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Légalisation de l’avortement. 26 novembre 1974 : intervention, au nom des députés du PCF, de Gisèle Moreau

Rappel, vivelepcf, 30 novembre 2014

On commémore largement l’adoption, il y a 40 ans, de la loi relative à l’interruption volontaire de grossesse.

Les positions défendues alors de longue date par le PCF sont largement ignorées quand elles ne sont pas scandaleusement déformées. La gentille actrice Emmanuelle Devos, qui vient d’incarner Simone Veil dans un téléfilm sur cet épisode, a malheureusement repris, sur France Inter, la diffamation anticommuniste selon laquelle « des communistes » se seraient opposés au projet de loi avec une « bonne partie de la droite réactionnaire ». Non ! Le groupe des députés PCF est le seul qui a voté pour à l’unanimité de ses membres. Les orateurs communistes ont développé des propositions beaucoup plus avancées sur le plan social que le contenu du projet de Mme Veil. Nous reproduisons ci-dessous et diffusons le texte de l’intervention à la séance de l’Assemblée du 26 novembre 1974 de Gisèle Moreau, alors députée PCF de Paris.

Les positions du PCF sur l’avortement n’avaient pas été rédigées de la veille mais elles résultaient d’une longue formulation faite avec les intéressé-e-s, depuis des décennies, mettant les intérêts et les libertés des femmes, notamment des femmes des classes laborieuses, au centre.

En juillet 1920, les députés Marcel Cachin et Paul Vaillant-Couturier, qui allaient être fondateurs du PCF quelques mois plus tard, votaient contre la loi interdisant et punissant l’avortement.

Dans les années 50, sous l’impulsion notamment de Jeannette Vermeersch, les congrès du PCF actent un changement de position sur le contrôle des naissances auquel le Parti est désormais hostile. Celui-ci est considéré comme une diversion bourgeoise aux luttes des travailleuses et des travailleurs pour des conditions sociales permettant d’élever convenablement leurs enfants. Cette position n’a cependant jamais détourné le PCF de sa revendication de l’abrogation de la loi de 1920, de levée de toutes les dispositions répressives contre les femmes ayant eu recours à l’avortement. Elle est rapidement abandonnée.

Les parlementaires communistes ont déposé plusieurs propositions de loi légalisant l’avortement bien avant le projet de 1974. Gisèle Moreau le rappelle.

Son intervention dans la discussion parlementaire permet de resituer le contexte politique. Les progrès électoraux de la gauche, l’évolution de l’état de l’opinion publique poussent le pouvoir à reculer, à lâcher du lest sur une question de société comme l’avortement, même à mécontenter une partie de sa base. Mme Veil est envoyée au feu par le pouvoir. Elle essuie courageusement les attaques provenant de son propre camp. Mais l’essentiel de l’action politique qui a abouti à la libéralisation de l’avortement a été accompli ailleurs et avant, singulièrement par les militantes et militants communistes.

Pour les communistes, le droit de ne pas avoir d’enfant est indissociable du droit de la femme et du couple à en avoir et à pouvoir les élever dignement. Les revendications sociales ne se limitent pas au souci humanitaire. L’approche des communistes, partant de la situation des travailleuses, est aussi différente de celle du féminisme bourgeois et ne hiérarchise pas de la même façon les préoccupations. « La loi du profit, la domination des sociétés industrielles et financières tirent avantage de la situation d’inégalité faites aux femmes » : Gisèle Moreau rappelle notre grille d’analyse.

L’accès effectif à l’IVG (comme à la contraception) est une revendication également essentielle du PCF en 1974. La réaction recule sur le droit mais tend à faire de l’avortement une nouvelle source de profit – légal – pour des cliniques privées. « Le non-remboursement est, selon vous, madame le ministre, une mesure dissuasive. Qui dissuadera-t-elle ? » demande Gisèle Moreau à Simone Veil. Il faudra attendre pratiquement 10 ans avant d’obtenir le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale.

Sur bien des points, la position défendue par le PCF en 1974 reste tristement d’actualité tant les intérêts capitalistes et les mouvements réactionnaires se confondent pour faire pression, aujourd’hui toujours, sur le droit à l’avortement.

 

2ème séance de l’Assemblée nationale, 26 novembre 1974

Intervention de Gisèle Moreau, PCF, dans la discussion sur le projet de loi relatif à l’IVG

Mesdames, Messieurs,

La façon dont se trouve posé dans notre pays le problème de l’avortement clandestin est intolérable pour les femmes et pour l’opinion publique qui, dans sa majorité, demande des changements dans ce domaine.

C’est d’ailleurs bien ce qui a conduit le gouvernement à soumettre au Parlement le projet dont nous discutons.

Ce que veulent les femmes, c’est, à la fois, maîtriser leur fécondité et pouvoir élever les enfants qu’elles ont ou qu’elles souhaitent avoir. Il n’y a aucune contradiction dans cette double volonté, car celle-ci résulte de la prise en compte des possibilités nouvelles qu’offrent notre époque : les progrès des sciences et de la médecine permettent aujourd’hui de réaliser pleinement le premier élément de cette volonté ; l’essor de la productivité rend possible le second.

De nos jours, l’angoisse que peut faire naître une maternité non désirée comme l’angoisse d’une mère peut éprouver au sujet de l’avenir de ses enfants ne devraient plus exister. Nous en sommes loin, hélas ! Ce n’est pas le fait du progrès ou de la civilisation en eux-mêmes : c’est le fruit d’un système en crise, incapable d’assumer le développement de l’économie et de satisfaire les besoins matériels et intellectuels des individus, et singulièrement des femmes.

Le drame de l’avortement clandestin est sans doute l’un des degrés ultimes de la misère et du désespoir auxquels se trouvent réduites des centaines de milliers de femmes. Son ampleur est reconnue par tous, même si l’on peut difficilement l’évaluer ; il est permis de penser que, chaque année, le nombre des avortements clandestin est de 300 000 à 400 000 – ce sont les chiffres les plus couramment avancés ; autrement dit, chaque jour, de 1000 à 1500 femmes ont recours à cette pratique.

L’inadaptation et la nocivité des lois réprimant l’avortement ne sont plus à démontrer. L’injustice sociale est patente, car ce sont des femmes de milieux modestes qui ont recours à l’avortement clandestin, et de la dans les pires conditions. En effet, dans les milieux privilégiés, le problème ne se pose pas ainsi car il est possible d’interrompre une grossesse non désirée, et dans de bonnes conditions.

Qui a recours à l’avortement clandestin ? Principalement des jeunes femmes âgées de vingt à trente ans, déjà mères de famille ; 90 p 100 d’entre elles justifient leur acte en invoquant de graves difficultés sociales.

En examinant le projet de loi qui nous est soumis, nous devons avoir présent à l’esprit le drame que représente, chaque année, l’avortement clandestin pour des centaines de milliers de femmes.

Nous avons-nous-mêmes recueilli des témoignages ; des associations nous ont fait part de ceux qu’elles ont pu connaître : ils montrent que, lorsqu’une femme a décidé d’interrompre sa grossesse, rien ne peut l’arrêter. Le refus d’une grossesse non souhaitée se révèle aussi irrépressible que le désir de maternité. Je n’en prendrai pour preuve que l’acceptation délibérée, par la femme, des moyens atroces employés pour la faire avorter, des risques graves qu’elle encourt, qui menacent sa santé, voire sa vie.

Comment s’expriment-elles, ces femmes ?

