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Archives de Catégorie: femmes

LES ENJEUX DE LA VICTOIRE DES COMMUNISTES A VENISSIEUX par Danielle Bleitrach

Michèle Picard dans L’Autre Campagne, le 4 mars 2014 © Tim Douet

© Tim Douet
Michèle Picard dans l’émission L’Autre Campagne sur Lyoncapitale.fr, le 4 mars 2014.

Election municipale Vénissieux – Michèle Picard (PCF) conserve la mairie de Vénissieux. Elle arrive en tête des votes avec 42,85 %. Christophe Girard (UMP) est en seconde position avec 32,24 % des suffrages. Le PS est derrière le FN.

La liste de Michèle Picard (PCF) remporte l’élection municipale de Vénissieux, obtenant 42,85 % des suffrages. L’UMP reste en seconde position avec 32,24 % des voix .La véritable surprise aura eu lieu pour la troisième place. La liste FN menée par Damien Monchau obtient 12,63 % quand celle PS de Lotfi Ben Khelifa est à 12,28 %.

La liste de Michèle Picard aura six élus à la métropole de Lyon. Christophe Girard n’aura qu’un seul siège.

Dans un communiqué publié peu avant 21h30, la maire sortante Michèle Picard (PCF) revendique sa victoire alors que le dépouillement est quasi-terminé. Il est vrai que l’écart de voix est tel que le résultat du scrutin ne devrait plus varier.

Michèle Picard : « Je remercie très chaleureusement les électeurs qui viennent de faire gagner notre liste « Avec Michèle Picard, Rassembler les Vénissians, Tenir le cap à gauche ». Ils ont fait preuve de résistance et de ténacité, dans un contexte de désinformation et de mensonges sans précédent. Au nom de notre équipe, qui devient ou plutôt redevient votre majorité municipale, je tiens à dire à chacun de vous : vous avez grandi l’image de notre ville, quand beaucoup ne cherchent qu’à la salir, vous avez montré votre attachement à l’exercice démocratique, au respect de ses règles, à l’honnêteté, quand la droite locale se croit tout permis au point de bafouer le vote populaire des Vénissians. (…) Les petits calculs politiciens de la droite sarkozyste de Christophe Girard ont fait perdre du temps, beaucoup de temps à Vénissieux et aux Vénissians. Je peux vous certifier que notre majorité municipale va redoubler d’effort et reprendre sa marche en avant pour appliquer le contrat communal déjà légitimé en 2014, pour servir l’intérêt général et les services publics de proximité, pour défendre le pacte Républicain. »

Une élection municipale mais aussi la présence communiste au sein de la métropole lyonnaise
Ainsi, le PCF aura six conseillers communautaires, un pour la droite et aucun pour le FN et le PS dans la métropole de Lyon ou Grand Lyon. Il s’agit  d’une collectivité territoriale à statut particulier, située dans la circonscription départementale du Rhône, en région Rhône-Alpes. Créée le 1er janvier 2015, la métropole de Lyon remplace la communauté urbaine de Lyon et, dans le territoire de celle-ci, le département du Rhône. Elle exerce à la fois les compétences d’un département et celles d’une métropole. Ce qui fait qu’il n’y avait pas hier d’élections départementales simplement celle municipale de Venissieux.

Il s’agissait donc non seulement de la municipalité de Vénissieux, mais de son rôle dans la métropole lyonnaise, de la manière dont les élus communistes pèsent sur la politique du « socialiste »  Collomb, en refusant de livrer cette zone ouvrière et populaire à la spéculation. Ce qui explique l’acharnement de ceux qui ont choisi une toute autre politique pour le département du Rhône, sa capitale Lyon, une gentrification et une exclusion du monde ouvrier. Si une partie des socialistes qui reste attachés à la gauche historique a rejoint Michele Picard, le parti socialiste tel qu’il est mené par Gérard Collomb cherche à faire opérer une mutation au PS, comparable à celle de Valls. Il s’agit de détruire la gauche telle qu’elle s’est constituée en France depuis la Révolution française pour lui substituer un parti démocrate à l’américaine. Les manœuvres entre le PS et l’UMP entre les deux tours témoignent de leur volonté commune d’abattre cette municipalité ouvrière.
Vénissieux illustre à sa manière une donnée essentielle de l’ensemble du scrutin de dimanche, partout les communistes, Front de Gauche manifestent de fait une meilleure résistance que le PS non seulement au Front National mais à la droite. Parce que les communistes, les militants du Front de gauche impulsés par le PCF du Rhône se sont rassemblés et ont mené campagne en faveur de la municipalité communiste de Vénissieux. Il y a eu là un pas important vers l’unité des communistes eux-mêmes symbolisé par la venue de Pierre Laurent. C’est une stratégie de rassemblement dans laquelle les communistes jouent un rôle essentiel celui de la défense de classe des intérêts populaires.

Comme il y a tout à parier que premièrement le congrès du PS va donner la majorité à la tendance qui approuve la politique gouvernementale, ne serait-ce que parce que les notables à la mode de Collomb l’ont déjà ficelé. Deuxièmement que Valls ne joue pas la présidentielle de 2017 mais celle de 2022, il a décidé d’aller jusqu’au bout de la destruction du vieux PS, de la vieille gauche en général et de sa base populaire. Il a choisi d’accélérer la mutation vers un parti démocrate à l’américaine dont il sera le candidat idéal. Collomb a la même stratégie pour la métropole lyonnaise. Dans un tel contexte Venissieux joue le village gaulois non seulement de la survie du parti communiste mais d’une gauche ancrée dans les couches populaires.

