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Archives de Catégorie: Chine

on ne gère pas la Chine comme le Poitou charente…

La Chine prête à faire face au pic des voyages du Nouvel an chinois. Chacun aura compris à quel point ce blog veut accorder de plus en plus d’espace au pays continent qui se confond avec l’ère nouvelle dans laquelle nous sommes entrés. Marx insiste sur les échelles de coopération entre les êtres humains, dans la production et dans les autres activités humaines, ceci est d’autant plus important que nous sommes ici dans un pays qui premièrement assume concrètement un mode de transition : le socialisme à la chinoise et le fait dans le cadre d’une mondialisation elle-même entrée dans un profond bouleversement. Le passage du rural à l’urbain désormais réalisé en Chine et les migrations massives, tout un apprentissage d’une ère nouvelle (note de danielle Bleitrach)
© Chine Nouvelle (Xinhua), Le 09/01/2020 22:34

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Les autorités chinoises prendront de multiples mesures pour faire face à la période du pic des voyages de la fête du Printemps, durant laquelle environ 440 millions de voyages seront effectués à travers les chemins de fer.

Du 10 janvier au 18 février, les Chinois devraient effectuer trois milliards de voyages, soit un nombre légèrement supérieur à celui de l’année dernière, avec une hausse de 8% pour les voyages en train, une augmentation de 8,4% pour les voyages en avion et une hausse de 9,6% pour les déplacements par voie fluviale, a indiqué jeudi Zhao Chenxin, porte-parole de la Commission nationale du développement et de la réforme, lors d’une conférence de presse.

En raison de l’expansion continue de la longueur des chemins de fer à grande vitesse en service, le nombre de voyages par voie routière devrait diminuer à 2,43 milliards.

La fête du Printemps tombe cette année le 25 janvier, arrivant plus tôt que les années précédentes. Cela pose un défi plus important pour le système de transports du pays, car le pic du retour des étudiants coïncide avec le pic des voyages de la fête.

L’Administration de l’aviation civile de Chine a promis une plus grande capacité de transport pour alléger la pression sur le transport aérien, programmant 17.000 vols par jour, soit une hausse de 13,3% en glissement annuel.

Pour faire face à la demande croissante de voyages, un total de 5.275 liaisons ferroviaires dans les deux sens seront programmées quotidiennement avant la fête, soit une hausse annuelle de 7,7% et un nouveau record, a indiqué Li Wenxin, directeur général adjoint de la China State Railway Group Co. Ltd.

Durant la période du pic des voyages, les départements concernés à travers le pays renforceront également les contrôles de sécurité et la prévention des maladies infectieuses afin de garantir la sécurité des voyageurs.

 
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Publié par le janvier 13, 2020 dans Chine

 

La Chine nous propose un universalisme basé sur la diversité culturelle mais aussi sur le progrès collectif dans une « communauté des destins »

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Un dossier de la revue Esprit dans lequel Anne Cheng aborde la question de l’universalisme chinois mais nous ne nous étonnerons pas si sa savante analyse revient à voir dans l’universalisme revendiqué par les Chinois, une remise en cause de fait de l’universalisme des droits de l’homme de l’occident. On trouve également un dossier publié par la revue Rue Descartes qui lui aussi montre que la quête identitaire hante la philosophie chinoise au point, selon la présentation, que même le courant en faveur de l’universalisme pluraliste conserve les horizons nationaux comme garantie d’une diversité culturelle. Le problème de la relation entre nation et philosophie est d’autant plus intéressant pour un public francophone que nous avons nos propres débats sur la nation et la recherche de valeurs. En effet, quand Gérard Noiriel dénonce tout ce que la quête d’une « identité nationale » efface de l’horizon de la réflexion, nous y retrouvons un nombre de critiques qui pourraient être facilement appliquées par les occidentaux aux intellectuels chinois préoccupés par cette quête identitaire. A l’inverse, Georges Gastaud qui propose une articulation encore plus fouillée entre nation, marxisme et universalisme pourrait nous aider à avancer sur l’analyse de ce que propose la Chine (1). Peut-être un jour Badiou reviendra-t-il sur sa condamnation de la Chine et son choix de la voie stalinienne et capitaliste à la fois. Parce qu’il faut bien mesurer que l’émergence de ce débat savant marque le caractère incontournable de l’ère nouvelle inaugurée par la Chine…

La communauté de destin de l’humanité

Notre propre proposition est bien d’articuler ces réflexions avec non pas l’actualité politique au sens étroit du terme, mais bien au changement d’époque que nous sommes en train de vivre, le travail conceptuel est nécessaire par rapport à ce bouleversement et non comme un jeu entre spécialistes.

C’est incontestablement le livre de Xi Jinping dont l’un des concepts-clés «la communauté de destin de l’humanité» (renlei mingyun gongtongti) sert de titre à l’ouvrage qui a sans doute provoqué cette floraison de réflexions.

C’est en mars 2013 à Moscou que Xi Jinping a pour la première fois évoqué sur la scène internationale une communauté de destin, parlant de « l’interdépendance mutuelle » des nations dans le « village planétaire ». En mars 2015, lors du Forum de Bo’ao, il avait précisé les quatre principes de la communauté de destin : respect mutuel et traitement d’égal à égal des différents pays ; coopération gagnant-gagnant et développement commun ; réalisation d’une sécurité commune, générale, coopérative et durable, ainsi que coexistence et apprentissage réciproque des différentes civilisations.

Depuis, ce concept s’est étoffé et approfondi : il concerne non seulement des domaines spécifiques (le cyberespace par exemple), mais aussi des projets de développement de dimension régionale (le Forum pour la Coopération sino-africaine) et mondiale (l’initiative chinoise de « la Ceinture et la Route »).

La communauté de destin de l’humanité préconise le multilatéralisme, l’ouverture, le dialogue et la paix. C’est la proposition de la Chine au reste du monde sur la base de ses réussites au cours de 70 années de développement pacifique, qui ont conduit le pays sur la voie de la prospérité et vers l’éradication de la pauvreté. C’est aussi la réponse de la Chine aux tendances à l’unilatéralisme, à l’hégémonisme et au protectionnisme qui émergent ici et là, remettant en cause toute capacité de l’occident à l’universalisme que proclamaient les droits de l’homme et la création de l’ONU.

Pour le parti communiste chinois (PCC), le monde est entré dans une «nouvelle ère». Il lui faut donc une «nouvelle pensée» pour un «monde nouveau». Tout cela a été validé lors du récent congrès du PCC, à Pékin, qui a permis au président Xi Jinping de revendiquer l’héritage de Mao Tsé-toung comme celui de Deng Xiao Ping.

Le livre a été traduit dans de nombreuses langues et grâce à une amie, nous avons pu Marianne et moi bénéficier d’un exemplaire traduit en français. Incontestablement la Chine souhaite que le débat s’ouvre sur sa proposition, elle invite les délégations étrangères et multiplie les missions pour commenter cette proposition, à la fois théorique mais aussi politique puisqu’il s’agit d’un acte équivalent à celui qui a fondé la modernité: la déclaration des droits de l’homme, c’est-à-dire y compris sur ce quoi a été bâtie l’ONU, et qui devrait commander officiellement les droits entre Etats et individus dans un monde qui s’affirme multipolaire.

Un monde où la plus vieille des civilisations encore existante mais qui a subi le colonialisme, l’autre versant de la modernité occidentale, qui de surcroit revendique plus que jamais sa filiation avec le marxisme autant que le confucianisme est en train de devenir la première puissance du monde et dans la foulée propose pour elle et pour le monde jusqu’ici soumis à l’arbitraire des valeurs occidentales le droit à une existence culturelle différente de celle jusqu’ici imposée.

C’est donc à partir de la reconstruction de l’identité nationale chinoise que se pose la question de l’universalisme. Une pensée en gestation encore pour le moment réservée à des spécialistes mais qui déjà en France donne lieu à une mobilisation idéologique qui dit bien l’importance de la réflexion, dont est pourtant encore éloigné le grand public, sans doute parce que le PCF et d’autres groupes politiques comme lui influencé par le trotskisme et par la social démocratie n’ont à l’égard de la Chine que des stéréotypes.

Si l’on suit le dossier de la revue Descartes qui est le plus fouillé sur la question, on mesure à que point sauf les derniers articles, la plupart témoignent de la constitution dans la pensée chinoise contemporaine d’une relation étroite entre horizon national et horizon philosophique : « la nation (dans un sens culturel) est articulée avec la philosophie sous forme de projection d’un horizon, que ce soit dans le passé ou dans l’avenir.

Cette articulation est en effet l’un des piliers de ce que l’on pourrait appeler l’« universalisme pluraliste » du troisième tournant de la philosophie chinoise, qui, tout en proposant une certaine forme d’universalité, conserve les horizons nationaux comme garantie d’une diversité culturelle. La revue Descartes publie ainsi un article de Xu Jilin, « Valeurs universelles ou valeurs chinoises ? Le courant de pensée de l’historicisme dans la Chine contemporaine »

Cet article témoigne des paradoxes de l’universalisme pluraliste qui caractérise les discours du troisième tournant de la philosophie chinoise : d’une part, il y aurait dans la pensée chinoise une visée universaliste ; de l’autre, il y aurait la difficulté à se défaire de l’horizon national, Xu Jilin affronte ce paradoxe.

Xu Jilin prend ainsi parti pour l’universalisme des valeurs. Mais cette prise de position, paradoxalement, ne revient pas à se défaire de la nation comme substrat de l’universalité des valeurs. En effet, pour concilier son universalisme avec l’horizon national de la réflexion, il revendique le pluralisme culturel : « il existe des valeurs communes qui peuvent communiquer entre des valeurs différentes. Bien que les différences entre les cultures nationales soient grandes, la partie centrale se superpose ; ces valeurs cruciales et ces buts ultimes sont ouverts, et c’est ce que l’humanité recherche communément » (p. 66). Si dans la recherche des « valeurs ultimes » Xu Jilin brise les horizons nationaux pour se tourner vers des « valeurs universelles », dans sa vision pluraliste de cette recherche les nations restent intactes, aussi bien comme traditions que comme projection dans l’avenir. C’est pourquoi « la Chine devrait reconstruire des valeurs chinoises dans la perspective de la civilisation universelle » (p. 66) : aspiration à l’universel qui conserve pourtant la nation comme horizon de la réflexion.

Effectivement si la Chine ne cesse de travailler la relation entre nation et universalisme, la nouveauté est que le pouvoir chinois se sent désormais suffisamment solide pour diffuser à grande échelle ses vues hors du territoire national et la réflexion philosophique ne peut s’abstraire ni en Chine, ni en Europe, ni en France de cette nouvelle donne et des débats auxquels dès aujourd’hui elle donne lieu.

Cependant à travers « la communauté de destin » de l’ouvrage de Xi Jinping, le président chinois évite une critique frontale de ces «valeurs occidentales». Il ne manque pas néanmoins de le faire dans diverses occasions comme dernièrement dans l’intervention de Trump en Irak, comme d’ailleurs en soulignant à la fois à quel point au nom de l’universel des droits de l’homme, les Etats-Unis violent les deux principes de souveraineté des nations sur laquelle est fondée la paix et celui des droits réels de l’individu y compris par le racisme.

On peut difficilement s’abstraire de ce contexte quand on lit les revues pour le moment réservée à des spécialistes.

La «communauté de destin» a tout de suite été interprétée comme une machine de guerre ayant pour objectif de modifier de l’intérieur du système international les normes héritées de l’après-Deuxième Guerre mondiale. D’où la montée au créneau de ces philosophes et intellectuels chargés de préparer l’angle d’attaque contre ce modèle chinois.