L’une d’elles écrit : « Je suis enceinte de six semaine ; cette grossesse est, pour moi, terrible ; je suis maman de trois enfants ; mon mari a quitté le domicile conjugal et je suis seule pour les élever… ».

Une autre explique que des raisons sérieuses la conduisent à désirer interrompre sa grossesse : une santé défectueuse, un logement étroit, un mari dont la situation est incertaine. « Nous avons bien du mal à élever nos deux enfants, précise-t-elle, et la venue d’un troisième serait catastrophique ».

Une autre, âgée de cinquante ans, explique qu’elle a déjà élevé trois grands fils et que c’est un malheur pour elle de se retrouver enceinte à cet âge, car elle n’a plus la force d’avoir un bébé et de s’en occuper.

Une autre encore rappelle qu’à vingt-huit ans elle a déjà cinq enfants dont le dernier a quelques mois. « Je ne peux assumer, dit-elle, cette sixième grossesse qui s’annonce, d’autant plus que notre famille a du mal à vivre normalement avec le faible salaire de mon mari : 1450 francs par mois ».

Je pourrais poursuivre encore longtemps l’exposé de ces cas douloureux : difficultés financières ou de logement, santé défectueuse, grossesses à répétition, désespoir de jeunes filles. C’est toujours la détresse qui conduit à l’avortement, une détresse dont la cause est essentiellement sociale.

Se résoudre à un avortement clandestin c’est, pour une femme, faire un choix grave : c’est entreprendre une quête humiliante et désespérée, mendier une adresse, frapper à toutes sortes de portes ; c’est ensuite supporter la mise en œuvre de moyens dangereux et mutilants ; c’est accepter des risques terribles ; une mort pour 1000 cas, un cas de stérilité sur dix, sans compter les séquelles, notamment rénales. Dans ce domaine, à notre siècle, les femmes se retrouvent confrontées à la barbarie.

Face à ces drames cachés, nous voyons l’hypocrisie de ceux qui contribué à créer ces situations dramatiques par la politique qu’ils ont menée ou soutenue ; nous les voyons se découvrir une vertu sociale, irréfragable, qu’ils ne manifestent jamais au moment de passer aux actes, et notamment à l’occasion du vote du budget. Nous entendons des arguments plus que discutables, tel l’encouragement à l’abandon, et les promoteurs d’une certaine organisation, que je ne nommerai pas, parlent même, dans un hebdomadaire, d’un « service après vente » concernant l’adoption.  

De tels propos n’ont rien à voir avec le respect de la vie. Il n’y a pas de respect de la vie sans respect de l’être humain, sans reconnaissance de la dignité de la femme et de son sens de la responsabilité.

Il ne peut s’agir, pour le Parlement, de mettre la femme en garde contre elle-même, de lui épargner une décision qui la dépasse, de lui imposer, comme seule finalité, la maternité, son opinion, dans cet esprit, n’ayant aucune espèce d’importance.

Donner la vie est un acte responsable. Il doit être librement consenti. Ce n’est jamais de gaieté de cœur qu’une femme se résout à l’avortement. Le refus de l’enfant est, non pas le refus de la maternité, mais la constatation douloureuse qu’il ne sera pas possible d’apporter à cet enfant tout ce qu’il est en droit d’obtenir de la vie.

Le problème de l’avortement clandestin, du fait de l’ampleur qu’il revêt, ne peut se poser seulement au niveau individuel ; c’est un problème de société.

Il convient, à ce titre, d’en examiner les causes. Elles tiennent en trois mots : « répression, ignorance, insécurité.

La responsabilité du Gouvernement est écrasante dans ces trois domaines qui touchent à la loi, à l’éducation, à la politique sociale.

Alors que l’avortement est réprimé, la maternité est pénalisée. C’est un des aspects les plus révoltants de la situation actuelle.

Répression d’abord : la loi de 1920 et l’article 317 du code pénal, s’ils ne sont pas appliqués pour le moment, s’ils sont difficilement applicables, continuent néanmoins d’imposer le recours à l’avortement clandestin dans les pires conditions.

Nous pensons profondément qu’aucune loi répressive ne peut régler ce grave problème. Nous refusons la conception selon laquelle toute loi doit être forcément répressive. Quelle idée se fait-on alors du législateur ! Dans le domaine social et familial, ne peuvent être que répressives les lois qui vont à l’encontre de l’intérêt des gens concernés. Maintenir la répression, c’est contribuer à culpabiliser les femmes, c’est conserver un terrain favorable à l’avortement clandestin. Nous nous opposons résolument au maintien de la répression.

Ignorance : alors que la connaissance du processus de la reproduction progresse à pas de géant et permet un contrôle de celui-ci, une infime minorité de femmes et de couples ont accès à cette connaissance, et encore de façon limitée : ce qui subsiste dans les esprits du fait des tabous ancestraux qui entourent encore la sexualité et qui sont entretenus par les forces réactionnaires du pays, fait de la fécondité quelque chose de mystérieux.

L’insuffisance d’une réelle information crée un terrain propice aux erreurs, aux malentendus, voire aux superstitions. Dans certains milieux, où le retard culturel s’ajoute au dénuement matériel, la contraception reste une pratique obscure, dangereuse même.

La responsabilité de l’Etat dans cette ignorance est écrasante. Il a fallu attendre 1967 pour que soit adoptée une loi élargissant la contraception, puis encore cinq ans pour que cette loi connaisse le moindre début d’application, puis deux ans encore pour obtenir le remboursement par la sécurité sociale des moyens contraceptifs.

Or une véritable éducation sexuelle est encore à créer. Les centres de planning familial ont été honorés dans bien des discours ; mais moins de cent centres sont agréés et quelques-uns seulement fonctionnent.

Les mêmes qui protestent aujourd’hui contre toute libéralisation de l’avortement se sont opposés hier au développement de l’éducation sexuelle et de la contraception, avec les mêmes arguments qui traduisent la résistance que suscite parmi les conservateurs tout nouveau droit permettant à l’individu de mieux maîtriser son destin.

Mais l’essentiel n’est pas dans ces combats d’arrière-garde. Il se situe au niveau des moyens à mettre en œuvre et qui sont refusés par le pouvoir. Pour que l’avortement ne soit pas un moyen de régulation des naissances, nous avons multiplié les propositions : développement, sous des formes appropriées, de l’éducation sexuelle dans les écoles ; ouverture de mille centres de planning familial dans l’immédiat ; large information entreprise avec le concours des grands moyens audiovisuels afin de promouvoir rapidement dans notre pays la contraception que, ne l’oublions pas, 15 p cent seulement des femmes utilisent. C’est uniquement en mettant en œuvre ces moyens qu’on pourra faire de l’avortement l’ultime recours.

Or le budget de 1975 voté par la majorité ne peut laisser aucune illusion sur ce point : rien ou très peu sera fait. Nous ‘en pensons pas moins qu’il convient de tout tenter pour en finir avec la législation actuelle. Mais nous ferons tout également pour porter haut, d’une part, les exigences des femmes concernant les moyens en faveur de la contraception et de l’éducation sexuelle, d’autre part, leurs revendications de mères de famille et de citoyennes. Nous les appelons, en effet, à refuser l’austérité et les sacrifices qu’on veut leur imposer alors qu’elles n’ont aucunement profité de l’expansion tant vantée. Ce n’est ni aux femmes, ni aux familles de travailleurs de faire les frais d’une politique d’austérité décidée par le Gouvernement, alors que les gaspillages et les profits se multiplient. Je ne citerai à cet égard que l’exemple des sociétés pétrolières.

