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Archives de Catégorie: HISTOIRE

 Robespierre a été un grand dirigeant de la démocratie en acte »

ne pas laisser caricaturer Robespierre ce n’est pas seulement défendre l’histoire, c’est défendre le droit à être aujourd’hui révolutionnaire (note de Danielle Bleitrach)

Entretien avec l’historienne Florence Gauthier, qui a présenté et annoté le Tome XI desŒuvres de Maximilien Robespierre lors de l’édition du Centenaire de la Société des études robespierristes en 2007. Elle nous fait part de sa réaction suite au droit de préemption exercé par le gouvernement pour les manuscrits inédits de Robespierre, tout en essayant de nous défaire de cette vision caricaturale de Robespierre, présenté à tort comme un tyran sanglant ancêtre des totalitarismes de tous bords.

J.G. : Mme Gauthier, vous avez consacré une grande partie de vos recherches  [1] à Robespierre succédant à des noms prestigieux d’historiens tels Albert Mathiez  [2ou Georges Lefebvre . La préemption au nom du gouvernement des manuscrits de Robespierre le 18 mai dernier supposait la réunion sous quinzaine des fonds nécessaires à leur acquisition. C’est chose faite. Cela doit être un soulagement ?

Florence Gauthier : Bien sûr, c’est une excellente nouvelle et pour deux raisons. Que ces documents manuscrits restent à la disposition du public et puissent être consultés et étudiés est une très bonne chose. Il existe en France plusieurs institutions comme les Archives Nationales ou la Bibliothèque Nationale, dont la fonction est de conserver ce type de documents, uniques et fragiles, et de les mettre à la disposition du public. La seconde raison : ces documents de Robespierre se trouvaient dans les papiers des héritiers de la famille Lebas. On espère toujours qu’il en existe d’autres qui réapparaîtront !

Pour Robespierre, on dispose de la quasi totalité des textes qu’il a publié ou qui ont été publiés, de son vivant. Mais il reste les manuscrits, dont la correspondance, qui sont des documents très précieux et dont on ne connaît encore qu’un petit nombre. Mais, on vient de le voir, plus de deux siècles après, des textes, dont on ignorait l’existence, reviennent soudain au jour, c’est formidable ! et il faut remercier et inviter les héritiers, qui en possèdent, à les rendre au public.

Je rappelle un autre exemple comparable ! En 1951, dans le contexte de l’après-guerre, les héritiers de la famille Carnot ont déposé des manuscrits en leur possession à la Bibliothèque Nationale. Parmi eux, un manuscrit de Saint-Just du plus grand intérêt, intitulé De la nature, de l’état civile (sic), de la cité ou les règles de l’indépendance, du gouvernement et qui a été publié dès 1951 par Albert Soboul, puis par Alain Liénart en 1976 [3] . Vous voyez, il y a de grands moments dans l’histoire des archives !

Dans votre livre Triomphe et mort du droit naturel en Révolution 1789-1795-1802, un très long passage [4] est consacré à Robespierre. Ce dernier, selon vous, avait compris la contradiction entre le pouvoir économique et la liberté politique. Cette problématique n’est-elle pas d’actualité ?

Cela vous a frappé ! Et je pense que les situations, toutes proportions gardées, sont comparables. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, une offensive du système capitaliste, ou, si vous préférez, du système de « l’économie de marché » se préparait. Cette histoire est racontée, en ce qui concerne la Grande Bretagne, qui était alors la puissance européenne en état de la diriger, par Karl Polanyi et Edward Palmer Thompson [5]. Il s’agissait d’une offensive pour imposer le système en Angleterre même d’une part et, d’autre part, pour diriger les nouvelles conquêtes impérialistes en direction de l’Afrique et de l’Asie, ce qui sera réalisé tout au long du XIXe siècle.

Polanyi et Thompson racontent comment s’est opérée l’offensive du système capitaliste en Angleterre afin de contrôler le marché des subsistances au niveau de la production céréalière et de leur commercialisation. L’offensive était en train de fabriquer ce que l’on appelle aujourd’hui l’arme alimentaire, qui nécessite de détruire tout le système de protection économique, social, juridique et mental précédent, afin de lui substituer un pouvoir qui s’impose par un moyen de contrainte, ici, la hausse des prix des denrées de première nécessité. Ce pouvoir économique est animé de l’esprit de profit qu’un peu plus tard, Karl Marx, qui était sensible à ce changement d’esprit, a exprimé par la métaphore d’un monde brutalement plongé « dans les eaux glacées du calcul égoïste ».

À la fin du XVIIIe siècle, la France subit la même offensive portée par une nouvelle école d’économistes, les physiocrates puis les turgotins, qui, depuis les années 1760, tentèrent des réformes pour « libérer » la production et le commerce des subsistances des formes de contrôle qui protégeaient la population des désastres de la spéculation. Ces offensives réformatrices se sont traduites par l’apparition de « troubles de subsistances » d’une ampleur inouïe : l’objectif des économistes était de hausser les prix des subsistances sans que les salaires suivent ! le résultat fut de causer des « disettes factices » et de désespérer les salariés les plus faibles, qui avaient faim, dépérissaient et mouraient d’inanition. On comprend que des révoltes populaires aient suivi.
E.P. Thompson a montré en Angleterre que ces révoltes populaires révélaient une conscience remarquable, qu’il a appelée « l’économie morale de la foule », marquée par des mesures cohérentes pour faire baisser les prix, en discutant avec les marchands et les autorités locales. Il a encore attiré l’attention sur les capacités populaires à concevoir des réponses d’ordre politique, économique et moral pour leur propre vie et celle de la société tout entière.

En France, où la population rurale représentait plus de 85%, les « émotions populaires » prirent une ampleur considérable et conduisirent à une révolution pour répondre à cette offensive des économistes, dans le but de l’interrompre et de construire une autre perspective historique ! La convocation des États généraux en 1789 a donné la parole au peuple : les cahiers de doléances et les élections des députés ont préparé une révolution qui fut la réponse à cette offensive du capitalisme.

Dès le mois de juillet, les paysans proposent un nouveau contrat social fondé sur une réforme agraire qui prévoit le partage de la seigneurie, forme dominante de la propriété du sol à l’époque : une partie de la seigneurie au seigneur, une autre à la paysannerie. Mais les seigneurs refusèrent et provoquèrent cinq ans de guerre civile. Cependant, ils échouèrent et la Convention montagnarde réalisa cette grande réforme agraire en 1793-1794, qui supprima la féodalité en faveur des paysans et démantela le processus de concentration de la propriété des terres dans les mains des gros propriétaires comme des gros producteurs en France. Cette réforme agraire constitua un frein sérieux, pour environ un siècle, à l’offensive du capitalisme agraire. La France est restée un pays de paysannerie jusqu’aux débuts du XXe siècle, et le peuple vécut là moins mal que dans les pays où l’exode rural ruinait, affamait, désespérait, déshumanisait ses victimes, comme on peut le voir à une échelle aujourd’hui, qui est devenue celle de la planète…

Dans les villes comme dans les campagnes, la spéculation sur le prix des denrées de première nécessité a permis à la démocratie communale d’organiser un système alternatif avec une Commission générale des denrées de première nécessité en liaison avec les greniers communaux, chargés de contrôler la fourniture des marchés publics et l’équilibre entre les prix des denrées, les bénéfices du commerce et les salaires populaires.

Le peuple mit en avant, parmi les droits de l’humanité, celui qui lui paraissait le principal : le droit à l’existence et aux moyens de la conserver ! Vaste programme… Et il le concevait en liaison directe avec ses pratiques démocratiques d’assemblée générale communale où tous les habitants, hommes, femmes et même enfants, venaient délibérer et prendre des décisions : ce fut la commune, héritée des anciennes pratiques populaires, qui devint la cellule de base de cette démocratie des droits de l’homme qui a pu vivre de 1789 à 1795.

Ce que « l’économie morale de la foule » en Angleterre et « l’économie politique populaire » en France ont révélé, ne saurait être confondu avec ce qu’une interprétation camoufle en « révolution bourgeoise », sans commettre un bien étrange contresens doublé d’un non sens !

Quels furent les grands combats menés par Robespierre ?

Lui, comme d’autres, comme Marat, Billaud-Varenne, Louise de Kéralio, Saint-Just, Mailhe, Claire Lacombe, Dufourny, Grégoire, Théroigne de Méricourt, Coupé et tant d’autres… étaient des Amis du peuple [6] et des amis des droits de l’humanité tout entière. Ils l’ont montré en luttant contre les multiples formes d’aristocratie, qu’elle soit politique, économique, colonialiste, esclavagiste ou conquérante en Europe !
Robespierre a pris la défense du peuple dès la convocation des États généraux, qui a suscité des résistances farouches des privilégiés. En effet, Louis XVI avait fait appel au conseil élargi du roi qu’étaient ces États généraux, organisés depuis le XIVe siècle et convoqués en cas de crise politique grave. Ce fut le cas en 1789 ! et Louis XVI avait convoqué le Tiers-état formé de toute la population roturière (environ 26 millions de personnes), de la noblesse (350.000 individus) et du clergé (120.000 individus). La forme de suffrage était relativement démocratique : une voix par chef de famille (homme ou femme). Or, les privilégiés refusaient ce suffrage et le roi dut les contraindre de se soumettre à ce suffrage.

La Convocation des États généraux fut une première expérience pour faire reconnaître les pratiques démocratiques et la souveraineté populaire. Robespierre y a participé à Arras et s’est retrouvé au premier rang, lors de ces batailles. Élu député, il a défendu avec énergie les droits du peuple. Par exemple, l’offensive menée par les tenants d’une « aristocratie de la richesse », comme le fit Siéyès, consistait à imposer un suffrage réservé aux riches et à supprimer les assemblées électorales communales pour les éloigner en les plaçant au niveau cantonal (déjà !). Robespierre a lutté toute sa vie pour maintenir les pratiques populaires communales, qui concevaient la démocratie comme la participation de chaque habitant aux délibérations et prises de décision : les femmes comprises. Il a défendu les droits économiques en reprenant le droit à l’existence comme le premier des droits imprescriptibles de l’humanité :

« La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là : la propriété n’a été instituée ou garantie que pour la cimenter. » [7]

Sa critique du droit de propriété privée porte sur la nécessité de distinguer entre les produits de première nécessité et ceux qui ne le sont pas. Il conçoit alors que le droit de propriété ne peut être privé sur les premiers, mais a un caractère social et de bien commun et doit demeurer sous le contrôle de la société :

« Les aliments nécessaires à l’homme sont aussi sacrés que la vie elle-même. Tout ce qui est indispensable pour la conserver est une propriété commune à la société entière, il n’y a que l’excédent qui soit une propriété individuelle et qui soit abandonnée à l’industrie des commerçants. Toute spéculation mercantile que je fais aux dépens de la vie de mon semblable n’est point un trafic, c’est un brigandage et un fratricide. » [8]

Robespierre a encore mis en lumière l’existence de deux formes d’économie politique, l’une « tyrannique », qui est celle des systèmes féodal ou capitaliste et colonialiste, fondée sur un droit illimité de propriété privée, qui met la vie des gens en danger, l’autre qu’il a appelée une « économie politique populaire » [9]. Cette dernière est fondée sur un droit de propriété limité et contrôlé par les lois, de telle sorte « qu’il ne puisse préjudicier ni à la sûreté, ni à la liberté, ni à l’existence, ni à la propriété de nos semblables », et qu’accompagnent des droits sociaux précis :

« La société est obligée de pourvoir à la subsistance de tous ses membres, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler. Les secours indispensables à celui qui manque du nécessaire sont une dette de celui qui possède le superflu : il appartient à la loi de déterminer la manière dont cette dette doit être acquittée » [10], et non abandonnée au hasard de la charité privée !

