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Archives de Catégorie: HISTOIRE

Après avoir été pris pour un homme pendant plus de 130 ans, des chercheurs découvrent que ce puissant chef guerrier viking était en fait… une guerrière

Par Nathan Weber il y a 2 jours

Le « guerrier » de Birka était en fait… une guerrière ! Depuis plus de 130 ans, historiens et archéologues supposaient que les restes d’un grand chef guerrier viking retrouvé dans un tombeau en Suède appartenaient à un homme. Mais grâce à de nouveaux tests ADN effectués sur les ossements, on en sait un peu plus sur son identité. Et les tests sont formels : ce personnage militaire de haut rang était en fait une femme !

Si les archéologues étaient partis du principe que le défunt personnage était de sexe masculin, c’est parce qu’il avait été enterré avec une impressionnante panoplie de guerre : une épée, une hache, une lance, des flèches perforantes spécialement conçues pour transpercer les armures, un couteau de guerre, deux boucliers, ainsi que deux chevaux.

Ces attributs étant considérés comme « masculins », il ne leur est pas venu à l’esprit que le tombeau pouvait en fait appartenir… à une femme.

Armstreet

« L’image du guerrier comme étant un individu de sexe exclusivement masculin, dans une société très virile et patriarcale, a été renforcée par les préjugés contemporains. C’est pourquoi le sexe de cet individu était tenu pour acquis », ont expliqué les chercheurs dans la revue spécialisée American Journal of Physical Anthropology.

Les restes de la guerrière avaient été découverts dans les années 1880, mais son ADN n’avait pas été analysé jusqu’à aujourd’hui. En plus d’un conséquent attirail de guerre, d’autres objets symboliques se trouvaient à ses côtés, et notamment une sorte de jeu de table guerrier qui laissent à penser qu’il s’agissait d’une grande stratège, ou tout au moins d’un personnage militaire très influent.

« À côté de la panoplie complète de guerre qui se trouvait avec elle, se trouvait une sorte de jeu de réflexion qui était utilisé pour essayer des tactiques et des stratégies de bataille, ce qui indique qu’il s’agissait vraisemblablement d’un puissant chef de guerre. Elle n’a pas seulement pris part à des batailles : elle les a aussi probablement dirigées et planifiées, » explique Charlotte Hedenstierna-Jonson, archéologue de l’Université suédoise d’Uppsala, au journal scandinave The Local.

History

Alors, Lagertha a-t-elle vraiment existé, et si oui, ressemblait-elle au personnage badass incarné par Katheryn Winnick dans la série Vikings ? Depuis longtemps, la question de la place des femmes au cœur de la société viking divise les historiens. En effet, beaucoup de zones d’ombre demeurent dans notre compréhension actuelle du fonctionnement social des sociétés préchrétiennes de Scandinavie. De nombreux témoignages s’appuient sur des sources secondaires, des bribes de légendes nordiques, des récits mythologiques, ou encore des témoignages datant du moyen âge, soit longtemps après l’ère païenne. Les historiens en sont donc parfois réduits à interpréter les découvertes archéologiques, et à tenter de reconstituer la réalité à partir de fragments découverts ici et là, autant dire que bon nombre de certitudes peuvent aisément être bousculées

On trouve, cependant, de nombreux rapports de femmes guerrières dans les légendes scandinaves : ainsi, les Valkyries, ces femmes guerrières vivant parmi les dieux, sont des personnages prépondérants de la mythologie nordique. De même, dans les anciens récits, on parle également des skjaldmö ,de fameuses femmes guerrières armées de boucliers (le personnage de Lagertha de la série Vikings est d’ailleurs inspiré de l’histoire d’une légendaire skjaldmö).

Certains historiens avancent l’hypothèse que ces légendes sont basées sur une participation active des femmes (ou tout du moins de certaines femmes) dans les actes guerriers et militaires. D’autres voient davantage l’existence des femmes guerrières comme étant relativement marginale et exceptionnelle, la société Viking s’articulant sur un modèle patriarcal orienté autour de l’agriculture, dans laquelle la femme était la maîtresse et la gardienne du foyer.

Quoi qu’il en soit, la guerrière de Birka n’a probablement pas fini de faire parler d’elle…

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IMMIGRATION ITALIENNE : LE DÉBAT DANS LA PRESSE DES ANNÉES 20

Publié le 26/04/2017
Auteur:
Marina Bellot
Le Croix, journal du 16 février 1929 – Source RetroNews BnF

 

DANS L’ENTRE-DEUX-GUERRES, LA FORTE IMMIGRATION ITALIENNE, INCITÉE PAR LE PATRONAT ET LES POUVOIRS PUBLICS POUR RECONSTRUIRE LE PAYS, EFFRAIE UNE PARTIE DE L’OPINION ET DE LA PRESSE.

« Si vous voulez faire fortune, conservez avec soin un Français. Dans cinquante ans, vous pourrez le montrer dans toute la Gascogne comme un exemplaire unique d’une race disparue.« 

Cette plaisanterie qui circule à la fin des années 20 dans le Sud Ouest (rapportée en 1929 par L’Echo de Paris) exprime bien les peurs nées de l’immigration italienne soutenue que connaît la France de l’entre-deux-guerres. Le pays est alors exsangue : aux pertes matérielles et au retard éconmique s’ajoute un bilan démographique dramatique (1 325 000 de morts au front, 1 100 000 blessés et mutilés).

Pour faire face à la pénurie de main d’oeuvre, les appels politiques à l’immigration de travail se multiplient dans les années 20 et le patronat favorise l’introduction en France de travailleurs agricoles italiens. La forte immigration italienne qui en résulte suscite parmi une partie de la presse et de l’opinion des réactions de peur voire d’hostilité.

En 1925, Le Journal appelle les pouvoirs publics à réglementer cette immigration :

« À certains égards, ils nous rendent service, en venant cultiver des terres que nous laissions à l’abandon. À maintes reprises, nous avons fait appel sans dommage à leur concours ouvrier et, volontiers, nous le considérerions encore comme le bienvenu.

Mais cette fois, il s’agit d’une entreprise de dépossession, puissante et durable. Les immigrants italiens poursuivent de vastes desseins. Les sacrifices consentis, leurs grandes dépenses de premier établissement, les projets à longue échéance qu’ils ne dissimulent pas montrent qu’il s’agit, pour eux, d’une œuvre de longue haleine.[…]

Bref, ils emménagent chez nous définitivement. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-journal/21-juin-1925/129/656553/1?fit=85.371.382.688

Dans un pays largement rural, c’est la maîtrise des terres agricoles qui préoccupe particulièrement :

« C’est la première fois, depuis des siècles, qu’un peuple étranger prend, en corps, possession de notre sol. […]

Or, tandis que l’Italie nous submerge dans le sud, les Anglais, les Américains, les Suisses, les Tchèques, les Polonais, que sais-je encore, vingt peuples nous envahissent à la fois. Dans l’état actuel de notre change, qui peut empêcher les Allemands d’acheter nos champs et nos usines par départements entiers ? Déjà, nous ne sommes plus les maîtres à Paris, dans le Nord, en Normandie, dans l’Yonne, sur, la côte d’Azur et sur la côte basque. La race française était foncièrement terrienne. Qu’adviendra-t-il d’elle quand elle se sera laissé déraciner ? »

En 1928, le journal conservateur Le Matin se penche sur les causes de l’émigration des Italiens en France :

« Pays déjà surpeuplé avant la guerre, l’Italie est le seul belligérant qui soit sorti du conflit mondial avec un excédent de population. La France, au contraire, se dépeuple ; aux pertes que lui a causées la grande guerre s’ajoute une dénatalité, hélas toujours croissante, de telle sorte que l’étendue de territoire excède ses possibilités de culture. D’un côté, trop de bras et pas assez de terre de l’autre, trop de terre et pas assez de bras. Nos voisins devaient fatalement chercher à déverser chez nous le trop-plein de leur population. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-matin/21-mars-1928/66/152341/1?fit=1625.1517.874.706

Pourquoi l’immigration italienne fait-elle plus peur qu’une autre ? L’Homme Libre répond ainsi :

« […] il est un produit qu’il nous faut, à nous Français, importer à tout prix si nous voulons que la France vive : ce produit, c’est le travailleur agricole, c’est l’immigrant, et il n’y a que deux nations en Europe qui puissent nous fournir cet afflux de sang nouveau et régénérateur : la Pologne et l’Italie.

Mais M. Mussolini ne se contente pas de limiter autant que possible l’émigration italienne : il prétend constituer, grâce à elle, en France, des îlots italiens rebelles à toute assimilation. Comment, pour cette raison et pour beaucoup d’autres, la France ne préférerait-elle pas l’immigration polonaise à l’immigration italienne ? »

https://www.retronews.fr/embed-journal/l-homme-libre/10-septembre-1928/223/1088239/1?fit=498.966.449.530

L’Humanité de son côté dénonce régulièrement les conditions d’accueil et de vie de ceux que l’on a pourtant incités à venir. « Ainsi la France bourgeoise traite-t-elle les esclaves qu’elle a racolés« , regrette le quotidien communiste en 1927.

La crise des années 30 met un frein à l’immigration italienne, que la guerre achèvera de stopper.

