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Lady Di et le triomphe du rien

Excellent article, l’espèce de folie qui s’est emparée de la population à la mort de Diana, m’a toujours laissée perplexe… je me souviens comment j’ai failli devoir repartir de chez la coiffeuse la tête non rincée, parce que j’avais osé dire que cette femme était une gourde. Nos télévisions y compris du service public remettent ça!!! donc la situation décrite par l’article perdure… (note de Danielle Bleitrach)

Par Robert McLiam Wilson, écrivain nord-irlandais — 29 août 2017 à 18:26
Visite de la princesse Diana à mère Teresa, en juin 1997 à New York.
Visite de la princesse Diana à mère Teresa, en juin 1997 à New York. Photo Bebeto Matthews. AP

Ce jeudi 31 août marque le vingtième anniversaire de la disparition de Diana. Sa popularité était aussi fictive que ses combats humanitaires. Une princesse qui aimait les images, pas les mots. Une princesse un peu bête. L’écrivain Robert McLiam Wilson craque le secret de Diana : devenue si célèbre qu’elle avait cessé d’être réelle.

Le monde anglophone est fait de sentiments. C’est le monde de Trump et du Brexit, quoi d’autre ? Bête comme ses pieds, c’est un monde qui penche politiquement à droite ou à gauche en fonction de notre humeur. On est nuls en philo, mais on est des brutes en sentimentalisme hagard.

Evidemment, tout ça c’est la faute aux années 80.

C’est dans l’anglosphère que le «Grand Mensonge Vampirique du Capitalisme Débridé» a trouvé sa vierge la plus dodue. Des concessionnaires foireux – Reagan l’abruti et Thatcher la cannibale – nous ont vendu une épave sans frein ni volant. Un deal pourri. Un achat suicidaire. Qui réclamait des palliatifs, des anges et des icônes pour faire passer la pilule. Et parmi la multitude, les Madonna et les Michael, il y eut ce scintillant avatar : Diana, princesse de Galles.

Anglaise, grande, blonde, trop bête pour obtenir le moindre diplôme, elle est cette médiocre privilégiée qui percute de plein fouet une version eighties du conte de fées : la célébrité instantanée, globale, dévastatrice. Rien qu’en épousant le prince Charles, héritier de la couronne britannique. Une époque merveilleuse, l’aube de l’ère de la com. Ah, la com ! Ce faire-valoir spirituel du consumérisme, cet antidote à la sincérité publique. Diana était la Néfertiti des RP, leur Cléopâtre, leur Boadicée.

Dans une décennie de contrefaçons et de balivernes, Lady Diana se mit «au travail». Elle rencontra mère Teresa et des victimes du sida (quand je dis «rencontrer», j’entends bien sûr «se faire photographier avec»). Elle toucha des lépreux et des pauvres. Laissez-moi rire. Elle attendit quand même 1989 pour câliner des malades du HIV. A cette date, les people se battaient pour tripoter un max de séropos (maintenant qu’on savait que c’était sans risque). Mines antipersonnel, cancer, enfants malades. Tout, pourvu qu’il y ait des photos.

Les photos, c’était son truc. Elle collabora à la rédaction du manuel de la photo opportunity. C’est la seule chose qui l’intéressait. Elle exerça un contrôle remarquable sur son image, interdisant scrupuleusement les clichés de son mauvais profil. Son mariage, comme son divorce, fut gangrené par les transcriptions d’enregistrements clandestins et les confessions off à des confidents peu scrupuleux. Mais elle laissa passer. En revanche, quand on vola une photo d’elle transpirant dans un club de gym de Londres, elle poursuivit immédiatement le journal britannique et fit émettre des injonctions partout dans le monde. Elle était la princesse pour qui les mots ne comptaient pas. Les images, oui. Plus que tout.

Et quand «Princesse photo» parlait, c’était en général lamentable. Des discours formatés écrits pour elle par un assistant lourdingue, ou des tentatives infantiles d’autoglorification dans des interviews accordées à des plumitifs sans scrupule et mal choisis. Di était une planète cernée de satellites sordides et cupides. Une ronde d’hagiographes et de parasites, d’augures et d’escrocs. Qu’il s’agisse des livres de révélations du majordome ou d’interviews télé avec des lèche-bottes malsains et malveillants, elle fut régulièrement trahie par des charlatans qui connaissaient le taux de change de sa célébrité.

Elle continua à faire campagne dans la presse pendant et après son divorce de Charles. Toujours plus d’opés de com charitables, de technique de vente du vide. Une pub géante pour un produit invisible. Mais elle voguait désormais au large de la monarchie, affranchie de son fallacieux imprimatur. Tout était plus froid, plus dur. Sa vie amoureuse, une infinie chair à tabloïds (ses goûts terribles en matière d’hommes n’aidaient pas). Inévitablement, nous, son public, nous retournâmes contre elle, elle devint figure d’opprobre ou de moquerie. Et jusqu’à la veille de sa mort, les journaux britanniques la traitèrent de briseuse de ménage, de mère indigne, de Jézabel. Là encore, sa vacuité fit merveille. Autrefois, nous avions rempli les blancs de fantasmes de contes de fées et de doux rêves. Désormais, sur cet écran vierge, nous projetions notre amertume et notre dédain, notre colère et notre déception. Elle n’avait pas changé. Nous oui.

Et puis elle est morte, et notre revirement eut la violence d’un tête-à-queue. Soudain, Londres dégoulinait d’ersatz d’émotion – des hectares de fleurs et de bougies dans un océan de sanglots. La vérité toute neuve, c’était que nous l’avions toujours aimée, sans conditions, sans réserves. Le souvenir gênant des critiques ou des moqueries récentes s’évapora. Ceux qui ne manifestaient pas assez de respect se faisaient passionnément engueuler par les totalitaires du deuil.

L’hypocrisie fut complète, elle fit un tabac. Et pourtant, les rues de Glasgow, de Belfast et de Manchester ne furent pas inondées de larmes (au plus haut, son taux d’approbation ne dépassa jamais les 47%). Sa popularité était aussi fictive, aussi fantasmée que ses mines antipersonnel et ses lépreux. Elle était médiatique. Comme ce deuil factice mais étrangement affirmé et furieux.

Evidemment, il est là, le secret de Diana : devenue si célèbre qu’elle avait cessé d’être réelle. La jeune femme ordinaire avait toujours été invisible, éclipsée par les photographies bidimensionnelles qui l’ont tant occupée. Mais quelle était cette autre dimension que les millions de photos rataient ? Je n’en sais rien. Mais je sais que c’est la seule chose qui me rend triste, à son sujet.

J’étais à Paris quand elle est morte. J’ai été réveillé par la nouvelle. Un moment étrange, vaseux, surprenant. C’est toujours étrange quand quelqu’un qu’on trouve bête meurt. C’est un truc trop sérieux pour eux, la mort. Je ne savais pas quoi dire. J’avais un peu honte.

En anglais, bouc émissaire se dit «scapegoat» (littéralement, «la chèvre du paysage»). Mais ce n’est pas la même idée. Il manque l’émissaire. Il n’y a pas cette notion utile ou digne d’un message ou d’un messager. Scapegoat charrie quelque chose d’une cruauté sans limites, d’infiniment plus futile. Elle était notre scapegoat, menée à une mort dénuée de sens, pour une absolution que nous n’allions jamais ressentir.

