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Archives de Catégorie: HISTOIRE

A la télé, la fatalité de l’Histoire de droite, par Daniel Schneidermann

 Jadis, le petit écran produisait des émissions d’historiens pluralistes tels que Castelot, Decaux… Aujourd’hui, les «promonarchiste» et «antirévolutionnaire» occupent la place. Au delà de ce constat et à l’hommage rendu à Stallio Lorenzi,il faut noter que quand il existait un parti communiste puissant, cela réalisait les conditions d’un pluralisme dans les médias, mais pas seulement, y compris à l’Université. Il est clair que le pS a été incapable de remplir ce rôle puisque l’on sait le rôle qu’a joué la mairie de Paris dans la promotion de Lorent deutsch, et le pS dans la promotion de l’idéologie anti-totalitaire qui en fait a abouti à un véritable négationnisme. (note de danielle Bleitrach)

 —  (mis à jour à )
Stéphane Bern sur le tournage de l'émission «Secrets d'Histoire», dans la galerie des Glaces, au château de Versailles.
Stéphane Bern sur le tournage de l’émission «Secrets d’Histoire», dans la galerie des Glaces, au château de Versailles. Photo Olivier Culmann. Tendance floue.

Jadis, le petit écran produisait des émissions d’historiens pluralistes tels que Castelot, Decaux… Aujourd’hui, les «promonarchistes» et «antirévolutionnaires» occupent la place.

Au printemps dernier, Stéphane Bern se promenait pour France 2 dans les rues médiévales, forcément médiévales, du pimpant village de Lagrasse (Aude). Le village était en compétition pour le titre de «plus beau village de France». Huileries, savonneries, poterie : aucune spécialité touristico-artisanale ne manquait à l’éventaire de l’émission. Quand soudain, passa un fantôme. Sur la boulangerie, une plaque rappelait que deux jeunes Juifs, pendant la guerre, avaient été cachés par les boulangers. «Et d’ailleurs, glissa Bern, le village accueille des réfugiés.» En effet, Lagrasse abrite un centre d’accueil demandeurs d’asile. Mais ce détail ne méritait pas davantage qu’une phrase, glissée en contrebande dans le commentaire touristique. Surtout, pas de politique ! Pas de sujets qui fâchent ! Et sans transition, on fila chez la potière.

Depuis des années, Stéphane Bern nous raconte une histoire à l’écart de l’Histoire. Dans son autre émission, Secrets d’histoire (France 2 toujours), le charmant ébouriffé inflige à la France républicaine l’histoire des princes et des châteaux, des princesses et des alcôves : 60 % de ses émissions, entre 2008 et 2015, ont été consacrées exclusivement à des monarques et à leurs favorites, avait calculé Jean-Luc Mélenchon, dans une lettre envoyée à la PDG de France Télévisions, Delphine Ernotte. Et seulement «cinq, soit 6 %, à des personnalités ou à des lieux liés à la République». Pour Mélenchon, «la grande famille intellectuelle du socialisme et communisme, qui a tant marqué l’Histoire de France» était «totalement effacée».

Pourquoi ce biais ? Par simple tropisme monarchiste ? Mais non. Celui qui l’an dernier encore «assumait parfaitement» d’être monarchiste a soudain viré républicain, impeccablement républicain, assurait-il au Monde la semaine dernière, depuis qu’Emmanuel Macron lui a confié une mission officielle sur la sauvegarde du patrimoine. Et s’il ne parle jamais des sans-culottes, ce n’est pas par allergie aux effluves populaires, non. C’est parce que voyez-vous, malheureusement, à la télé, ça ne marche pas. «C’est simple, pour Louis XVI – Louis XVI, il n’est tout de même pas si populaire ! – nous avons fait 4,5 millions de téléspectateurs. Pour Clemenceau, 2,5 millions. Danton et les femmes dans la Révolution, cela a été pire…» confiait-il encore au Monde.

Il y a quand même un vrai mystère. Pourquoi, en ce début du XXIe siècle, la télé publique ne connaît-elle que l’Histoire de droite ? On annonce pour ces prochaines semaines, sur France 2, une émission, Suivez le guide, que Stéphane Bern coanimerait avec Lorànt Deutsch. Comédien reconverti en historien amateur, Deutsch, lui, a au moins le mérite de jouer cartes sur table. Les coupeurs de têtes de la Révolution française, il les déteste franchement. Il estime que «la mort de Louis XVI a marqué la fin de notre civilisation» et, dans son émission de France 5, Métronome, adaptée de son best-seller du même nom (l’Histoire de France au rythme du métro parisien), il n’avait pas de mots assez durs pour fustiger «la fureur» et «la brutalité» révolutionnaires.

Dernier membre du trio, un nommé Franck Ferrand, écrivain et journaliste reconverti en historien. C’est à lui qu’étaient confiés les commentaires historiques en direct, au cours des étapes du dernier Tour de France, diffusé sur France 2. S’il ne s’y est pas signalé par des commentaires politiques particuliers, il y a étalé sa curieuse fixette : délocaliser le champ de bataille d’Alésia non en Bourgogne, où le situe l’unanimité de la communauté des archéologues, mais dans le Jura. Qu’est-il de plus alléchant qu’un franc-tireur qui prend le contre-pied de «l’Histoire officielle», celle que défrichent, à la petite cuillère, les universitaires ennuyeux ?

La monopolisation de l’Histoire, à la télévision, par la droite monarchisante n’est pas une fatalité française. Il fut un temps lointain où l’Histoire, à la télé, pouvait être de gauche. Où un feuilleton était consacré à Jacquou le Croquant. Où un trio pluraliste, composé d’André Castelot, d’Alain Decaux, de Stellio Lorenzi (le troisième étant un sympathisant communiste, mais les deux premiers pas du tout), produisait des émissions (La caméra explore le temps, la Tribune de l’Histoire) qui savaient promener le téléspectateur et citoyen des châteaux aux chaumières, en passant par les révoltes cathares. Il est vrai que c’était avant les mesures d’audience – il n’y avait d’ailleurs qu’une seule chaîne. Pourquoi aujourd’hui est-ce inimaginable ?

Daniel Schneidermann

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Publié par le octobre 17, 2017 dans HISTOIRE

 

Festival mondial de la jeunesse et des étudiants à Sotchi : pour la gauche ou pour tous ?