Je précise que « la propriété de nos semblables » renvoie à la conception qu’avait Robespierre selon laquelle tout droit est une propriété de chaque être humain, comme le droit à la vie, le droit à son propre corps contre les différentes formes d’esclavage, la liberté, l’exercice de ses facultés etc… sont des droits et des propriétés, qu’il considère comme de droit naturel, par opposition au droit de propriété des biens matériels qui n’est pas de droit naturel, mais dont l’exercice relève du débat politique et de la loi.
Robespierre a ainsi lutté pour fonder une république démocratique, dans laquelle la souveraineté populaire n’était pas seulement écrite sur le papier de la Constitution, mais une conscience et une pratique réelles. Avec Grégoire en particulier, il s’est battu pour faire respecter la souveraineté des autres peuples, avec l’objectif de construire une alliance de républiques démocratiques, dans le but d’empêcher la France de continuer de mener une politique de puissance conquérante, mais aussi de se protéger des offensives impérialistes éventuelles : c’est une dimension de leur combat trop souvent négligée ! On retrouve les mêmes préoccupations chez Thomas Paine, par exemple, sujet britannique, citoyen des États-Unis d’Amérique au moment de leur guerre d’indépendance et député à la Convention en France de 1792 à 1795. Ajoutons aussi chez Emmanuel Kant, qui a théorisé son Projet de paix perpétuelle (1795) à la lumière du grand cycle révolutionnaire qui s’est développé au tournant du XVIIIe siècle, et qui a eu connaissance de la Révolution de Saint-Domingue/Haïti, première révolution faite par des esclaves insurgés en Amérique.

Actuellement, Robespierre est vu comme un tyran sanguinaire, père des totalitarismes. Que répondez-vous à ce portrait largement répandu par certains médias et politiciens ? Comment expliquer cette contradiction alors que pour Robespierre « Le peuple peut, quand il lui plaît, changer son gouvernement, et révoquer ses mandataires » ?

C’est de bonne guerre pourrait-on dire ! Robespierre est attaqué par des tenants du despotisme monarchique ou aristocratique qui n’aiment décidément ni le peuple ni la démocratie et encore moins les droits de l’humanité. Or, Robespierre a été un grand dirigeant de la démocratie en acte, un des législateurs fondateurs d’une république des droits de l’homme et du citoyen, qui construisait une souveraineté du peuple réelle fondée sur le principe, que nous ne connaissons plus, de députés qui étaient des commis du peuple, responsables devant les électeurs et qui pouvaient même être destitués en cours de mandat, s’ils avaient perdu la confiance du peuple. Nous ne connaissons plus cette pratique, qui appartient à une démocratie respectueuse de la souveraineté populaire et dont la constitution sépare le législatif, expression de la conscience sociale, de l’exécutif, chargé d’exécuter strictement les lois et contrôlé lui-même par le législatif. Voici ce qu’en disait Robespierre dans un discours à la Convention, le 10 mai 1793 :

« Je veux que les fonctionnaires publics nommés par le peuple puissent être révoqués par lui, selon les formes qui seront établies, sans autre motif que le droit imprescriptible qui lui appartient de révoquer ses mandataires.
Il est naturel que le corps chargé de faire les lois surveille ceux qui sont commis pour les faire exécuter ; les membres de l’agence exécutive seront donc tenus de rendre compte de leur gestion au corps législatif. En cas de prévarication, il ne pourra pas les punir, parce qu’il ne faut pas lui laisser ce moyen de s’emparer de la puissance exécutive, mais il les accusera devant un tribunal populaire, dont l’unique fonction sera de connaître les prévarications des fonctionnaires publics. (…)
À l’expiration de leurs fonctions, les membres de la législature et les agents de l’exécution, ou ministres, pourront être déférés au jugement solennel de leurs commettants. Le peuple prononcera seulement s’ils ont conservé ou perdu sa confiance. »
 [11]

Si l’on compare avec notre système actuel dans lequel la séparation des pouvoirs est inexistante, on constate que la réalité du pouvoir se trouve concentrée dans la personne d’un président élu au suffrage universel comme un monarque. Si son parti obtient la majorité à la Chambre des députés, il n’y a plus de législatif séparé de l’exécutif, mais un parti présidentiel qui pratique la confusion des pouvoirs : l’exécutif ne peut guère être contrôlé par le législatif, dont ce devrait être la fonction. Ajoutons à cela que le peuple, souverain sur le papier de la Constitution, est de fait impuissant, puisqu’il ne dispose d’aucune institution lui permettant de révoquer les élus en cours de mandat. Quant aux contrôles de constitutionnalité, ils sont confiés à des comités et commissions dont les membres sont nommés par le président lui-même… Il faut alors compter sur la probité –la vertu ou l’amour des lois selon Montesquieu- mais force est de constater que celle-ci n’est pas la chose du monde la mieux partagée par la classe politique actuelle !

Enfin, pour reprendre cette inquiétante affirmation formulée par François Furet, en 1979, selon laquelle la Révolution française serait « la matrice des totalitarismes du XXe siècle », elle est à la fois inquiétante et fantaisiste. LES totalitarismes, au pluriel : fascismes, nazisme, stalinisme ? cela fait beaucoup ! Et répondre à cette énorme ignorance est difficile ici. J’ai déjà beaucoup écrit sur cette question et je prie le lecteur de bien vouloir s’y reporter. Je renvoie aussi au livre de Jean-Pierre FAYE, Dictionnaire politique portatif en cinq mots, Idées Gallimard, 1982, qui a réfuté cette étrange assertion avec sérieux et finesse.

Jean-Pierre Faye a aussi attiré l’attention sur le rapprochement surprenant entre droits de l’homme et terreur, qui est une énigme et qui date de la Révolution française. Il explore encore la question de la répression au nom de la liberté :

« Comment se peut-il que le temps de la Terreur, répression s’il en fut, est en même temps, et contradictoirement, fondation des libertés antirépressives d’occident ? »

On pourra en reparler, quand vous voudrez, mais il faut rappeler qu’il s’agit d’un gros morceau car c’est une histoire qui dépasse le seul cadre de la Révolution française.

Dans votre livre L’aristocratie de l’épiderme. Le combat des Citoyens de couleur sous la Constituante, 1789-1791 vous avez écrit que le rapprochement entre terreur et Déclaration des droits de l’homme et du citoyen avait été employé par les députés du parti colonial esclavagiste de Saint-Domingue. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Le livre de Jean-Pierre Faye a signalé cet étrange rapprochement et m’a incitée à en rechercher l’histoire. Étudiant les politiques coloniales pendant la Révolution, j’ai découvert que le parti des planteurs de la colonie de Saint-Domingue -qui était alors le premier producteur de sucre mondial et le fleuron de l’empire du roi de France- s’est farouchement opposé à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, votée le 26 août 1789. Il est vrai que l’article premier : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », condamne le commerce d’esclaves et l’esclavage. Des colons de Saint-Domingue parvinrent à se faire admettre comme députés dans l’Assemblée constituante en juillet 1789, mais la Déclaration des droits votée, ils décrivirent leur inquiétude à leurs commettants :

« Enfin, notre circonspection est devenue une espèce de terreur, lorsque nous avons vu la déclaration des droits de l’homme poser, pour base de la constitution, l’égalité absolue, l’identité de droits et la liberté de tous les individus. » [12]

Ces colons établissaient le rapprochement entre droits de l’homme et terreur et éclairent cette « énigme qui hante le mot terreur ». Le rapprochement entre les deux termes fut repris par le côté droit de l’Assemblée, comme le fit Malouet le 11 mai 1791, en proposant d’exempter les colonies de la Déclaration des droits, à cause de l’esclavage :

« La population des colonies est composée d’hommes libres et d’esclaves. Il est donc impossible d’appliquer aux colonies la déclaration des droits sans exception. » [13]

Et l’Assemblée accepta, en 1791, de donner aux colonies une constitution spécifique qui les excepteraient de l’application des droits de l’homme, à cause de l’esclavage !

Mais plus intéressant encore est de voir se développer le rejet de la théorie politique fondée sur la déclaration des droits, pendant la révolution, et qui aboutit finalement, après le 9 thermidor an II-27 juillet 1794, à l’abandon pur et simple de toute déclaration des droits naturels de l’humanité depuis la Constitution de 1795. En 1802, Bonaparte qui venait de prendre le pouvoir par un coup d’état militaire, reconquit une partie des colonies françaises. Or, celles-ci avaient connu l’abolition de l’esclavage votée par la Convention montagnarde le 16 pluviôse an II- 4 février 1794 et appliquée à Saint-Domingue depuis 1793, puis à la Guadeloupe, Sainte-Lucie et en Guyane en juin 1794. Bonaparte échoua à Saint-Domingue, qui devint la République indépendante d’Haïti en 1804, mais réussit à la Guadeloupe et en Guyane où il rétablit l’esclavage ! Des gens qui avaient réussi à se libérer de l’esclavage furent alors remis dans les fers. Et cette histoire, il faut le dire, est restée dans l’obscurité jusqu’à très récemment !

Pour finir sur ce point, l’éclipse de la déclaration des droits de l’homme dans le droit constitutionnel français, s’est prolongée jusqu’en… 1946 ! jusqu’à ce que la guerre contre le nazisme réveille l’urgence de se référer à des droits de l’humanité. Et la Constitution de 1946 a alors renoué avec la Déclaration des droits de 1789 qu’elle a mise dans son préambule.

Pour terminer, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la place et la manière dont la Révolution française est perçue et enseignée dans l’enseignement secondaire ? Comme l’apprentissage du français ou des mathématiques, l’enseignement de l’histoire semble être particulièrement attaqué par les différentes contre-réformes de ces dernières années…

C’est le moins que l’on puisse dire ! et j’ai envie d’ajouter que la classe politique qui nous gouverne a bien du souci à se faire en matière d’éducation à commencer par la sienne ! Les scandales se suivent et prennent des proportions de plus en plus inquiétantes ! Cette classe politique, qui a continué de confisquer la république démocratique en France, est corrompue, moralement, jusque dans son intimité. On savait qu’elle embrassait la carrière politique comme un moyen d’obtenir une bonne place rémunérée, qu’elle pratiquait la politique par la corruption financière en détournant des fonds publics et en obtenant des pots-de-vin. Le discours sécuritaire du président de cette république corrompue a pris un sérieux coup lorsqu’on a appris que dans certains « quartiers », les écoliers doivent se terrer sous les chaises pour éviter les balles de la mafia locale qui règle ses comptes alentour !

Qu’elle s’en prenne à la culture, rien de plus cohérent avec son effondrement moral et politique auquel nous assistons et qui va s’accentuer… jusqu’où ? Les dégâts sont déjà considérables et, on peut le constater aujourd’hui, l’École gratuite, publique et obligatoire est déjà à l’état de ruine… Quant à l’enseignement de l’histoire, il a été réduit à la portion congrue dans le secondaire. Les résultats se font déjà sentir à l’Université… Jusqu’où ? qui peut le dire aujourd’hui ?

Article également publié par le site du Canard Républicain : http://www.lecanardrépublicain.net/

[1Œuvres de Maximilien Robespierre, Tome XI, Compléments (1784-1794), édition du Centenaire de la Société des études robespierristes, présentée et annotée par Florence Gauthier, Maître de Conférences à l’Université Paris VII – Denis Diderot, 2007. Pour le bonheur et pour la liberté. Discours de Robespierre. Choix et présentation par Yannick Bosc, Florence Gauthier et Sophie Wahnich. Éditions La fabrique, 2000.

