RSS

Archives de Catégorie: expositions

A ce soir, Chers amis et néanmoins souvent camarades, mais pas toujours…

Résultat de recherche d'images pour "Le siège de Léningrad"

Voilà j’aurai reculé mon départ à Paris jusqu’à la dernière limite, celle de la fin du traitement (cortisone et antibiotique) contre la bronchite, celle de mon arrivée, semble-t-il dans la neige et le blizzard dans le 14 e arrondissement, métro perinety à quelques centaines de mètre du lieu du débat. A un trimestre de mes quatre vingt ans, ce n’est pas Alexandra Neel sur les routes du Tibet au même âge, mais c’est assez pour nous faire entrevoir que le communisme reste bien le secret de jouvence proclamé et tenu. La véritable  manière de jusqu’au bout refuser l’obsolescence à laquelle le capitalisme veut condamner l’être humain marchandise. Un refus qui n’est pas seulement celui de l’esprit, mais l’utilisation de  la seule possibilité offerte à lui de le refuser,  inventer autre chose collectivement. Je plaisante mais à peine. (1)

Librairie Tropique adresse : 56 et 63 Rue Raymond Losserand, 75014 Paris

Ce mardi 6 févier à 19h30
débat avec Marianne autour de notre dernier livre :
1917-2017, Staline un tyran sanguinaire ou un héros national?

J’ai hésité à reporter cette recontre vu qu’à Marseille quand il pleut personne ne sort, le plan orsec est déclenché et les activités sont reportées (c’est une galéjade mais à peine). Mais de tout côté des amis m’ont confirmé leur venue certains depuis de lointaines banlieues. Comment résister à une telle vertu citoyenne alors mêmes que nous célébrons dans un même élan Stalingrad et la fin du siège de léningrad, qu’à Moscou dont la neige recouvre le kremlin et saint bazile, il sont 60.000 à défiler dans les rues pour dire leur dignité, celle de leurs parents pour avoir accompli cela.Au moins il y aura la couleur locale.

Combien serons-nous je l’ignore, mais je pense à Fidel après le naufrage du granma faisant le compte de sa troupe déjà pourchassée par Batista et contemplant les quelques fusils et la douzaine de révolutionnaires résolus déclara: nous sommes douze, si nous sommes convaincus cela est suffisant pour faire une Révolution.On n’a pas été élevé chez les jésuites pour rien et si la référence est à Cespedes, le père de la patrie, le dernier repas du Christ n’est pas loin…

Mais aurait-il imaginé que ces douze et plus auront été réunis par deux dames qui, intrépides, voulaient renouer des liens effacés pour le malheur de tous avec cette histoire qui fut la notre et qui marque à jamais l’humanité? A partir d’un principe simple, celui qui oublie son passé non seulement est condamné à le revivre comme un cauchemar, mais aussi perd le sens des possibles du présent avec la perspective de l’avenir, but et moyen pour y parvenir. A ce titre, l’aventure de nos voyages, le livre écrit a toujours été suivi d’une série d’activités, marianne vous en parlera.

mais cette conception du livre ouvert sur des pratiques, penser et transformer, change complètement la nature du débat et fait que l’on a autant envie de parler de celui-ci que de ce qui est en chantier, des questions non abordées et qui pourtant s’avèrent essentielles et auxquelles en tant que lecteurs de ce blog, dans lequel personne n’écrit pour ne rien dire, vous avez largement contribué à poser.

Tout sauf le dogme ou la certitude même si nous en avons quelques unes… Donc mes amis pour ceux qui le pourront rendez vous ce soir. Par parenthèse il y aura d’autres rencontres pas seulement à paris, celle des Marseillais est déjà fixée le 2 juin sur la Canebière à la librairie Maupetit.

Donc parisiens à ce soir et dites vous bien que je me fais une joie de vous rencontrer parce que vous avez aussi répondu à mon appel pour Adlane, cela compte pour moi, cela crée la différence entre les enfileurs de perles de veroterie, qui se gorgent de citations humanistes et qui ne font rien, et ceux qui avaient jadis l’habitude dans le silence, partout d’amplifier l’élan jusqu’à le rendre irrésistible. C’est un choix communiste, celui proposé à l’adhésion de la jeunesse, est-ce que nous leur offrons l’espoir égotiste de celui qui aura son bâton de Maréchal comme élu, ou l’apprentissage de la force de celui qui accomplit le petit acte anonyme exigé de lui et qui comme le paysan chinois rase la montagne? Un parti pour les plateaux de télévision auquel nous n’aurons plus accès faute de savoir respecter la force réelle des masses et de leur organisation au quotidien?

Nous ne pouvons pas ignorer ces exigences venues du passé comme perspective d’avenir aujourd’hui plus que jamais et ce dans le contexte d’un congrès alors que l’offensive contre les conquêtes de nos pères et mères se fait plus ample tous les jours ? Il sera question de Staline et surtout d’une déstalinisation totalement ratée mais aussi d’aujourd’hui et de demain en particulier à l’échelle internationale parce que si plus que jamais nous devons agir local, il nous faut penser global lutte des classes et fait national.

Danielle Bleitrach

(1) Cette année 2018 sera celle de karl Marx, pour illustrer mon propos, je voudrai me référer aux premiers textes de Marx dont on ait conservé la trace. Il s’agit d’une réflexion sur « la vocation », c’est en 1835, il a 17 ans. Il affirme devoir « être guidé par le devoir, le sacrifice de soi, le bien être de l’humanité, le souci de notre propre perfection ». Si on rate ce chemin on risque d’être malheureux toute une vie et cela s’aggrave parce que nous sommes mortels, nos possibilités s’épuisent. Il inaugure dans l’exaltation adolescente une pensée entre tension vers l’idéal et contraintes matérielles incontournables.  Il vient de déclarer son amour à jenny, il lui écrit des poèmes. Il travaille sans arrêt et a un solide humour, un esprit critique devant les enflures de l’âme tout cela tempère pour le meilleur les bouffées d’exaltation creuse et les hypocrisies. C’est un plaidoyer pour un engagement dans une vie de Révolutionnaire auquel dans mon âge vénérable je ne puis qu’apporter mon assentiment.

 

Publicités
 

Culture soviétique: Hommage à Geli Korzhev, peintre et communiste inébranlable

Résultat de recherche d'images pour "Geli Korzhev."