Elle était une princesse. Tout le monde aime les princesses. Pourquoi ? Parce que la princesse ça sert à mettre la femme dans les histoires les plus simples. Sinon, y a la méchante belle-mère, la vieille paysanne, la sorcière. Mieux vaut être une princesse. Ou pas.

Que ce serait-il passé si elle avec vécu plus longtemps ? Dans le monde d’après le 11 Septembre, l’univers des réseaux sociaux ? Elle aurait été parfaite. Ses humbles compétences correspondent pile poil au «maintenant» qu’elle a contribué à créer. Elle aurait été la reine de Twitter, l’impératrice de Facebook.

Mais la question la plus intéressante concerne ceux qui ont grandi après sa mort. Que pensent-ils d’elle ? En un sens, ils sont les consommateurs idéaux de ce qu’elle avait à vendre. Cette boîte vide, cet écran blanc. Maintenant qu’elle n’est plus en vie, elle ne risque plus d’entacher ni de détourner la lumière noire et sans charme que nous pouvons continuer à projeter sur le petit espace humain qu’elle a laissé.

J’avais tort tout à l’heure. Parce que ce petit espace humain aussi, il me rend triste.

Traduction : Myriam Anderson

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Publié par le septembre 1, 2017 dans femmes, humour, medias, mythe et légendes

 

LA CONQUÊTE DE L’ÉTHIOPIE ET LE RÊVE D’UNE SEXUALITÉ SUR ORDONNANCE (1), PAR MARIE-ANNE MATARD-BONUCCI.

 http://dormirajamais.org/conquete-1/

Le 9 mai 1936, à Rome, dans un discours retransmis par des milliers de haut-parleurs dans toute l’Italie, Mussolini annonce la conquête de l’Éthiopie. Du Palais de Venise où il est acclamé par une foule en liesse, le Duce prétend donner au monde une leçon de civilisation, célébrant le combat de l’Italie contre «l’arbitraire cruel», «l’esclavage millénaire» et la victoire de la justice sur la barbarie. La veille, dans un climat analogue, le Duce s’est adressé aux organisations féminines du régime, et a remercié les femmes d’avoir soutenu l’héroïsme de leurs frères, fils et maris en résistant aux sanctions décrétées par la Société des Nations(1). Quelques mois plus tôt pour la journée de la «Foi», des cohortes de femmes avaient offert leur alliance, le don de l’anneau nuptial symbolisant l’engagement de toute la nation dans l’aventure coloniale.

Cette communion des genres sur l’autel de l’impérialisme fasciste ne doit pas masquer que la guerre d’Éthiopie fut un pic d’exaltation de la virilité par un régime qui l’avait élevée à des sommets jamais atteints(2). «Rappelez-vous que la passion des colonies est la plus masculine, la plus fière et la plus puissante qu’un Italien puisse nourrir; aimez-les plus encore pour les sacrifices qu’elles nous ont coûtés et qu’elles nous coûteront que pour les richesses qu’elles pourront nous apporter. Préparez-vous à mesurer dans les colonies votre force de dominateur et votre pouvoir de condottiere» exhortait le maréchal Rodolfo Graziani, devenu vice-Roi d’Éthiopie en juin 1936(3). Guerre coloniale et fasciste, le conflit éthiopien fut pensé comme un temps fort dans la stratégie destinée à créer un «homme nouveau fasciste»(4). Soldats et colons étaient invités par le Duce, le maréchal Graziani et les élites fascistes à se comporter en peuple dominateur et impitoyable. Tous les moyens furent bons pour écraser un adversaire aussi mal équipé que déterminé: emploi de gaz asphyxiants, bombardements, massacres de civils, anéantissement des élites(5). L’Éthiopie fut le théâtre d’une violence extrême. Soldats et hiérarques expérimentèrent l’hubris guerrière, comme aux meilleurs temps du squadrisme, l’infériorité présumée des indigènes autorisant une cruauté particulière. Dans son journal, l’intellectuel et hiérarque fasciste Giuseppe Bottai déplorait des épisodes de barbarie dont s’étaient principalement rendus coupables des officiers et dirigeants : « Le mouton des classes moyennes devient un petit lion, confondant l’héroïsme et la cruauté »(6). Starace, le secrétaire national du parti fasciste, n’avait pas hésité à donner l’exemple, se livrant à des exercices de tir sur des prisonniers tandis que des soldats prenaient la pose près de cadavres ou brandissaint des restes humains comme des trophées.

En dépit de discours affichant un humanisme à l’italienne, les autorités fascistes ne réprimèrent pas ces pratiques barbares des combattants, jugeant plus important de modifier les comportements sur un autre terrain: celui de la sexualité. Quelques mois après le début des hostilités, les relations des Italiens avec les femmes éthiopiennes devinrent, aux yeux des élites fascistes, une véritable « question » politique et une bataille prioritaire du régime.

Les Éthiopiennes, obscurs objets de désir

Préparée par plusieurs décennies d’idéologie nationaliste, la conquête de l’Éthiopie avait suscité de nombreuses attentes au sein de la population italienne. Au désir des plus démunis d’accéder à la propriété foncière s’ajoutaient des motivations plus complexes où se mêlaient confusément, comme dans d’autres contextes coloniaux, exotisme et érotisme. La beauté légendaire des femmes de la région n’était pas pour rien dans l’attrait de cet Eldorado, l’espoir de les posséder apparaissant aussi légitime que la prétention à s’emparer des terres.
Photographies d’Éthiopiennes forcément dénudées, comme dans la plupart des représentations des femmes africaines jusqu’aux années Trente, romans populaires publicités et chansons avaient aussi contribué, avant et pendant la conquête, à répandre le stéréotype de créatures à la sensualité exacerbée, offertes au plaisir de l’homme blanc(7). Dans l’Italie puritaine qui n’autorisait la nudité que dans l’art, les poitrines des Éthiopiennes nourrissaient tous les fantasmes. « Les Italiens avaient hâte de partir. L’Abyssinie, à leurs yeux, apparaissait comme une forêt de superbes mamelles à portée de main » se souvient Léo Longanesi(8). Pendant la guerre, de nombreux dessins humoristiques véhiculés par la presse ou des cartes postales opposaient l’image d’un peuple d’hommes arriérés et sauvages et de femmes séduisantes et avenantes(9). Dans un registre qui se voulait humoristique, le dessinateur Enrico De Seta, sur une carte intitulée «Bureau de poste», montrait un soldat devant un guichet postal. Il s’apprêtait à expédier un curieux colis : une femme abyssine empaquetée dans une couverture, dont dépassaient la tête et les pieds(10)!

En 1935, la chanson Faccetta Nera, (Petite frimousse noire) avait accompagné les troupes en campagne. Composée d’abord en dialecte romain, la chanson était devenue très populaire dans sa version italienne(11). Les paroles étaient à l’image des sentiments complexes des colonisateurs à l’égard des femmes africaines : volonté de possession et de domination, promesse de libération et de civilisation, désir et fascination. « Facetta Nera, Belle abyssine, attends et espère, l’heure est prochaine. Quand nous serons près de toi nous te donnerons une autre loi et un autre roi. Notre loi est esclavage d’amour, notre slogan est liberté et devoir etc. »(12).