Dans le domaine de la contraception, de la maternité, que de gaspillages ! et cela par la faute d’un gouvernement qui sacrifie délibérément les intérêts des femmes et des familles à ceux de quelques groupes financiers. L’avortement clandestin, avec son cortège de malheurs et de mutilations, est de ceux-là.

J’affirmais tout à l’heure que l’insécurité était la troisième cause de l’avortement clandestin. Ce terme recouvre tout ce qui empêche matériellement ou moralement les femmes et les couples d’avoir les enfants qu’ils désirent. Peuvent-ils, en effet, envisager avec confiance et sérénité de fonder la famille qu’ils souhaitent ? Offre-t-on à tous ceux qui créent les richesses du pays, par leur travail, les moyens d’élever dignement tous les enfants qu’ils veulent et d’assurer leur avenir ?

L’ampleur de l’avortement clandestin et les raisons qui le motivent montrent qu’il n’en est rien. Comment pourrait-il en être autrement alors que les conditions de vie du plus grand nombre se dégradent, que le chômage se développe ?

Avoir des enfants, cela suppose avoir les moyens de les élever. Or qu’en est-il des possibilités financières et matérielles des familles ?

En 1973, trois millions de salariés gagnaient moins de 1200 francs par mois, parmi lesquels on comptait 48 p. 100 de femmes et 6 700 000 gagnaient moins de 1700 francs.

Le pouvoir d’acahat que représentent les allocations familiales a baissé de plus de 40 p. 100 ; il en résulte que le niveau de consommation d’une famille de un ou deux enfants où, seul, le père travaille est inférieur de moitié de celui d’un célibataire.

Le nombre de foyers soumis à l’impôt a doublé en treize ans. Chaque famille verse 11 p. 100 de ses revenus au titre de la T.V.A.

Le nombre de demandeurs d’emploi s’élève à plus de 600 000, et moins d’un tiers touche des allocations de chômage.

Parmi les moyens nécessaires pour élever un enfant figure la place pour l’accueillir. Or la situation du logement en France est critique. La moitié des logements d’ouvriers sont surpeuplés. Rien que pour la ville de Paris, on compte 70 000 mal-logés, 28 000 familles prioritaires, c’est-à-dire disposant de moins de quatre mètres carrés par personne. Il est impossible d’accueillir un enfant dans de telles conditions. Parfois, c’est l’achat en copropriété d’un logement ou d’une maison, seule solution possible dans certains cas, qui conduit des jeunes ménages à refuser une naissance parce qu’une part trop importante de leurs revenus est consacrée au remboursement des emprunts. Je connais nombre d’exemples dans le XIIIe arrondissement.

Pour la majorité des Français, la vie est donc plus dure : la hausse des prix, l’insécurité de l’emploi, la dégradation des conditions de travail, de la qualité de la vie rendent l’avenir sombre.

Les conditions de vie des femmes rentrent pour beaucoup dans leur décision d’être mère. Or que constate-t-on ? Un accroissement du nombre des mères de famille parmi les femmes qui ont une activité professionnelle. Rien n’est fait pour leur permettre de concilier cette activité et leur vie familiale, notamment en ce qui concerne la garde des enfants : une seule place en crèche pour huit petits enfants dont la mère travaille ! Les frais de garde sont élevés et le Gouvernement n’accepte même pas que les intéressés les déduisent de leur revenu imposable, comme le font les présidents directeurs généraux pour leurs frais de repas, de séjour ou de voiture.

Bien peu d’équipements extra-scolaires existent. En dehors des heures de classe, le plus souvent, les enfants sont livrés à eux-mêmes ou sont placés en simple garderie. Les soucis occasionnés par les enfants pèsent beaucoup sur les travailleurs ; mais il y a aussi la fatigue, l’usure de la femme due aux conditions de travail, de transport et aux charges du ménage.

Comment les conditions de vie réelles des femmes n’entreraient-elles pas en ligne de compte dans leur décision d’avoir ou non un enfant, ou d’en avoir un de plus ?

Je pense à ces ouvrières soumises à de hauts rendements et qui rentrent chez elles harassées ; je pense à ces vendeuses qui restent debout toute la journée et à ces employées des services téléphoniques et des chèques postaux – qui sont en grève actuellement – et qui sont nerveusement épuisées. A Paris-Bourseul, elles sont 14 000, ce qui représente la plus grande concentration féminine d’Europe. On leur refuse une crèche qu’elles demandent depuis des années.

Je pense aux infirmières éprouvées par les conditions de travail qui, compte tenu du manque criant de personnel, leur sont imposées et dont les horaires rendent difficile toute vie familiale. C’est parmi elles, paraît-il, qu’il y a le plus de divorces.

Et l’on pourrait en citer tant d’autres parmi les millions de travailleuses qui doivent effectuer une véritable course contre la montre.

La crise de la société française se manifeste aux niveaux individuel et collectif, matériel et moral ; elle ne crée pas un climat favorable à la natalité.

C’est ainsi que le nombre total des naissances est passé, en 1973, de 855 000 à 770 000, malgré l’interdiction de l’avortement et la faible propagation de la contraception. C’est cette politique, dont souffrent les Français et les Françaises, que le gouvernement veut encore aggraver. Ce faisant, il accentuera davantage encore la baisse du taux de natalité.

Nous pensons, quant à nous, que la liberté de choix pour la femme, pour le couple, n’entre nullement en contradiction avec l’intérêt du pays. C’est la situation actuelle, avec, d’un côté, les difficultés accrues que rencontrent les familles et, de l’autre, les gaspillages constatés et les profits réalisés, qui dessert les intérêts présents et à venir du pays. Un nombre croissant de Français et de Françaises en sont conscients. Ils ont manifesté leur volonté de changement lors des dernières élections présidentielles.

C’est bien, pensons-nous, ce qui a conduit le Gouvernement à nous proposer le texte dont nous discutons.

Nous estimons qu’il vient d’opérer un recul, après avoir ignoré pendant des années ce grave problème.

Le texte qui nous est présenté, amendé par la commission, nous paraît marquer un certain progrès.

Cependant, le refus du remboursement par la sécurité sociale est très préoccupant. Aussi voudrais-je poser quelques questions à ce sujet.

Le non-remboursement est, selon vous, madame le ministre, une mesure dissuasive. Qui dissuadera-t-elle ?

Ensuite, l’aide médicale, que vous invoquez, est servie dans des conditions si strictes que ce sont essentiellement les personnes âgées qui en bénéficient. En outre comment concilier l’anonymat souhaité à juste titre par les femmes avec l’en quête effectuée par le service d’aide sociale ? Ne sera-ce pas là un moyen efficace pour rejeter les femmes modestes vers l’avortement ?

Enfin, la prescription d’une hospitalisation en cas de risque d’accident sera-t-elle remboursée comme elle l’est actuellement quand un accident survient ?

Un médecin conseil de la C.N.A.M. révèle aujourd’hui que la sécurité sociale rembourse déjà les frais occasionnés par cent mille avortements par an. Ne risquons-nous pas, dans ce domaine, d’être en retrait par rapport à ce qui existe ?

Le montant actuel des actes médicaux, même tarifés, les frais d’analyse et d’hospitalisation, même de courte durée, dépassent largement les moyens des budgets modestes. Encore une fois, ce sont les mêmes femmes qui seront obligées de recourir à l’avortement clandestin, s’il est moins coûteux.

Le deuxième point sur lequel j’insisterai est l’aspect répressif qui, dans le projet gouvernemental, est suspendu ou maintenu en cas d’avortement au-delà de la dixième semaine.