Voilà comme je l’indiquais avant ce second tour l’enjeu réel de la recomposition de la politique française. Il est évident que les communistes constituent le meilleur facteur de résistance à cette mutation à l’américaine dans une Europe elle même vassalisée. Un projet de souveraineté nationale et d’internationalisme, d’amitié entre les peuples tout autant que la défense acharnée de la classe ouvrière et des couches populaires, le meilleur rempart contre le fascisme et ses divisions au sein de la classe ouvrière et des couches populaires pour le seul profit des capitalistes.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le mars 30, 2015 dans femmes, politique, société

 

Gagaouzie : Irina une jeune communiste devient le premier gouverneur de la Gagouazie

La communiste Irina Vlah élue à la tête de la Gagaouzie (Moldavie)

Dans notre livre URSS vingt ans après, nous décrivons Marianne et moi notre périple en Moldavie, avec deux régions, l’une indépendante la Transnistrie et l’autre jouissant d’une certaine autonomie la Gagaouzie. Nous avions rencontré à cette occasion une femme politique communiste dans une région restée très fidèle à la Russie, depuis Catherine II et dont les liens ont été encore renforcés lors de la seconde guerre mondiale face à l’invasion nazie, allemande et roumaine. Nous vous conseillons de lire ce chapitre (et les autres) pour approcher l’extraordinaire complexité de cette Europe centrale dans laquelle des invasions, des transferts de population, des luttes impérialistes ont créé un inextricable écheveau de peuples…

Les Gagaouzes appartiennent à un peuple turco slave et ils sont massivement communistes… C’est un peuple de culture turque venu de Bulgarie accueilli par Catherine II qui les a invités à peupler Novorossia, la Bessarabie et sans avoir les moyens de la Transnistrie voisine, ils ont refusé et l’Europe et la Roumanie.

Le 22 mars se tenaient des élections pour élire le « Başcanii » (gouverneur) de la région autonome de Gagauzie. C’est la communiste Irina Vlah qui a été élue, dès le premier tour, avec 51,01% des voix (32.543 suffrages). Son principal rival, Nicolae Dudoglo (Parti démocrate – soutenue par l’alliance pro-UE), remporte 19,05% des voix.

En fait si Irina Vlah a été élue à la tête de la Gagouzie, si elle est communiste, elle a quitté le parti communiste moldave (MRDC) considéré comme pro-europén ou n’ayant pas une attitude claire face à l’intégration européenne, le parti communiste de Gagaouzie s’est rapproché du parti socialiste, né d’une scission au sein du parti communiste moldave,  plus clairement pro-russe. Actuellement une coalition pro-UE dirige la Moldavie et la Gagaouzie par ce vote a marqué son refus de la rupture avec la Russie. Il y a  là un attachement viscéral mais aussi un intérêt économique qui est commun avec d’autres régions moldaves, ce sont des régions agricoles qui ont tout intérêt à faire des échanges avec la Russie. La Moldavie est une terre d’immigration, un Moldave sur quatre a quitté le pays et une bonne part d’entre eux est en Russie, même si l’Italie est un autre de leur choix…

Dans cette petite Moldavie comme dans tout l’espace post-soviétique nous avons rencontré ce tenace regret de l’Union Soviétique, ce refus du vol d’un temps d’amitié et d’espérance… Et il ne s’agit pas de vieux regrettant leurs vingt ans, non il s’agit aussi de jeunes gens comme Irina qui tendent le poing et disent qu’il faudra compter avec leur génération..

Mais vous découvrirez tout cela dans notre livre, en attendant félicitons-nous que cette jeune communiste soit la première femme à diriger la région. Elle nous avait proposé à Marianne et moi de venir comme observatrices pour les élections… Salut et bon courage Irina…

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le mars 25, 2015 dans Europe, femmes

 

8 mars : des femmes filment la guerre et la libération des camps (URSS)

 http://www.lauralaufer.com/spip/spip.php?article205

L’opératrice Maria SOUKHOVA caméra à la main au sein d’une unité de partisans en 1944 en Biélorussie. Elle sera tuée quelques semaines plus tard au cours d’une attaque allemande. Maria SUKHOVA travaillait pour le Studio Central des Actualités. Elle avait co-réalisé la photographie du film Les vengeurs du peuple sorti le 19 août 1943. ©RGAFKD.

Le Mémorial de la Shoah consacre une exposition aux cinéastes soviétiques qui ont filmé la guerre et la libération des camps. Parmi ceux – ci se trouvaient plusieurs réalisatrices qui caméra au poing, partirent au front.

Ce 8 mars, j’ai souhaité saluer ces femmes. Sur cinq cent opératrices soviétiques parties filmer les combats, près d’une centaine périrent.

Tout au long de la Seconde Guerre mondiale, les femmes ont largement participé, dans des fonctions diverses, à l’effort de guerre soviétique. Face à l’invasion allemande, elles furent incitées à entreprendre une formation paramilitaire de défense civile.

À partir du mois de mars 1942, le Commissariat du peuple à la défense, pour combler les nombreuses pertes humaines, ouvrit le recrutement des femmes à des postes de combat et aux tâches d’opératrices caméra et de réalisation cinématographique. Aux côtés de leurs collègues hommes, ces femmes filmèrent la guerre sur le front Est, réalisant des documentaires et participant activement à la propagande de guerre.

Marina GOLDOVSKAYA se souvient

La documentariste Marina GOLDOVSKAYA, grand témoin de l’ère de la Pérestroika et de la Russie d’aujourd’hui a côtoyé plusieurs de ces femmes lorsque, jeune, elle habitait un immeuble qui abritait des cinéastes célèbres (Dziga Vertov, Alexander Medvedkin, Roman Karmen, Mikhail Romm, Yuli Raizman …) dont des réalisatrices, parmi les plus significatives du cinéma soviétique.

Elle évoque dans son autobiographie Femme avec une caméra. Ma vie de cinéaste russe. (Ed. University Texas press : http://utpress.utexas.edu/index.php/books/golwom) quelques unes des cinéastes qui vivaient dans cet immeuble et qui furent aussi ses amies :

« La documentariste réputée Arsha OVANESSOVA, la plus gaie de l’immeuble dont on pouvait entendre le rire courir chaque soir de l’année durant. Elle était au centre d’un large groupe qui appréciait son humour et sa manière de vivre. Ce fut un grand choc pour tous, lorsqu’elle souffrit d’une dépression nerveuse. La femme de Vertov, Elisaveta SVILOVA était monteuse et travaillait pour l’hebdomadaire filmé « Les nouvelles du jour« .

La cinéaste battante Era SAVLYEVA, aux surprenants yeux verts-bleus tournait des longs métrages de fiction et Ottilia REISMAN qui réalisa des bandes d’actualités après avoir passé la guerre dans une unité de partisans. Elle était allée à la guerre avec Maria SUKHOVA, autre réalisatrice qui fut tuée alors qu’elle tournait. Ottilia était une femme de belle allure, au physique solide et robuste et au caractère puissant et plein de vie. Era et Ottilia eurent une grande influence sur moi.