Pourtant Xi Jinping ne cesse d’affirmer que si ce modèle chinois peut inspirer d’autres pays, il ne cherchera pas à s’imposer, ce sera essentiellement à travers de grands défis que la Chine affrontera victorieusement sur son propre territoire que le modèle gagnera de l’audience, mais aussi en apportant paix et prospérité. Ainsi depuis 2015, le défi que la société chinoise s’est lancée est non seulement un développement scientifique et technique d’une grande ampleur mais également la possibilité de résorber toute la pauvreté et d’offrir à chaque Chinois une société de moyenne aisance en 2020, ce qui est également une garantie face à la crise de l’occident avec l’ouverture d’un marché chinois interne. Ce qui est privilégié est le facteur de développement et de stabilité qu’un tel modèle peut désormais offrir à la Chine mais aussi pour devenir conquérant par rapport à la crise économique et politique du modèle occidental, en s’appuyant d’abord sur les pays sous-développés arrachés à l’attraction occidentale qui n’arrive à maintenir son hégémonie que par la guerre et la corruption, voire la régression sociale contre lesquelles s’insurgent les peuples.

Si la Chine s’est donné cette date de 2020 comme celle où sera résorbée la pauvreté c’est aussi dans le cadre assumé de « la dictature du prolétariat » menée par le parti communiste. Comme le signale G. Gastaud à propos de MARX, il ne s’agit pas d’ouvriérisme mais bien d’élever le prolétariat à la difficile mission qui est la sienne, celle dans laquelle son internationale coïncide avec le genre humain. La classe la plus économiquement et culturellement dominée doit dans la phase socialiste et dans les contradictions les plus grandes devenir classe dominante. Il faut tout le temps prendre garde à ce que cette contradiction dominant-dominé tant sur le plan matériel que sur le plan idéologique reste « motrice » parce que l’avant-garde en reste consciente ou alors entre en régression. Il faut lire beaucoup de textes du parti communiste chinois, en particulier ceux de Xi Jinping à la lumière de cette tâche de la révolution socialiste, beaucoup plus compliquée que la révolution bourgeoise dans laquelle une domination succède à une autre domination et où l’unité des dominants peut se réaliser dans l’exploitation. Si on peut parler de « disparition de la classe ouvrière » (abusivement), en Chine nous en sommes loin, mais les contradictions internes à cette classe sont exaspérées par la vitesse même du développement.

Cependant cette ère nouvelle comme celle que Goethe célébrait à Valmy, a incontestablement un aspect doublement national, celui de la libération du territoire autant que la résurrection d’une culture millénaire et celui d’un sort commun de ce fait avec tous les peuples ayant subi le colonialisme et l’impérialisme, d’où le caractère « conquérant » mais dans le même temps l’affirmation du refus de s’imposer. La relation doit être négociée comme l’est un contrat commercial autant que le respect des souverainetés.

L’idée est celle d’une cohabitation, dans un monde multipolaire, de divers modèles de «civilisation» qui œuvrent ensemble à leur prospérité commune sans volonté hégémonique. Ce que répondent ses détracteurs c’est qu’il s’agit pour le pouvoir chinois, comme pour tout pouvoir autoritaire, de saboter les notions mêmes de démocratie et de libertés individuelles ou collectives jusqu’ici associées aux normes universelles. Oui mais il suffit de comparer par exemple la manière dont les Chinois signent des accords par exemple pour l’exploitation du lithium en Bolivie, alors que les Etats-Unis pour empêcher cette signature fomentent un coup d’Etat avec l’aide d’une oligarchie fasciste et raciste. Ou encore la récente intervention contre l’Iran que l’on peut interpréter comme un enjeu pour freiner le développement de la route de la soie au moyen orient.

L’UE se présente comme le dernier pôle de défense des valeurs universelles, cette réflexion sur nation et universalisme participe bien évidemment d’un combat idéologique et c’est pourquoi nous devrions réellement nous donner les moyens sur ce problème comme bien d’autres de sortir de la crise dans laquelle a été plongée la pensée marxiste pour voir de quoi nous parle aujourd’hui la Chine, ce qu’il est impossible d’ignorer aujourd’hui.

Danielle Bleitrach

(1) Georges Gastaud, marxisme et universalisme, classes, nations, humanités, éditions Delga, 2015

 
 

The National Interest : Taïwan ne doit pas donner quatre ans de plus à Tsai Ing-wen

Le plan de Tsai d’utiliser le pouvoir politique pour réduire la dépendance de l’économie taïwanaise à l’égard de la Chine ne pourra jamais réussir. L’approche pragmatique consiste à gérer correctement les relations entre les deux rives du détroit, sans jamais permettre à l’économie d’être affectée par des relations négatives entre les deux rives. Cet article est absolument passionnant tant il illustre d’une manière originale la situation de la Chine en Asie et les contradictions d’un nationalisme qui s’allie aux Etats-Unis et restreint de plus en plus les libertés démocratiques qu’il prétend défendre, ce qui selon l’auteur fait le lit de la Chine, parce que le vrai problème est que les économies chinoise et taïwanaise sont  interdépendantes, que Taïwan a tout à perdre alors que la Chine n’est pas affectée. A lire l’auteur de l’article, il y a toute chance que Tsaï soit réélue mais c’est reculer pour mieux sauter. Lire cet article en lien avec celui que nous proposons par ailleurs sur universalisme et nation à propos de la Chine (note et traduction de Danielle Bleitrach).

En janvier 2020, Taiwan organisera des élections pour son président et sa législature. La campagne pour la présidence a commencé depuis longtemps, et la prospérité de l’économie taïwanaise et le maintien des libertés démocratiques peuvent dépendre du fait que les électeurs accorderont à la présidente Tsai Ing-wen quatre ans de plus ou éliront le candidat du Kuomintang (KMT) Han Kuo-yu. L’article a une vision originale, il montre que le nationalisme anti-chinois  de l’actuelle présidente, le contrôle total qu’elle a pris sur les médias, sur tous les pouvoirs aboutit à une dictature autant qu’à la destruction de l’économie taïwanaise fortement liée à la Chine. Donc cette politique aboutit à la fin des libertés démocratiques dont se pare Taïwan et à la misère économique, ce qui dans les deux cas finira par ouvrir un boulevard à la Chine. A méditer également à propos de Hong Kong (note et traduction de Danielle Bleitrach).

La campagne électorale est entrée dans un moment crucial ; les développements de la farce de l’affaire d’espionnage communiste sont devenus le sujet de discussion de la ville de Taiwan. Ses développements dramatiques ont dépassé la tension d’une « farce d’espionnage », faisant que les gens l’associent au cas de l’incident de tir de Bullet Gate de 2004.

Le gouvernement Tsai joue en effet avec force la carte anti-Chine. Avec la catalyse des protestations et des manifestations autour du projet de loi sur l’extradition, l’ordonnance sur les délinquants fugitifs, à Hong Kong, il a d’autant plus favorisé «le sentiment de perdre son pays», tout en utilisant ici et là la question de Hong Kong. Ainsi, Tsai est considérée de  l’autre côté du détroit comme relevant  des «forces extérieures» au même titre que les États-Unis. Les relations entre les deux rives seront vouées à se détériorer davantage, et l’économie et la démocratie de Taïwan seront en conséquence dans le marasme.

Tout d’abord, examinons les relations économiques de Taiwan avec la Chine. Depuis que le gouvernement Tsai est arrivé au pouvoir, il a restreint les investissements trans-détroit, couplé à la nouvelle politique vers le sud, en proclamant nécessaire de réduire la dépendance économique à l’égard de la Chine, mais après avoir mis en œuvre ces politiques pendant près de quatre ans, l’effet est nul, car la dépendance des exportations de Taïwan vers la Chine a inversement augmenté pour atteindre 41%. Au vu de cela, le plan de Tsai  qui est d’utiliser la force politique pour réduire la dépendance de l’économie taïwanaise à l’égard de la Chine ne peut jamais réussir. L’approche pragmatique consiste à gérer correctement les relations entre les deux rives du détroit, sans jamais permettre à l’économie d’être affectée par des relations négatives entre les deux rives.

Certains membres de factions fondamentalistes pensent que la guerre commerciale internationale va dévaster l’économie chinoise, dissociant ainsi l’économie de Taiwan avec celle de la Chine. Cependant, ce genre de chose ne se produira pas parce que la structure de l’économie chinoise a changé, les exportations occupant moins de 20% du PIB et les exportations vers les États-Unis occupant 20% du volume total des exportations, associées au fait que sur cette grande échelle les économies elles-mêmes disposent d’une plus grande marge de manœuvre. Par conséquent, bien que la guerre commerciale ait un impact, elle ne dévastera pas l’économie chinoise.

Inversement, dans le cas peu probable où l’économie chinoise s’effondrerait réellement, ce serait vraiment un désastre pour l’économie taïwanaise, car l’économie taïwanaise est destinée à dépendre de l’économie chinoise. Les échelles des économies trans-détroit sont de 20 à 1; Le marché chinois occupe 40% des exportations de Taïwan, tandis que Taïwan bénéficie d’un excédent commercial de plus de 80 milliards de dollars américains. Si une guerre commerciale similaire devait se produire à travers le détroit, il ne fait aucun doute que l’économie de Taïwan serait immédiatement embourbée, alors que l’effet sur la Chine serait minime.

Deuxièmement, nous devons reconnaître que la démocratie de Taiwan mérite d’être défendue. Aujourd’hui, les États communistes existants dans le monde sont la Chine,  Cuba et la Corée du Nord. Souvent, ces États communistes ne prétendent pas avoir atteint le communisme dans leur pays – ils prétendent plutôt construire une étape celle de l’instauration du socialisme dans leur pays et utiliser les tactiques perverses de la démocratie pour atteindre des objectifs politiques. Si le peuple taïwanais se soumettait aux  approches politiques méprisables du gouvernement Tsai, il deviendrait rapidement le sujet des États communistes existants, regrettant à la fin, mais trop tard.

Les gens pourraient douter que Taiwan d’aujourd’hui, sous le règne du gouvernement Tsai, bien qu’avec un patronage politique corrompus et des abus de pouvoir,  soit toujours une société démocratique, qui après tout pourrait être similaire aux États communistes. En fait, un système démocratique repose sur l’estime des participants et la retenue; sinon, divers types de distorsions et d’abus éroderaient l’esprit démocratique, le laissant se perdre dans une coquille vide. L’esprit originel du système démocratique évolutif de Taïwan a longtemps été évidé, étape par étape, par le gouvernement Tsai, dépourvu de culture démocratique.

Le système démocratique repose sur la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, avec des freins et contrepoids entre eux, plus  la garantie  représenté par la surveillance des médias et de l’opinion publique. Cependant, au cours de ses trois ans et demi de gouvernance, Tsai a néanmoins, de manière flagrante, fait peser son pouvoir sur  la Cour suprême,  sur les Grands Juges et sur  la Commission électorale centrale, elle a  fermement tenu le «pouvoir judiciaire» dans sa main. En outre, par le biais de divers types de moyens monétaires, la majorité absolue des médias importants a été unilatéralement soumis au parti au pouvoir, jour après jour, scrutant et critiquant les partis d’opposition en violation de l’état normal de la démocratie,

Parce que les pratiques électorales massives du gouvernement Tsai en émettant des «politiques attractives» ont brouillé la vision du peuple taiwanais – tout comme la marche des États communistes vers la dictature – le grand public peut être acheté par ces politiques à courte vue et élire un président et une majorité de législateurs affiliés  au Parti progressiste démocratique (DPP). Si cela se produit, alors Tsai fera un pas de plus pour saisir fermement le Yuan exécutif et le pouvoir législatif, ce qui signifie que les soi-disant «quatre pouvoirs de la démocratie» appartiendront entièrement à Tsai. Selon les expériences des dernières années, Tsai mettra fin de manière substantielle au système démocratique de Taiwan.