 
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Publié par le septembre 16, 2017 dans HISTOIRE

 

Robespierre sans masque: Deux siècles de calomnies

La première phase de la Révolution française, visant le renversement du pouvoir absolutiste, fait l’unanimité, ou presque : ne vient-elle pas donner corps à l’esprit des Lumières ? Mais la suite divise violemment. Notamment au sujet de Robespierre, qui, selon certains, conjuguerait tous les vices antidémocratiques : le populisme et l’extrémisme. De quoi se méfier de tout projet radical…

Robespierre sans masque

 

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Gérard Fromanger. – « Chauds et froids de Robespierre », de la série « L’atelier de la Révolution », 1988-1989
Private collection / Bridgeman Images

En décembre 2013, un laboratoire annonce avoir reconstitué, à partir d’un moulage mortuaire, le « vrai visage » de Maximilien de Robespierre. Les historiens s’étonnent que le résultat ressemble si peu aux portraits d’époque et émettent de sérieux doutes. Il n’empêche : le portrait aura les honneurs des médias. C’est que, authentique ou non, ce Robespierre retrouvé a le physique de l’emploi. Mâchoire carrée, front bas, regard fixe : l’air patibulaire d’un boucher de la Villette, vérolé de surcroît. Tout le monde comprend : voilà une tête de coupeur de têtes.

Quelques mois plus tard, nouvel accès d’antirobespierrisme. La bande-annonce du jeu vidéo Assassin’s Creed Unity, situé dans le Paris de la Révolution, est mise en ligne. Dans un chaos d’images grand-guignolesques surgit un orateur écumant. C’est Robespierre. La voix off, caverneuse, explique : cet homme « aspirait à contrôler le pays. Il prétendait représenter le peuple contre la monarchie. Mais il était bien plus dangereux que n’importe quel roi ». Les scènes d’égorgement succèdent aux scènes de fusillade et les décapitations aux noyades. Bref, le « règne de Robespierre » n’est qu’une litanie de massacres, qui a « rempli des rues entières de sang ».

Ces deux épisodes ne sont pas des cas isolés. Tantôt c’est un magazine à grand tirage qui dépeint l’Incorruptible en « psychopathe légaliste », en « forcené de la guillotine » (Historia,septembre 2011), tantôt un documentaire qui, sur France 3, le présente comme le « bourreau de la Vendée » (3 et 7 mars 2012). Le comédien Lorànt Deutsch, reconverti dans l’histoire bas de gamme, imagine, dans son best-seller Métronome (Michel Lafon, 2009), un Robespierre profanateur de tombeaux. L’essayiste Michel Onfray, bizarrement entiché de Charlotte Corday, pourfend, sur son site, l’« engeance » robespierriste. Pedro J. Ramirez, vedette du journalisme espagnol, consacre un lourd pavé au « coup d’Etat »ourdi par Robespierre « contre la démocratie » (1). Michel Wieviorka, sociologue multicarte, n’hésite pas à comparer l’Organisation de l’Etat islamique à « la France de Robespierre » (2). Quant à l’éditorialiste Franz-Olivier Giesbert, il s’alarme à intervalles réguliers du retour du personnage, en qui il voit l’incarnation du « ressentiment social », voire un « précurseur du lepénisme ». Pour d’autres, il ne suffit pas de noircir la mémoire de Robespierre : il faut l’effacer. A Marseille, à Belfort, des maires ont entrepris de débaptiser les places qui portent son nom. Entre approximations, calomnies et escamotages, la damnatio memoriaes’accomplit.

Un ennemi du genre humain ?

Rien de bien neuf, à vrai dire, dans cette démonologie grand public. Les historiens Marc Bélissa et Yannick Bosc (3) montrent que la légende noire a débuté du vivant de l’homme. Quand le député d’Arras commence sa carrière, les gazettes se plaisent à écorcher son nom et moquent son obstination à « parler en faveur des pauvres ». Mirabeau, retors pour deux, ricane de ce jeune orateur qui « croit tout ce qu’il dit ». Puis ce sont les Girondins qui l’accablent.Jean-Marie Roland, ministre de l’intérieur, subventionne la presse qui lui est hostile, et le député Jean-Baptiste Louvet l’accuse d’aspirer à la dictature.

La chute de Robespierre, le 9 thermidor (27 juillet 1794), ne suffit pas à apaiser ses ennemis. Thermidoriens et contre-révolutionnaires ont la passion de la revanche. Des pamphlets, et bientôt un rapport officiel, prêtent au député abattu d’abracadabrants projets. On évoque un complot visant à instaurer une théocratie. On parle d’un plan de « guillotine à sept fenêtres », qui devait permettre d’accélérer le « nationicide », d’un « sanguiduc » monumental destiné à évacuer le sang des victimes hors de Paris, d’une « tannerie de peaux humaines » censée fournir des souliers pour les sans-culottes. On divague sans fin sur l’enfance, les mœurs, la psychologie du chef montagnard.

A Robespierre, vrai diable, on reprochera, décennie après décennie, tout et son contraire. Il est pâle — trop pâle pour être honnête — mais se repaît du sang des autres. C’est un petit avocat de province, un médiocre — mais c’est aussi un génie du mal, plus redoutable que Néron. Pour les uns, il est intransigeant jusqu’au crime ; pour d’autres, c’est un hypocrite, un vendu. Il est décrit ici comme un pur esprit, abstinent, puceau même ; ailleurs comme un franc débauché. Orateur embarrassé ou tribun envoûtant ? Aspirant pontife ou destructeur de la religion ? Maniaque de l’ordre ou promoteur d’anarchie ? Peu importe quel Robespierre on forge : l’essentiel est qu’il soit repoussant.

Ce concours de calomnies va s’insinuer dans l’imaginaire collectif et nourrir, au fil du temps, une abondante littérature. On en retrouve l’écho, plus ou moins atténué, chez certains romantiques ; chez les historiens bourgeois des années 1830, qui ne pardonnent pas à Robespierre sa radicalité ; chez Jules Michelet, écrivain inspiré mais historien parfois approximatif ; et jusque chez Alphonse Aulard, pionnier des études révolutionnaires en Sorbonne, qui voyait Robespierre comme un cagot et lui préférait la vigueur canaille d’un Danton.

On pouvait penser que le développement, au XXe siècle, d’une histoire de la Révolution moins littéraire balayerait définitivement ces poncifs. Mais François Furet allait, à partir des années 1960, leur donner une nouvelle jeunesse — et un tour plus élégant. Communiste repenti devenu un essayiste libéral influent, il s’attaqua à ce qu’il appelait le « catéchisme révolutionnaire » et proposa une nouvelle lecture de la Révolution : d’un côté 1789, la bonne révolution, celle des élites éclairées ; de l’autre 1793, le « dérapage », l’irruption brutale des masses dans la politique.

Dans ce nouveau dispositif narratif, Robespierre devient le symbole d’une Révolution qui, après une parenthèse enchantée, s’emballe et se fourvoie. Furet le présente comme un « manœuvrier », qui sait s’appuyer sur « l’opinion populaire » et sur la redoutable « machine »politique que constituent les clubs jacobins. Mais il y a aussi, derrière les habiletés du politicien, une dimension pathologique : le Robespierre de Furet est emporté par son obsession du complot, sa surenchère démocratique, sa logorrhée utopique, qui mènent inévitablement à la Terreur et au totalitarisme. Ce portrait amalgamait des idées et des images empruntées à diverses traditions de l’anti-robespierrisme. Mais Furet, en écrivain subtil, sut donner à cet alliage les allures de la nouveauté.

Son interprétation, lourde d’arrière-pensées politiques, rencontra un écho favorable dans le contexte des années 1970 et 1980, entre mobilisations antitotalitaires et conversion libérale des socialistes français. Elle trouva sa traduction cinématographique avec le Danton d’Andrzej Wajda (1983), qui jouait lourdement de l’analogie entre le Paris de la Convention et la Pologne de Jaruzelski, et utilisait la figure de Robespierre pour évoquer les logiques du stalinisme. Elle triompha dans les célébrations ambiguës du bicentenaire et, relayée par des disciples moins inspirés, s’enracina dans le public semi-savant.

Mais cette offensive n’a pas suffi à éteindre tout intérêt pour Robespierre. La recherche s’est poursuivie. La Société des études robespierristes (SER), fondée en 1908 par l’historien Albert Mathiez, pilote une édition des Œuvres complètes qui comptera bientôt douze volumes. En dehors même des cercles savants, l’intérêt est sensible. La souscription lancée en mai 2011 par la SER pour racheter des manuscrits vendus par Sotheby’s a suscité la mobilisation de plus d’un millier de souscripteurs. Sur Internet, les conférences qu’Henri Guillemin, historien non conformiste et grand défenseur de l’Incorruptible, consacra à la Révolution connaissent un franc succès. Dans les librairies, même tendance. Robespierre, reviens ! (4), petit plaidoyer dense et vigoureux, s’est écoulé à plus de 3 000 exemplaires et se vend encore. Le livre Robespierre. Portraits croisés (5), un ouvrage collectif de facture plutôt universitaire, connaît — à la surprise des auteurs — un nouveau tirage. Hasard ou signe des temps, les éditeurs republient aussi plusieurs classiques de la tradition robespierriste, comme le récit par Philippe Buonarroti de la Conjuration des Egaux (6) ou la prodigieuse Histoire socialiste de la Révolution française de Jean Jaurès (7).

Surtout, les lecteurs disposent depuis peu d’une nouvelle biographie de référence, due à l’universitaire Hervé Leuwers (8). Le personnage qu’on y découvre est assez éloigné du dictateur féroce de la légende. Un ambitieux, Robespierre ? Il n’a jamais accepté qu’avec réticence les charges qui lui étaient offertes et a même choisi, lorsqu’il était député de la Constituante, de ne pas se représenter à la Législative, incitant ses collègues à faire de même pour « laisser la carrière à des successeurs frais et vigoureux ». Un ennemi du genre humain ? Il s’est prononcé pour la pleine citoyenneté des Juifs et contre le système colonial. Un tyran ? Il a défendu, très tôt et très seul, le suffrage universel, s’est battu pour le droit de pétition et la liberté de la presse, et n’a pas cessé de mettre en garde les citoyens contre la force militaire et les hommes providentiels. Un centralisateur totalitaire ? Il a théorisé la division du pouvoir et condamné « la manie ancienne des gouvernements de vouloir trop gouverner ». Un fanatique sanguinaire ? Il a longtemps réclamé la suppression de la peine de mort et un adoucissement des sanctions. Résolu à frapper les ennemis de la Révolution, il a néanmoins appelé à ne pas « multiplier les coupables », à épargner les « égarés », à « être avare de sang ». Et si, face aux périls qui menaçaient la République, il s’est rallié à la politique de Terreur, il n’en a jamais été le seul responsable, ni même le plus ardent.