La 19e édition du Festival mondial de la jeunesse et des étudiants a été inaugurée le 15 octobre à Sotchi. Près de 30 000 jeunes originaires de 150 pays y participent. Avant même de commencer, l’événement prête le flanc à la critique : son programme élaboré par l’administration de Vladimir Poutine ne correspond pas réellement à l’esprit de gauche du festival, créé il y a 70 ans. tendis que si l’on suit les articles du parti communiste que nous traduit Marianne, le leader du parti communiste de la fédération de Russie inaugure son propre festival comme du temps de l’URSS, visiblement si l’on en croit cet article du Courrier de Russie, le gouvernement et les libéraux tentent de se l’approprier, mais ça résiste ferme du côté de « la gauche » c’est-à-dire les communistes… Encore une illustration des rapports de forces réels en Russie (note de danielle Bleitrach)

La cérémonie d'ouverture du 19e Festival mondial de la jeunesse et des étudiants s'est tenue le 15 octobre. Crédits : WFYS2017
LA CÉRÉMONIE D’OUVERTURE DU 19E FESTIVAL MONDIAL DE LA JEUNESSE ET DES ÉTUDIANTS S’EST TENUE LE 15 OCTOBRE. CRÉDITS : WFYS2017

Présent lors de la cérémonie d’ouverture ce dimanche, Vladimir Poutine a déclaré que les pays du monde doivent cesser de dépenser des ressources dans une rivalité « inutile ». « Nous nous voyons les uns les autres comme des adversaires, et au lieu de coopérer et de résoudre des problèmes qui nous concernent tous, nous consacrons une grande partie de nos ressources à des choses secondaires », a souligné le président. « Nous devons nous efforcer de nous considérer mutuellement comme des partenaires », a insisté Vladimir Poutine.

Le Festival mondial de la jeunesse et des étudiants se déroule pour la 3e fois en Russie. Moscou a déjà accueilli les éditions 1957 et 1985 de cet événement. L’idée d’organiser une nouvelle fois ce festival en Russie a été proposée par les délégués dès 2013, lors de l’édition précédente, organisée en Équateur, explique au quotidien RBC Daria Mitina, membre du Comité national d’organisation et présidente de l’Union de la jeunesse communiste russe (RKSM).

« Les délégués d’Asie et d’Afrique étaient particulièrement enthousiastes, se souvient Daria Mitina qui a participé à ces dicussions. Le festival a lieu une fois tous les quatre ans et la date de celui-ci coïncidait avec le centenaire de la révolution d’Octobre. Naturellement, un grand nombre de délégués ont souhaité célébrer cet événement précisément en Russie. » Le festival est organisé depuis 1947 par la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (FMJD), qui rassemble des organisations situées à gauche du spectre politique : des sociaux-démocrates aux radicaux – trotskistes et anarchistes.

Daria Mitina se rappelle que certaines voix se sont toutefois élevées contre ce projet. La gauche européenne se méfie de la Russie actuelle : si elle partage certaines positions du Kremlin comme son antifascisme et son opposition à l’hégémonie américaine, elle ne peut accepter certaines choses, tels son oppression des minorités sexuelles et ses liens d’amitié avec des organisations européennes d’extrême droite, explique Mme Mitina. Les militants de gauche classent parmi ces dernières le Front national de Marine Le Pen, reçue par Vladimir Poutine au Kremlin en mars dernier.

Comme le précise Daria Mitina, il y a deux ans, l’administration de Vladimir Poutine s’est montrée intéressée par l’organisation du forum en Russie. En novembre 2015, Sergueï Pospelov, directeur de l’Agence fédérale pour la jeunesse, a présenté la proposition de la Russie lors de l’Assemblée générale de la FMJD, à Cuba. En février 2016, une séance du Conseil général de la FMJD s’est tenue à Moscou, lors de laquelle ses participants ont voté à l’unanimité pour le projet russe. Sotchi a été choisie pour accueillir l’événement étant donné que les infrastructures conservées après les JO convenaient à l’organisation d’un forum d’une telle ampleur.

Immédiatement après la clôture du Conseil général, le 18 février, le président Vladimir Poutine a reçu les membres du comité d’organisation du Festival mondial de la jeunesse et des étudiants et les a assurés que tout serait parfait. « Nous sommes capables d’organiser l’événement au niveau le plus élevé », a insisté le président.

En décrivant les objectifs du festival à Vladimir Poutine, les organisateurs ont mis l’accent sur le fait qu’accueillir un événement aussi important aiderait la Russie à sortir de son isolement international, à s’affirmer en tant que pays leader du monde libre et à présenter le président lui-même en tant que chef de file du mouvement anti-impérialiste. « Vladimir Poutine a tout écouté sans manifester d’enthousiasme particulier et ne s’est animé que lorsqu’il a été question d’utiliser des technologies modernes pour organiser le Festival », se souvient un participant à la rencontre.

Le président russe Vladimir Poutine a rencontré quelques participants du Festival mondial de la jeunesse et des étudiants. Crédits : WFYS2017
LE PRÉSIDENT RUSSE VLADIMIR POUTINE A RENCONTRÉ PLUSIEURS PARTICIPANTS DU FESTIVAL MONDIAL DE LA JEUNESSE ET DES ÉTUDIANTS. CRÉDITS : WFYS2017

« Le concept même du festival a été menacé »

« Dès le départ, le concept même du festival était menacé, raconte Daria Mitina. La FMJD souhaitait qu’il inclue la participation de militants de gauche et de personnes ayant un lien avec la FMJD tandis que la Russie voyait les choses différemment, avec une participation élargie. »

L’incompatibilité des deux approches a donné lieu à une série de conflits. La FMJD a par exemple accepté de n’accréditer qu’une seule délégation en provenance d’Israël – celle des communistes – tandis que la partie russe a élargi l’accès au festival à des représentants des forces de droite, tel le parti Likoud.

Trois jours avant le lancement du festival, des individus ont grimpé sur le mât situé près de l’entrée du Palais des glaces à Sotchi où sont accrochés les drapeaux de tous les pays participants, et ont arraché celui d’Israël. En outre, un grand nombre de délégations arabes ont décidé de boycotter la cérémonie d’ouverture.

Incapables de concilier les deux visions du festival, la FMJD et l’administration présidentielle ont préparé deux programmes distincts. Celui de la fédération inclut une série de débats politiques tandis que celui mis au point par l’administration du président russe contient des formations en développement et réussite personnels. En définitive, il suffira de faire quelques pas pour passer de discussions sur Che Guevara et le rôle de la révolution d’Octobre, aux interventions du président du conseil d’administration de Sberbank German Gref et du motivateur australien Nick Vujicic sur comment réussir sa vie.