Pour la campagne électorale, le gouvernement Tsai a annoncé que l’économie de Taïwan se comportait extrêmement bien, mais en réalité, la situation n’est absolument pas comme le gouvernement Tsai l’a dit. Cette année, le taux de croissance des exportations de Taïwan est négatif et les  investissements du secteur privé sont dans le marasme, avec un taux de croissance d’un peu plus de 2%  de la croissance inférieure. Dans la course économique inter-détroit, Taiwan a perdu; afin de soutenir la croissance, elle devrait rechercher la complémentarité avec l’économie chinoise. Pour gagner l’élection, Tsai utilise les relations inter-détroit comme une offrande sacrificielle; en fait, il utilise l’avenir de l’économie de Taiwan comme un sacrifice funéraire.

Depuis que Tsai a pris le contrôle total du gouvernement, elle a utilisé à fond ses pouvoirs à l’extrême, concentrant le pouvoir au nom de la démocratie. Lors des prochaines élections générales, elle a épuisé tous les moyens pour sauvegarder ses pouvoirs politiques. Sous l’atmosphère de «haïr le DPP» qui a imprégné la société l’année dernière, le DPP a subi de lourds revers; cependant, face à la défaite électorale, elle n’a pas cessé d’utiliser la rhétorique anti-chinoise, mais à l’inverse, elle l’a utilisé comme le médicament le plus puissant, distribuant même la dose maximale au moment crucial de la campagne électorale, catalysant les sentiments sinophobes du public afin de contribuer à préserver lsa toute puissance politique.

Au cours des derniers mois, les agences de sécurité nationale ont publié à plusieurs reprises des informations sur « l’ingérence de la Chine dans les élections »; maintenant le moment est venu, vraiment un véritable espion humain est apparu sous nos yeux, et ce grâce à un format de connexion international. Comme c’est fantastique! «Couper la gorge de son ennemi politique jusqu’à la fin» a toujours été l’approche du DPP à la campagne électorale et à travers ces approches, il a accumulé de nombreux succès. Cependant, cette fois, en jetant en pâture un espion communiste fraudeur, s’il pourrait récolter le effet choquant et intimidant prévu, tout dépend si le public mordra à l’appât.

Taïwan est maintenant situé dans un moment critique: allons-nous permettre à Tsai de mieux saisir les pouvoirs exécutif et législatif, puis, à travers divers effets effrayants, permettre au devoir naturel de surveillance des partis d’opposition d’obtenir leur destruction , en créant une règle de parti unique, ou devrions-nous faire reculer Tsai, permettant des échanges et une réconciliation entre les deux rives, gagnant ainsi l’opportunité de respect mutuel et de développement commun? Les électeurs ne doivent pas accorder quatre ans de plus à Tsai.

Kent Wang est chercheur à l’Institute for Taiwan-America Studies. Il écrit sur la sécurité et les affaires stratégiques en Asie-Pacifique avec un accent particulier sur la question de Taiwan dans les équations trilatérales États-Unis-Taiwan-Chine, ainsi que sur d’autres sujets sur la politique internationale et la sécurité régionale en Asie de l’Est.

Image: Reuters.

 

Le gouvernement chinois se prépare à célébrer la fin de la pauvreté en 2020

La Chine a sauvé plus de 850 millions de personnes de la pauvreté depuis le début des réformes économiques en 1978, selon la Banque mondiale. C’est plus que l’ensemble de la population d’Amérique latine et cela est la donnée essentielle qui explique l’évolution mondiale. L’article porte sur le défi lancé en 2015, la Chine qui jusqu’ici a rempli tous ses objectifs aura résorbé toute la misère de sa population. Il ne s’agit même pas des taux de la banque mondiale à 1,90 dollar par jour mais à 5,50. Cet article brésilien permet de concrétiser ce que dit Xi Jinping sur le fait pour le parti communiste chinois qui dirige la République populaire de Chine de ne jamais oublier le but réel du parti (note et traduction de Danielle Bleitrach).

Faire des prédictions est certes une tâche risquée. Mais dans ce cas, il est possible d’oser: d’ici 2020, la Chine prétend mettre fin à la pauvreté dans le pays, elle  atteindra alors l’objectif adopté en 2015. Même si certains questionnent les critères et les données, le chemin du pays vers une « société modérément prospère » est spectaculaire, c’est le but chinois du moment.

La Chine a sauvé plus de 850 millions de personnes de la pauvreté depuis le début des réformes économiques en 1978, selon la Banque mondiale. C’est plus que l’ensemble de la population d’Amérique latine.

En plus de suivre le seuil de pauvreté international (1,90 $ par jour et par personne), la Banque mondiale a commencé en 2017 à mesurer le revenu dans deux autres fourchettes – jusqu’à 3,20 $ et jusqu’à 5 $,50.

La Chine comptait 10 millions de personnes sous le seuil de pauvreté international en 2015, selon la Banque. Coïncidence, le Brésil (en 2017) avait également ses 10 millions d’habitants vivant avec 1,90 $ par jour. La différence est qu’en Chine ce nombre correspond à 0,7% de la population et au Brésil, 4,8%.

Le défi pour la Chine a été de faire progresser 373 millions de personnes vivant avec  5,50 $ par jour (2015). C’est beaucoup, mais les progrès sont indéniables: en 1981, 98,3% de la population chinoise vivait avec moins que cela, et en 2015, 27,2%.

Le monde est fier des progrès accomplis dans la lutte contre la pauvreté, l’ONU a annoncé la réussite de l’objectif du Millénaire pour le développement dans ce domaine. Mais les données globales masquent le fait qu’il s’agit d’un phénomène principalement chinois. La Chine représente à elle seule plus de 70% de la réduction de la pauvreté dans le monde depuis les années 80.

La croissance économique était le grand remède anti-pauvreté en Chine. Deng Xiaoping s’est fixé pour objectif de quadrupler, d’ici 2000, le PIB chinois et le PIB par habitant de la Chine en 1980. Comme l’a dit l’économiste, Deng s’est avéré d’une exactitude spectaculaire. En 1995, le PIB avait quadruplé en termes réels, et en 1997, le PIB par habitant également. De nouveaux objectifs de croissance ont été annoncés et atteints. La croissance n’explique pas tout, mais sans elle, il n’y a pas d’espoir.

La croissance n’est pas non plus exempte de problèmes: la dégradation de l’environnement, les inégalités et la corruption sont des effets secondaires que le pays a aujourd’hui du mal à combattre. La Chine parle de plus en plus de la qualité plutôt que de la vitesse de croissance – d’autant plus qu’il est impossible de maintenir les taux antérieurs.

Le gouvernement chinois adopte un critère différent pour mesurer la pauvreté, qui s’avère plus strict que la norme internationale. Selon le gouvernement, fin 2018, il y avait encore 16,6 millions de personnes dans cette condition (plus de 10 millions par le dirigeant de la Banque mondiale en 2015). Certains experts estiment que pour lever la dernière vague de pauvreté, la Chine devrait croître d’au moins 6,2% en 2019 et 2020, ce qui pourrait être trop ambitieux dans les circonstances actuelles.

En 2019, la lutte contre la pauvreté a valu le prix Nobel d’économie à trois universitaires du sujet. À l’époque, la presse chinoise a publié un article qui disait alors que la Chine méritait vraiment le Nobel – parce que cela était devenu une réalité dans la pratique. Certes, le monde n’est pas disposé à encenser tout ce que le gouvernement chinois considère comme une réussite, mais dans la lutte contre la pauvreté, la Chine est probablement imbattable. À la fin de 2020, vous pouvez l’écrire, il y aura des célébrations. En plus de lutter contre la pauvreté, l’annonce de l’atteinte des objectifs est une spécialité locale.

Publié à l’origine dans Folha de S.Paulo

 

Xi Jinping a appelé à rester fidèle à la mission fondamentale du Parti communiste chinois

Nous avons déjà parlé ici à plusieurs reprises de la campagne qui se déroule en Chine concernant l’importance du parti communiste, ses orientations marxistes, sa voie originale mais qui ne doit jamais oublier qu’il a pour but le communisme, l’émancipation et le droit de chacun à la paix et à une société de moyenne aisance (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et société).

10 janvier 2020 10:30

Xi Jinping appelé à rester fidèle à la mission fondamentale du PCC

Secrétaire général du Comité central du PCC, président de la RPC Xi Jinping

Une réunion s’est tenue à Pékin, consacrée au bilan les résultats de la campagne éducative interne du parti «Restez fidèle à l’objectif initial et n’oubliez pas votre mission une seule minute». Le secrétaire général du Comité central du PCC, le président de la RPC et du Conseil militaire central Xi Jinping a assisté à la réunion et a prononcé un discours important, a rapporté Xinhua.

Xi Jinping, en tant que secrétaire général du Comité central du PCC, a appelé à poursuivre les efforts pour garantir que le parti tout entier reste fidèle à son objectif initial et n’oublie pas sa mission même pendant une minute. Xi Jinping, qui est également le président de la RPC et le président du Conseil militaire central, a fait cette déclaration lors d’une réunion consacrée à faire le bilan de la campagne éducative dans l’esprit de « rester fidèle à notre objectif initial et de ne pas oublier notre mission même pendant une minute ».

Selon Xi Jinping, le parti doit toujours se souvenir de son objectif et de sa mission d’origine afin de répondre aux exigences du peuple et de recevoir son soutien.

« Nous devons résolument éliminer tout ce qui affaiblit la nature progressiste du parti et dénigre sa pureté, ainsi que nous débarrasser de tout cancer qui porterait atteinte à la santé du parti », a déclaré Xi Jinping. Il a ajouté que le parti doit affronter fermement tous les dangers qui vont à l’encontre de son objectif et de sa mission d’origine ou sapent les fondements du parti.

Xi Jinping a exhorté l’ensemble du parti à prendre cette campagne comme nouveau point de départ et à continuer d’approfondir la réforme interne du parti, ainsi qu’à continuer de diriger le parti afin qu’il reste fidèle à son objectif initial et n’oublie pas sa mission ne serait-ce que pendant une minute.

 

La Chine joue un rôle essentiel pour empêcher la guerre en Iran

« Il y a un large consensus au sein de l’Axe de la Résistance [Iran, Syrie, Hamas et Hezbollah, auquel il faut ajouter les milices chiites irakiennes et les Houthis du Yémen, NdT] sur le fait que le rôle de la Chine est bien plus important que les Chinois eux-mêmes ne le pensent. Surtout au Levant, où tout le monde considère la Chine comme un futur partenaire qui remplacera progressivement l’hégémonie américaine. En l’état actuel des choses, ce dont l’Iran et la Russie discutent sur le plan diplomatique porte l’imprimatur chinois – car il y a une très forte composante de l’Organisation de coopération de Shanghai en action. Le président Poutine est très actif sur l’échiquier : il s’est rendu en Syrie, puis en Turquie. Et selon des sources russes, le ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov envoie quelques messages appropriés, libellés dans des termes sans équivoque, au secrétaire d’État américain Mike Pompeo. »

Voici un article bien documenté sur les relations entre la Chine et l’Iran d’un universitaire belge: dire que la Chine est partenaire mais pas allié est un truisme vu que la Chine n’accorde que très rarement le statut d’allié mais multiplie les partenariats mutuellement avantageux. Le statut d’allié imposant qu’en cas de guerre la Chine se trouverait impliquée, mais cela n’empêche pas qu’elle soit aujourd’hui dans la plupart des zones de tension apte à jouer un rôle pacificateur grâce à une diplomatie de haut niveau le plus souvent articulée avec celui de la Russie qui n’a pas non plus le statut d’allié mais certainement de partenaire privilégié (note de Danielle Bleitrach pour histoire et société).