Un communiste inébranlable, les années 1980 ont été un tournant important dans l’histoire soviétique. La volonté de revigorer le pouvoir soviétique sous la bannière de la perestroïka a finalement conduit à sa disparition. Pour certains, ces temps nouveaux et différents se sont révélés pleins d’opportunités; pour d’autres, ils ont apporté la confusion et la paralysie. Pour Korzhev, c’était une époque difficile: ses croyances et ses idéaux étaient en contradiction avec la nouvelle réalité. Il est contre la perestroïka, contre sans doute les réformes de Khrouchtchev. En 1976, le peintre quitte l’Union des artistes russes et, en 1986, il cesse d’enseigner. Après cela, son rôle public dans la société a été réduit au minimum, et il a vu peu de gens en dehors de sa famille et un cercle d’amis proches. Ses efforts, dans cette période, ont été dirigés principalement vers son art, le principal objectif de sa vie. Ainsi, Korzhev s’est retrouvé dans une opposition silencieuse à la nouvelle direction russe du retour au capitalisme. Inébranlable dans ses vues, à la fin des années 1990, l’artiste a refusé un prix d’État qui lui a été décerné par le gouvernement de la nouvelle Fédération de Russie. Dans une note expliquant sa décision, Korzhev a exposé ses motifs: « Je suis né en Union soviétique et je croyais sincèrement aux idées et aux idéaux de l’époque, aujourd’hui considérés comme une erreur historique. L’acceptation d’un prix d’État équivaudrait à une confession de mon hypocrisie tout au long de ma carrière artistique, je vous demande de considérer mon refus avec la compréhension voulue. » (note et traduction de Danielle Bleitrach)

 

Reflet de l’évolution de la peinture de l’URSS socialiste à la Russie capitaliste

Image associée

Par Antonio Artuso

«L’Étoile du Nord» rend hommage au peintre communiste Geli Mikhailovich Korzhev-Chuvelyov (1925 – 2012). Jeunesse : Korzhev nait à Moscou en 1925. Son père, architecte, est membre de l’Association des «nouveaux architectes», premier groupe avant-gardiste des années 1920. Entre 1939 et 1944, Korzhev étudie la peinture à Moscou. Il a 16 ans quand, en 1941, l’Allemagne nazie envahit l’URSS. Il est évacué de Moscou.

Résultat de recherche d'images pour "Geli Korzhev."

les jours de guerre

En 1944, il retourne aux études à Moscou et en 1950 est diplômé. Années de formation : Korzhev a reçu sa formation artistique durant la Seconde Guerre mondiale, selon les conceptions de l’école du «réalisme socialiste» de l’époque de Staline (Voir texte), et dans les très dures conditions de la guerre d’invasion nazie, qui a fait 22 millions de victimes soviétiques. Les conceptions communistes sur l’art et la littérature. Les artistes communistes font alors partie du prolétariat et du peuple. Ils partagent toutes les joies et les souffrances de la grande famille soviétique. Ils font partie des millions d’ouvriers qui travaillent dans le même combat collectif pour la production, pour développer l’économie, améliorer les conditions de vie et de travail, contribuer à l’avancement des techniques, des sciences, du niveau de vie, pour défendre le pays, pour organiser mieux la société, élever le niveau de conscience. Les artistes sont des producteurs comme les autres. En tant que travailleurs culturels, ils ont les mêmes droits, mais de très importantes responsabilités dans la société. Ils œuvrent en effet dans le domaine idéologique, centre dirigeant de toutes les conceptions et directives qui orientent la société socialiste. Et les ouvriers les abordent comme des camarades de lutte, leur posent des questions, les critiquent. Leur métier consiste à peindre le peuple, l’héroïsme quotidien de millions de Soviétiques en temps de paix ou de guerre. Ils exprimer la vie, les luttes, les principes. Ils sont les ingénieurs des âmes, tracent la conduite digne, morale, la formation des travailleurs et la conviction que tous les problèmes ont une solution à conditions que le prolétariat et le peuple luttent ensemble, unis, solidaires, comme les membres d’une seule famille, assumant les responsabilités collectives, selon un code moral, intellectuel très élevé, à élever toujours plus. Staline appelait les écrivains les « ingénieurs des âmes », car ils jouent un rôle déterminant dans la vie du prolétariat et du peuple soviétique. 

Les conceptions artistiques bourgeoises :

L’artiste bourgeois, lui, n’a aucun devoir envers la société. Il est perçu et se perçoit comme un être génial, supérieur aux ouvriers et aux masses en général. Il a le droit de s’exprimer vulgairement ou de dire les insignifiances pourvu que ça se vende. Il révèle sans pudeur ses vices, ses fantaisies, ses fantasmes, s’exhibe sans retenue, explique d’un air très docte ses états d’âmes insignifiants ou répugnants, cultive son individualisme d’être ultra-sensible, asocial, psychopathe. Il est adulé par les foules, son monde féérique, coupé de la réalité est considéré génial et ses œuvres commerciales sont vendues grâce au battage publicitaires de spécialistes du marketing. Maturité de Korzhev dans l’URSS replongée dans le capitalisme : Korzhev a atteint sa maturité dans l’URSS, qui, après l’abominable guerre, s’est rapidement reconstruite. Mais Staline meurt en 1953, et Khrouchtchev et les révisionnistes restaurent le capitalisme, selon le principe de «chacun pour soi» et l’individualisme bourgeois. En 1954, Korzhev peint «Jours de guerre», tableau acclamé par un peuple qui n’avance plus. Ses tableaux reflètent les traumatismes soufferts par tout le peuple soviétique, mêlés à la tristesse et l’angoisse du peuple soviétique dans une économie où les révisionnistes sabotent la planification, les structures socialistes et la solidarité socialiste. L’«École sévère» : Geli Korzhev, Victor Ivanov et Petr Ossovsky constituent l’«École sévère», mouvement qui contraste avec le «réalisme socialiste» par la gravité des thèmes et l’expression de la souffrance, de l’angoisse et de la solitude.

Les thèmes artistiques sont le repliement sur soi. En 1959, Korzhev peint le tableau «Amants», qui représente un couple d’âge moyen, assis au bord de la mer, plongé dans les souvenirs. Ce tableau est le premier à exprimer la vision de la vie du peintre, le style personnel de celui-ci et à inclure un personnage qui reviendra souvent dans son œuvre, celui d’un homme d’âge moyen ou âgé, portant le fardeau de lourdes expériences traumatiques. Au milieu des années 60, au moyen de la série de tableaux intitulée «Brûlé par le feu de la guerre», Korzhev est reconnu comme le plus puissant peintre réaliste de sa génération. Mais il ne s’agit plus du réalisme socialiste, il s’agit du néo-réalisme à la manière du cinéma italien d’après-guerre, un réalisme de la tristesse et de la misère.