Je rêvais de devenir opératrice photo. Un rêve qui avait commencé lorsque j’étais petite fille. Ce travail me semblait tellement romantique ! À cette époque, il y avait peu de femmes cinéastes ; pas comme aujourd’hui. Il n’y en avait pas plus de cinq cents dans le pays dont une centaine périrent au front.

Seul le VGIK formait les gens de cinéma. Et vous pouviez compter les femmes sur les doigts de la main : Magarita PILIKHINA, brillante réalisatrice de longs métrages qui m’encouragea ; Antonina EGINA qui travaillait à Mosfilm comme assistante. Et Galina MOGLOVSAKAYA, une documentariste qui travaillait au Studio de films documentaires. C’est tout c’était très difficile pour les femmes d’entrer dans le programme du VGIK”.

Otilia REISMAN filme dans les rues d’une ville libérée de la Tchécoslovaquie. © RIA Novosti. RIA Novosti

Parmi les réalisatrices évoquées ici, citons Era SAVLYEVA qu’on retrouvera à la photographie du film La ballade du soldat de Grigori Tchoukhraï (1959) : le film en version originale sous titrée en anglais ici https://www.youtube.com/watch ?v=h0zr877200s

La documentariste Irina Setkina tournera la version soviétique du film Majdanek cimetière de l’Europe d’Aleksander Ford consacré à la libération, en juillet 1944 par l’Armée rouge, de ce camp d’extermination. Le film contient un bon nombre d’images explicite, des entretiens avec des survivants et avec des Allemands coupables de crimes. Les réalisateurs (aussi bien dans la version polonaise que soviétique) occultent en grande partie l’identité juive de la majorité des victimes.

La cinéaste Vera STROYEVA (ou STROEVA) avait coréalisé avec son mari Grigori ROSHAL en 1930 Les nuits de Saint Pétersbourg d’après Dostoievski, un film qui influencera les cinéastes italiens et qu’avait vu notamment VISCONTI avant de tourner, vingt-huit ans plus tard, Les Nuits Blanches. Vera STROYEVA qui venait du Théâtre de Kiev où elle avait étudié, puis enseigné l’art dramatique deviendra une des grandes spécialistes d’un cinéma portant à l’écran des œuvres de l’art lyrique et notamment les opéras de Moussorgski (Boris Godounov (1954), La Khovanchtchina (1959) …). En 1947, on lui commande de réaliser un film sur Marytė ou Marija Melnikaitė résitante lituanienne dont les Soviétiques feront une héroïne nationale. Le film est tourné en lituanien dans les studios notamment avec l’acteur Donatas Banionis, mais c’est l’actrice russe Tatiana Lennikova qui joue le rôle titre de Maryte.

Mythe ou réalité ?

Le trait est forcé dans le cinéma de propagande soviétique, mais n’ oublions pas qu’une grande partie des Lituaniens avaient accueilli le nazisme en libérateur et collaboré à ses crimes en secondant la politique d’extermination des Juifs. Dès les premiers jours de l’invasion allemande, les milices dirigées par Algirdas Klimaitis prennent les armes contre les Soviétiques en pleine déroute. La police de sécurité allemande (Sicherheitsdienst ou SD) demande à Klimaitis de retourner ses troupes contre les Juifs. Ce qu’il exécute. Le pogrom de Kaunas, alors capitale de la Lituanie, fait 3 800 victimes et 1 200 autres juifs sont assassiné dans les environs. À Vilnius ce sont 95% des Juifs de la ville qui seront assassinés par les nazis secondés par les Lituaniens. Aujourd’hui, en Lituanie -comme en Lettonie- on révise l’histoire en réhabilitant les collaborateurs au nazisme et en les faisant passer pour des résistants indépendantistes.(cf à ce propos dans la revue Vacarme : http://www.vacarme.org/article1919.html ) Le film de STROIEVA offre une image héroïque de Maryte , personnage symbole d’une Lituanie assimilée au destin national de l’URSS dont on exalte la résistance.

Elisaveta SVILOVA

Yelizaveta (ou Elisaveta) SVILOVA débute à 14 ans comme assistante monteuse pour Pathé à Moscou. En 1918, elle est devenue une monteuse réputée du Goskino. Enthousiasmée par le dynamisme des premiers documentaires agit-prop de Dziga VERTOV, elle rejoint, en 1922, son groupe du Ciné-Œil. Fin 1922, est constitué le Conseil des Trois du groupe avec Dziga VERTOV, Elisabeth SVILOVA, Mikhaïl KAUFMAN (frère de Vertov).

Elisaveta SVILOVA codirige et monte tous les films du groupe, y compris les 23 éditions de Kino Pravda (Ciné vérité) tournées de 1922 à 1925. Le groupe réalise L’homme à la caméra et les films du cycle du Ciné-œil dont le premier s’appelle La vie à l’improviste tout comme la rubrique où vous lisez cette page !

En décembre, le Conseil des Trois rédige un appel aux cinéastes soviétiques, publié dans la revue LEF L’Appel du commencement puis un manifeste théorique en juin 1923 dans l’ organe du Front gauche de la littérature et des arts, fondé et dirigé par MAÏAKOVSKI, sous le titre de Kinoks-Révolution (Kinoki. Perevorot). Le manifeste affirme les pouvoirs absolus de la caméra : « je suis le ciné-œil, l’œil mécanique, la machine qui déchiffre d’une manière nouvelle un monde inconnu. En tâtonnant dans le chaos des événements visibles, je crée un homme nouveau, parfait. »

On retrouve Elisaveta SVILOVA au montage ou à la coréalisation des films En avant Soviet ! (1926), La sixièmepartie du monde (1926),Enthousiasme (1931).Trois chants sur Lénine est terminé en 1934. Cette même année se tient le premier congrès des écrivains d’Union soviétique : Andreï JDANOV définit le concept de « réalisme socialiste » qui deviendra l’esthétique officielle de l’URSS. VERTOV est mis au ban pour formalisme et connaît, dès lors, de grandes difficultés pour tourner. Elisaveta SVILOVA parvient par la réputation de son travail à protéger son mari contre les attaques du gouvernement et à lui trouver un emploi comme documentariste de guerre.