La commission demande l’abrogation de l’article 317 du code pénal. On ne peut en effet régler ce grave problème par une loi répressive. L’expérience des pays qui interdisent ou répriment l’avortement, tout comme celle des pays qui l’autorisent, démontre l’absence de répercussions directes et durables sur la démographie.

Notre troisième souci est d’éviter la complication des démarches, non pas dans un but d’incitation – demain comme aujourd’hui, l’avortement restera un acte grave, un recours ultime – mais pour éviter au maximum l’avortement clandestin.

Or, certaines formalités ou démarches, aisées pour les femmes d’une certaine catégorie constituent un obstacle insurmontable pour d’autres, les très jeunes filles, les femmes immigrées, les femmes des milieux les plus pauvres.

Enfin, le projet ne souffle mot des moyens mis à la disposition des hôpitaux. Etant donné l’infrastructure hospitalière actuelle, comment sera rendu possible l’accueil des femmes qui demanderont une interruption de grossesse ?

Comment éviter, si des moyens ne sont pas donnés à l’hospitalisation publique, qui en manque déjà tant, que ne se crée un réseau fructueux d’établissements privés n’effectuant que des avortements ?

Ce problème important n’est pas sans inquiéter les femmes et tous ceux qui s’intéressent à la santé, notamment les personnels hospitaliers.

Voilà dans quel sens nous agirons pour amender le projet gouvernemental dont il convient de reculer les limites, notre objectif – je le répète – étant de tout faire pour en terminer avec une situation douloureuse pour des milliers de femmes dans notre pays et inadmissible aux yeux de l’opinion publique.

Le choix pour les femmes et les couples n’en sera pas pour autant règlé.

Le groupe communiste fonde son attitude sur la reconnaissance de la liberté de décision de la femme et du couple, en correspondance avec leurs convictions philosophiques ou religieuses – le droit ne veut pas dire obligation – sur l’esprit de responsabilité et l’intérêt national. Nous sommes pour le droit des femmes et des couples de choisir librement le nombre et le moment des naissances.

Cette position implique, outre la libéralisation nécessaire du texte de loi sur l’interruption volontaire de grossesse, la propagation de l’éducation sexuelle, le développement de la contraception – afin que l’avortement soit effectivement l’ultime recours – et, surtout, la promotion effective de mesures sociales en faveur des femmes et des familles, à commencer par l’augmentation de 30 p. 100 des allocations familiales.

Dans ce domaine, l’imagination et la bonne volonté ne sauraient suffire. Elles ne donneront aucun résultat si des moyens adéquats ne les accompagnent pas. En dépit du bruit qui l’a entourée, la création du secrétariat à la condition féminine n’a fait entrer dans la vie aucune mesure favorable aux femmes. Pas un sou dans le budget de 1975 n’est destiné à financer les promesses faites !

Nous avons, nous communistes, déposé 84 propositions de loi en faveur des femmes et de la famille ; le rapport de la commission des affaires culturelles en mentionne d’ailleurs quelques-unes. Nous les avons regroupées dans une proposition de loi-cadre dont nous souhaiterions que le Parlement débatte. L’application de ce texte apporterait immédiatement des avantages aux femmes et engagerait, avec leur participation, une transformation de la condition féminine.

Cette transformation implique un changement profond de politique. Elle exige que la société soit libérée de la loi du profit, de la domination qu’exercent sur toute la vie du pays les sociétés industrielles et financières qui tirent avantage de la situation d’inégalité faite aux femmes, détournent à leur profit les ressources de la collectivité nationale au lieu de construire les équipements sociaux nécessaires à la promotion d’une véritable politique sociale et empêchent, pour des raisons financières et de principe, la large diffusion des moyens permettant aux couples de maîtriser leur fécondité.

Ce ne sont donc pas les hommes en général, comme voudrait le faire croire le Gouvernement, qui sont responsables des inégalités dont sont victimes les femmes ; ces inégalités trouvent leurs racines dans les rapports sociaux. De même, l’avortement, qui concerne directement les femmes, n’est pas exclusivement une affaire de femmes contre les hommes, à l’Assemblée comme dans le pays.

L’action que, depuis de longues années, les députés communistes – hommes et femmes – ont menée en faveur des droits des familles et de la libéralisation de l’avortement a incontestablement contribué à la discussion d’aujourd’hui.

Les femmes veulent conquérir leur égalité dans le travail, la famille, la société, avoir le temps et les moyens de vivre et d’élever décemment leurs enfants, participer aux choix qui les concernent. Tout cela suppose un changement profond de politique, faisant cesser la domination de l’argent sur la société par le moyen de la nationalisation des secteurs-clés de l’économie. C’est en mettant au service du peuple les richesses produites par le travail et le progrès des sciences qu’on pourra en finir avec la misère, la gêne, l’insécurité du lendemain et l’ignorance. Cette politique correspond à l’intérêt national.

Le programme commun de gouvernement se fixe d’entreprendre cette grande tâche. Sa mise en œuvre transformera la condition féminine. Le programme commun créera pour les femmes les conditions nécessaires à l’un des choix les plus fondamentaux, celui de donner la vie.

 
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Publié par le juillet 2, 2017 dans femmes, HISTOIRE

 

la chanson anti-Trump de Joan Baez : méchant homme de la tête aux pieds »

 

Sujet du poème : Robespierre

 https://www.en-attendant-nadeau.fr/2017/06/06/robespierre-gertrud-kolmar/

Cousine de Walter Benjamin, Gertrud Kolmar était une jeune femme cultivée issue de la bourgeoisie juive, qui se sentait parfaitement intégrée à l’Allemagne. Parlant russe et français, elle vécut un temps à Dijon. Elle enseigna, s’occupa d’enfants, mais surtout, elle écrivit. Son œuvre courte, mais forte, à laquelle la guerre et la déportation mirent fin, fut heureusement sauvée du désastre grâce à sa sœur Hilde. Astreinte en 1941 au travail forcé dans une usine berlinoise, elle fut déportée et mourut en mars 1943 à Auschwitz, à moins de cinquante ans. Ce n’est qu’en 1951 que la République fédérale la déclara officiellement décédée.


Gertrud Kolmar, Robespierre, Poésie suivi de Le Portrait de Robespierre. Édition bilingue. Traduit de l’allemand et postfacé par Sibylle Muller, Éd. Circé 22,50 €, 214 p.


La publication de ces poèmes et du portrait de Robespierre, écrits au tout début du nazisme, prend un regain d’intérêt dans notre époque où passe furtivement l’ombre des années Trente, quand vacillaient les principes issus de la Révolution. Les interrogations face à un avenir incertain se ressemblent beaucoup, quels que soient l’heure et le lieu … Gertrud Kolmar en tout cas avait en son temps de bonnes raisons de s’inquiéter pour son pays et pour elle-même. Elle sentit très vite que son monde allait être mis à feu et à sang. Est-ce cela qui la conduisit à s’interroger sur une autre période de troubles et de souffrances, la Révolution Française, et plus spécialement la Terreur ? Tandis qu’elle voyait fleurir les dictatures et pressentait le désastre imminent, voulut-elle retrouver, sous les poussières de la carrière, les traces de l’antique Vertu qu’elle croyait logée dans le cœur de Robespierre, guidant sa pensée et son bras ? Elle donne en tout cas une vérité poétique à ces quelques mois qui furent ressentis comme un cataclysme en France et dans le monde.