Pourquoi, alors, cet acharnement ? Sans doute parce qu’il y a, derrière son nom et son action, quelques principes irréductibles et qui dérangent. Comme le rappelait le philosophe Georges Labica (9), il a toujours prétendu parler pour le peuple et n’a jamais voulu reconnaître aux possédants la moindre prééminence. Sa crainte, c’est qu’à la vieille « aristocratie féodale » renversée par la Révolution ne vienne se substituer une « aristocratie de l’argent ».Toute son action procède de ce tropisme fondamental. Dans l’ordre politique, il s’élève contre le suffrage censitaire et défend une conception extensive de la souveraineté populaire. Dans le domaine social, il veut borner le droit de propriété et limiter la liberté du commerce quand ceux-ci vont contre le droit naturel du peuple à l’existence. En défendant ainsi « la cause du peuple », Robespierre est devenu le symbole de la Révolution dans sa phase haute, radicale et populaire. Par métonymie, son nom désigne un moment de politisation massive, d’intervention populaire et d’invention sociale sans précédent ; un moment dont les régimes ultérieurs s’efforceront de conjurer le souvenir. Se réclamer de Robespierre, c’est d’abord rappeler que la Révolution n’est pas terminée et reprendre le programme ébauché au cours des débats sur la Constitution de 1793 : celui d’une république exigeante, démocratique et sociale.

C’est pourquoi, comme l’indique l’historien Jean-Numa Ducange (10), la figure tutélaire de Robespierre accompagne les luttes politiques du XIX e et du premier XXe siècle. Après Thermidor, Gracchus Babeuf juge qu’il faut, pour raviver la démocratie, « relever le robespierrisme ». Albert Laponneraye, insurgé des Trois Glorieuses, s’efforce de réhabiliter celui qu’il appelle l’« homme-principe ». Louis Blanc, quarante-huitard de choc, rédige une vaste Histoire de la Révolution qui lui rend hommage. Et, deux générations plus tard, le grand Jaurès se prononce clairement : « Ici, sous ce soleil de juin 1793 (…), je suis avec Robespierre, et c’est à côté de lui que je vais m’asseoir aux Jacobins. Oui, je suis avec lui parce qu’il a à ce moment toute l’ampleur de la Révolution. »

Robespierre répétait qu’il n’y a ni démocratie ni liberté sans égalité. Il affirmait que la politique n’est pas une carrière, demandait qu’on limite le cumul des magistratures et qu’on renforce le contrôle des représentants. Il niait que « le droit de propriété puisse jamais être en opposition avec la subsistance des hommes », et refusait que les intérêts privés l’emportent sur l’intérêt public. A ceux qui voulaient répondre aux émeutes par la loi martiale, il rétorquait qu’il fallait « remonter à la racine du mal » et « découvrir pourquoi le peuple meurt de faim ». Aux Girondins qui brûlaient de déclarer la guerre aux princes d’Europe, il rappelait que la liberté ne s’exporte pas avec des « missionnaires armés ».

Il n’est pas question, bien sûr — Mathiez le rappelait déjà il y a un siècle — de « brûler des cierges en l’honneur » de l’idole Robespierre, ni de « lui donner toujours et en tout raison ». Mais qui peut prétendre qu’un tel homme n’a plus rien à nous dire ?

Maxime Carvin

Pseudonyme d’un doctorant en sciences sociales.

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(1) Pedro J. Ramirez, Le Coup d’Etat. Robespierre, Danton et Marat contre la démocratie, Vendémiaire, Paris, 2014.

(2Ouest-France, Rennes, 10 juin 2015.

(3) Marc Belissa et Yannick Bosc, Robespierre. La Fabrication d’un mythe, Ellipses, Paris, 2013.

(4) Alexis Corbière et Laurent Maffeïs, Robespierre, reviens !, Bruno Leprince, coll. « Politique à gauche », Paris, 2012.

(5) Michel Biard et Philippe Bourdin (sous la dir. de), Robespierre. Portraits croisés,Armand Colin, coll. « Essais », Paris, 2012.

(6) Philippe Buonarroti, Conspiration pour l’Egalité, dite de Babeuf, La ville brûle, Montreuil, 2014.

(7) Jean Jaurès, Histoire socialiste de la Révolution française, quatre volumes, Editions sociales, Paris, 2014-2015 (1re éd. : 1970).

(8) Hervé Leuwers, Robespierre, Fayard, Paris, 2014.

(9) Georges Labica, Robespierre. Une politique de la philosophie, La Fabrique, Paris, 2013 (1re éd. : PUF, 1990). Cf. aussi Florence Gauthier, Triomphe et mort de la Révolution des droits de l’homme et du citoyen, Syllepse, Paris, 2014.

(10) Jean-Numa Ducange, La Révolution française et l’histoire du monde, Armand Colin, 2014.

 
2 Commentaires

Publié par le septembre 15, 2017 dans HISTOIRE

 

Il n’y a pas de révolution sans mobilisation de l’histoire ! Compte-rendu des rencontres communistes de Vénissieux du 30 avril 2016

La Revue Unir les communistes nr 7 reprend diverses interventions du colloque de Vénissieux dont la mienne. Si je choisis de la publier alors que d’autres interventions le mériteraient plus sans doute c’est parce que je crois que cette intervention résume assez bien ce qui m’a poussée à animer ce blog et  à écrire ce livre qui devrait paraître bientôt chez Delga: »1917-2017, Staline, tyran sanguinaire ou héros national?  » Rarement livre fut produit avec autant de difficultés profondes, d’interrogations sur ce qui pouvait bien me pousser à ainsi m’exposer depuis tant d’années à l’incompréhension, les insultes, la solitude. Pourquoi est-ce que je me lançais dans le contexte qui est le nôtre au choix d’un affrontement avec toutes les idées reçues, avec toutes les diffamations ? Un parti tel que celui que nous avions est un outil inouÏ non seulement pour l’emporter, mais pour protéger les militants, sans lui l’individu qui s’obstine à combattre risque non seulement d’être inefficace, mais la proie de tous les sadismes. A cette seule idée j’ai failli renoncer, ne pas publier ce livre dont j’imagine déjà ce à quoi il va me soumettre sans surtout être lu… J’ai déjà vécu tout ça y compris dans mon combat pour Cuba, au lendemain de la chute de l’Union soviétique. Je suis épuisée et gorgée d’injustices, la mauvaise réputation, pour simplement avoir voulu défendre l’héritage des révolutionnaires, pour le transmettre à ceux qui ont à charge de changer le monde, un travail indispensable… Parfois je n’ai plus la force mais si je repars c’est parce que j’ai cette étrange conviction que les choses ne peuvent demeurer en l’état et que le capitalisme est déjà mort, que nous nous débattons au sein de son cadavre en train de pourrir et qu’il faudra bien s’en rendre compte. Voilà j’aimerais bien parfois ne plus me sentir aussi seule (note de Danielle Bleitrach).

par  Danielle Bleitrachpopularité : 20%

Intervention de Danielle Bleitrach, sociologue communiste

Tout a déjà été dit, et fort bien. Je ne peux que dire mon accord plein et entier avec la vaste fresque que vient de brosser Rémy, mais la question qui nous est posée, c’est qu’est ce qu’on fait nous, quelle est notre possibilité d’action, à quoi ça sert un parti communiste. C’est la question que nous nous posons dans cette réunion.

Si je dis que j’ai partagé avec Rémy ce vaste panorama, c’est que nous nous sommes rencontrés au moment d’une grande crise,quand le parti subit l’effet de l’échec, de l’effondrement de l’union soviétique ; on va avoir une situation paradoxale que j’ai résumée quand j’ai essayé de me battre pour Cuba. J’ai dit, ce peuple résiste, ce peuple se bat et Henri Malberg qui n’était pas le pire des hommes m’a dit, Danièle, tu es une romantique, dans 6 mois, ils sont à genoux, et on va encore se prendre ça dans la gueule, laissons-les tomber. C’était comme ca.

Donc, ils m’ont dit, tu es une idéaliste, et tu ne vois pas qu’ils sont complètement irrationnels et ne vois pas la réalité du monde, c’est fini, il faut en prendre notre parti.

Ce que les cubains m’ont enseigné, c’est exactement le contraire. J’ai tout de suite compris une chose à Cuba, que nous avons partagé avec Rémy puisque nous y étions ensemble. J’ai découvert la période spéciale, une situation totalement dramatique où les gens ne savaient pas comment ils allaient manger et ce peuple a tenu bon et a résisté. Ce que j’ai découvert, c’est que quand vous voulez résister, il ne faut pas être idéaliste, il faut être réaliste pour savoir sur quoi s’appuyer exactement, et ce qui cède.

Je n’ai jamais vu des gens aussi conscients, aussi convaincus de la nécessité, convaincu d’être rentrés dans une nouvelle période, sans nostalgie, quand ils se sont retrouvés seuls et ont dit « on continue » Cette attitude a été une des grandes leçons. Comment imaginer qu’un petit îlot perdu qui n’a comme production que le nickel et quelques bananes, balayé par les vents, à 500 kilomètres des USA, peut se dire qu’il est juste de résister et comment le faire partager à tout un peuple, et pourquoi.