L’imaginaire des romanciers ou chansonniers n’était pas sans rapport avec une certaine réalité des rapports hommes femmes en Éthiopie. Tandis qu’en Italie les interdits pesant sur la sexualité des femmes étaient encore très forts, l’Éthiopie offrait aux femmes, surtout aux Amharas, une liberté plus grande, les relations hors mariage n’étant pas frappées d’opprobre comme dans les sociétés catholiques européennes. Non seulement le concubinage était une pratique qui n’était pas réprouvée par l’entourage – le mariage dämòs permettait aux femmes une forme d’union contractuelle temporaire- mais il pouvait s’inscrire, comme l’ont révélé des travaux récents, du point de vue des Éthiopiennes, dans le cadre d’une stratégie d’élévation sociale, voire d’émancipation(13). La pratique du madamismoétait répandue, en Somalie et en Érythrée, y compris parmi les fonctionnaires et militaires de haut grade(14). En Érythrée, le fonctionnaire Alberto Pollera, pour convaincu qu’il fût des bienfaits de la colonisation, et en dépit de ses responsabilités, n’en avaient pas moins six enfants de deux femmes érythréennes(15). Comme l’écrit Giulia Barrera: « The madamato was a set of relationships grounded in the material basis of colonialism and shaped by colonial discourse but it was lived out by concrete individuals: by men who participated in very different ways in the colonial enterprise and by women who were note merely passive victims »(16).

Pour les 300 000 pionniers et soldats présents après la conquête, certains subirent, effectivement, le «doux esclavage» mentionné par la chanson. Même quand la fascination n’était pas au rendez-vous, le concubinage s’imposait presque par défaut, représentant «la véritable institution des rapports sexuels sous le colonialisme»(17). En dépit de la propagande visant à les attirer, bien peu de femmes de métropole avaient accepté de s’installer sur place, craignant l’insécurité ou des conditions de vie précaire. Peu après la conquête, un navire de 2000 épouses et fiancées fut appareillé à destination de l’Empire(18). En 1938, 10 000 Italiennes avaient accepté de participer à l’aventure coloniale, dont la moitié dans la capitale de l’Empire. Le régime avait également cherché à installer des prostituées blanches recrutées dans la péninsule mais, là encore, l’offre était restée largement inférieure à la demande(19). Les hommes continuaient de fréquenter assidûment les sciarmute, les prostituées indigènes, que les autorités s’efforçaient contrôler. Parmi les 1500 femmes autorisées à faire le commerce du sexe à Addis Abeba, et contrôlées lors de visites médicales, les autorités distinguaient trois catégories, identifiables à la couleur d’un petit drapeau affiché sur leur tucul, l’habitation traditionnelle : jaune pour les officiers, verte pour les soldats et travailleurs, noir pour les troupes coloniales. Cette prostitution encadrée et hiérarchisée ne couvrait pas davantage les besoins et certains responsables militaires s’indignaient des longues files d’attente devant les bordels indigènes. Restaient enfin les prostituées occasionnelles ou clandestines, présentes sur l’ensemble du territoire.

Entre l’exploitation sexuelle des indigènes et la chasteté existait toute une gradation de comportements. Le concubinage fut l’un d’entre-eux qui présentait, avant d’être placé hors la loi, de nombreux avantages pour les colons. Avant la conquête de l’Éthiopie, dans les colonies italiennes d’Afrique noire, Somalie et Érythrée, il était fréquent que des fonctionnaires de l’administration coloniale ou des militaires vivent avec des femmes africaines. Les compagnes des Italiens étaient nommées les madame et le concubinage le madamismo. Ces unions donnaient souvent lieu à la naissance d’enfants métis qui eurent la possibilité, à partir de 1933, en vertu de la « Loi organique pour l’Érythrée et la Somalie » d’obtenir la nationalité italienne(20). En Érythrée, en 1935, on comptait 1000 métis sur une population de 3500 Italiens(21). Pour les colons, la mise en ménage avec des Éthiopiennes, résultait de motivations diverses, parfois concomitantes, qui n’excluaient pas le sentiment amoureux: disposer d’une compagne pour partager le quotidien et les tâches ménagères, disposer d’une partenaire sexuelle stable et plus sûre que des prostituées. Le journaliste Indro Montanelli, enrôlé comme volontaire en Éthiopie à l’âge de 23 ans, fut nommé à la tête d’un bataillon d’indigènes Érythréens. Il dit avoir « acheté » à son père pour 500 lires, une jeune fille de douze ans. Pratique répréhensible en métropole mais diffusée dans les colonies, celle-ci était justifiée en ces termes : « mais à douze ans [en Afrique] les jeunes filles sont déjà des femmes ». À son départ, il revendit la jeune fille « petit animal docile » à un officier de haut rang, lequel disposait déjà d’un « petit harem »(22) Selon son témoignage, la jeune fille était musulmane.

Avant que le racisme ne devînt doctrine officielle du fascisme, les points de vue sur les unions mixtes étaient partagés. Lidio Cipriani s’alarmait du métissage alors que les démographes Corrado Gini ou Domenico Simonelli y voyait une opportunité de régénération des populations européennes et, pour le second, un facteur de peuplement pour les colonies(23). Dans la presse coloniale, les unions mixtes n’étaient pas encore dénoncées(24). En février 1936, dans l’Illustrazione coloniale, Lorenzo Ratto opposait l’attitude raciste des colonisateurs britanniques à la tradition « romaine » de fraternisation avec les populations vaincues. Réprouvant le métissage avec les « nègres », il admettait les unions mixtes avec les Éthiopiennes, racialement supérieures : « les plus belles filles de race sémitico-éthiopiennes, facilement sélectionnables sur les plateaux éthiopiens pourront être choisies par les pionniers du Génie militaire rural pour faire partie de nos colonies en tant qu’épouses légitimes (…) »(25).

Texte paru in D. Herzog, Brutality and desire. War and Sexuality in Europe’s Twentieth Century, Palgrave Macmillan, 2008.