 

Photo : un missile tiré sur une base américaine en Irak la nuit dernière, en représailles à l’assassinat récent du général iranien Qassem Soleimani/ Fars News

 

ENTRETIEN AVEC THIERRY KELLNER SUR LES RELATIONS ENTRE LA CHINE ET L’IRAN : « LES DEUX PAYS SONT DES PARTENAIRES, PAS DES ALLIÉS. ILS AGISSENT EN FONCTION DE LEURS INTÉRÊTS »
ARTICLE PUBLIÉ LE 10/10/2019

Propos recueillis par Ines Gil

Le 14 septembre 2019, des installations pétrolières saoudiennes ont été la cible d’attaques de drones, provoquant une envolée de 10% des cours du pétrole. Tous les regards se sont rapidement tournés vers l’Iran, accusé notamment par les Etats-Unis, d’être derrière l’offensive. Alors que les tensions montaient entre Washington et Téhéran, Pékin a appelé à la retenue. Ce n’est pas un hasard, car l’Iran est un partenaire de premier ordre pour la Chine, qui souhaite éviter une déstabilisation de la région du golfe Persique. Les relations entre la Chine et l’Iran, deux des plus anciennes civilisations d’Asie, remontent à l’Antiquité. A l’époque, les deux entités sont reliées par la route de la soie. Commerçants, ambassadeurs et voyageurs de toutes sortes font le pont entre les deux cultures. De nos jours, leurs rapports ont bien évolué. Les deux pays ont développé une coopération forte, surtout sur le plan économique et énergétique mais aussi dans de nombreux domaines, et même en matière de sécurité.

Entretien avec Thierry Kellner, Docteur de l’Institut universitaire de hautes études internationales (IUHEI) de Genève et chargé de cours au Département de Science politique de l’Université libre de Bruxelles (ULB). Membre des centres de recherches EASt, REPI, OMAM et CECID de l’ULB et chercheur associé au GRIP (Bruxelles).

Au cours des dernières décennies, la Chine et l’Iran sont devenus des partenaires privilégiés. Comment leurs relations ont-elles évolué, et quels intérêts ont ces deux pays à développer une telle coopération ?

La reconnaissance diplomatique de la République populaire de Chine (RPC) par l’Iran se fait en 1971. Leurs relations remontent donc à l’époque du Shah d’Iran (Mohammad Reza Pahlavi, 1941-1979). Très rapidement, une coopération dans le commerce, l’éducation, mais aussi sur le plan politique, se développe entre les deux pays.

Les dirigeants chinois considèrent l’Iran comme une puissance régionale naturelle dans le golfe Persique. Aussi Pékin cherche-t-il à nouer des liens avec Téhéran vu comme un partenaire utile pour contrer toute prétention « hégémonique » des superpuissances dans cette région clé du système international (surtout celle de l’URSS à cette période, puis les Etats-Unis ensuite). Les dirigeants chinois favorisent en effet une configuration multipolaire du système international.

Cet intérêt est si fortement ancré que la Révolution islamique iranienne (1979) ne remet pas en cause les relations bilatérales malgré les liens entretenus auparavant entre Pékin et le Shah. La coopération a rapidement repris. Les rapports entre les deux pays se sont maintenus malgré les turbulences dans le système international et se sont amplifiés au fil des décennies, jusqu’à aujourd’hui.

Ils se sont surtout renforcés dans le contexte du développement économique de Pékin. A partir des années 90, Téhéran devient un fournisseur pétrolier majeur de la Chine, une énergie essentielle pour alimenter la croissance chinoise. Vu de RPC, le pétrole iranien est « sûr » : en cas de crise avec Washington, Pékin fait le pari que Téhéran continuera à l’approvisionner, étant donné son orientation anti-américaine, ce qui n’est pas le cas des autres fournisseurs du Golfe.

A partir du début des années 2000, l’Iran est mis sur la sellette au niveau international en raison du dossier du nucléaire. Les partenaires économiques plus traditionnels (Japon, Corée du Sud, pays européens) se retirent, laissant le champ libre au déploiement économique chinois. Pékin va largement en bénéficier puisqu’il devient le premier partenaire commercial de Téhéran à cette période.

Ali Akbar Saheli, ancien ministre iranien des Affaires étrangères, a affirmé que « les deux pays sont complémentaires ; ils (les Chinois) ont l’industrie, nous (les Iraniens) avons l’énergie ». Ces propos résument-ils bien les relations entre ces deux pays ? La Chine est un exportateur de biens manufacturés vers l’Iran, et Téhéran fournit la Chine en énergie à travers le pétrole ?

L’exportation de pétrole brut iranien vers la Chine est effectivement une dimension majeure de la relation bilatérale. La RPC est le premier marché d’exportation de son pétrole pour Téhéran. Mais Pékin est aussi le premier marché pour les produits non pétroliers iraniens, comme les minéraux ou les produits issus de la pétrochimie. De son côté, la Chine exporte de nombreux produits manufacturés vers l’Iran. Les sanctions lui ont largement ouvert les portes du marché iranien. En 2018, Pékin était ainsi le premier partenaire de Téhéran en terme d’importations (à égalité avec l’ensemble de l’Union européen). Cependant, ce partenariat ne doit pas être idéalisé, car les produits chinois ont une image contrastée en Iran, en raison de leur qualité, des prix parfois élevés pratiqués quand l’Iran était sous sanctions, ou encore, à cause des conséquences négatives de ces importations pour l’industrie locale iranienne.

Outre le commerce, les compagnies chinoises sont très actives en Iran dans de nombreux secteurs, notamment la construction d’infrastructures telles que les lignes ferroviaires. Pékin a octroyé d’importants prêts, remboursables notamment en échange de pétrole. Dans le contexte du renouvellement des sanctions par Washington, il se distingue comme un partenaire indispensable pour l’Iran, le seul susceptible de se rendre utile dans des secteurs très divers, et notamment sur le plan économique. Dans ses relations avec les Iraniens, la Chine gagne sur de nombreux tableaux. La relation est asymétrique et Téhéran n’a pas d’alternative dans ce contexte.

Sur le plan militaire, Pékin a fourni l’Iran avec des technologies militaires avancées, parmi lesquelles des missiles. Qu’en est-il de leurs relations sur le plan de l’armement ?

L’aspect économique est fondamental dans leurs relations bilatérales, mais les deux pays coopèrent effectivement aussi sur le plan militaire. Après la Révolution islamique, à partir de 1981, la Chine est devenue le second fournisseur d’armements pour l’Iran, derrière l’URSS puis la Fédération de Russie. Elle a su particulièrement répondre aux demandes de l’Iran en matière de capacités asymétriques, essentielles pour la stratégie militaire iranienne. La Chine a été, et reste, un important fournisseur en matière balistique – presque tous les missiles iraniens relèvent de modèles chinois ou de technologies de ce pays – mais aussi en matière de défense côtière. Jusqu’en 2017-2018, des compagnies chinoises et certains particuliers de nationalité chinoise ont fait l’objet de sanctions américaines en raison de leur coopération en matière balistique avec l’Iran.

La Chine a aussi fourni à Téhéran des technologies et un savoir-faire sur le plan nucléaire civil, mais les capacités nucléaires iraniennes qui inquiètent la communauté internationale doivent beaucoup à cette coopération avec Pékin, notamment par l’intermédiaire de ses compagnies. En 2019 encore, certaines entités et des particuliers de nationalité chinoise ont été sanctionnés par Washington pour leur collaboration avec l’Iran en matière de nucléaire.

L’antiterrorisme et la coopération en matière navale font partie des aires de coopération qui se sont développées plus récemment. Il semblerait aussi que Pékin et Téhéran coopèrent en matière de cyber-capacités, un domaine asymétrique essentiel vu d’Iran. L’étendue exacte de cette coopération n’est cependant pas connue avec certitude.

En matière de drones, les informations restent floues. Les drones iraniens prennent de l’importance et inquiètent les voisins de Téhéran. Certains d’entre eux semblent dérivés de modèles américains (notamment d’un RQ-170 Sentinel qui s’est écrasé en Iran en décembre 2011) mais il n’est pas impossible d’imaginer que l’Iran puisse bénéficier de formes de transfert de compétence ou de technologie de la part de la Chine, très avancée dans ce secteur. Il faut cependant rester prudent en l’absence d’informations plus précises.

Autre aspect moins commenté, les deux pays ont coopéré également en matière de sécurité publique. Les compagnies chinoises ZTE et Huawei sont très présentes en Iran. Elles ont notamment fourni des technologies de surveillance électronique au régime iranien, lui permettant de renforcer sa sécurité domestique dans le contexte du « mouvement vert » en 2009.

En 1995, le président Clinton décrète l’embargo commercial contre l’Iran. Parallèlement, à partir de la moitié des années 1990, les relations économiques entre la Chine et l’Iran s’intensifient considérablement. La Chine est devenue le principal partenaire économique de l’Iran en Asie et Téhéran a un statut d’observateur dans l’Organisation de coopération de Shanghai depuis 2005. Les sanctions américaines ont-elles favorisé les relations entre les deux pays ?

C’est principalement au cours de la décennie 2000 que la coopération économique s’est considérablement développée entre les deux pays. En 2014, presque 45% des échanges extérieurs iraniens se faisaient avec la Chine. Donc oui, les sanctions ont favorisé le commerce entre les deux pays. Les dirigeants chinois ont profité d’un pays où la concurrence était faible, à cause des sanctions, et l’Iran a trouvé dans la Chine une alternative pour soutenir son économie. Cela a permis à l’économie iranienne de respirer malgré les sanctions.

Depuis les années 2000 justement, la Chine s’est parfois opposée aux sanctions imposées à l’Iran, affirmant que la diplomatie était une meilleure solution pour régler la question du nucléaire iranien. La Chine a-t-elle joué un rôle dans les négociations puis dans la conclusion de l’accord sur le nucléaire, dont elle est partie ?

On distingue plusieurs étapes dans le rôle qu’a joué Pékin à ce niveau.

• Au départ, la Chine renâcle un peu à se joindre à la communauté internationale. A partir de 2006, elle vote néanmoins en faveur des diverses résolutions des Nations unies sanctionnant l’Iran, mais elle cherche constamment à ralentir les décisions et à limiter l’étendue de ces sanctions. Pékin a développé une stratégie subtile pour tirer profit du contexte – par exemple, en négociant avec les Etats-Unis pour que ses compagnies pétrolières qui font des affaires en Iran ne soient pas sanctionnées en contrepartie d’un ralentissement de leurs investissements – sans pour autant se fâcher avec Washington. Certes, cette politique de Pékin a sans doute irrité à un moment ou à un autres l’un et l’autre de ces deux partenaires mais sans provoquer de rupture. Il a su largement profiter de sa position ambiguë.

