Easing »), la BCE a demandé conseil aux « experts » de BlackRock. En d’autres termes, à la firme la plus intéressée par les actifs qu’elle avait l’intention d’acheter…

D’après le Financial Times, en 2014, Benoît Cœuré, membre du comité exécutif de la BCE, a rencontré les dirigeants de BlackRock quelques heures avant l’annonce de sa nouvelle politique monétaire. C’était un peu trop voyant. Pour éteindre toute polémique, la BCE s’est engagée à ériger de nouveaux principes afin de mieux encadrer les relations entre la banque centrale et le monde financier et éviter tout soupçon.

Le 3 novembre 2015, Mediapart écrivait :

Ce qui à l’époque ne paraissait être qu’un accident, se révèle à la lecture de l’enquête du Financial Times une pratique institutionnalisée : les responsables de la BCE ont rencontré des banquiers et des responsables de fonds avant toutes les décisions importantes, selon les journaux internes de la banque centrale auxquels le quotidien a eu accès.

Tout cela sans que cela semble soulever le moindre problème, la moindre question, tant la volonté de se conformer aux désirs du monde bancaire, de ne prendre personne par surprise l’emporte sur toute autre considération, tant la captation des institutions monétaires par le monde financier paraît chose admise.

Ainsi, deux membres de comité exécutif, Benoît Cœuré et Yves Mersch, ont rencontré des responsables d’UBS la veille de la réunion de la banque centrale où celle-ci décida de diminuer ses taux en septembre 2014. Benoît Cœuré rencontra des personnes de BNP Paribas le matin même.

De même, le vice-président de la BCE, Vitor Constacio, et le chef économiste, Peter Praet, eurent une rencontre avec le hedge fund Algebris le 23 juin, au moment où la crise grecque était à des sommets, où la banque centrale tenait des réunions quotidiennes pour décider si elle maintenait ou non ses financements d’urgence aux banques grecques.

Le lendemain, le chef économiste rencontrait à nouveau des responsables de BNP Paribas et du fonds PIMCO, un des plus importants fonds obligataires au monde, qui investit massivement dans les dettes souveraines. Dans un autre monde, ces pratiques s’appellent délits d’initiés, trafic d’influence voire soupçon de manipulations de cours.

Sauveur de la Fed et de Wall Street

La BCE n’a fait que sombrer dans l’inceste financier et l’impunité qui est devenu la règle dans le monde financier anglo-américain depuis l’abrogation du Glass-Steagall Act séparant de façon rigoureuse les banques de crédit des banques de marchés. Aux Etats-Unis, si banques et gouvernements s’accrochent depuis longtemps à BlackRock comme au Bon Dieu, c’est qu’il reste peu d’institutions financières solides.

Larry Fink, le patron de BlackRock.
Larry Fink, le patron de BlackRock.

En mars 2008, lorsque la banque Bear Stearns s’effondre, le patron de JP Morgan Chase, qui veut la racheter, appelle Larry Fink, le grand patron de BlackRock et lui demande un audit de la firme. Tout le week-end, cinquante analystes de BlackRock dissèquent alors le portefeuille de la banque. Le dimanche soir, c’est au tour de Timothy Geithner, alors patron de la Fed de New York, de l’appeler. Il lui demande de prendre en charge les 30 milliards de dollars de créances pourries dont JP Morgan ne veut pas. Fink refuse. Et lorsque Lehman Brothers plonge à son tour en septembre 2008, Fink, en voyage à Singapour, fait aussitôt demi-tour.

En décembre 2008, la Fed veut stabiliser la crise en émettant des titres adossés aux hypothèques immobilières (Mortgage Backed Securities – MBS). Dans l’urgence, elle fait appel aux spécialistes du marché : PIMCO, Goldman Sachs, Wellington et BlackRock. Cette dernière va également accompagner la Fed (qui par son statut n’est pas une banque nationale mais un syndic de banques privées) dans sa politique de renflouement tout azimut et sans condition des banques spéculatives en faillite mais trop grandes et trop connectées pour faire faillite.

C’est également à BlackRock que le gouvernement américain va confier la tâche épineuse d’évaluer les actifs « difficiles à estimer », en clair les actifs pourris, provenant du Trésor et de la Fed. Ou encore le contrôle du bilan des agences hypothécaires parapubliques, Fannie Mae et Freddie Mac.

Forte de cette expérience, BlackRock devient du jour au lendemain le partenaire stratégique incontournable de toute banque centrale s’engageant dans l’émission et l’achat de titres complexes et de mécanismes de sauvetage bancaire.

Reconnaissons que BlackRock Solutions possède une expertise inégalée dans le domaine de l’audit. Son arme secrète ? Un outil d’évaluation du risque baptisé poétiquement Aladdin, un cluster de 6000 serveurs de calcul haute performance surveillant en permanence près de 18 000 milliards de dollars, soit 8 % des actifs financiers mondiaux. Comme aucune autre, l’entreprise dispose d’outils ultraperformants permettant d’établir une cartographie fine de la vaste étendue des marchés financiers.

D’ailleurs, grâce à un système informatique ultrasophistiqué géré par une armée de mathématiciens, BlackRock, dans une co-entreprise avec Google, compte basculer une partie de ses investissements, jusque-là gérés par des analystes humains, vers une gestion exclusivement opérée par les algorithmes de sa plate-forme d’intelligence artificielle.

Embauchée par la BCE

En Europe, c’est en 2016, à l’instar de la Fed, que la BCE fait appel à BlackRock Solutions pour mener les stress tests des banques européennes. Début 2018, ce contrat a été prolongé. Bien qu’on ne sache pas combien la société va facturer pour 2018, Danièle Nouy, la Directrice du Conseil de surveillance de la BCE, a précisé que la fois précédente, c’est-à-dire en 2016, l’institution de Francfort avait déboursé 8,2 millions d’euros pour la prestation. Sur le plan financier, pour un géant comme BlackRock, c’est bien peu. « Travailler pour les banques centrales des Pays-Bas, de l’Espagne, de l’Irlande, de Chypre ou la Grèce apporte quelque chose de bien plus excitant que de l’argent : de l’information », précise Wolf Street, le site bien renseigné dirigé par l’ancien trader Wolf Richter.

En Europe, pour se prévaloir contre toute forme de « conflit d’intérêt » dans ses relations avec la BCE, le contrat signé avec BlackRock stipule qu’il doit exister une séparation réelle entre l’équipe travaillant pour la BCE et celle impliquée dans les opérations des titres ABS sur les marchés. En cas où cela ne suffit pas pour rassurer les inquiets, le contrat rajoute que « tous les audits extérieurs en lien avec la gestion de conflits d’intérêts seront transmis à la BCE », une institution très attachée à son « indépendance » et jusqu’ici pas vraiment exemplaire en termes de transparence ou de volonté de rendre des comptes, comme le dénoncent régulièrement les ONG.

Il est certain que grâce aux contrats obtenus par BlackRock Solutions, sa maison mère BlackRock accède inévitablement à de l’information sensible lui permettant de faire des décisions stratégiques très profitables. Au nom de ses clients, BlackRock détient des paquets d’actions dans de très nombreuses, sinon dans l’ensemble, des banques que sa « branche conseil » aide à auditionner…

En vérité, peu d’acteurs du marché disposent d’une connaissance aussi précise de l’état réel des bilans des banques européennes. Ce conflit d’intérêt a été mis à jour pour la première fois par le sénateur américain Charles E. Grassley en 2009 lorsque BlackRock donnait un coup de main à la Fed pour lancer son programme d’assouplissement quantitatif et les sauvetages de Bear Stearns, AIG et Citigroup.

« Ils ont accès à de l’information lorsque la Fed va tenter de vendre des titres et à quel prix. Et ils cultivent des relations financières très développées avec des gens partout dans le monde », disait Grassley. « Le potentiel d’un conflit d’intérêt est grand et c’est compliqué à réguler ».

