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[16-07] La rafle du Vel d’Hiv : le crime administratif

En ce jour anniversaire, voici quelques rappels sur le crime administratif qu’a représenté la Rafle du Vel d’Hiv.

Vous pourrez aussi lire ce billet comprenant des témoignages de victimes.oui la rafle du Vel d’hiv est un crime français et un chef de gouvernement étranger  ne devrait pas y être invité, ce qui est dénier la nationalité française aux juifs français.Et plus encore quand  la politique de ce dirigeant est décriée parce qu’il ne respecte pas les directives de l’ONU,  et parce qu’il est universellement considéré comme  un voyou infréquentable. Il devrait être clair que l’extermination des juifs ne doit pas être mêlée à la politique de ce dirigeant, clair pour tous y compris ceux qui soutiennent l’Etat d’Israël. Monsieur Macron une fois de plus montre à quel point il est le simple agent des forces capitalistes et fait fi des peuples, de leur histoire comme de leurs vie.Cet homme est le mépris politicien incarné. Cet article emprunté au site les Crises témoigne du caractère bureaucratique et du rôle de l’administration française. Cette affaire devrait être considérée également en fonction de ceux qui à l’époque résistèrent aux occupants et au gouvernement de Vichy, les communistes en particulier. L’appel à un dirigeant étranger a permis une fois de plus d’occulter cette réalité historique et de lui substituer des racolages communautaristes des racolages destinées uniquement à diviser la société française sur des bases qui conviennent au Capital (note de Danielle Bleirtrach

I. La rafle du Vel d’Hiv

La rafle du Vélodrome d’Hiver, souvent appelée « rafle du Vél’d’Hiv » est la plus grande arrestation massive de Juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre mondiale.

Effectuées à la demande du Troisième Reich — qui, dans le cadre de sa politique d’extermination des populations juives d’Europe, organise, en juillet 1942, une rafle à grande échelle de Juifs dans plusieurs pays européens, l’« opération Vent printanier » —, ces arrestations ont été menées par 7 000 policiers et gendarmes français, assistés de 300 militants du Parti populaire français de Jacques Doriot, sur ordre du gouvernement de Vichy, après des négociations avec l’occupant menées par René Bousquet, secrétaire général de la Police nationale.

À la suite de ces négociations, initiées par Pierre Laval, les Juifs de nationalité française ont été exclus de cette rafle qui concerna donc essentiellement les Juifs, étrangers ou apatrides, réfugiés en France, y compris plus de quatre mille enfants souvent français nés de parents étrangers.

Pour cette rafle, plus de 9 000 fonctionnaires français ont été mobilisés. 27 000 fiches de Juifs ont été extraites d’un fichier de la préfecture de police (le fichier “Tulard” ; depuis une ordonnance allemande du 27 septembre 1940 tous les Juifs français et étrangers en zone occupée devaient se faire enregistrer dans les commissariats de police à Paris et les sous-préfectures en province entre le 3 et le 20 octobre 1940 et sur cette base fut constitué un volumineux fichier juif). Elles ont ensuite été distribuées aux équipes policières chargées des arrestations.

Les Allemands, qui espéraient donc arrêter plus de 27 000 Juifs, n’en auront finalement « que » 13 152 : 3 118 hommes, 5 919 femmes, et 4 115 enfants, arrêtés les 16 et 17 juillet 1942 à Paris et en banlieue. En effet, certains policiers ont averti des familles la veille de la rafle.

Les adultes sans enfants sont rapidement envoyés vers Drancy. Les familles sont parquées pendant 3 à 5 jours dans des conditions d’hygiène dramatiques (manque d’eau, de nourriture, de sanitaires, de matelas, bruits continuels) avant d’être déportées vers les camps de Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande.

Leurs noms figurent dans les 38 convois à destination d’Auschwitz qui quittent la France entre le 17 juillet et le 11 novembre 1942.

Page Wikipedia de la Rafle

« La hiérarchie collaborait, mais la base tiquait » [Rapport du commissaire Gicquel]

II. Bilan des déportations durant la guerre

Au total, durant la guerre, 76 000 Juifs sur 330 000 ont été déportés de France. Parmi ces personnes, 11 500 enfants dont un peu moins de cent reviendront des camps. Environ 8 000 d’entre eux sont étrangers ou nés de parents étrangers. 6 000 enfants, soit plus de la moitié, ont été arrêtés par des policiers ou des gendarmes français avant d’être livrés aux nazis. Ainsi, 75% des Juifs de France ont survécu aux persécutions ; en comparaison, c’est le cas de 60% des Juifs de Belgique et de moins de 25% des Juifs de Hollande.

35 à 38 % des 135 000 Juifs étrangers (y compris les enfants nés de parents étrangers) ne sont pas revenus des camps contre 8 % des 195 000 Juifs français.

La très grande majorité des victimes françaises ont été déportées après l’été 1943, date de l’arrivée à Paris d’Aloïs Brunner, un adjoint d’Adolf Eichmann très engagé dans la mise en œuvre de la Solution finale qui ne va avoir de cesse de brusquer les autorités et d’intensifier la déportation des Juifs de France, de tous les Juifs.

III. Polémique sur les chiffres

Ces chiffres font l’objet de polémiques quant au traitement par Vichy des Juifs français, en particulier entre les historiens Robert Paxton et Alain Michel, ce dernier (fiche wikipedia) ayant déclaré :

“Depuis le début des années 1980, il est très difficile d’exprimer des idées sur le plan historique qui vont à contre-sens de la pensée de Paxton. Certains chercheurs ont arrêté de travailler sur le sujet, car le poids de cette doxa les empêchait de travailler librement. C’est un problème sur le plan de la recherche historique. On peut être en désaccord sur ce que j’écris dans mon livre – considérer que la vérité est plus du côté de Paxton ou Klarsfeld – mais le débat historique doit être libre. Il ne l’est pas aujourd’hui en France. […]

Je déteste les dirigeants de Vichy et n’ait aucune sympathie pour ces gens-là, mais je suis historien et nous ne faisons pas un travail d’avocat à charge. Nous devons déterminer le cours des événements et ce qu’a été la vérité historique. […]

contrairement à ce qu’affirme Serge Klarsfeld, je ne pense pas que l’on puisse attribuer ces chiffres à la seule action des “Justes parmi les nations”, mais principalement à la politique appliquée par le gouvernement de Vichy, qui a freiné l’application de la solution finale en France. […] Cette politique – approuvée par Pétain – a été essentiellement menée par Pierre Laval, secondé par René Bousquet. Pétain était quelqu’un qui avait un vrai fond d’antisémitisme, qui n’existait pas, à mon sens, chez Laval et Bousquet. […]

Le statut des juifs était antisémite, mais n’avait aucune volonté d’extermination. Il y avait en revanche une forte xénophobie vis-à-vis des juifs étrangers, et en répondant aux demandes allemandes pour livrer ces gens-là, Vichy s’est rendu complice de leur extermination. […]

Le gouvernement de Vichy avait bien sûr beaucoup de torts, était antisémite, mais je pense qu’il faut rééquilibrer la question et cesser de faire un récit en noir et blanc, qui diabolise Vichy et innocente les Français. […]

Je pense que ce qui caractérise cette période, c’est avant tout l’indifférence totale des Français. Les gens n’avaient rien à faire du sort des juifs, cela ne les dérangeait pas trop, parce qu’il existait une ambiance antisémite en France et en Europe depuis les années 1930 environ.” (Source)

Lire aussi cet article de synthèse d’Herodote.