« Nos haut fonctionnaires pensent que les jeunes n’ont pas besoin de discussions pointues ou de séminaires sur des sujets politiques, regrette Daria Mitina. Ils pensent que les jeunes ont besoin de courses de quads, de formations professionnelles et coachings en développement personnel. Or, le festival a toujours été un événement socio-politique et il le restera. Autrement, l’organiser n’aurait plus aucun sens ».

À en croire le sociologue de gauche Boris Kagarlitski, la Russie s’est montrée incapable, en tant qu’organisatrice du festival, d’en retirer les avantages escomptés.

« Il s’est avéré que les fonctionnaires russes sont incapables de réfléchir hors du champ politique et bureaucratique, souligne l’expert. La FMJD rassemble des jeunes progressistes de gauche et d’extrême gauche qui ont leurs propres positions et programmes, et même leurs propres pratiques quotidiennes, normes de comportement et relations. Il s’agit d’un programme de gauche, anti-impérialiste. Mais nos organisateurs n’ont pas voulu en tenir compte. Comment German Gref peut-il être le bienvenu à un festival où la majorité des participants soutiennent la nationalisation du système bancaire ? », s’interroge Boris Kagarlitski.

Alors que les représentants russes des force de gauche ne cachent pas leur déception, la FMJD, pour sa part, préfère ne pas attiser les tensions. « Nous comprenons que la Russie n’est pas l’URSS, que ses réalités politiques et sa société sont différentes, a déclaré à RBCNicholas Papadimitriou, président de la FMJD. Même si nos collègues du comité d’organisation russe et nous ne sommes pas d’accord sur certains points, nous espérons que le contexte historique et l’objectif du festival seront préservés à Sotchi ».

L'ouverture du Festival a eu lieu dans le parc olympique de Sotchi. Crédits : WFYS2017
L’OUVERTURE DU FESTIVAL A EU LIEU DANS LE PARC OLYMPIQUE DE SOTCHI. CRÉDITS : WFYS2017

4,5 milliards de roubles

L’organisation du festival a coûté au total 4,5 milliards de roubles au budget russe. Le pays finance la tenue de tous les événements à Sotchi ainsi que l’hébergement et les repas des participants dans des hôtels situés à Adler, non loin du Parc olympique. Le trajet aller-retour jusqu’à Sotchi est à la charge des délégués, y compris étrangers. Le nombre total de participants s’élève à environ 30 000, dont 20 000 délégués (10 000 Russes et 10 000 étrangers), 7 000 bénévoles, ainsi qu’un grand nombre d’intervenants et d’invités. Les délégations étrangères les plus nombreuses (plus de 200 membres) viennent de Cuba, de Corée du Nord, de Chine, du Vietnam, de Namibie, d’Angola, du Mozambique, d’Afrique du Sud, d’Inde et du Sri Lanka. Des délégations issues des républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk avaient également l’intention de participer au festival, selon une source au sein du comité d’organisation – une requête que la FMJD a toutefois refusée. Selon la direction de la fédération, leur participation aurait représenté une menace pour les délégués ukrainiens à leur retour à Kiev.

Si le ministère ukrainien de la jeunesse et du sport a appelé à boycotter le festival, les membres du LKSU, organisation des jeunes du Parti communiste ukrainien de Petr Simonenko, ont l’intention d’assister à l’événement. Des délégations officielles d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud seront présentes, menées par les ministres de la jeunesse de ces deux républiques reconnues par la Russie.

Certains jeunes ont brandi des drapeaux de Transnistrie (Moldavie) et de la République populaire de Donetsk (Ukraine). Crédits : WFYS2017
CERTAINS JEUNES ONT BRANDI DES DRAPEAUX DE TRANSNISTRIE ET DE LA RÉPUBLIQUE POPULAIRE DE DONETSK. CRÉDITS : WFYS2017

 

 

Ziouganov est arrivé à Sotchi pour participer au XIXème Festival Mondial de la Jeunesse et des Etudiants

RuslanThaguchev. Photo SergeySergeev. Service de presse du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie

14 octobre, le Président du Comité central du Parti communiste, GuennadyZiouuganov est arrivé à Sotchi pour participer au XIXème Festival Mondial de la Jeunesse et des Etudiants.

https://kprf.ru/party-live/cknews/169672.html

14-10-2017

À l’aéroport, GennadyAndreevitch et les chefs du Parti communiste qui l’accompagnaient ont été accueillis par les cosaques de Kouban selon la tradition, avec du pain et du sel. Les jeunes communistes et les membres du Komsomol membres du festival ont également pris part à la cérémonie solennelle.

 

Il est prévu que Ziouganov participera à la cérémonie d’ouverture du XIXème Festival Mondial de la Jeunesse et des Etudiants, qui se tiendra le 15 octobre. Et le 16 octobre, le chef du Parti communiste de la Fédération de Russie s’adressera à la séance plénière du programme de discussion sur le thème «100 ans de la grande révolution socialiste d’octobre».

Traduction MD

 

La jeunesse soviétique comme vous ne l’avez jamais vue (photos)

C’est exactement ce que dans notre livre nous avons désigné comme le happy days (jours heureux soviétiques, en référence à la série américaine, simplement les blousons noirs sont des komsomols et des jeunes gens épris de culture et d’exploits sportifs). A la période de mobilisation léniniste, puis stalinienne et aux lendemains de la deuxième guerre mondiale succède une période d’épanouissement et de gaieté, un phénomène partagé par toute la planète avec un élan vers le progrès social. La plupart de nos interlocuteurs considèrent Lénine et Staline comme des personnages historiques (Staline est mort en 1953), ils ne les ont pas connus mais les plus âgés ont connu la joie de vivre de l’URSS et ils en gardent une grande nostalgie. Si tant de Russes admirent les fondateurs du communisme, s’ils regrettent dans leur immense majorité l’URSS, pourquoi ne se rebellent-ils pas? Parce qu’ils sont comme nous de grands traumatisés et ils ne savent pas comment s’y prendre  (note de Danielle Bleitrach)
© SPUTNIK / YURIY KUYDIN
Membre d’un studio de cinéma amateur de l’usine d’extraction et de traitement de Sokolovsko-Sarbai, dans la région de Kustanai, RSS du Kazakhstan, actuellement le Kazakhstan.

