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Les manœuvres de l’OTAN en Europe sont un chantage militaire à l’encontre de la Russie. Déclaration du Président du Comité central du Parti communiste

20/08/2015 12:49 Service de presse du Comité central du Parti communiste

 

Nous publions la déclaration du Président du Comité central du Parti communiste, GA Ziouganov.

Du 15 Août à 13 Septembre se déroulent les plus grandes manœuvres des troupes aéroportées de l’OTAN depuis la fin de la Guerre froide sous le commandement de généraux américains. Dans ces manœuvres, au nom de code «réponse rapide» sont impliqués environ 5 mille hommes. Des militaires de 11 États membres de l’OTAN. Ceux-ci comprennent la Bulgarie, la France, l’Allemagne, la Grèce, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, les Etats-Unis et la France.

Le nom, la durée et la portée de l’exercice, qui se tiendra en Allemagne, Italie, Bulgarie et Roumanie, montrent que leur plan va bien au-delà de la formation habituelle. Il est à noter que les Américains prennent part simultanément à des exercices militaires sur le territoire de la Lituanie. Toutes ces actions coïncident de manière étonnante avec une aggravation brutale de la situation autour de la Nouvelle Russie. Connaissant la nature agressive de nos «partenaires», ce ne peut être un hasard.

Sur les frontières de la Nouvelle Russie, on constate une concentration sans précédent des troupes de la junte Banderiste. Au total, les Forces armées de l’Ukraine (AFU) ont envoyé sur la ligne de front d’environ 65 000 personnes, plus de 400 chars, environ 2.400 véhicules blindés, 132 « Grad », plus de 800 canons et mortiers. Selon le commandement des Forces armées des Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, il s’agit d’une préparation pour la prochaine action punitive.

Ces derniers temps ont augmenté de façon spectaculaire les bombardements des villes et des villages de DLNR. La triste expérience montre que de telles fusillades apparemment insensées, qui n’apportent que la mort de civils et la destruction de maisons, sont un signe avant-coureur d’une nouvelle offensive des Banderistes.

Le prétexte à l’agression pourrait être le récent bombardement du village de Sartana dans le territoire contrôlé par les Forces Armées Ukrainiennes. Tous les signes indiquent que le bombardement a été réalisé par des mortiers des FAU. Cela rappelle les sales méthodes utilisées par les nazis pour l’agression contre les pays de l’Europe. D’ailleurs les responsables de l’OTAN ont utilisé des méthodes similaires pour justifier l’agression contre la Yougoslavie en 1999.

La Russie a à plusieurs reprises attiré l’attention du monde sur le fait que la junte de Kiev fait tout pour provoquer une nouvelle aggravation de la situation. Cependant, les «démocraties» occidentales tentent toujours de mettre toute la responsabilité sur les Républiques populaires. Elles ferment les yeux sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par les forces armées de l’Ukraine.

Il est de plus en plus clair que les appels au droit international, quand ce droit est piétiné sans ménagement depuis de nombreuses années par les États-Unis et leurs alliés, n’apportent pas le résultat souhaité dans la protection de la paix dans la Nouvelle Russie.

A en juger par les déclarations des dirigeants de Russie, notre pays ne laissera pas la population des DNR et LNR à la merci des voyous fascistes. Dans ce contexte, les exercices à grande échelle en Europe sont un signe à destination des leurs vassaux à Kiev que toute la puissance de l’OTAN est de leur côté. C’est clairement une façon de pousser les néo-nazis à de nouvelles aventures militaires. En même temps, c’est un nouveau chantage militaire envers la Russie.

Le Parti communiste condamne fermement les instigateurs d’une nouvelle guerre en Europe. Toute responsabilité pour la montée des tensions repose sur les dirigeants des États-Unis, de l’UE et de leurs marionnettes à Kiev.

Le Parti communiste soutient la ligne des dirigeants russes pour protéger la population russophone de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Lougansk. Seule une position ferme et cohérente de notre pays arrêtera le bain de sang imminent. La Russie doit faire preuve de détermination dans la défense de ses intérêts nationaux et des intérêts de ses compatriotes, malgré le chantage économique et militaire des USA et de leurs satellites.

 

Le Président du Comité central du Parti communiste

Guénnady Ziouganov.