Elisaveta SVILOVA assure le montage du film de Yuri RAIZMAN Berlindocumentaire sur la chute de Berlin. Son documentaire Zverstva fashitov sur le camp d’Auschwitz (1945) sera présenté au procès de Nüremberg pour fournir les preuves des atrocités nazies. Elisaveta SVILOVA co-réalise, en 1946, avec Roman Karmen Le tribunal des peuples (Sud Narovov) , documentaire sur le procès de Nuremberg. Cette réalisation lui vaut, en 1947, le prix Staline, alors qu’ en 1948, Vertov est accusé de « « cosmopolitisme » lors de campagnes antisémites.

Après la mort du cinéaste en 1954, Elisaveta SVILOVA travaille, malgré la censure à réaliser le catalogue et la publication des écrits de Dziga VERTOV.

Iouilia SOLNTSEVA

ou Yuliya SOLNTSEVA

Elle fut d’abord actrice et la vedette d’Aelita de Protazanov et de La vendeuse de cigarettes de Mosselprom.

Elle épouse le grand réalisateur ukrainien Alexandre DOVJENKO et devient son assistance ; elle coréalisatrice avec lui Shchors et La vie en fleurs, menant l’essentiel de sa carrière sous l’influence de son mari. Ils partent ensemble filmer les combats en Ukraine. Voici quelques consignes données à l’équipe que dirige SOLNTSEVA et signée de sa main. Elle coréalise avec DOVJENKO plusieurs documentaires sur la guerre en Ukraine et sur sa libération : Ukraine en flammes, Victoire en Ukraine , L’expulsion des Allemands loin des frontières de l’Ukraine soviétique

DOVJENKO avait déjà terminé la préproduction du film Le Poème de la mer quand il décède en 1956 d’une attaque cardiaque. SOLNTSEVA déclare alors  » Je dois terminer le Poème de la mer en accord avec la conception artistique Dovjenko et en mettant de côté ma propre vision individuelle » . Elle prendra la direction de la réalisation et termine le film en conformité avec le scénario et le découpage prévus par son époux. Sa réalisation recevra le Prix International des Festivals de Films et un prix spécial à Londres en 1959.

SOLNTSEVA entreprend ensuite de tourner un film dont DOVJENKO avait écrit le scénario. Ce sera le Récit des années de feu ou Dit des années de feu. Sa réalisation se révèle magnifique et de grande puissance lyrique et la cinéaste recevra le Grand prix de la mise en scène au Festival de Cannes 1960. Suivront ensuite deux autres films La Desna enchantée en 1964 et L’inoubliable en 1968.

Je vous propose de clore cette page d’hommage aux cinéastes soviétiques filmant la guerre en regardant le Récit des années de feu qu’on peut trouver en ligne … mais en russe ! C’est d’ ailleurs dans une version sans sous -titre que je l’ai découvert dans les années 1970 à la Cinémathèque du Palais de Chaillot ainsi que le Poème de la mer. Les deux films m’avaient éblouie par leur puissance plastique et… je ne comprends pas le russe ! Les images sont ici en version réduit mais suffisent à évoquer la puissance lyrique (mais aussi très didactique ) du film. Voici l’histoire telle que résumée sur wikipédia. « 1941, début de la Grande guerre patriotique, le kolkhozien Ivan Orliouk, originaire des bords du Dniepr, devient soldat. Il participe aux premières batailles sur les rives du fleuve, avant d’atteindre Berlin. De retour au pays, il reprend les semailles sur la terre libérée« .

Voici le film

 

 

 
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Publié par le mars 18, 2015 dans cinema, femmes, histoire

 

ELLE, la revue française soutient les nazis à Kiev

La revue française  ELLE s’est lancée dans un reportage sur les  nazis.Dans son numéro du 14 au 20 novembre 2014 (N°3594), en page 150, les lecteurs peuvent découvrir Sveta (Vita Zaverukha), une jeune et charmante Ukrainienne de 19 ans, que l’hebdomadaire nous présente comme une « secrétaire, engagée volontaire dans un groupe d’autodéfense ».

Cette femme est Vita Zaviryuha, nazie ukrainienne qui appartient au bataillon punitif Aydar ; elle a fait un appel  public au génocide des habitants du Donbass. Elle a participé à la torture et à l’assassinat des prisonniers et des civils.

La rédaction de la revue ELLE devrait savoir que cet « individu »  confesse appartenir à un parti national socialiste et aux assassins de masse. Par conséquent la revue ELLE a choisi de faire la propagande du nazisme.

Cet acte n’est pas une simple erreur, est-il destiné à préparer la société occidentale (spécialement les français) à accepter les tentatives de réhabiliter le nazisme en Europe?

PS; j’ai été également frappé par un sketch de scènes de ménage sur la 6, l’enseignant un tantinet babacool plutôt à gauche explique à sa compagne qu’il a fait la description de la seconde guerre mondiale à ses élèves en mettant d’un côté les bons, Roosvelt , De Gaulle, et de l’autre les méchants, Hitler, Mussollini … et Staline… Il y a de tout côté un révisionnisme historique, celui de certains fachos qui prennent parti pour Poutine au nom de la race blanche et de l’autorité du chef, il y a ceux qui au nom de la démocratie, voire de la gaypride et de la défense d’Israël (sous entendu la toute puissance du capitalisme nord-américain) prennent partie pour des nazis génocidaires en Ukraine… et leur consacrent un reportage apologique… ils ont une seule chose en commun la défense du capital et la division des victimes de l’exploitation. (note de Danielle Bleitrach)

 
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Publié par le décembre 29, 2014 dans actualités, extrême-droite, femmes

 