Même si elle s’est documentée (lisant le français, elle connaissait notamment les ouvrages d’Albert Mathiez), il ne s’agit pas pour Gertrud Kolmar d’entrer dans une querelle d’historiens sur ces temps agités où la jeune République se battait pour sa survie, tout en voulant être un exemple pour les autres peuples. Pour son œil de poète, l’imagerie populaire, même simpliste, vaut autant que les analyses sérieuses, soucieuses d’impartialité et d’objectivité. Elle le dit clairement au début du Portrait de Robespierre : parmi tous les auteurs qu’elle a lus sur le sujet, « les peu crédibles ont autant de valeur que les consciencieux ». Image contre image, elle cherche à contrecarrer celle du tyran sanguinaire, véhiculée depuis si longtemps, qui escamote l’adversaire de l’esclavage, le défenseur des droits de l’Homme, l’admirateur de Rousseau. L’Allemagne n’a guère retenu que la face d’ombre du personnage. Mais la France, dont la capitale a refusé récemment encore de baptiser une rue du nom de Robespierre, ne se montre guère plus généreuse… George Sand, Balzac, Victor Hugo, beaucoup d’autres écrivains ont parlé de lui, parfois pour le louer, souvent pour le condamner. La Société des études robespierristes poursuit son travail depuis plus d’un siècle, mais aujourd’hui encore, la Terreur continue de diviser l’opinion.

Parmi les Conventionnels, membres ou non du Comité de Salut Public, la postérité a fait son choix. Georg Büchner avait déjà imaginé pour la scène, un siècle auparavant, les dernières heures de Danton et de ses compagnons. Dans ses poèmes, Gertrud Kolmar dresse à Robespierre le monument que la France ne lui élève que de mauvaise grâce, quand elle le fait, reculant devant le sang versé : « Je veux t’arracher, de mes griffes te tirer / Hors des désordres, hors du passé ». C’est en glissant son regard dans les lacunes et le flou d’une biographie que le poète trouve son mot à dire, là où bien des « faits » racontés depuis des siècles sont tout sauf avérés. Force est de constater qu’on ne connaît pas grand-chose de l’homme qui joua un rôle bref, mais déterminant dans notre histoire nationale, hormis les textes de ses discours parvenus jusqu’à nous. Son caractère, son quotidien, ses amours, et même son aspect physique sont controversés, jusqu’à la couleur de ses yeux ou de ses cheveux. Les portraits ne sont pas fiables, les témoignages divergent.

Les citations choisies pour l’épigraphe ne laissent aucun doute sur ce qui va suivre. On y trouve, voisinant avec trois textes du prophète Esaïe, cette confidence de Robespierre : « Ôtez-moi ma conscience, je suis le plus malheureux de tous les hommes. » De fait, le recueil a les accents d’un évangile dans lequel le Juste, Robespierre, prend une dimension toute messianique. Comme si les flots de sang versés étaient un mal nécessaire pour purifier la terre de ses démons, dans l’attente de la révélation d’un monde neuf et heureux : l’Apocalypse, telle qu’on la voit par exemple magnifiquement illustrée dans les tapisseries exposées au château d’Angers. Mais c’est au prix du sacrifice du Juste, comme le suggère le texte d’Esaïe : « Il n’avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards, et son aspect n’avait rien pour nous plaire. On a mis son sépulcre parmi les méchants. »

Gertrud Kolmar, Robespierre, Circé

Gertrud Kolmar

« Du mehr als Mensch », « Toi plus qu’un homme » : la figure de Robespierre, dans le poème, évoque celle de Jésus parmi ses disciples, et le recueil entre en résonance avec l’image véhiculée par la Bible. De son enfance et sa jeunesse, Gertrud Kolmar retient quelques détails symboliques, signes d’un destin pour lequel il semble avoir été choisi (par exemple, le compliment fait au roi par l’élève boursier du lycée Louis-le-Grand). Elle le fait avancer dans les pas du Christ : comme lui il connaît le doute, la peur, le reniement, les affres de la Passion ; et les insultes, les quolibets sur le chemin de l’échafaud, son Golgotha … Ils ne furent pas nombreux à le pleurer. Mais en invoquant sa dépouille, Gertrud Kolmar, convaincue que « Robespierre et les siens voulaient arracher Dieu à l’Église », croit surtout à la résurrection de ses idées.

Car la parabole relève évidemment de la poésie plus que de la religion, même si Gertrud Kolmar s’est par ailleurs intéressée de près à Catherine Théot, étrange personnage dont les prophéties, manipulées par les ennemis de Robespierre, tendirent à ridiculiser ce dernier dans le rôle du Messie… Si elle emprunte au sacré, c’est parce qu’elle adopte volontairement le ton et la forme qui conviennent en des temps apocalyptiques – l’extermination des Juifs d’Europe ne sera-t-elle pas, elle aussi, désignée après-coup en des termes religieux quand on parlera de Shoah ou d’Holocauste ?

Les poèmes jouent sur différents registres, hymnes ou ballades où se mêlent des strophes plus intimistes. Entre tendresse et cruauté, le lyrisme est tantôt élégiaque, tantôt incantatoire, mais toujours visionnaire, avec des images et des métaphores puissantes, hautes en couleurs, saisissantes. Ainsi voit-elle tomber, par exemple, la nuit de Thermidor, la dernière de Robespierre : « La ténèbre était tapie, lourde, étouffante, cette sorcière, / Couvant la ville dans les brouillards lascifs ; / Le nuage se traînait lourdement, lézard gris, / Et sur les arbres pas une feuille ne vibrait » (« Das Düster hockte stumpf und schwül, die Hexe, / In geilen Dünsten brütend ob der Stadt ; / Die Wolke kröchelte, die graue Echse, / Und an den Bäumen flirrte nicht ein Blatt »). Semblant faire corps avec son poème, Gertrud Kolmar entraîne quelquefois le lecteur dans un univers halluciné, chaotique, un nouveau crépuscule des dieux. Des hommes sont au supplice, des bêtes immondes paraissent, dans un entrelacs de symboles réalistes. « Mais le Pur vit dans le feu » : quand la violence s’apaise, on voit émerger la figure du rédempteur, prêt au sacrifice suprême. On songe parfois à Nelly Sachs, à Trakl devant Grodek, à Georg Heym, à bien d’autres encore. Mais le lyrisme de Gertrud Kolmar n’appartient qu’à elle, nourrie de toutes ses lectures. Portée par les courants de son époque, elle ne se laisse jamais emporter.

La fin de Robespierre est prétexte à parler de sa propre fin, et le dernier poème, Nécrologie, empreint de gravité et de mélancolie, résonne comme un adieu de la poétesse aux vivants : « Et je vous ai portés sur ce visage ; / Ce fut le faible miroir qui vous captura, / Qui fut jeté à terre, aveuglé et brisé. / Oh moi. Que suis-je pour votre éternité, / Sinon un regard, un grain de sable qui s’écoule, infime ? » La mort seule est grande, disait Bossuet …

Considérer la poésie comme un art difficile, réservé à quelques amateurs, est un préjugé dommageable à la réception de livres comme celui-ci. Et comme il touche à notre Panthéon national, il mériterait pourtant un large public ! Le travail de la traductrice pour aider à la compréhension est donc particulièrement méritant, car elle nous fournit avec cette édition bilingue le moyen d’ouvrir les poèmes à tous, tout en réservant à ceux qui connaissent l’allemand le plaisir du texte original avec sa musique, son rythme, ses couleurs. Ce scrupule était naturellement inutile pour le texte en prose consacré au portrait de Robespierre, fort intéressant lui aussi pour compléter l’approche purement poétique du personnage.