(Deuxième partie)

Pour aller plus loin:

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  1. «Éloge des femmes italiennes» discours prononcé le 8 mai 1936, in B. Mussolini, Édition définitive des œuvres de B. Mussolini, ed. Flammarion, vol. XI, 1938, p. 69-71. []
  2. Voir G. L. Mosse, L’image de l’homme. L’invention de la virilité moderne, Pocket, Agora, p. 179-203. B., Spackman, Fascist Virilities: Rhetoric, Ideology, and Social Fantasy in Italy, University of Minnesota Press, 1996. []
  3. Cité par F. Le Houérou, L’épopée des soldats de Mussolini en Abyssinie. 1936-1938. Les ensablés, L’Harmattan, 1994, p. 50. []
  4. M.-A. Matard-Bonucci, P. Milza, L’Homme nouveau entre dictature et totalitarisme, Fayard, 2004. []
  5. A. Sbacchi, Legacy of Bitterness. Ethiopia end fascist Italy, 1935-1941, The Read Sea Press, 1997. Voir en particulier le chapitre 3, “Poison gas and atrocities in the Italo-Ethiopian War, 1935-1936”, p. 55-85. A. Del Boca (dir.) , I gas di Mussolini. Il fascismo e la guerra d’Etiopia, Roma, Editori riuniti, 1996. G. Rochat, « L’attentato a Graziani e la repressione italiana in Etiopia 1936-1937 », in Italia contemporanea, 1975, n. 118, pp. 3-38. Plus généralement, voir l’œuvre considérable d’A. Del Boca, de R. Pankhurst. Voir aussi A. Mockler, Haile Selassie’s war : The Italian Ethiopian campaign, 1936-41, Oxford University Press, 1984, rééd. Grafton Books, 1987. []
  6. G. Bottai, Diario 1935-1944, Ed . Bur, 2001, p. 102, note du 16 mai 1936. []
  7. Sur la littérature coloniale : G. Tomasello, La letteratura coloniale italiana dalle avanguardie al fascismo, Palerme, Sellerio, 1984. R. Bonavita, « Lo sguardo dall’alto. Le forme della razzizzazione nei romanzi coloniali nella narrativa esotica », in La menzogna della razza. Documenti e immagini del razzismo e dell’antisemitismo fascista, Grafis, Bologne, 1994, p. 53-62. []
  8. Cité par A. Petacco, Faccetta nera, Mondadori, ed. 2008, p. 191. []
  9. Voir les vignettes reproduites dans le catalogue La Menzogna della Razza, p. 156-157. Sur l’iconographie coloniale : A. Mignemi., Immagine coordinata per un impero, GEF, 1984, Novara. G. Campassi, M.-Teresa Sega, « Uomo bianco, donna nera. L’immagine della donna nella fotografia coloniale » in Rivista di storia e teoria della fotografia, vol. 4, n° 5, 1983, p. 54-62. []
  10. L. Goglia, « Le cartoline illustrate italiane della guerra etiopica 1935-1936 : il negro nemico selvaggio e il trionfo della civiltà di Rome » dans le catalogue de l’exposition La menzogna della Razza, cit. p. 27-40. L’image décrite est située dans le catalogue, à la p. 175. []
  11. S. Pivato, Bella ciao. Canto e politica nella storia d’Italia, GLF, Editori Laterza, Bari-Laterza, 2007, p. 161-162. []
  12. Le texte de la chanson est publié par A. Petacco, op. cit., p. 189-190. []
  13. Après avoir été ignorée dans leur dimension raciste et sexiste, les relations hommes-femmes ont été analysées en privilégiant la clef de lecture de l’oppression coloniale puis du genre. Voir G. Campassi, « Il madamato in Africa orientale : relazioni tra italiani e indigene come forma di agressione coloniale » in Miscellanea di storia delle esplorazioni, Genova, 1987, p. 219-260. Giulia Barrera, dans une étude pionnière, se place du point de vue des femmes érythréennes livrant une vision plus complexe des rapports de genre dans ce contexte : G. Barrera, Dangerous Liaisons, Colonial Concubinage in Eritrea, 1890-1941, PAS Working Paper, Program of african Studies, Northwestern University, Evanston Illinois, USA, 1996. []
  14. Carlo Rossetti « Razze e religioni nei territori dell’Impero », L’impero (A.O.I). Studi e documenti raccolti e ordinati da T. Sillani, Rome, La Rassegna italiana, XVI, p. 76. L’auteur était le chef du Bureau des études du Ministère de l’Afrique italienne. []
  15. B. Sorgoni, Etnografia e colonialismo. L’Eritrea e l’Etiopia di Alberto Pollera 1873-1939, Torino, Bollato Boringhieri, 2001. []
  16. G. Barrera, Ibid., p. 6. []
  17. Voir A. Gauthier, “Femmes et colonialisme” in M. Ferro (dir.), Le livre noir du colonialisme. XVIe-XXIe siècle: de l’extermination à la repentance, Poche, Pluriel, Hachette, 2006, p. 759-811. La citation est à la p. 802. Voir également A.-L. Stoler, Carnal Knowledge and Imperial Power: Race and the Intimate in Colonial Rule, Berkeley: University of California press, 2002. []
  18. Article de Carlo Rossetti, Capo dell’Ufficio studi del Ministero dell’Africa italiana, « Razze e religioni eni territori dell’Impero », in L’impero (A.O.I). Studi e documenti raccolti e ordinati da T. Sillani, La Rassegna italiana, XVI, p. 76. []
  19. Sur la prostitution, A. Del Boca, La caduta cit. p. 244-245. Pankhurst, R. « The history of prostitution in Ethiopia », Journal of Ethiopian Studies, 12, n° 2, p. 159-178. []
  20. À condition, disait le texte de loi, que les intéressés « se montrent dignes de la nationalité italienne par leur éducation, culture et niveau de vie ». Loi du 6 juillet 1933, n° 999. []
  21. Chiffre cité par A. Del Boca, op. cit., p. 248. []
  22. Le témoignage de I. Montanelli est cité par E. Biagi in 1935 e dintorni, Mondadori, 1982, 58-61. []
  23. Sur C. Gini, M.-A. Matard-Bonucci, L’Italie fasciste op. cit., p. 74-75. D. Simonelli, La demografia dei meticci, 1929. []
  24. Avant la guerre d’Éthiopie, on ne trouve pas de textes dénonçant les méfaits du métissage dans la presse coloniale. Voir le mémoire de maîtrise inédit de F. Marfoli, La vision des Éthiopiens sous le fascisme : étude de quatre revues coloniales italiennes, dir. O. Dumoulin, Université de Rouen, sept-oct 2001. []
  25. Illustrazione coloniale, Fev. 1936, n.2, « Metodo romano per colonizzare l’Etiopia ». []
 
 

Féministe, communiste et arabe : la Soudanaise Fatima Ahmed Ibrahim

 

Alors qu’en Grande-Bretagne, le Guardian et le Times lui ont chacun consacré une longue nécrologie, on ne trouve pas une ligne dans la presse francophone – si j’en crois Google – pour évoquer la Soudanaise Fatima Ahmed Ibrahim (فاطمة أحمد إبراهيم), décédée le 12 août dernier. Cette absence totale d’intérêt pour l’une des plus grandes féministes arabes du XXe siècle en dit long sur le sérieux de ceux et celles qui prétendent si souvent s’intéresser au sort des « malheureuses femmes voilées ».

Née officiellement en 1934 (mais plus vraisemblablement en 1929), Fatima Ahmed Ibrahim entame son long combat pour les droits des femmes dès son adolescence en affichant sur les murs de son lycée ce qu’on n’appelait pas encore un dazibao. Contemporaine de sa première action politique (une grève, réussie, pour protester contre la remplacement des cours de science par des enseignements en éducation familiale), cette publication, intitulée La Pionnière (الرائدة), est vite prolongée par des articles qu’elle écrit sous pseudonyme dans la presse soudanaise.