[2] Albert MATHIEZ (1874-1932), historien, professeur à l’Université de Dijon puis à la Sorbonne et à l’École des Hautes Études, est le fondateur de la Société des Études Robespierristes et des Annales Historiques de la Révolution française. Parmi ses nombreux ouvrages, citons La Révolution française et La réaction thermidorienne dont le premier chapitre est consultable sur le site revolution-française.net.

[3] On trouvera cette édition dans SAINT-JUST, Théorie politique, Paris, Seuil, 1976, par Alain Liénart.

[4] Extrait consultable sur le site du Canard Républicain : Robespierre théoricien du droit naturel à l’existence.

[5] Karl POLANYI, La Grande transformation. Aux origines politiques et économiques de notre temps, (Londres, 1945) Paris, 1983 et Edward P. THOMPSON « L’économie morale de la foule dans l’Angleterre du XVIIIe siècle », (1971) trad. de l’anglais dans Florence GAUTHIER, Guy IKNI éd., La Guerre du blé au XVIIIe siècle, Paris, Passion/Verdier, 1988.

[6] Il s’agit du beau titre que MARAT a donné à son journal, de 1789 jusqu’à son assassinat, le 13 juillet 1793.

[7] ROBESPIERRE, Pour le bonheur et pour la liberté, Paris La Fabrique, 2000, Discours à la Convention, 2 décembre 1792, p. 183.

[8] Id., ibid.

[9Ibid., Discours à la Convention du 10 mai 1793, p. 256.

[10Id., Projet de déclaration des droits de l’homme et du citoyen présenté à la Convention, 24 avril 1793, articles 8, 10, 11, p. 235. Ce projet a été adopté par la Société des Amis de la liberté et de l’égalité, séante aux Jacobins, le 21 avril 1793.

[11Ibid., Discours à la Convention, 10 mai 1793, p. 253.

[12] Lettre de la députation des colons de Saint-Domingue, 11 janvier 1790, citée et commentée dans F. GAUTHIER, L’aristocratie de l’épiderme. Le combat de la Société des Citoyens de Couleur 1789-1791, Paris, CNRS, 2007, p. 165.

[13Archives Parlementaires, t. 25, Malouet à l’Assemblée constituante, 11 mai 1791, p. 752.

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Publié par le avril 3, 2018 dans HISTOIRE

 

Le Parlement des Cigognes: un roman nécessaire et très émouvant de Valère Staraselki sur la mémoire du génocide des juifs en Pologne et la complicité de beaucoup de Polonais dans cette extermination

 cette plaie ouverte et secrète de beaucoup d’entre nous, cette manière de ne pas pouvoir être de son pays, c’est aussi ce que je tente d’élucider avec Monika (note de Danielle Bleotrach)

Le Parlement des Cigognes: un roman nécessaire et très émouvant de Valère Staraselki sur la mémoire du génocide des juifs en Pologne et la complicité de beaucoup de Polonais dans cette extermination

Ce n’est pas la première fois que Valère Staraselski, spécialiste amoureux de Louis Aragon (lire son très beau Aragon. La liaison délibérée chez L’Harmattan), auteur d’une très belle histoire subjective de la Fête de l’Humanité (La fête de l’Humanité. Comme un éclair de liberté, 2015), se frotte à l’écriture romanesque sur la mémoire et l’histoire: L’Adieu aux rois (2013, Cherche Midi), nous replongeait dans la France révolutionnaire de 1793 jusqu’à la chute de Robespierre en janvier 1794, Une histoire française se situait en 1789 juste avant la Révolution Française, Le maître du jardin faisait de Jean de La Fontaine un fabuleux personnage romanesque.

Je ne saurai trop vous recommander ma lecture d’hier, Le Parlement des Cigognes, de Valère Staraselki.

Le livre doit son titre à une peinture classique représentant des Cigognes se désaltérant et se reposant auprès d’un étang que l’on trouve au musée de Cracovie et autour de laquelle vont se rencontrer des jeunes français et Zygmunt, un vieil israélien rescapé du ghetto de Cracovie, revenu pour la première fois d’Israël depuis 1946.

C’est un roman économe, court, et bouleversant.

Le lecteur est amené à s’identifier à ces jeunes français qui viennent faire un séminaire de stage d’entreprise à Cracovie, l’un d’entre eux, David, connaissant l’histoire atroce des juifs de Cracovie, 25% de la population, exterminés dans le ghetto de Podgorze, fermé en 1943, puis dans un camp d’extermination dans la ville elle-même, à Plaszow, aujourd’hui encore très peu identifié par la municipalité de Cracovie, ou à Auschwitz. Les jeunes gens, avant de rencontrer ce vieux rescapé de la Shoah au musée des Beaux Arts de Cracovie vont longer les lieux aujourd’hui non identifiables et non signalés du calvaire de dizaines de milliers de juifs de Cracovie en faisant un footing sur les pourtours de la ville, qui furent il y a 75 ans l’enfer dont parle « La liste de Schindler », de Steven Spielberg, et dont David laisse échapper quelques scènes d’atrocité ordinaires, avec notamment les caprices de psychopathe du commandant du camp, Amon Göth

Mais le récit prend toute sa dimension tragique, onirique et poignant avec le récit du vieux survivant de la Shoah au musée et à l’aéroport de Cracovie, récit de son évasion d’un wagon à bestiau le conduisant vers la mort, de sa traque par des paysans polonais antisémites voulant le tuer, le rendre aux Allemands, ou le dépouiller, ou encore par des partisans de droite polonais de l’AK, qui n’hésitaient pas à assassiner les juifs fugitifs eux aussi dans les bois, les champs, et leurs cachettes de fortune. Récit d’une survie quasi animale de bête traquée dans la nature d’un adolescent qui fuit une humanité devenue indifférente, cruelle, et dangereuse. Zygmunt raconte aussi comment les lynchages, les pogroms, les assassinats de juifs, couverts ou organisés par l’armée polonaise de l’intérieur (partisans de droite de l’AK, Armia Krajowa), les gendarmes polonais, les scouts catholiques et la population où l’antisémitisme restait très présent en dépit de quelques actions solidaires isolées de « justes », ont continué jusqu’en 1946. Là, Valère Staraselski éclaire très utilement des passages moins connus de l’histoire qui mettent en relief le poids de l’antisémitisme et de l’antijudaïsme dans la société polonaise, et la multiplicité des crimes et complicités de crime contre l’humanité auquel cela a conduit pendant la période de la guerre, qui a également été terrible pour l’ensemble de la population polonaise, évidemment.

De quoi aussi porter un éclairage dans la profondeur historique sur la résurgence du nationalisme d’extrême-droite en Pologne aujourd’hui.

 

Valère Staraselski à Dialogues Morlaix le 11 novembre 2017 avec Lucienne Nayet et Serge Puil, et d'autres camarades du PCF (photo Jean-Luc Le Calvez)

Valère Staraselski à Dialogues Morlaix le 11 novembre 2017 avec Lucienne Nayet et Serge Puil, et d’autres camarades du PCF (photo Jean-Luc Le Calvez)

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Publié par le avril 3, 2018 dans Europe, GUERRE et PAIX, HISTOIRE

 

Scandale Sarkozy. Derrière « l’affaire », la véritable faute, c’est la guerre en Libye: une prise de position claire de L’humanité

excellente mise au point de l’humanité dimanche… Il ne faudrait pas qu’il y ait un jour la même si l’on soutient l’intervention française en Syrie sous le prétexte d' »une épuration ethnique » (sic) et vrai accompagnement idéologie des guerres impérialistes. (note de danielle Bleitrach)

JEUDI, 29 MARS, 2018
HUMANITÉ DIMANCHE

Photo Patrick Kovaric/AFP.

Photo Patrick Kovaric/AFP.

Gardé à vue et mis en examen dans l’affaire du financement illicite de sa campagne de 2007, Nicolas Sarkozy a-t-il déclaré la guerre à Mouammar Kadhafi pour réduire au silence celui qui l’aurait aidé à accéder à l’Élysée ? Les véritables motivations d’une intervention soutenue par Londres, Washington, le Qatar et l’Arabie saoudite, et dont l’onde de choc continue d’empoisonner le climat sécuritaire dans le Sahel et l’Afrique subsaharienne, sont pourtant ailleurs.

Lui, comme tant d’autres, n’ose y croire. « Croyez-vous possible que l’intervention française de 2011 puisse avoir été menée pour empêcher Mouammar Kadhafi de révéler que son régime avait financé la campagne de Nicolas Sarkozy ? » s’enquiert le quotidien « le Monde » (24 mars 2018) auprès de Bernard Kouchner, ex-ministre des Affaires étrangères (mai 2007-novembre 2010). L’ex-chef de l’État, qui l’avait extirpé des limbes du Parti socialiste pour le propulser patron du Quai d’Orsay, « capable de se servir du droit d’ingérence pour couvrir le financement d’une campagne électorale » ? Impossible. La guerre en Libye, explique-t-il au diapason de son ancien patron, « visait à empêcher la démolition de Benghazi et le massacre d’une population qui se soulevait, dans la foulée des printemps arabes ». Certes, l’ex-French Doctor, qui a applaudi (timidement) à la guerre en Irak et (frénétiquement) à celle de Libye, concède qu’elles ont été « gagnées militairement » mais ont « détruit la région et causé des centaines de milliers de victimes ».

Engagé dans un bras de fer judiciaire qui pourrait lui coûter un séjour en prison (lire encadré), Nicolas Sarkozy ne peut se payer le luxe d’un tel mea culpa.

« J’ai été le seul chef d’État qui a reçu les opposants de Kadhafi, qui s’est battu à l’ONU pour que nous ayons un mandat pour que ce dictateur parmi les plus sanglants qu’ait connus le XXe siècle ne puisse plus continuer à imposer la terreur à son peuple », affirmait encore l’ancien président de la République sur TF1 le 22 mars dernier.

Pour Nicolas Sarkozy comme pour les soutiens à cette opération militaire, l’erreur fatale n’était pas la guerre en tant que telle, le changement de régime par la force ou le soutien à une opposition largement dominée par les islamistes, mais l’après-conflit et le refus des puissances occidentales d’occuper durablement la Libye. « L’erreur de l’ONU et de la France après la chute de Kadhafi consiste à ne pas être restées sur place pour installer un nouveau régime politique, estime encore Bernard Kouchner. Il faut toujours au moins deux générations pour que s’ancre la démocratie. Il est là le gâchis du cas libyen. »

Abdallah : « le cercueil est devant toi »

Une fois dissipé le brouillard de la propagande, c’est pourtant une tout autre histoire que raconte l’intervention promue par Nicolas Sarkozy, Bernard-Henri Lévy, David Cameron, Hillary Clinton et le cheikh Hamad Al Thani, ancien émir du Qatar.

Les quelque 6 000 morts victimes de la répression de Kadhafi (un chiffre qui gonflera jusqu’à 16 000) brandis par la Ligue libyenne des droits de l’homme ? Les enquêtes ultérieures réalisées par Amnesty International et Human Rights Watch feront état d’environ 300 morts, essentiellement des combattants.

Le caractère pacifiste des manifestants ? Une vérité partielle doublée d’un nouveau mensonge, puisque le Qatar, de l’aveu même du chef d’état-major de l’émirat gazier, avait déployé par centaines ses forces spéciales pour épauler et armer les rebelles, dès le début du conflit.