P.S. les historiens en débattant encore, on n’ouvrira pas ce débat en commentaires svp…

III. La préparation de la rafle

Instruction des Allemands du 4 juillet 1942 :

Voici la circulaire n°173-42 du 13 juillet 1942 préparant la rafle :

https://www.youscribe.com/BookReader/IframeEmbed?productId=2849436&token=&width=590&height=831&startPage=1&displayMode=scroll&fullscreen=0

(à télécharger ici en version “non négatif” – désolé pour le bug)

Les Autorités Occupantes ont décidé l’arrestation et le rassemblement d’un certain nombres de Juifs étrangers. 

I – PRINCIPES

1 – A qui s’applique cette mesure ?

a ) Catégories : 

La mesure dont il s’agit, ne concerne que les Juifs des nationalités suivantes :

  • Allemands
  • Autrichiens
  • Polonais
  • Tchécoslovaques
  • Russes ( réfugiés ou soviétiques, c’est à dire “blancs” ou “rouges”)
  • Apatrides, c’est-à-dire de nationalité indéterminée.

b) Age et sexe : 

Elle concerne tous les Juifs des nationalités ci-dessus, quel que soit leur sexe, pourvu qu’ils soient âgés de 16 à 60 ans ( les femmes de 16 à 55 ans).

Les enfants de moins de 16 ans seront emmenés en même temps que les parents.

Dérogations :

Ne tombent pas sous le coup de la mesure :

  • les femmes enceintes dont l’accouchement serait proche
  • les femmes nourrissant au sein leur bébé
  • les femmes ayant un enfant de moins de 2 ans, c’est-à-dire né après le 1er Juillet 1940
  • les femmes de prisonniers de guerre
  • les veuves ou veufs ayant été mariés à un non-juif
  • les juifs ou juives mariés à des non juifs, et faisant la preuve, d’une part de leurs liens légitimes, et d’autre part, de la qualité de non-juif de leur conjoint.
  • les juifs et juives porteurs de la carte de légitimation de l’Union Générale des Israélites de France, carte qui est de couleur bulle ou jaune clair.
  • les juifs ou juives dont l’époux légitime est d’une nationalité non visée au paragraphe a)
  • les parents dont l’un au moins des enfants n’est pas juif.

Dans le cas où un membre de la famille bénéficie de la dérogation, les enfants ne sont pas emmenés, à moins qu’ils ne soient juifs et âgés de 16 ans et plus 

Exécution :

Chaque israélite (homme et femme) à arrêter fait l’objet d’une fiche. Ces fiches sont classées par arrondissement et par ordre alphabétique. 

Vous constituerez des équipes d’arrestation. Chaque équipe sera composée d’un gardien en tenue et d’un gardien en civil ou d’un inspecteur des Renseignements Généraux ou de la Police Judiciaire. 

Chaque équipe devra recevoir plusieurs fiches. A cet effet, l’ensemble des fiches d’un arrondissements ou d’une circonscription sera remis par ma Direction ce jour à 21 heures. 

Les équipes chargées des arrestations devront procéder avec le plus de rapidité possible, sans paroles inutiles et sans commentaires. En outre, au moment de l’arrestation, le bien-fondé ou le mal-fondé de celle-ci n’a pas à être discuté. C’est vous qui serez responsables des arrestations et examinerez les cas litigieux qui devront être signalés. 

Vous instituerez, dans chacun de vos arrondissements ou circonscription, un ou plusieurs centres primaires de rassemblement, que ferez garder. C’est dans ce ou ces centres que seront examinés par vous les cas douteux. Si vous ne pouvez trancher la question, les intéressés subiront momentanément le sort des autres. 

Des autobus dont le nombre est indiqué plus lion, seront mis à votre disposition. 

Lorsque vous aurez un contingent suffisant pour remplir un autobus, vous dirigerez :

  1. sur le Camp de Drancy les individus ou familles n’ayant pas d’enfant de moins
  2. sur le Vélodrome d’Hiver : les autres. 

En ce qui concerne le camp de Drancy, le contingent prévu doit être de 6 000. En conséquence, chaque fois que vous ferez un départ pour Drancy, vous ferez connaître le nombre de personnes transportées dans ce camp à l’État-Major qui vous préviendra lorsque le maximum sera atteint. Vous dirigerez alors les autobus sur le Vélodrome d’Hiver. 

Vous affecterez à chaque autobus une escorte suffisante. Les glaces de la voiture devront demeurer fermées et la plate-forme sera réservée au bagages. Vous rappellerez aux équipes spéciales d’arrestation, en leur donnant lecture, les instructions contenues dans les consignes que vous remettrez à chacune d’elle avant de procéder aux opérations.             

Vous leur indiquerez également, d’une façon nette, les renseignements qu’ils devront, après chaque arrestation, porter au verso de la fiche afférente à la personne arrêtée. 

Vous ne transmettrez que le 18 au matin :

  1. Les fiches des personnes dont l’arrestation aura été opérée
  2. Les fiches des personnes disparues.
  3. Les fiches des personnes ayant changé d’adresse, et dont la nouvelle résidence est connue à moins que cette dernière ne se trouve dans votre arrondissement.

Enfin, vous conserverez pour être exécutées ultérieurement les fiches des personnes momentanément absentes lors de la première tentative d’arrestation.

Pour que ma Direction soit informée de la marche des opérations, vous tiendrez au fur et à mesure, à votre Bureau, une comptabilité conforme au classement ci-dessus.

Des appels généraux vous seront fréquemment adressés pour la communication de ces renseignements.

Parmi les personnes arrêtées, vous distinguerez le nombre de celles conduites à Drancy de celles conduites au Vélodrome d’Hiver.

Pour faciliter le contrôle, vous ferez porter au dos de la fiche, par un de vos secrétaires, la mention « Drancy  ou  Vélodrome d’Hiver », selon le cas.

II. Effectifs et matériel

A. Dispositions générales

Les permissions seront suspendues du 15 courant à 18 heures au 17 courant à 23 heures et tous les cours supprimés jusqu’à la reprise des permissions.

Le service de garde des Établissements allemands ne sera pas assuré, sauf celui des parcs de stationnement et des garages installés dans les passages souterrains, du 15 courant à 21 heures 30 au 17 courant à 21 heures 30, sauf quelques rares exceptions dont vous serez seuls juges.

En conséquence, les renforts fournis habituellement pour ce service spécial ne vous seront pas envoyés.

De cette situation, il résulte que chaque arrondissement peut sans difficulté affecter à la constitution des « équipes spéciales » 10 gardiens par brigade de roulement et la brigade D au complet, sans que le service normal de l’arrondissement en soit affecté, assuré qu’il sera par le reste de la brigade de roulement (dont l’effectif, du fait de la suppression des permissions, correspond au moins à son effectif habituel).

Les gardiens désignés pour constituer les équipes spéciales seront exemptés de leur service normal d’arrondissement à partir du 15 courant à 16 h. ils assureront à nouveau leur service habituel à partir du 17 courant à 23 heures.

Ceux qui prendront la surveillance des établissements allemands le 17 courant à 21 h.30 devront être libérés de tout service dans l’après-midi du même jour.

B. Équipes spéciales d’arrestation

I. Renforts les 16 et 17 juillet

Les services détachant les effectifs ci-dessous indiqués devront prévoir l’encadrement normal, les chiffres donnés n’indiquant que le nombre des gardiens. Les gradés n’interviendront pas dans les arrestations, mais seront employés selon vos instructions au contrôle et à la surveillance nécessaire.

2 – Horaire de travail des équipes spéciales. 

Les inspecteurs et gardiens constituant les équipes spéciales d’arrestation prendront leur service au Central d’Arrondissement désigné, le 16 courant à 4 heures du matin. Ils effectueront leur service : 

1°- le 16 : de 4 heures à 9 heures 30, et de 12 heures à 15 heures 30

2°- le 17 : de 4 heures à 13 heures. 