Ce n’est décidément pas un hasard si cet hommage à Robespierre et à la Révolution a été écrit par une Juive allemande en des temps où les libertés fondamentales allaient sombrer, non seulement en Allemagne mais aussi en Europe. Mais où des hommes courageux aussi allaient se lever pour combattre au prix de leur vie le pouvoir des nouveaux tyrans. Ce qui nous touche surtout, au-delà de l’aspect historique, c’est la force du lyrisme de Gertrud Kolmar, la charge visionnaire de certains vers qui donnent la troublante impression qu’elle eut la prémonition du sort qu’on lui réservait : « Le souvenir et la torture du feu dans le four qui me calcina / Faisant de moi une pierre rêche / Persécution : jet de pierres, bûcher, échafaud ; / Je n’ai rien d’autre que cela. Ces meurtres / Qui arrachèrent à mes ancêtres leurs membres sans force » (« Erinnerung und Qual der Herdglut, die mich sott / Daß ich zu sprödem Stein geworden, / Verfolgung : Schleuderwurf und Holzstoß und Schafott ; / Ich habe nichts als dies. Dies Morden, / Das meinen Ahnen so die schwachen Glieder riß »).

Jean-Luc Tiesset

 

le 16 juin , Valentina… Nous avons rêvé à hauteur des étoiles, hommes et femmes…

6 juin 1963 (09:29 UTC) lancement de Vostok-6 avec à son bord Valentina Vladimirovna Terechkova, la première femme cosmonaute et la plus jeune, elle avait 26 ans. 

Après le succès du vol de Youri Gagarine, Sergueï Korolev, le père du programme spatial soviétique, a l’idée d’envoyer une femme dans l’espace. Ouvrière du textile à 18 ans, elle est choisie parmi plus de 400 candidates pour devenir, sous la houlette de Youri Gagarine, la première femme dans l’espace.

En 1971, elle devint membre du comité central du Parti communiste de l’Union soviétique, et députée.

. Elle reste à ce jour, la seule femme au monde à être partie seule dans l’espace.

J.e lai rencontrée en 1986 à Moscou alors qu’elle présidait l’Union des femmes soviétiques. Elle était charmante, directe. Je venais faire un reportage sur les femmes soviétiques, elle a protesté en disant qu’elles attendaient une parisienne et qu’elles voyaient arriver une ukrainienne… J’ai appris récemment qu’elle proposait de se rendre sur mars en sachant très bien que peut-être il n’y aurit pas de retour possible… peut-être était-ce parce que la planète était rouge? ou par nostalgie de l’espace, mourir au milie des étoiles…

Le 19 juin, elle était revenue su la terre…

danelle Bleitrach

 

Dimanche d’élection vu par la camarade Eleanor…

Dimanche d’élection… en attendant les résultats de vos votes, souvenirs souvenirs … collectifs et historiques cette fois, mais toujours aussi importants à mes yeux. Il y a 72 ans, plus de 2 fois ma vie entière, les femmes en France votaient pour la première fois (grâce aux efforts du PCF en particulier). 33 femmes ont été élues.
Portrait de groupe grâce au site de l’Assemblée Nationale : mention spéciale pour la communiste Émilienne Galicier, nordiste et ouvrière de l’alimentation, qui nous a quitté il y a 10 ans en 2007)
http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/le-suffrage-universel/la-conquete-de-la-citoyennete-politique-des-femmes/les-33-femmes-elues-deputees-en-1945#prettyPhoto

Et pour les vrais aficionados de la question, un authentique ‘Ginette, comment voteras-tu?’ particulièrement savoureux, courtesy of la BNF :
http://gallica.bnf.fr/m/ark:/12148/bpt6k408010b/f1.image
(Colonne du milieu)

Eleanor Mody

J’ajouterai que c’est sur proposition du communiste Fernand grenier que le gouvernement du général De gaulle, issu de la Résistance avec des communistes en son sein qu’a été promulgué le vote des femmes. Les communistes s’étaient battus avant la guerre pour le droit des votes des femmes, les faisant voter dans leur municipalité et comme les élections menaçaient d’être invalidées, ils avaient organisé des urnes séparées. Ce fut une grande tristesse pour les femmes de cette époque qui prirent  une grande part dans les grèves de l’époque de ne pas pouvoir voter pour le Front populaire, ma mère me l’a raconté et son bonheur de pouvoir enfin voter, elle n’a jamais raté un scrutin y compris à la veille de sa mort à 98ans, elle a voulu aller voter communiste comme d’habitude, elle n’a pris qu’un seul butin et est entrée dns l’isoloir le poing levé pendant que nous rions tous y compris les adversaires politiques du bureau de vote. On sait ou on devrait savoir le rôle que ces mêmes femmes, les communiste en particulier mais pas seulement, prirent dans la résistance. (note de Danielle Bleitrach)

c:liquez pour lire mieux..

 
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Publié par le juin 11, 2017 dans femmes, HISTOIRE

 

Le Nouvel observateur et la presse française mobilisent les femmes contre Trump

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Paris : «Marche des femmes» contre Donald Trump (IMAGES)

Titre du Nouvel Observateur: face à Trump, l’Europe fait bloc ou elle n’existe plus
je réponds: Quel Trump ? celui qui est un vieux réac détestant les noirs, les homosexuels, un goujat avec les femmes, je m’excuse mais que les américains se débrouillent avec leur vieux réacEn disant cela  je ne mets pas en cause le citoyen américain à qui a été offerte cette invraisemblable alternative entre une femme belliciste, corrompue et un milliardaire grossier, brutal et quasi facho… Je le mets d’autant moins en cause que nous avons glissé vers lui politiquement. Nous en sommes comme eux à l’absence de choix. Nos deux derniers présidents ont beaucoup oeuvré dans ce sens, la Constitutionde degaulle, le poids du bi-partisme européen, et surtout la manière dont à partir de Mitterrand, le PS comme la social démocratie européenne autant sinon plus que la droite, nous a peu à peu forcé à nous identifier à l’Amérique. ce beau monde et sa presse  continue et ce cri du Nouvel Observateur en est la meilleure preuve: « soyez américain et partagez leur déconvenue.

Oui mais quel Trump le Nouvel observateur nous invite-t-il à conspuer? Cet hebdomadaire comme ses pareils utilise les femmes pour dénoncer le Trump qui considère  l’oTAN comme un gouffre financier inutile et dangereux. Les intérêts entre l’UE et l’Amérique sont d’abord ceux qui imbriquent totalement ceux des marchands d’armes et notre presse française est dominée par ces marchands d’armes. . C’est donc ce Trump là  qui est visé, est-ce qu’on lui prépare un maïdan , est-ce qu’on veut le mettre au pas?  Et pour cela on utilise la revendication féministe. pas n’importe laquelle, celle qui a totalement oublié les bases sur lesquelles on construisait l’égalité. Un féminisme qui ne s’intéresse plus  à la paix,  semble avoir retrouvé la vieille définition bourgeoise, la femme comme personne du sexe…  Le Nouvel observateur, comme ses pareils se fiche des femmes, en revanche il tient à l’atlantisme, s’en nourrit et nous en nourrit.