BlackRock a toujours dit qu’elle gère avec grand soin les conflits d’intérêt potentiels grâce à une « Muraille de Chine » qui sépare son activité de conseil de l’activité de gestion d’actifs. Une promesse qui, évidemment, n’engage que ceux qui veulent bien y croire.

En réalité, la BCE n’a aucun pouvoir sur cette société. L’argument de BlackRock est simple : nous n’opérons pas par effet de levier ; nous n’agissons pas comme les banques, donc nous n’avons pas besoin d’être régulés comme une institution systémique. Alors qu’il s’agit du plus grand gestionnaire d’actifs du monde, « de fait, BlackRock passe sous tous les radars. Ils peuvent être régulés pour des raisons dites microprudentielles, pour protéger leurs clients, mais pas en tant qu’institution financière en vue de garantir une stabilité financière globale, », souligne la professeure de macroéconomie à l’Université de l’ouest de l’Angleterre (UWE) à Bristol, Daniela Gabor.

BlackRock Solutions, dans son rapport annuel de 2006 se félicitait déjà de ses « liens intimes entre activités d’investissement et non-investissement », comme « un moteur important de notre succès à long terme ». Sa communication commerciale souligne que l’entreprise possède « une culture BlackRock unifiée valorisant, au-delà des fonctions, les partenariats, les communications, la transparence, des standards cohérents et le travail d’équipe ».

Entrer en politique

Tout comme la banque d’affaires new-yorkaise Goldman Sachs qui s’est offert les services de l’Irlandais Peter Sutherland, du Belge Karel Van Miert, du Portugais Manuel Barroso, des Italiens Mario Monti et Mario Draghi et des Grecs Lucas Papademos et Petros Christodoufou, BlackRock a jeté son dévolu sur l’Europe et dépense sans compter pour recruter des figures politiques de haut niveau, disposants de carnets d’adresses bien fournis :

  • En Allemagne, c’est Friedrich Merz, l’ancien chef du CDU au Parlement, le parti d’Angela Merkel et un des candidats à sa succession, qui gère actuellement la filiale allemande.
  • En Suisse, c’est Philippe Hildebrand, l’ancien patron de la Banque Nationale Suisse, qui a été recruté.
  • Au Royaume-Uni, l’ancien patron du Trésor britannique George Osborne a rejoint la firme, tout comme Rupert Harrison, le chef de cabinet du ministre anglais en charge des retraites. « Compte tenu de son expérience dans la mise en place de la récente réforme des retraites au Royaume-Uni, il jouit d’une position unique pour nous aider à développer notre offre aux retraités », a déclaré sans ambages la firme dans un communiqué.
  • En Italie, Larry Fink s’est entretenu avec Mattéo Renzi en 2014.
  • Aux Pays-Bas, Fink fréquente le Premier ministre Mark Rutte.
  • En Grèce, BlackRock a opté pour Paschalis Bouchoris, l’ex-responsable d’un programme gouvernemental de privatisation.
  • En France, son président s’appelle Jean-François Cirelli, ancien conseiller économique de Jacques Chirac, puis directeur de cabinet adjoint de Jean-Pierre Raffarin. Cet énarque a dirigé GDF à partir de 2004 en menant le groupe vers la privatisation. Puis, lors des dernières élections présidentielles, il a rejoint le comité de campagne d’Alain Juppé, tout comme l’actuel Premier ministre Edouard Philippe. Après l’annonce de BlackRock de vouloir transférer son siège européen de Londres vers Paris pour cause de Brexit, notre Premier ministre se félicitait vivement du fait que « la France attire. Les investisseurs reviennent. Paris est devenue, pour la première fois depuis très longtemps, la ville européenne la plus attractive ».

Jean-François Cirelli est également membre du « comité Action publique 2022 », créé par Edouard Philippe pour réfléchir aux services publics de demain. Quand on lui demande la nature de sa contribution, il répond : « Je réfléchis sur deux points. 1) Que faut-il faire pour que Pôle emploi réponde encore mieux aux évolutions de l’emploi et permette de mieux orienter les chômeurs. 2) Est-ce que les cotisations Agirc Arrco [retraites complémentaires des salariés] devraient être prélevées par l’Urssaf qui en collecte déjà plus de 400 milliards plutôt que de laisser l’Agirc Arrco les collecter eux-mêmes. » Puis, il ajoute : « Et je vous le confirme, il n’y a rien de BlackRock là-dedans. D’ailleurs, j’ai fait exprès de prendre des sujets sans conflits d’intérêts… » Chapeau l’artiste !

Ajoutons à cela que lorsque Bernard Monot, à l’époque conseiller de la candidate présidentielle Marine Le Pen, annonçait qu’il avait entamé des discussions avec les marchés pour les convaincre que MLP comptait payer jusqu’au dernier centime de la dette française, il s’agissait, comme Bernard Monot (depuis lors passé chez NDA) le confirme sur son propre site, de représentants de trois firmes : BlackRock, Barclays et UBS…

Macron, candidat de BlackRock ?

Dans cet entretien d’avril 2017 à la télévision suisse, on peut voir l’ancien président de la banque nationale suisse, Philippe Hildebrand, aujourd’hui vice-président de BlackRock, une entreprise privé qui en principe ne se mêle jamais de politique, afficher sa préférence pour le candidat Emmanuel Macron.

A peine quatre mois plus tard, le 30 octobre 2017, Le Monde rapportait une réception organisée à l’Elysée pour les grands investisseurs de la planète, dont, évidemment, Larry Fink de BlackRock :

Les agapes avaient été inscrites à l’agenda du président de la République à la date du mercredi 25 octobre : ’20 h 30, dîner avec des investisseurs internationaux.’ Ce soir-là, Emmanuel Macron a reçu en son palais vingt et un dirigeants des plus grands fonds d’Europe, des Etats-Unis, du Moyen-Orient et d’Asie, déroulant un tapis rouge sous leurs pieds et, sous leurs yeux, les réalisations de ses cinq premiers mois à l’Elysée. Ces financiers aux poches profondes ont retrouvé leur amphitryon dans le jardin d’hiver, ravis de rencontrer un jeune président ’so business friendly !’.

Le ’château’ n’a pas dévoilé leurs noms, comme si Macron voulait éviter d’accréditer un peu plus l’image de ’président des riches’ qui lui colle désormais à la peau. Tout juste a-t-on appris cette information exprimée dans un sabir de la plus belle eau technocratique : ’Ces investisseurs jugent que la France est plutôt sous-pondérée dans leurs portefeuilles d’actifs ; ils veulent surpondérer.’ En bon français, y investir davantage. Le lendemain, une porte-parole de BlackRock, le premier gestionnaire d’actifs au monde avec 5 000 milliards de dollars (4 306 milliards d’euros), a dit une chose qui a dû aller droit au cœur du chef de l’Etat : ’Les opportunités en France n’ont jamais été aussi fortes depuis vingt ans.’

Les festivités avaient démarré bien avant comme le relate Odile Benyahia-Kouider pour le Canard Enchaîné :

Arrivée à 12h30, la délégation conduite par Larry Fink, a été gratifiée d’un ’déjeuner introductif’ avec Edouard Philippe à l’Hôtel Matignon, suivi en dessert, d’un topo de Muriel Pénicaud sur ’l’évolution du marché du travail’.

A 14h45, tout ce petit monde a été transféré, sous ’escorte officielle’ au palais de l’Elysée. Recruté par BlackRock, l’ex-ministre britannique George Osborne a régalé l’assistance de ses ’réflexions géopolitiques’ et ’perspectives de marché’, avant que les officiels français se pressent dans le salon Murat pour des exposés de 45 minutes.