• A partir de 2013, la Chine devient plus active dans le processus de négociation sur le nucléaire iranien. Elle a joué un rôle de médiateur car elle entretenait des relations positives avec toutes les parties. Elle a su montrer aux Iraniens qu’ils obtiendraient des bénéfices politiques et économiques en s’asseyant à la table des négociations. Mais elle a aussi su faire pression sur Téhéran à certains moments, en réduisant par exemple ses achats de pétrole. Au final son action a été positive et a contribué à la signature de l’accord de 2015.

• En 2015, les dirigeants chinois sont très satisfaits de la signature de l’accord sur le nucléaire (JCPoA) puisqu’ils vont pouvoir capitaliser sur les relations développées au cours de la décennie écoulée. Très rapidement, les deux pays resserrent leurs liens. Dès janvier 2016, le président chinois Xi Jinping est en Iran. Il a fallu attendre 14 ans pour qu’un chef d’Etat chinois effectue un tel déplacement. Cela montre que malgré la coopération avec l’Iran, Pékin est resté prudent au cours de la période 2003-2015. Dans la foulée, les deux pays signent un accord de « partenariat stratégique complet », c’est-à-dire qu’il couvre tous les domaines des relations bilatérales (politique, économique, sécuritaire, culture, éducation, technologie etc.). Ce type de partenariat, le plus haut de la hiérarchie des partenariats établie par Pékin, démontre l’importance de l’Iran pour la RPC. Seuls 4 autres Etats de la zone du Moyen-Orient/Afrique du Nord (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Égypte et Algérie) entretiennent des relations à ce niveau avec elle. Mais en parallèle, on assiste à un phénomène contradictoire : alors que des accords sont signés tout azimut avec la Chine, l’Iran cherche en même temps à diversifier ses partenariats en renouant par exemple avec les Européens afin d’étendre ses marges de manœuvre. Ces développements démontrent que les autorités iraniennes cherchent à rééquilibrer des relations avec Pékin sans doute jugées trop asymétriques. L’Iran ne veut pas être trop dépendant de la RPC.

• A partir de mai 2018 et du retrait américain de l’accord sur le nucléaire, l’Iran n’a guère d’autres choix que de se tourner à nouveau davantage vers la Chine, qui reste un des seuls partenaires susceptibles de l’assister avec des moyens considérables, notamment sur le plan économique et financier. Dans ce domaine, elle a beaucoup plus à offrir à l’Iran que la Russie, qui a plutôt développé un partenariat en matière militaire avec Téhéran. De nos jours, l’Iran est plus que jamais dépendant de ses relations avec Pékin. Elles lui sont très utiles même si elles sont limitées par le facteur américain – Pékin n’entend pas s’aliéner Washington – et qu’elles limitent en même temps sa capacité d’action, Téhéran devant tenir compte des intérêts chinois dans ses décisions pour ne pas s’aliéner Pékin.

Etant donné qu’à partir des années 2000 la Chine a augmenté sa coopération avec l’Iran, en partie « grâce » aux sanctions internationales, avait-elle vraiment intérêt à favoriser l’accord sur le nucléaire, au risque de voir de nouveaux partenaires coopérer avec Téhéran, et lui faire concurrence ?

Au fond, tout comme Moscou et les Occidentaux, Pékin ne souhaite pas voir un Iran doté de l’arme nucléaire. Et ce, même si il ne se sent pas directement visé par la menace nucléaire iranienne. La Chine est un grand consommateur de pétrole, 50% de ses importations viennent de la zone clé du golfe Persique. Si l’Iran se dote de l’arme nucléaire, la région risque une déstabilisation et le développement d’un phénomène de prolifération, sans compter les dégâts sur le régime international de non-prolifération nucléaire. Cela irait à l’encontre des intérêts de la Chine, qui a par ailleurs aussi développé des coopérations importantes en matière énergétique, économique et financière avec l’Arabie saoudite ou les Emirats arabes unis.

Suite à l’attaque de drone contre des installations pétrolières en Arabie saoudite, la Chine a appelé l’Iran et les Etats-Unis à la retenue. Plus tôt, durant le sommet du G20 à Osaka (28-29 juin 2019), la Chine a appelé à l’apaisement entre Téhéran et Washington, demandant aux principaux intéressés de « garder leur sang-froid » alors que les tensions atteignaient un pic.
Il semble que Pékin cherche à trouver une position de médiateur dans les tensions entre le bloc Washington – Ryad et Téhéran. Est-ce efficace ? Malgré l’hostilité entre Pékin et Washington, renforcée depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison blanche ?

La Chine a des intérêts contradictoires. Elle veut conserver de bonnes relations avec Téhéran, mais sans s’aliéner Washington, malgré les relations difficiles avec le président Trump. La Chine est un partenaire de l’Iran, mais pas un allié. Si un conflit éclate entre l’Iran et les Etats-Unis, il est probable qu’elle ne prendra pas partie. En jouant les médiateurs, elle cherche à protéger ses relations avec l’Iran mais aussi ses intérêts économiques, énergétiques et anti-hégémoniques dans le golfe Persique. Dans le même temps, elle veut apparaître comme un acteur responsable, ce qui est conforme à ses ambitions internationales. Ce rôle de médiateur lui permet aussi de conserver des relations avec toutes les parties, y compris l’Arabie saoudite, pourtant adversaire de l’Iran actuellement. C’est une position qui comporte des risques, notamment celui de s’aliéner in fine une ou plusieurs parties, mais Pékin fait le pari qu’aucune d’entre elles ne souhaitent en arriver là, en raison de l’importance de leurs intérêts à entretenir des rapports avec lui.

Si Pékin se positionne plutôt en médiateur, il n’hésite cependant pas à exercer des pressions sur Téhéran pour le rappeler à l’ordre. Quand les tensions ont monté d’un cran dans le détroit d’Ormuz, Pékin a ainsi laissé entendre qu’il pourrait se joindre sous une forme ou une autre à la coalition internationale proposée par les Etats-Unis pour escorter militairement les pétroliers transitant par ce détroit. En faisant cela, il a envoyé un message à l’Iran : la Chine a des intérêts qu’elle défendra et dont Téhéran doit tenir compte, au risque de voir se restreindre son soutien.

Les deux pays sont donc des partenaires, mais pas des alliés. Ils agissent d’abord selon leurs intérêts. Certes, il existe d’importantes convergences, notamment sur l’unilatéralisme américain, la configuration multipolaire du système international, ou sur la Syrie ou dans une moindre mesure sur l’Afghanistan. Mais les intérêts ne sont pas identiques et parfois contradictoires (sur les relations avec l’Arabie saoudite ou Israël par exemple).

Depuis le 2 mai 2019, Washington interdit les exportations de brut iranien. Jusqu’à cette date, la Chine faisait partie des 8 pays qui bénéficiaient d’une dérogation. Mais même depuis mai, Pékin contourne discrètement l’embargo des Etats-Unis sur l’Iran en important du pétrole. Plusieurs tankers iraniens ont été livrés. La Chine prend-elle le risque de s’aliéner Washington ?

La Chine joue un jeu intelligent. Elle a toujours refusé les sanctions unilatérales, car ce sont des manifestations des tendances « hégémoniques » américaines de son point de vue. Elle contourne l’embargo américain de manière intelligente, tout en réduisant officiellement l’importation de pétrole iranien. Elle stocke ainsi du pétrole iranien sur son territoire. Officiellement, il ne s’agit pas d’importations. C’est une manière de brouiller les chiffres sur l’importation de pétrole, tout en soutenant l’Iran. C’est une politique subtile d’équilibre. La Chine ne veut pas provoquer Washington.

Ces dernières semaines, certaines informations ont été relayées concernant un renforcement inédit des relations entre Pékin et Téhéran. La première est d’ordre économique : la Chine aurait signé un accord d’investissements de plusieurs centaines de milliards de dollars avec les Iraniens dans les secteurs pétroliers et gaziers. Cette information a été montée en épingle dans les medias iraniens sans doute pour montrer que l’Iran a des alliés et n’est donc pas isolé. Mais la Chine n’a pas confirmé un tel investissement. Une autre information porte sur l’aspect militaire : des manœuvres navales conjointes entre la Chine, l’Iran et la Russie pourraient être prochainement organisées. C’est une manière aussi de faire de la dissuasion à l’égard de Washington. Si la Chine semble vouloir effectivement s’associer à de telles manœuvres (les deux pays l’ont fait auparavant), les experts militaires chinois laissent entendre que les forces chinoises envoyées seront non-combattantes. Une manière de ménager la chèvre et le chou, qui montre les intérêts contradictoires chinois et les limites qui pèsent sur le partenariat avec l’Iran. Pékin n’a envie de s’aliéner ni Téhéran ni Washington. Mais il ne se laissera pas entraîner trop loin par son partenaire iranien.

 

les voeux du président chinois

Repris chez amarbellal : Les vœux du président chinois : intéressant à visionner car cela permet de réaliser à quel point ce pays ne se laissera plus jamais dominer et est déterminé à mener jusqu’au bout son développement, et ainsi achever la sortie totale de la pauvreté . Preuve aussi de la place accordée à l’ économie et au développement scientifique et technique, l’énumération sans fin des diverses réalisations dans tous les domaines…cela peut faire sourire, mais dans ce pays la mémoire de la pauvreté de masse est encore vivante..c était il y a 30 ans à peine…. A noter une présence continue de la prise en compte de l’environnement : cela casse l’image des chinois qui se foutent complètement de l’écologie.. non, ils se rendent compte aussi qu ils n ont pas intérêt à faire n’importe quoi … même eux sont ainsi sensibles à ces préoccupations « sociétales », pas seulement l’Europe donc.

j’ajouterai à ce commentaire d’Amar Bellal quelque chose de directement inspiré par ma lecture actuelle de Spinoza que j’offre aussi aux lecteurs de ce blog. Les Chinois je pense à partir de leur analyse de la chute de l’URSS ont procédé à des réflexions de fond sur la socialisme ou le dépassement du capitalisme.
Pour une part leurs réflexions ont  accepté un certain nombre de « lois » du développement et le rôle du marché, du capitalisme dans l’accélération du développement pour un pays qui bien qu’ayant connu la plus ancienne des civilisation a subi toutes les humiliations du colonialisme et qui comme le dit Amar ne l’acceptera plus jamais. L’énorme travail qui doit être accompli pour sortir de cet état et pour être indépendant du joug esclavagiste.
Mais cet essor doit aussi être « tenu », ne jamais oublier les buts qui sont ceux du socialisme, d’où le choix de vaincre la misère matérielle, d’où le choix d’orienter par la planification , par la maîtrise financière du développement. Tout cela commence à être perçu, mais il y a plus.
Je renvoie au texte sur « l’obéissance » à propos de Spinoza, la distinction qui est faite entre ceux qui doivent obéir et ceux qui ont la sagesse qu’unifierait l’évangile, je crois que l’on aurait intérêt à lire le fonctionnement du parti chinois et sa vision de la transition du socialisme en considérant que dans le temps du socialisme tous les êtres humains n’auront pas les mêmes aspirations, les uns veulent le bien être matériel, les autres tout en ne le négligeant pas envisagent une autre relation à leur propre destinée, c’est la tentative de fonder l’universalisme sans jamais entretenir d’illusion sur ce sur quoi on s’appuie pour avancer. C’est du moins ce que je retire de la lecture du livre de Xi jinping sur le rôle de la Chine dans le monde et ce qu’il expose de ses propositions de paix en respectant  les étapes de l’évolution de chaque peuple en cherchant simplement à établir non le pillage mais un équilibre gagnant-gagnant du marché et du respect des souverainetés de chacun.
En attendant au vu de l’épuisement de nos propres gouvernants et à l’heure même où comme un certain nombre d’autres français j’ai choisi de boycotter les voeux de Macron, je crois qu’i y a dans l’énigme chinoise beaucoup à entendre, un dialogue s’avère au moins indispensable.
danielle Bleitrach
 
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Publié par le décembre 31, 2019 dans Chine, INTERNATIONAL

 

article de Fidel: ou les idées justes triompheront ou ce sera la catastrophe

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Voici un des derniers articles de Fidel qui correspond à ce dialogue qu’il nouait avec le peuple cubain, des sortes de méditations sur l’histoire, replaçant Cuba dans le monde et face à la terrible puissance du grand voisin hostile. On sent l’inspiration de Marti autant que les liens avec les révolutions communistes, la volonté d’inviter l’humanité, les peuples y compris le peuple américain à choisir son destin. Le cynisme, le mensonge ici symbolisé par Mac Cain qui ment et invente le terrorisme islamique est donné en exemple de ce qu’il faut refuser ou ce sera la catastrophe. Il voit se dessiner notons-le le nouveau rapport des forces y compris le rôle de la Chine (note et traduction de Danielle Bleitrach).