Jetez un coup d’oeil à des images inédites de la jeunesse soviétique dans la galerie de Spoutnik.

En dépit [ou plutôt parce qu’ils  vivaient, note de la traductrice] du fait qu’ils vivaient  dans un pays communiste, les jeunes soviétiques ont connu le meilleur moment de leur vie, une vie qui paraissait être beaucoup plus excitante que les temps contemporains. Ils n’avaient pas de gadgets, mais ils voyageaient, pratiquaient des sports et partageaient des concerts rock. Il semble que la jeunesse du XXème siècle a été légendaire.

 
 

The Guardian : En Russie, personne ne rigole de La Mort de Staline d’Iannucci

Dans l’année du centenaire de la révolution russe, la satire hautement vantée en Grande Bretagne du cinéaste humoriste créateur de Veep sur le dirigeant soviétique se heurte à une réaction hostile. Cet article du Guardian reprend un certain nombre de choses que nous montrons dans notre livre (1917-2017, Staline, tyran sanguinaire ou héros national ? à paraître à la fin du mois chez Delga) et qui sont difficilement niables, à savoir l’attachement du peuple russe à l’URSS et à la figure de Staline. De surcroît il montre bien que les dirigeants actuels doivent tenir compte de l’opinion. Mais l’article limite au seul nationalisme cette adhésion à l’URSS, à ses initiateurs comme Staline, mais aussi Lénine, alors que celle-ci relève de phénomènes plus complexes, le regret d’une vie stable et où l’éducation, la santé étaient des conquêtes non remises en cause, la colère contre la corruption et les oligarques, le prestige dont jouit Staline est aussi lié à sa capacité supposée à en débarrasser le pays. Le ton de l’article enfin nous renseigne sur l’idéologie que la presse croit devoir adopter à l’égard de cette « nostalgie » russe qui selon eux ne peut venir que du nationalisme le plus étroit alors que leurs propres commentaires, le contenu du film auquel il est attribué 5 étoiles (un chef d’oeuvre digne de métropolis ou du cuirassé Potemkine) ne soulève pas le moindre doute chez des gens supposés détenir la vérité et l’objectivité (note et traduction de Danielle Bleitrach pour Histoire et société).

Une scène de La mort de Staline
 Peter Bradshaw le critique cinématographique du Guardian a donné à The Death of Stalin une note de cinq étoiles, mais pour beaucoup de Russes, il menace de rouvrir les débats houleux sur le rôle de Staline à l’approche du centenaire de la Révolution d’Octobre. Photographie: PR 

En Grande-Bretagne, les premières critiques de la satire noire d’Armando Iannucci sur la mort de Joseph Staline ont été plus que favorables. En Russie, personne ne rigole.

Steve Buscemi est Nikita Khrouchtchev, qui succède finalement à Staline, et Simon Russell-Beale, Lavrentiy Beria, l’odieux chef de la police secrète de Staline. La mort de Staline raconte les luttes intestines du Kremlin à la suite de la mort du dirigeant soviétique en 1953. Dans une scène de la bande-annonce Gueorgy Joukov, commandant des troupes soviétiques pendant la seconde guerre mondiale, considère Beria comme une « petite merde sournoise » dans le film de Jason Isaacs, ce qui illustre le ton parodique du film.

Peter Bradshaw du Guardian a déclaré que The Death of Staline était le film de l’année et lui a donné cinq étoiles. Beaucoup en Russie sont toutefois moins amusés car le film menace de rouvrir les débats russes sur le rôle de Staline lors du centenaire de la Révolution d’Octobre qui a amené les bolchéviks au pouvoir.

« La mort de toute personne n’est pas un sujet de comédie, et encore moins  la mort d’un chef d’Etat et d’un grand chef », a déclaré Nikolai Starikov, un politicien qui dirige un parti nationaliste marginal et qui a écrit une série de best-sellers sur l’histoire russe, y compris un à la gloire de  Staline. « Il était le chef d’un Etat qui était un allié de la Grande-Bretagne pendant la guerre. Pouvez-vous imaginer que les Russes fassent un film se moquant de la mort d’un roi britannique?

Starikov a déclaré que le film était un « acte hostile de la classe intellectuelle britannique » et a déclaré qu’il était très clair que le film faisait partie d’une « guerre de l’information anti-russe » visant à discréditer la figure de Staline.

Une porte-parole du ministère russe de la Culture a déclaré qu’elle ne pouvait pas commenter si le film pourrait être interdit en Russie, puisqu’aucune demande de licence n’avait encore été déposée. Un représentant de Volga Films, le distributeur russe de La Mort de Staline, a confirmé que l’entreprise n’avait pas encore présenté de demande officielle au ministère de la Culture pour obtenir une licence pour le film, affirmant que cela aurait lieu après la première britannique le 20 octobre. Elle a dit que tout commentaire public sur une interdiction potentielle était « simplement de la spéculation ».

Le journal pro-Kremlin Vzglyad a recommandé que le film ne soit pas projeté en Russie, l’appelant «un vilain geste des étrangers qui ne connaissent rien de notre histoire». Pavel Pozhigailo, conseiller du ministère russe de la Culture, a déclaré que le film était une «provocation planifiée» visant à mettre en colère les communistes en Russie et avait le potentiel d ‘«inciter à la haine».

Dans l’année centenaire des deux révolutions, le récit officiel du Kremlin sur l’histoire de la Russie évite de critiquer les dirigeants et se concentre sur la «grandeur russe», que ce soit sous les tsars, les soviets ou le président Vladimir Poutine. L’accent incessant sur cela a conduit à la colère populaire que le Kremlin lui-même trouve parfois difficile à contrôler. Matilda, un film à venir mettant en vedette une affaire entre le dernier tsar, Nicholas II, et une ballerine, a conduit à des protestations et des menaces visant à attaquer les cinémas qui le projettent .

Iannucci, qui a satirisé le système politique américain avec Veep et le système britannique avec The Thick of It, trouve que les Russes sont une cible plus sensible.