La procession a débuté avec le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, qui a livré ’sa vision’ de l’économie française et l’agenda des réformes. La ministre des transports, Elisabeth Borne, s’est ensuite exprimée sur ’l’investissement dans les transports et les infrastructures’. Après quoi Benjamin Griveaux, a exposé les ’opportunités en France pour les investisseurs globaux’. Le tout s’est achevé par la fameuse réception officielle, en présence d’Emmanuel Macron, flanqué de Bruno Le Maire et de Benjamin Griveaux. Quelle bringue ce fut…

Le plus amusant, c’est que lesdits ministres, se sont bien gardés d’inscrire ces rendez-vous à leurs agendas officiels respectifs. Sans doute étaient-ils un peu gênés aux entournures. Pourtant un concours de révérences au Château, quoi de plus naturel ?

Et à Marianne d’ajouter :

A l’heure où l’Etat s’apprête à privatiser quelques fleurons, l’enjeu était à l’évidence d’obtenir quelques milliards d’investissement de la part de BlackRock et ses confrères. Espérons que les révérences en ont valu la chandelle.

A Bruxelles

Entre novembre 2014 et mars 2018, BlackRock a sollicité à 33 reprises – et obtenu – une rencontre avec des membres de la Commission européenne de Bruxelles. D’après une source au Parlement européen, cité par Mediapart, BlackRock organise également des « journées d’information » à destination des assistants parlementaires, « pour leur expliquer le fonctionnement d’un produit (…) Au bout du compte, ces assistants parlementaires sauront conseiller les députés au mieux… », précise la source.

Par exemple, attentif à une réforme française de l’épargne-retraite en sa faveur, dont les contours ont été distillés par le ministre Bruno Le Maire, BlackRock peut déjà compter sur le zèle du commissaire européen à la stabilité financière Valdis Dombrovskis. Ce Letton est à l’origine du produit paneuropéen d’épargne-retraite individuelle (PEPP), une nouvelle catégorie de produits d’épargne-retraite privé annoncée pour cette année au sein de l’UE et actuellement en phase d’expérimentation auprès des salariés chercheurs, du privé comme du public. Fondé sur le volontariat, le programme s’appelle RESAVER… et c’est à BlackRock que Valdis Dombrovskis a confié la tâche de gérer le test.

Séparer les banques, non merci !

Pr Daniela Gabor.
Pr Daniela Gabor.

La professeure Daniela Gabor a suivi les débats bruxellois sur la régulation de la finance dès 2013, quand le commissaire européen au marché intérieur Michel Barnier promettait de renforcer les règles du système financier, y compris avec une séparation entre banques de dépôts et banques d’affaires comme le recommandait le Rapport Likaanen.

Or, à l’époque, « le commissaire britannique voulait que la commission travaille main dans la main avec les financiers et à chaque fois qu’un débat, qu’une audition était organisée, les gens de BlackRock étaient là », se souvient l’universitaire qui conclut :

J’ai alors compris que ce n’étaient plus les banques qui avaient le pouvoir mais les gestionnaires d’actifs. On nous répète souvent qu’un gestionnaire est là pour placer notre argent, pour nos vieux jours… mais c’est bien plus que ça, poursuit-elle. Selon moi, BlackRock reflète le renoncement de l’Etat-providence. Sa montée en puissance va de pair avec des changements structurels en cours : des changements dans la finance mais aussi dans la nature du contrat social qui unit le citoyen et l’Etat.

Le lobbying agressif de l’entreprise a fait naître la crainte chez certains que les experts de la maison s’accaparent des politiques publiques. Y compris certains investisseurs de BlackRock qui se sont montrés réservés et l’année dernière, c’est presqu’un cinquième des actionnaires qui a soutenu une proposition demandant un accès au décompte exact des dépenses en lobbying.

Mais le mal est fait. « Rien que la taille de BlackRock lui donne une puissance de marché qu’aucun Etat ne peut contrôler », affirme le député libéral allemand Michael Theurer. Il est bien placé pour le constater car, en tant qu’eurodéputé, il a été en charge de dossiers impliquant la firme.

« Tant que BlackRock continue à payer d’énormes dividendes à ses actionnaires, y compris de nombreux gouvernements, des fonds souverains et des banques centrales, sa mainmise sur les marchés n’aura pas tendance à diminuer »
, constate Wolf Street.

Faire du cash jusqu’au crash ?

Rappelons qu’entre 2000 et 2010, les groupes du CAC 40 distribuaient en moyenne de 30 % à 40 % de leurs profits annuels sous formes de dividendes. Depuis, ce taux fluctue plutôt entre 45 % et 60 %.

Et depuis 2009, les salaires des PDG du CAC 40 ont augmenté environ deux fois plus vite que la moyenne de ceux travaillant pour l’entreprise. Ils gagnent à présent 119 fois plus que la moyenne de leurs salariés. La part de leur rémunération directement liée au cours de la Bourse atteint désormais 54,5 %, ce qui les encourage à aligner leurs intérêts sur ceux des actionnaires et à privilégier les choix de court terme visant à maximiser leur rémunération. Tout se passe comme si les actionnaires avaient pris le pouvoir au détriment des autres acteurs de l’entreprise, en s’appuyant sur des dirigeants chargés de « créer de la valeur » avant tout pour les propriétaires du capital, et payés en conséquence.

Comme le dit Patrick Artus :

Dès lors que ces actionnaires trouvent légitime d’encaisser un rendement de 13 % ou 15 % quand le coût de l’argent est à 2 %, il n’est guère d’autre solution pour un dirigeant que de faire feu de tout bois, de s’endetter sans mesure, d’étrangler les salariés, les fournisseurs, les partenaires de toutes sortes, d’émettre du CO2 sans payer, de brûler les ressources naturelles sans considération pour les dégâts occasionnés, et aussi d’organiser régulièrement de lucratives opérations de rachat d’actions.

La mauvaise conscience de Larry Fink

Cet article ne serait pas complet sans mentionner la fameuse lettre annuelle de Larry Fink, le grand patron de BlackRock, adressée en 2017 aux patrons du monde. L’homme y fait preuve d’une mauvaise conscience visionnaire et d’une compréhension rudimentaire des limites du système prédateur qu’il a accouché. C’est en particulier le dernier paragraphe que nous présentons ci-dessous qui fait forcément penser à la grogne sociale que connaît la France.

Extraits :

Les Etats n’ont plus la capacité, la vision et les moyens de changer le monde, ni même de vraiment assurer le long terme et l’intérêt général. C’est donc aux entreprises de le faire ou d’y contribuer plus efficacement. Éventuellement à leur côté.

Les entreprises sont soumises au diktat du profit trimestriel. C’est une folie qui doit cesser, car elle ne fait que des victimes sur le long terme. Une entreprise doit faire du profit en étant meilleure et non en tuant son propre avenir. Ses salariés. La planète.

L’écart de richesse que le système aboutit à créer est la meilleure recette pour une explosion sociale à terme et l’appauvrissement des peuples, qui se transforment en une anxiété majeure face à l’avenir et donc trouvera une traduction politique dans le type de leader qu’ils mettront au pouvoir.

Il faut déterminer ou revoir les indicateurs qui font la valeur d’une entreprise, en intégrant sa contribution à faire une société plus juste, servir un objectif plus large que la simple création et augmentation du profit. Lui donner un sens.

Investir dans des boards [conseils d’administrations] faisant plus de place à la diversité [femmes, gens de couleur, LGBT, etc.], afin d’accroître la vision, le champ, la perspective des entreprises.