C – Garde des centres primaires de rassemblement et accompagnement des autobus 

1 – Renforts des 16 et 17 Juillet :

Pour leur permettre d’assurer la garde de leurs centres primaires de rassemblement et l’accompagnement des détenus dans les autobus, les arrondissements les plus chargés recevront, en outre, les 16 et 17 Juillet les renforts suivants :

2 – Horaire : 

Les renforts destinés à la garde des centres primaires de rassemblement et à l’accompagnement des autobus prendront leur service au Central d’Arrondissement désigne le 16 courant à 5 heures du matin. 

Ils assureront leur service les 16 et 17 Juillet : 

Équipe n° 1 de 5 heures à 12 heures

Équipe n° 2 de 12 heures à fin de service
En ce qui concerne les effectifs de la Garde de Paris, la relève aura lieu au gré du commandement.

D – Circonscriptions de Banlieue.

Toutes les circonscriptions de banlieue, sauf celles des Lilas, de Montreuil, Saint-Ouen et Vincennes, constitueront leurs équipes spéciales d’arrestation, assureront la garde de leurs centres primaires de rassemblement et d’accompagnement, à l’aide de leurs propres effectifs.
En ce qui concerne le matériel, celui-ci vous sera envoyé après communications des chiffres aux appels généraux, de manière à organiser des itinéraires de transférement.
Suivant l’horaire et les dates fixées pour Paris, chapitre B, paragraphe 2, les renforts suivants seront fournis :
  • SAINT-OUEN : 20 gardiens en tenue et 12 gardiens en civil fournis par le 2ème Division sur ses effectifs de banlieue.
  • LES LILAS : 20 gendarmes et 14 gardiens en civil de l’Ecole Pratique
  • MONTREUIL : 25 gendarmes et 18 gardiens en civil de l’Ecole Pratique
  • VINCENNES : 15 gendarmes et 9 gardiens en civil de l’Ecole Pratique.
Dans les Circonscriptions des Lilas, Montreuil et Vincennes, les Commissaires commenceront les opération dès 4 heures du matin avec leurs propres effectifs et les gendarmes, et recevront les gardiens en civil de l’École Pratique par le premier métro : c’est à dire aux environs de 6 heures 15.

E – Matériel :

La Compagnie du Métropolitain, réseau de surface, enverra directement les 16 et 17 Juillet à 5 heures aux Centraux d’Arrondissement où ils resteront à votre disposition jusqu’à fin de service :

A la préfecture de Police (Caserne de la Cité) : 6 autobus.

Lorsque vous n’aurez plus besoin des autobus, vous en aviserez d’urgence l’État Major P.M.; et, de toute façon vous ne les renverrez qu’avec son accord. 

 En outre la Direction des Services Techniques tiendra à la disposition de l’État-Major de ma Direction, au garage, à partir du 16 juillet à 8 heures : 10 grands cars. 

Les Arrondissements conserveront jusqu’à nouvel ordre les voiturettes mises à leur disposition pour le service spécial du 14 juillet, contrairement aux instructions de ma Circulaire n° 170-42 du 13 juillet.

De plus, de 6 heures à 18 heures, les 16 et 17 juillet, un motocycliste sera mis, à la disposition de chacun des : 9ème, 10ème, 1-ème, 18ème, 19ème et 20ème Arrdts. 

F – Garde du Vélodrome d’Hiver 

La garde du Vélodrome d’Hiver sera assurée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur par la Gendarmerie d . la Région Parisienne et sous sa responsabilité.

G – Tableau récapitulatif des fiches d’arrestations :

Le Directeur de la Police Municipale 

              HENNEQUIN

(Source de la transcription : Maitre Eolas)

IV. Les archives policières

En 2012, une exposition exceptionnelle a été organisée avec des documents d’archives de la police présentes pour la première fois au public :

La plupart des pièces présentées ici sont exceptionnelles par leur rareté. En fait, elles ne devraient plus exister. Au tournant de l’année 1947, le ministre de l’Intérieur ordonnait aux préfectures de détruire les archives marquant une discrimination à l’égard des Juifs constituées sous Vichy et l’occupation, exception faite de celles permettant d’établir des droits en faveur des familles de déportés ou de servir la justice. C’est ainsi que dans le ressort de la préfecture de police de Paris, la plupart des archives de la persécution furent pilonnées. Plus rien ne devait rester dans les commissariats de quartier, y compris, précisait une circulaire, « les registres de recensement des israélites »…

Pour une raison que l’on ignore, les « archives raciales » du commissariat de police des quartiers des Enfants-Rouges et des Arts-et-Métiers, situé rue de Bretagne (Paris-3e), ont, en partie, échappé à la destruction – à commencer par le fameux « registre de recensement ».

Certains documents sont plus particulièrement accablants. Ainsi, cette copie d’une lettre du commissaire de police des Enfants-Rouges et des Arts-et-Métiers adressée, le 6 mars 1941, au service administratif des Affaires juives (dit le « service spécial », basé à la Caserne de la Cité) : le policier fait savoir qu’il se démène pour débusquer les entreprises juives en appartement, qui abondent dans sa circonscription, mais ce travail,
dont il s’est chargé en personne « par goût de la nouveauté », lui pose bien des difficultés…

En voici quelques-uns :

Et l’affreux :

Voici le document relatant l’exposition, qui en contient d’autres :

https://www.youscribe.com/BookReader/IframeEmbed?productId=2849434&token=&width=590&height=924&startPage=1&displayMode=scroll&fullscreen=0

(Source)

Bien sûr, le Vel d’Hiv ne fut qu’un début. Voici une circulaire d’octobre 1942 organisant l’arrestation de Juifs dans les Deux-Sèvres (Source) :

Nous terminons en vous recommandant ce document : “Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi” (Source)

https://www.youscribe.com/BookReader/IframeEmbed?productId=2849427&token=&width=590&height=900&startPage=1&displayMode=scroll&fullscreen=0

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La rafle du Vel d’Hiv :

“Le Vel d’Hiv est évacué. Il restait 50 Juifs malades et des objets perdus, le tout a été transféré à Drancy.” [Note de police du 22 juillet 1942]

Nous vous recommandons ce billet comprenant des témoignages de victimes.

 
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Publié par le juillet 17, 2017 dans extrême-droite, HISTOIRE

 

Retour sur la manifestation du 14 juillet 1953.

14 juillet 1953 à Paris : un massacre oublié ! Ce jour là, la police tire à balles réelles sur le cortège du Parti communiste auquel participent des militants anticolonialistes algériens : 7 manifestants sont tués !

Aucun texte alternatif disponible.

https://archives.seine-saint-denis.fr/Un-massacre-oublie.ht…

Affiche à la mémoire des sept victimes du 14 juillet 1953. Paris (75), place des Fêtes, 19 juillet 1953. Correspondant l’Humanité non identifié. Droits réservés – Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/759 35).

Les défilés républicains du parti communiste, de la CGT et des organisations progressistes : vue générale du défilé à Paris le 1<sup class="typo_exposants">er</sup> Mai 1937. Auteur non identifié. Droits réservés - Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/28 367). {JPEG}Les défilés républicains du parti communiste, de la CGT et des organisations progressistes : vue générale du défilé à Paris le 1er Mai 1937. Auteur non identifié. Droits réservés – Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/28 367).Le 14 juillet 1953, comme chaque année depuis 1936, le Parti communiste français (PCF), la Confédération générale du travail (CGT) et de nombreuses organisations progressistes organisent à Paris un défilé qui se veut une célébration des valeurs de la République. Cette tradition rappelle celle des manifestations du 1er Mai.