« La Russie moderne est très névrosée sur son passé – beaucoup plus névrotique que l’Union soviétique ne l’a jamais été », a déclaré Roman Volobuev, un cinéaste russe. « En URSS, nous avons eu des comédies sur la Seconde Guerre mondiale et la Révolution d’Octobre. Maintenant, soudainement, c’est trop sacré, «les blessures sont trop fraîches» et ainsi de suite. Les films d’époque doivent être flous et nostalgiques, ou gung-ho héroïque.  »

Poutine a soigneusement contrôlé ses rares mots sur Staline, veillant à ne pas louer le dirigeant soviétique, mais il s’est également abstenu de toute critique directe. Sous Poutine, la victoire dans la seconde guerre mondiale est devenue un événement sacré qui est présenté comme la base principale de l’Etat russe et, en tant qu’effet secondaire, les vues positives sur Staline ont augmenté en raison de son rôle de chef de guerre.

En juin, le Centre Levada de Russie a interrogé les citoyens du pays sur qui ils croyaient être «la plus grande personne de toutes les nations et de toutes les époques», et Staline est venu en premier lieu. Poutine est arrivé deuxième, et le poète russe Alexandre Pouchkine troisième.

Selon Denis Volkov de Levada, la popularité de Staline a fortement augmenté au printemps 2014, à l’époque de l’annexion de la Crimée, lorsque la rhétorique nationaliste du Kremlin a augmenté. Depuis lors, les sondages ont révélé que le nombre de Russes évaluent positivement Staline est le double de ceux qui le perçoivent négativement.

La réaction amère à Matilda a servi de nouveau avertissement aux figures des arts russes des dangers de s’écarter de la version approuvée par le Kremlin de l’histoire. Volobuev a déclaré que la longue tradition de la satire russe mordante n’était pas morte, mais que les professionnels du film étaient conscients que la satire était maintenant invendable.

« Chaque producteur de télévision que je connais veut faire une comédie politique; l’un d’eux a littéralement une photo d’Armando Iannucci au-dessus de son bureau, juste à côté du portrait de Poutine « , a-t-il dit. « Ils ne veulent tout simplement pas perdre de l’argent en diffusant quelque chose qui ne fonctionnera pas. »

 

AUX ORIGINES DE LA CRÉATION D’ISRAËL, AVEC ALBERT LONDRES

Publié le 11/10/2017
Auteur:
Julien Morel
Dieu sait que je n’ai jamais été d’accord avec la création d’Israël, j’y ai vu un retour injustifié par rapport aux populations sur le terrain, y compris la forte communauté juive qui s’y trouvait, une démission face à l’antisémitisme, une fuite devant ce qu’il fallait affronter et combattre comme tous les racismes,comme l’exploitation et le sexisme, le refuge dans un ghetto. Je n’ai jamais approuvé et encore moins aujourd’hui la politique de cet Etat et de ses dirigeants d’extrême-droite. Mais quand je lis les réflexions ignobles ou hypocrites attribuant au sionisme tous les maux, voir la notion d’americano-sionisme quand ce n’est pas le sionisme qui rendrait ignoble ce pauvre capital des Etats-Unis, et que je sais de tout ce que la vie m’a appris à quel point ce terme de sionisme ainsi employé est un simple prétexte pour nous fourguer leur antisémitisme viscéral, pour transformer la politique d’un Etat et de ses dirigeants en une malédiction attachée à la race qu’ils exècrent et dont ils espèrent bien qu’elle favorisera leurs projets nationalistes, racistes, tout sauf une émancipation, une lutte commune. Quand je vois les propos de ces gens là repris par toute l’extrême-gauche, les communistes. Dans ce cas là monte en moi la colère au souvenir de tout ce que les ancêtres de ces salopards ont accompli pour que de pauvres mecs aillent se fourvoyer dans pareille aventure. Tant que le discours antisioniste sera ce qu’il est je ferai une sorte de grève face au combat que j’ai toujours soutenu, tant que l’on m’invitera à « reconnaître » comme une opinion le fait que le crime des gangs des barbares est le résultat de la politique du CRIF, une immonde justification de la barbarie, tant que l’assassinat de trois petits enfants ne soulèvera aucune indignation de la part des français y compris quand comme maintenant le procès du frère Merah remet ces crimes dans l’actualité, les enfants juifs seraient-ils du bétail pour les chambres à gaz et les tueurs? Alors que ces mêmes français légitimement dénoncent massivement la mort d’humoristes, il y a eu de l’indifférence à cette mort d’enfants, et ultérieurement cette ignoble proposition du sieur Lefort m’invitant à soutenir Pascal Boniface attribuant la torture et la mort d’un jeunes homme au CRIF que je réprouve par ailleurs. Jamais je ne pardonnerai cela et les histoires de la famille Lefort ne m’intéressent plus. Tant que la gauche et l’extrême-gauche se conduiront ainsi, cette grève la mienne sera légitime à mes propres yeux, je ne combattrai pas aux côtés de ceux qui portent en eux cette haine qui a conduit au drame que représente à mes yeux Israêl (note de Danielle Bleitrach pour histoire et societe)
Habitants juifs dHébron, Palestine – Photos dAlbert Londres pour Le Petit Parisien – source BnF RetroNews

 

EN 1929, DIX ANS AVANT L’HOLOCAUSTE, LE CÉLÈBRE REPORTER PART À LA RENCONTRE DE LA COMMUNAUTÉ JUIVE EUROPÉENNE – ET DE CEUX QUI SONT SUR LE POINT DE LA QUITTER POUR LA « TERRE PROMISE ».

Entre octobre et novembre 1929, le reporter star Albert Londres publie au Petit Parisien un corpus de textes sur la première émigration des Juifs ashkénazes d’Europe vers la Palestine. Celui-ci se nomme « Des ghettos d’Europe à la terre promise ».

Au fil de vingt-sept articles, Londres dresse un panorama complet et extrêmement détaillé des motivations d’une population hétérogène, très différente selon qu’elle soit basée à East London, à Paris, en Tchécoslovaquie ou dans les communautés rurales de Bessarabie. Outre son immense qualité journalistique, ce récit exceptionnel nous ouvre les yeux sur les diverses conditions de vie et opinions des Juifs européens à la fin des années 1920, c’est-à-dire dix ans avant la catastrophe humaine la plus traumatisante du XXe siècle : le génocide de cette même population, la Shoah.