Interrogée le 12 décembre dans l’Opinion sur l’impact du phénomène des Gilets jaunes sur l’attractivité de la France et les réponses de Macron, Isabelle Mateos y Lago, la directrice générale du BlackRock Investment Institute, le centre d’analyses de BlackRock, a déclaré :

Paris avait mené un travail extraordinaire de rétablissement de son attractivité. L’opinion des investisseurs internationaux ne s’est pas retournée, mais il y a eu quelques froncements de sourcils, des interrogations pour savoir si les réformes mises en place allaient être détricotées. Si le conflit cesse, l’image de la France sera préservée. S’il perdure, ce n’est pas certain. La bonne nouvelle, c’est que rien dans les annonces d’Emmanuel Macron ne nuit à la compétitivité des entreprises. A court terme, on peut même anticiper un impact positif sur la consommation.

Vite, le retour de l’Etat

Comme nous avons tenté de le démontrer ici, le cas de BlackRock révèle de façon caricaturale la culture d’impunité et de « conflit d’intérêt » permanent qui a fini par saper et en dernière analyse détruire tout ce qui nous a permis en France, grâce à la mise en œuvre, dans l’après-guerre, du programme élaboré par le Conseil national de la Résistance (CNR), de réduire les injustices et d’avoir des infrastructures physiques (énergie, eau, transport, etc.) et humaines (santé, éducation, recherche, etc.) de grande qualité.

Pour mettre un terme à cette dérive tragique, imposer des séparations strictes et patrimoniales entre banques de dépôts, assurances, sociétés d’audit, agences de notation et banques d’affaires, n’est qu’un début.

En vérité, le moment est venu pour les Etats-nations de remonter sur la scène de l’histoire pour redevenir un contre-pouvoir au service de l’intérêt général face à des dinosaures féodaux de la finance.

Pour cela, plus que jamais, l’Etat doit reprendre le contrôle du crédit et de la monnaie. Le statut actuel de la Caisse des Dépôts et des Consignations (CDC), menacé par la loi PACTE que le Sénat doit valider à la fin du mois de janvier, doit être sanctuarisé et défendu.

Et pour rétablir notre souveraineté monétaire, c’est d’une Banque de France renationalisée et mise sous contrôle citoyen que nous avons besoin !

BlackRock, le fonds de pension américain patron du Cac 40

Voilà le titre d’un article de Ouest-France du 22 septembre 2016 :

Qui est le premier actionnaire de Total, d’Air Liquide, Valeo, Vinci, Unibail ? BlackRock. Il ne s’agit pas d’un groupe de death metal mais du plus gros gestionnaire d’actifs mondial, une firme new-yorkaise qui investit à tout va et à long terme pour pouvoir faire fructifier au mieux l’épargne des retraités américains.

BlackRock possède aujourd’hui des participations significatives dans 18 des 40 sociétés du CAC40, l’indice des valeurs phares de la Bourse de Paris comme AXA, Sanofi, Safran, la Société Générale, BNP Paribas, Schneider Electric, Michelin, Vivendi, Accor Hotels ou Lafarge Holcim.

Sa pratique déroute un peu les dirigeants français habitués à régler les affaires en tête à tête : chez BlackStone, ce n’est pas le patron, Larry Fink, qui prend les décisions d’investissement, mais les multiples gérants des services inférieurs qui veillent surtout à la rentabilité de leurs prises de risque et à suivre les règles maison : participation à toutes les assemblées générales et une certaine sévérité envers les arrangements entre administrateurs.

Larry Fink était à l’origine un financier de haut vol de la banque First Boston et l’un des initiateurs du marché de la titrisation (le fait d’échanger des titres basés sur des créances hypothécaires) à la fin des années 1970. Après avoir fait gagner un milliard de dollars à First Boston, il en avait perdu 100 millions en 1986 à cause d’une mauvaise prévision sur les taux d’intérêt. D’où sa décision de quitter First Boston en 1988 pour fonder un gestionnaire d’actifs spécialisé en matière de risques, BlackRock.

Lancé par le Blackstone Group (un très important gestionnaire d’actifs non boursiers), BlackRock prend son indépendance dès 1994 et ne tarde pas à grossir, ce qui lui permet d’intégrer les services similaires d’importants acteurs de la finance comme Merrill Lynch en 2006 ou Barclays en 2009. Aujourd’hui, BlackRock est le premier gestionnaire d’actifs mondial avec 12000 employés et 4900 milliards de dollars [passés à 6300 en 2017] d’actifs gérés (dont 150 en France et 35 dans les entreprises du CAC40).

 

L’inégalité met le système social français en danger

Tout à fait d’accord sur cette analyse, la vraie question est qui peut lutter contre cette tendance, aucun des partis qui ont été au pouvoir depuis l’ère Mitterrand qui a été le déclencheur en France de la dite tendance.. Seul un parti communiste qui retrouvera ses fondamentaux et ne se vivra pas dans un rafistolage permanent de la gauche plurielle,une subordination acceptée parce qu’on ne croit plus au socialisme et n’ose pas le défendre (ce qui est le cas actuellement) peut impulser un changement profond. Sans ce parti là, il n’y aura pas de gauche mais des gens prêts à nous installer des Macron sur ordre du grand patronat, des soutiens d’une UE belliciste, néo-libérale, anticommuniste et proche de fait des fascistes des syndicats vendus au patronat comme la CFDT, tout cela perdurera et avec cette situation l’abstention, l’extrême droite. La seule question est de savoir s’il est possible qu’un véritable parti communiste colonne vertébrale du changement réel pourra enfin apparaître? Un projet de société contre un autre projet de société, pas les petits arrangements , pas l’éternel constat mais le Que faire? … (note de danielle Bleitrach)

Quand on a reçu un « pognon de dingue » pour faire campagne, grâce aux généreux dons d’exilés fiscaux, on renvoi l’ascenseur ! Bernard Arnault (avec M. Levy de Publicis) a de quoi se réjouir. Le bouclier fiscal de Sarkozy a été blindé. Le Français le plus riche (60 milliards d’euros) est dispensé de solidarité nationale.
MARTIN BUREAU /AFP

En France, le modèle social est aussi « en danger », selon l’ONG« car notre fiscalité repose de manière croissante sur des impôts régressifs comme la TVA et la CSG, des impôts qui pèsent proportionnellement plus sur les citoyen.ne.s les plus pauvres ». A l »inverse, l’impôt sur les sociétés est en baisse de 23 % depuis 20 ans.

Oxfam dénonce clairement les mesures fiscales prises par le gouvernement de M. Macron : « L’instauration de la flat tax et la suppression de l’ISF [impôt de solidarité sur la fortune] ont accentué cette tendance en diminuant de nouveau la participation des plus riches à notre système de redistribution ». D’après un rapport du Sénat, le top 100 des contribuables qui payaient l’ISF a gagné en moyenne 1,7 millions d’euros chacun grâce à ces mesures, sans impact visible sur l’investissement, qui était pourtant la justification de la réforme.

L’ONG en tacle au passage le projet de réforme des retraites, qui « pourrait pénaliser les carrières hachées qui concernent le plus souvent des femmes »« Les grand.e.s gagnant.e.s de notre système actuel de retraite sont les plus riches puisqu’ils profitent en moyenne plus longtemps de leur retraite par répartition, avec une espérance de vie de treize ans supérieure à celle des plus pauvres, indique le rapport. Au lieu de les mettre plus à contribution, le projet de réforme actuel prévoit de baisser leurs cotisations au-delà de 10.000 euros de rémunération par mois. »

Pour Pauline Leclère porte-parole d’Oxfam France, « les inégalités indécentes sont au cœur de fractures et de conflits sociaux partout dans le monde car personne n’est dupe : la crise des inégalités traduit la complicité plus que l’impuissance des États à agir pour la combattre. Les inégalités ne sont pas une fatalité, elles sont le résultat de politiques sociales et fiscales qui réduisent la participation des plus riches – entreprises et particuliers – à l’effort de solidarité par l’impôt, et fragilisent le financement des services publics. Transports, éducation, santé, système de retraites…. sont sacrifiés alors qu’ils sont décisifs pour lutter contre la pauvreté. »

Pour lutter contre les inégalités, Oxfam recommande de :
- Reconnaître le travail de soin peu ou non rémunéré effectué principalement par les filles et les femmes comme une forme de travail ou de production apportant une vraie valeur.
- Rétablir une fiscalité plus équitable sur les plus aisé.e.s n, supprimer les niches fiscales qui bénéficient disproportionnément aux grandes entreprises sans bénéfice pour l’économie et lutter efficacement contre l’évasion fiscale.