 

 

GELY KORZHEV: J’AI LE DROIT

Anna Dyakonitsyna

Article:

EXPOSITIONS ACTUELLES

Numéro de magazine:

# 3 2016 (52)

La rétrospective de Gely Korzhev (1925-2012) à la galerie Tretyakov est l’un des spectacles les plus attendus de ces dernières années. Dans la Russie d’aujourd’hui, l’art de Korzhev sonne une note poignante et vitale. Dans une classe à part, son travail n’a jamais été pleinement compris par ses contemporains, de même qu’il n’a pas encore été pleinement apprécié par les générations suivantes. Ses peintures, cependant, peuvent fournir une clé inestimable pour comprendre l’histoire de l’art russe d’après-guerre, en le situant dans le contexte plus large de l’art mondial de la seconde moitié du 20ème siècle.

Il n’y a jamais eu une exposition Korzhev de cette ampleur auparavant en Russie, et c’est un hommage à la diversité exceptionnelle, la complexité et la profondeur du travail de l’artiste, offrant aux visiteurs la possibilité de découvrir leur propre Korzhev «personnel». L’exposition rassemble les principaux groupes d’œuvres de l’artiste issues de collections muséales et privées en Russie et aux États-Unis. Le temps couvert est tout aussi impressionnant, avec chaque étape du parcours artistique de Korzhev reflété dans les œuvres exposées, des peintures des années 1940 qu’il a créées en tant qu’étudiant jusqu’aux aux œuvres qu’il a produites dans l’isolement de son studio dans les dernières années de sa vie. La séquence des œuvres ne suit pas la biographie de Korzhev dans un sens chronologique strict, mais offre plutôt une dynamique,

Comme Korzhev lui-même l’a noté, le rôle clé dans le développement de la vision du monde de sa génération a été joué par la Seconde Guerre mondiale. «J’ai été accepté à l’école d’art en août 1939 et le 1er septembre, la guerre a éclaté en Europe. Nous sommes la génération de la guerre. Certains d’entre nous se sont battus au front, d’autres non, mais nous sommes tous devenus adultes dans son ombre, « [1]  a expliqué une fois l’artiste dans une interview. Le sujet de la guerre était l’un des thèmes clés de l’art de Korzhev, apportant avec lui des notes de drame puissant et, parfois, de conflit.

L’exposition s’ouvre sur le tableau « Traces of War » (1963-1964, Musée russe). Parmi les œuvres les plus poignantes du cycle «Brûlé par le feu de la guerre», cet ouvrage, si cher au cœur de Korzhev, n’en a pas moins fait l’objet de nombreuses critiques. « Traces of War » peut difficilement être qualifié de portrait au sens normal: il s’agit plutôt, selon l’artiste, d’une image collective – le « visage de la guerre ». Le visage défiguré d’un soldat blessé est montré en face sur fond clair et neutre: une version monumentale d’une photo d’identité. La vision du peintre s’apparente à celle de l’objectif de la caméra, enregistrant la réalité visible avec une précision impartiale. Pourtant, Korzhev est loin d’être un observateur indifférent, qui raconte simplement ce qu’il a observé. Le choix du héros par l’artiste, la façon dont le visage est agrandi, le chagrin et la gravité sobre de la situation définissent les vrais sentiments de Korzhev envers son sujet. L’œil défiguré du soldat qui a tellement repoussé certains critiques, provoquant des accusations de représentation inappropriée d’un héros monumental, est rendu clair et convaincant, sans détails physiologiques excessifs. Plus tard, Korzhev a exprimé des pensées sur ce qui est et n’est pas permis dans l’art: « Je pense que nous ne devrions pas submerger les gens de désespoir, de peur, de terreur et de laideur. L’affirmation de courage, de beauté et de gentillesse, même à travers la représentation de scènes terribles, est le principe principal des arts. »[2]

« Mother » (1964-1967, Galerie Tretyakov) montre quelque chose de la même approche. La pitié et la compassion de l’artiste face à une perte insupportable sont claires. Ce sens, en effet, est souvent présent dans les meilleures œuvres de Korzhev, de ses peintures de guerre aux toiles plus modernes, des paysages, des nus et des scènes bibliques.

L’approche essentiellement humaniste de Korzhev est l’une des principales caractéristiques de son travail, le mettant à part des autres maîtres de l’art figuratif de la seconde moitié du 20ème siècle tels que les artistes britanniques Francis Bacon ou Lucian Freud. Le fait que l’héritage créatif de Korzhev soit à la hauteur de celui de ces réalistes occidentaux si largement acclamés devient particulièrement évident lorsqu’on apprécie le spectre des œuvres exposées à la rétrospective: jamais auparavant l’art de Korzhev n’a été exposé aussi complètement.

Le cycle «Brûlé par le feu de la guerre» est suivi de plusieurs œuvres qui ont été perçues comme de véritables signes de leur temps. Ce sont aussi des tableaux clés du développement de Korzhev en tant qu’artiste: « Lovers » (1959, Musée russe) et le triptyque « Communists » (1957-1960, Musée russe). Dans ces toiles, l’esprit novateur et pionnier de Korzhev a clairement brillé pour la première fois.

Ces œuvres placent Korzhev à la tête de ses contemporains, la génération d’artistes qui cherchait de nouvelles approches à la fin des années 1950 et 1960, lors du «Dégel». Après avoir vaincu l’Allemagne nazie, l’Union soviétique connaissait à cette époque des moments plus positifs. Les privations de la guerre avaient conduit à une plus grande appréciation de la valeur intrinsèque de la vie, de «l’ici et maintenant», d’un ciel paisible sur la tête et de simples plaisirs et préoccupations humaines. Dans la littérature, le cinéma et l’art, il se passait une sorte de «réhabilitation» de la réalité. Cette recherche d’une nouvelle vérité est devenue la nouvelle norme soulevée par toute une génération d’artistes.

Résultat de recherche d'images pour "Geli Korzhev."

Les «amants» et les «communistes» de Korzhev ont été parmi les œuvres clés qui ont engendré le style dit «sévère», l’une des principales tendances de l’art soviétique de l’époque. À la différence de ses peintures de genre et de son approche lyrique des années 1950, ces œuvres établissent un équilibre particulier entre le thème et l’exécution, le plus approprié à l’esprit et à la complexité des œuvres à grande échelle. Le chemin à parcourir n’a pas été facile, cependant. Korzhev le rappela plus tard: «Chez les« Amants », il y a un écho de la guerre, il était pénible de travailler dessus… J’ai d’abord imaginé une scène: le rivage, deux personnages et une moto. Qui étaient ces gens, comment étaient leurs histoires de vie, je ne le savais pas, la composition ne se venait pas. J’ai rencontré un homme plus âgé qui travaillait comme assistant de laboratoire dans un institut de recherche. Il m’a parlé de lui et de sa vie. Quand il était très jeune, encore un garçon, il a participé à la guerre civile et a organisé des fermes collectives. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il rejoint l’infanterie volontaire. Il a été blessé au front. La vie de l’homme, si étroitement liée à la vie de la Russie, m’a paru très intéressante et significative. J’ai réalisé qu’une telle personne était chère et proche de moi, et il est devenu le héros de ma peinture.  Mon idée initiale est devenue pleine de sens, le contenu s’est matérialisé et la peinture s’est animée. »[3]