Le mitraillage à Tripoli des manifestants pacifiques par l’aviation de Kadhafi ? Une fable inventée par Al-Jazeera, la chaîne de télévision qatarie, qui justifiera l’instauration de la fameuse zone d’exclusion aérienne et qui jouera un rôle majeur dans l’adoption de la résolution 1973 par le Conseil de sécurité, le 17 mars 2011.

D’après les témoignages de ses proches, Mouammar Kadhafi avait été largement pris de court par la trahison de l’émir du Qatar, avec qui il entretenait d’excellents rapports avant la séquence dite des printemps arabes. Les relations avec l’Arabie saoudite, autre poids lourd de la Ligue arabe qui soutiendra avec enthousiasme l’opération de changement de régime impulsée par Paris et le département d’État dirigé par Hillary Clinton, étaient en revanche glaciales : en février 2003, le roi Abdallah pointait du doigt le « guide » libyen, qui fustigeait lors d’un sommet de la Ligue la soumission de la famille Saoud aux intérêts américains, avant de lui lancer cette menace aux relents prophétiques : « Ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas. Le mensonge est derrière toi et le cercueil est devant toi. »

Sans parapluie russe, chinois ou iranien

Principal concurrent des puissances du Golfe dans leur stratégie d’implantation sur le continent africain, essentiellement grâce au levier du wahhabisme et du commerce des âmes, Kadhafi avait cristallisé une rancune tenace sans disposer du parapluie russe, chinois ou iranien, à l’instar de la Syrie de Bachar Al Assad. Son poids au sein de l’Union africaine comme ses visées hégémoniques sur le continent heurtaient depuis des décennies les politiques néocoloniales menées par Londres, Paris et Washington. Un rapport parlementaire britannique publié au mois de septembre 2016 listait ainsi les cinq principales raisons ayant poussé Nicolas Sarkozy à la guerre, une évaluation basée entre autres sur une conversation entre des officiers de renseignement français et Sidney Blumenthal, un proche conseiller d’Hillary Clinton : « 1. Accéder au pétrole libyen ; 2. Accroître l’influence française en Afrique du Nord ; 3. Améliorer sa situation politique en France ; 4. Donner l’opportunité à l’armée française de renforcer son rang ; 5. Contrer la prétention de Kadhafi à supplanter la France comme puissance dominante dans l’Afrique francophone. »

Dénonçant les « postulats erronés » et, en creux, le déferlement de propagande ayant conditionné les esprits à la guerre, le rapport dresse ainsi le bilan de l’opération portée en première ligne par l’ancien président français : « Le résultat est un effondrement politique et économique, une guerre civile et tribale, une crise humanitaire et migratoire, une violation généralisée des droits de l’homme, la dispersion des armes de Kadhafi dans toute la région et l’apparition de l’“État islamique” en Libye. »

« La Libye, c’est notre guerre d’Irak à nous », relève Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières. Et comme pour l’intervention criminelle de Washington à Bagdad en 2003, celle menée à Tripoli en 2011 n’a fait l’objet d’aucune enquête judiciaire indépendante, contrairement à celle visant les largesses présumées de Mouammar Kadhafi vis-à-vis du clan Sarkozy.

Journaliste à l’humanité Dimanche
 

Les grossiers mensonges contre la CGT et contre Ambroize Croizat, la réplique de l’historienne Annie LACROIX-RIZ

C’est dans « Valeurs actuelles » du 30 mars dernier qu’Eric Brunet déverse sa bile … et ses grossiers mensonges.

Ce journal classé à l’extrême droite fait partie du groupe Valmonde, propriété de Privinvest Médias, une filiale de la holding Privinvest qui appartient à l’homme d’affaires Iskandar Safa (voir sa bio édifiante à l’adresse : https://fr.wikipedia.org/wiki/Iskandar_Safa, et dont Étienne Mougeotte et Charles Villeneuve sont actionnaires.

Louis Renault en compagnie d’Hitler 

au Salon de l’auto de Berlin en 1938

C’est pour cacher la collaboration réelle celle-là de ses maîtres, du grand patronat français comme allemand comme le rapporte le dernier Goncourt, qui préféraient alors « Hitler au Front populaire » que les thuriféraires comme E. Brunet accusent la CGT et ceux qui résistent aujourd’hui de tous les maux !

ci-après la réplique de l’historienne Annie LACROIX-RIZ suivie du texte calomnieux initial du sieur Brunet.

En ne perdant pas de vue que le révisionnisme des circonstances d’hier vise à désarmer les luttes d’aujourd’hui!

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Annie LACROIX-RIZ

L’histoire de la CGT vue par Éric Brunet

Le journaliste Éric Brunet est un habitué des provocations. Son Sauve qui peut ! (Albin Michel, 2013), prétendant parler au nom de « millions de Français », « riches » ou « pauvres », qui « ne se sentent plus aimés par leur pays », les a incités à le quitter au plus vite. Car « la France ne leur offre que de la bureaucratie, là où ils réclament du pouvoir d’achat, elle les assomme d’impôts (nous payons 220 milliards de taxes de plus que les Allemands) » puis les méprise quand ils ont « réussi » : « “J’aime pas les riches !” s’était exclamé François Hollande en 2007 ». Lequel, on le sait, a ensuite, comme son second Macron, démontré sa « haine de la finance » et son amour du peuple travailleur.


Celui qui vient, dans l’hebdomadaire d’extrême droite Valeurs actuelles, d’accuser la CGT d’avoir « jadis […] fait passer ses intérêts avant ceux de la France », avait presque tout dit. Exaltation des « émigrés de Coblentz », nobles ayant dès 1789 fui pour l’Allemagne ou le reste de l’Europe aristocratique (dont les Wendel, sidérurgistes de Lorraine) pour obtenir de leurs alliés « européens » le rétablissement de leurs privilèges par l’écrasement militaire de la France. Lamentations fiscales masquant l’adhésion à l’impôt indirect accablant les pauvres et le refus de l’impôt pour les riches. Célébration du modèle allemand (entre absence de grèves et « jobs » à moins de cinq € de l’heure baptisés « plein emploi »), comme « jadis » le grand capital s’enthousiasmait pour la formule hitlérienne de 1933 au point d’organiser la Défaite militaire de la France, seul moyen pour liquider la République et les syndicats. La France serait aussi « vivable » que l’Allemagne, où le patronat faisait librement travailler seize heures par jour les ouvriers interdits de grève.
Non, « pendant la drôle de guerre, entre septembre 1939 et le printemps 1940, les communistes français » ne furent pas « les alliés des nazis. » Les alliés d’Hitler furent les hommes d’État qui supposés avoir aidé « l’armée française [à] aller barrer la route de Hitler » : le radical Daladier (gauche), président du Conseil de 1938 à mars 1940, et le chef de l’Alliance démocratique (droite) Paul Reynaud, ministre de la justice et des Finances puis successeur de Daladier, qui avaient fin 1938 cassé de concert les 40 heures et les salaires. C’est Reynaud qui prit les traîtres Pétain et Weygand pour ministres en mai 1940, une semaine après l’attaque allemande, puis céda son poste à Pétain, le 16 juin.


Les communistes combattus comme « traîtres » à cause du pacte de non-agression germano-soviétique du 23 août 1939, vraiment? Le 1er juillet, près de deux mois auparavant, deux mois avant l’offensive allemande notoirement imminente, le radical Georges Bonnet, ministre des Affaires étrangères surnommé « ministre étranger aux Affaires françaises » après avoir livré à Hitler la Tchécoslovaquie alliée, avait annoncé au nom de Daladier à l’ambassadeur d’Allemagne, l’aristocrate von Welczeck, que « les communistes » qui déplaisaient tant au Reich seraient bientôt « mis à la raison » : ils le furent, syndicalistes combatifs inclus, dès que la signature du fameux pacte, prévue depuis 1933 en cas de refus de renouvellement de l’alliance France-Grande-Bretagne-Russie de 1914, en offrit le prétexte.


Ces hommes d’État s’apprêtaient à céder au Reich l’Europe entière comme ils l’avaient fait pour l’Autriche (mars 1938) et de la Tchécoslovaquie (octobre 1938). Ils ordonnèrent à leur police et à leur justice de frapper ces syndicalistes toujours antifascistes, et permirent à des chefs cégétistes anti-grévistes, leurs complices, de s’en débarrasser. Les prétendus « traîtres » furent emprisonnés depuis septembre 1939, grâce au décret du 26 interdisant le PCF. Depuis juillet 1940, Vichy poursuivit la traque des militants clandestins. Ce sont ces prisonniers que ses ministres de l’intérieur, dont Pierre Pucheu, remirent depuis l’automne 1941 à l’occupant comme « otages » à fusiller, tels les 27 Martyrs de Châteaubriant. Les vrais traîtres au syndicalisme et à la Nation furent récompensés, tel René Belin, second de la CGT et successeur présumé de son chef Jouhaux : nommé « ministre de la production industrielle et du Travail » en juillet 1940, Belin signa en novembre suivant le décret interdisant la CGT puis, en octobre 1941, celui créant la Charte du travail, machine de guerre contre les salariés et leurs moyens de défense, dont la grève.

Les archives de « la Drôle de guerre » font définitivement justice de la thèse du sabotage communiste de la production militaire. Elles en attribuent la responsabilité exclusive au grand patronat, qui avait saboté la préparation économique de la guerre, et depuis une décennie. Comme Louis Renault qui parcourait fin novembre 1939 ses ateliers de Boulogne-Billancourt en claironnant : “La Défense Nationale, je m’en fous; ce que je veux, ce sont “des Primaquatre, des Juvaquatre, des voitures [de tourisme] qui paient”, etc. ». Du peu qui avait été produit, l’état-major de l’armée, sous la houlette de Pétain et Weygand, ne fit pas usage. Voilà pourquoi l’occupant trouva en masse les chars et les avions intacts que ces traîtres avérés n’avaient pas lancé dans la prétendue « Bataille de France ».


Quant aux « tribunaux militaires de la IIIe République » qui avaient début 1940 « condamn[é] à mort de nombreux [prétendus] saboteurs communistes », ils continuèrent, en compagnie des tribunaux civils ou spéciaux, à se déshonorer en livrant à l’occupant allemand les résistants communistes, tous syndicalistes CGT, fer de lance de la Résistance nationale.
M. Brunet a besoin d’une formation historique accélérée : le Front Syndical de Classe est à sa disposition…

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Eric Brunet dans « Valeurs actuelles »
 
 

CGT : grève ou sabotage ?

Liberté chérie. La véritable stratégie de la centrale syndicale est de perturber au maximum la circulation des trains tout en limitant l’effet financier pour les grévistes.

Le mouvement engagé à la SNCF est-il une grève, dont l’objet est de manifester le mécontentement des cheminots face à un projet de réforme… ou est-il plus que cela ? Quelle stupéfaction lorsque les journalistes du Parisien ont publié, la semaine dernière, le contenu d’un e-mail envoyé par le syndicat CGT des cheminots de Paris-Gare de Lyon à ses adhérents. La révélation de ce message, qui a irrité le président de la SNCF, Guillaume Pepy, est une prise de guerre. Il lève le voile sur la véritable stratégie de la CGT : perturber au maximum la circulation des trains tout en limitant l’effet financier pour les grévistes.