 

Les partis communistes de Grèce et de Turquie publient une déclaration sur les développements régionaux

j’ai toujours considéré au vu de l’histoire de leur pays respectifs comme un miracle le fait que le parti communiste de Grèce et celui de Turquie puisse élaborer des politiques communes. Quand je l’ai découvert en 1984, lors d’un congrès du KKE, ça a été une véritable révélation et cela m’a aidé ultérieurement à comprendre le livre que Ponomarev avat consacré à la politique étrangère de l’URSS; la politique de Lavrov aujourd’hui étant encore au plan international totalement inspirée par Primakov et l’union soviétique. De même les propositions de la Chine sur un nouvel équilibre international.  la paix devenue une dimension de classe celle d’un prolétariat qui n’a pas intérêt à la guerre, mais je pense que les questions écologiques aujourd’hui nous obligent aussi à repenser les relations internationales, c’est un formidable chantier. (note de Danielle Bleitrach)

http://mouvementcommuniste.over-blog.com/2020/01/les-partis-communistes-de-grece-et-de-turquie-publient-une-declaration-sur-les-developpements-regionaux.html

 

Les partis communistes de Grèce et de Turquie publient une déclaration sur les développements régionaux
Le Parti communiste de Turquie (TKP) et le Parti communiste de Grèce (KKE) ont publié une déclaration commune, reflet de leur lutte commune, sur les développements régionaux et l’aggravation des conflits en mer Égée et en Méditerranée orientale.

Vendredi, 17 Janvier 2020 20:36

Une déclaration commune a été publiée par les partis communistes de Grèce et de Turquie sur les développements gréco-turcs, affirmant que les relations entre les deux pays sont définies par les intérêts des classes capitalistes et des forces impérialistes. Les communistes ont noté que les peuples de Turquie et de Grèce n’ont rien de positif à attendre de ces développements.

La déclaration complète est la suivante :

Le PC de Grèce et le PC de Turquie avec notre position commune cherchent à intervenir dans les développements dangereux et inquiétants qui ont lieu dans la mer Egée et la Méditerranée orientale, dans les relations gréco-turques et causés par des forces sociales, économiques et politiques qui veulent entraîner les deux peuples dans des aventures sanglantes pour leurs propres intérêts.

Les relations gréco-turques, définies aujourd’hui à la fois par les plans des classes bourgeoises dominantes des deux pays et par les intérêts d’autres classes bourgeoises et de puissantes forces impérialistes, ont atteint un point culminant. C’est parce qu’elles sont impliquées dans une lutte féroce pour le partage des richesses énergétiques, des routes de l’énergie et des marchandises de la région. Le résultat de ces compétitions féroces se traduit par des interventions et des guerres impérialistes dans notre région au sens large, comme en Syrie et en Libye, les développements très dangereux dans le golfe Persique alimentés par l’invasion américaine de l’Irak et le meurtre de responsables iraniens et irakiens.

Dans le cercle vicieux des compétitions pour les intérêts des monopoles, participent divers Etats capitalistes, dont la Turquie et la Grèce, dans le but de promouvoir les intérêts des classes bourgeoises. Des axes et des anti-axes sont créés, tandis que les syndicats impérialistes de l’OTAN et de l’UE cherchent à avoir un rôle séparé et autonome.

Les relations gréco-turques font également partie de ces développements. Les peuples de Turquie et de Grèce n’ont rien de positif à attendre des développements de leur engagement avec les États-Unis, l’OTAN, l’UE et d’autres puissances impérialistes.

Nos deux partis sont basés sur l’internationalisme prolétarien et la solidarité internationaliste, et avec ces principes, nous faisons face aux développements complexes dans notre région, en luttant pour les intérêts des travailleurs et des peuples.

Nous soulignons que tant la coopération que les compétitions des classes bourgeoises de Turquie et de Grèce, par exemple sur la question de savoir quel pays deviendra un « centre énergétique », servent leurs propres intérêts et n’ont rien à voir avec les intérêts du peuple.

Les peuples de Turquie et de Grèce n’ont rien pour les diviser. Ils ont intérêt à exiger de vivre en paix et de lutter pour leur propre avenir, contre l’exploitation capitaliste, les profits capitalistes, qui conduisent à la guerre et à la destruction de l’environnement. Pour l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme et la satisfaction des besoins populaires contemporains, l’éradication des causes qui conduisent les peuples à la  » machine à viande  » de la guerre impérialiste.

Dans ce sens, les PC de Grèce et de Turquie :

-Sont opposés dans tous les cas d’incident chaud et d’implication dans la guerre.

-Expriment leur opposition aux violations des frontières et à la contestation des traités internationaux qui ont défini les frontières de la région.

-Soutiennent la position de ne pas changer les frontières et les Traités qui les définissent.

-Dénoncer les efforts déployés par une position de force militaire pour créer des faits accomplis dans la mer Égée et la Méditerranée orientale, ainsi que les énormes dépenses militaires des deux pays qui créent un contexte propice à la guerre.

-Dénoncent que les plans d’exploitation des hydrocarbures en mer Égée par les classes bourgeoises des deux pays visent à donner aux monopoles étrangers et locaux le contrôle des sources d’énergie afin d’augmenter leur rentabilité, en créant les conditions pour de plus grandes complications et l’aiguisement de la confrontation, des risques pour l’environnement. Les classes ouvrières, les peuples des deux pays n’ont rien à gagner de ces plans.

-L’Union européenne lutte pour le désengagement des deux pays des plans impérialistes, pour le retour des forces militaires de l’OTAN et des autres missions impérialistes à l’étranger.

-Nous luttons pour que nos pays se détachent des unions impérialistes de l’OTAN et de l’UE, afin de fermer les bases américaines et de l’OTAN dans nos pays.

Les PC de Grèce et de Turquie appellent la classe ouvrière et les autres couches populaires à renforcer leur lutte contre les plans des classes bourgeoises et des syndicats impérialistes, contre le nationalisme et le racisme, afin de transmettre le message que les peuples voisins veulent et exigent pour vivre en paix !

Parti Communiste de Grèce

Parti Communiste de Turquie

source :  https://news.sol.org.tr/communist-parties-greece-and-turkey-issue-statement-regional-developments-176498

Tag(s) : #KKE#TKP
 
 

M. K nous parle de l’audience d’Assange …

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Chers Amis

Je vous prie de trouver ci -joint l’article  sur l’audience du 13 janvier dernier à laquelle Julian Assange a comparu physiquement. Quelque chose change dans ce procès hors norme dans lequel se joue notre avenir – notre indépendance en tant qu’individus et en tant que sociétés.

Vous pouvez le publier et le diffuser avec mes initiales et le nom de Wikijustice Julian Assange s’il vous plait.

Ci joint aussi la troisième requête de libération envoyés à la Cour par Wikijustice et le rapport médical du médecin de Wikijustice qui était venue à l’audience 19 décembre.

Amicalement

M.K

00 33 650 82 74 04

Remonter de la Dark Place à la lumière – Julian Assange face au système politique et judiciaire, audience du 13 janvier 2020

L’association de défense des droits humains Wikijustice Julian Assange a déposé dans la semaine du 6 janvier sa troisième requête de libération de Julian Assange ainsi que le rapport du médecin de l’association qui a assisté à l’audience du 19 décembre 2019. Ces documents, remis à la Cour par un avocat ou une association de défense des droits humains britanniques auraient pu mener à la libération immédiate de Julian Assange le jour même, non seulement parce qu’il est un prisonnier politique, mais aussi, et c’est un énorme scandale, qu’il est torturé dans son lieu de détention actuel.