 

 
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Publié par le août 21, 2015 dans Europe, guerre et paix

 

Le Parti communiste russe propose que les denrées confisquées soient distribuées au titre de l’aide humanitaire

  http://kprf.ru/dep/gosduma/activities/145387.html article des Izvestia, 10 août 2015

Plus de 450 tonnes de produits alimentaires confisqués ont été détruites au cours des derniers jours. Certains utilisateurs de réseaux sociaux ont qualifié la destruction de produits de contrebande de « génocide alimentaire ». Le député à la Douma d’Etat Sergei Oboukhov (Parti communiste) et ses collègues ont développé un projet de loi prévoyant la saisie et la distribution des produits interdits, et a l’intention de le soumettre à la chambre basse du parlement. Le document a été signé par plus de 10 députés, y compris le chef du parti Guennadi Ziouganov, les députés Ivan Melnikov, Sergei Levchenko et Valery Rachkine. Ce projet de loi intitulé « A propos de la confiscation et de la destruction par la Fédération de Russie des marchandises incluses dans la liste des produits agricoles, des matières premières et des denrées alimentaires originaires des États-Unis, Union européenne, Canada, Australie et Royaume de Norvège et interdits d’importation vers la Fédération de Russie, prévoit que les produits interdits devrait être confisqués et devenir la propriété de la Russie – la procédure, selon l’auteur du document, doit être fixée par le gouvernement. Il est prévu que seront également publiés des rapports trimestriels dans les médias sur l’utilisation des produits.

Le document propose de détruire seulement la nourriture de mauvaise qualité et de distribuer les autres produits sanctionnés aux personnes dans le besoin, ou de les envoyer comme une aide à des pays étrangers. Oboukhov a déclaré que la destruction de produits alimentaires qui ne présentent pas de menace sur la santé humaine est une mesure excessive et inutile. Selon lui, les produits doivent être utilisés pour les nécessiteux, et la destruction de la nourriture pour le peuple russe est un péché.

– La nourriture peut être utilisée pour fournir une aide de subvention aux personnes à faible revenu, aux personnes touchées par des situations d’urgence, comme les habitants de Donetsk et Lougansk, les pays touchés par la guerre et les conflits armés, les gens qui sont en dessous du seuil de pauvreté – explique le député. – Selon l’ONU, plus de 800 millions de personnes souffrent de malnutrition dans le monde, chaque année, des millions de personnes meurent de la faim dans plusieurs pays, y compris des enfants. Dans le même temps la Russie aux yeux du monde entier détruit des aliments.

Certains experts ne comprennent pas la raison pour laquelle la décision a été prise de détruire les produits illégalement d’importés et non simplement de les confisquer – parce que dans ce cas, les fournisseurs subissent aussi des pertes. Certains politiciens sont d’avis que si les produits ne sont pas détruits sur place, en raison de la malhonnêteté des gens, de tels produits pourraient être remis en vente.

Le Directeur de l’Institut des projets régionaux prioritaires Nikolay Mironov estime que l’utilisation de produits de sanctions pour des missions humanitaires est une occasion pour la Russie de renforcer sa position dans le monde. – Maintenant le monde entier voit comment la Russie brûle des denrées alimentaires. Cela est observé aussi dans les pays où un pourcentage élevé de la population a faim, où les gens ne savent pas comment nourrir leurs familles, – explique l’expert. – Il est nécessaire également de ne pas oublier les couches défavorisées de notre pays, qui ont du mal à joindre les deux bouts à cause de la hausse des prix. Les vétérans du blocus de Léningrad assistent à la destruction de nourriture, et il est difficile d’imaginer ce qu’ils pensent en voyant cela.

Mironov souligne également que la destruction des produits coïncide dans le temps avec la chute du taux de change, la hausse des prix, l’introduction de frais de réparations majeures dans les maisons, l’augmentation des tarifs des services publics – qui provoque, à son avis, la détérioration des conditions matérielles du peuple et qui leur fait voir d’un mauvais oeil la destruction des aliments (pour laquelle ils doivent même payer de l’argent).

– Cette action aurait pu être perçue plus positivement l’an dernier, mais pas maintenant – a suggéré l’expert. La proposition de l’utilisation de produits interdits pour l’aide humanitaire est soutenue par le chef adjoint de « Russie Juste » à la Douma Oleg Nilov. Il a noté que ces produits ne doivent pas être placés dans n’importe quel commerce, mais certainement ne devraient pas être détruits. Il a suggéré que pour le contrôle et la distribution de ces produits, peut-être, il serait logique d’utiliser les fonds de bienfaisance.

– Si ces importations illégales se poursuivent, il est nécessaire de les transférer à des fonds, qui, sous un contrôle strict soit les enverront au Donbass, soit à d’autres pays du monde, ou même en Russie. Des produits de bonne qualité ne doivent pas être détruits, – a dit le parlementaire. Le premier vice-président du Comité de la Douma sur les questions agraire Sergei Karguinov (LDPR) a expliqué que la décision de détruire les produits a été faite « afin de donner une leçon, » puisque les mesures restrictives prises précédemment ne sont pas respectées.