Article de Fidel: les idées justes triompheront ou la catastrophe triomphera
Par: Fidel Castro Ruz
Dans cet article: Actions contre Cuba , Blocus , Blocus contre Cuba , Cuba , États-Unis , Fidel Castro Ruz , OTAN , Relations avec Cuba États-Unis , Vietnam
1 septembre 2014 | 73 |

 

La société mondiale n’a pas  connu de trêve ces dernières années, d’autant plus que la Communauté économique européenne, sous la direction de fer et sans merci des États-Unis, a estimé que le moment était venu de régler les comptes avec ce qui subsistait de deux grandes nations qui, inspirées par les idées de Marx avaient réalisé l’exploit de mettre fin à l’ordre colonial et impérialiste imposé au monde par l’Europe et les États-Unis.

Dans l’antique Russie, a éclaté une révolution qui a bouleversé le monde..

Il était prévu que la première grande révolution socialiste aurait lieu dans les pays les plus industrialisés d’Europe, tels que l’Angleterre, la France, l’Allemagne et l’Empire austro-hongrois. Cependant, elle est intervenue en Russie, dont le territoire s’étendait à travers l’Asie, du nord de l’Europe au sud de l’Alaska, qui avait également été un territoire tsariste, vendu pour quelques dollars au pays qui serait plus tard le plus intéressé à attaquer et détruire la révolution et le pays qui l’avait engendrée.

Le plus grand exploit du nouvel État a été de créer une Union capable de regrouper ses ressources et de partager sa technologie avec un grand nombre de nations faibles et moins développées, inévitablement victimes de l’exploitation coloniale. Pourrait-il y avoir dans le monde tel qu’il est une véritable société de nations qui respecterait les droits, les croyances, la culture, les technologies et les ressources des endroits abordables de la planète que tant d’êtres humains aiment visiter et connaître? Et ne serait-ce pas beaucoup plus juste que toutes les personnes qui, aujourd’hui, en quelques fractions de seconde, communiquent d’un bout à l’autre de la planète, voient en les autres un ami ou un frère et non un ennemi désireux de l’exterminer avec les moyens qu’ont pu créer la science humaine?

Parce que je crois que les êtres humains pourraient être capables de faire vivre de tels objectifs, parce que je pense qu’il n’y a aucun droit à détruire des villes, à tuer des enfants, à pulvériser des maisons, à semer la terreur, la faim et la mort partout. Dans quel recoin du monde de tels faits pourraient-ils être justifiés? Si l’on se souvient qu’à la fin du massacre de la dernière guerre mondiale, le monde était enthousiasmé par la création des Nations Unies, c’est parce qu’une grande partie de l’humanité l’imaginait avec de telles perspectives, même si ses objectifs n’étaient pas entièrement définis. Une tromperie colossale est ce que l’on en perçoit aujourd’hui alors que surgissent des problèmes qui suggèrent le déclenchement possible d’une guerre avec l’utilisation d’armes qui pourrait mettre fin à l’existence humaine.

Il y a des individus sans scrupules, apparemment peu nombreux, qui considèrent leur volonté de mourir comme un mérite, mais surtout celui de tuer pour défendre des privilèges honteux.

Beaucoup de gens sont effrayés d’entendre les déclarations de certains porte-paroles européens de l’OTAN lorsqu’ils s’expriment avec le style et le visage des SS nazis. Parfois, ils portent même des costumes sombres au milieu de l’été.

Nous avons un adversaire assez puissant comme plus proche voisin: les États-Unis. Nous l’avons prévenu que nous résisterions au blocus, bien que cela puisse impliquer un coût très élevé pour notre pays. Il n’y a pas de pire prix que de capituler contre l’ennemi qui vous attaque sans raison ni droit. C’était le sentiment d’un peuple petit et isolé. Le reste des gouvernements de cet hémisphère, à de rares exceptions près, s’étaient soumis à l’empire puissant et influent. Ce n’était pas une attitude personnelle de notre part, c’était le sentiment d’une petite nation qui depuis le début du siècle était une propriété non seulement politique, mais aussi économique des États-Unis. L’Espagne nous avait donné à ce pays après que nous ayons subi près de cinq siècles de colonie et un nombre incalculable de morts et de pertes matérielles dans la lutte pour l’indépendance.

L’empire se réserve le droit d’intervenir militairement à Cuba en vertu d’un amendement constitutionnel perfide qui fut imposé à un Congrès impuissant et incapable de résister. En plus d’être propriétaires de presque tout à Cuba: les  terres abondantes, les plus grandes sucreries, les mines, les banques et même la prérogative d’imprimer notre argent, il nous était interdit de produire suffisamment de céréales alimentaires pour nourrir la population.

Lorsque l’URSS s’est désintégrée et que le camp socialiste a également disparu, nous avons continué à résister et, ensemble, de l’État et au peuple révolutionnaires, nous avons poursuivi notre marche indépendante.

Je ne souhaite cependant pas dramatiser cette modeste histoire. Je préfère plutôt souligner que la politique de l’empire est si dramatiquement ridicule qu’il ne faudra pas longtemps pour  qu’elle passe dans les poubelles de l’histoire. L’empire d’Adolf Hitler, inspiré par la cupidité, a traversé l’histoire sans plus de gloire que les encouragements apportés aux gouvernements bourgeois et agressifs de l’OTAN, ce qui en fait la risée de l’Europe et du monde, avec leur euro, qui comme le dollar, deviendra bientôt du papier mouillé, appelé à dépendre du yuan et des roubles, devant une économie chinoise florissante étroitement liée à l’énorme potentiel économique et technique de la Russie.

Ce qui est devenu un symbole de la politique impériale est le cynisme.

Comme on le sait, John McCain était le candidat républicain aux élections de 2008. Le personnage est sorti de l’anonymat  lorsqu’il a été abattu alors que son avion bombardait la ville peuplée de Hanoi. Une fusée vietnamienne l’a frappé au milieu de l’action et l’engin et le pilote sont tombés dans un lac situé près de la capitale, à côté de la ville.

Un vieux soldat vietnamien déjà à la retraite, qui travaillait  dans les environs, quand il a vu l’avion tomber et son pilote blessé essayant de se sauver est accouru pour l’aider; Pendant que le vieux soldat fournissait cette aide, un groupe de la population de Hanoi, qui avait  subi des attaques aériennes, est accouru pour régler ses comptes avec ce meurtrier. Le même soldat a persuadé les voisins de ne pas le faire, car il était déjà prisonnier et sa vie devait être respectée. Les autorités yankees elles-mêmes ont communiqué avec le gouvernement, en le priant de ne pas agir contre ce pilote.

Outre les règles du gouvernement vietnamien concernant les prisonniers, le pilote était le fils d’un amiral de la marine américaine qui avait joué un rôle de premier plan pendant la Seconde Guerre mondiale et occupait toujours une position importante.

Les Vietnamiens avaient attrapé un gros poisson dans ce bombardement et, bien sûr, pensant aux inévitables pourparlers de paix qui devaient mettre fin à la guerre injuste qui leur était  imposée, l’ont traité avec amitié, lui  fut très heureux de profiter pleinement de cette hospitalité. Bien sûr, aucun Vietnamien ne me l’a dit et je ne l’aurais jamais demandé. Je l’ai lu et le fait correspond parfaitement à certains détails que j’ai découverts plus tard. J’ai également lu un jour que Monsieur  McCain avait écrit qu’étant prisonnier au Vietnam, alors qu’il était torturé, il entendait des voix en espagnol conseiller les tortionnaires sur ce qu’ils devaient faire et comment le faire. C’étaient des voix de Cubains, selon McCain. Cuba n’a jamais eu de conseillers au Vietnam. Ses militaires savaient très bien comment conduire leur guerre.

Le général Giap était l’un des chefs les plus brillants de notre époque, qui à Dien Bien Phu a pu installer des canons à travers des jungles inextricables et accidentées, ce que les militaires yankees et européens considéraient comme impossible. Avec ces canons, ils pouvaient tirer d’un point si proche qu’il était impossible de les neutraliser sans que les bombes n’affectent également les envahisseurs. Toutes les tactiques appropriées, toutes difficiles et complexes, ont été utilisées pour imposer une reddition embarrassante aux forces européennes.

Le rusé McCain a profité pleinement des défaites militaires des envahisseurs yankees et européens. Nixon n’a pas pu persuader son conseiller à la sécurité nationale, Henry Kissinger, d’accepter l’idée suggérée par le président lui-même quand, dans des moments de détente, il lui a dit « Pourquoi ne jetons-nous pas l’une de ces petites bombes Henry? » La véritable bombe est tombée lorsque les hommes du président ont tenté d’espionner leurs adversaires du parti opposé, ce qui ne pouvait être toléré!

Mais, l’attitude la plus cynique de M. McCain a été sa performance au Proche-Orient. Le sénateur McCain est l’allié le plus inconditionnel d’Israël dans les toiles d’araignées tendues par le  Mossad, ce que même les pires adversaires n’auraient pas pu imaginer. McCain a de ce fait  participé avec ce service à la création de l’État islamique qui a saisi une partie considérable et vitale de l’Iraq, ainsi que prétendument un tiers du territoire de la Syrie. Un tel État a déjà des revenus milliardaires et menace l’Arabie saoudite et d’autres États de cette région complexe qui fournit la partie la plus importante du carburant mondial.

Ne serait-il pas préférable de lutter pour produire plus de produits alimentaires et industriels, construire des hôpitaux et des écoles pour les milliards d’êtres humains qui en ont désespérément besoin, promouvoir l’art et la culture, lutter contre les maladies massives qui entraînent la mort de plus de la moitié des patients, travailleurs de la santé ou technologues qui, comme on peut le voir, pourraient enfin éliminer des maladies telles que le cancer, Ebola, le paludisme, la dengue, le chikungunya, le diabète et d’autres affectant les fonctions vitales des êtres humains?

S’il est aujourd’hui possible de prolonger la vie, la santé et le temps utile des personnes, s’il est parfaitement possible de planifier le développement de la population grâce à l’augmentation de la productivité, de la culture et du développement des valeurs humaines, que comptez-vous faire?

Les idées justes triompheront ou ce sera la catastrophe.

Artículo de Fidel: Triunfarán las ideas justas o triunfará el desastre

 

 

Triunfarán las ideas justas o triunfará el desastre

Fidel Castro Ruz
Agosto 31 de 2014
10 y 25 p.m.