Mais sr’il s’agit de dénoncer l’OTAN, ce gros réactionnaire, homophobe, raciste et misogyne élu président par les Américains  a parfaitement raison, comme il a raison de penser que les peuples ne veulent plus de l’UE

L’utilisation du féminisme par une presse qui soutient les marchands d’arme et un atlantisme pas très regardant sur les valeurs dont elle se pare volontiers, définit le monde, nous informe sur la répression des femmes celle des homosexuels en fonction non de la réalité mais de ceux dont elle veut  faire des adversaires. L’arabie saoudite, l’Inde sont ignorées mais on invente la répression en Russie. Ils nous parlent  féminisme comme d’un gadget,  ils lancent  des campagnes sur une vote de la Douma complètement tronqué, tout est bon pour utiliser les femmes comme argument de guerre…  pour nous inciter à la guerre contre la Russie que veulent leurs maîtres les marchands d’armes et ce qu’ils dénoncent en Trump c’est la possibilité d’une détente dont ils ne veulent  surtout pas. Malheureusement il se trouve à gauche, à l’extrême-gauche et même chez les communistes des gens à la cervelle si légère, des mondaines qui suivent de tels mots d’ordre…

https://histoireetsociete.wordpress.com/2017/01/20/a-propos-de-la-question-des-femmes-russes-que-la-douma-autoriserait-a-battre-en-famille/

.SVP ne confondez pas tout et n’utilisez pas les femmes pour nous fourguer votre bellicisme et votre modèle européen basé sur le mépris des petits et le tout pour les gros… Voilà la raison pour laquelle je n’irai pas manifester avec certains groupes féministes en France, je veux savoir dans quelle croisade on me mobilise ! Si j’étais aux Etats-Unis citoyenne de ce pays, il en serait autrement, je défendrai bien des choses auxquelles je suis attachée, le refus du racisme qui gangrène ce pays et que visiblement votre cher Obama n’a pas jugulé au contraire… Je me battrasi pour le droit à la santé, pour le refus que soit remis en cause le droit à l’avortement, je ferai tout pour que la jeunesse diplômée qui s’est rassemblée autour de Bernie sander trouve un nouveau dialogue avec un prolétariat que l’on a réussi à diviser par le communautarisme. J’irai donc à cette manifestation.

Mais ici, il n’en est pas question surtout quand une presse comme celle du Nouvel observateur et d’autres qui sont en train de m’imposer leur créature en la personne de Macron, celui qui pourrait peut-être sauver selon eux une Europe alignée sur l’artlantisme et le grand capital, , une Europe libéré ds de toutes les entraves du droit des travailleurs, de la défense du service public… On est en train de nous vendre une « jeunesse » de pacotille, ni à droite ni à gauche, un féminisme de pacotille qui joue les bons sentiments, une égalité de façade tandis que l’on sape toutes les bases sur laquelle peut  se fonder l’égalité réelle… L’égalité homme notre génération et celle qui nous a précédé ont beaucoup fait pour la faire avancer et ce que nous avons acquis peut être remis en cause très rapidement il l’est déjà.

Prenons un exemple, le service public comme le disait Bourdieu est une grande question féministe. Tant qu’il n’y a pas eu de droit à la santé, de service hospitalier digne de ce nom, ce sont les femmes qui assuraient les soins et comme cela se passe encore dans certains pays du tiers monde, elles mouraient les premières dans les épidémis, leur longevité est relativement récente… L’égalité des salaires qui est loin d’être acquise a connu une amélioration grâce au service public… Avec la crise de l’école, le nombre de jeunes qui perdent pied et se retrouvent face aux tentations de la rue est une autre préoccupation féminine qui aujourd’hui torture le coeur de milliers de mères, comme la crise de l’école se décline aussi au féminin dans son personnel… Alors quand vous nous vendez un candidat qui poursuit la politique du démantèlement du service public, vous vous moquez plus fondamentalement encore des conditions de l’égalité que l’abruti qui les méprise et les divise en candidates potentielles ou non au titre de miss univers… Autre chose, le combat pour la paix a toujours.été celui des femmes, pourquoi cherchez vous à en faire des prétextes à la guerre? 


Parce que si Trump est là c’est parce la presse type le Nouvel obs, ici aux etats-Unis, celle qui est en train de nous fourguer Macron et qui voulait infliger Clinton aux USA est ce qu’elle est… Alors arrêtez de nous prendre pour des imbéciles, arrêtez d’utiliser le féminisme dans de si piètres combats.

Danielle Bleitrach…

 
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Publié par le janvier 22, 2017 dans femmes

 

Judith Butler : «Un populisme de gauche doit conduire à une démocratie radicale»

Par Cécile Daumas 20 janvier 2017 à 17:26

Dessin Sylvie Serprix

La philosophe américaine connue pour ses travaux sur les questions de genre estime que le nouveau président, Donald Trump, n’est en aucun cas légitime à représenter le peuple. Elle appelle les individus à se rassembler pour défendre le droit à une vie «vivable» pour chacun. Mais ce qui me paraît le plus intéressant dans cette intervention, comme certaines de Chomsky, c’est la conscience de la nécessité de trouver les moyens de renouer les liens avec le peuple. Ceux qui portent cette position sont en général très critiques sur la politique des démocrates, celle de Clinton et Obama, le fait qu’elle a le soutien des plus grandes fortunes et se soit coupé des plus pauvres sans avoir les moyens de renouer les liens. Ils se sont en général reconnus dans Bernie Sander, notons le nombre d’intellectuels juifs parmi eux qui sont également très critiques de la politique d’Israêl. Mais ils refusent de se résigner à « un populisme de droite et cherchent les voies d’un « populisme de gauche ». Le dialogue entre eux et nous communistes peut être fructueux, et il le sera d’autant plus que nous resterons communistes. (note de danielle Bleitrach)

Ce qui semblait encore irréel pour nombre d’intellectuels de gauche américains est advenu : depuis vendredi, Donald Trump est le 45e président des Etats-Unis. Hasard éditorial, le dernier livre traduit en français de la philosophe américaine Judith Butler est sorti au moment même où Trump remportait l’élection. Comme une adresse à un candidat qui a fait campagne sur la division et l’exclusion, le titre du livre de l’une des plus grandes théoriciennes du genre (1), professeure à Berkeley, est une forme de résistance. Rassemblement décrit un monde où la force des corps rassemblés sur une place en Egypte, en France ou aux Etats-Unis, sort de l’invisibilité tous ceux dont les droits fondamentaux (nourriture, toit, liberté de mouvement, protection contre la violence) ne sont pas respectés. Garantir une «vie vivable» doit être un des buts de toute démocratie, affirme Judith Butler qui appelle à la fondation d’un «nouveau socialisme» version américaine.

Comment l’Amérique en est-elle arrivée là ?

L’élection de Trump est le fait de causes multiples. Et, d’une manière générale, il ne faut jamais se contenter d’une seule explication. Si nous disons que ce sont des hommes blancs économiquement défavorisés qui ont voté pour Trump, et que nous nous focalisons sur la cause de leur marginalisation économique, nous oublions que le racisme existe depuis longtemps aux Etats-Unis, et que ce que nous pourrions qualifier de «colère économique» s’est conjugué à la haine raciale pour aboutir à une telle situation. La misogynie n’est pas en reste non plus, ainsi que la destinée symbolique de la masculinité. La peur du «terrorisme» et le désir de «sécurité» sont également présents aux Etats-Unis, comme dans la plupart des pays d’Europe, et ils font le lit du fascisme : dans le délire utopiste qui l’a porté au pouvoir, Trump créera des emplois, rétablira la sécurité, réhabilitera la masculinité, subordonnera les femmes et rendra sa blancheur à l’Amérique. Mais n’oublions pas qu’il n’a recueilli que 23 % du suffrage populaire. Il n’est donc en aucun cas légitime pour représenter le peuple. Une minorité haineuse a accédé au pouvoir et provoque aujourd’hui une crise démocratique.