Le document pointe également les vices de procédures et les irrégularités commises par la Westminster Magistrate Court lors de l’audience Case 1902473293 – EIO/026/19 – British Home Office Executor du 20 décembre 2019[1]. Ce jour-là, avant et pendant la comparution physique de Julian Assange, des personnes non autorisées se sont retrouvées encore une fois dans une « consultation room » du tribunal pour débattre du « cas Assange ». L’audience annoncée publiquement comme devant avoir lieu dans la salle 10 a été déportée secrètement dans une autre salle, numéro 4, et la porte fermée sans qu’aucun huis clos officiel n’ait été annoncé. La porte de cette salle d’audience fut verrouillée et maintenue fermée par le chef de la sécurité de l’entreprise privée Mitie qui a assisté aux débats alors qu’il n’en a normalement pas le droit lors d’un huis clos. Ces violations de droit sont inquiétantes, du fait qu’aucun observateur ne sait qui est le plaignant ni quel est le but de cette procédure annoncée par les avocats de Julian Assange comme étant une plainte faite en Espagne contre l’entreprise espagnole UC Global accusée d’avoir espionné Julian Assange dans l’appartement propriété de l’Etat de l’Equateur 3 rue Hans Crescent à Londres. L’ennui est que le mandat d’arrêt européen (European Investigation Order), peut servir à auditionner des victimes et des témoins, mais aussi à extrader des suspects pour interrogatoire à des pays européens. Il importe donc pour Wikijustice de clarifier la situation de Julian Assange dans cette procédure alors que d’autres droits individuels de Julian Assange ont à nouveau été violés : Andy Müller Maguhn, président de la Fondation Wau Holland a exposé à la conférence du Chaos Computer Club à Leipzig le 28 décembre 2019  les vidéos privées de Julian Assange, logiquement sans son consentement puisque ces images appartiennent à la procédure juridique du mandat d’enquête européen 1902473293 – EIO/026/19. Ainsi le droit à la vie privée de Julian Assange a été apparemment violé par ce dirigeant d’une institution allemande avec laquelle Julian Assange travaille sous contrat depuis 2011 comme responsable du projet 04 « Wikileaks » et depuis 2014 comme gérant de la société islandaise Sunshine Press Production. La façon dont Andy Müller Maguhn a pu accéder à ces images à valeur de pièces à conviction dans une procédure pénale est hautement problématique, tout comme le fait de les exhiber urbi et orbi. Un avocat clé de la défense de Julian Assange, maitre Baltasar Garzon, a été aussi montré publiquement par Andy Müller Maguhn dans ces extraits de films de caméra de surveillance.

Cette situation, ainsi que l’état délabré de la santé de Julian Assange a choqué de nombreux militants qui ont exercé une salutaire pression politique par de nombreux courriers à la Westminster Magistrate Court. C’est ainsi que le vendredi 10 janvier au matin la Cour a décidé de reporter l’audience de prolongation de détention provisoire prévue pour le 14 janvier au lundi 13 janvier et de faire comparaitre Julian Assange physiquement. Cette dernière décision est une victoire pour laquelle nous avons tous lutté, tout ceux et celles qui se soucient du droit, de la justice et de la vie de Julian Assange en particulier.

Alors une équipe de Wikijustice s’est rendue à Londres le 13 janvier dernier assister à l’audience. Accéder à la salle d’audience a été une épreuve physique et psychologique, comme d’habitude, mais on peut noter que la cour fait des progrès notables dans le respect de la publicité des débats : elle a facilité l’accréditation des journalistes et a scrupuleusement appliqué la règle du « premier arrivé premier servi », c’est-à-dire que les militants présents devant la porte du tribunal entre 6 heures et 9h00 ont pu entrer dans la salle d’audience par ordre d’arrivée. Après, il a juste fallu attendre 3 heures debout à sa place sans bouger jusqu’à ce que les deux premières affaires soient jugées. A 11 heures la manager du tribunal a annoncé le début de l’audience de Julian Assange et une vingtaine de journalistes se sont assis dans la salle d’audience et 40 personnes ont pris place sur les gradins du box du public. Pendant ce temps une quarantaine de manifestants se tenaient devant la porte du tribunal et tentaient de communiquer part tous les moyens avec Julian Assange lorsqu’il fut amené par le fourgon de l’entreprise privée Serco.

Entrés dans la salle d’audience nous avons choisi des places centrales espérant pouvoir communiquer avec Julian Assange par les yeux et par le cœur puisque la parole nous est interdite. Les proches de « Greekemmy » se retrouvèrent ainsi ensemble assis à la droite de la salle, les autres militants dans la partie de gauche. Joseph Farell de « Wikileaks » est entré comme journaliste dans l’espace de l’audience. John Shipton, Vaughan Smith, Kristinn Hrafnsson, John Pilger et Craig Murray étaient absents une fois de plus. Gareth Peirce était présente avec le jeune garçon qui le 19 et 20 décembre se déplaçait avec Stella Morris et qui s’est présenté à nous comme étant stagiaire de l’avocate. Il sera assis au dernier rang de la salle à coté d’une autre femme et de Jennifer Robinson qui se contentera ce jour de ce poste d’observatrice. Nous notons comme positif l’absence de Clair Dobbin et de tout « observer » américain. Ils n’ont pas à être présents dans une procédure qui ne concerne que le droit interne anglais. La procureur est une autre personne que d’habitude et elle jouera un rôle marginal.

Un peu après 11 heures, mais avant l’arrivée du juge Julian Assange entré par la petite porte du box vitré sur notre gauche. C’est toujours irréel quand il apparait enfin, alors que quasiment nuit et jour nous faisons tant d’efforts pour le libérer. L’émotion ressentie est toujours quelque chose comme un soulagement, une incrédulité, un timide espoir. Mais après, l’effet de regarder l’homme en cage donné en spectacle devient perturbant psychologiquement et nous nous concentrons sur ce que nous pouvons faire, comment l’aider. Nous n’avons pas l’impression qu’il va mieux depuis le 19 décembre, date de l’audience à laquelle le médecin de Wikijustice a assisté et sur la base duquel elle a pu rédiger le rapport médical pour l’association. Julian Assange n’a peut-être le 13 janvier pas les gestes stéréotypés de souffrance si visibles et si bien décrits dans le rapport médical[2], mais il boite en entrant dans le box, doit se retenir à l’embrasure de la porte pour ne pas tomber. Il s’assied au milieu du box et pas au fond ce qui est positif car il est plus près du public. Cependant, alors que la cour nous accorde ces 5 minutes surprises entre le moment de son entrée et l’arrivée du juge, Julian Assange ne peut rien faire d’autre que rester assis, comme épuisé et fixer la salle devant lui. Ses gestes restent très ralentis, et quand il se lève à l’arrivée de la juge, les manches de sa veste se soulèvent je peux voir le bracelet noir sur son poignet gauche. Il apparait aussi que ses vêtements trop amples, veste et pantalons foncés, sweat-shirt gris, masquent la maigreur de sa silhouette. Il est coiffé et sa barbe est courte, il porte des lunettes mais elle ne sont pas toujours ajustées et pour voir il doit regarder par-dessus la monture. L’impression qu’il ne contrôle pas son propre corps demeure. Cela dit, son comportement va évoluer pendant l’audience. Prostré au début, puis comme galvanisé par la présence de personnes amies, il va tenter de participer aux débats, jusqu’à appeler plusieurs fois Gareth Peirce en frappant sur la vitre du box et en l’obligeant ainsi à se lever et se tourner vers lui pour lui parler.