Ce 14 juillet, le cortège défile de la place de la Bastille à la Nation. Rendez-vous est donné dès 14 heures aux militants afin de se constituer en cortèges dont l’ordre a été décidé au préalable. Comme chaque année depuis le début des années 1950 les messalistes, militants indépendantistes du mouvement pour les libertés démocratiques en Algérie (MTLD) dirigé par Messali Hadj, prennent part au défilé malgré leurs divergences – le PCF n’est, à l’époque, pas favorable à l’indépendance de l’Algérie. Ils sont encadrés par leur propre service d’ordre que l’on reconnaît à son brassard vert.

Cette année le contexte est particulièrement tendu : les manifestations du 1er Mai ont été marquées par des violences policières ; celles de mai 1952 contre la venue en France du général américain Ridgway accusé d’utiliser des armes bactériologiques en Corée se sont soldées notamment par la mort de l’ouvrier communiste Hocine Bélaïd.

Le cortège du MTLD le 14 juillet 1953. Paris (75), 14 juillet 1953. Correspondant l’Humanité non identifié. Droits réservés - Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/759 15). {JPEG}Le cortège du MTLD le 14 juillet 1953. Paris (75), 14 juillet 1953. Correspondant l’Humanité non identifié. Droits réservés – Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/759 15).À 15 heures, le cortège s’ébranle en direction de la place de la Nation avec à sa tête une banderole proclamant l’« Union pour la défense des libertés républicaines ». L’on entonne une première Marseillaise, l’on exige la libération des militants communistes emprisonnés. Quoi que la presse ne s’en fasse pas l’écho par la suite, l’on scande aussi du côté des messalistes des slogans favorables à une Algérie indépendante.

Du côté de la rue Jacques-Cœur surgissent quelques parachutistes, de retour d’Indochine, qui provoquent et agressent les manifestants. Sporadiquement, ces « bérets rouges » qui le matin même défilaient sur les Champs-Élysées agressent les manifestants. Exfiltrés par les policiers, ils ne sont pas arrêtés.

Vers 15 heures 30, une première averse estivale, violente et soudaine, sème un peu le trouble mais le cortège parvient tout de même aux alentours de 16 heures en bon ordre à la Nation où la manifestation doit se disloquer. Depuis la tribune où il prend place, le comité d’organisation salue les différents cortèges.

Tandis qu’une seconde averse, encore plus drue, s’abat sur la place de la Nation, la journée vire au cauchemar. Après son passage devant la tribune officielle, le cortège des messalistes se presse en direction de l’avenue du Trône où un camion attend les militants pour recueillir les drapeaux algériens et les portraits de Messali Hadj qu’ils portaient fièrement durant le défilé. Des rues adjacentes, des policiers fondent sur eux. Ces derniers s’acharnent à piétiner les portraits du leader indépendantiste. Éclate alors une première bagarre sous la pluie torrentielle. Surprises par la réaction belliqueuse des messalistes qui refluent malgré tout vers la place, les forces de l’ordre suppléées de gardes mobiles retournent à la charge tandis que la tribune est évacuée.

Un blessé des affrontements du 14 juillet à Paris, le 14 juillet 1953. Auteur non identifié. Publié (recadré) le 15 juillet 1953 en Une de l’Humanité. Droits réservés - Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/92 18). {JPEG}Un blessé des affrontements du 14 juillet à Paris, le 14 juillet 1953. Auteur non identifié. Publié (recadré) le 15 juillet 1953 en Une de l’Humanité. Droits réservés – Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/92 18).Soudain, sans sommation, des coups de feu claquent. « L’horloge monumentale, brisée à l’entrée du carrefour, est arrêtée à 17h20, heure où le premier coup de feu fut tiré », selon France Soir le 16 juillet. Dans la panique générale qui s’en suit, sous une pluie battante, les premiers blessés sont évacués vers les cafés où se réfugient aussi les manifestants effarés qui, comme les clients des cafés, se font frapper par la police. On appelle les ambulances pour transporter les blessés tandis que des médecins donnent les premiers soins. Avenue du Trône, un premier car de police est renversé et enflammé. Deux autres seront brûlés et une vingtaine endommagés. Bien que la traque des manifestants se poursuive jusque dans les cours d’immeubles et sur les quais du métro où les manifestants Algériens – ou qualifiés comme tel – cherchent refuge, un calme relatif revient à peine trente minutes après les premières échauffourées qui furent d’une violence inouïe.

Sept manifestants sont tombés sous les balles de la police, six Algériens et un Français : Amar Tabjadi, 26 ans, décédé à l’hôpital Saint-Louis ; Abdallah Bacha, 25 ans, décédé à l’Hôtel-Dieu des suites d’une balle reçue dans la gorge ; Larbi Daoui, 27 ans, tué d’une balle dans le cœur ; Abdelkader Dranis, 31 ans, décédé à l’hôpital Saint-Louis ; Mohammed Isidore Illoul, 20 ans, décédé à l’hôpital Saint-Louis ; Medjen Tahar, blessé par deux balles, décédé à l’hôpital Tenon et enfin Maurice Lurot, 40 ans, mort à l’hôpital Saint-Louis d’une balle dans le cœur.

D’après le bilan officiel de la Préfecture de police, une soixantaine de policiers furent blessés à divers degrés. Le journal Combat indique le chiffre de quatre-vingt policiers blessés ; du côté des manifestants, outre les sept morts, le même journal recense quarante-quatre blessés. Mais le décompte officiel de la Préfecture – quarante blessés par balles et sept morts – est certainement à réévaluer : de nombreux blessés, de peur d’être incarcérés, ne se rendent pas dans les hôpitaux et certains médecins ne les signalent pas.

Les corps des victimes du 14 juillet 1953 exposés à la Maison des Métallos. Paris (75), 22 juillet 1953. Auteur non identifié. Droits réservés - Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/759 21). {JPEG}Les corps des victimes du 14 juillet 1953 exposés à la Maison des Métallos. Paris (75), 22 juillet 1953. Auteur non identifié. Droits réservés – Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/759 21).Dans les jours qui suivent, l’émotion est intense ; la presse s’indigne, comme par exemple l’Humanité, ou au contraire voue aux gémonies les Algériens agresseurs des forces de l’ordre : le Figaro du 15 juillet dénonce les communistes et les Algériens respectivement responsables et initiateurs des affrontements. Le PCF, tout en taisant les revendications indépendantistes des messalistes, invite à un meeting le 21 juillet au Cirque d’Hiver qui remporte un franc succès.

Le même jour, les corps des victimes algériennes sont transportés à la mosquée de Paris pour une cérémonie religieuse tandis que rue Duhesme, au local de la section du PCF à laquelle appartenait Maurice Lurot, une chapelle ardente est dressée en hommage aux sept victimes de la répression policière. Le lendemain, leurs corps sont exposés à la Maison des Métallos avant l’enterrement de Maurice Lurot au cimetière du Père-Lachaise et le transfèrement des corps des Algériens vers l’Algérie.

Mais les brimades ne sont pas encore terminées : les corps de Larbi Daoui et Mohammed Isidore Illoul ne peuvent être rapatriés en Algérie pour des raisons administratives. Ils seront enterrés dans le carré musulman du cimetière de Bobigny. Quant à Amar Tabjadi, si sa dépouille est bien parvenue en Algérie, l’Humanité du 26 juillet rapporte que son corps a été subtilisé à sa famille par des militaires français et enterré « à l’esbroufe ». Tahar Madjeb sera inhumé à Guergour, Abdallah Bacha à Bahalil et Abdelkader Dranis à Nedrouma.