Faute de moyens, elle doit se résigner à ne pas entrer à l’Université et devient enseignante. Elle a à peine vingt ans quand elle fonde en 1952, avec une autre militante, l’Union féminine soudanaise (الاتحاد النسائي السوداني) qui milite, entre autres objectifs, pour les droits civiques des femmes. En 1954, elle rejoint le Parti communiste soudanais (à l’époque la seule organisation politique à ne pas être strictement masculine) et prend en charge la rédaction de La voix de la femme (صوت المرأة), une publication qui s’efforce, à travers une série de dossiers très concrets, de convaincre les femmes soudanaises de prendre en main leur destin.

Elle fait partie des personnalités que place sur le devant de la scène la révolution de 1964 contre Ibrahim Abboud (au pouvoir depuis 1958). Première femme élue au Parlement soudanais (mais aussi dans le monde arabe et même en Afrique), elle devient membre du Comité central du Parti communiste soudanais en 1965. Dans un pays où les dictatures succèdent aux gouvernements militaires, elle paie son engagement au prix fort. Son mari est exécuté en 1969 alors que Gaafar Nimeiry, déjà Premier ministre, a rompu la brève alliance qu’il avait passée avec les communistes. Elle-même restera en prison plus de deux ans et demi, suivis de nombreuses années plus ou moins en résidence surveillée jusqu’au renversement de Nimeiry en 1985.

Alors qu’elle s’oppose à la politique du Front national islamique du président Omar el-Béchir (et de Hassan al-Tourabi) qui, sous prétexte « d’authenticité », s’en prend notamment aux droits des Soudanaises, Fatima Ahmed Ibrahim est à nouveau arrêtée. Une forte mobilisation internationale en sa faveur permet sa libération et son exil, en 1990, vers la Grande-Bretagne. Honorée, ainsi que l’Union des femmes soudanaises, par le Prix des droits de l’homme des Nations unies en 1993, elle retourne dans son pays en 2005 et est à nouveau élue au Parlement, avant d’abandonner définitivement la vie politique quelques années après.

La nécrologie que lui a consacrée le Guardian fait allusion aux positions intellectuelles de Fatima Ahmed Ibrahim, et en particulier à sa manière d’associer féminisme et « identité, ou encore « traditions », autant de noms de code pour évoquer une question dérangeante, notamment pour de nombreuses militantes d’aujourd’hui, celle de l’islam vis-à-vis de la question féminine.

Dans son article publié par le site Soudan Tribune (à ne pas confondre avec le quotidien qui porte le même nom), Magdi el Gizouli revient à sa façon sur cette question en montrant comment la militante de toujours est restée fidèle à une conception, osons le mot, « marxiste » des luttes féministes, ce qui la met sans doute en porte-à-faux avec des positions plus contemporaines. Il va même jusqu’à reconnaître que la « praxis » imaginée par la responsable politique soudanaise est allée jusqu’aux alliances les plus improbables avec l’institution religieuse locale.

Citant (plus que probablement en la traduisant) Fatima Ahmed Ibrahim, il explique que, pour elle, il ne s’agit pas d’abandonner les valeurs et les traditions [comprendre : islamiques] ou, pour les Soudanaises, de devenir une copie supplémentaire des femmes occidentales mais, avant toute chose, de mener, par l’éducation, un combat pour la justice sociale :

Emancipation does not mean getting rid of our national good traditions and values, or for us Sudanese women to become another copy of the Western woman. It is emancipation from illiteracy, backwardness, disease, unemployment, poverty and discrimination in the home and in society; Equality does not mean for Sudanese women to become another copy of the man. It means for women to be completely equal to men in rights and in decision-making at all levels; Men, as males are not responsible for discrimination against women. Most of them are also exploited and discriminated against. For this, women and men should work together to make social changes that preserve democracy, which is based on social justice and human rights.”

Plus loin, Magdi el Gizouli fait le lien entre ce type de position, très critique du pseudo-universalisme d’un certain féminisme occidental, et le combat politique de cette militante formée au temps des luttes anti-coloniales. Contre l’explication « culturaliste » (dans laquelle l’islam joue presque toujours le rôle du coupable idéal), the Red Fatima Ahmed Ibrahim, comme il l’écrit, prône une lecture politique selon laquelle une véritable émancipation féminine est indissociable de la justice sociale :

Magdi el Gizouli conclut cette riche lecture de l’héritage politique laissé par Fatima Ahmed Ibrahim en rappelant que, s’il peut paraître « démodé » aux yeux de biens des militantes au Soudan – et aussi dans le monde arabe et ailleurs –, il n’est peut-être pas si étranger que cela au féminisme postcolonial et transnational d’une Chandra Talpade Mohanty défendant une réelle prise en compte des relations de pouvoir entre féminisme du « Premier » et du Tiers-Monde.

Toujours à propos de féminisme arabe, je ne peux que conseiller vivement la consultation attentive d’un passionnant web-documentaire intitulé نسوية Womenhood. Sous forme d’un abécédaire interactif, 15 femmes égyptiennes y donnent leur « vision du monde », à travers 75 entrées lexicales autour de la notion de Genre (7 heures de témoignages, divisées en 80 petites vidéos-définitions).

 
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Publié par le août 30, 2017 dans Afrique, femmes, HISTOIRE

 

Vous m’avez fait le don infiniment précieux de la pauvreté

 Il ne s’agit pas de Simone Veil dont le nom demeure lié à l’abolition de la répression des femmes pir avoir avorté, mais de Simone Veil la philosophe.Le 24 août 1943 mourait Simone Weil, à l’âge de 34 ans. Sa pensée et sa trajectoire fulgurante demeurent largement méconnues au-delà d’un cercle de spécialistes. Figure majeure de la philosophie du XXe siècle, dont Albert Camus édita une grande partie de l’œuvre après sa mort, elle fut également une femme de combat. Impliquée dans les luttes et les débats de son temps, elle a marqué de son empreinte la culture politique de la gauche.Weil VallatAbandonnant provisoirement sa carrière d’enseignante, la philosophe Simone Weil, après avoir été ouvrière chez Renault en 1934-1935, devient ouvrière agricole en 1941… C’est dans ce contexte qu’elle écrit cette incroyable lettre chargée de courage et d’ironie, à Xavier Vallat, Commissaire général aux questions juives, qui vient juste de formaliser le second statut des Juifs et leur recensement, ainsi que la loi du 22 juillet 1941 qui organise la spoliation des biens juifs par l’État Français.Simone Weil mettra ses parents à l’abri aux États-Unis en 1942 et se rendra en Grande-Bretagne pour y travailler comme rédactrice dans les services de la France Libre. Atteinte d’une tuberculose sans doute aggravée par sa période de vie ouvrière, Simone Weil meurt au sanatorium d’Ashford le 24 août 1943. 

 

18 octobre 1941

 

Monsieur,

Je dois vous considérer, je suppose, comme étant en quelque sorte mon chef ; car, bien que je n’aie pas encore bien compris ce qu’on entend aujourd’hui légalement par Juif, en voyant que le ministère de l’Instruction publique laissait sans réponse, bien que je sois agrégée de philosophie, une demande de poste déposée par moi en juillet 1940 à l’expiration d’un congé de maladie, j’ai dû supposer, comme cause de ce silence, les présomptions d’origine israélite attachée à mon nom. Il est vrai qu’on s’est abstenu également de me verser l’indemnité prévue en pareil cas par le statut des Juifs ; ce qui me procure la vive satisfaction de n’être pour rien dans les difficultés financières du pays.