Dans son triptyque «communistes», Korzhev opte pour une approche inattendue, loin d’un traitement conventionnel historique ou quotidien du sujet. Les sujets choisis remontent à la guerre civile russe, avec les travailleurs et les soldats de l’Armée rouge présentés comme les héros de ces peintures puissantes. La vision globale de Korzhev et son interprétation profonde du matériel historique lui permettent non seulement de relier son sujet à une période spécifique de la vie de sa patrie, mais aussi de la situer dans un contexte historique plus large. L’héroïsme de la guerre civile russe rappelle les événements plus récents de la Seconde Guerre mondiale, dont Korzhev lui-même avait été témoin dans sa jeunesse. En outre, le thème de l’héroïsme, la représentation d’un acte de courage et de détermination, va un peu plus loin dans le domaine de l’intemporel.

Les meilleures parties du triptyque, selon Korzhev lui-même, étaient les peintures centrales et gauches. « Raising the Banner » (1960) est l’un des principaux travaux de Korzhev et pourrait être considéré comme porteur de son principal message idéologique. [4] La forme et le contenu de cette toile sont vraiment un, une caractéristique vitale dans une peinture de cette taille. La composition dynamique montre un acte de volonté, une décision fatidique qui va changer le cours des événements. La taille de la peinture et de la figure principale, le format rapproché, la composition ressemblant à une image d’un film, et la texture de l’image permettent à Korzhev de créer une forme qui transporte l’action artistique hors du récit immédiat et dans l’existentiel. Cette qualité rare est précisément ce qui distingue les meilleures œuvres de maîtres exceptionnels de la peinture historique. Le regretté Valery Turchin, l’un des historiens de l’art généralistes, maintenant disparus, vit certains parallèles entre l’art de Korzhev et celui de Vasily Sourikov. De sa génération, Gely Korzhev avait peut-être l’appréciation et la compréhension les plus vives et les plus complètes de la tradition artistique de la Russie, suggéra Turchin [5].

L’art de Korzhev de différentes décennies offre un excellent exemple d’une vision philosophique de l’histoire. Comme aucun autre peintre d’après-guerre, Korzhev a montré les tournants cruciaux de la vie russe au XXe siècle. La guerre apparaît ici dans toute sa complexité tragique, de même que ses traces et son héritage, toujours présents dans la vie quotidienne des Russes et dans le destin de tout le pays.

« Nuages ​​de 1945 » (1980-1985, Galerie Tretyakov) est l’un de ces tableaux philosophiques. Il montre un homme qui a perdu une jambe dans la guerre, avec une femme âgée vêtue de vêtements de deuil sombre. Les deux sont pensifs, pris dans les souvenirs du passé. Derrière les personnages se cache un paysage panoramique – une grande prairie sous un ciel vaste et tranquille. Cette toile de fond ramène le récit à nos jours. « La guerre est finie, il manque une jambe mais il est toujours heureux, il regarde les nuages, sent l’herbe: la vie a gagné », explique Korzhev. Le temps, dans ce tableau, est historiquement spécifique: inévitablement, il s’écoule vers l’avant. Pourtant, le passé remonte, dans la mémoire des générations futures. La métaphore artistique du temps que Korzhev crée dans ce travail, permettant au passé, au présent et au futur de s’entremêler de manière complexe.

Résultat de recherche d'images pour "Geli Korzhev."

conversation (1975-1985)

« Conversation » (1975-1985, Musée russe) est une autre œuvre de Korzhev qui ne peut pas être simplement résumée en termes d’événements chronologiques. La composition est née d’une commission officielle abandonnée par la suite. La salle des cérémonies de remise des prix à la Chambre du gouvernement de la Fédération de Russie (RSFSR) devait être décorée d’un groupe de cinq peintures à grande échelle. La proposition initiale de Korzhev a tellement surpris les fonctionnaires, cependant, que la commission a été attribuée à la place à Andrei Mylnikov, sous la direction duquel une série de tapisseries a été créée. La forme et les sujets des travaux de Korzhev se sont révélés tout simplement trop peu conventionnels. Suite à cela, Korzhev a continué à travailler sur « Conversation », n’étant plus contraint par les directives officielles. Le travail qui en résulte représente les gens avec leurs dirigeants d’une manière inattendue, allant à l’encontre des opinions acceptées sur la façon dont cela devrait être représenté. En cela, « Conversation » est très inhabituel, créé comme il l’était dans les dernières années de l’URSS.

Les années 1980 ont été un tournant important dans l’histoire soviétique. La volonté de revigorer le pouvoir soviétique sous la bannière de la perestroïka a finalement conduit à sa disparition. Pour certains, ces temps nouveaux et différents se sont révélés pleins d’opportunités; pour d’autres, ils ont apporté la confusion et la paralysie. Pour Korzhev, c’était une époque difficile: ses croyances et ses idéaux étaient en contradiction avec la nouvelle réalité. Ceci, pour l’artiste mature Korzhev, était en effet l’un des problèmes clés de la période post-soviétique. En 1976, le peintre quitte l’Union des artistes russes et, en 1986, il cesse d’enseigner. Après cela, son rôle public dans la société a été réduit au minimum, et il a vu peu de gens en dehors de sa famille et un cercle d’amis proches. Ses efforts, dans cette période, ont été dirigés principalement vers son art, le principal objectif de sa vie.

Ainsi, Korzhev s’est retrouvé dans une opposition silencieuse à la nouvelle direction russe. Inébranlable dans ses vues, à la fin des années 1990, l’artiste a refusé un prix d’État qui lui a été décerné par le gouvernement de la nouvelle Fédération de Russie. [7] Dans une note expliquant sa décision, Korzhev a écrit de ses motifs: « Je suis né en Union soviétique et je croyais sincèrement aux idées et aux idéaux de l’époque, aujourd’hui considérés comme une erreur historique. L’acceptation d’un prix d’État équivaudrait à une confession de mon hypocrisie tout au long de ma carrière artistique, je vous demande de considérer mon refus avec la compréhension voulue. »[8]

En tant qu’artiste mature, Korzhev n’a pas cherché à critiquer ouvertement le système politique ou social de la Russie contemporaine. Cela ne fait en effet pas partie du rôle de l’artiste. Son expérience et ses opinions se reflétaient inévitablement dans ses œuvres ultérieures. Les pensées et les sentiments de Korzhev prennent vie dans ses toiles et sur papier: le peintre tient un journal intime tout au long de sa vie. Il a également laissé derrière lui des notes copieuses avec des réflexions sur l’art, la culture contemporaine et les questions sociales. Non destinés à la publication, ces manuscrits et ces journaux intimes sont virtuellement inconnus du public: les riches archives sont conservées par la famille de Korzhev. [9]

Laissant ses devoirs publics derrière lui et se retirant dans la solitude de son atelier, Gely Korzhev a pu, dans les dernières décennies de sa vie, réaliser à peu près toutes ses ambitions créatives. Quelle joie c’est pour un artiste!