Morceaux choisis : « Nous pouvons tenir trois mois tout en ayant quasiment le même impact qu’une grève reconductible classique. » Et l’auteur de l’e-mail de s’enthousiasmer : « Cette proposition de grève prend tout le monde de court ! Je vous invite d’ailleurs à voir la tête de Guillaume Pepy sur TF1 le soir de l’annonce et de la ministre Élisabeth Borne [ministre chargée des Transports, NDLR] sur BFM TV, c’était tout simplement jouissif. La direction avait anticipé et s’est organisée pour une grève dure et reconductible classique. Ils n’ont à aucun moment senti venir le coup. » Beaucoup plus intéressant : la CGT dévoile son intention de perturber le trafic ferroviaire pendant les journées sans grève grâce à une stratégie… mystérieuse : « La désorganisation du travail devra se faire également sur les jours ouvrés mais je ne vous en dis pas plus sur ce mail, je pense que vous avez compris où l’on veut en venir », écrit le délégué de la CGT-Cheminots. Et pour ceux qui douteraient encore de la détermination du syndicat majoritaire à faire fléchir le gouvernement, le syndicaliste précise : « Si jamais nous voyons que ces deux jours [de grève, NDLR] ne suffisent pas à désorganiser la production alors nous pourrons toujours durcir le ton. »

À ce stade, l’intention de la CGT est-elle de manifester son mécontentement dans le cadre du droit de grève ou de “saboter” l’entreprise SNCF ? Jadis, il est vrai, la CGT n’avait pas hésité à faire passer ses intérêts avant ceux de la France. Pendant la drôle de guerre, entre septembre 1939 et le printemps 1940, les communistes français étaient les alliés des nazis. Pétain n’était pas encore au pouvoir et la France de la IIIe République était dirigée par Édouard Daladier puis Paul Reynaud. Les pauvres hommes pensaient encore que l’armée française aller barrer la route de Hitler…

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En contradiction totale avec ce type d’assertion l’histoire du fondateur de la sécurité Sociale, ministre à la Libération, Ambroise CROIZAT


Ambroise Croizat est arrêté le 7 octobre 1939, avec d’autres députés communistes(3). Il est incarcéré à la prison de la Santé. Fers aux pieds, il traverse quatorze prisons françaises avant de connaître les procès truqués, la déchéance de ses droits civiques et les horreurs du bagne à Alger où il apprendra à Prosper Môquet, arrêté comme lui, la mort de son fils sous les balles allemandes.

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À cette époque, sur ordre de la CGT, des syndicalistes communistes perpétrèrent de nombreux actes de sabotage dans les arsenaux français afin que nos équipements et nos armes soient inutilisables par les soldats français dans la guerre contre le Reich. En avril 1940, des accidents survinrent sur des avions Farman produits à Boulogne-Billancourt. Une enquête révéla qu’il y avait eu sabotage. Le procédé était à chaque fois le même : un fil de laiton ayant été sectionné, au bout d’un certain nombre d’heures de vol, un écrou desserré laissait échapper l’essence et provoquait une explosion en plein vol. On sait que plusieurs pilotes de chasse sont morts en mission de reconnaissance, leurs appareils ayant été détériorés par des ouvriers aux ordres de Moscou.

Outre les établissements Farman, d’autres arsenaux subiront des actes de sabotage pronazis : la poudrerie de Sorgues, les établissements Renault, les établissements Weitz à Lyon, la Somua à Vénissieux, qui produisait des chars pour l’armée française, la Compagnie générale de construction à Saint-Denis… Au mois de février 1940, alors que les combats n’avaient pas encore débuté, le taux de malfaçons observé dans les usines d’armement était devenu effrayant. On décida de faire surveiller les ateliers de la Société nationale des constructions aéronautique, l’usine Bloch (du nom de Marcel Bloch, futur Dassault) de Villacoublay. Et dans les premiers mois de l’année 1940, les tribunaux militaires de la IIIe République n’hésitèrent pas à condamner à mort de nombreux saboteurs communistes qui avaient agi sur ordre de la CGT et du PCF.

 
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DE QUOI LA MORT DE 76 000 FOUS AU TEMPS DU RÉGIME DE VICHY EST-ELLE LE NOM ?

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On en finit pas de découvrir ou de redécouvrir ce que le mouvement progressiste issu de la Résistance, souvent impulsé par des communistes a créé en matière de droits, de rapport nouveaux à la personne humaine autant que de dénonciation de l’exploitation capitaliste. En détruisant tout ce qui a été créé à cette époque le gouvernement Macron créé les conditions de la fascisation de la France. Quand on voit surgir partout des groupuscules fascistes au coeur des institutions, cela n’est pas l’effet du hasard, livrer les malades mentaux, les personnes agées à l’arbitraire c’est la même logique que l’exploitation, la mise en concurrence et la condamnation de tout ce qui n’est pas compétitif. (note de Danielle Bleitrach)

DE QUOI LA MORT DE 76 000 FOUS AU TEMPS DU RÉGIME DE VICHY EST-ELLE LE NOM ?

 

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POUR LES 150 ANS DE « VILLE-EVRARD », HÔPITAL PSYCHIATRIQUE SITUÉ À NEUILLY-SUR-MARNE, J’AI ÉTÉ SOLLICITÉ POUR INTERVENIR LE 22 MARS 2018 DANS LA SÉRIE DE CONFÉRENCES QUI Y SONT PROGRAMMÉES. LE THÈME ÉTAIT CE JOUR LÀ : « VILLE-EVRARD ET LES GUERRES ». VOICI DONC CI-APRÈS, À PEU PRÈS, LE TEXTE DE MON INTERVENTION.

« Le monde de l’internement paraît ainsi en pleine décomposition, l’ère pinélienne s’achève en France sur le spectacle désolant d’une organisation technique et sociale en faillite, témoignant d’une incurie scandaleuse de la part de l’appareil d’État.

L’extermination des malades et les difficultés matérielles d’entretien de hôpitaux durant la guerre ont achevé le fantôme d’assistance qui existait auparavant, le coup d’œil neuf que nous jetons sur la situation nous présente la condition absurde et tragique de l’univers concentrationnaire ». C’est Lucien Bonnafé qui écrivait cela. C’était en 1948, dans un texte demandé par Henri Ey en 1947, deux ans après la guerre. Et il avait été republié en 1977 dans un livre intitulé « dans cette nuit peuplée… ». Il faut être particulièrement de mauvaise foi pour instrumentaliser ce texte contre Lucien Bonnafé.s

Après une pétition initiée notamment par l’anthropologue Charles Gardou et intitulée « Pour un mémorial en hommage aux personnes handicapées victimes du régime nazi et de Vichy », l’historien Jean-Pierre Azéma avait été chargé d’une mission par un Président de la République – François Hollande – afin de lui faire un rapport sur le sujet. Ce qui fut fait en octobre 2015.

Dans celui-ci l’historien, dès la première page, écrit à propos de ce texte de 1948 : 1 – que Lucien Bonnafé dénonçait alors une politique « fascisante d’extermination délibérément menée par Vichy »2 – que, et on le voit, si Lucien, a bien écrit « extermination », sans adjectif, il n’a pas par contre écrit qu’il s’agissait d’une « politique fascisante », « délibérément menée par Vichy ». 3 – que si Jean-Pierre Azéma a un peu rapidement interprété la pensée de Lucien Bonnafé, il n’a cependant pas totalement tort quant à ce que Lucien pensait à propos d’une « politique fascisante ».

Si par la suite Bonnafé n’a pas repris l’expression « extermination », sans adjectif, c’est par prudence à propos de l’usage qui pourrait en être fait. Par Jean-Pierre Azéma, par exemple. On peut s’étonner de ce que ce dernier n’ait pas lu dans la préface à L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy de Michaël Guyader ce passage : « Il n’est pas certain que l’utilisation du terme d’extermination n’ait eu d’autres conséquence que de priver la vérité historique d’un certain nombre de soutiens potentiels effrayés ou choqués par l’imputation au pouvoir Vichyste d’une intention de tuer là où l’oubli criminel de prendre soin aurait probablement suffi. Bonnafé lui-même n’écrit-il pas après avoir rappeler que Balvet n’était pas d’accord avec l’utilisation du mot extermination que pour lui-même « profondément d’accord avec le scrupule de Balvet sur les rigueurs de sens, le parcours attentifs de mes dossiers me fait découvrir que j’ai pris trop d’aise avec la justesse de sens, affirmant par exemple que le mot est tout à fait approprié » […] En revanche, il est certain que ce que le même Bonnafé avait appelé l’Hécatombe des aliénés ne pouvait pas, ne saurait pas ne pas poser des problèmes ».

Quant à une « politique fascisante » de Vichy, Lucien Bonnafé le pensait probablement mais ne l’avait pas dit dans ce texte-là. Il aimait à dire qu’il attribuait 51 % des responsabilités à Vichy et 49 % à l’institution dans ces morts-là. Marquant ainsi le rôle principal joué par Vichy dans la mort des fous. Ce que remarquait également un psychiatre, Francis Jan, en 2011 : « Le gouvernement de Pétain eut une attitude irresponsable, finalement criminelle. Il n’a pas examiné les conséquences du rationnement sur la population, en particulier pour les plus fragiles, qui sont morts de famine et de froid. Mais l’institution psychiatrique a également sa part de responsabilité en raison de son inertie, d’une sclérose de la pensée, d’absence de sens éthique, d’autant plus que les actions à mettre en œuvre étaient simples et auraient pu suffire (mais il lui aurait fallut un « regard différent ») ».

 

Derrière les mots et les expressions utilisés se cache toujours une idéologie. Quand Jean-Pierre Azéma utilise le mot « fascisante », ce n’est pas pour traduire une réalité mais pour donner à penser au lecteur, ici d’abord un Président de la République, que s’agissant de Pétain et d’Hitler c’est la même politique qu’ils menèrent à l’égard des fous. Alexis Carrel déplorait alors « l’effort naïf fait par les nations civilisées pour la conservation d’êtres inutiles et nuisibles ».

À propos du gazage des fous en Allemagne nazie… et des mots utilisés à ce propos, Hitler édictait qu’il s’agissait d’« accorder une mort miséricordieuse » à ceux « qui auront été jugés incurables ». Ce qui correspondait bien à une décision eugénique éliminatoire. En France, à la même période pratiquement, pareillement, une circulaire datée du 3 mars 1942 et spécifiant qu’« il est difficile de faire obtenir à ces malades un supplément à la ration qui leur est octroyée, supplément qui ne pourrait être prélevé que sur les denrées déjà trop parcimonieusement attribuées aux éléments actifs de la population, en particulier aux enfants et aux travailleurs… », répondant alors à des psychiatres réclamant les mêmes suppléments alimentaire que ceux accordé aux malades des hôpitaux généraux, prouvait bien que ce même régime de Vichy avait, à cette date, effectivement la même volonté de laisser mourir de faim les malades mentaux qu’Hitler. Par d’autres moyens qu’Hitler.

À preuve encore de cette attitude eugénique éliminatoire des autorités vichystes, ce courrier retrouvé par un historien, Samuel Odier, daté du printemps 1942 où un haut fonctionnaire du Secrétariat d’État à la Santé (23e région sanitaire) répondait ainsi à des médecins de l’hôpital de Saint-Égrève (Isère) demandant des suppléments alimentaires (matières grasses et lait notamment) : « Dites à vos médecins de faire un choix non uniquement pour départager ceux qui peuvent encore être sauvés de ceux pour qui il est déjà trop tard, mais pour privilégier ceux qui ne sont pas trop atteints mentalement, les « récupérables » pour la société ».