Commençant son périple sur un bateau en direction de la Grande-Bretagne, Londres s’attarde dans un premier temps sur un rabbin de Galicie – région à la jonction des actuelles Roumanie et Ukraine – venu dans le quartier de Whitechapel, à Londres, afin de convaincre une poignée de Juifs anglais d’aider leurs comparses d’Europe centrale à bâtir une nation en Palestine, terre promise du peuple juif – alors sous domination britannique. L’homme de foi insiste sur le caractère nécessaire de l’entreprise : en effet, si les Juifs d’Europe occidentale jouissent alors d’une liberté de croyance et d’une réussite sociale relative, le sort réservé aux juifs d’Europe orientale est tout autre. Leurs droits y sont ignorés. Les pogroms de Russie, Hongrie, Pologne ou de Lituanie, quoique moins importants dans les années 1920 qu’au cours des cinquante années précédentes, ont convaincu des dizaines de milliers de familles de quitter définitivement le continent.

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-petit-parisien/07-octobre-1929/2/1992411/1?fit=51.314.1025.854

Londres rencontre dans Whitechapel un homme âgé de classe moyenne dont le salon est orné d’un portrait de Théodore Herzl, père fondateur du sionisme, idéologie politique dont l’aboutissement serait la création d’un État juif. Cependant, l’homme ne semble pas trop y croire. Lorsque le reporter l’interroge sur son acception du sionisme, il répond :

« Je suis pour tout ce qui pourra soulager la détresse que j’ai connue dans mon enfance. Quand on a pu remonter de la fosse, il ne faut pas couper les cordes qui en sauveront d’autres […] Deux ou trois familles sont [pour l’heure] parties de Whitechapel. Mais elles sont revenues. »

Une semaine plus tard, dans les Carpates, Londres fait la connaissance de religieux excentriques des montagnes, qui vivent par la force des choses en-dehors de la société « goy » qui les rejette. Ce sont des Hassidim. Après être passé par Mukaveco, à l’extrême ouest de l’Ukraine, le journaliste poursuit son chemin en compagnie de son contact local, Salomon, et s’arrête sur un homme mystérieux, étique, qu’il nomme de façon assez condescendante « le Juif errant ». Londres semble fasciné par cette découverte anthropologique. « L’émotion me transportait », écrit-il.

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« II marchait dans les Carpates, peu après le village de Volchovetz. Ses bottes étant trouées, on voyait que ses chaussettes l’étaient aussi. Un caftan bien pris à la taille l’habillait du cou aux chevilles. Sur sa tête noire, un chapeau large et plat d’où s’échappaient deux papillotes soignées achevait la silhouette légendaire. »

Tandis que l’inconnu voyageur raconte son histoire à Londres, se dessinent les contours d’une vie dure, tournée vers la religion, et perpétuellement ponctuée par la faim, la peur ou le plus souvent, les violences infligées.

« Il était né à Cluj, en Transylvanie. Les pogromes de 1927 l’en avaient chassé. Battu par les étudiants roumains, sa maison brûlée, sa Thora souillée en place publique, il avait fui. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-petit-parisien/17-octobre-1929/2/49906/1?fit=1745.681.706.422

À Cernauti, capitale de la Bukovine, au nord-est de l’actuelle Roumanie, Londres décrit les devantures des nombreuses compagnies de voyage qui proposent à la population juive locale d’émigrer en Argentine ou aux États-Unis en bateau. Les prix ne sont pas forcément modiques. « Les grandes affaires ne vivent par que la richesse », souligne-t-il, « la misère a créé, ici, ces succursales des compagnies de navigation ».

Les Sassner sont commerçants, et font figure de famille relativement aisée à Cernauti. Au moment du reportage, ils reviennent à peine d’une longue visite en terres palestiniennes. Poussés par le chef de famille, ils ont tenté de s’installer à Tel-Aviv au cours des mois précédents. D’après sa femme, ils ont été déçus. Alors ils sont rentrés. Salomon traduit du yiddish les sentiments de celle-ci :

« Elle dit que la Palestine c’est ben pour les très riches ou les très pauvres ; ceux qui n’ont rien à perdre et ceux qui n’ont plus besoin de gagner. »

Un autre homme, Juda Fried, ne comprend pas pourquoi la jeune génération semble si passionnée par la question du sionisme et l’émigration en des terres lointaines, même si lui-même arbore un portrait de Theodore Herzl à l’entrée de son magasin d’horlogerie.

« Un souffle de colère fit onduler la barbe de l’horloger en chef. Son fils n’irait pas là-bas, jamais.

– Et quand il aura grandi ?

– Alors, l’idée sera loin. »

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En 1929, la Palestine compte 150 000 Juifs de descendance européenne, contre 800 000 Arabes. D’abord passé par Tel-Aviv puis Jérusalem, Albert Londres pose son sac à l’intérieur des terres, à Hébron. Il est surpris par l’entente manifeste entre musulmans Arabes et Juifs récemment arrivés, ou présents depuis une génération. À première vue, les deux communautés se côtoient, se disent bonjour. Cependant, il note que c’est ici, curieusement, que les affrontements les plus violents ont eu lieu.

Le plus marquant remonte à l’été précédent, où plusieurs extrémistes musulmans ont assassiné des habitants du ghetto juif – et démembré un rabbin.

« Une cinquantaine de Juifs et de Juives s’étaient réfugiés, hors du ghetto, à la Banque anglo-palestinienne, que dirigeait l’un des leurs, fils du rabbin Slonin. Ils étaient dans une pièce. Les Arabes, les soldats du grand mufti, n’ont pas tardé à les renifler. […] Ils coupèrent des mains, ils coupèrent des doigts, ils maintinrent des têtes au-dessus d’un réchaud, ils pratiquèrent l’énucléation des yeux. On scalpa un rabbin tandis qu’il recommandait à Dieu ses Juifs. On emporta la cervelle. »

Londres met l’accent sur les pillages récurrents des habitations des nouveaux arrivants. Il raconte l’histoire d’un vieil homme, né en Palestine, à qui l’on a tout pris, même la famille.

« Il ne reste rien dans les maisons de Safed, pas plus que dans celles d’Hébron. Ils ont tout pillé, ensuite tout brûlé. Voici seulement un vieillard qui larmoie dans sa blanche barbe. Il tient à nous dire qu’il s’appelle Salomon Youa Goldchweig, qu’il a soixante-douze ans, qu’il était né à Safed, qu’il n’avait jamais fait de mal à personne. Qu’on est venu chez lui, qu’on a tué sa femme, qu’on a voulu l’assassiner et que c’était quatre de ses voisins qu’il connaissait bien qui ont fait toutes ces choses. Et il nous demande : “Pourquoi ?“»

Londres se refuse à apporter la moindre tentative de réponse à cette question. Il se borne à mobiliser des faits, accablants. À travers ce long reportage, il a simplement tenté de traduire ce qu’il nomme le « drame de la race juive » à l’orée des années 1930. Il faudra attendre le dernier article pour que le journaliste se risque à expliquer l’apparition d’un mouvement sioniste international. Pour lui, cette volonté découle d’une seule cause : les persécutions incessantes dont sont victimes les Juifs européens.