Des intellectuels américains, notamment dans les universités, ont organisé une résistance à Trump ? En faites-vous partie ?

Nous essayons de bâtir un «mouvement sanctuaire» dans les universités et nous demandons instamment aux autorités locales et des Etats fédérés de refuser d’obtempérer si des ordres d’expulsion de sans-papiers sont donnés. Nous devons immédiatement mobiliser le soutien de ces millions de sans-papiers qui vivent aux Etats-Unis et qui risquent d’être expulsés. Nous aurons fort à faire pendant longtemps, vu l’ampleur de la tâche. On peut aussi se demander s’il n’est pas temps qu’apparaisse un troisième parti aux Etats-Unis, un parti qui rassemblerait largement par-delà les origines ethniques et les classes, et qui incarne les idéaux d’une social-démocratie qui n’est pas régie par des valeurs néolibérales. Cela pourrait bien être un nouveau socialisme. Au fond, si nous avons un nouveau fascisme aux Etats-Unis, peut-être pouvons-nous aussi voir émerger, après la campagne de Sanders, un nouveau socialisme fondé sur un principe de démocratie radicale.

Les populismes sont souvent expliqués sous l’angle identitaire et culturel : la peur de ne plus être soi, la peur de l’autre. Une question culturelle ou sociale ?

Lorsque nous réfléchissons au trumpisme, le problème n’est pas celui de l’identité, mais de l’économie, de l’héritage persistant du racisme, du déchaînement contre les élites culturelles, du fossé béant entre ceux qui ont fait des études et les autres. Trump a libéré des rancœurs et des haines qui couvaient depuis longtemps. Si c’est un populisme de droite, c’est un populisme qui semble aujourd’hui conduire au fascisme. A mon avis, un populisme de gauche doit conduire à une démocratie radicale. En fait, le terme «populisme» revêt une signification très différente en France et qui n’est pas partagée par tous. Je comprends que, pour la majorité des gens, c’est un terme méprisable. Il est perçu comme l’expression politique d’une vague de sentiments irrationnels. Je ne pense pas qu’il soit considéré ainsi en Argentine, par exemple, où il incarne une manière d’exprimer la volonté du peuple.

La plupart des théoriciens de la démocratie conviennent que la «volonté populaire» est une question complexe, mais les descriptions les plus intelligentes du populisme, telle que celle proposée par Ernesto Laclau, cherchent à comprendre comment des factions, des identités et des intérêts particuliers divers peuvent se lier les uns aux autres sans perdre leur spécificité.

Pour Laclau, cet effort d’«articulation», d’une série de connexions entre diverses identités est l’objectif du populisme. Il ne s’agit pas d’une convergence fasciste vers une «volonté unique», ni de l’émergence d’un leader charismatique qui semble unifier le peuple. Bien sûr, il existe un populisme de droite et un populisme de gauche, et le populisme en lui-même ne constitue pas une posture politique complète. Les solidarités auxquelles il est possible de parvenir par le biais de divers modes de communication et de mobilisation doivent produire une majorité de gauche susceptible d’élire un gouvernement qui cherche à asseoir la démocratie tant dans sa forme que dans son contenu.

Justement ces liens deviennent visibles lors de rassemblements de type Occupy ou de Nuit debout en France. Pourquoi est-ce si important politiquement que les corps se rassemblent ?

La liberté de rassemblement suppose que les individus puissent se déplacer, se réunir et revendiquer ensemble quelque chose dans un espace public qui autorise mouvement, audibilité et visibilité. Nombre de ceux qui manifestent contre l’austérité apparaissent publiquement comme les corps touchés par cette politique économique catastrophique. Lorsque des gens se rassemblent pour s’opposer à des expulsions, ou lorsqu’ils réclament des soins de santé abordables ou le droit de passer d’un pays à un autre, ils attirent l’attention du public sur des besoins aussi essentiels qu’un toit, l’accès à la santé ou la liberté de mouvement.

Les corps se rassemblent pour agir ensemble – jamais comme une unité parfaite, bien entendu – mais surtout pour dénoncer clairement l’organisation actuelle de la société qui prive les gens d’un logement, de nourriture et de soins, bref, de la possibilité même de mener une vie vivable. C’est pourquoi les mesures prises par l’Etat pour restreindre les manifestations et les rassemblements sont très dangereuses. Tout pays qui se veut démocratique doit préserver la liberté de réunion. Par exemple, la France ne doit pas normaliser l’état d’urgence. Si la suspension des libertés fondamentales est normalisée en tant que «nécessité», alors l’essence même de la démocratie disparaît.

Dans un contexte de néolibéralisme, mais aussi de renforcement de l’obsession sécuritaire et de montée de la xénophobie, les droits fondamentaux – nourriture, toit, liberté de mouvement, protection contre la violence – ne seront plus assurés pour un nombre toujours plus grand de personnes, qu’elles soient en situation régulière ou non. Les mouvements sociaux de gauche qui reposent sur des rassemblements ont très souvent, mais pas toujours, des aspirations démocratiques : liberté d’expression, d’association et de réunion, mais aussi droit de vivre sans crainte, de bénéficier de conditions sociales essentielles et d’un cadre démocratique pour vivre.

Garantir une «vie vivable» à chacun serait un des fondamentaux de la démocratie…

Nombre d’entre nous vivons déjà une vie «discréditée», et l’on trouve une indignation légitime et encourageante chez tous les «discrédités». Il s’agit de traduire l’indignation, dans la sphère politique, en un large appel à une démocratie inclusive et égalitaire. Lorsqu’il n’y a pas de vision démocratique pour les discrédités, la violence et la vengeance apparaissent comme la solution. A mon avis, nous ne pouvons pas vivre une vie vivable si nous ne commençons pas par établir les conditions communes de vivabilité. Pour moi, un engagement démocratique élémentaire doit viser cet objectif.

L’être humain ne tient pas debout tout seul, dites-vous…

Dans mon quartier, il y a beaucoup de sans-abri. Ils sont tributaires des services publics, et ces services ne cessent de voir leurs financements diminuer. Ils sont tributaires des institutions, comme nous tous. Lorsque nous perdons les conditions infrastructurelles élémentaires dont nous avons besoin pour survivre et subsister, notre vie est en danger, nous sombrons. Si une société est organisée de sorte qu’elle laisse les gens mourir plutôt que de leur fournir des services sociaux élémentaires, nous pouvons affirmer que quelque chose va terriblement mal dans cette société. Cela ne se résume pas seulement au fait que le sans-abri est vulnérable, et moi pas. On peut invoquer, en la détournant, l’expression populaire «passer à travers les mailles du filet» pour illustrer cela. En un certain sens, cette dépendance est universelle : les corps en général ont des besoins qui doivent être satisfaits pour qu’ils puissent continuer à vivre. Mais c’est aussi politique : lorsque les sociétés ne s’engagent pas à fournir les conditions de vivabilité, elles acceptent implicitement que certains ne vivront pas ou, s’ils parviennent tout de même à survivre, ce sera dans des conditions qui ne sont pas supportables, et ne devraient pas être acceptées.

(1) Auteure de Trouble dans le genre, la Découverte (2005). Trad. de l’anglais par Architexte.

Photo DR

 
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Publié par le janvier 21, 2017 dans Amérique, femmes, textes importants