D’ailleurs l’atmosphère a changé dans la salle du tribunal. Certes, elle reste tendue mais nous sentons que le personnel du tribunal ne nous est pas hostile, comme si la foi en la justice de militants avait redonné à ce lieu son rôle premier, celui de rendre la justice. La gardienne qui se tient avec Julian Assange dans le box des accusés le regarde avec douceur. Dans le public, des personnes pleurent. Le management du tribunal est ému. Même la juge Vanessa Baraitser a fait savoir à notre ami John qu’il ne sera pas expulsé de la salle malgré son coup d’éclat du mois précédent s’il accepte de rester silencieux cette fois. Je ne sais pas comment saluer Julian sans mettre ma présence en danger, quand il regarde le public, je croise son regard et je le salue en levant ma main au niveau de mon visage. C’est alors qu’une militante devant moi lève carrément la main pour le saluer, d’autres le poing…. Les agents de sécurité ne réagissent pas. Un murmure et un frisson nous parcourent. Julian nous salue aussi d’un geste au niveau du visage. La cérémonie du poing levée sera pour la fin. Oui, quelque chose a changé. On est tous revigorés.

Nous gardons le regard fixé sur Julian Assange alors que Vanessa Baraitser entre dans la salle, que nous devons que nous lever et alors qu’elle commence la cérémonie nécessaire de l’identification. A sa demande de citer son nom, Julian Assange a toujours du mal à parler. Obligé d’être debout, il apparait chancelant. Concernant sa date de naissance, il a du mal à commencer et réfléchit un bon moment avant de prononcer le « 71 » de son année de naissance. Il secoue la tête, se rassied épuisé et reste un long moment immobile, un peu renversé en arrière. Nous repérons et comprenons mieux les gestes grâce au rapport médical de notre médecin. Je vois donc que Julian Assange a le geste de souffrance de mordre l’intérieur de sa bouche alors qu’il croise ses mains et les porte à son visage comme s’il avait mal aux dents. Le rapport médical de Wikijustice parle des symptômes de torture psychologique et nous assistons toujours visiblement aux séquelles des mauvais traitements qu’il subit. Nous essayons de lui apporter énergie positive et réconfort par les yeux, c’est tout ce que nous pouvons faire alors que Gareth Peirce entame avec la juge Baraitser son dialogue habituel sur l’organisation du dépôt des preuves de la défense, les demandes de visites, la date de la prochaine audience.

Alors que la voix monocorde de l’avocate répète des mots connotés négativement « absolutely no idea », « very difficult », « last opportunity », Julian Assange s’anime au fur et à mesure, car quelque chose se passe dans la salle. Il regarde les journalistes, puis le public et se tourne vers l’avocate, l’appelle de la main, lui dit quelque chose. Elle doit interrompre son monologue sur ses difficultés et se tourner vers lui. Nous n’entendrons hélas pas la voix de Julian Assange mais nous sentons qu’il lutte. Nous avons l’impression que la juge Baraitser est de plus en plus exaspérée par la situation, tout en restant froide et polie face à l’avocate. Il y a quelque chose de décalé dans la gravité de la situation de Julian Assange et le débat sur les agendas et les dates. Il y a aussi un rapport de pouvoir entre juge et avocate qui se joue ailleurs que dans cette salle, qui nous échappe mais que nous sentons bien différent. Le pouvoir de l’institution n’est peut-être pas là où on le croit.

Le tribunal veut sûrement nous dire « regardez, il va bien, on ne le torture pas ». Certes nous ne savons pas « qui » le torture et le directeur des prisons Belmarsh prend bien soin de nous spécifier dans ses courriers que ce n’est pas lui car sous sa responsabilité Julian Assange ne pourrait être maintenu dans l’isolement intégral. Mais nous en voyons les effets depuis le 11 octobre. Cependant nous voyons aussi le 13 janvier 2020 que Julian Assange veut vivre : je vois qu’il déplie ses mains, se frotte les joues, et il regarde à nouveau en face de lui, essaye d’agir, appelle Gareth Peirce, lui demande quelque chose qu’elle balaye d’un revers de main. Il se résigne, puis cesse de se résigner, revient à la charge, elle fait la sourde oreille… Il réessaye de dire quelque chose mais c’est comme si sa voix ne lui obéissait plus. Vanessa Baraitser prononce la date du 23 janvier, nous le voyons se tasser sur son siège.

La juge finit par lui demander s’il a compris. Il est debout et il a pour la première fois l’audace de lui dire clairement « non, pouvez-vous répéter » même si on sent que c’est une lutte pour lui. Exaspérée Baraitser nous annonce que la séance va reprendre à 14 heures pour fixer la prochaine date. Elle propose à Gareth Peirce de demander une comparution physique pour qu’elle puisse bénéficier des fameuses 2 heures de travail dans les salles de consultation du tribunal qu’elle dit avoir de la peine à obtenir. La juge lève la séance et part avant que Julian Assange ne soit parti du box. Alors que cette situation se produit aussi pour la première fois, nous résistons passivement à l’injonction des agents de sécurité d’évacuer la salle. Et pour la première fois nous voyons Julian Assange carrément en discussion  assertive avec son avocate. Il reste debout et à ses gestes nous comprenons qu’il lui demande encore de faire quelque chose et alors qu’elle fait des signes d’impuissance, genre “je ne peux pas“ , il a un geste qu’on pourrait comprendre « c’est à toi de le faire, pas à moi », en la désignant de l’index puis en se désignant. Nous n’entendons pas l’échange mais la voix de Julian Assange a bien plus d’énergie et il sort en ouvrant lui-même la porte arrière du box, nous ayant salué dignement.

Nous sommes tellement fatigués que nous devons prendre une vraie pause pour le déjeuner, ayant déposé nos documents, tout en nous demandant ce qui se passe pour Julian Assange dans les entrailles de la bâtisse du tribunal. Quand nous revenons, il ne reste que deux journalistes dans la salle, les gens de « Wikileaks » sont partis. Il n’y a plus que le public qui s’est levé pour saluer gravement l’arrivée de Julian Assange. Entré un instant plus tard, le juge ne voit pas les gens se lever, la marque de respect due à son rang lui a été dérobée. Ce n’est plus Vanessa Baraitser mais un homme. Julian Assange parait plus solide physiquement que ce matin mais il a encore plus de mal à parler, le combat de ce matin a dû l’épuiser. Le juge lui annonce qu’il comparaitra le 23 janvier, je comprends que Julian Assange sera présent. Lorsque le juge part, nous ne partons pas. Le public résiste passivement et refuse de sortir tant que Julian Assange est là. On le regarde, on lève la main, on lève le poing et lui lève le poing avant de sortir en tenant son dossier. Dans la rue, alors que le fourgon sort du tribunal, les militants crient, le saluent par la vitre, l’un se couche sur le capot du fourgon pour retarder le départ. Julian Assange entend notre révolte. Nous assistons enfin à une scène de lutte pour la liberté d’un prisonnier politique. L’espoir est permis enfin.

  1. K. pour Wikijustice Julian Assange
 

La Russie et l’Allemagne plaident pour la préservation de l’accord nucléaire avec l’Iran

C’est également la position de la Chine qui attribue la crise ouverte entre les Etats-Unis et l’Iran à la dénonciation par Trump de l’accord nucléaire (note et traduction de Danielle Bleitrach).

Poutine et Merkel ont examiné le transit du gaz russe à travers l'Ukraine.

Poutine et Merkel ont examiné le transit du gaz russe à travers l’Ukraine. | Photo: Al Mayadeen

Publié le 11 janvier 2020

« Tous les moyens diplomatiques doivent être utilisés pour que cet accord international […] soit maintenu et que toutes les parties qui y participent s’acquittent de leurs obligations », a déclaré le chef de l’Etat russe.