— Quoi qu’il en soit, je crois devoir vous rendre compte de ce que je fais.

Le gouvernement a fait savoir qu’il voulait que les Juifs entrent dans la production, et de préférence aillent à la terre. Bien que je ne me considère pas moi-même comme juive, car je ne suis jamais entrée dans une synagogue, j’ai été élevée sans pratique religieuse d’aucune espèce par des parents libres-penseurs, je n’ai aucune attirance vers la religion juive, aucune attache avec la tradition juive, et ne suis nourrie depuis ma première enfance que de la tradition hellénique, chrétienne et française, néanmoins j’ai obéi.

Je suis en ce moment vendangeuse ; j’ai coupé les raisins, huit heures par jour, tous les jours, pendant quatre semaines, au service d’un viticulteur du Gard. Mon patron me fait l’honneur de me dire que je tiens ma place. Il m’a même fait le plus grand éloge qu’un agriculteur puisse faire à une jeune fille venue de la ville, en me disant que je pourrais épouser un paysan. Ignoré, il est vrai, que j’ai du seul fait de mon nom une tare originelle qu’il serait inhumain de ma part de transmettre à des enfants.

J’ai encore à faire une semaine de vendange. Ensuite je compte aller travailler comme ouvrière agricole au service d’un maraîcher chez qui des amis m’ont procuré une place. On ne peut pas, je pense, obéir plus complètement.

 

Je regarde le statut des Juifs comme étant d’une manière générale injuste et absurde ; car comment croire qu’un agrégé de mathématiques puisse faire du mal aux enfants qui apprennent la géométrie, du seul fait que trois de ses grands-parents allaient à la synagogue ?

 

Mais, en mon cas particulier, je tiens à vous exprimer la reconnaissance sincère que j’éprouve envers le gouvernement pour m’avoir ôtée de la caté­gorie sociale des intellectuels et m’avoir donné la terre, et avec elle toute la nature. Car seuls possèdent la nature et la terre ceux à qui elles sont entrées dans le corps par la souffrance quotidienne des membres rompus de fatigue. Les jours, les mois, les saisons, la voûte céleste qui tournent sans cesse autour de nous appartiennent à ceux qui doivent franchir l’espace de temps qui sépare chaque jour le lever et le coucher du soleil en allant péniblement de fatigue en fatigue. Ceux-là accompagnent le firmament dans sa rotation, ils vivent chaque journée, ils ne la rêvent pas.

Le gouvernement, que vous représentez à mon égard, m’a donné tout cela. Vous et les autres dirigeants actuels du pays, vous m’avez donné ce que vous ne possédez pas. Vous m’avez fait aussi le don infiniment précieux de la pauvreté, que vous ne possédez pas non plus.

J’aurais hésité à vous écrire, sachant votre temps pris par d’innombrables soucis, mais vous ne recevez certainement pas beaucoup de lettres de remerciements de ceux qui se trouvent dans ma situation. Cela vaut donc peut-être pour vous les quelques minutes que vous perdrez à me lire.

 

Veuillez recevoir, Monsieur, l’assurance de ma haute considération.

Simone Weil

 
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Publié par le août 25, 2017 dans extrême-droite, femmes, HISTOIRE

 

Monika: Avoir vingt ans dans une démocratie populaire

Monika avec qui je poursuis un dialogue sur la Pologne populaire, l’antisémitisme, en vue d’un livre sur le sujet, m’écrit ce texte à propos de récents articles sur le blog. La grande réussite de ce blog, comme de nos voyages ce sont les collaborations qu’il suscite, les témoignages, les comptes-rendus, Monika n’est pas la seule, même si ses interventions sont parmi les plus riches et les plus documentées sur la réalité du socialisme (note de Danielle Bleitrach).

 

Merci pour tes derniers articles sur le blog, il y a énormément de choses justes et ils sont très riches, surtout l’article qui parle si justement de la vie quotidienne et de l’émancipation des femmes dans les démocraties populaires, j’aurais plein de choses à ajouter en commentaire…

Et le deuxième article c’est « pourquoi le PC a perdu les pauvres » et la reformulation de toute la vision – c’est un article simple et limpide qui peut être un super outil d’éducation populaire, il faut le diffuser.

 

Pour ma part, je t’envoie d’abord une photo que j’ai aussi envoyée à Judit.

 

C’est une photo prise fin mai 1989 en Lithuanie soviétique, au cours d’un voyage d’études que j’ai fait avec ma faculté.

Elle me représente moi avec ma meilleure amie Elzbieta Kozlowska.

J’avais 18 ans, je venais de quitter mes parents dans le fracas, d’où mon air triste. J’étais en fin de première année d’histoire à l’Université de Varsovie.

Elzbieta Kozlowska, une de mes meilleures copines de fac, était juive d’origine, d’où ses beaux cheveux noirs (qu’on ne voit pas sur la photo noir et blanc) alors que moi j’étais une rousse flamboyante…

A l’époque je ne savais même pas qu’elle était Juive, tellement on ne parlait pas de religion ou « d’origine ». Le père d’Elzbieta était un responsable communiste de la ville de Bialobrzegi, près de Varsovie. Elle avait les mêmes problèmes avec lui que moi avec le mien… ils étaient tous les deux très patriarcaux.

Je m’entendais très bien avec Elzbieta qui était une femme intelligente, honnête et très douce.

Elle m’a fait rencontrer sa famille à Varsovie : sa tante (qui à l’époque avait 35-40 ans) était mariée à un Irakien et toute la famille vivait à Varsovie. Leur fille de 11 ans fréquentait l’école arabe de Pologne. Oui, il y avait de telles institutions en « Pologne totalitaire » ! (et personne ne disait que les Juifs ne peuvent pas s’entendre avec les Arabes… on était en Pologne socialiste !)

 

Je me souviens qu’on avait parlé longuement avec le mari de la dame de la vie en Pologne, de l’Irak, et j’avais tellement envie d’y aller pour visiter les sites archéologiques et monuments. On était en novembre 1988.

(J’ai lu récemment un très bon livre sur l’Irak qui démontrait l’œuvre gigantesque accomplie par le Baas en Irak de 1968 à 1991, en terme d’industrialisation, de construction d’un Etat, de culture, d’éducation, de santé… on comprends mieux pourquoi les USA se sont acharnés à détruire cet Etat et j’ai appris même que ce qu’on a dit sur les Kurdes de Barzani n’était pas exactement vrai…).

 

En ce qui concerne Elzbieta sa mère a divorcé et elle a emmené Elzbieta aux Etats Unis en 1990. Mais Ela n’aimait pas du tout le matérialisme des USA et elle est rentrée en Pologne continuer ses études. On est restée amies jusqu’à janvier 1992, après elle s’est mariée avec un mec qui était un jeune loup libéral. J’ai ainsi perdu la trace de mon amie et je ne l’ai jamais retrouvée même par internet…

 

La photo a été prise vers le 20-30 mai 1989, donc après la table ronde et avant les élections du 4 juin, la période des grands changements de la Pologne. Moi j’ai quitté mes parents le 20 mai 1989 et j’ai crêché illégalement pendant 1 mois chez des amis de la fac en cité U. Entre le 20 et le 30 mai nous étions en voyage d’étude en Lithuanie soviétique. La photo a donc été prise en URSS, à Vilnius !