La situation géographique de l’héritage artistique de Korzhev a naturellement été affectée par la manière dont les circonstances divisent la vie professionnelle de l’artiste en deux parties. Ainsi, la plupart de ses toiles à grande échelle de la période soviétique sont devenues des pièces clés dans les collections permanentes d’institutions telles que le Musée russe et la Galerie Tretyakov, ainsi que divers musées régionaux.

La deuxième partie de l’héritage artistique de Korzhev, tout aussi important pour la compréhension de son œuvre, se trouve dans des institutions privées et des collections du monde entier. Les toiles à grande échelle des trois dernières décennies de sa vie, ainsi que ses premières œuvres, croquis et études de composition restent pratiquement inconnus du grand public russe. Beaucoup de ses peintures importantes ont été prises hors de la Russie sans avoir été exposées une fois dans la patrie de l’artiste.

Cette rétrospective offre donc une merveilleuse opportunité de considérer ensemble les différentes parties de l’héritage créatif de Korzhev et de mieux apprécier sa gamme artistique et sa complexité en tant que peintre. Parlant de son style et de ses méthodes dans l’art, Korzhev a utilisé le terme de «réalisme social», accordant une grande importance au premier et au deuxième mot de cette description. En se remémorant le passé, il a médité: « Je crois que le réalisme socialiste aurait dû être appelé » réalisme social « , le socialisme est associé à la politique, mais il devrait plutôt viser les problèmes sociaux. [10] C’était le type de réalisme auquel Korzhev a aspiré.

Malgré toutes les souffrances qu’il ressentait avec son rejet intérieur de la vie dans la Russie post-soviétique, l’artiste n’a jamais cessé de s’inquiéter aussi à propos du peuple russe: le sort que beaucoup avaient connu avec l’effondrement de l’URSS et le potentiel encore resté. Dans une interview donnée en 2001, Korzhev décrit son point de vue social en tant qu’artiste: «Pour ceux qui dirigent le pays, j’ai, comme l’exprime Saint-Exupéry, une aversion profonde: ces cercles qui fleurissent actuellement et sont maintenant à la pointe. En tant qu’artiste, je ne vois absolument aucun intérêt à étudier cette partie de la société, mais les gens qui ne correspondent pas à ce modèle – ils sont maintenant intéressants – les hommes «superflus», les étrangers – aujourd’hui , ils sont nombreux, rejetés, éjectés de la vie normale, indésirables dans le climat actuel… Je suis intéressé par leur destin, dans leur lutte intérieure. En ce qui me concerne, ils sont les véritables héros de l’artiste. »[11] Ces nouveaux héros ont en effet commencé à peupler les œuvres de Korzhev, alors que l’artiste abordait les problèmes sociaux de la Russie contemporaine dans des œuvres telles que « Rise, Ivan! « (1995, Institut d’Art Réaliste Russe), » Adam Andreevich et Eva Petrovna « (1996-1998, collection privée, Moscou) et » Parental Rights Revoked « (2006, Institut d’Art Réaliste Russe).

La réalité russe contemporaine que Korzhev a observée dans les dernières décennies de sa vie n’a pas inspiré le maître à créer des œuvres d’héroïsme, ni à vanter le triomphe de l’esprit humain. Aux yeux de Korzhev, les gens étaient devenus plus petits, plus mesquins. Préoccupés par des préoccupations quotidiennes banales, ils cherchaient uniquement à satisfaire leur fierté bourgeoise et leurs besoins humains fondamentaux. Ce n’est peut-être pas une coïncidence si pendant cette période Korzhev a imaginé pour son petit-fils une bête fantastique qui a ensuite donné naissance aux grands Tyurlikis (une série dont le nom est, comme Korzhev lui-même l’a dit, quelque peu « abstrait et difficile à expliquer »). [12] Les héros de ce cycle sont des mutants de différentes formes et tailles: mi-animaux, mi-oiseaux, possédant tous les défauts et les faiblesses des êtres humains. Le caractère poignant et la résonance inattendue de la série furent tels que, pendant un certain temps, l’œuvre de Korzhev ressembla à celle du camp d’artistes contemporains, groupe auquel le maître ne se serait certainement pas associé. Certaines œuvres de cette série, ainsi que les peintures «Don Quichotte» de Korzhev ont été exposées à la galerie Regina de Moscou en 1993. Cette exposition, dans un espace habituellement lié à un art très différent, était cependant aussi loin que cette tendance: naturellement, Korzhev était simplement une figure trop importante pour être absorbée par de tels groupements.

Tout ceci ne fait qu’ajouter aux œuvres autoréflexives du Korzhev mûr, parmi lesquelles se trouve sa série de nus, dans laquelle le peintre s’est fixé comme tâche frappante de représenter la forme féminine dans les contextes historiques et sociaux particuliers de la période soviétique. Le travail le plus impressionnant de la série est sans aucun doute sa « Marusya » (1983-1989, collection privée, USA).

Non moins frappante est la «Nature morte avec marteau et faucille» du peintre (2004, collection privée, États-Unis), un travail qui permet de ramener les symboles maintenant un peu abstraits de l’ère soviétique à la réalité. En effet, les natures mortes occupent une place particulière dans l’héritage de Korzhev. L’artiste les peignait fréquemment et avec une grande passion, utilisant le genre comme moyen de fixer et de résoudre des tâches artistiques autour du sens et de la composition. Korzhev lui-même décrivait le processus: «Pensez à la nature morte psychologique, il faut aussi trouver une nouvelle approche de l’exécution: le clair-obscur frappant, certainement une lumière artificielle, peut-être une flamme nue (une bougie ou un kérosène).

«Les choses d’une personne, un livre, une théière, un panier, des chiffons, etc. L’essentiel, cependant, est de décrire l’état de la personne qui possède ces choses, leur occupation, leurs pensées, leur mode de vie, même les événements qui pourraient advenir»[13] Les objets dans les natures mortes de Korzhev – une hache, une perceuse à main, des chaussures usées, un chapeau et une veste russes, des cruches d’argile, de simples casseroles et poêles en émail, un verre avec un chiffon imbibé de lait – sont clairement présents, convaincant matériel: ils rappellent non seulement la vie quotidienne de l’époque soviétique, mais dans un sens beaucoup plus large, le mode de vie traditionnel des générations de Russes.