Rassemblement du 1<sup class="typo_exposants">er</sup> mai 1954. S.l., 1<sup class="typo_exposants">er</sup> mai 1954. Correspondant l’Humanité non identifié. Droits réservés - Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/15 59). {JPEG}Rassemblement du 1er mai 1954. S.l., 1er mai 1954. Correspondant l’Humanité non identifié. Droits réservés – Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/15 59).Malgré quelques commémorations, le massacre du 14 juillet 1953 sera vite occulté dans les années qui suivent par ceux d’octobre 1961 et de février 1962.

Le 21 septembre 1995, le fils de Maurice Lurot écrivait dans le courrier des lecteurs de l’Humanité-Dimanche : « chaque année, alors que chacun danse, c’est les larmes aux yeux que je cherche un mot qui réchauffe dans l’HD [l’Humanité-Dimanche]. Chaque année, mon père est de nouveau assassiné par les camarades, par leur oubli ».

 

Maxime Courban
Archiviste en charge des fonds photographiques du journal l’Humanité
Juillet 2013

Bibliographie sélective

  • Emmanuel BLANCHARDLa Police parisienne et les Algériens (1944-1962), Paris, Nouveau Monde éditions, 447 p.
  • Emmanuel BLANCHARD, « Police judiciaire et pratiques d’exception pendant la guerre d’Algérie », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 2006/2 no 90, p. 61-72. Disponible sur : http://www.cairn.info/revue-vingtie….
  • Emmanuel BLANCHARD, « La dissolution des Brigades nord-africaines de la Préfecture de police : la fin d’une police d’exception pour les Algériens de Paris (1944-1958) ? », Bulletin de l’IHTP, 1er semestre 2004, p. 70-82.
  • Emmanuel BLANCHARD, « La Goutte d’Or, 30 juillet 1955 : une émeute au cœur de la métropole coloniale », Actes de la recherche en sciences sociales, 2012/5 n° 195, p. 98-111. Disponible sur : http://www.cairn.info/revue-actes-d…
  • Jacques JURQUETAlgérie, 1945-1954. Des élections à la lutte armée, Éditions du Centenaire, 1984, 443 p.
  • Maurice RAJSFUS1953, un 14 juillet sanglant, Agnès Viénot éditions, 2003, 237 p. (coll. Moisson rouge).
  • Danielle TARTAKOWSKILes Manifestations de rues en France, 1918-1968, Publications de la Sorbonne, 1997, 869 p.
 
 

Il y a cent ans, la révolution russe | Ces jours qui ébranlèrent le monde

Discours de Lénine du 20 mars 1920 sur la place du théâtre du Bolchoï à Moscou. Discours de Lénine du 20 mars 1920 sur la place du théâtre du Bolchoï à Moscou.
Thema’s

HISTOIRE

 

Pourquoi le président des Etats-Unis n’a rien à faire en France un 14 Juillet

Pourquoi le président des Etats-Unis n’a rien à faire en France un 14 Juillet

On pourrait comprendre que le gouvernement français rende hommage aux Etats-Unis pour leur entrée en guerre aux côtés de la France, en 1917. Mais Emmanuel Macron a choisi d’inviter Donald Trump le 14 Juillet, et non le 2 avril (date de l’entrée en guerre des Etats-Unis). L’acte est lourd de symbole. Il s’agit de suggérer que le destin de France et des Etats-Unis sont indéfectiblement liées ; et d’inscrire la Révolution française dans le sillage de l’histoire des Etats-Unis. C’est ici que le bât blesse. Autant il serait stupide de nier les influences réciproques qu’ont exercé l’une sur l’autre la fédération américaine et la nation française, autant inscrire le 14 Juillet dans le sillage de l’histoire américaine revient à vider de sa substance cette date fondatrice et la Révolution qui l’a suivie. Et permet au Président de réécrire l’histoire des relations franco-américaines.

Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron évoque les liens qui unissent la Révolution Française à l’histoire américaine. « Monsieur Trump, regardez votre histoire: c’est celle de la Fayette, c’est la nôtre », déclarait-il déjà le 18 janvier 2017. L’évocation du marquis de La Fayette, qui appuya militairement l’indépendance américaine et fut un protagoniste important de la Révolution française, permet à Emmanuel Macron de suggérer une filiation idéologique entre ces deux événements, et plus largement une continuité historique entre le destin de la République Française et de la République américaine.

L’invitation de Donald Trump un 14 Juillet en France a été interprétée de la même manière par la presse française, qui se réjouit que les liens franco-américains soient célébrés de la sorte.

La Fayette : personnage commode qui permet d’inventer une communauté de destin entre la France et les Etats-Unis.

On oublie ici de dire que La Fayette, qui apporta un soutien militaire important aux révolutionnaires américains, s’opposa de toutes ses forces aux révolutionnaires français lorsque ceux-ci devinrent républicains. On oublie de rappeler que Louis XVI, qui envoya des 12.000 soldats français à la jeune République américaine pour la consolider face aux Anglais, finit par être décapité par les révolutionnaires français.

C’est que les deux révolutions, française et américaine, ne sont absolument pas comparables dans les principes qu’elles proclamèrent, les réalisations qui furent les leur et les forces sociales qu’elles mobilisèrent.

La République française proclamait en 1792 le suffrage universel. La Constitution de juin 1793 mettait en place certaines structures de démocratie directe. La Constitution américaine de 1776, quant à elle, laissait intact le suffrage censitaire dans de nombreux Etats. Elle instituait un régime représentatif, explicitement opposé à toute forme de démocratie directe ou participative. Les Pères Fondateurs des Etats-Unis se caractérisent par leur hostilité à la démocratieLe peuple était pour eux un mineur politique, gouverné par ses passions, incapable de discerner ce qui était bon pour lui ; une « grosse bête« , pour reprendre l’expression du juriste Alexander Hamilton, l’un des rédacteurs de la Constitution américaine. Pour cette raison, le pouvoir devait appartenir à une élite, seule capable de gouverner; Madison, président américain, écrivait par exemple que le pouvoir devait être placé entre les mains des « hommes les plus capables« , des « chefs d’Etats éclairés« , des « hommes doués d’intelligence, de patriotisme, de propriétés et d’un jugement impartial« . L’historien Gordon Wood n’a pas tort d’écrire que la Constitution américaine est un texte « à caractère aristocratique, destiné à contenir les tendances démocratiques de l’époque » et à « exclure du pouvoir ceux qui n’étaient pas riches ou bien nés« .

La Constitution américaine de 1776 a mis en place un régime censitaire et ségrégationniste.

La République française abolit l’esclavage le 4 février 1794 ; elle proclama l’unité du genre humain et mis fin, dans la loi, aux discrimination liée à la couleur de la peau. On sait que la Révolution américaine, au contraire, renforça ce que les révolutionnaires français nommaient « l’aristocratie de l’épiderme » ; elle fut, après tout, l’oeuvre de planteurs esclavagistes, les mêmes qui dans la France de 1794 furent jetés en prison…

La Révolution fut le théâtre d’un bouleversement social majeur: une réforme agraire radicale eut lieu en 1793, et les bases d’une société égalitaire furent jetées. Le processus d’indépendance américaine, au contraire, renforça le pouvoir des grands propriétaires terriens ; James Madison, « père fondateur » et quatrième président des Etats-Unis, fait part dans une lettre de son souci de protéger « la minorité des riches » des abus de la « majorité« …

Saint-Just. Avec Robespierre, il est l’une des grandes figures de la phase radicale de la Révolution française (juin 1793 – juillet 1794).