Le président russe Vladimir Poutine a tenu une réunion à Moscou avec la chancelière allemande Angela Merkel, où ils ont convenu de la nécessité de préserver l’accord signé en 2015 par tous les moyens nécessaires.

 

« Tous les moyens diplomatiques doivent être utilisés pour garantir le maintien de cet accord international […] et le respect par toutes les parties impliquées », a déclaré le chef de l’Etat russe lors d’une conférence de presse conjointe avec Angela Merkel.

Merkel a déclaré qu’il était nécessaire de faire tout son possible pour maintenir l’accord entre l’Iran et le groupe 5 + 1. L’Allemagne a promis d’utiliser tous les outils diplomatiques possibles pour atteindre cet objectif.

Valeria A. Rodriguez@varodri19

Putin y Merkel se conocieron

Presidente ruso: Rusia y Alemania quieren una adhesión continua al acuerdo nuclear de Irán.
El canciller alemán insistió en que su país utilizaría todos los medios diplomáticos para preservar el mundo.

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Pour sa part, le président russe a déclaré que l’Iran avait réduit ses engagements envers l’accord à cause de son abandon par le gouvernement des États-Unis (US) et l’inaction de l’Europe à cet égard. Il a également insisté sur le fait que les mesures prises par Téhéran dans le Plan d’action conjoint global (PIAC ou JCPOA) sont réversibles, comme les autorités perses l’ont assuré.

La visite de Merkel en Russie se déroule dans un contexte de tension entre la Maison Blanche et l’Iran, l’envoi de troupes turques en Libye et la réduction du pays perse de ses engagements envers le pacte nucléaire.

Les deux dirigeants prévoient de discuter de la situation en Syrie et en Ukraine. L’Allemagne et la Russie ont eu des liens économiques profonds, désormais renforcés par le développement du projet Nord Stream 2 qui acheminera le gaz russe dans les foyers allemands et d’Europe occidentale.

 

Morning star : il n’y a pas de contradiction entre patriotisme et socialisme

  • Nous devons articuler le patriotisme socialiste un véritable amour de notre pays et de son peuple – en opposition au militarisme et à l’impérialisme, écrit MATT WIDDOWSON. C’est une question qui monte de partout et qui est battue actuellement en brèche, quitte à en faire les frais comme on l’a vu récemment à propos du brexit, par une certaine gauche qu’il s’agisse des lubies trotskistes ou de la social démocratie pro-UE. Le Morning star, le journal des communistes britanniques dit une tout autre position qui concerne un autre pays colonialiste comme la France et qui comme nous l’avons vu à propos de la Chine tente d’élaborer partout à partir justement de la décolonisation et de la classe ouvrière un destin commun pour l’humanité (note et traduction de Danielle Bleitrach).

Les médias sociaux étaient inondés d’un mélange de dédain libéral (principalement de ceux qui ont des drapeaux de l’UE dans leurs tiroirs Twitter – apparemment, tous les drapeaux ne sont pas mauvais) et des plaintes ultra-gauchistes typiques sur le «socialisme dans un seul pays».

La vérité est que le patriotisme peut être compatible avec le socialisme et l’internationalisme – en fait, à l’ère actuelle des États-nations, il est nécessaire de parvenir au socialisme. Rejeter complètement toute forme de patriotisme, c’est rejeter toute l’histoire de la libération nationale qui a lutté (et, dans certains cas, lutte toujours) pour renverser la domination coloniale par des puissances impérialistes telles que la Grande-Bretagne.

Le rejet pur et simple du patriotisme découle également d’un manque d’analyse de classe qui ne parvient pas à discerner la différence entre le nationalisme de la classe dirigeante et l’histoire et les aspirations cachées de la classe ouvrière.

Peut-être que certains des critiques de Long Bailey sur les médias sociaux rejettent le patriotisme en raison d’un engagement à la place du «socialisme international». Autant l’idéal du socialisme mondial est souhaitable et une nécessité éventuelle, autant nous vivons toujours à une époque où l’État-nation reste le seul véhicule réaliste des premiers pas vers le socialisme: il n’existe aucune autre communauté politique existante capable d’apporter la transformation nécessaire à l’instauration du socialisme; il n’y a pas de meilleur moyen de défendre le socialisme.

Et, alors que certains peuvent se tourner vers des forums internationaux tels que l’ONU pour réformer ou défendre certains droits, le fait est que la lutte spécifique pour le socialisme et la démocratie ne se déroule que dans le cadre de l’État – elle reste le «seul jeu réel».

Peut-être existe-t-il également une crainte parmi les opposants au «patriotisme progressiste» de céder du terrain au nationalisme réactionnaire (en particulier l’ethno-nationalisme de l’extrême droite). Cela est peut-être compréhensible car il y a eu un changement notable et troublant vers la droite dure dans le monde. Mais encore une fois, cela marque la différence entre le nationalisme «officiel» promu par la classe dirigeante et le potentiel d’un patriotisme socialiste basé sur la souveraineté populaire et la solidarité internationale.

C’est peut-être parce que nous connaissons tous de l’intérieur les nationalismes officiels de la classe dirigeante. C’est soit le nationalisme de droite – les histoires de grands Britanniques, les grandes batailles et les «réalisations» de l’Empire; ou le nationalisme de style «Cool Britannia» plus doux, libéral – plus favorable aux affaires – cultivé pendant la période du New Labour.

Ces deux nationalismes s’appuient sur la nostalgie d’un soi-disant âge d’or – que ce soit une version fantasmée des années 1950 (pensez Heartbeat) ou un simulacre de Carnaby Street des années 60 (pensez à Austin Powers). Ces deux nationalismes ont tendance à ignorer les horreurs de l’Empire – avec la version de droite célébrant le passé impérial de la Grande-Bretagne et la version «Cool Britannia» tentant de désinfecter les symboles de l’Empire – une Spice Girl portant une minijupe en tablier de boucher.

Le sentiment nationaliste repose sur des histoires et des symboles et, une vision progressiste doit s’appuyer sur le contre-récit des peuples à l’histoire officielle de la Grande-Bretagne. C’est l’histoire radicale de la Grande-Bretagne. C’est l’histoire des niveleurs, des martyrs de Tolpuddle, des suffragettes, de Red Clydeside, des camps de Greenham Common et des grèves des mineurs.

Il s’agit d’une histoire nationale propre, alors que les luttes des groupes minoritaires s’entremêlent et deviennent une partie importante de l’histoire de la Grande-Bretagne radicale – le boycott du bus de Bristol; la grève des machines à écrire impériales; la bataille de Cable Street. C’est aussi une histoire internationaliste qui comprend une pléthore de mouvements de solidarité et une forte tradition d’activisme pour la paix.

Avec un gouvernement de gauche au pouvoir, un patriotisme alternatif devrait s’appuyer sur ce passé radical pour regarder vers l’avenir: quelle sorte de société devrions-nous construire? Comment devons-nous tendre vers un monde plus pacifique et plus coopératif?

Le patriotisme devient alors un engagement dans un projet national; un patriotisme inclusif car il ne dépendrait pas de l’ethnicité ou du pays de naissance, mais de l’engagement envers l’objectif collectif. Qu’est-ce que le NHS, sinon un projet national collectif impliquant des gens du monde entier qui ont été galvanisés par un engagement envers ses principes fondateurs?

Pour que la gauche réussisse, nous devons commencer à parler de concepts tels que le patriotisme et le nationalisme sans simplement réaffirmer un dogme inflexible ou recourir à l’hystérie. Dans un monde où l’État-nation demeure une réalité et la seule voie réaliste vers le socialisme, la gauche britannique doit articuler son propre patriotisme socialiste en contraste avec le chauvinisme, le conservatisme et le militarisme qui caractérisent le nationalisme de droite.