 

Histoire des brigadistes chinois qui ont combattu pendant la guerre civile espagnole – leur héroïsme et leurs destinées

Ces histoires nous parviennent de Cuba où il reste un important peuplement chinois, des gens recrutés pour la culture de la canne qui souffrirent beaucoup et dont les enfants souvent métissés ont adhéré à la Révolution cubaine. Tous ces brigadistes étaient communistes et le rôle du PCF est on le voit important dans leur recrutement. Oui les communistes sont ceux qui ont dès le départ et dans tous les pays combattu le fascisme, des héros inconnus qui se dressent aujourd’hui contre la falsification de l’histoire, celle du Parlement européen mais aussi celle de ceux qui ont usurpé le titre de communiste pour mieux se vendre et pour trahir l’histoire de tous ceux qui ont donné leur vie. Que ces gens abjects rejoignent enfin les poubelles de l’histoire, qu’ils rendent le journal l’Humanité aux communistes (note et traduction de Danielle Bleitrach).

Traduction –  Les volontaires chinois qui ont combattu pendant la guerre civile espagnole – leur courage incroyable et leurs destins obscurs | South China Morning Post  18.7.2016 Source  http://tarcoteca.blogspot.co.uk/2016/07/historia-de-los-brigadistas-chinos-que.html

Agriculteurs analphabètes, travailleurs manuels, fonctionnaires – une centaine de Chinois ont rejoint les brigades internationales pour aider à combattre les fascistes du général Franco il y a 80 ans. Malgré leur petit nombre, ils ont laissé un souvenir impérissable.

15 juillet 2016

À l’automne 1937, Zhang Ruishu profitait d’une de ses rares pauses de son labeur de 14 heures par jour en première ligne. L’un des rares, sinon le seul Chinois de Madrid, qui n’avait pas demandé de permis de repos – il y avait tant à faire – mais son commandant avait insisté pour qu’il prenne un peu de repos. La capitale espagnole était pavoisée de banderoles déchirées qui disaient « Ils ne passeront pas » et « Madrid sera le tombeau du fascisme ». Zhang avait souvent vu ces proclamations auparavant. Dans un kiosque à journaux, cependant, une grande affiche de promotion du magazine d’information espagnol La Estampa a attiré son attention.

L’affiche intrigante montrait le visage d’un homme de profil. Ce n’était pas un joli visage, mais rugueux et bronzé, avec des cheveux coupés très courts, des joues creuses et des dents déchaussées, irrégulières dans une bouche légèrement ouverte – le visage d’un pauvre homme qui a connu des difficultés. Soudain, une foule s’est rassemblée autour de Zhang; les yeux s’écarquillaient et les doigts se pointaient vers lui. « C’est lui! » Crièrent-ils, en se précipitant vers lui  pour serrer la main de l’étranger.

Près de 20 ans après le jour où il avait mis les pieds sur le sol européen, l’humble homme de 44 ans de la province du Shandong, aujourd’hui médecin des forces républicaines en lutte contre le fascisme dans la guerre civile espagnole, a alors été salué comme un héros dans un pays à près de 10 000 kilomètres de chez lui.

Près  d’un an plus tôt, le 17 juillet 1936, au moment où le militarisme japonais devenait de plus en plus lourd en Chine, un groupe d’officiers de droite [traîtres] de l’armée espagnole, dirigé par le général Francisco Franco, était entré en guerre contre le gouvernement républicain démocratiquement élu. Le mouvement a marqué le début d’une guerre civile qui a duré deux ans et huit mois et a inauguré un conflit encore plus grand en Europe.

Alors que les nationalistes de Franco étaient ouvertement assistés par les forces allemandes et italiennes des dictateurs fascistes Adolf Hitler et Benito Mussolini, des nations démocratiques telles que la France et la Grande-Bretagne appliquaient une politique officielle de non-intervention malgré le dégoût de beaucoup de leurs propres citoyens, qui aspiraient à une lutte contre les maux du fascisme et voyait là le prélude à un conflit encore plus grand en Europe.

En réponse à l’indifférence de leurs gouvernements, des dizaines de milliers de travailleurs, de syndicalistes et d’étudiants de gauche se sont mobilisés et se sont rendus en Espagne pour prendre les armes. Le nombre de combattants étrangers qui ont combattu dans ce qui allait devenir les Brigades internationales a été estimé à 40 000, avec des volontaires de 53 pays, dont la France (9 000 personnes), les États-Unis (2 800), la Grande-Bretagne (2 500), la Pologne (3000) et même l’Allemagne (4000) et l’Italie (3000). Ils sont arrivés du Costa Rica et d’Albanie, de Grèce, de Cuba et d’Argentine, de Finlande, d’Irlande, d’Afrique du Sud et de Bulgarie.

Et aussi de Chine

Une enquête de plusieurs décennies de Len et Hwei-Ru Tsou, deux chercheurs américano-taïwanais (maintenant à la retraite et basés à San Jose, en Californie), a montré que plus de 100 Chinois se sont battus au coude à coude avec les républicains [et les anarchistes]. Certaines de leurs histoires sont détaillées dans leur  livre , The Call of Spain: Chinese Volunteers in the Spanish Civil War (1936-1939) ,  publié pour la première fois en chinois traditionnel à Taiwan en 2001 (et développé en 2015 ), et en espagnol et en chinois simplifié en 2013, avec de nouveaux éléments ajoutés, qui sont maintenant mis en évidence.

« L’appel aux armes de Tsou »  était un film documentaire réalisé aux États-Unis

« Je pense que c’était autour de 1986, nous avons vu « le bon combat »[Le bon combat de Tsou] dit Len, notant que le document portait sur la Brigade Abraham Lincoln, un bataillon de soldats américains qui était allé en Espagne. «Nous avons été très surpris que tant de volontaires du monde entier se soient enrôlés. Ensuite, notre intérêt pour les brigades internationales a commencé et nous avons appris tout ce que nous pouvions.

Cette année-là était celle du 50e anniversaire du début de la guerre, et les vétérans de la Brigade Abraham Lincoln ont publié un livret pour commémorer l’occasion. Il contenait une liste complète des volontaires.

« Len et moi avons jeté un coup d’œil et avons vu qu’il y avait trois noms chinois », explique Hwei-Ru Tsou.

«Nous avons été stupéfaits. Les Chinois de l’époque se battaient pour leur propre survie – essayant de rejeter l’agression japonaise.

En amour et en guerre: une lune de miel à Hong Kong pour Ernest Hemingway et Martha Gellhorn  13.2.2016

Une graine avait germé et les deux chercheurs ont creusé plus profondément. Avec les nombreux vétérans de guerre qui étaient en train de vieillir, les chercheurs ont dû se déplacer rapidement, se rendant plusieurs fois en Espagne, en Chine, en France, aux Pays-Bas, en Bulgarie, en Allemagne et dans d’autres pays pour interviewer d’anciens soldats, d’anciens volontaires, de la famille et des amis et affiner les informations parmi le marasme des documents officiels.

Ils ont découvert que les Chinois étaient issus de toutes les couches, certains issus de familles de fonctionnaires, d’autres issus des plus petits ouvriers et agriculteurs illettrés. Comme leur nombre était relativement faible, il n’y avait pas de brigade chinoise officielle en Espagne et ils combattaient dans des bataillons d’autres nations, généralement choisis en fonction de leurs compétences linguistiques.

Bien que les fascistes de Franco aient le pouvoir de leur côté, les républicains ne sont pas complètement seuls: ils reçoivent une aide matérielle et plus de 2 000 soldats en provenance de l’Union soviétique.

Mao Zedong a envoyé une lettre ouverte de soutien aux républicains en mai 1937.

« S’il n’y avait pas le fait que nous ayons l’ennemi japonais en face de nous », écrit Mao, « nous rejoindrions sûrement vos troupes ».

Ce que Mao ne savait peut-être pas, c’est qu’à ce moment-là, un certain nombre de Chinois étaient déjà là.

Le chemin de Zhang vers l’Europe a commencé dès 1917, lorsque – à l’époque de la Première Guerre mondiale – la Grande-Bretagne et la France ont recruté plus de 100 000 Chinois pour travailler dans des usines dont le personnel régulier se battait désormais sur le front. Né dans l’extrême pauvreté en 1893, Zhang – un orphelin adolescent, sans emploi, analphabète et désespéré – s’était inscrit à bord d’un navire rempli de près de 2000 autres Chinois à destination de Marseille.

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Après un épuisant voyage de 70 jours par mer, Zhang est allé travailler dans une papeterie française. Cependant, en moins d’un an, l’Allemagne s’était rendue, la Première Guerre avait pris fin et les travailleurs chinois étaient excédentaires pour les besoins français. La plupart ont été renvoyés chez eux.

Sans famille et sans perspectives en Chine, Zhang a décidé de rester et de tenter sa chance, faisant les travaux les plus désagréables et dangereux (déterrer des cadavres ou faire exploser des bombes à gaz non explosées, par exemple) que les Français évitaient.

Également originaire du Shandong, fort et courageux, Liu Jingtian était  né en 1890. Après avoir quitté l’armée chinoise, il s’est également rendu en France en 1917, il est resté à la fin de la guerre et en 1924, lui et Zhang (de plus un autodidacte qui  enseignait le Français) a obtenu un emploi stable à l’usine automobile Renault à l’ouest de la banlieue parisienne [ghetto] de Boulogne-Billancourt. Comme de nombreux travailleurs de l’industrie du moment, ils ont rejoint le Parti communiste français et, lorsque la guerre civile espagnole a éclaté, ils ont abandonné les outils, pour traverser les Pyrénées à pied et pour combattre le fascisme.

Zhang et Liu sont arrivés en Espagne en novembre 1936, et bien qu’il aient demandé de devenir mitrailleurs de la Brigade internationale, en raison de leur âge (tous deux dans la quarantaine), ils ont été affectés à des équipes médicales en tant que brancardiers, souvent chargés de secourir les soldats blessés sous le feu ennemi. Comme décrit dans le timbre, Zhang a été blessé à la poitrine, aux épaules et aux mains lors de l’exercice de ses fonctions. Une photographie dramatique au cœur de la bataille qui montre Liu sauvant un soldat blessé a également été publiée dans le journal espagnol Frente Rojo, a ensuite été saluée en reconnaissance de son héroïsme.

«A cette époque, il était probable que s’ils partaient ils ne retrouveraient pas leur travail [chez Renault à Paris]. Ils pourraient même ne pas être en mesure de rentrer en France « , explique Hwei-Ru Tsou », mais ils y sont quand même allés, car c’était un combat très important. Ces deux gars n’étaient pas jeunes, ils étaient tous les deux célibataires, et ils se sont dit: « Si les travailleurs français partent, quand ils ont des familles, ils ont des enfants, alors nous y allons aussi. » Ils étaient extraordinaires, et aussi très chers à leurs collègues. Ils ont été très courageux ».

Dans la Brigade Abraham Lincoln, il y avait Zhang Ji du Minnesota et Chen Wenrao de New York, qui étaient également de Chine. Chen, né dans la province du Guangdong et tué dans la sanglante bataille de Gandesa, en 1938, à l’âge de 25 ans. Zhang, cependant, a survécu à la guerre d’Espagne.