« Je suis plus un peintre de natures mortes que tout », [14] Korzhev dirait de lui-même. En effet, sa technique de composition de nature morte consistant à placer de grands objets au premier plan avec un espace peu profond et peu défini est clairement visible dans la majorité de ses peintures narratives à grande échelle, des œuvres emblématiques des années 1960 aux cycles créés en ses dernières décennies.

Les œuvres de Korzhev de ces années reculées dans son atelier contiennent de nombreux thèmes et images de livres classiques, interprétés sous un jour nouveau. La littérature a toujours été au centre des intérêts de Korzhev: il est souvent perçu comme un penseur, un dramaturge, un artiste qui s’efforce de représenter non seulement le plan physique immédiatement visible, mais aussi la logique interne des événements. Le respect profond de Korzhev pour la littérature et les liens entre son art et des classiques bien connus montrent encore à quel point et de quelle manière unique l’artiste a ressenti et interprété la tradition artistique russe.

Dédiée à Don Quichotte et aux autres héros du roman tant aimé de Miguel de Cervantes, la série « Don Quichotte » de Korzhev consiste en une quinzaine d’œuvres créées pendant deux décennies. «En tant qu’étudiant, j’étais déjà fasciné par l’image de ce champion de la justice intrépide», se souvient l’artiste. « On ne devrait pas » blâmer « Cervantès pour cela – cela avait aussi à voir avec notre famille … L’attitude de mon père à l’égard de la vie, de ses activités et de ses échecs me rappelait cet infatigable chercheur de vérité. Sancho Pança: Même la façon dont ils se présentaient tous les deux – mon père, grand et maigre, et ma mère, toute ronde et plutôt petite – était tout à fait en accord avec ces personnages littéraires, mais ce n’était pas tout. Je devrais l’utiliser pour créer le portrait de ma famille. C’était plus compliqué que ça. Il était important pour moi de comprendre et de communiquer ensuite à travers mon art la noblesse et la générosité de l’esprit humain, et la volonté des êtres humains d’accomplir des exploits de valeur dans un but noble. « [15]

Comme Korzhev l’a souligné, « les Russes ont toujours considéré Don Quichotte sérieusement, même comme un héros symbolique ». [16] Développant le courant de pensée exprimé par Ivan Tourgueniev dans son essai « Hamlet et Don Quichotte », Korzhev développe le concept de Cervantès. : « Que se passerait-il si une personne ayant des croyances et un développement moral semblables à ceux de Christ devait apparaître dans la vie réelle? » [17]

Ce n’est peut-être pas un hasard si, à la rétrospective, la série « Don Quichotte » de Korzhev mène à son cycle biblique. L’artiste s’est tourné vers les sujets de l’Ancien et du Nouveau Testament après la mort de ses parents en 1986. Pour Korzhev le penseur, avec sa richesse d’expérience de vie, l’objectif principal de ce nouveau développement significatif dans son effort créatif était de capter la logique interne de l’histoire, basée sur les vues morales et éthiques qui déterminent les actions humaines. La plupart des œuvres de la série biblique sont fortement chargées de la signification dramatique des événements qui ont eu lieu, ou qui sont prévus – tels que « Judas » (1987-1993, collection privée, USA) ou « Carrying the Cross » (1999, collection de la famille de l’artiste, Moscou). Au milieu de la douleur et de la souffrance, cependant, Korzhev suggère qu’il y a une place pour l’amour. Par exemple, « Deprived of Paradise » (1998, collection privée, USA) est rempli d’une émotion intensément intime: Adam porte Eve dans ses bras comme si elle était la chose la plus précieuse sur Terre.

Les autres peintures du cycle sont également non-anonymes, remplies à la place des sentiments personnels de l’artiste. Dans «Automne des ancêtres (Adam et Eve)» (1997-2000, collection privée, États-Unis), les traits du visage d’Adam rappellent ceux de l’artiste Alexei Gritsai, un ami proche de Korzhev. Dans l’œuvre de Korzhev, la sagesse et l’humilité des personnages bibliques sont acquises non seulement par la volonté de Dieu, mais aussi à la suite d’une vie vécue avec intégrité.

Une exposition solo majeure propose toujours de nouvelles façons d’interpréter le travail d’un artiste. Dans le contexte culturel soviétique et post-soviétique, le phénomène créateur de Gely Korzhev est resté un point de repère, parfois évident, parfois en retrait par rapport aux événements politiques tumultueux de l’histoire de la Russie. En créant son propre langage dynamique, Korzhev insuffla une nouvelle vie dans la tradition réaliste, prouvant de manière convaincante que le potentiel expressif de la peinture en tant que forme d’art n’avait certainement pas encore été épuisé. Malgré le fait qu’il consacre de nombreuses années à enseigner et à aider un certain nombre de peintres talentueux à se développer, Korzhev n’a pas créé sa propre école. Aucun de ses élèves n’a été capable de dépasser son maître, d’aller plus loin dans l’interprétation de la tradition des peintures à grande échelle et du potentiel moderne de l’art réaliste.

Une visite de cette première rétrospective russe à grande échelle de l’art de Gely Korzhev, qui a rassemblé le corps principal du travail du peintre, permettra aux amateurs d’art de réfléchir et d’évaluer son héritage, offrant un espace d’évaluation et de débat animé va encore une fois prouver hors de tout doute la pertinence de l’art de Korzhev aujourd’hui.

Résultat de recherche d'images pour "Geli Korzhev."