– Donc, il y a eu un décret pour les détruire purement et simplement. Nous devons faire comprendre aux hommes d’affaires sans scrupules que la violation des lois de la Fédération de Russie est inacceptable – a dit le député. Karguinov a souligné que l’idée de fournir ces produits illicites au Donbass avait été proposé précédemment par le Parti libéral-démocrate.

– C’est l’Europe elle-même qui a déclenché cette guerre en Ukraine, elle n’a qu’à nourrir les gens du Donbass. Parce qu’il y a vraiment une situation économique et alimentaire très difficile. Il faut arrêter ces camions à la frontière et les conduire sous convoi vers le sud-est. Mais les produits ne doivent pas entrer chez nous, – a expliqué le député.

Le vice-président du Comité de la Douma sur les questions agraires de « Russie unie », Nadejda Shkolkina, admet qu’elle n’a pas encore d’opinion définitive sur la question, mais a suggéré qu’après la destruction publique, l’entrée illégale des produits alimentaires cessera. – C’est un signal fort envoyé au monde entier que ces produits soient détruits. Deux ou trois actions exemplaires de ce genre – et les entreprises réfléchiront à deux fois avant de livrer des produits alimentaires qui tombent sous le coup des sanctions, – a-t-elle expliqué.

 
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Publié par le août 10, 2015 dans actualités, Economie, Europe

 

Poutine à Netanyahu : l’accord des 5 + 1 offre des Garanties Paix sur le programme nucléaire iranien

Russian President Vladimir Putin

© Sputnik / Alexei Nikolsky

http://sputniknews.com/politics/20150730/1025220558.html
Vladimir Poutine a dit à Benjamin Netanyahu que l’accord avec l’Iran avait mis en place des mesures de protection efficaces sur la nature pacifique du programme nucléaire de Téhéran.

Moscou (Spoutnik anglais) — Le Président russe Vladimir Poutine a souligné lors d’un appel téléphonique ce jeudi avec le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu que l’accord entre Téhéran et le groupe 5 + 1 de négociateurs internationaux, atteint plus tôt en juillet, contient des garanties de la nature pacifique des activités nucléaires de l’Iran, dit le service de presse du Kremlin.

Le 14 juillet, l’Iran et le groupe 5 + 1, comprenant Chine, France, Russie, États-Unis, Royaume-Uni et Allemagne, ont conclu un accord pour assurer le caractère pacifique du programme nucléaire de l’Iran en échange de l’assouplissement des sanctions contre le pays. Aux termes de cet accord, Téhéran s’est engagé à ne jamais tenter d’acquérir des armes nucléaires.

Israël, toutefois, s’est longtemps opposé aux négociations avec l’Iran, affirmant que toute concession à Téhéran menace la sécurité régionale.

« Poutine a souligné que les accords qui ont été signés… ont mis en place des garanties efficaces sur le caractère exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien, » .

Poutine a exprimé également la certitude que la mise en œuvre réussie du Plan d’Action conjoint de l’accord va « renforcer le régime de non-prolifération nucléaire et avoir un impact positif sur la sécurité et la stabilité de la région du Moyen-Orient ».

Poutine,a proposé à Netanyahu de discuter la nécessité d’efforts conjoints contre ISIL

Vladimir Poutine et Benjamin Netanyahu ont également discuté de l’importance des efforts conjoints dans la lutte contre les militants de l’État islamique.

La conversation téléphonique a été initiée par la partie israélienne, précise le service de presse du Kremlin.

« Le Président russe a souligné la nécessité d’efforts conjoints de toutes les parties concernées pour lutter contre les menaces du groupe terroriste État islamique, » indique le communiqué.

Les dirigeants ont également discuté des questions concernant le Moyen-Orient et ont décidé de développer davantage les relations bilatérales.

ISIL est une organisation intégriste violente qui s’est emparée de grands territoires en Irak et en Syrie, en commettant de nombreuses atrocités et atteintes aux droits de l’homme. Une coalition de plus de 60 pays dirigée par les États-Unis a mené des frappes aériennes contre des positions de ISIL depuis août 2014.

La Russie a estimé que les efforts de la coalition internationale sont « inefficaces ».

Les deux dirigeants ont convenu de poursuivre leurs contacts bilatéraux.

 
 

La réflexion du jour : les Kurdes ont-ils été échangés contre promesse de déstabilisation tatare en Crimée?