On voit tout ce qui oppose ces deux événements, entre lesquels Emmanuel Macron voudrait pourtant établir une filiation. À la racine de ces différences, c’est une divergence de philosophie politique qui est à l’oeuvre. La Révolution américaine est le produit de la tradition libérale, alors que la Révolution française est issue de la pensée républicaine.D’un côté, c’est l’extension illimitée des droits individuels qui est promue; de l’autre, le bonheur collectif et la souveraineté populaire. Régis Debray, dans Civilisation, résume cette différence. D’un côté, la Révolution française proclame que « l’individu tire sa gloire de la participation volontaire à l’ensemble ». Au contraire, la révolution américaine, forte de sa tradition individualiste, proclame que « l’ensemble tire sa gloire du degré de liberté qu’elle laisse à l’individu ». « Il y avait du Locke et de l’Epicure chez Jefferson, de l’Aristote et du Rousseau chez Saint-Just.Chez l’un, une promesse de bien-être donnée à chaque individu ; chez l’autre, la mise à disposition des plébéiens (« les malheureux sont les puissances de la terre ») des moyens de vivre dans la dignité ».

Inviter Donald Trump en France un 14 Juillet équivaut à édulcorer le tremblement de terre que fut la Révolution française, à passer sous silence ce qui lui donna un si grand retentissement : la proclamation de la République, l’abolition de l’esclavage, la décapitation du roi, la redistribution des terres aux paysans. Et à gommer une partie essentielle de l’histoire de France.

Plus que de célébrer l’entrée en guerre des Etats-Unis, il est ici question, pour Emmanuel Macron, d’inscrire la Révolution de 1789, l’acte fondateur de l’identité politique française, dans une tradition atlantiste et libérale. Et de réaffirmer l’attachement indéfectible de la France au gouvernement américain. À l’heure où le gouvernement américain multiplie les déclarations impérialistes à l’égard de l’Amérique latine, les provocations en Asie du Sud-Est et la signature de contrats juteux avec les pétro-monarchies obscurantistes, faut-il vraiment faire preuve d’anti-américanisme primaire pour regretter que la France s’aligne aussi parfaitement sur la vision du monde des Etats-Unis ?

 

Première preuve vidéo de l’existence d’esclaves sexuelles coréennes pendant la Seconde Guerre mondiale

 http://deredactie.be/cm/vrtnieuws/buitenland/1.3021302

Mon 10/07/2017 – 11:19 Jos De Greef en Corée du Sud a été montré un vieux film sur les « femmes de réconfort » de la Seconde Guerre mondiale. Ce sont des images de 1944 et elles montrent un certain nombre de femmes qui ont été détenues par l’armée japonaise libérées par des soldats chinois. Le sujet trouble encore les relations diplomatiques entre la Corée et le Japon.

Le film ne dure que 18 secondes, il est en noir et blanc. Il montre un certain nombre de jeunes femmes coréennes traumatisées peu après leur libération par des soldats américains et chinois alors qu’elles étaient maintenues en captivité par des Japonais. Ces faits sont intervenus en 1944 dans la province chinoise du sud-ouest du Yunnan.

C’est la première preuve vidéo des « femmes de réconfort ». Jusqu’à présent, il n’y avait que des témoignages des victimes et des photos d’archives japonaises.

Au total, pendant la guerre, plus de 200.000 femmes, principalement issues de Corée, de Chine et des Philippines, avaient été retenues prisonnières par l’armée japonaise comme esclaves sexuelles pour la « détente » des troupes au front. La Corée a été occupée par le Japon à partir de 1910 et les Coréens étaient considérés comme des citoyens de seconde classe.

En Corée, l’occupation et l’utilisation des « femmes de réconfort » ont causé un grand ressentiment envers le Japon. Le Japon n’a reconnu qu’en 1993 que les femmes avaient été forcées à avoir des relations sexuelles avec des soldats.

Le gouvernement japonais n’a jamais présenté d’excuses officielles. Selon Tokyo la question a été réglée par un traité en 1965 avec la Corée du Sud, déclarant que les deux pays ont établi des relations diplomatiques (seulement 20 ans après la guerre), et le Japon a versé 800 millions $ pour l’aide financière à la Corée du Sud.

En Corée du Sud ne vivent encore maintenant que 46 de ces « femmes de réconfort », mais leurs familles continuent à manifester leur ressentiment contre le Japon. Devant  le consulat japonais à Séoul et la ville portuaire de Busan, il y a des statues de femmes de réconfort (images dans le texte), au grand dam des diplomates japonais.

Consultez les images (et lire plus bas la vidéo):

VRT

Le Japon et la Corée, les voisins difficiles

C’est une histoire difficile entre les deux pays. Pendant des siècles, l’empire de Corée était un pays où la Chine et le Japon, des grandes puissances se battaient et menaient leurs guerres. D’autre part de nombreux éléments culturels comme la culture du thé et du bouddhisme de Chine via la Corée ont été diffusés au Japon.

En 1910, le Japon industrialisé a annexé la Corée autrefois fermée, qui a été transformée en une colonie. Les Coréens étaient des citoyens de seconde classe dont la langue et la culture ont été systématiquement détruits. D’autre part le Japon a également apporté l’industrie moderne, mais le ressentiment de la répression a continué jusqu’en 1945 quand la Corée était sous contrôle allié, qui a conduit à la guerre froide entre les deux états.

Cet héritage est suspendu comme une ombre sur la Corée du Sud et le Japon, en dépit du fait qu’ils sont maintenant liés l’un à l’autre par les  États-Unis, sous la pression des alliés, d’autant plus que la Corée du Nord communiste est plus menaçante avec des essais nucléaires et des essais de missiles.

 

Marx sous les sunlights par Par Jacques Mandelbaum

En allant voir aux Variétés à Marseille le film de Terence malik j’ai demandé à la responsable de programmation quand est-ce que ce film passait, elle m’a confirmé sa présentation en présence du cinéaste et aussi à l’occasion d’une semaine sur le cinéma allemand. Je n’ai pas osé lui faire remarquer que le cinéaste était à ma connaissance un franco-haïtien, vu que Karl lui était bel et bien allemand. (note de Danielle Bleitrach)

« Le Jeune Karl Marx », de Raoul Peck, raconte les vertes années de l’auteur du « Capital » et de son compère Friedrich Engels. Le tournage, parfois haut en couleur, vient tout juste de s’achever

Photos Tobias Kruse/Ostkreuzpour Le Monde / AFP x 1

Après Groucho, Harpo et Chico, se pourrait-il que Karl, moins drôle mais à peu près aussi célèbre, incarne à son tour la famille Marx au cinéma ? Il semble que oui, le cinéaste Raoul Peck ayant achevé de tourner en Allemagne sinon un biopic, du moins le portrait d’un jeune homme en colère. Un film d’avant Le Capital, donc, et d’avant la statue du commandeur rouge à barbe blanche, vieux lutteur épuisé qui nous regarde avec une triste componction. Cela s’appellera donc Le Jeune Karl Marx. Voilà qui n’est pas anodin. On connaît certes des réalisateurs qui se sont plus ou moins durablement inspirés du marxisme (de Dziga Vertov à Jean-Luc Godard), mais on ne voit pas, dans l’histoire du cinéma, beaucoup de réalisateurs que Marx lui-même aura fait rêver en tant que personnage. Tout au plus Sergueï Eisenstein avait-il rêvé d’adapter au cinéma Le Capital, sans suite. Le destin de cet homme qui a sacrifié sa vie et celle de sa famille à la réalisation d’un idéal, au prix de l’exil et du dénuement, a pourtant des aspects très romanesques.