mieux que le mac do post soviétique

Geli Korzhev - Mutants (a sketch), 1973

post-soviétique : les monstres

  1. « Stoykost ‘Otverzhennykh » (Résistance des exclus). Entretien avec GM Korzhev // Journal « Zavtra » (Demain), 31 juillet 2001. # 31 (400) P 8. Ci-après, Zavtra.
  2. Extrait de l’interview de Gely Korzhev, extrait publié dans « Raising the Banner: L’art de Geli Korzhev ». 10 septembre 2007 – 5 janvier 2008: [catalogue de l’exposition]. Minneapolis, 2007. P. 74. Ci-après, Raising the Banner.
  3. Élever la bannière. P 71.
  4. Ce tableau a servi de titre à l’exposition personnelle de l’œuvre de Korzhev au Musée d’art russe de Minneapolis, 2007-2008.
  5. Turchin, V ‘L’art de Gely Korzhev’ // Raising the Banner. P 42-52.
  6. Élever la bannière. P 79.
  7. Korzhev devait recevoir l’Ordre d’amitié russe et l’Ordre des services à la patrie. Selon la fille du peintre Irina Korzheva, les deux sont ensuite restés à l’Académie russe des arts.
  8. Élever la bannière. P 90.
  9. Dans le catalogue de cette rétrospective, et dans « Gely Korzhev: Iconothek Gely Korzhev Fondation du patrimoine culturel et historique ». Moscou, 2016, des extraits choisis des manuscrits de Korzhev sont publiés pour la première fois.
  10. Élever la bannière. P 29.
  11. Zavtra. P 8.
  12. Traduit de Zaitsev, Ye. « Un Zhizn Prodolzhayetsia (Mais la vie continue) » // Slovo, 2003, no. 4. Consulté à l’ adresse http://www.hrono.info/slovo/2003_04/zai04_03.html le 15 mars 2016. Ci-après, Zaitsev.
  13. Archives Gely Korzhev. D’abord publié dans le catalogue de la rétrospective de Moscou, « Gely Korzhev ». Moscou, 2016. P 165.
  14. Élever la bannière. P. 108.
  15. Zaitsev.
  16. Élever la bannière. P. 28.
  17. Ibid, p. 29.
 

Le portrait de Courbet à Sainte Pelagie – portrait déposition contre les vainqueurs de la Commune

 

JR : Pique-nique gigantesque à la clôture de la frontière américano-mexicaine

 JR qui s’est rendu célébre en plçant partout sur la planète des photos de personnes anonymes pour créer une chaîne humaine a choisi de dénoncer la politique de Trump par cette performance.
Pique-nique à Tecate

Le 8 octobre dernier, pour le dernier jour de son gigantesque installation d’échafaudages du côté mexicain de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, JR a organisé un gigantesque pique-nique des deux côtés de la clôture. Kikito, sa famille et des centaines d’invités sont venus des États-Unis et du Mexique pour partager un repas ensemble. Les gens se sont rassemblés autour des yeux d’un Rêveur, mangeant la même nourriture, partageant la même eau, jouissant de la même musique (la moitié du groupe de chaque côté). Le mur a été oublié pendant quelques instants …

Plus sur le projet
dans le Washington Post
CNN:  http://www.cnn.com/2017/10/10/us/border-wall-picnic-trnd/ 
TIME Magazine:  http://time.com/4977283/artist-stages-picnic-on-us-mexico-border/

Pique-nique à Tecate
Pique-nique à Tecate
Pique-nique à Tecate
Pique-nique à Tecate
 

Selon la presse russe : la France a hérité d’un Russe déterminé, Piotr Pavlenski

L'artiste russe Piotr Pavlenski aurait été arrêté après avoir incendié la Banque de France (IMAGES)

Piotr Pavlenski aurait été arrêté hier en France après avoir incendié la Banque de France, pour le moment seuls les médias russes en parlent, la presse française se tait ce qui ne serait pas une mauvaise tactique pour cet Erostrate des temps modernes (on se souvient qu’Erostrate avait incendié une des 7 merveilles du monde pour faire parler de lui ; il avait été interdit de faire prononcer son nom). Est-ce qu’on peut considérer comme une des 7 merveilles du monde le siège du FSB (le successeur du KGB), la Banque de France ou les testicules de l’auteur puisque il a dirigé ces attaques contre ces trois choses? remarquez moi il ne me dérange pas… mais quand on pense à tous les pauvres gens qui attendent un statut de réfugié, en venant de pays où sévissent la guerre, les répressions féroces, la sélection par l’élite et en fonction de l’antipathie approuvée pour les pays d’origine n’est peut-être pas le meilleur critère de sélection pour l’accueil…

Ce Russe en tout les cas paraît un homme déterminé… et une fois de plus les français qui l’ont accueilli se sont complètement trompé sur ce que revendiquent les Russes qui soit font référence à la Révolution d’octobre, soit à comme ici à la tradition populiste  qui a joué un rôle certain dans les Révolution russes, l’intelligentzia, un mélange de référence à l’âme russe et à ses soufrfrances et à la Révolution française…  Il a donc souhaité éclairer les journalistes sur le sens politique de son action.

Piotr Pavlenski a distribué aux journalistes présents un communiqué de quelques lignes, censé expliquer cette action baptisée Eclairage :

« La Bastille a été détruite par le peuple révolté ; le peuple l’a détruite comme symbole du despotisme et du pouvoir. Sur ce même lieu, un nouveau foyer d’esclavage a été bâti. (…) La Banque de France a pris la place de la Bastille, les banquiers ont pris la place des monarques. (…) La renaissance de la France révolutionnaire déclenchera l’incendie mondial des révolutions. »

Les photos prises sur les lieux rappellent fortement la dernière action d’envergure menée en Russie par l’artiste : l’incendie, en novembre 2015, de la porte principale de la Loubianka, le siège historique des services de sécurité russes. Cette action lui avait valu de passer sept mois en détention préventive, avant d’être finalement condamné à une simple amende. L’artiste, qui se revendique de « l’art politique », avait transformé son procès en performance en invitant des prostituées à y témoigner, pour moquer la soumission de la justice russe au pouvoir politique.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/culture/article/2017/10/16/l-artiste-russe-pavlenski-arrete-a-paris-apres-avoir-mis-le-feu-a-la-banque-de-france_5201602_3246.html#x7q86mpOEW0CH00R.99

Le Russe Piotr Pavlenski, que ses performances «extrêmes» ont rendu célèbre, avait  obtenu le 4 mai l’asile politique en France, a annoncé son avocate à l’AFP. L’artiste et sa compagne ont obtenu le statut de réfugiés politiques auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), a déclaré Dominique Beyreuther Minkov. «La France reste une terre d’asile pour les opposants politiques. C’est là notre honneur», s’est-elle félicitée.

Piotr Pavlenski et Oksana Chaliguina sont arrivés en France en janvier dernier. Ils ont quitté la Russie où ils risquent une peine de 10 ans d’emprisonnement, après qu’une actrice de théâtre a porté plainte contre eux pour agression sexuelle.

Le performeur conteste ces accusations et assure que les autorités russes en ont après lui pour des raisons politiques. «Je ne dirais pas que je représente une menace [pour le pouvoir], plutôt un gros inconvénient […] Je mène diverses actions et cela gène la machine de propagande [des autorités]», confiait-il à l’agence de presse Reuters en janvier dernier.

L’artiste s’est rendu célèbre en réalisant des performances, ci-dessus il s’est cloué les testicules sur la place rouge… En 2012, il s’était cousu les lèvres en soutien aux Pussy Riot, un groupe de punk rock féministe dont les membres, cagoulées, s’étaient produites sans autorisation dans la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou. Parmi ces autres coups d’éclat, il avait arrosé d’essence et incendié les portes du siège du FSB et s’était cloué la peau des testicules sur les pavés de la place Rouge (voir photo ci-dessus).