Qiú Jǐn, poétesse féministe et révolutionnaire

Qiú Jǐn, poétesse féministe et révolutionnaire  Fille de fonctionnaires originaires de la ville de Shaoxing (à l’est de la Chine), Qiú Jǐn nait le 8 novembre 1875. On connait peu de choses de sa vie jusqu’à son mariage, 1896, et son arrivée à Pékin pour suivre son mari. Là, elle entre en contact avec de nouvelles idées et commence à faire preuve d’indépendance. Après le mouvement des Boxers, pour exprimer sa désapprobation quant au traitement réservé aux femmes sous la dynastie Qing, elle s’habille en homme occidental et pratique les arts martiaux. En 1904, laissant ses deux enfants derrière elle, Qiú Jǐn part étudier au Japon et rejoint plusieurs groupes prônant le renversement de la dynastie Qing. Avec un cousin, elle travaille à unir ces mouvements secrets. A son retour en Chine, en 1905, elle publie la revue Femmes de Chine (Zhongguo nubao), préconisant notamment aux femmes d’acquérir leur indépendance financière par les études et le travail. à Shanghai. Elle les encourage à résister à l’oppression familiale et gouvernementale et s’élève contre des pratiques coutumières comme celle des pieds bandés. Poétesse féministe, Qiú Jǐn est également une excellente oratrice et parle en faveur des droits des femmes, de la liberté de se marier à l’accès à l’éducation. En 1907, de retour à Shaoxing, elle devient directrice de la Datong School, officiellement une école pour enseignements sportifs et officieusement un lieu d’entrainement pour les révolutionnaires. Depuis Shaoxing, elle tente d’organiser un coup d’État mais le complot est découvert et Qiú Jǐn est arrêtée le 12 juillet 1907. Sous la torture, elle n’admet rien, mais des preuves sont découvertes et elle est condamnée à mort. Qiú Jǐn est exécutée le 15 juillet 1907. Un monument est érigé en sa mémoire dans la ville de Hangzhou, à l’est du pays. En Chine, Qiú Jǐn est une icône symbolique en particulier de la lutte pour les droits des femmes.

Fille de fonctionnaires originaires de la ville de Shaoxing (à l’est de la Chine), Qiú Jǐn nait le 8 novembre 1875. On connait peu de choses de sa vie jusqu’à son mariage, 1896, et son arrivée à Pékin pour suivre son mari. Là, elle entre en contact avec de nouvelles idées et commence à faire preuve d’indépendance. Après le mouvement des Boxers, pour exprimer sa désapprobation quant au traitement réservé aux femmes sous la dynastie Qing, elle s’habille en homme occidental et pratique les arts martiaux.

En 1904, laissant ses deux enfants derrière elle, Qiú Jǐn part étudier au Japon et rejoint plusieurs groupes prônant le renversement de la dynastie Qing. Avec un cousin, elle travaille à unir ces mouvements secrets. A son retour en Chine, en 1905, elle publie la revue Femmes de Chine (Zhongguo nubao), préconisant notamment aux femmes d’acquérir leur indépendance financière par les études et le travail. à Shanghai. Elle les encourage à résister à l’oppression familiale et gouvernementale et s’élève contre des pratiques coutumières comme celle des pieds bandés.

Poétesse féministe, Qiú Jǐn est également une excellente oratrice et parle en faveur des droits des femmes, de la liberté de se marier à l’accès à l’éducation. En 1907, de retour à Shaoxing, elle devient directrice de la Datong School, officiellement une école pour enseignements sportifs et officieusement un lieu d’entrainement pour les révolutionnaires. Depuis Shaoxing, elle tente d’organiser un coup d’État mais le complot est découvert et Qiú Jǐn est arrêtée le 12 juillet 1907. Sous la torture, elle n’admet rien, mais des preuves sont découvertes et elle est condamnée à mort. Qiú Jǐn est exécutée le 15 juillet 1907.

Un monument est érigé en sa mémoire dans la ville de Hangzhou, à l’est du pays. En Chine, Qiú Jǐn est une icône symbolique en particulier de la lutte pour les droits des femmes.

 
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Publié par le décembre 20, 2014 dans Asie, femmes

 

Judith Butler : Il est très important en tant que Juive de m’élever contre l’injustice et de lutter contre toutes formes de racisme.

4-sebastopol-marine-russe-cassini“Lettre ouverte de Judith Butler

Judith Butler, née le  24 février 1956, philosophe américaine et théoricienne du genre, domaine qui fait couler beaucoup d’encre ces temps-ci, est une intellectuelle complexe qui laisse peu de monde indifférent. Lauréate du Prix Adorno en 2012*, elle fut violemment attaquée pour ses positons critiques et antisionistes sur le conflit israélo-palestinien. Elle s’explique dans cette lettre : autoportrait épistolaire d’une des grandes figures intellectuelles de notre temps.

* Son discours de réception est à lire ici: http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/09/28/pour-une-morale-a-l-ere-precaire_1767449_3232.html

 

27 août 2012

Le Jérusalem Post a récemment publié un article, rapportant que certaines organisations s’opposent à ce que je reçoive le prix Adorno, un prix décerné tous les trois ans à quelqu’un qui travaille dans la tradition de la théorie critique au sens large. Les accusations portées contre moi disent que je soutiens le Hamas et le Hezbollah (ce qui n’est pas vrai), que je soutiens BDS (partiellement vrai), et que je suis antisémite (manifestement faux). Peut-être ne devrais-je pas être aussi surprise du fait que ceux qui s’opposent à ce que je reçoive le prix Adorno aient recours à des accusations aussi calomnieuses, sans fondements, sans preuves, pour faire valoir leur point de vue. Je suis une intellectuelle, une chercheuse, initiée à la philosophie à travers la pensée juive, et je me situe en tant que défenderesse et dans la perpétration, la continuité d’une tradition éthique juive comme le furent des personnalités tel que Martin Buber et Hannah Arendt. J’ai reçu une éducation juive au Temple à Cleveland, dans l’Ohio sous la tutelle du Rabbin Daniel Silver où j’ai développé de solides fondements éthiques sur la base de la pensée philosophique juive.

J’ai appris, et j’accepte, que nous sommes appelés par d’autres et par nous-mêmes, à répondre à la souffrance et à réclamer, à œuvrer afin qu’elle soit soulagée. Mais pour ce faire, nous devons entendre l’appel, trouver les ressources permettant d’y répondre, et parfois subir les conséquences d’avoir parlé comme nous le faisons. On m’a enseigné à chaque étape de mon éducation juive qu’il n’est pas acceptable de rester silencieux face à l’injustice. Une telle injonction est difficile à mettre en œuvre, car elle n’indique pas exactement quand, ni comment parler, ni comment parler de manière à ne pas produire une nouvelle injustice, ou encore comment parler de façon à être entendue et compris clairement et justement. Ma position actuelle n’est pas entendue par ces détracteurs, et peut-être cela ne devrait-il pas me surprendre, car leur tactique consiste à détruire les conditions d’audibilité.