Eugénisme éliminatoire qui est même confirmé dans le rapport de Jean-Pierre Azéma. Qui écrit (pages 19 et 20 de ce rapport) : « les sanatoriums furent fort bien traités, comme le furent tous les tuberculeux que les médecins diagnostiquaient guérissables… ».Où Jean-Pierre Azéma ne se rend même pas compte du contenu eugéniste, et éliminatoire, de ce qu’il écrit à propos de telles mesures. Non, écrit-il, cela « tend à démontrer l’absence de politique éliminatrice. Une absence dont témoignent également un certain nombre de faits évoqués plus haut : le régime de suralimentation accordé aux aliénés tuberculeux ». Il ne se rend pas compte de ce que son propos sur « les tuberculeux que les médecins diagnostiquaient guérissables » rejoint celui de ce courrier retrouvé par Samuel Odier, « privilégier ceux qui ne sont pas trop atteints mentalement, les « récupérables » pour la société », et témoigne ainsi de ce que le régime de Vichy avait bien alors une politique eugéniste éliminatrice.

Selon une source, il s’agit de Willy Dressen, procureur public au service central d’enquêtes sur les crimes nationaux-socialistes et historien allemand, il y aurait eu en Allemagne, 100 000 malades mentaux morts par gazage. Ce qui donne 1,54 mort pour 10 000 habitants.

En France, pour 76 000 malades mentaux mort par dénutrition cela donne 1,84 morts pour 10 000 habitants. S’il s’était agit d’un match, la France alors aurait gagné aux points.

Non, pour Jean-Pierre Azéma le régime de Pétain, Laval, Darlan… et les autres n’était pas un régime fasciste mais seulement un régime autoritaire (comme celui d’Erdogan aujourd’hui), ce qui est quand même moins mal. Affirmation un peu gratuite et non prouvée, et cependant soutenue par nombre d’historiens français du « temps présent ».

ooooo

Ce qui anime Jean-Pierre Azéma dans la fabrication de son rapport c’est précisément l’idéologie qui le gouverne. Celle-ci peut être résumée par l’article d’un journaliste du Figaro, du 27 novembre 2004, Eric Roussel. C’était à propos de la sortie d’un livre collectif intitulé Fascisme français ? La controverse où était mené une contre offensive à propos des thèses de Zeev Sternhell. Le journaliste écrivait : « Pour les auteurs ici rassemblés, la vision de l’auteur de « Ni droite, ni gauche » est fausse. Non, clament-ils d’un seul cœur, la France ne fut pas la terre d’élection du fascisme. Vichy qui attira évidemment d’authentiques admirateurs des « expériences » italiennes, voire allemandes, ne saurait être assimilés, aux yeux de Jean-Pierre Azéma, à la doctrine de Mussolini. Régime certes autoritaire et responsable d’actes indéfendables, le système mis en place par le maréchal Pétain s’apparentait davantage à celui de Salazar au Portugal. Avec malheureusement une connotation antisémite plus marquée ».

Où la manière de qualifier aujourd’hui ce régime d’hier, dirigé par Pétain, Darlan et Laval… et les autres, est bien révélatrice d’une idéologie gouvernant certains historiens : le régime pétainiste, fasciste ou seulement autoritaire ? Il y a d’un côté les historiens témoins à charge contre ce régime, et de l’autre ceux se faisant les avocats à décharge de celui-ci.

Dans le premier camp, celui des témoins à charge, pour qui le régime de Vichy était bien fasciste. D’abord l’historien israélien Zeev Sternhell. Pour lui, en France, existaient avant guerre des forces fascistes. Celles-ci ayant ensuite été installées au pouvoir à la faveur de la défaite et de l’occupation de la France par les nazis.

Pour l’historien américain Robert O. Paxton « Le régime de Vichy n’est certainement pas fasciste au début, car il ne possède ni parti unique ni institutions parallèles. Mais au fur et à mesure qu’il se transforme en État policier, sous les pressions de la guerre, des institutions parallèles apparaissent : la milice, les cours martiales, la police aux questions juives »… et il devient fasciste. » (Les fascismes, 1994, article mis en ligne le 30.05.2006).

Dans le second camp, celui des historiens se faisant avocats à décharge du régime pétainiste et estimant que celui-ci n’était pas un régime fasciste mais seulement autoritaire. Cette dernière désignation étant une manière et de relativiser la nature de ce régime et les responsabilités pouvant lui être imputé. Parmi ces historiens, d’abord Robert Aron pour qui « Pétain » n’était qu’un « bouclier » face à l’Allemagne. Analyse tellement caricaturale qu’elle n’est pratiquement plus reprise par aucun autre historien. D’autres encore qualifient le régime de Vichy comme ayant été seulement « autoritaire » : André Sigfried, René Rémond, Serge Berstein, Alain-Gérard Slama, Philippe Burrin… et évidemment Jean-Pierre Azéma, pour qui « les enjeux historiographiques ont été pour partie obscurcis par une certaine focalisation des débats sur l’existence d’un fascisme vichyssois ».

Robert O. Paxton, dans le texte déjà signalé, constate que « d’énormes difficultés surgissent dès que l’on s’engage à définir le fascisme. Ses frontières sont floues ». Et il ajoute un peu plus loin : « Disparates dans leurs symboles, dans leur décor, et même dans leurs slogans, les mouvements fascistes se ressemblent plutôt par leurs fonctions ». Par État fasciste, on entend généralement, aujourd’hui, État totalitaire dont un Chef détient le pouvoir absolu.

« Les mouvements fascistes se ressemblent plutôt par leurs fonctions » nous dit Robert O. Paxton. En effet ils se ressemblent, et se rassemblent aussi par leur solidarité. Faut-il rappeler que le portugais Salazar apporta son soutien à Franco et envoya une Légion portugaise, évaluée entre 12 000 et 20 000 hommes, pour participer aux combats contre les républicains. Qu’il ouvre aussi les ports portugais au transit d’armes, en provenance de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste, et destinés aux forces franquistes. Que l’aide de Salazar, dans les six premiers mois de la guerre d’Espagne se révélera décisive pour la victoire du fasciste Franco en 1939. Qu’ensuite, la Seconde Guerre mondiale terminée, que Salazar, à la faveur de la guerre froide, se mit du côté des Occidentaux et put reconquérir ainsi leurs faveurs est une autre histoire.

Salazar et Pétain, chefs d’États simplement autoritaires, et non fascistes ? C’est le point de vue de Jean-Pierre Azéma. Assurément, pour lui le gouvernement siégeant à Vichy ne doit avoir aucune responsabilité quant à l’abandon à la mort des malades mentaux, ce qui aggraverait le cas de ce régime.

Les images les plus abouties des régimes fascistes ayant existé sont celles de l’Italie de Mussolini et celle de l’Allemagne d’Hitler, qu’on préfère qualifier avec raison de nazi. L’image actuelle la plus aboutie d’un régime autoritaire est celle de la Turquie d’Erdogan. On s’explique alors un peu mieux la volonté de Jean-Pierre Azéma de dédouaner le régime de Vichy des fous morts de faim.

ooooo

De quoi la mort de 76 000 fous au temps du régime de Vichy est-elle le nom ?

On a vu que Lucien Bonnafé avait utilisé le terme d’« extermination », sans adjectif, en 1948 et qu’ensuite, pour ne pas donner prise à ceux qui comme Jean-Pierre Azéma voudraient en changer la signification en l’assimilant avec ce qui s’est passé avec la shoah, il a utilisé d’autres formulations, avec adjectif. Par exemple, avec Max Lafont « extermination douce ».

Michel Caire, psychiatre et historien de la psychiatrie, après son analyse de L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy, a répertorié les diverses formules utilisées à ce propos. Il écrit, s’agissant des expressions utilisés, après 1948, par Lucien Bonnafé et moi-même :

« Voici, sans aucune prétention d’exhaustivité, quelques-uns des termes que nous avons nous-mêmes relevés dans divers ouvrages consacrés au sujet, et qui montrent que les affirmations citées ci-dessus méritent d’être nuancées :

  • Hécatombe

« Hécatombe par carence » (Bonnafé),
 « Hécatombe » (pétition « Pour que douleur s’achève », « Hécatombe des fous » (titre de l’ouvrage d’Isabelle von B.)

[…]

  • Non assistance à personne en danger de mort

Dans le titre du Chapitre 1 et à diverses reprises dans le livre d’Ajzenberg

– Abandon à la mort

Max Lafont

Pétition « Pour que douleur s’achève »

Armand Ajzenberg

« Abandon délibéré » pour Maxime Gremetz, député communiste, dans une question écrite à M. le Premier Ministre, citée dans le Courrier de la pétition « Pour que douleur s’achève ») »

Mais encore :

« Indifférence criminelle collective » par Max Lafont, « Mauvais traitements et négligences coupables » par Santé mentale No 38, « Abandon délibéré » par Maxime Gremetz, « Extermination douce » par Max Lafont, « Extermination » par Pierre Durand et Patrick Lemoine, mais aussi par Alain Vernet et Michel Henin dans Libération, et encore par André Vanomme (maire de Clermont d’Oise), « Génocide » par Pierre Durand, Max Lafont, Patrick Lemoine, Pierre Deniker, Alain Vernet et Michel Henin, « Crime contre l’humanité » par Pierre Durand, « Éradication des malades mentaux » par Patrick Lemoine, « Élimination » par Pierre Durand, Philippe Fontanaud (site Serpsy), pétition « Pour que douleur s’achève », « Épuration » dans la pétition « Pour que douleur s’achève », « Mise à mort » par Jean-Yves Nau (Le Monde), « Assassinat » par le Dr Escoffier-Lambotte (Le Monde), « Holocauste » par Le Monde (dans un compte-rendu de la thèse de M. Lafont, 1979, « Traitement final »par Lucien Sève, « Solution finale » dans Santé mentale No 38.

ooooo

Dans une pétition initiée par Lucien Bonnafé, Patrick Tort et moi-même – Pour que douleur s’achève… – nous avions utilisés l’expression Abandon à la mort. Expression entendue comme non-assistance à personnes en danger de mort. C’est celle que j’ai utilisée dans un livre publié en 2012 : L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy.

Jean-Pierre Azéma, à propos de ce livre et de moi, écrit dans son rapport : « Il n’apporte pas la preuve que le gouvernement de Vichy a rédigé puis diffusé une directive officialisant « l’hécatombe » des malades mentaux… ». Affirmation mensongère, parce que ça n’a jamais été ma thèse. J’ai toujours affirmé que l’hécatombe des fous sous le régime de Vichy résultait d’une non assistance à personnes en danger, et ceci en connaissance de cause. Le psychiatre et historien, Michel Caire, que Jean-Pierre Azéma cite pourtant dans son rapport, l’atteste dans l’analyse qu’il a fait de L’abandon à la mort.

S’il y avait eu une directive officialisant l’hécatombe des malades mentaux, il n’aurait pas s’agit alors de non-assistance à personnes en danger de mort mais de volonté affirmé du régime de Vichy d’exterminer les malades mentaux. Ce que, je le répète, je n’ai jamais dit ou écrit. Cette affirmation mensongère est même la raison principale du renvoi de Jean-Pierre Azéma, sur le banc des prévenus, devant la 17e chambre correctionnelle du TGI de Paris, le 23 novembre à 13h30.

« … le plus grossier oubli des responsabilités du pouvoir de Vichy sur l’hécatombe est d’ignorer que le pouvoir n’a donné aucune réponse à la prestigieuse Société médico-psychologique demandant que les hospitalisés en psychiatrie aient les mêmes suppléments sur les rations que ceux des hôpitaux généraux. D’où résulte une « absence » de preuve qui permet d’afficher comme conclusion d’un travail d’«historien » qu’on ne peut pas conclure à une politique, même inavouée, d’«extermination douce ». Ce n’est pas moi qui ai écrit cela. C’est Lucien Bonnafé, dans sa préface au Train des fous de Pierre Durand, en 2001. Ce n’était pas Jean-Pierre Azéma qui était alors visé, mais un autre de ses confrères. Mais Lucien avait déjà analysé ce qu’écrit en 2015 l’historien aujourd’hui poursuivi.