A cette époque, quelqu’un que vous connaissez, Michel Vovelle, historien de la révolution française m’a dit quelque chose qui m’a beaucoup frappée « quand les rois reviennent en 1815, la révolution apparaît comme l’échec politique, la terreur et la guillotine, l’échec économique des assignats et maintenant, tout le monde est l’héritier plus ou moins de la révolution française. Tu ne peux connaître la postérité des révolutions avant longtemps… ».

Dans l’esprit de « que peut-on faire », qu’est-ce que ça veut dire d’être communiste dans la période où on est ? Ca ne veut pas dire idéalisme, ça ne veut pas dire nostalgie, mais au contraire avoir une très grande lucidité et comprendre le monde tel qu’il est et pas tel qu’on le rêve. Ce qui apparaît caractéristique, important, c’est que ce qu’on appelle le temps de la chute de l’Union soviétique, c’est un temps relativement court face à la rébellion qui s’installe et qui monte. En 1991 c’est la chute, le monde entier fait le gros dos, c’est la fin. Mais en 1994, c’est la Corée, le Chiapas qui lutte contre l’ALCA et la France en 1995. J’étais au Chiapas et tout le monde me demandait ce qui se passait en France, pourquoi vous aviez lutté, et il y avait un grand mouvement ouvrier en Corée du sud. En dehors, le reste du monde était accablé. Nous avons eu une accélération historique beaucoup plus grande que ce qu’on en croit.

Ce qu’on a décrit depuis tout à l’heure, c’est que les conditions objectives du pourrissement, de l’effondrement du capitalisme sont réunies, mais qu’il manque les conditions subjectives, la prise de conscience par les classes sociales de leur propre rôle. A ce titre, il est évident que ce qu’on nous a présente comme l’échec, ce qu’on nous a rabâché des pays socialistes, pèse d’un poids très lourd.

Je veux évoquer la manière dont les peuples reprennent le désir de lutter. À partir de ce que j’ai vu sur le terrain. Il faut comprendre que les révolutions forment des séquences conscientes. Le lien doit être pris en compte dans l’étude de leur résultat, leurs liens peuvent être positifs ou négatifs. Un historien russe de droite analysant le mouvement contre la loi El Khomri, titrait « la France conservera-t-elle ses « acquis » entre guillemets ». Les commentateurs disaient « pourquoi les acquis entre guillemets », ce sont bien des acquis. Le journaliste de droite concluait, les partis de gauche, les syndicats, tout est délité en France parce que tout reposait sur l’existence de l’URSS. C’est non seulement la révolution bolchevique qui a été atteinte avec la Russie, mais la révolution française elle-même.

C’est un grand débat très vivant en Russie sur le bilan de la révolution d’octobre et très souvent avec la révolution chinoise, dans un débat triangulaire avec la révolution française toujours présente. Si vous connaissez le film Francophonia de Zoukourov qui montrait comment Léningrad et le musée de l’héritage avait été massacré, et disait « alors que vos cousins germains vous ont préservés à Paris et ont été très gentils. Avec nous, ils nous ont fait vivre le drame terrible, l’horreur. Nous voila ce qu’on a eu et vous avez été préservés. On vous aime comme ça, mais vous nous avez eu avec votre révolution, votre Napoléon, nous sommes vos héritiers, vous n’avez pas compris que c’est vous qui avez produit tout ça ». Aujourd’hui avec l’échec de la révolution soviétique, c’est la révolution française qui a été attaquée, et je suis bien d’accord. 
Il faut analyser ce qui se passe avec le Hollandisme triomphant, et derrière, le Mitterrandisme croupissant, la tentative de la social-démocratie d’instaurer à travers l’Europe un modèle alternatif à un socialisme, qui ne pouvait dire son nom et n’était qu’un capitalisme. L’écroulement de l’Europe c’est l’écroulement d’une stratégie de substitution à la révolution bolchevique. Si on reste dans cette idée, il faut regarder les choses en se disant que nous sommes dans la fin de la période historique où le leurre en quelque sorte représenté par l’Europe, a été un modèle de substitution à la révolution contre le capitalisme que représentait l’URSS. Le leurre de substitution, c’est le « socialisme moral » avec Coluche, les restos du coeur et l’antiracisme, et l’autre le mafioteur Tapie. Et on a repris toute l’histoire de France pour vider la Révolution française, avec Furet.

Nous sommes dans cette situation et ce qui me semble déterminant, la crise du capitalisme dans sa forme peut remonter à la crise de la première guerre mondiale avec ce que Lénine nomme l’impérialisme stade suprême, le rôle des monopoles, le partage du monde, la mise en concurrence… On continue avec ces tentatives de survie… mais le passage du féodalisme au capitalisme ça a duré 6 siècles !

Nous sommes dans des périodes de convulsions, devant une situation où le capitalisme et ces élites ne cessent de démontrer l’inutilité de toute révolution, leur caractère nocif, comment y échapper, comment éviter une révolution au moment même où elle pourrait être forte.

J’ai mené un combat que j’ai privilégié (on ne peut pas tout faire), celui de la ré-estimation des révolutions, à contrario de ce qu’on nous disait, l’Union Soviétique, la Chine sans oublier Cuba et aussi la ré-estimation de notre rôle en tant que Français. Ce qu’il faut voir, c’est que d’une certaine mesure l’opération miterrandienne, nous a coupé de la politique, ne nous a pas donné un autre désir, un autre besoin politique, mais nous appris le cynisme, la manipulation. On a devant nous un gouvernement qui culmine dans tous les amateurismes parce que sa seule spécialité c’est de gagner les élections. A Peine Hollande a mis les pieds à l’Élysée, qu’il se pose la question de savoir comment préparer 2017… Ils sont entièrement dans une vie politique qui ne joue que sur les aspects électoraux et néglige complètement ce qui a toujours fait la vie politique pour le peuple Français qui reste un peuple révolutionnaire. On dit qu’un peuple qui a fait la révolution ne l’oublie jamais car il a appris le poids des masses, comment l’intervention des masses faisait l’histoire.

Avec Marianne, on est parti sur les routes, deux vieilles dames (enfin, Marianne a 15 ans de moins que moi !) puisque les jeunes ne le faisaient pas, en Ukraine pour faire parler les gens de ce qu’ils ont vécu, de la manière subjective d’avoir vécu la révolution et ce qu’on a en retiré n’a rien à voir.

Le grand élément, c’est la stabilité. Quelqu’un qui faisait des études avait un bon boulot. Les prix baissaient. Il y avait plus, et on le mesure mal, toute une réflexion qu’on retrouve chez les poètes, les écrivains, une vie plus riche, pleine d’intérêt, de choses d’avenir, de perspectives, tout ce dont notre jeunesse manque.

Il ne s’agit pas de faire un tableau idyllique vous n’y croiriez pas, vous avez été tellement rompu depuis 20 ans avec la catastrophe ? Quand un jeune adhère au Parti, qu’est ce qu’on lui dit ? L’URSS ? une catastrophe, la Chine ? une dictature capitaliste, Cuba ? le parti unique… qu’est ce qu’il reste ? Des phrases creuses, de grandes idées d’une espèce de christianisme mal assimilé, mais rien à proposer. On n’ose plus parler de nationalisations, et pas seulement pour celles de l’URSS, mais aussi la caricature de celles de Mitterrand.

Il y a un combat pour l’Histoire, il n’y a pas de révolution, pas de changement politique sans mobilisation de l’Histoire. Même quand Mitterrand nous fait le numéro de ce modèle alternatif européen, il fait le coup du Panthéon, quand Hollande va au Panthéon, il met tout sauf des communistes, pour démolir l’Histoire, pour enlever le ferment révolutionnaire.

Malheureusement nous avons un Parti communiste qui s’est plié à cette opération.
La question principale n’est pas d’être dedans ou dehors du Parti. Je refuse de parler des divisions, je vous ai tous connus à l’intérieur du Parti, mais j’ai choisi de retourner au Parti pour une raison très simple, l’expérience du PC Italien. Il avait un électeur sur trois. Quand la droite a pris la direction du Parti, des communistes sont partis qui ont prétendu faire des partis mais tous ont fait la même chose.

Il y avait de tout dans le PCF, des syndicalistes révolutionnaires, des républicains de progrès… mais ils avaient une ligne commune, qui permettait de tenir des gens qui n’avaient rien à faire ensemble parce qu’ils étaient héritiers de temps divers.
Ce n’est pas une affaire de rentrer au parti, c’est même de la publicité mensongère, mais j’y resterai jusqu’à la fin parce que c’est mon choix, mais ce n’est pas important. L’important c’est de fabriquer ensemble pour redonner aux jeunes générations, ce sens de la nécessité d’un parti communiste, des révolutions parce qu’on est face à la nécessité de la fin capitalisme.

 

1871 : MARX À PROPOS DE LA COMMUNE DE PARIS

Publié le 29/03/2017
Affiche de Le Dernier jour de la Commune, Paris 1871, Grand panorama, par Castellani ; 1883 – source Gallica BnF

 

DANS UNE INTERVIEW PARUE PEU APRÈS LES ÉVÉNEMENTS, LE PENSEUR DU MOUVEMENT OUVRIER DONNE SON SENTIMENT SUR L’INSURRECTION PARISIENNE.