[…] Il est faux, absurde et pénible que quiconque puisse prétendre que ceux qui formulent une critique envers l’Etat d’Israël sont antisémites ou, si juifs, victimes de la haine de soi. De telles accusations cherchent à diaboliser la personne qui articule un point de vue critique et à disqualifier ainsi, à l’avance son point de vue. C’est une tactique pour faire taire : cette personne est inqualifiable, innommable, et tout ce qu’elle dira doit être rejeté à l’avance ou perverti de telle façon que la validité de sa parole soit niée. Une telle attitude se refuse à considérer, à examiner le point de vue exposé, se refuse à débattre de sa validité, à tenir compte des preuves apportées, et à en tirer une conclusion solide sur les bases de l’écoute et du raisonnement. De telles accusations ne sont pas seulement une attaque contre les personnes qui ont des opinions inacceptables aux yeux de certains, mais c’est une attaque contre l’échange raisonnable, sur la possibilité même d’écouter et de parler dans un contexte où l’on pourrait effectivement envisager ce que l’autre a à dire. Quand un groupe de Juifs qualifie un autre groupe de Juifs d’ « antisémite », il tente de monopoliser le droit de parler au nom des Juifs.

Ainsi, l’allégation d’antisémitisme recouvre en fait une querelle intra juive.

Aux États-Unis, j’ai été alarmée par le nombre de Juifs qui, consternés par la politique israélienne, y compris l’occupation, les pratiques de détention à durée indéterminée, le bombardement des populations civiles dans la bande de Gaza, cherchent à désavouer leur judéité. Ils font l’erreur de croire que l’Etat juif d’Israël représente la judéité de notre époque, et que s’identifier comme juif signifie un soutien inconditionnel à Israël. Et pourtant, il y a toujours eu des traditions juives qui s’opposent aux violences des Etats, qui prônent une cohabitation multiculturelle et défendent les principes d’égalité ; et cette tradition éthique vitale est oubliée ou écartée lorsque l’un d’entre nous accepte Israël comme étant le fondement de l’identité et ou des valeurs juives. Nous avons donc d’une part, les juifs qui critiquent Israël et pensent qu’ils ne peuvent plus être juif puisqu’Israël représente la judéité, et d’autre part, ceux qui pour qui Israël représente le judaïsme et ses valeurs, cherchant à démolir quiconque critique Israël en concluant que toute critique est anti-sémite ou, si juive, issue de la haine de soi.

Je m’efforce, tant dans la sphère intellectuelle que dans la sphère publique de sortir de cette impasse, de cet emprisonnement.

À mon avis, il y a de fortes traditions juives, et même des traditions sionistes initiales, qui attachent une grande importance à la cohabitation et offrent une panoplie de moyens pour s’opposer aux violences de toutes sortes, y compris la violence d’Etat. Il est très important en ce moment, pour notre époque que ces traditions soient soutenues, mise à l’honneur, vivifiées, inspirées – elles représentent des valeurs de la diaspora, les luttes pour la justice sociale, et la valeur juive extrêmement importante, celle de « réparer le monde » (Tikkun).

Il est clair pour moi que les passions soulevées par ces questions rendent la parole et l’écoute très difficiles. Quelques mots sont sortis de leur contexte, leurs sens déformés, et ils étiquettent, labellisent un individu. C’est ce qui arrive à beaucoup de gens qui émettent un point de vue critiquant Israël – ils sont stigmatisés comme antisémites ou même comme collaborateurs nazis ; ces formes d’accusations visent à établir les formes les plus durables et les plus toxiques de la stigmatisation et de diabolisation. La personne est ciblée, en sélectionnant des mots hors contexte, en inversant leurs significations et en les collant à la personne : annulant en effet les propos de cette personne, sans égard pour la teneur de ses opinions, de sa pensée.

Pour ceux d’entre nous, qui sommes des descendants de Juifs Européens, détruits, exterminés par le génocide nazi (la famille de ma grand-mère a été anéantie dans un petit village au sud de Budapest), c’est l’insulte la plus douloureuse et une véritable blessure que d’être désigné comme complice de la haine des Juifs ou d’être défini comme ayant la haine de soi. Et il est d’autant plus difficile d’endurer la douleur d’une telle allégation lorsqu’on cherche à promouvoir ce qu’il y a de plus précieux dans le judaïsme, cette réflexion sur l’éthique contemporaine, y compris la relation éthique à ceux qui sont dépossédés de leurs terres et de leurs droits à l’autodétermination, à ceux qui cherchent à garder vivante la mémoire de leur oppression, à ceux qui cherchent à vivre une vie qui sera, et doit être, digne de faire son deuil. Je soutiens le fait que ces valeurs soient issues d’importantes sources juives, ce qui ne veut pas dire que ces valeurs soient spécifiquement juives. Mais pour moi, étant donné l’histoire à laquelle je suis liée, il est très important en tant que Juive de m’élever contre l’injustice et de lutter contre toutes formes de racisme. Cela ne fait pas de moi une Juive qui a la haine de soi ; cela fait de moi une personne qui souhaite clamer un judaïsme qui ne s’identifie pas à la violence d’Etat mais qui s’identifie à une lutte élargie pour la justice sociale.

[…]

J’ai toujours été en faveur de l’action politique non-violente, principe auquel je n’ai jamais dérogé. Il y a quelques années une personne dans un public universitaire m’a demandé si je pensais que le Hamas et le Hezbollah appartenait à « la gauche mondiale » et j’ai répondu sur deux points :

Mon premier point était purement descriptif : les organisations politiques se définissant comme anti-impérialistes et l’anti-impérialisme étant une des caractéristiques de la gauche mondiale, on peut alors sur cette base, les décrire comme faisant partie de la gauche mondiale.

Mon deuxième point était critique : comme avec n’importe quel groupe de gauche, il faut décider si l’on est pour ou contre ce groupe, et il faut alors évaluer de façon critique leurs positions.

[…]

A mon avis, les peuples de ces terres, juive et palestinienne, doivent trouver un moyen de vivre ensemble sur la base de l’égalité. Comme tant d’autres, j’aspire à un régime politique véritablement démocratique sur ces terres et je défends les principes de l’autodétermination et de la cohabitation des deux peuples, en fait, pour tous les peuples. Et mon souhait est, ce que souhaitent un nombre croissant de juifs et non juifs, celui que l’occupation prenne fin, que cesse la violence sous toutes ses formes, et que les droits politiques de chaque habitant soient assurés par une nouvelle structure politique.