Dans sa préface, Lucien Bonnafé écrivait aussi : « L’homme de science qui vous parle fut témoin de l’hécatombe d’environ 40 000 internés de plus que n’en condamnait la mortalité ordinaire, en France, sous le pouvoir de l’occupation-collaboration, et répliqua en militant pour changer le système inhumain qui gérait l’exclusion des fous, et pour le remplacer par son contraire : après le règne d’un système borné à la gestion des lieux de rejet, il s’agissait de créer dans tout secteur de population évalué à l’échelle humaine, un ensemble de moyens pour aider les citoyens souffrant de difficultés de relation à mieux faire face à leurs problèmes ».

ooooo

De quoi la mort de 76 000 fous au temps du régime de Vichy est-elle le nom ?

En Italie, paraît-t-il pour parler du même abandon à la mort des fous, une autre expression est utilisée : l’« extermination passive ». L’expression me plait bien. Elle correspond exactement à la définition juridique de cette incrimination : « Par « extermination », on entend notamment le fait d’imposer intentionnellement des conditions de vie, telles que la privation d’accès à la nourriture et aux médicaments, calculées pour entraîner la destruction d’une partie de la population » dit en effet la loi (art. 7 du traité de Rome de la Cour internationale, repris dans le code pénal français par l’article 212-1 de la loi voté le 5 août 2013). Cette non-assistance à personnes en danger, correspondait donc bien à un « crime contre l’humanité ». En effet, l’État français de Vichy, complice de la déportation vers les camps de la mort des 76 000 juifs de France, complice donc du « crime contre l’humanité » qu’a été la shoah, ce même régime, s’agissant des malades mentaux n’a pas ici été complice mais acteur passif d’un autre « crime contre l’humanité », celui des 76 000 fous morts de faim.

Si la non-assistance à personnes en danger de mort correspond bien à un crime contre l’humanité, elle ne figure pas comme telle – une extermination passive – dans le droit français. L’actualité récente, la mise en examen de Nicolas Sarkozy, nous rappelle que dans le droit français existe bien la notion de corruption passive. Concernant les personnes exerçant une fonction publique, l’article 432-11 du code pénal spécifie qu’il s’agit-là de « s’abstenir d’accomplir un acte de sa fonction, de sa mission ou de son mandat ». L’extermination passive ne figure pas dans le droit français. Pourtant « s’abstenir » d’accorder à des personnes, en période de crise, des suppléments alimentaires correspond bien à cette expression, et cela a été le cas sous le régime de Vichy. Il n’est pas interdit de penser que cela pourrait se renouveler. Si l’extermination passive ne figure pas dans le droit français, pas encore, peut-être serait-il judicieux de l’y introduire ?


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Patrick Chemla

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A propos de l’épuration ethnique, rappels historiques

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Dartignolles le porte parole du PCF e employé un terme à propos des kurdes qu’il aurait mieux fait de ne pas utiliser, mais ce lapsus est peut-être révélateur. Un intervenant me demande des éclaircissement historiques. Les voici très rapidement … cela se passe en Yougoslavie dans les années 90 celles de la chute de l’URSS et des années qui ont suivi, années dans lesquelles l’impérialisme américain s’est cru tout permis avec l’aide de l’Europe et de tous les partis ralliés aux vainqueurs. C’est la destruction de la Yougoslavie socialiste qui croyait pourtant ne pas avoir mérité…A la tête du parti, il y avait l’invraisemblable Robert Hue… et la liste « bouge l’Europe » dont la moitié des élus étaient pour l’intervention de l’OTAN et les autres contre… Autres temps, autres moeurs, peut-être pas…

Il y a à la base un conflit historique dont les Balkans ont le secret. Serbes à l’époque Yougoslavie, le revendiquant comme leur berçeau et il est vraique là sont un grand nombre de monastères originels. En fait selon les Serbes, les Albanais se sont installés dans le sillage des turcs occupants, ce que nient les Albanais. cela s’exaspère avec la deuxième guerre mondiale où le Kosovo est rattaché à l’Albanie fasciste sous domination italienne. Environ 10.000 Serbes, Juifs et Roms sont tués et plus de 100.000 chassés du Kossovo. Résultat la Yougoslavie de Tito après la guerre rattache le kossovo comme province autonome serbe. Donc nous avons trois niveaux d’antagonismes qui se superposent: 1) Les Slaves et les Turcs, 2) les musulmans et les orthodoxes et enfin 3) les fascistes et les communistes yougoslaves. Mais comme une grande partie des Serbes, juifs et roms ont été chassés et même exécutés, les Albanais sont majoritaires (69% d’Albanais pour 29% de Serbes, les Roms étant proches de ces derniers). Les Albanais ne cessent de réclamer leur autonomie, ils obtiennent un renforcement de cette autonomie. Les Sebes de plus en plus minortaires refusent. C’est en 1989, que Milosevic dans une reforme constitutionnelle de la Yougoslavie réduit l’autonomie .

Le conflit débute en 1996 avec la création de l’Armée de libération du Kosovo (en abrégé UÇK), qui amorce une campagne de révolution en assassinant des dirigeants, des policiers et des gardes-frontières serbes, ainsi que les Albanais collaborant avec le régime. Les Serbes ont alors pris de sévères contre-mesures policières et militaires. Le point tournant est survenu en mars 1997, lorsque le gouvernement de l’Albanie s’est effondré à la suite d’opérations financières pyramidales ratées. Des arsenaux ont été pillés et ces armes se sont invariablement dirigées en grand nombre vers le Kosovo, où l’UÇK naissante livrait aux autorités serbes une véritable guerre d’indépendance.

Le 13 octobre 1998, l’OTAN adresse un ultimatum à la partie serbe pour le retrait de ses forces et le début de négociations avec la partie albanaise. L’ultimatum est appuyé d’un ordre d’activation de ses forces.
Il faut observer qu’à la suite de la résolution 1199 du Conseil de sécurité des Nations unies, c’est l’OTAN qui prend l’initiative malgré les articles 1612 et 1713 de la résolution 1199. Ces articles expriment la volonté du Conseil de sécurité de garder le contrôle de la situation. Mais des divergences existent, la partie russe a annoncé son intention de mettre son veto à une nouvelle résolution validant une intervention contre la partie serbe. Donc l’OTAN décide d’un passage en force et d’une intervention de ses forces sans mandat de l’ONU (cas de figure que l’on va retrouver ultérieurement en Irak, en Libye, etc… )

Ce passage en force est présenté comme une victoire des néoconservateurs par Robert Kagan, il deviendra une nouvelle doctrine qui fait fi des résolutions de l’ONU.

La « communauté internationale » a réagi à la crise en 1998, en créant un « groupe de contact » composé de l’Allemagne, des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni et de la Russie qui feignent d’ultimes efforts diplomatiques en février 1999 lors de la conférence de Rambouillet suite à des allégations de massacres alors que les violences intercommunautaires se multipliaient.

C’est alors que l’on a assisté à une propagande sur une pseudo « épuration ethnique »
Des rumeurs concernant un plan d’épuration ethnique à grande échelle mené au Kosovo (un soi-disant plan Fer-à-cheval conçu par le ministère allemand de la Défense) circulèrent dans les médias occidentaux. Ces rumeurs se révélèrent par la suite infondées, bien qu’étant à l’origine de l’intervention militaire de l’OTAN. C’est pourquoi la réflexion de Dartignolles est particulièrement inadaptée ou de l’ordre du lapsus parce que l’on sait que cette pseudo épuration ethnique a été l’accompagnement idéologique d’une agression injustifiée de l’OTAN.

Il faudrait parler du rôle joué par les professionnels du droit d’ingérence comme Kouchner… Des gens qui se drapent dans leur pseudo dénonciation des tyrannies (communistes ou souveraintistes) et qui sont très liés à la CIA comme le dit Kouchener, les Glucksman et les BHL. Ces gens sont proches du PS mais en fait ils mettent en oeuvre les plans des néoconservateurs. ils en vivent fort bien d’ailleurs.

Ce qu’il faut bien mesurer c’est qu’on a pu considérer cette affaire comme la fin de l’ONU, puisque c’est l’OTAN qui le plus souvent en violant les résolutions du Conseil de sécurité ou déjà la vassalisation de la Russie permet beaucoup de choses impose son action et son calendrier et les coups de forces de l’OTAN sont simplement entérinés.
Le cas de l’acceptation de l’indépendance du Kossovo s’avère une violation mnifeste du droit international et du respect des frontières existantes. Cela deviendra un préalable à toute revendication d’autonomie par référendum.

résumé de danielle Bleitrach

 
3 Commentaires

Publié par le mars 31, 2018 dans GUERRE et PAIX, HISTOIRE

 

Les travestissements du mai 68

Beaucoup a été dit et se redit en ce moment sur le mai 68.

Un récit modelé par l’idéologie dominante qui a imposé un certain nombre de poncifs … et de contre-vérités.

Par exemple, ce dimanche 25 mars était diffusé sur la 5 un documentaire intitulé : « Mai 1968, les coulisses de la révolte » dont plusieurs traits pour la plupart visent soit à minorer, soit à travestir le rôle des travailleurs et les positions d’alors du PCF et de la CGT.

Sans aucunement prétendre qualifier le sens de la période et de ses suites, tenons nous en à quelques points le plus souvent essentiels mais passés sous silence, édulcorés ou manipulés  :

Le thème du caractère marginal du mouvement social
 

             ______________________________________________________________

                    Commentaire accompagnant la présentation du documentaire sur le site de la 5

                   « Il y a cinquante ans, Mai-68 voyait les étudiants de France se révolter à la suite de leurs   pairs parisiens. En marge des manifestations de la jeunesse, des grèves générales éclatent un peu partout »

            ______________________________________________________________

Vous avez bien lu, en marge des manifestations de la jeunesse des grèves générales éclatent.

Alors que tout au cours de l’année 1967 de puissantes luttes ont eu lieu dans de grandes concentrations ouvrières comme Rhodiaceta à Besançon et que déjà en 1963 la marche des mineurs du Nord sur Paris, la puissante grève du 17 mai contre les ordonnances en matière économique et sociale et contre les pleins pouvoir s’affirment nationalement. Sans oublier un 1er mai 1968 syndical très combatif qui renoue avec une tradition interdite par le pouvoir depuis 14 ans !

L’année 1967 étant celle qui comptabilise le plus de journées de grève depuis l’instauration de la Ve République.

En 1968 donc pas de coup de tonnerre dans un ciel serein contrairement au fourvoiement du  «  grand journal de référence » Le Monde qui proclame à la veille du mouvement que« La France s’ennuie ».

La bourgeoisie dort sur ses lauriers mais sans doute pas le prolétariat !

Et ce qui est occulté de manière récurrente dans le récit 68 c’est que si l’agitation démarre avec les actions étudiantes (pour plus de liberté, contre le puritanisme gaullien et bourgeois, contre la guerre du Vietnam …), c’est la vigueur de la protestation contre la répression des étudiants notamment celle qui a lieu au quartier latin dans la nuit du 10 au 11 mai.