En 1871, quelques mois après l’insurrection de la Commune, Karl Marx est interrogé par le New York HeraldL’interview est reprise dans Le Gaulois du 22 août [Voir l’archive]. On lui demandequels étaient les liens entre l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), dont il est le chef, et le mouvement parisien, que Marx a célébré dans le pamphlet La Guerre civile en France, paru en mai :

« On a dit et écrit, a répondu Karl Marx, beaucoup d’absurdités sur les grands projets de révolte tramés par l’Internationale. Il n’y a pas là un mot de vrai. La vérité est que l’Internationale et la Commune ont fonctionné ensemble pendant une certaine période, parce qu’elles combattaient le même ennemi ; mais il est tout à fait faux de dire que les chefs de l’insurrection agissaient en vertu des ordres reçus du Comité central de l’Internationale de Londres. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-gaulois/22-aout-1871/37/661607/3?fit=494.1090.984.630

Marx, qui depuis Londres a suivi attentivement l’évolution de la situation à Paris, dit ensuite avoir conseillé aux insurgés, dès le début du mouvement, de marcher sur Versailles :

« S’ils avaient fait cela, le succès était certain… Ils ont perdu cette magnifique occasion par l’incapacité de leurs chefs, et à partir de ce moment je prévis le résultat et j’en fis la prédiction à nos comités. »

« L’incapacité de leurs chefs« . Tel est le message que Marx entend faire passer : il n’a rien à voir avec les leaders de l’insurrection, qu’il accable de reproches parce qu’ils n’ont pas suivi ses orientations. Ainsi Flourens, d’après lui, n’était « pas plus capable de conduire une armée qu’un enfant de dix ans« , Bergeret s’est révélé « complètement incapable« , Assi était « un idiot« , Rochefort « une espèce de bohème littéraire« , Pyat un « déclamateur » et un « lâche« … Et quant à Victor Hugo, « sans contredit un grand poète« , c’est aussi selon Marx « un de ces hommes toujours prêts à épouser une cause qui plaît à leur imagination. On ne peut compter sur lui.« 

Enfin, l’auteur du Capital réaffirme les principes de l’Internationale :

« La féodalité, l’esclavage, la monarchie, le capital, le monopole, tous doivent s’évanouir successivement de la face de la terre. La féodalité a disparu la première ; la monarchie s’en va si vite que nous la jugeons à peine digne de nos coups. Le monopole et le capital suivront bientôt. La lutte sera terrible ; mais elle est nécessaire et inévitable… […] Si notre parti arrivait au pouvoir, le premier acte du Parlement serait de déposer la reine et de proclamer la République. Ensuite nous mettrions toutes les grandes propriétés entre les mains de l’État, qui les exploiterait au profit des producteurs. Quant aux oisifs, il n’y aurait rien pour eux. »

 La même année, la défaite de la Commune et sa répression provoquera la scission de l’AIT, divisée entre la tendance marxiste et la tendance anarchiste défendue par Bakounine.

 
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Publié par le septembre 14, 2017 dans HISTOIRE, textes importants

 

N’oubliez pas l’enterrement du poète communiste en plein fascisme…

 

la véritable mémoire juive en Pologne, celle d’un prolétariat organisé

ouvrières juives de Byalistok (musée de varsovie)

Quand Monika et moi nous avons visité le musée de la mémoire juive à Varsovie, nous avons vu des photos d’une grève de juifs parce que le patronat les avait chassés de l’usine pour les remplacer par des paysans. pas question d’antisémitisme ici ou si peu puisque le patron était juif, mais simplement le fait que les juifs d’un milieu urbain étaient politiquement organisés et que le patron préférait faire appel à une main d’oeuvre rurale proche du servage. Ce qui est également intéressant et que l’on retrouve chez Cholem Alekheim (maudite soit l’Amérique) c’est la manière dont ces juifs polonais ont créé dans le nouveau monde la diffusion du marxisme et les organisations prolétariennes, aux Etats-Unis où ils créent des syndicats de l’habillement mais aussi en Uruguay comme ici sont à la base de la diffusion du marxisme. Dans un temps où l’imbécillité meurtrière, celle du gang des barbares continue à jouer sur l’équation juifs signifie riches, il est bon de rappeler ces faits. certains se sont peut-être étonnés que je ne réponde pas aux appels de Jean Claude Lefort, c’est parce que je ne lui ai pas pardonné d’avoir prétendu me faire signer une motion de soutien en faveur de pascal Boniface qui avait prétendu que l’assassinat de Ilian halimi par le gang des barbares était le résultat de la politique du CRIF. Chacun sait que je dénonce la politique du CRIF, mais justifier de fait l’antisémitisme le plus ordinaire qui soit sous prétexte de se créer une clientèle minable est une ignominie. ce genre de chose fait que je n’ai aucune confiance désormais dans les batailles menées par le sieur Lefort qui oublie simplement la bataille de classe qui a toujours divisé les juifs comme les autres et crée les conditions d’une opposition irréductible entre prolétaires. (note de danielle Bleitrach).

 

— En date de : Lun 16.3.09, salomon@klaczko.de <salomon@klaczko.de> a écrit :

De: salomon@klaczko.de <salomon@klaczko.de>
Objet: Re: Mario Delgado
À: delgadobutturini@yahoo.fr
Cc: davidyud@gmail.com, malui@adinet.com.uy
Date: Lundi 16 Mars 2009, 9h38

 

 

Cher ami,

 

Voici un fragment d’un travail que je suis en train d’écrire sur mon grand-père Salomon Klaczko et mon bisaïeul, Mendel Perkin, qui furent condamnés à cinq ans de réclusion à Iakoutsk, en Sibérie, à la suite d’une grève et d’un attentat commis en 1897, à Vilnius, contre un délateur de la police tsariste. L’objet de la grève était de ramener à 10 heures la journée de travail, qui était alors de 12 heures. Cela signifie que les immigrants juifs avaient déjà de solides expériences de la lutte de classe, beaucoup plus que n’en avait à l’époque le prolétariat uruguayen.  Rien d’étonnant, dès lors, si ces immigrants juifs se sont automatiquement enrôlés dans la lutte de classe une fois arrivés en Uruguay. Le premier instituteur de l’Ecole ouvrière laïque israélite (Idishe Veltlije Arbeter shule) de Montevideo – j’ai oublié son nom, pas son visage ni d’ailleurs celui de sa fille – avait, comme mon grand-père, été déporté en Sibérie avec Vladimir Ilich Oulianov, nom de guerre Lénine (choisi d’après la Léna, un fleuve de la Sibérie, où ils avaient été relégués avec d’autres prisonniers politiques, avant la construction du chemin de fer transsibérien ; il leur fallut donc des mois pour  parcourir  en plein hiver sibérien les milliers de kilomètres dans des véhicules carcéraux  qui les séparaient de leur lieu de relégation.

Iakoutsk fut pour les détenus une école où les intellectuels donnaient des cours supérieurs de marxisme aux prisonniers les moins instruits.

Autre instituteur de l’Ecole yiddish: Bolealso Levin qui allait ensuite aller à Buenos Aires où il devint un célèbre historien de l’Inquisition et des marranes d’Amérique latine.

Le jardin d’enfants auquel je suis allé était dirigé par une ancienne violoniste, Mme Zvison, qui étudiait le talent musical de chaque enfant, ce qui lui permit de dénicher deux futurs violonistes de l’orchestre du SODRE : Israël Jorberg et Carlos Vinitski. Les instituteurs du jardin d’enfant appliquaient les méthodes pédagogiques de pointe de Friedrich Fröbel, pédagogue allemand inspiré par l’Aufklärung (en vertu de quoi l’institutrice était qualifiée de preblistin

A l’Ecole yiddish, nous apprenions  toute l’histoire du peuple juif sous l’angle de la lutte de classe. On  nous enseignait la Révolution des Macchabées ou la opresion economica nécessaire, sous le règne du roi Salomon, pour entretenir ses nombreuses concubines et financer la construction du Temple de Jérusalem.

Autre aspect: l’étroite alliance entre la gauche juive et la gauche espagnole durant la guerre civile contre le franquisme. Le quotidien Unzer Fraint notre front?convoquait à toutes les manifestations publiques et aux meetings de la Casa de España : j’y accompagnais mes parents. Le diffuseur juif de ce quotidien, qui distribuait à moto 10 000 exemplaires par jour, fit don de sa motocyclette lors d’un rassemblement nombreux à l’Estadio Centenario, rassemblement au cours duquel s’exprima el colonel Antonio Galan, un franc-maçon de l’armée républicaine venu demander de l’aide pour la République. Galan bénéficia évidemment de l’appui du président de la République, le général Alfredo Baldomir, qui était lui-même un frère. Voilà pourquoi des centaines de combattants républicains qui avaient réussi à fuir leur pays trouvèrent refuse en Uruguay. Il y avait parmi eux le poète « Benjamin » (il se peut que j’estropie son nom).

Nous avons du coup appris à l’école publique tous les poètes républicains, spécialement Lorca et Antonio Machado, et naturellement Pablo Neruda. En effet les professeurs de l’Ecole normale (Instituto Normal) étaient des antifascistes et des francs-maçons qui renforcèrent la tendance idéologique centrale de nos écoles et lycées.

Mon frère, Jaime Klaczko, s’intéresse depuis des années à l’histoire du mouvement progressiste juif en Uruguay. Il avait commencé il y a longtemps à interviewer les dirigeants de l’association Zhitlovsky et à recueillir de la documentation. Tâche qu’il dut interrompre pour se consacrer à l’Ecole normale, l’Instituto Pedagogico Artigas où il enseigna l’histoire durant une vingtaine d’années et dont il finit par être directeur fonction qu’il exerça jusqu’à sa retraite. S’il y a une personne autorisée, c’est bien lui, bien plus que moi qui ne suis qu’un témoin isolé. Je regrette de ne pas lui avoir transmis la note que je vous ai envoyée, mais voici son adresse électronique : contactez- le < malui@dinet.com.uy>

Affectueusement, Salomon Klaczko

 

 

 

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Cher compatriote, Nicole Mokobodzki m’a fait parvenir votre lettre. Vous avez maintenant mon adresse électronique. Le fragment que vous nous avez envoyé est vraiment fabuleux. Jusqu’à présent, je m’étais borné à trouver un contact à Mme Mokobodzki ; le thème des juifs progressistes m’intéressait à titre de curiosité. Je suis diplômé du Département d’Histoire de la Faculté de Lettres de Montevideo ; j’ai ensuite poursuivi mes études à l’University of London, sous la direction du Pr. Eric Hobsbawm, mais j’ai surtout travaillé sur « les théories d’exclusion », notamment les nationalismes européens contemporains. Ce qui nous éloigne des juifs du Rio de la Plata.
Et pourtant je trouve très intéressante votre remarque sur l’intégration quasi immédiate des juifs polonais au sein du mouvement syndical et/ou politique. Cela ouvre un domaine de recherches qui jusqu’à présent n’a pas été exploré ou ne l’a été que de façon très partielle. Je m’explique.