En tout état de cause, visez cette scène. Intérieur jour. Nous sommes à Paris, vers 1845, dans l’atelier de Gustave Courbet (en réalité, nous sommes à Ganz, dans l’est de l’Allemagne, le 3 novembre 2015, dans une sorte de hangar délabré mais de belle allure, où le froid pince). Au milieu de quelques modèles nus croqués par des élèves, le peintre est occupé à faire le portrait du proto-anarchiste Pierre-Joseph Proudhon. Autour d’une table, Karl Marx est en train de mettre une pilée aux échecs au libertaire russe Mikhaïl Bakounine, sous le regard amusé de son compère Friedrich Engels et de sa femme Jenny Marx, née von Westphalen et issue de la vieille noblesse teutonne. Marx et Proudhon se toisent en grands fauves, devisent des « partisans allemands de la critique critique », que Marx et Engels viennent d’étriller dans un livre qu’ils ont décidé de nommer « Critique de la critique critique » (rire général sur le titre de cet ouvrage, qui deviendra La Sainte Famille). Sur ces entrefaites entre Moritz Hess, figure tutélaire des hégéliens de gauche, retour du Louvre, accompagné de sa femme Sybille, dont tout porte à croire qu’elle a accordé ses faveurs au jeune et impétueux Engels, et qui approuve en badinant l’avis de Proudhon sur la révolution comme « secousse ».

On en restera là de cette scène, qui résume à elle seule les défis soulevés par le film. D’un côté, une ribambelle de « monuments », dont l’œuvre et l’influence mobilisent quelques tonnes de littérature critique. De l’autre, une tentative de les naturaliser dans un récit qui ne renonce ni au trivial ni au romanesque. Au milieu, des acteurs qui luttent pour alléger leur personnage du poids de la reconstitution, de l’idéologie et de l’histoire, tâche ardue tant Raoul Peck, qui aime à se couvrir et à varier les points de vue, éprouve leur spontanéité par un nombre considérable de prises. Nommons-en quelques-uns : August Diehl, acteur réputé en Allemagne, est Marx ; Stefan Konarske, son jeune challenger, est Engels ; Olivier Gourmet, qu’on ne présente plus, est Proudhon.

La fin du tournage semble difficile pour certains d’entre eux, contraints par surcroît de se lever tous les jours à cinq heures du matin lors de cette ultime semaine. Diehl, qui semble fraîchement sorti de l’Actors Studio, est rentré en dedans de lui-même, en osmose intellecto-chimique avec le génie ombrageux de son modèle, et semble porter le poids du Capital sur ses épaules. Konarske, à l’opposé, est un blond feu follet, folâtrant sur le plateau et en dehors, vantant à qui veut l’entendre sa lassitude de l’Allemagne, la liberté et la grâce de la France, où il a élu domicile. Gourmet, plutôt solitaire en ces terres germaniques, assouplissant ses muscles entre deux prises, assure l’essentiel comme à l’ordinaire. Tous tombent d’accord pour tenter de rendre vivant leur personnage en oubliant l’histoire intellectuelle, et pour convenir néanmoins que la pensée de ces jeunes hommes en colère contre l’ordre social de leur temps tombe à point dans notre époque.

  • Aucun d’entre eux n’entretient toutefois à l’égard de Marx la ferveur et le lyrisme de Raoul Peck. Sans les nécessités du lendemain, alors que nous le rencontrons en début de soirée, il est probable que la nuit entière y serait passée. Son parcours explique en partie cette passion. Naissance à Port-au-Prince (Haïti) en 1953, enfance à Leopoldville (aujourd’hui Kinshasa), au Congo, pour fuir la dictature Duvalier avec ses parents, études d’ingénieur en Allemagne, puis de cinéma. Une œuvre très engagée s’ensuit. L’Homme sur les quais (1993), sur le début de règne de Duvalier ; Lumumba (2000), sur la figure assassinée de l’indépendance congolaise ; Quelques jours en avril (2005), une série HBO sur le génocide rwandais. entre-temps, Raoul Peck aura été ministre de la culture en Haïti. Depuis 2010, il assume les fonctions de président de la Femis.

    Ce Jeune Karl Marx est pour lui une longue histoire : « Marx, c’est d’abord ma propre jeunesse. Je le lis depuis l’université, en Allemagne, où on l’enseigne. C’est un penseur et un théoricien exceptionnel, un puits d’érudition et un génie dans son siècle. C’est une plume incroyable, qui invente une langue. Il n’a rien fait d’autre que d’analyser la société capitaliste, et de montrer que le seul profit la régule. Toute société, pense-t-il, est déterminée par ses modes de production. Voilà qui me semble riche d’enseignements et de conséquences, plus encore peut-être à notre époque qu’à la sienne. Ma première tentative de le mettre en scène date d’il y a dix ans. C’était une commande de docu-fiction pour Arte, mais je n’étais pas content de mon traitement. Le sujet n’est pas simple : c’était trop lourd, trop compliqué… »

    Il y reviendra donc, avec l’aide de son complice en écriture Pascal Bonitzer, pour un projet cette fois de pure fiction, qui se limite aux années de jeunesse, 1843-1848. La période s’achève avec la rédaction du Manifeste du Parti communiste, qui prône une conception matérialiste de l’histoire et jette les bases d’un mouvement ouvrier unifié international. Roberto Rossellini, comme Peck l’a découvert au cours de ses recherches, avait en son temps entretenu ce projet. Les deux hommes potassent la correspondance, ainsi que les cours de Raymond Aron au Collège de France, le philosophe s’étant intéressé à cette période. But de l’opération : « Tenter non de faire un biopic, qui n’est que la réduction hollywoodienne d’une histoire générale à un destin privé, mais d’incarner par l’émotion une histoire intellectuelle qui regarde encore notre temps. »

    Même tonalité chez Pascal Bonitzer : « L’enjeu émotionnel était fort : il fallait absolument montrer un Marx différent de l’icône de la maturité, sombre et compassé. Notre Marx est un jeune homme qui cherche, à la fois arrogant et génial. Engels est, quant à lui, une sorte de play-boy intellectuel. Il nous fallait donner un petit coup de jeune à tout ça, parce qu’à relire aujourd’hui Le Manifeste du Parti communiste, on est stupéfait de la modernité de ce texte, qui nous parle plus de la frénésie du capitalisme financier d’aujourd’hui que de celui de son époque. Marx est résolument moderne ! Relisez Lamartine ou Hugo, et comparez. »

    Car il y a évidemment, derrière ce film, la croyance que la pensée de Marx, par-delà les fléaux politiques qui se sont réclamés de sa pensée, serait toujours utile aujourd’hui : « Le ton a changé depuis la crise financière, précise Raoul Peck. Nous vivons une révolution comparable à celle de l’industrialisation, il y a une résurgence de l’intérêt pour Marx. La recherche, au milieu d’un grand désarroi, d’une méthode d’analyse qui nous permette de penser le monde. » Le film n’aura d’ailleurs pas échappé aux rapports de production : la société Agat Films engage un budget de 9 millions d’euros, avec la société Rohfilm comme coproducteur allemand. Le budget, rapidement ficelé en France, a été « un enfer » à trouver en Allemagne, où Marx n’éveille pas forcément de bons souvenirs. Le tournage s’est également révélé laborieux, dans un pays où, contrairement à la souplesse et à la débrouille en vigueur en France, la hiérarchisation des fonctions et le respect du devis sont appliqués sans égards pour le projet. Il se murmurait enfin qu’une lutte de tempéraments aurait opposé, sur le plateau, le réalisateur à son acteur principal. Ainsi se vérifie qu’en ce bas monde, vouloir l’égalité du genre humain condamne à un éternel exil.