Quand on est rentrés avec notre année de fac, la Pologne entière était en grève et nous avons fait la grève avec occupation de l’université pour la légalisation de Solidarnosc…

Si j’avais su ce qui m’attendait…

 

Concernant maintenant l’article sur les femmes, la sexualité et la qualité de vie dans les démocraties populaires, j’ai les remarques suivantes à faire:

 

Lorsque j’ai cherché des photos de la Pologne Populaire pour illustrer le blog de Judit sur l’Europe de l’est, je me suis rendue compte que j’ai surtout des quantités de photos de soirées, ou avec des amis on ne fait que boire de la vodka, du vin hongrois et même du champagne russe ! (sur les années 1987-89 ou j’avais 16 à 18 ans)

Effectivement en relisant mon journal intime,  je me rends compte qu’à part les cours à la fac, on passait beaucoup de temps au cinéma, au théâtre, et dans les soirées, en discothèques, soirées privées ou au café à discuter,  s’amuser, et draguer !

 

Aujourd’hui, mon neveu qui a 20 ans à Varsovie, alors qu’il est issu d’une famille de bonne classe moyenne, passe 10 à 12 heures par jours au travail, week end compris ! Il n’a pas de vacances payées et quand il a quelques jours libres, il est sur les jeux vidéos.  Pourquoi fait-il cela ? Parce qu’il a tellement peur de l’avenir qu’il veut gagner et amasser un maximum d’argent.

Jamais un jeune de 20 ans n’aurait travaillé 10 heures par jours sous la Pologne Populaire !

 

Il y avait des choses bien plus importantes à faire ! Ma mère, jeune femme issue de la paysannerie, arrivée à Varsovie en 1958 à 18 ans, tout de suite après le travail dans un laboratoire, elle allait passait son temps au bal, au café avec ses amis, au cinéma très souvent et deux weeks end par mois dans des voyages organisés par l’entreprise pour découvrir la Pologne, les villes, la mer, la montagne, les lacs…

Et cela se voit sur les nombreuses photos alors même que très peu de gens possédaient des appareils photo… Ma mère souriante et resplendissante entourée de plein de beaux mecs jeunes…

 

Pour nous, c’était ça le « totalitarisme » ! Alors qui a ou a eu une vie meilleure  étant  jeune? Ma mère ou son petit fils ???

 

Voilà des réflexions pour alimenter ton texte.

 

New York Times : Pourquoi les femmes avaient-elles une meilleure  sexualité sous le socialisme?

 non dénué de certaine naïvetés mais certainement jouissif! Et surtout cela correspond parfaitement au discours quasi unanime entendu dans l’ex-URSS et dans les ex-pays socialistes. Bref faisons l’amour pas la guerre. Vive le socialisme. y compris venu d’en « haut »… (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoireet societe)

Siècle rouge
Par KRISTEN R. GHODSEE

Lorsque les Américains pensent au communisme en Europe de l’Est, ils imaginent des restrictions de voyage, des paysages sombres de béton gris, des hommes et des femmes misérables qui stationnent dans de longues files pour acheter devant des vitrines   vides et des services de sécurité en train d’espionner sur la vie privée des citoyens. Bien que cela soit vrai, notre stéréotype collectif de la vie communiste ne raconte pas toute l’histoire.

Certains pourraient se rappeler que les femmes du bloc de l’Est jouissaient de nombreux droits et privilèges inconnus dans les démocraties libérales à l’époque, y compris les investissements majeurs de l’État dans leur éducation et leur formation, leur incorporation intégrale dans la population active, des indemnités généreuses de congé de maternité et des garderies gratuites garanties. Mais il y a un avantage qui a reçu peu d’attention: les femmes sous le communisme ont eu plus de plaisir sexuel.

Une étude sociologique comparative des Allemands de l’Est et de l’Ouest menée après la réunification en 1990 a révélé que les femmes de l’Est avaient deux fois plus d’orgasmes que les femmes occidentales. Les chercheurs se sont émerveillés de cette disparité dans la satisfaction sexuelle , d’autant plus que les femmes d’Allemagne de l’Est souffraient du double fardeau notoire de l’emploi  et des tâches ménagères. En revanche, les femmes de l’Allemagne de l’Ouest de l’après-guerre étaient restées à la maison et jouissaient de tous les dispositifs d’économie de main-d’œuvre produits par l’économie capitaliste développée. Mais ils avaient moins de sexe et moins de sexe satisfaisant que les femmes qui devaient aller dans de longues files d’attente pour le papier toilette.

Comment expliquer cette facette de la vie derrière le rideau de fer?

prenons comme exemple, Ana Durcheva de Bulgarie, âgé de 65 ans que j’ai rencontrée pour la première fois en 2011. Ayant vécu ses 43 dernières années sous le communisme, elle se plaignait souvent que le nouveau marché libre entravait la capacité des Bulgares à développer des relations amoureuses et saines.

 « Bien sûr, certaines choses étaient mauvaises pendant ce temps, mais ma vie était pleine de romance », at-elle dit. « Après mon divorce, j’ai eu mon travail et mon salaire, et je n’avais pas besoin d’un homme pour me soutenir. Je pourrais faire ce que je voulais. « 
Mme Durcheva était une mère célibataire depuis de nombreuses années, mais elle a insisté sur le fait que sa vie avant 1989 soit plus gratifiante que l’existence stressante de sa fille, née à la fin des années 1970.

« Tout ce qu’elle fait, c’est travailler et travailler », m’a dit Mme Durcheva en 2013, « et quand elle rentre la nuit, elle est trop fatiguée pour être avec son mari. Mais ce n’est pas grave, car il est fatigué aussi. Ils s’assoient devant la télévision comme des zombies. Quand j’avais son âge, nous nous sommes beaucoup  plus amusés. « 

L’année dernière, à Jena, une ville universitaire de l’ancienne Allemagne de l’Est, j’ai parlé avec une jeune femme de 30 ans récemment mariée, Daniela Gruber. Sa mère née et élevée sous le système communiste exerçait une pression sur Mme Gruber pour qu’elle ait  un bébé.

« Elle ne comprend pas combien c’est plus difficile aujourd’hui, c’ était si facile pour les femmes avant que le mur ne tombe », m’a-t-elle dit en se référant au démantèlement du mur de Berlin en 1989. « Elles avaient des jardins d’enfants et des crèches, et elles pouvaient prendre un congé de maternité et conserver leur travail pour eux. Je travaille  contrat sur contrat et je n’ai pas le temps de tomber enceinte. « 

 Cette division générationnelle entre les filles et les mères qui ont atteint l’âge adulte autour  de 1989 soutient l’idée que les femmes ont eu des vies plus épanouies pendant l’ère communiste. Et elles devaient cette qualité de vie, en partie, au fait que ces régimes considéraient l’émancipation des femmes comme un élément central des sociétés «scientifiques socialistes» avancées, comme elles se voyaient elles-mêmes.