 

Odessa : les mères de mai

Похороны погибших в результате трагических событий в Одессе 2 мая  Hier soir, nous avons vécu un moment infiniment douloureux, nous avons rencontré une dizaine de mères de jeunes gens qui ont péri dans les événements du 2 mai. Au-delà de toute politique, je ressentais personnellement avec une terrible intensité leur gouffre intérieur, cette impression lue dans leurs yeux que plus rien n’avait d’importance. Il ne leur restait plus qu’une obsession, leur tenant lieu de raison de vivre: empêcher l’oubli. Dire  l’injustice subie et qui se renouvelle chaque jour.. Le fascisme insidieux et qui prétend les faire taire.
Avec une infinie pudeur, elles nous tendaient des photos, celles d’ hommes dans la force de l’âge, avec leur famille, en vacances, et même un adolescent. Vous savez cet enfant, ce komsomol que vous avez vu avec son grand drapeau rouge. Il le portait la veille, lors de la manifestation du premier mai 2014. Sa mère, à peine plus âgée que lui, nous a dit en balbutiant la bouche tordue pour retenir les larmes qu’une cellule communiste d’Italie avait pris son nom. On lui disait combien on l’admirait pour avoir élevé un pareil fils et elle avait la moue d’un bébé et l’oeil embué en balbutiant ces mots. Elle nous a tendu  une photo avec un poème, il avait un regard d’archange. A côté d’elle, pendant toute la discussion, une autre femme ne cessait de prendre et reprendre les images d’un fils à tous les âges, l’une d’elle était encore dans son cadre et elle les battait comme une cartomancienne sans destin, comme si elle cherchait à comprendre seulement ce qui s’était passé. Et puis elles ont parlé et elles ont dit la réalité du fascisme qui s’est abattu sur Odessa, la peur qui avec la mort de leurs enfants s’est mise à planer sur cette ville, un brouillard épais fait de silence, de mensonges, de regards qui se détournent et qui les isole du reste du monde qui ne veut pas voir ce qui se passe dans ce port réputé pour son humeur joyeuse.Pensez à Marseille sur lequel tomberait un silence apeuré.
Helena, qui parle français et qui l’enseigne, nous a expliqué qu’elles n’étaient pas toutes là : c’est  une toute petite partie des mères, des familles.. Elles ont voulu dire chacune leur tour qui étaient leurs enfants. Elles insistaient sur leurs diplômes, leur profession, leurs talents, c’étaient des ingénieurs en bâtiment ; un marin, un étudiant… Il fallait que l’on sache!   » Ils ont dit d’eux que c’étaient des voyous, des SDF, ce n’était pas vrai, ils avaient une vie pleine d’avenir.  Simplement ils n’avaient pas voulu tolérer le fascisme, l’avaient combattu. Je l’ai supplié de ne pas y aller, il m’a dit, il le faut! »  Ces mères  multiplient en vain les interventions pour que la Cour pénale dise et reconnaisse quelles personnes de qualité le pays a perdu.

Celle qui les organisait avait encore son fils en vie mais il était prisonnier pour avoir défendu ceux que l’on battait dans la rue Grecque. Il n’avait pas d’arme, même pas un bâton. Depuis il est en prison, sans le moindre jugement.  Il y a ainsi 80 prisonniers retenus depuis ce jour sans avocat, sans jugement. Cela fait partie du no man’s land juridique dans lequel elles se débattent toutes.  Il n’y a eu aucune déclaration officielle ni sur le nombre de morts, ni de disparus. 82 ou 92 personnes sont ainsi portées disparues et le chiffre de 217 morts est avancé. L’une des femmes travaille dans les services judiciaires et elle a su que ce jour là, dans ce quartier de la ville, ont été recensés sur les registres officiels 61 décès. » Ils ne le disent pas parce qu’à partir de 50 c’est un génocide et ils ne veulent pas le reconnaître. »
Depuis, tous les 2 de chaque mois, elles commémorent leurs morts, la police et la municipalité tentent de les en empêcher. Le mois dernier, ils ont franchi un nouveau seuil, ils ont traîné certaines d’entre elles et des hommes à la police. Dans la nuit, à quatre heures du matin, ils ont perquisitionné chez elles. Elles avaient déposé des fleurs, des photos, des couronnes envoyées de toutes les villes d’Ukraine, la même nuit Pravy Sektor est venu a tout saccagé et emporté les fleurs, les couronnes, les photos et même une croix. Ils ont tout brûlé. Le lendemain, elles sont revenues et avec elles un grand nombre d’anonymes et il y avait encore plus de fleurs, mais la nuit suivante ils ont recommencé. Les gens ont peur et se taisent. Cette institutrice dans une école rurale nous dit en serrant les dents que dans son village personne n’a osé lui présenter ses condoléances. Elle a une coiffe, une résille noire dont s’échappent des mèches grises, elle a l’âge passé de la retraite, elle continue. Elle proteste à la fois contre l’oubli de son enfant et la manière dont on invente l’histoire, les programmes qui changent les faits.
Le cauchemar est ainsi renouvelé et le deuil est impossible, parce que tout est incompréhensible. Ce soir-là, ce fut  l’horreur, souvent apprise sur les chaînes de télé qui commençaient déjà à mentir en inventant que des Russes, des gens venus de Transnistrie avaient attaqué des Odessites. Le cœur battant les jambes ne les portant plus, elles ont couru à la recherche de leur enfant, d’autres de leur mari ou frère, elles se sont jetées devant les assaillants pour sauver ceux qui pouvaient l’être. Helena s’interposait, sauvait des gens sur lesquels ces brutes s’acharnaient elle ignorait qu’à quelques mètres d’elle sont fils agonisait, quand elle l’a retrouvé il était trop tard.

Беспорядки в Одессе

L’une nous explique comment elle a crié aux pompiers : « Pourquoi vous ne sauvez pas les gens dans cet incendie ». Des silhouettes étaient aux fenêtres et ils redescendaient leurs grandes échelles. « Mais pourquoi ? » a-t-elle hurlé et elle refait le geste de leur réponse, ils ont haussé les épaules pour dire qu’ils n’y pouvaient rien, ils avaient des ordres. Elle est convaincue qu’on aurait pu sauver tout le monde.