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-petit-parisien/07-novembre-1929/2/1992593/1?fit=1727.361.704.409

« Le sionisme est un mouvement né de l’antisémitisme et qui a trouvé son aliment dans l’instinct de l’âme juive ; autrement dit, le sionisme est le résultat des persécutions. S’il y a des sionistes actifs en Russie, en Pologne, en Roumanie, c’est que dans ces pays les Juifs ne sont devenus ni des Russes, ni des Polonais, ni des Roumains, et qu’ils sont persécutés. »

À peine trois ans plus tard, le 30 janvier 1933, Adolf Hitler est nommé chancelier de la République de Weimar.

 
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Publié par le octobre 14, 2017 dans HISTOIRE

 

LA RÉVOLUTION D’OCTOBRE, NORMALE OU MONSTRUEUSE?

Un article fondamental d’une historienne qui représente l’honneur de sa profession autant qu’elle devrait l’être de la part des militants communistes dont le parti est né de cette révolution d’Octobre (danielle Bleitrach)

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Annie Lacroix-Riz, professeur émérite d’histoire contemporaine, université Paris 7-Denis Diderot

Paru dans Le Drapeau rouge, organe du parti communiste belge, n° 64, septembre-octobre 2017

http://vendemiaire.over-blog.org/2017/09/histoire/revolution-d-octobre-un-article-d-annie-lacroix-riz.html

La révolution d’Octobre est aussi logique que la Révolution française, qu’on ne peut expliquer qu’en décrivant, à l’exemple des grands historiens Albert Mathiez, Georges Lefebvre et Albert Soboul, la crise, de long et de court termes, de l’Ancien Régime féodal qui précéda et provoqua ce séisme.

 

Une longue situation prérévolutionnaire

Un pays arriéré, jeté dans le capitalisme entre l’ukase de 1861 abolissant le servage et la mise en coupe réglée de cette Caverne d’Ali Baba, depuis les années 1890, par les puissances impérialistes développées. La masse des paysans, plus de 80% de la population, fut soit privée de terre, soit enfoncée, plus gravement au fil des générations, dans la dette du rachat obligatoire des terres devenues « libres », à la superficie réduite à quasi rien (les paysans français avaient, eux, arraché en juillet 1793, au terme d’une lutte ininterrompue de quatre ans, l’abolition des droits seigneuriaux sans indemnité). La classe ouvrière issue de ce monde paysan misérable fut surexploitée par la grande bourgeoisie nationale et plus encore par les tuteurs de cette dernière, les grands groupes bancaires et industriels étrangers (français, britanniques, allemands, suisses, américains), qui, depuis l’ère du ministre de Witte, contrôlaient toute l’économie moderne. Concentrée plus qu’en tout autre pays dans les grandes villes ‑ capitale politique, Saint-Pétersbourg-Petrograd, en tête, avec l’énorme usine d’armement Poutilov ‑ , elle était combative :  40% des 3 millions d’ouvriers d’avant 1914 travaillaient dans des usines de plus de 1 000 ouvriers, et « la courbe des grèves » enfla sans répit du second semestre 1914 à février 1917, passant de 30 000 à 700 000 grévistes.

La guerre russo-japonaise de 1904, insigne manifestation des appétits des grands impérialismes rivaux pour le pactole russe, s’était achevée, vu l’ineptie militaire du régime tsariste, sur un fiasco aussi cuisant que celui qui avait mis fin à la guerre de Crimée. Avec pour conséquence la révolution de 1905, dans laquelle Lénine, chef de la fraction « bolchevique » (majoritaire au congrès de Londres de 1903) du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), vit, après coup, « le plus grand mouvement du prolétariat après la Commune » et « la répétition générale » de celle de 1917. L’échec du mouvement fondateur des « conseils » (soviets), nouveau mode d’expression et de pouvoir populaires, fut suivi d’une terrible et durable répression : plus que jamais, l’empire fut une prison des peuples, chérie absolue du grand capital français prêteur de crédits garantis par l’État français et « tondeuse de coupons” » (Lénine, chap. 8 de L’impérialisme, stade suprême du capitalisme). Cet échec retarderait de cinquante ans l’échéance d’une nouvelle révolution, à moins, pensait Lénine, d’une crise ou d’une guerre. La suite raccourcit les délais en conjuguant les deux.

Le système tsariste s’avéra aussi inepte qu’habituellement dans la conduite de la guerre générale. Sa chair à canon ne disposa même pas du minimum de munitions, la Russie fabriquant de 1914 à 1917 9 fois moins de cartouches et fusils que nécessaire. Baisse de la production agricole de près du quart, gabegie des réquisitions, récoltes pourrissant sur les lieux de production, insurmontables problèmes de transport, catastrophe du ravitaillement : début 1917, même sur le front, la ration de pain ne dépassait pas la journée et les soldats-paysans (95% de l’armée) rentraient à pied chez eux. C’était pire en ville, à Moscou et Petrograd notamment. La faim fut « la cause immédiate de la révolution » de février (Michel Laran, Russie-URSS 1870-1970, Paris, Masson, 1973). Celle-ci aboutit à l’abdication de Nicolas II, qui « avait fait l’unanimité contre lui ».

Une révolution logique

Les bolcheviques, exilés, comme Lénine (en Finlande), ou clandestins en Russie, étaient certes alors ultra-minoritaires. Mais ils cessèrent vite de l’être car le peuple russe, avide de réformes profondes, dut constater que son sort ne changeait pas. Il fut au fil des mois amèrement déçu par ceux auxquels il avait accordé sa confiance, tels les socialistes-révolutionnaires qui avaient depuis longtemps promis la terre à ceux qui la travaillaient. Même les paysans finirent par admettre, au tournant d’octobre 1917, qu’aucun autre parti que celui de Lénine, seul à démontrer depuis février sa capacité à tenir ses engagements, ne leur donnerait la terre et ne les libérerait de droit de la boucherie à laquelle ils avaient d’ailleurs commencé à se soustraire de fait depuis 1916.