Car c’est cette protestation relayée immédiatement dès le samedi 11 mai par l’appel de la CGT et de la FEN à la grève nationale et à la manifestation pour le 13 mai qui a pour conséquence :

  • de considérables rassemblements ce jour anniversaire de l’accession de de Gaulle au pouvoir (1 million de manifestants à Paris et de très importants rassemblements en province)
  • la réouverture de la Sorbonne et la libération des manifestants étudiants par G. Pompidou retour d’Afghanistan précisément sous la pression de la protestation contre la répression !
  • L’enclenchement du plus puissant mouvement de grève des travailleurs que le pays ait connu.

Dès le 14 mai :

Grèves aux Etablissements Claas à Woppy (Moselle), aux papeteries La Chapelle à Saint-Etienne-du-Rouvray (76), dans deux filatures du Nord, une biscuiterie du Rhône, débrayage à Sud-Aviation à Cannes la Bocca et aux Etablissements Fog dans la Nièvre …

15 mai :

Grève avec occupation et séquestration à l’usine Renault-Cléon …

16 mai :

15 000 grévistes en Seine-Maritime. Rodhiacéta et Berliet dans le Rhône. Grève à Renault Billancourt et Sandouville, etc. Elle gagne la SNCF, les centres de Tri PTT et les services publics. Les ouvriers de Renault Flins occupent les usines. Grève illimitée avec occupation à Renault le Mans …

Ce n’est donc pas à la marge que les grèves ouvrières éclatent !

Et cette irruption ouvrière inaugure un basculement dans une toute autre phase,  une autre page de l’histoire avec l’entrée en lice d’autres acteurs et d’autres enjeux qui vont mettre directement en cause le pouvoir et l’ensemble de sa  politique.

A partir de ce moment ce n’est donc plus la seule question universitaire qui s’impose (bien qu’incluse dans la plate-forme générale) mais la « question sociale » à laquelle le pouvoir gaulliste est à présent confronté exigeant :

  • la réforme démocratique de l’Université et de l’Enseignement.
  • l’augmentation des salaires (aucun inférieurs à 600 francs).
  • l’abrogation des ordonnances amputant la Sécurité sociale.
  • Le plein emploi.
  • Le respect et l’extension des libertés syndicales

L’ampleur et la détermination du mouvement posant évidemment la question d’une autre politique que celle appliquée jusque là, les manifestants du 13 mai scandant «  Dix ans ça suffit »  !

Puis « Gouvernement populaire avec les communistes » réclamé par un mouvement confronté alors auxmanœuvres comme d’habitude, d’une deuxième gauche à la recherche d’une alternance sans véritable changement.

Le thème de la collusion CGT/pouvoir
 

Dans le film de la 5 cela est seulement suggéré avançant l’idée que la CGT compose avec le pouvoir soucieuse de se débarrasser du mouvement étudiant.

Argumentaire adossé à la propagande des mouvements gauchistes selon laquelle l’obstacle au développement des luttes, à l’intervention des travailleurs ce sont précisément les organisations majoritaires dont ils se sont doté historiquement : le PCF au plan politique et la CGT au plan syndical.

Alors qu’on l’a vu,  sans l’appel à la solidarité de ces organisations avec le mouvement étudiant, celui-ci aurait été isolé et écrasé.

Comme cela s’est passé dans d’autres pays.

Alors que la grève a largement reposé sur l’initiative de la base.

Alors qu’aucun mot d’ordre de grève générale n’a été donné, le mouvement étant sous le contrôle des Assemblées générales dans les entreprises, les administrations, les universités …

En conséquence aucun mot d’ordre de reprise n’a été donné non plus.

La négociation de Grenelle entre syndicats, patronat et gouvernement des 25 et 26 mai ne donnant pas lieu contrairement à ce qui est répété mensongèrement à des accords dont les syndicats et la CGT seraient signataires MAIS à un constat ou projet de protocole prévoyant entre autre l’augmentation de 35 % du salaire minimum garanti (SMIG), la reconnaissance de la section syndicale d’entreprise, la réduction du temps de travail sans perte de salaire … qui ne sera pas paraphé, ni signé par les organisations syndicales ET devra donc être soumis à l’appréciation des travailleurs.

Afin de donner de la chair à cette affirmation de collusion s’est construite l’affabulation d’un Georges SEGUY sifflé à Renault Billancourt lors de son compte-rendu aux salariés du contenu du constat de Grenelle.

C’est en effet le 27 mai que ce compte-rendu a lieu, les diffamateurs du mouvement ouvrier et de la CGT répétant depuis, et encore à présent,  que lors de cette assemblée Georges SEGUY s’est fait huer par les travailleurs histoire de présenter une CGT « débordée par la base », obstacle à la poursuite du mouvement, briseuse de grève en quelque sorte.

SAUF que tout cela est pure manipulation !

C’est Aimé HALBEHER alors jeune secrétaire en 1968 de la CGT Boulogne-Billancourt qui témoigne en août 2016 :

« Le rassemblement a lieu à 9h du matin. J’apprends que G. SEGUY viendra rendre compte du constat de Grenelle avec Benoit Frachon aux 25000 salariés présents. Il n’était évidemment pas question pour eux d’appeler les salariés de Renault à cesser ou poursuivre leur grève.

En les attendant je suis chargé par la direction du syndicat CGT de l’usine, et en accord avec la CFDT et FO de présenter brièvement les principaux résultats de Grenelle que nous connaissions mais surtout de fustiger la direction de l’usine et le gouvernement qui refusent d’ouvrir les discussions. En conséquence, je propose au vote des travailleurs la poursuite de la grève reconductible avec occupation aussi longtemps que ces négociations ne se seront pas tenues.L’immense majorité des salariés présents acclame et vote la poursuite de la grève.

G. SEGUY apprend cette décision lors de son arrivée en voiture à Billancourt.

Par conséquent la poursuite de la grève s’est décidée avant l’arrivée de G. SEGUY.

Cette décision n’a pas concerné le résultat de Grenelle mais l’obstination de la direction et du gouvernement à refuser toute discussion. Les grandes entreprises, notamment dans l’automobile, Renault, Peugeot, Citroën ne négocieront que vers le 20 juin 1968.

G. SEGUY avec B. FRACHON présentent aux salariés de Renault les conditions dans lesquelles se sont déroulées les discussions et déplorent au passage, que contrairement à 1936, l’unité syndicale a cruellement fait défaut. G. SEGUY précise qu’aucun accord signé n’est intervenu. Il s’agit d’un constat de discussion qu’il faut améliorer dans chaque entreprise.

Il présente les acquis sociaux obtenus sous les applaudissements nourris et les revendications insuffisamment satisfaites ou totalement insatisfaites sous les huées adressées au patronat et au gouvernement. »

La véracité de ce témoignage de première main est incontestable, ce qui n’empêche pas encore des historiens comme Pascal ORY dont la spécialité devrait les incliner à la rigueur, d’ânnoner encore ces jours derniers à l’université de Nanterre la même contre-vérité !

ARTICLE complet d’Aimé HALBEHER à consulter à l’adresse :

http://​​​​​​​http://www.frontsyndical-classe.org/2016/08/hommage-a-georges-seguy-aime-halbeher-secretaire-en-1968-de-la-cgt-boulogne-billancourt.html

Le thème de la vacance du pouvoir
 

C’est un autre aspect mystificateur de la narrative post 68  toujours également en vigueur :

Après l’échec de sa première tentative de sortie de crise du jeudi 24 mai annonçant un futur référendum sur la participation DE GAULLE serait pris de doute, songerait à démissionner et disparaissant sans laisser de nouvelles à ses plus proches, le 29 mai, une situation de vacance du pouvoir serait ainsi créée.

Cette  rumeur distillée depuis quelques jours donnant des ailes au rassemblement de la gauche non-communiste le 27 mai avec MENDES FRANCE, ROCARD, la CFDT et compagnie …  à Charlety et MITTERRAND déclarant sa candidature à la présidence de la République le 28 mai au cours d’une conférence de presse mémorable !

Pourtant ultérieurement on peut avancer que tout cela ne constitue qu’une vaste mise en scène.

Car :

dès le 11 Mai Pierre MESSMER ministre des armées a décidé sur ordre du premier ministre de mettre en alerte des unités de l’armée

le 29 mai le général De GAULLEse rend secrètement à Baden-Baden en Allemagne où il rencontre le général MASSU, commandant du corps expéditionnaire français en zone allemande


tous les réseaux gaullistes (réseaux FOCCART, SAC, Comités de Défense de la République, réseaux PASQUA) sont activés pour préparer la contre-manifestation des Champs Elysées du 30 mai


le 30 mai à la radio De GAULLE annonçant qu’il ne se retirera pas, qu’il maintient G. POMPIDOU au poste de premier ministre et qu’il dissout l’Assemblée nationale.

 

La contre-offensive gaulliste n’est donc pas un simple sursaut succédant à l’abattement !

Elle résulte d’une tactique et d’une organisation qui ne délaisse aucun aspect de la situation :

La rencontre De GAULLE / MASSU qui n’a jamais été vraiment révélé sauf en sous-entendus malicieux vise principalement à s’assurer de la fidélité de l’armée.

Et à créer les conditions du rassemblement de toutes les composantes de la droite, y compris de celles qui durant la guerre d’Algérie s’étaient violemment opposées à De GAULLE. Le pacte scellé comportant l’amnistie des partisans de l’OAS encore incarcérés et qui effectivement seront amnistiés par un texte au journal Officiel seulement quelques semaines après et datant du 2 août 1968.

En 1968, des anciens de l’OAS rencontrent Jacques Foccart pour lui proposer leur ralliement au régime gaulliste contre la « chienlit » et demander l’amnistie des membres de l’organisation encore incarcérés, ce qu’ils obtiendront. Cette amnistie est promise par De Gaulle à Massu, lors de sa visite à Baden Baden

C’est à partir de ces faits et de ces réalités que la contre-offensive gaulliste débouchera sur un renversement d’une opinion publique travaillée au corps, effrayée par la description des violences, les voitures brûlées, les affrontements …

La bourgeoisie française ayant une longue expertise de l’utilisation politique des violences urbaines en particulier comme on peut encore le constater avec l’instrumentalisation actuelle des casseurs.

Et le parti gaulliste et ses officines mèneront la campagne des législatives du 23 et 30 juin sur les seuls thèmes du chaos et du danger communiste avec succès puisque la plus grande grève et le plus grand mouvement de masse en France accoucheront d’une majorité écrasante de droite de 394 députés sur 485.

Résultat des manœuvres de la gauche non-communiste et de l’irresponsabilité gauchiste.

Que les chantres héritiers d’un 68 travesti, s’efforceront d’effacer!

En ce cinquantième anniversaire la tentative de récupération macronienne du mai 68 repose à la fois sur ces travestissements historiques et sur le fond idéologique commun aux libéraux-libertaires de 68 et au macronisme structuré sur le rejet des luttes de classe, la criminalisation du communisme assimilé au nazisme, le soutien aux agressions guerrières impérialistes, le sociétal substitué à la question sociale, la soumission aux intérêts de l’oligarchie financière.

En guise d’épitaphe, sur le flanc libéral-libertaire de mai 68, les sieurs COHN-BENDIT et Romain GOUPIL, figures emblématiques s’il en est de l’époque, ralliés au pouvoir sont en 2018 chargés officiellement par la direction de France 5 de réaliser un film-bilan de mai 68 … avec l’approbation de Macron!

Gilbert Rodriguez

28 mars 2018

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Du reste on attend toujours que les pourfendeurs professionnels et médiatiques de « fake-news » s’attaquent aussi aux mensonges sur mai 68!

 
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Publié par le mars 28, 2018 dans HISTOIRE