Пожар в Доме профсоюзов в Одессе
Un autre fils qui accompagnait sa mère nous décrit aussi ce qu’il a vu, ces gens enveloppés dans un drapeau ukrainien dansant une infernale sarabande au milieu des corps étendus et criant leur joie, leur ivresse de la mort… A quoi les mères répondent en écho avec l’exemple de cette femme qui sur un plateau de télévision a applaudi à l’annonce de ce tragique autodafé de leurs enfants.

C’était voulu affirment-elles. Une des femmes, blonde, coupe au carré, encore belle sous le masque de souffrance,  n’a plus de larmes à verser.  Quand je leur demande si je peux publier leur nom, elle m’interpelle au nom de mon pays et de l’Europe qui se tait. « Je n’ai pas peur. Il faut parler : le fascisme c’est une tumeur maligne et si vous ne l’arrêtez pas ici, il reviendra jusqu’à vous comme jadis à Berlin. J’ai été élevée comme quelqu’un de bien, j’ai élevé mon fils de la même manière, avec des principes. Les gens qui sont morts auraient pu être utiles à leur pays. Pourquoi vous taisez-vous ? Pourquoi la France que nous avons libérée, nous les Russes, fait silence sur nous ? Comment vous expliquer par quel enfer nous passons. Pouvez-vous le comprendre?  » Elle n’a même pas de papiers officiels, elle ne sait toujours pas pourquoi et comment est mort son enfant. Ses blessures n’étaient pas thermiques mais chimiques. Il en est ainsi de toutes ces femmes qui font le siège de la commission d’enquête qui n’agit pas. Les mères et les survivants ont même reçu des lettres, dans lesquelles il était écrit « Vous n’avez pas été tués, nous allons réparer cette erreur ! » Ce sont des bêtes. Le fils de Tamara qui était handicapé, un déficient mental…  était au troisième étage quand les assassins l’ont cerné, il était venu à leur rencontre avec pour seule arme une icône, ils l’ont abattu. Ce sont des bêtes féroces à qui l’on croyait pouvoir parler comme à des êtres humains, un innocent…
Et elles poursuivent inlassablement, déroulent le fil de ce qu’elles subissent encore et encore: « Alors imaginez ce que nous avons ressenti quand le président Porochenko se félicite de cette action à Odessa en disant : « Nous voyons le prix payé dans le Donbass pour n’avoir pas arrêté à temps les séparatistes comme nous l’avons fait à Odessa ».  Dans son clip de propagande électorale Porochenko à un moment disait : « Nous construisons un état fort ! », et c’était illustré d’une photo de la maison des syndicats en train de brûler !

Пожар в Доме профсоюзов в Одессе

Le même Porochenko a prétendu que désormais Odessa est une ville bandériste. Ce n’est pas vrai, il ne sait pas ce que les Odessites pensent même s’ils se taisent, s’ils sont figés par la peur, et ils arrivent même parfois à refuser l’ordre fasciste, comme cette pétition par laquelle nous exigions une plaque commémorative là où étaient morts nos enfants, ils sont venus la signer par milliers, silencieusement.

Похороны погибших в результате трагических событий в Одессе 2 мая

Le gouverneur a dit que cela concernait la ville, le maire a dit qu’ils en parleraient au Conseil, mais ils n’ont toujours pas répondu et quand nous allons faire pression pour que tout ne soit pas enterré nos interlocuteurs détournent les yeux et nous disent « laissez tomber ! » « C’est pour ça que nous avons besoin de vous, pour qu’ils se rendent compte que le monde s’émeut de ce qu’ils ont fait… Ils craignent l’opinion européenne, qu’elle s’aperçoive de qui ils sont réellement. » Elles ont fait un livre avec des poèmes de gens émus, d’inconnus, avec la biographie de ceux qui sont morts, disparus. Elles ont fait une exposition sur ce qui s’est passé à Odessa. Cette exposition a été présentée dans la plupart des grandes villes européennes, les fascistes soutenus par l’ambassade d’Ukraine l’ont perturbée en Espagne et au Portugal, en Pologne, mais en France, elles n’ont trouvé personne pour l’accueillir. Elles ont organisé une conférence de presse, il est venu des journaux, elles attendent encore les articles.
Marianne et moi leur promettons que nous allons faire l’impossible pour que cette exposition de photos passe en France, même si nos moyens sont limités. Marianne a commencé à retraduire les légendes des photos de l’exposition, d’en corriger les quelques fautes. Il y a encore tant de choses à rapporter qui prouvent à quel point l’opération a été planifiée, voulue dans son horreur pour faire taire Odessa. Il faut dire encore comment cela s’accompagne aujourd’hui de la « lustration », une purge. La moitié des mères présentes sont des enseignantes, elles savent que des listes sont prêtes, demain elles seront chassées de leur poste. Les critères sont faciles, il ne faut pas avoir été komsomol ni membre du parti communiste, mais tout le monde a été komsomol et Porochenko aussi, il a même été communiste… mais c’est choisi simplement comme un prétexte. « En première ligne sont les Russes ethniques, pas les russophones, Tous les ukrainiens sont russophones et les plus excités des nationalistes ukrainiens se débrouillent mal en ukrainien. Mais ils sont la proie d’une folie russophobe, il faut chasser les communistes, les Russes… Nous sommes des sous-hommes et il faut en purger l’Ukraine… C’est ça le fascisme ! Nous avons perdu nos enfants, on va nous enlever nos emplois… pour nous forcer à partir… C’est fait à grande échelle et c’est pour ça qu’Odessa a peur. »
Voilà, peut-être que le lecteur de cet article comprendra mieux les résultats des élections à Odessa. L’abstention massive malgré le bourrage des urnes, Odessa a été après le Donbass l’endroit où on a le moins voté… Les votes exprimés se sont dirigés vers les partis d’opposition, le parti des région, les communistes, même si les immenses bulletins jetés dans les urnes transparentes sont visibles. Oui Odessa a donné un coup de pied à Porochenko et à son affirmation que la ville était bandériste et vu ce qui se passe ici, c’est une manière d’exploit.
Danielle et Marianne

 
 
 
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