Les historiens français des années 1970 montraient comment l’évolution de la conjoncture et des rapports sociaux avait en un temps record, entre août et octobre 1917 surtout, érigé les minoritaires de février en délégués exclusifs des « aspirations populaires ». L’universitaire René Girault a décrit ce processus dominé par deux questions, la terre et la paix. « À partir du putsch manqué du général Kornilov (fin août), l’évolution accélérée des soviets vers les bolcheviks, marquée par le passage de bon nombre de soviets urbains, de soldats et même de paysans à des majorités bolcheviques, montre que la constante opposition des bolcheviks à l’égard du gouvernement provisoire (et envers son “incarnation” Kerensky) remporte l’adhésion populaire ».

Le parti bolchevique réalisa dès la prise du pouvoir les réformes promises en « faisa[n]t basculer de son côté la grande masse de la paysannerie », sachant que « la confiance [que lui accordaient l]es masses urbaines était beaucoup plus forte » que celle des paysans. L’analyse de l’historien socialiste rejoignait, soixante ans plus tard (« Les révolutions russes », t. 5 de l’Histoire économique et sociale du monde, Léon Pierre, éd., Paris, Armand Colin, 1977, p. 125-142), celle du grand journaliste communiste américain John Reed, auteur des Dix jours qui ébranlèrent le monde, chef-d’œuvre d’« histoire immédiate » de la révolution d’Octobre et de ses enjeux de classe qu’il faut lire et relire (Paris, 10-18, réédition, 1963).

La coalition impérialiste contre les Soviets

Ce sont ces transformations effectuées avec autant de pragmatisme que de fidélité aux principes, selon Girault, qui assurèrent aux bolcheviques seuls (solitude qu’ils n’avaient pas voulue) la victoire finale dans une « guerre civile » qui, comme pour la Révolution française et toutes les « guerres civiles » depuis lors, fut d’origine et de financement surtout étrangers (comme l’atteste l’actuel cas vénézuelien). Ce n’est pas parce que les bolcheviques étaient des dictateurs sanguinaires haïs de leur peuple que, depuis 1918, « les forces armées de quatorze États envahirent la Russie soviétique sans déclaration de guerre », avec en tête « la Grande-Bretagne, la France, le Japon, l’Allemagne, l’Italie, les États-Unis », tuèrent plus de Russes que la guerre même, 7 millions d’« hommes, femmes et enfants », et causèrent des « pertes matérielles estimées par le gouvernement soviétique à 60 milliards de dollars », montant très supérieur aux « dettes tsaristes aux Alliés » et qui ne donna lieu à « aucune réparation » des envahisseurs, selon « le bilan » de Michael Sayers et Albert Kahn (The Great Conspiracy: The Secret War Against Soviet Russia, Little, Boni & Gaer, New York, 1946, traduit en 1947). Comme les aristocrates d’Europe coalisés en 1792 pour rétablir en France l’Ancien Régime et assurer chez eux la survie des privilèges féodaux, les groupes étrangers qui avaient fait main basse sur l’empire russe et les États à leur service plongèrent à nouveau la Russie dans trois ans de chaos pour conserver leurs trésors et s’en tailler de nouveaux, telle la Royal Dutch Shell, qui comptait à l’occasion rafler la totalité du pétrole caucasien. Comme en France, la Terreur révolutionnaire ne fut que la réplique obligée aux assauts extérieurs.

L’étape actuelle de la démonisation de la Russie soviétique (ou non)

En comparant les révolutions française et russe, le grand historien américain Arno Mayer, professeur à Princeton, a confirmé ces analyses de Sayers et Kahn, futures victimes du maccarthysme (http://www.independent.co.uk/news/obituaries/michael-sayers-writer-whose-career-never-recovered-from-being-blacklisted-in-the-united-states-2032080.html;https://en.wikipedia.org/wiki/Albert_E._Kahn). Si la France, a-t-il conclu, avait été une « forteresse assiégée » avant que la nouvelle classe dominante pût « s’arranger » avec les privilégiés contre-révolutionnaires de France et d’ailleurs, la Russie soviétique demeura un paria assailli de sa naissance à sa mort, et pour des motifs indépendants du caractère et des façons de Lénine ou de Staline (Les Furies, 1789, 1917Violence vengeance terreur aux temps de la révolution française et de la révolution russe, Paris, Fayard, 2002). Exception, heureusement traduite, dans le paysage historiographique.

Car les historiens « reconnus » présentent aujourd’hui la révolution d’Octobre comme le coup d’État d’un groupuscule anti-démocratique et assoiffé de sang, ou, au mieux, comme une entreprise initiale sympathique, confisquée par une « minorité politique agissant dans le vide institutionnel ambiant » et débouchant, ô horreur, sur « des décennies de dictature » et sur « l’échec soviétique [marquant] l’échec et la défaite de toutes les formes historiques d’émancipation du XXe siècle liées au mouvement ouvrier » : ces jugements respectifs de Nicolas Werth et Frédérick Genevée, dans « Que reste-t-il de la révolution d’Octobre? », « hors-série » deL’Humanité publié à l’été 2017, confirment les regrets officiels du PCF sur son passé « stalinien » dès la publication du Livre noir du communisme de 1997 du tandem Stéphane Courtois (successeur de feu François Furet)-Nicolas Werth.

Écho significatif du tournant antisoviétique et pro-américain des manuels français d’histoire du secondaire négocié dès 1983, qui frappa l’URSS (Diana Pinto, « L’Amérique dans les livres d’histoire et de géographie des classes terminales françaises », Historiens et Géographes, n° 303, mars 1985, p. 611-620) puis la Révolution française : c’était la double obsession de Furet, historien sans archives dont « ceux d’en haut », en France, aux États-Unis et dans l’Union européenne, Allemagne au premier chef, usèrent tant des services (L’histoire contemporaine toujours sous influence, Paris, Delga-Le temps des cerises, 2012). Après la chute de l’URSS et ses suites ‑ l’extension considérable de la sphère d’influence américaine en Europe ‑, la criminalisation de l’URSS s’imposa d’autant plus aisément que presque tous les anciens partis communistes avaient cessé d’y résister.

L’historiographie dominante est alignée sur la propagande antibolchevique et russophobe déversée depuis la fin de 1917. Mais on peut encore confronter la litanie des grands médias et de leurs historiens fétiches aux nombreux travaux scientifiques qui ont décrit correctement la révolution d’Octobre. Les lire sur l’événement majeur du 20e siècle permet d’aspirer une grande bouffée d’air frais. N’hésitez pas…