  1. a) la réceptivité de la société uruguayenne à l’égard des étrangers et l’absence de réactions antisémites, ou du moins leur caractère très isolé, dont notre pays peut être légitimement fier. .
  2. b) l’importance de la franc-maçonnerie. Je suis moi-même franc-maçon et issu d’une famille de maçons ; j’ai donc été intéressé par vos affirmations, dans une optique latino-américaine. Intéressant que le président Cardenas ait inscrit ses enfants dans une école yiddish (je suppose que l’actuel dirigeant de la gauche mexicaine a reçu cette éducation). La politique de Roosevelt a, d’après les lectures que j’ai pu faire, été plus ambiguë. Il semble qu’en ce qui concerne l’octroi de visas à des juifs persécutés en Europe, ce soit surtout son épouse, Eleanor Roosevelt, qui ait joué un rôle important. Je n’exclus pas qu’il y ait eu des pressions de la part du lobby antisémite WASP. Mais ceci une autre affaire.
    Bref, je vous serais reconnaissant de toute information que vous pourriez me communiquer. Peut-être cela m’inciterait-il à écrire un petit essai. Je ne m’y engage pas, mais cela me tente.

Le groupe de Mme Mokobodzki publie à Paris un organe de presse de juifs progressistes. Ils sont hélas minoritaires. La communauté française appuie à 100% l’Etat d’Israël. Moi qui ne suis pas juif et peux observer ce qui se passe en Palestine de façon objective, je peux comprendre la position de la communauté juive française, même si je ne la partage pas. Mais pour moi, l’existence de l’Etat d’Israël se comprend comme la quête de sécurité d’un peuple qui avait été massacré et les Européens qui furent tous plus ou moins responsables de la Shoah ont payé leurs dettes avec le chéquier des Palestiniens, qui ne leur appartenait pas. Aujourd’hui, alors que deux ou trois générations se sont succédées, le droit à l’existence de l’Etat d’Israël me paraît une querelle byzantine ; aucun esprit sensé ne pourrait le remettre en cause, même pour des considération d’ordre pratique. Ce qu’il faut chercher, c’est une solution permettant à deux Etats de coexister en pays. L’histoire dira si c’est possible.
Bon, je ne voudrais pas abuser ce votre temps. Ces quelques lignes n’avaient d’autre objet que de vous manifester mon intérêt et de vous remercier de votre précieuse contribution. … Mario Delgado

 

Ne plus faire de l’équilibre que 10 h au lieu de 12 sur un toit gelé

Une histoire de famille relative à l’échec d’une grève des ramoneurs juifs de Vilnius en 1897

 

Nr. Table des matières Page
1 Nos sources d’information 1
2 A propos du métier de ramoneur 5
2.1 On the physics of a chimney brand? 6
2.2 Les origines de la guilde des ramoneurs de Vilnius 7
2.3 Les conditions de travail et la charge de travail des ramoneurs de Vilnius en 1897 8
3 An excurse about the Klaczko family in Vilnius during the 19th Century 9
3.1 Pourquoi les Klaczko et les Ginsburg ont-ils émigré à Vilnius au 16ème siècle? Massacres de paysans et de juifs en Souabe et en Bohême au cours de la Révolution sociale et de la Réforme 14

 

 

 

 

  1. Nos sources d’information

 

Nous rendons compte dans le présent article de la grève déclenchée en 1897 à Vilnius par les ramoneurs juifs (Koimenkerer = קוימענקערער en Yiddish = Kaminkehrer dans le dialecte du vieux haut allemand méridional d’où dérive le Yiddish) dont la revendication était que la journée de travail soit ramenée de 12h à 10h. Nous nous référons essentiellement à deux sources différentes:

  • L’histoire orale constituée par les récits de notre père Shaie Klaczko-Perkin ( פּערקין  קלאטשקאָ  שײַע, un tailleur né en 1908) and de son frère,  Shimen Klaczko-Perkin ( שימען , a mechanic locksmith, né en 1910), qui ont émigré à Montevideo dans les années 1928-1930, Uruguay;
  • Une découverte de l’historienne Galina Baranova, directrice des archives historiques nationales de Lituanie, à Vilnius: celle du dossier de la police tsariste sur la répression efficace de cette grève. Mme Baranova a explore les centaines de pages du jugement des ramoneurs juifs et a eu l’amabilité de sélectionner à notre attention les documents où il était question de notre père et de notre grand-père. [1]

 

D’ordinaire, un conflit opposant les fidèles de l’une des 150 synagogues de Vilnius n’intéressait guère que les autres synagogues ou le Kehile,  qui était l’autorité centrale de la communauté juive de la ville. Dans le cas que nous étudions, ce conflit interne a suscité le plus vif intérêt du gouvernement autocrate de l’Empire russe, à Saint Pétersbourg, pourtant éloigné de plus de 700 kilomètres. Grande a été notre stupeur quand nous avons appris que le Secrétaire d’Etat du ministère de la Justice, Mourariev, et dictait dans ses moindres détails le châtiment qu’il voulait voir infliger à chacun des ramoneurs appartenant à la fraction majoritaire de la synagogue. Il contrôlait la peine de notre grand-père et de notre père et chaque fois que cela était jugé nécessaire, était informé y compris par télégramme de tout détail intéressant. Et, comme cela ressort des documents découverts par notre archiviste, Galina Baranova, prenait les décisions concernant notre grand père « Au nom de Sa Majesté l’Empereur ».

L’historien Hans Kohn, professeur au NewYork City College, écrit à propos de cette période : « Le 25 juin 1826, l’empereur Nicolas Ier a créé la fameuse Section III de sa chancellerie qui,  avec l’aide de la gendarmerie et d’un vaste réseau d’espionnage à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières, allait lui permettre de contrôler tous les aspects de la vie russe. L’Empereur était le leader autocrate de l’Empire sur le plan non seulement politique mais aussi idéologique ». [2] Nous pouvons dès lors supposer qu’il y avait à l’intérieur de la synagogue des ramoneurs de Vilnius un espion régulier de la police politique: maître master Ioshe Chvalies, qui fournissait des rapports périodiques sur les conflits surgissant à l’intérieur de la communauté juive.

La victime collatérale la plus innocente de ce conflit fut incontestablement un enfant, un petit frère de notre grand-mère, Léa Perkin, autrement dit notre jeune oncle – qui mourut pendant le transport des prisonniers de Vilnius à Iakoustk, un transport qui obligea ceux-ci et leurs familles, qui les accompagnaient, à parcourir des mois durant,  sans assistance médicales des milliers de kilomètres : il n’y avait pas encore de voie ferrée sur ce parcours : en 1897, on commençait seulement à construire le transsibérien.

Ce transport de prisonniers juifs jusqu’à Iakoustk n’est pas unique. Notre mère, qui habitait à Jaretschi, une cironscription de Vilnius se rappelait une amie juive de son quartier dont la famille avait été surnommée « les Sibiriakes », parce qu’ils avaient été déportés en Sibérie. Ils n’étaient d’ailleurs pas des ramoneurs. Ils fabriquaient des cigarettes à domicile. Toute la famille, grands-parents, parents et enfants roulaient le tabac dans des feuilles de papier (d’où le mot de « papirossi » qui désigne en russe les cigarettes. Ils avaient organisé une grève pour protester  contre la réduction de salaires imposée par les industriels du tabac, à la suite de quoi ils avaient eux aussi été arrêtés et envoyés en Sibérie avec leurs familles.

 

 

 

 

 

  1. Nous nous écartons systématiquement dans le présent essai de la prononciation anglaise des voyelles et des consonnes, chaque fois qu’il

s’agit de noms de famille ou de noms de lieux juifs ou russes. Nous employons la notation usuelle en Allemand, en Polonais et en lituanien.

Le son guttural yiddish כ , en particulier, qui correspond au K russe ou grec est rendu par le CH allemand, polonais et lituanien, au lieu  du KH anglais ou français. La prononciation anglaise des lettres A, E, I, O et U varie en fonction du contexte. Nous lui préférons sa prononciation usuelle en allemand et en espagnol, qui ne dépend pas du contexte et, par conséquent, ne varie pas.

 

 

 

Figure 1 La synagogue des ramoneurs de Vilnius, dans l’ancienne rue Strashun/Komnitzker, aujourd’hui rue Zemaitjios Gatve. Photographie reproduite grâce à l’aimable autorisation de Mme Irina Guzenberg, du Lithuanian Jewish State Museum, , Archive Nr. VZMP 3265, page 420 de l’ “Almanacho Zydu Muziejus Priedas  – Vilnius Ghetto: List of Prisoners, Volume 1, Vilnius 1996”. La synagogue est au milieu, avec cinq grandes fenêtres surmontées de colonnes et un arc central qui surplombe l’entrée principale. En face, au numéro 7 (mais à l’époque au numéro 9), la maison où notre grand-père  Mendel Perkin habitait avec sa famille. Notre autre grand-père Shloime Klaczko, entrepreneur prospère, a généreusement dépensé pour entretenir l’édifice. En 1920, un accident de chemin de fer, lors d’un déplacement d’affaires, l’a laissé invalide. La synagogue l’a alors employé en qualité de “Shames », cad de sacristain. Il a habité la synagogue jusqu’à sa mort en 1922 : son ménage marchait mal.  La synagogue a été détruite à l’époque soviétique, car il n’y avait plus à Vilnius de ramoneurs qui avaient les moyens et le désir d’entretenir ce lieu professionnel et religieux.