Issu d’une famille instruite relativement privilégiée de la province du Hunan, Zhang Ji avait quitté la Chine pour San Francisco en 1918, recevant le titre d’ingénieur minier de l’Université du Minnesota en 1923. Après la crise financière de 1929, ayant perdu son emploi d’ingénieur et s’étant radicalisé, il a rejoint le Parti communiste américain en 1935. En mars 1937, à l’âge de 37 ans – Zhang Ji est monté à bord du paquebot SS Paris à New York et s’est dirigé vers la France, puis a traversé les Pyrénées en Espagne. Grand, maigre et disgracieux, et pas physiquement le plus fort des volontaires, Zhang Ji a d’abord été affecté comme chauffeur de camion, avant d’assumer les fonctions de secrétaire.

Décrit dans « L’appel de l’Espagne  » comme un médecin sino-indonésien silencieux et mystérieux, Bi Daowen (également connu sous le nom indonésien Oncle Oen Bik) de Java, avait 31 ans lorsqu’il est arrivé en Espagne en septembre 1937.

Alors que l’un des hommes politiques les plus fervents parmi les Chinois, mince, avec des jumelles, était  Xie Weijin, né dans la province du Sichuan en 1899. Xie a participé au quatrième mouvement anti-impérialiste à Shanghai en 1919 avant de venir en France.

Dans les années 1920, il rejoint la Ligue de la jeunesse communiste en Europe et le Parti communiste de la branche européenne chinoise, et une photo prise lors d’une réunion à Berlin en 1927 montre Xie offrant  une bannière avec la légende «De Hong Kong et de Kowloon les  travailleurs font la grève» au leader communiste allemand Ernst Thalmann, abattu par ordre exprès d’Hitler dans le camp de concentration de Buchenwald en 1944.

Xie est allé en Espagne en avril 1937. Dans une lettre au Parti communiste espagnol, il a écrit: «Je suis arrivé en Espagne non pas pour un court séjour, mais pour aller sur le front de la bataille. Je ferai de mon mieux pour me battre en tant que soldat. J’espère que le comité m’accordera ce droit et me laissera rejoindre les Brigades internationales comme beaucoup d’autres camarades étrangers.

Xie est devenu mitrailleur avec le bataillon autrichien, mais a été retiré de la ligne de front par un tir qui a traversé sa jambe droite, sous le genou.

Selon l’enquête de Tsou, Chen Agen était peut-être le seul volontaire chinois venu en guerre directement de Chine. Chen, en fait, fuyait les autorités après avoir organisé un syndicat à Shanghai. En se rendant en Europe en 1937, un cuisinier vietnamien – on dit que c’était Ho Chi Minh – a convaincu  Chen avec ses récits sur l’intrépidité antifasciste espagnole, alors il s’est rendu là-bas pour se battre; seulement pour être capturé et mis au travail en tant que prisonnier de guerre servant de travail.

Avec un embargo sur les armes, conformément à la politique de non-intervention de nombreux pays, en 1938, les républicains battaient en retraite et, en octobre, le commandement ordonna la dissolution des Brigades internationales, dans l’espoir [d’excuse] de convaincre les alliés étrangers des nationalistes [fascistes] de retirer leurs troupes; mais ce fut en vain, et la guerre prit officiellement fin le 1er avril 1939, avec la victoire des nationaux.

Le destin des volontaires des Brigades internationales chinoises après la guerre

L’histoire des volontaires des Brigades Internationales fut aussi variée que leurs origines.

Chen n’a été libéré de prison qu’en 1942 et sa trace s’est rapidement perdue à Madrid.

Zhang Ji a fui l’Espagne après la dissolution des Brigades internationales et est arrivé à Hong Kong où, en mars 1939, à partir de ses expériences de la guerre civile espagnole il a publié les « histoires espagnoles » dans le mensuel Tien Hsia.

Chang avait écrit son désir de rejoindre la VIIIe armée de Mao à son retour en Chine, mais on ne sait pas s’il y est parvenu – les Tsou n’ont trouvé aucune trace de ses allées et venues après Hong Kong.

Bi était enrôlé en Chine et en 1940, il était à Yanan avec les troupes de Mao. Bi était l’un des volontaires étrangers qui sont revenus et ont été vénérés comme  » les  médecins espagnols », soutenant l’effort de guerre de la Chine contre le Japon. Les médecins étaient arrivés en Chine de Pologne, d’Allemagne, du Canada, de Grande-Bretagne, d’Inde et de nombreux autres pays, et avaient servi sur les champs de bataille espagnols. Bi est resté à Yanan jusqu’en 1945 après la capitulation japonaise, a travaillé en Union soviétique avant de retourner en Indonésie, où il a été condamné à l’ostracisme pour ses actions révolutionnaires et ses convictions politiques. On n’a plus entendu parler de lui après 1966, un an après le coup d’État militaire de Suharto, et on soupçonne que Bi est été exécuté.

« Quand je l’ai entendu, j’ai pleuré », raconte Hwei-Ru Tsou. «Je venais à peine de faire connaissance avec lui. Je le sentais très proche de moi. Plus tard, j’ai beaucoup appris sur sa vie, non seulement en Espagne mais aussi en Chine. Je sentais que ce grand homme avait été oublié, non seulement par son propre peuple, le peuple indonésien et ses compagnons, mais aussi par le monde. C’était un homme qui vivait de ses idéaux et avait une grande valeur. C’était un homme incroyable.

Début 1939, Xie fait partie des centaines de milliers de réfugiés républicains qui ont fui en France, où ils ont été enfermés dans le célèbre camp de concentration de Gurs pendant huit mois avant de rentrer en Chine via Singapour, Hong Kong et le Vietnam. Xie a combattu avec l’Armée rouge contre les Japonais. Avec un temps de travail en tant qu’ingénieur pour l’armée de l’air chinoise dans les années 1950 et au début des années 1960. En 1965, cependant, Xie a été purgé par le Parti communiste et accusé de révisionniste en raison de son implication avec des étrangers en Europe. Il est décédé d’un cancer en 1978, n’ayant pas été «réhabilité».

Liu est arrivé à Yanan à la fin de 1939 et a été admis au Parti communiste en 1946. Il est connu pour avoir travaillé sur des projets de construction, y compris les [ grottes ] archéologiques de Yaodong pour lesquelles Yanan est devenu célèbre, mais sa trace s’est perdue.

Questions / Réponses: le sort de 200 000 travailleurs chinois en Russie pendant la Première Guerre mondiale  7.8.2014

Et l’affiche du garçon de l’Empreinte?

Selon Hwei-Ru Tsou, lorsque des volontaires internationaux se sont retirés en 1938, Zhang Ruishu est retourné à Paris et a été rapidement arrêté par le gouvernement français. Enfin libéré avec l’aide du Parti communiste français, ses anciens collègues et syndicalistes de Renault ont payé son billet de bateau pour la Chine en 1939. À partir de 1949, il a occupé divers postes administratifs pour l’agence de presse Xinhua, prenant sa retraite en 1958. Dix ans plus tard, seul et oublié, il s’enferme dans sa maison et décède la même année, à l’âge de 75 ans.

Pour Hwei-Ru Tsou, les expériences des volontaires chinois, qui se sont battus – et dans certains cas sont morts – pour leurs croyances internationalistes de l’autre côté de la planète de leur patrie, ne sont pas une simple histoire, ce sont des exemples qui brillent dans un monde généralement secoué par les tempêtes politiques et l’intolérance croissante.

« Leurs histoires – de nos jours – sont très importantes », dit-elle. «La situation à cette époque – avec Hitler et Mussolini se levant au-dessus de l’Europe, la situation économique et politique à cette époque – pourrait revenir, et nous en voyons des signes dans certaines parties du monde.

«Ces histoires peuvent nous aider à rester vigilants.»

A bas l’ennemi commun de l’humanité – LES FASCISTES!

 

La Chine publie un article sur la politique de l’argent des Etats-Unis

je ne sais pas si c’est dû à la traduction, mais j’aime particulièrement le ton des textes chinois. Il y a une sorte d’exotisme dans le genre « noble étranger vous nous les brisez menu » qui est irrésistible, pas mal de bon sens mais ce qui est sans doute le plus révélateur est l’indignation devant ce qui est d’une telle évidence pour nous occidentaux, à savoir la vénalité profonde de nos régimes dits démocratiques, le fait que les élections y sont d’abord question d’argent, que personne ne s’en émeut réellement. On songe à Brecht disant qu’il n’y a pas besoin du nazisme aux Etats-Unis tant la dégradation des mœurs et l’absence d’enjeux moraux et culturels est admis de tous. (note de Danielle Bleitrach)

French.xinhuanet.com | Publié le 2019-12-26 à 13:23
BEIJING, 26 décembre (Xinhua) — La Société pour les études des droits de l’homme de Chine a publié jeudi un article intitulé « La politique de l’argent révèle l’hypocrisie de ‘la démocratie à l’américaine' ».

Selon cet article, la politique de l’argent est la principale raison des graves divisions politiques et sociales aux Etats-Unis.

« Ces dernières années aux Etats-Unis, la classe aisée a exercé une influence de plus en plus importante sur la politique, tandis que l’influence des gens ordinaires sur la politique a diminué », indique l’article, ajoutant que la politique de l’argent révèle l’hypocrisie de la démocratie américaine.

Il explique que l’argent s’est infiltré dans l’ensemble du système politique américain et est devenu une maladie persistante dans la société américaine.

La politique de l’argent des Etats-Unis a déformé l’opinion publique et a transformé les élections en « one-man show » de la classe aisée, déclare l’article.

« Depuis le début du 21e siècle, les dépenses électorales des candidats républicains et démocrates à la présidence ont rapidement augmenté, passant de 700 millions de dollars en 2004 à un milliard de dollars en 2008 et à deux milliards de dollars en 2012 », précise-t-il. « En 2016, les élections américaines, y compris la présidentielle et les législatives, ont coûté au total 6,6 milliards de dollars, faisant de ces scrutins les plus coûteux de l’histoire américaine ».

Parallèlement, une vaste somme de fonds secrets et d' »argent noir » a aussi été injectée dans les activités électorales aux Etats-Unis, ajoute le document.

Le Département du Trésor des Etats-Unis a annoncé qu’il ne demanderait plus à la plupart des organisations à but non lucratif de rapporter la source de leurs dons, réduisant ainsi considérablement la transparence du financement électoral, indique l’article en citant un rapport de 2018 de l’U.S. National Broadcasting Company News.

Plus de 40% des publicités télévisées diffusées par ces groupes extérieurs pour influencer les élections législatives sont financées par des donateurs secrets, note-t-il.

La politique de l’argent a de graves conséquences, déclare l’article. Les gens ordinaires sont privés de leurs droits politiques. Les postes gouvernementaux sont devenus exclusivement accessibles aux riches et à la classe supérieure. La politique de l’argent apporte des avantages flagrants aux riches et entrave la résolution par les Etats-Unis des problèmes politiques et sociaux pressants, dont la violence par arme à feu.

D’après l’article, « la politique de l’argent est un résultat inévitable du système capitaliste américain ».

La démocratie américaine est une forme politique à travers laquelle les bourgeois gouvernent. La démocratie américaine reflète ainsi naturellement la volonté des capitalistes et sert leurs intérêts, souligne l’article, ajoutant que les candidats des deux grands partis politiques aux Etats-Unis ne sont que des représentants de différentes factions au sein de la bourgeoisie.

La politique de l’argent révèle la nature de la société américaine et les mensonges des Etats-Unis, alors que le pays se présente comme le meilleur exemple de démocratie et de sauvegarde des droits de l’homme dans le monde.

« Aux Etats-Unis, où l’argent gouverne la politique, la participation et les discussions politiques sont impossibles sans l’aide de l’argent », note-t-il.

 
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Publié par le décembre 30, 2019 dans Chine, Etats-Unis, INTERNATIONAL