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Turquie. Selon Regnum, l’Ukraine et la Turquie projetteraient de déstabiliser la situation en Crimée (regnum.ru). En fin de semaine, la Turquie autorise les Etats-Unis à utiliser l’une de ses bases aériennes pour lutter contre l’Etat islamique en Syrie (unian.net) et bombarde elle-même des positions de DAESH et du PPK (kurdes).  L’UE appelle la Turquie au calme vis à vis des Kurdes puis se range, Hollande en tête derrière l’approbation sans réserve de L’OTAN., les Etats-Unis soutiennent Ankara (unian.net). La Turquie a demandé une réunion extraordinaire du Conseil atlantique qui lui a accordé son soutien plein et entier. La Turquie en échange va-t-elle non seulement offrir ses bases aux Etats-Unis, mais contribuer à la déstabilisation de la Crimée en activant ses réseaux Tatars? Sur ce dernier point lire notre livre à Marianne et moi : URSS, vingt ans après, retour de l’Ukraine en guerre. Le premier voyage fait longuement état des liens entre Al Qaida et la Turquie et du rôle que les Etats-Unis prétendent faire jouer à la minorité tatare.

 
 

Grèce, Plan B et implications par Jacques Sapir

A - AvaroufakisLa presse internationale a publiée plusieurs articles détaillant les propositions formulées par Yannis Varoufakis à Alexis Tsipras, propositions qui furent rejetées par le Premier ministre Grec. Elles nous éclairent sur le contenu du « plan B » qui existait en Grèce. Ces propositions montrent que, contrairement à ce que continuent à prétendre certains, dont Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF (voir son entretien à Marianne[1]), l’alternative n’était pas entre la « banqueroute » et la capitulation. Il y a eu ici un mensonge conscient quant aux raisons de la capitulation de Tsipras. Il existait bien, en effet, une autre voie et cette dernière n’était pas “rocambolesque”. Mais, celle-ci impliquait, à relativement court terme, une sortie de la Grèce de l’Euro, une position qui semble être acceptée par des collaborateurs de Varoufakis[2]. Il faut en tirer toutes les conséquences.

Le contenu de ce plan « B »

Ce plan a été en partie révélé par un quotidien grec[3], à partir de fuites provenant de l’appareil gouvernemental. Ce quotidien étant très opposé à Syriza, il convient de faire attention à des formulations qui sont employées, et qui ne correspondent nullement à la réalité. Néanmoins, on y apprend que Varoufakis et Tsipras, dès le mois de décembre 2014, soit avant l’élection de janvier 2015, s’attendaient à se heurter à une opposition résolue de la BCE et à un blocage des activités bancaires en Grèce. Le journaliste Britannique Ambrose Evans-Pritchard, dans The Telegraph, donne la version de Varoufakis[4]. Cette source peut-être considérée comme plus fiable, et en tous les cas plus honnête, que celle du journal grec. Romaric Godin, de La Tribune, dont on salue ici le couverture des événements en Grèce, a publié un article plus court sur le sujet[5].

Le plan de Varoufakis consistait à créer un système parallèle au système officiel pour les paiements entre le gouvernement et les entreprises[6]. Mais, l’administration fiscale étant de fait sous le contrôle d’experts appointés par la « Troïka », il fut obligé de le faire en secret. Ce système de paiements parallèles aurait permis au gouvernement grec de contourner le blocage des banques organisé par la BCE. Il aurait aussi pu permettre un glissement très rapide de l’Euro vers la Drachme, mais Varoufakis, selon les propos rapporté par The Telegraph, n’envisageait cela qu’en toute dernière extrémité[7]. Toujours d’après les déclarations faites à Ambrose Evans-Pritchard dans The Telegraph, Varoufakis affirme que c’est dans la nuits du 5 au 6 juillet, alors que le « Non » l’avait largement emporté au référendum, que Tsipras s’est refusé à mettre ce système en œuvre, ce qui provoqua la démission de Varoufakis.

Je sais, pour avoir été en contact avec des membres du cabinet de Varoufakis, que ce système de paiements parallèle n’était que l’un des éléments du « plan B ». La réquisition des banques et de la Banque Centrale, dans le cadre des pouvoirs d’urgence qu’auraient dû réclamer Tsipras, en faisait partie. Dans les conversations que j’ai eu avec des membres du cabinet, j’ai expliqué qu’il fallait être conscient que ces mesures de réquisitions constituaient une rupture des traités, et qu’il fallait les présenter comme une réponse aux actions illégales de la BCE envers la Grèce.