Bien que les États communistes de l’Europe de l’Est aient besoin du travail des femmes pour réaliser leurs programmes d’industrialisation rapide après la Seconde Guerre mondiale, August Rhein Bebel et Friedrich Engels au 19ème siècle ont batti  le fondement idéologique de l’égalité des femmes avec les hommes. Après la prise de contrôle bolchevique, Vladimir Lénine et Aleksandra Kollontai ont permis une révolution sexuelle dans les premières années de l’Union soviétique, avec Kollontai arguant que l’amour devrait être libéré des considérations économiques.

La Russie a étendu le suffrage complet aux femmes en 1917, trois ans avant les États-Unis. Les bolcheviks ont également libéralisé les lois sur le divorce, ont garanti les droits de reproduction et ont tenté de socialiser le travail domestique en investissant dans les laveries publiques et les cantines populaires. Les femmes ont été mobilisées dans la main-d’œuvre et sont devenues financièrement les égales des hommes.

 En Asie centrale dans les années 1920, les femmes russes se sont battues pour la libération des femmes musulmanes. Cette campagne menée par le  haut  s’est heurtée à une violente réaction des patriarches locaux qui ne voulaient pas voir leurs sœurs, leurs épouses et leurs filles libérées des entraves de la tradition.

Dans les années 1930, Joseph Stalin a renversé une grande partie des premiers progrès de l’Union soviétique dans les droits des femmes – interdisant l’avortement et la promotion de la famille nucléaire. Cependant, la pénurie de main-d’œuvre masculine aiguë qui a suivi la Seconde Guerre mondiale a incité d’autres gouvernements communistes à faire avancer de nombreux programmes d’émancipation des femmes, y compris des recherches parrainées par l’État sur les mystères de la sexualité féminine. La plupart des femmes d’Europe de l’Est ne pouvaient pas se rendre en Occident ou lire une presse gratuite, mais le socialisme scientifique a eu des avantages.

« Dès 1952, les sexologues tchécoslovaques ont commencé à faire des recherches sur l’orgasme féminin et, en 1961, ils ont tenu des conférences exclusivement consacrée au sujet », a déclaré Katerina Liskova, professeur à l’Université Masaryk en République tchèque. « Ils se sont concentrés sur l’importance de l’égalité entre les hommes et les femmes en tant que composante essentielle du plaisir féminin. Certains ont même soutenu que les hommes doivent partager les tâches ménagères et l’éducation des enfants, sinon il n’y aurait pas de bonnes relations sexuelles.

Agnieszka Koscianska, professeur agrégé d’anthropologie à l’Université de Varsovie, m’a dit que les sexologues polonais d’avant 1989 ne «limitaient pas le sexe aux expériences corporelles et soulignaient l’importance des contextes sociaux et culturels pour le plaisir sexuel». C’était la réponse du socialisme d’Etat À l’équilibre travail-vie personnelle: « Même la meilleure stimulation, ont-ils soutenu, ne contribuera pas à faire du plaisir si une femme est stressée ou surmenée, s’inquiétée de son avenir et de sa stabilité financière ».

 Dans tous les pays du Pacte de Varsovie, l’imposition d’une règle de parti unique a précipité une révision générale des lois concernant la famille. Les communistes ont investi des ressources importantes dans l’éducation et la formation des femmes et pour garantir leur emploi. Les comités de femmes dirigés par l’État ont cherché à rééduquer les garçons pour accepter les filles en tant que camarades complets, et ils ont tenté de convaincre leurs compatriotes que le chauvinisme masculin était un reste du passé pré-socialiste.

Bien que les disparités salariales entre les sexes et la ségrégation du travail persistaient, et bien que les communistes n’aient jamais réformé complètement le patriarcat domestique, les femmes communistes jouissaient d’un degré d’autosuffisance que peu de femmes occidentales auraient pu imaginer. Les femmes du bloc de l’Est n’avaient pas besoin de se marier ou vendre leur sexe pour de l’argent. L’État socialiste a répondu à ses besoins fondamentaux et des pays tels que la Bulgarie, la Pologne, la Hongrie, la Tchécoslovaquie et l’Allemagne de l’Est ont consacré des ressources supplémentaires pour soutenir les mères célibataires, divorcées et veuves. Avec les exceptions notées de la Roumanie, de l’Albanie et de l’Union soviétique de Staline, la plupart des pays d’Europe de l’Est ont garanti l’accès à l’éducation sexuelle et à l’avortement. Cela a réduit les coûts sociaux de la grossesse accidentelle et réduit les coûts d’opportunité de devenir mère.

 Certaines féministes libérales à l’Ouest reconnaissaient à contrecoeur ces réalisations mais critiquaient les réalisations du socialisme d’Etat parce qu’elles ne partaient pas des mouvements de femmes indépendants, mais représentaient une sorte d’émancipation  venue d’en haut. Beaucoup de féministes universitaires célèbrent aujourd’hui le choix mais embrassent aussi un relativisme culturel dicté par les impératifs de l’intersectionnalité. Tout programme politique venu du hazut qui cherche à imposer un ensemble de valeurs universaliste comme l’égalité des droits pour les femmes est vraiment hors de la mode.

Le résultat, malheureusement, a été que de nombreuses avancées de la libération des femmes dans les anciens pays du Pacte de Varsovie ont été perdues ou inversées. La fille adulte de Mme Durcheva et la jeune Mme Gruber ont maintenant du mal à résoudre les problèmes de vie professionnelle que les gouvernements communistes avaient déjà résolus pour leur mère.

« La République m’a donné ma liberté », me dit Mme Durcheva en me référant à la République populaire de Bulgarie. « La démocratie a retiré une partie de cette liberté ».

Quant à Mme Gruber, elle n’a aucune illusion sur les brutalités du communisme de l’Allemagne de l’Est; Elle souligne simplement que « les choses n’étaient pas beaucoup plus difficiles que maintenant ».

Parce qu’ils ont défendu l’égalité sexuelle – au travail, à la maison et dans la chambre – et étaient disposés à l’appliquer, les femmes communistes qui occupaient des postes dans l’appareil d’Etat pourraient être appelées des  impérialistes culturelles. Mais la libération qu’ielles ont imposée a transformé radicalement des millions de personnes à travers le monde, y compris celles de nombreuses femmes qui continuent à marcher parmi nous en tant que mères et grand-mères d’adultes dans les États membres maintenant démocratiques de l’Union européenne. L’insistance de ces camarades pour une intervention du gouvernement peut sembler lourde à notre sensibilité postmoderne, mais le changement social parfois nécessaire – qui vient bientôt être considéré comme l’ordre naturel des choses – nécessite une proclamation d’émancipation venue d’en haut.

Correction: le 14 août 2017

Une version antérieure de cet essai a misattribué la responsabilité d’adopter le suffrage féminin en Russie en 1917. Il a été réalisé sous le gouvernement provisoire en juillet et non par les bolcheviks qui n’ont pris le pouvoir qu’en novembre.

 

ma mère avait cette grâce infinie … Alors célébrons la mort de la « mal » époque… en souvenirs d’elles…

 
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Publié par le août 1, 2017 dans CINEMA, femmes