 
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Publié par le juillet 12, 2017 dans CINEMA, HISTOIRE

 

Les six plus grands chefs-d’œuvre de l’architecture soviétique des années 1920 à 1950

plus je travaille sur la période dite stalinienne qu’il s’agisse du cinéma ou de l’architecture (arts de masse) , moins je suis convaincue par les interprétations et les caricatures. Peut-être suis-je en train de céder à une autre illusion, celle de mon antipathie profonde pour l’ère Khroutchevienne et brejnevienne, alors que ces périodes ont été celles aussi d’une détente , d’un mieux vivre qui pour une large part encore aujourd’hui alimentent la nostalgie de l’URSS. (note de danielle Bleitrach)

Les meilleurs exemples de l’architecture soviétique ont été construits dans les trente premières années d’existence de l’URSS. C’est en effet à cette époque que Moscou a vu l’apparition de la futuriste tour Choukhov, du pompeux hôtel Moskva et des sept gratte-ciel staliniens. RBTH revient sur les principaux édifices datant de l’essor de l’architecture soviétique.
Tour Choukhov (1922, Vladimir Choukhov)

Crédit : AFP / EastNews

Le pouvoir soviétique considérait la radio comme le meilleur moyen de propagande auprès de la population peu instruite. C’est pourquoi le pays devait se doter d’une tour radio impressionnante. Les constructions hyperboloïdes de Choukhov, déjà très populaires à l’époque dans les expositions internationales, étaient très futuristes et dans l’esprit de l’art de propagande soviétique.

Ses travaux correspondaient idéalement à un édifice « lourd » comme une tour radio : grâce à lui, la construction était gigantesque sans être chargée. C’est ainsi qu’est apparue la tour Choukhov, miracle d’ingénierie et symbole de la radiophonie soviétique (et ensuite de la télévision).

Maison de Melnikov (1929, Constantin Melnikov)

Crédit : Sergueï Mikheev / RG

L’architecte Melnikov a imaginé un bâtiment en forme de cylindre lors du concours de construction de la Maison de la culture Zouev. Il n’a pas remporté la compétition, mais son idée n’a pas été abandonnée et s’est même développée : la maison privée de Melnikov a ainsi pris la forme de deux cylindres collés l’un à l’autre.

L’idéologie du début de l’URSS interdisait toute propriété privée et exigeait de consacrer l’architecture aux intérêts collectifs. Cet objectif a pris une tournure grotesque dans le cas de la maison de Melnikov. L’architecte avait prévu une chambre pour chacun des membres de sa famille qui devenait ainsi un « collectif de personnes dormant ».

Même si Melnikov avait mis l’accent sur la proximité de son projet avec l’architecture soviétique hautement fonctionnelle, les Moscovites ont jugé avec mépris ce bâtiment cylindrique aux fenêtres hexagonales en le surnommant « niche bourgeoise habitée ».

Melnikov a toujours voulu que sa maison devienne un jour un musée. Son ouverture a traîné jusque récemment à cause d’un contentieux juridique entre les héritiers de l’architecte. La maison de Melnikov a enfin ouvert ses portes aux visiteurs en décembre 2014.

Le bâtiment de l’Union centrale (1937, Le Corbusier)

Crédit : Alexandre Poliakov / RIA Novosti

Le Corbusier, célèbre dans le monde de l’architecture pour avoir mis en place les principes d’édification des immeubles de bureaux modernes, a participé au boom de la construction soviétique des années 1930. Il a notamment pris part à – et bien sûr remporté – l’appel d’offres pour le bâtiment de l’Association des communautés de consommateurs.

Pour ce colossal immeuble de bureaux situé sur la rue Miasnitskaïa, l’architecte a appliqué l’ensemble des « cinq points de l’architecture moderne », qui régissent encore l’élaboration de la majorité de ces bâtiments dans le monde. Ces principes comprennent l’utilisation de piliers en béton et en acier, de toits-terrasses plats, d’un minimum de murs intérieurs et d’énormes fenêtres allongées.

Pour la bourgeoisie soviétique, ces solutions étaient apparemment trop progressistes. Les Moscovites n’aimaient pas cet édifice volumineux avec ses « béquilles » en béton et sa façade minimaliste. Le poète Ossip Mandelstam écrivait notamment avec ironie : « Dans les palais de cristal posés sur des pattes de poules, même d’une ombre légère je ne rentre pas ».

Hôtel Moskva (Oswald Staprane, Leonid Saveliev, Alexeï Chtchussev, 1935, restauré en 2004)

Crédit : A.Solomonov / RIA Novosti

Au début des années 1920, le palais du Travail aurait dû être construit à côté du Kremlin, à la place de l’actuel hôtel Moskva : il s’agissait d’énormes cubes de verre et de béton reliés par une salle de spectacle en forme d’ellipse. Il aurait ressemblé au vaisseau « Enterprise » de la série Star Treck. Les travaux du palais du Travail ont cependant rapidement pris fin à cause du coût élevé et de la complexité du projet.

Il a ainsi été décidé de construire un hôtel à sa place, édifice plus traditionnel, mais pas de moins grande envergure. Sous la direction de l’architecte Chtchoussev, le Moskva a été dessiné dans un style pompeux et traditionaliste qui est rapidement devenu dominant parmi les bâtiments des années 1930 à 1950. Les colonnes, arcs et balustrades décoratives reflétaient le lien entre l’architecture soviétique et les traditions antiques.

Centre panrusse des expositions (1935-1954, plusieurs architectes sous la direction de Sergueï Tchernychiov)

Crédut : AP

Un gigantesque parc d’exposition a été créé au Nord de Moscou pour que les citoyens soviétiques ou les touristes puissent admirer à n’importe quel moment les réussites de l’agriculture et de l’industrie du pays. Des 70 pavillons du parc, la moitié rappelle les temples du style Empire. Colonnes, poteaux, statues, fontaines : les meilleures traditions de l’architecture totalitaire sont présentes.

C’est le pavillon n°32, érigé en 1939, qui attire le plus l’attention. Au départ, il s’appelait « Machinerie » et ressemblait à un hangar avec un toit en verre. L’intérieur faisait penser aux temples des civilisations mésopotamiennes, sauf qu’à la place des représentations de dieux et de héros, on y trouvait des statues de machiniste et de tractoriste.

À la fin des années 1950, le pavillon a été agrandi d’une salle dotée d’une coupole en verre dont la structure maillée rappelle la tour Choukhov. Depuis lors, le pavillon a été rebaptisé « Cosmos » et une copie de la fusée Vostok, qui avait été lancée en orbite avec Gagarine à son bord, a été dressée sur la place située en face.

Gratte-ciel staliniens (1952-1957, Lev Roudnev, Dmitri Tchetchouline, Viatcheslav Oltarjevski, Sergueï Tchernychiov et d’autres)

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Le centre de Moscou est bordé à plusieurs endroits des célèbres gratte-ciel staliniens : le bâtiment de l’Université d’État de Moscou, trois immeubles d’habitations, deux hôtels et le ministère des Affaires étrangères.

Au départ, il ne devait y avoir à Moscou qu’une seule tour totalement démesurée. Le projet de palais des Congrès, ziggourat colossal de 500 mètres de haut avec une représentation de Lénine au sommet, n’a pas vu le jour à cause de la guerre : les carcasses métalliques qui lui étaient destinées ont été retransformées afin de servir de protections contre les tirs de chars.

Après la guerre, le projet a été revu pour compter sept édifices séparés aux styles similaires. L’architecture de l’époque stalinienne a définitivement acquis son style grâce à ses bâtiments. Elle se compose des tendances mondiales dans le domaine du monumentalisme (les contours des gratte-ciel rappellent l’Empire State Building, par exemple) et renvoie aux cultures anciennes.

Via ces ornementations, ces colonnes et la forme même des bâtiments, les architectes ont mis l’accent sur le lien entre l’architecture soviétique et les cultures de l’ancien Orient, de l’Inde et de la Chine.

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