 

 

 

 
 

La permanence d’une fête et de sa signification dans une photo

L’image contient peut-être : une personne ou plus et plein air

Ce que j’aime chez Françoise Larouge, l’auteur de cette photo de la fête de l’Humanité 2017, c’est la manière dont elle a su saisir une fois de plus la permanence d’une histoire, des liens d’un parti, d’un journal avec la France, sa classe ouvrière, son peuple, sa jeunesse…

une amie s’interroge: la magie du noir et blanc, en regardant au premier coup d oeil j ai cru les années 50 , et en close up j ai vu les docks martens, nike et autre converse, alors j ai pensé 80, mais cette photo est juste incroyablement intemporelle…..!

 

 

La RDA par effraction

Pour être minimaliste, l’exposition de l’Institut français de Berlin qui présente un choix de traces (photos, objets) de cette portion d’Allemagne disparue du jour au lendemain il y a près de trente ans n’en fait pas moins sens. Commentée par deux historiens qui se démarquent du discours dominant outre-Rhin sur la RDA, elle donne à penser autant qu’à voir.


DDRDA. Éclats de la RDA. Institut français de Berlin, 211 Kurfürstendamm. Commissaires : Rita Aldendorf-Hübinger et Nicolas Offenstadt. Photographies de Pierre-Jérôme Adjedj. Jusqu’au 31 août.


C’est par ce qu’il en reste, c’est-à-dire pas grand-chose, qu’on entre dans feu la République démocratique allemande. Enterrée par un Helmut Kohl qui vient de disparaître à son tour, la RDA a laissé peu de traces visibles à l’œil nu. On s’est appliqué et on s’applique encore, pour peu qu’elles resurgissent, à les faire disparaître. L’exemple symbolique le plus éclatant fut la destruction consciencieuse du Palast der Republik [1], siège massif de l’ex-Chambre du peuple de RDA sur l’emplacement duquel devrait (re)voir le jour un château de Berlin, tas de ruines en 1945 balayé par la RDA, dont la reconstruction se fait attendre. Cet interminable chantier n’est pas la seule cause de la dévastation de la belle allée Unter der Linden, éventrée en plusieurs endroits depuis des années, mais il ajoute à la défiguration de ce qui fut jadis la vitrine de « Berlin, capitale de la RDA ».

DDRDA Eclats de la RDA, Institut français de Berlin

© Pidji-Photography / Pierre-Jérôme Adjedj

Située sur l’autre artère célèbre, celle de l’Ouest, le Ku’damm, l’exposition de l’Institut français de Berlin s’inscrit dans le prolongement d’une série d’articles publiés tout au long de l’année universitaire dans le journal local de Francfort sur l’Oder (Märkische Oderzeitung). Intitulée « Éclats de la RDA » elle est l’œuvre de deux historiens, l’une allemande, Rita Aldendorf-Hübinger, l’autre, français, Nicolas Offenstadt, enseignants à la Viadrina (université frontalière avec la Pologne). Mués en archéologues urbains, ils ont déniché des traces rebelles à l’effacement : ainsi, dans le lycée Karl Liebknecht de Francfort sur l’Oder, le buste en bronze de ce dernier, réalisé par le sculpteur Theo Balden. Si le lycée a conservé son nom, rien n’indique en revanche de quel buste il s’agit ni qui en est l’auteur… Theo Balden, antifasciste exilé en Grande-Bretagne qui choisit la RDA, est devenu une Unperson.

DDRDA Eclats de la RDA, Institut français de Berlin

© Pidji-Photography / Pierre-Jérôme Adjedj

Rien d’aussi imposant dans l’exposition de l’Institut français. Collées à même le mur, conformément à la volonté du photographe, et hors de tout cadre qui leur aurait attribué un statut contraire à l’esprit de l’exposition, les photographies de Pierre-Jérôme Adjedj ont visé l’anodin à partir duquel « faire parler ces lieux » : des images qui accrochent paradoxalement le regard par leur insignifiance finalement dérangeante. Des photos de friches industrielles, de fragments d’affiches, de carreaux cassés, d’échelles qui ne conduisent nulle part, forment le support de textes distribués sur papier libre recyclé où l’on peut lire des pans d’histoire de la RDA. Ni didactique, ni accusatrice, une histoire qui informe sur ce qu’on entendait par « culture socialiste » aussi bien que sur l’alcoolisme en RDA ou sur des réalisations comme celle de la ville « sortie de rien » et fierté du régime, Eisenhüttenstadt, du temps où l’acier était trempé. Rien à voir avec l’approche d’un « DDR Museum », gros cabinet de curiosités qui attire les touristes le long de la Spree et dont le choix d’objets au design suranné tourne en ridicule à peu de frais la production est-allemande. Peu à avoir également avec les expositions a priori plus sérieuses du Deutsches Historisches Museum sur la RDA qui ont du mal à se départir de l’esprit guerre froide et dans lesquelles l’écrasant mot « dictature » dispense d’explication. Un regard différent qui surprend les Berlinois. Tout du moins ceux qui, en l’absence de publicité (pour l’heure) dans la presse locale, trouvent le chemin de l’Institut français qu’il convient donc de féliciter de cette initiative [2].


  1. Cf. Dominique Treilhou, Palast der Republik. Berlin 2006-2009. Disparition en 3 actes, Zinc, 2010. Ce très beau livre-objet contient l’album de photos de la destruction et le film documentaire également réalisé par l’auteure.
  2. Pour compléter l’exposition, on pourra se reporter au numéro 3 de la revue Mémoires en jeu/Memory at stake (mai 2017) qui comprend un reportage photos intitulé « Was bleibt ? » (« ce qui reste », sous entendu de la RDA, le titre s’inspirant de celui du livre éponyme de Christa Wolf [1990]), où la même démarche a guidé Catherine Laubier et Yves Brochard. Il s’agit de sculptures et d’art mural dans des lieux publics, essentiellement en province, restés intouchés.
P.-S. : Cet article a été rédigé dans le café historique Sibylle, dont l’exposition permanente retrace l’histoire du soulèvement le 17 juin 1953 des bâtisseurs de la Stalinallee, plus tard rebaptisée Karl-Marx-Allee. Fort heureusement placée sous la protection des Monuments historiques, l’austère Karl-Marx-Allee a jusqu’ici échappé à la fièvre destructrice post-communiste. Par sa démesure, elle correspond à la trace la plus révélatrice de l’ancienne RDA et de ses rêves de grandeur. Bizarrement, elle n’est pas sans charme pour qui sait y flâner au sens benjaminien du terme.

Sonia Combe