 

En d’autres termes, la lutte de classe qui opposait à Vilnius, les juifs pauvres aux juifs riches était très dure à l’époque, contrairement à la légende selon laquelle les juifs s’entraident toujours dans les circonstances critiques (il écrit « at any emergence » et ne parle pas d’emergency). Une chanson yiddish « Hey laptshes ir main…” conte le péché commis par une jeune fille juive qui cherche à rencontrer son ami et que son père renvoie à sa “katte » (sa cabane) pour tordre ces fibres végétales dont sont fabriquées les chaussures des paysans (“laptshes flechten fun dos nai”). Les fameux « laptis » Voilà qui montre que là encore des familles juives tout entières travaillaient pour assurer leur subsistance. Une première grève avait eu lieu à Vilnius, avant la grève de l’industrie juive du bâtiment, mais nous n’en savons pas davantage.

Le gouvernement tsariste ne se bornait pas à infliger des peines de prison aux grévistes ; il recourait aussi à la torture et à l’assassinat.  Exemple  typique de torture : les verges. Nous apprendrions plus tard que cette pratique était systématiquement appliquée dans les camps de concentration nazis, que ce soit en Allemagne (Buchenwald, Oranienburg, Neuengamme, etc.) ou dans les pays occupés d’Europe orientale (Auschwitz/Oswiecim, Maidanek, Sobibor, etc.).

Israël Cohen écrit dans son livre intitulé “Vilna” [3] (p. 290-298 : « La seule tentative entreprise par des juifs pour former une organisation révolutionnaire date de 1875[4] ; une poignée d’élèves du séminaire pédagogique de Vilnius et d’autres institutions d’enseignement qui agissaient clandestinement en liaison avec des cercles russes analogues de Russie, situés à Saint Pétersbourg et à Moscou. Parmi les membres du cercle de Vilna, on relève les nom d’

Aaron Zundelevittch, Vladmir Jochelson et Aaron Lieberman, tous étudiants du Talmud, et celui d’une jeune femme, Anna Epstein,qui se lia au cours de ses études de médecine à l’Université de Saint Pétersbourg avec d’éminents révolutionnaires tels le Prince Pierre Kropotkine ou Nicolas Tchaïkovski Ils assuraient la liaison avec les sociétés secrètes des grandes villes russes et leurs amis d’Europe occidentale, facilitait la fuite des membres pourchassés par la police et organisaient l’entrée en contrebande de livres interdits en Russie. Un beau jour, la police cerna le Séminaire pédagogique et fit une perquisition dans l’enceinte du bâtiment et les logements des étudiants. Elle procéda à plusieurs arrestations. Lieberman, qui était au nombre de ceux qui réussirent à s’enfuir, gagna Londres où il entra en contact avec le théoricien révolutionnaire Peter Lavrov ; il créa en 1876 la première ligue socialiste juive en Angleterre. Composée de travailleurs et d’étudiants, la Ligue débattait de questions sociales et rédigeait en yiddish des manifestes exhortant les travailleurs à l’union

Quant aux révolutionnaires arêtes par la police de Vilna, ils ont été condamnés à purger des peines plus ou moins longues d’emprisonnement ou d’exil en Sibérie. Zundelevitch, qui a passé vingt six ans de sa vie entre diverses prisons et l’exil en Sibérie, il mourut à Londres, dans la misère, en 1923. Jochelson profita de son exil en Sibérie septentrionale pour étudier la vie des indigènes; il découvrit deux dialectes Youghakir et devint un ethnologue de renom. Il fut nommé professeur à l’Université de Léningrad par le gouvernement russe, en 1919.

Les juifs de Vilna apportèrent eux aussi leur contribution à la mare croissante de réfugiés qui, fuyant les pogroms de 1891 et des années suivantes,  allèrent chercher la liberté à l’Ouest. En témoigne les centaines de congrégations et de sociétés qui prirent le nom de Vilna, dans les endroits les plus divers de la planète… Les juifs qui épousèrent la cause socialiste rejoignirent les rands des social démocrates ou, sinon, du Bund[5], organisation strictement juive crée à Vilna en 1897.De nombreux juifs rejoignirent les social révolutionnaires… Ils n’ont rien à envier en énergie, en courage, en esprit de sacrifice, à leurs camarades russes ; ils ne reculèrent pas davantage devant des actes de terrorisme.

Hirsh Leckert nous en offre un exemple notable. Ce cordonnier de vingt deux ans, membre du Bund et déjà emprisonné pour délits politiques, avait été exaspéré par la brutalité avec laquelle le gouverneur de Vilna, (Arthur) Von Wahl, avait ordonné que fussent fouettés nombre de juifs et de Polonais qui avaient participé à  un défilé du Premier mai. Il tira sur lui à plusieurs reprises, un soir à la sortie d’un cirque, ne lui infligeant que de légères blessures. Déféré devant un tribunal militaire, il déclara clairement que son intention avait été de tuer le gouverneur. Il fut condamné à mort. Son exécution, survenue le 10 juin, suscita la plus vive indignation dans les rangs de tous les partis socialistes et révolutionnaires et son acte…téméraire inspira au moins trois drames écrits en yiddish »

Même radicalisation à l’époque chez les ramoneurs de Vilnius après l’emprisonnement des organisateurs de la première grève. Un groupe des leurs monta un attentat terroriste contre l’indicateur qui les avait dénoncés, des années avant l’attentat de Hirsh Leckert contre le gouverneur Von Wahl. A notre avis les tracts en Yiddish apparurent à Londres une dizaine d’années avant que les ramoneurs soient informés de l’appel à constituer un syndicat, mais nous manquons d’information là-dessus. La grève d’août 1897 visait certes à ramener la journée de travail de 12 heures à 10 heures, mais c’était aussi une riposte contre les intentions de certains patrons du ramonage. Ceux-ci visaient à baisser les salaires en employant de la main d’oeuvre étrangère venue de villes plus pauvres qui faisaient pression sur les locaux. L’échec de la grève tient à ce que travailleurs et employeurs avaient des intérêts économiques par  trop contradictoires. L’un des employeurs, Ishke Chwaliez (יאָשקע כװאליעס). Dénonça les organisateurs de la grève à la police tsariste dès le début des pourparlers. A l’époque, l’organisation d’un syndicat de travailleurs et celle d’une grève étaient considérés dans la Russie tsariste comme des crimes politiques ; les organisateurs d’une grève étaient donc traités en criminels politiques.

 

Fig. 2. A gauche, le monument au cordonnier juif Hirsh Lekert, exécuté le 10 juin 1902 pour avoir tenté de tuer le gouverneur russe de Vilnius, Arthur Von Wahl. Lekert entendait par cet acte protester contre la flagellation publique à Snipiskiu de travailleurs de Vilnius emprisonnés après la manifestation du 26 mai 1902. Cette flagellation publique a été perçue comme « shenden dem koved fun yiddishn proletariat » « une atteinte à la dignité sacrée des prolétaires juifs ». A droite, le monument aux membres du Bund et aux autres combattants révolutionnaires “”gefalene in kamf mit der zarishn macht in ior 1905 vi eich baerdikte in di iorn 1906-1919 », cad tombés dans la lutte contre le pouvoir tsariste en 1905 comme à ceux qui furent enterrés entre 1906 et 1919 ». La liste contient 18 noms, y compris ceux de quatre femmes. 4. Masha Goldberg; 5. Tania Pomerants (avec un parent: 14. Betsalel Pomerants.; 8. Rochl Kottun et 9. Beile Vidser-Dushiniat.

 

 

 

  1. Monument à Hirsh Lekert, executé en 1902 pour avoir tenté d’assassiner le gouverneur de Vilnius (cf 26). L’endroit de la sépulture n’est pas connu.
  2. Monument avec les noms des travailleurs juifs qui ont été tués lors des manifestations de 1905 et de 1906 contre le tsar. Ce monument a été édifié sur l’emplacement des tombes anonymes contenant les restes des travailleurs juifs, transportés depuis le cimetière d’Izupis.

Fig. 2. A gauche, le monument au cordonnier juif Hirsh Lekert, exécuté le 10 juin 1902 pour avoir tenté de tuer le gouverneur russe de Vilnius, Arthur Von Wahl. Lekert entendait par cet acte protester contre la flagellation publique à Snipiskiu de travailleurs de Vilnius emprisonnés après la manifestation du 26 mai 1902. Cette flagellation publique a été perçue comme « shenden dem koved fun yiddishn proletariat » « une atteinte à la dignité sacrée des prolétaires juifs ».

A droite, le monument aux membres du Bund et aux autres combattants révolutionnaires “”gefalene in kamf mit der zarishn macht in ior 1905 vi eich baerdikte in di iorn 1906-1919 », cad tombés dans la lutte contre le pouvoir tsariste en 1905 comme à ceux qui furent enterrés entre 1906 et 1919 ». La liste contient 18 noms, y compris ceux de quatre femmes. 4. Masha Goldberg; 5. Tania Pomerants (avec un parent: 14. Betsalel Pomerants.; 8. Rochl Kottun et 9. Beile Vidser-Dushiniat.

 

 

Les organisateurs furent arrêtés et leurs familles sombrèrent dans la misère. S’ensuivit un mouvement de solidarité qui entraîna un acte de violence contre le dénonciateur. L’escalade entraîna une nouvelle vaguer de mesures répressives contre les ramoneurs ; les organisateurs et leurs familles furent astreints à de longues années de déportation en Sibérie, à Iakoutsk.

L’historien polonais Tomasz Wolek écrit à propos de l’attentat commis par Hirsh Lekert contre Arthur Von Wahl, le gouverneur de Vilnius : « En 1902, un membre du Bund, le cordonnier Hirsch Lekert, commit à Vilnius un attentat contre le gouverneur général von Wahl. L’événement excita l’opinion publique. Derrière le commerçant ou le locataire tout à la fois rusé servile et inquiet, une nouvelle figure de combattant héroïque se dressa publiquement, prêt à se défendre en brandissant non plus seulement un drapeau mais une arme. Cela faisait litière d’un autre stéréotype (antisémite) ». http://www.polityka.pl/wie-der-jude-zum-feind-wurde/Lead33,1139,257289,18/  02 czerwca (=Juni) 2008.   

L’attentat commis en 1897 par des ramoneurs de Vilnius contre l’indicateur Ioshke Chvalies fournit un autre exemple de ce nouveau type de juif qui contredit l’opinion traditionnelle des chrétiens selon laquelle les juifs sont incapables de se battre pour leur dignité et pour les droits de l’homme. Notre grand-père Perkin et notre grand-père Klaczko appartenaient à ce nouveau type de juif.

Dans son livre intitulé “The Shock Doctrine – The rise of Disaster Capitalism” (Penguin Books, London, 2008, pages 138-139) (La doctrine du choc – Montée du capitalisme catastrophe), Naomi Klein décrit de façon relativement détaillée un cas plus récent, qui ressemble à la guerre du gouvernement de la Russie tsariste contre les ramoneurs juifs de Vilnius. Elle prend pour exemple la guerre civile menée par le Premier ministre Margaret Thatcher contre le syndicat des mineurs de charbon, en 1984, en Grande Bretagne. « Lorsque les mineurs se sont mis en grève en 1984, Thatcher a évoqué la guerre des Malouines, gagnée contre l’Argentine, pour appeler de ses voeux une solution tout aussi brutale. Elle s’est signalée en déclarant : « Nous avons dû combattre l’ennemi extérieur aux Malouines ; auourd’hui, nous devons combattre l’ennemi intérieur, un ennemi beaucoup plus difficile à vaincre, mais tout aussi dangereux pour la liberté ». 
. “When the coal miners went on strike in 1984, Thatcher cast the standoff of the ((Falklands)) war with Argentina, calling for a similarly brutal resolve. She famously declared «we had to fight the enemy without in the Falklands and now we have to fight the enemy within, which is much more difficult but just as dangerous to liberty». Ayant ainsi qualifié les travailleurs britanniques d”ennemi intérieur”, Thatcher lâcha toute la puissance de l’Etat sur les grévistes; lors d’un seul affrontement, huit mille policiers des forces anti-émeutes armés de matraques dont beaucoup étaient à cheval, pour livrer l’assaut à un piquet de grève, faisant quelques sept cent blesses. A la fin de la grève, les blessés se comptaient par milliers.  Dans son livre intitulé «The enemy Within: Thatcher’s Secret War against the Miners» (L’ennemi intérieur : La guerre secrète de Thatcher contre les mineurs), le reporter du «Guardian»  Seumas Milne dresse le bilan définitif de la grève : le Premier ministre a exigé des services de sécurité qu’ils intensifient la surveillance du syndicat et, en particulier, de son président, Arthur Scargill. S’en est suivi “l’opération de contre-espionnage la plus ambitieuse jamais montée en Grand Bretagne”. Le syndicat a été infiltré par quantité d’agents et d’informateurs ; tous les téléphones ont été mis sur écoutes, y compris ceux des domiciles et la boutique de « fish and chips[6] » fréquentée par les dirigeants. Le chef du syndicat a même été accusé, à la Chambre des Communes, d’avoir été un agent du MI5 (cad de la police politique de Thatcher) chargé de « déstabiliser et de saboter le syndicat », accusation qu’il a toutefois contestée. Nigel Lawson, alors chancelier de l’échiquier, a expliqué que le gouvernement Thatcher considérait le syndicat comme son ennemi… En 1985, Thatcher avait également gagné cette guerre là : les travailleurs avaient faim et ne pouvaient plus tenir. Au bout du compte, il y a eu 966 licenciements. Ce fut un revers écrasant pour le plus puissant des syndicats britanniques et un avertissement clair pour les autres :…ce serait suicidaire pour les syndicats de s’en prendre à son nouvel ordre économique ».

. The chief executive of the union was alleged, on the floor of the House of Commons, to have been an MI5 agent ((i.e. an agent of Thatcher’s political police)) sent in to «to destabilize and sabotage the union», though he denied the charge. Nigel Lawson, U. U.K. chancellor of the exchequer during the strike, explained that the Thatcher government considered the union to be its enemy.   … By 1985 Thatcher had won this war too: workers were going hungry and couldn’t hold out; in the end 966 people were fired. It was a devastating setback for Britain’s most powerful union, and it sent a clear message to the others:  …   it would be suicide for weaker unions to take on her ((Thatcher’s)) new economic order”.

Nous allons voir que les ramoneurs juifs de Vilnius avaient sous estimé le rapport de forces en 1897. Ils croyaient vraiment qu’il s’agissait d’un conflit local les opposant à leurs employeurs de Vilnius. Or leur sort et celui de leurs familles était déterminé à 500 km de là, à Saint Pétersbourg, par le service central de renseignement de la Russie, la « Division des délits criminels spéciaux », du Ministère de la Justice de l’Empire russe. Les décisions étaient prises « au nom de Sa Majesté l’Empereur » dont les documents établissent qu’il avait été tenu au courant de la grève et des poursuites policières à  Vilnius et qu’il avait décidé en détail des peines qui seraient infligées aux ramoneurs.

 

  1. La profession de ramoneur

 

Le maître ramoneur Shloime Itskovitsh Iones, ami intime de notre grand-père Shloime Shaievtsh Klaczko – tous les deux subirent une peine de prison et de déportation – est cite au tribunal par un témoin, Doba Ofman, qui l’interpelle en ces termes : «  Nos travailleurs resteront en prison et ces gentlemen (les délateurs) devraient se promener en toute liberté : dites à Iosef Chavalies que ça ne se passera pas comme ça ! »[7]

Voilà qui donne une assez bonne idée de l’attitude des organisateurs de la grève d’août 1897. Si nous voulons comprendre pour quelle raison historique les ramoneurs de Vilnius ont estimé qu’ils étaient assez forts pour se lancer dans une grève, il n’est pas inutile de suivre l’évolution de cette singulière profession et de comprendre quelles étaient à l’époque les structures organisationnelles organizational structures et les relations du monde du travail labour relationships. En 1666n un gigantesque incendie détruisit presque entièrement la ville de Londres. Des catastrophes analogues se produisirent dans d’autres grandes villes d’Europe. En 1842, par exemple, un incendie détruisit une grande partie de Hambourg, y compris l’Hôtel de ville et la Bourse. Mais les house brands furent particulièrement catastrophiques dans le quartier juif. Israël Cohen en parle dans son livre « Vilna » (The Jewish Publication Society of America, Philadelphia, 1943, pp 58-59).  “Cette meme année 1706, il éclata une série d’incendies qui allait ensuite frapper périodiquement la ville pendant quarante-trois ans et dont les principales victimes étaient des juifs. La plupart perdirent leur maison au cours du premier incendie et le commandant militaire (le Lithuanien Wisnowieck exonéra de l’impôt sur les fenêtres tous les juifs qui se trouvaient dans cette situation. Signalons que cet impôt n’était déjà plus prélevé sur les non juifs. En 1724 puis en 1734, de nouveaux incendies se déclarèrent, endommageant un grand nombre de maisons de juifs ; lorsque ceux-ci demandèrent l’aide de travailleurs chrétiens pour réparer ou reconstruire leurs maisons, la municipalité le leur interdit. En 1737, les dégâts furent tels que l’on parla du Grand incendie ; les flammes encerclèrent tout le quartier juif et la Grande Synagogue fut presque entièrement détruite, de même que la vieille Bet ha Midrash. La communauté de Vilna demanda l’aide des juifs d’Amsterdam et la congrégation ashkénaze envoya 400 guildes « pour restaurer la couronne et relever la maison de notre Dieu en reconstruisant la glorieuse synagogue et la Bet ha Midrash qui avaient été consumées par les flammes en un instant et la congrégation sépharade envoya 150 guildes. Onze ans plus tard, un incendie important éclata qui détruisit presque tout le quartier juif. Il démarra en trois endroits différents, se propagea rapidement par la rue Niemiecka, la rue Jatkowa (dont une partie a été rebaptisée rue Julius Klaczko, et la rue Zydowko ; il détruisit 469 maisons, 5 hôtels particuliers et 12 églises. La « Shulhof » la cour de la synagogue prit également feu ; la Grande Synagogue, la Bet ha Midrash, le communal office, la synagogue de la Hevra Kadisha (confraternité des enterrements brotherhud), les bains et plusieurs autres édifices subirent de sérieux dégâts.  Beaucoup de juifs furent brûlés ou suffoqués par la fumée et beaucoup de boutiques furent ravagées».  Les juifs furent accusés d’être responsables de tous ces feux et un certain Jachimowitz, chargé par la municipalité de dresser le registre des bâtiments détruits les jugea également coupables. Il

A dû se render compte que l’incendie qui avait commencé dans la maison du juif Reuben, au delà de la rivière de Vilia, ne pouvait pas avoir le moindre rapport avec les premiers feux qui avaient éclaté au meme moment au milieu de la ville, mais cela ne l’empêcha pas d’écrire des des strophes grossières accusant les juifs en général. A peine les dégâts provoqués par cet incendie avaient-ils été réparés qu’une nouvelle conflagration éclata en 1749 ; le feu s’engouffra dans le quartier juif et détruisit l’arrière de la synagogue et toutes les boutiques juives, mais cette fois, on ne rejeta pas la responsabilité sur les juifs ».

 

 
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Publié par le septembre 12, 2017 dans HISTOIRE