Sur le fond, il est clair que le refus de Tsipras de mettre en œuvre ce « plan B » est lié à son refus, quel qu’en soit les motifs, de rompre avec le cadre de l’Euro et de l’Europe. Les explications sur la crainte de provoquer la « banqueroute » des banques ne tiennent pas, car, justement, ce plan visait à porter remède à la situation des banques. La décision d’Alexis Tsipras est politique. Placé devant le choix entre le programme de Syriza et l’UE, il a choisi l’UE et l’austérité. C’est ce qui explique sa capitulation la semaine suivante et l’acceptation du Diktat européen du 13 juillet.

Les conséquences de la réquisition de la Banque Centrale de Grèce

Un point important ici, car il a été évoqué à de nombreuses reprises dans le débat français, et en particulier dans des discussions publiques que j’ai eues avec Jacques Généreux et Jean-Luc Mélenchon[8], porte sur la réquisition de la Banque Centrale. Cette réquisition avait fondamentalement pour but de récupérer la souveraineté monétaire et de débloquer les réserves détenues à la BofG et dans les banques commerciales, mais sous « clef » de la BofG. Ces réserves se montaient à 12 milliards d’euros, et auraient permis à la circulation monétaire de reprendre pour quelques semaines.

Une source de la BCE, relayée par un article du Financial Times, indique que face à une telle mesure la BCE aurait dénoncé les réserves réquisitionnées comme de la « fausse monnaie »[9]. Cet article contient plusieurs inexactitudes par ailleurs. Mais, ce qui nous intéresse ici est bien la réaction de la BCE face à la réquisition d’une des Banques Centrales de la zone Euro. En fait, la BCE ne peut pas discriminer entre l’argent en circulation avant la réquisition et la fraction saisie du fait de la réquisition. La seule chose qu’elle puisse techniquement faire c’est d’isoler le pays ayant fait cette réquisition et d’obliger les banques des autres pays de la zone Euro de ne pas reconnaître comme valable en tant qu’euro la monnaie circulant dans le pays ayant fait cette réquisition. Notons que c’est déjà en partie ce que la BCE avait imposé à la Grèce. Mais, dans le cas d’une réquisition il est donc possible que la BCE isole totalement le pays ayant réalisé cette réquisition, l’obligeant alors soit à ne plus du tout commercer avec les autres pays de la zone Euro, soit à changer de monnaie et de fait à sortir de la zone Euro.

Autrement dit, la réquisition pourrait conduire très rapidement à une sortie de l’Euro. Dans le cas de la Grèce, le gouvernement grec pouvait légitimement dire que les mesures de réquisition, qui auraient été nécessaires pour éviter la destruction du système bancaire grecque, n’étaient que la réponse à l’action illégale de la BCE qui avait mis en péril le système bancaire alors que l’une de ses missions, inscrites dans sa charte, est justement d’assurer le bon fonctionnement de ce système bancaire. Mais, dans les faits, il apparaît clairement que les actions de la BCE ne sont plus contraintes par une quelconque légalité. Cette dernière est devenue un monstre, ou plus précisément un tyran qui s’est dégagé de toute règle.

Implications

Les implications d’une telle évolution de la BCE sont claires pour tout gouvernement qui entrerait en conflit avec les institutions de la zone Euro. Il lui faudrait recourir très vite à l’état d’exception. Concrètement, cela signifie que dans le cas de la France, si un gouvernement, par exemple à la suite d’une élection présidentielle ou dans d’autres circonstances, engageait un bras de fer avec les institutions de la zone Euro, il li faudrait très rapidement recourir à l’article 16 afin de pouvoir, durant le temps de la crise, gouverner par décret. Rappelons en les termes :

« Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacés d’une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel.

Il en informe la Nation par un message.

Ces mesures doivent être inspirées par la volonté d’assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d’accomplir leur mission. Le Conseil constitutionnel est consulté à leur sujet.

Le Parlement se réunit de plein droit.

L’Assemblée nationale ne peut être dissoute pendant l’exercice des pouvoirs exceptionnels.

Après trente jours d’exercice des pouvoirs exceptionnels, le Conseil constitutionnel peut être saisi par le Président de l’Assemblée nationale, le Président du Sénat, soixante députés ou soixante sénateurs, aux fins d’examiner si les conditions énoncées au premier alinéa demeurent réunies. Il se prononce dans les délais les plus brefs par un avis public. Il procède de plein droit à cet examen et se prononce dans les mêmes conditions au terme de soixante jours d’exercice des pouvoirs exceptionnels et à tout moment au-delà de cette durée. [10]»

Il est clair que les « institutions de la République » ainsi que « le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels » seraient ici clairement mises en cause par le risque de chaos bancaire. Il convient de signaler que l’article 16 confère les pleins pouvoirs au Président de la République, les avis du Premier ministre, des Présidents des Chambres ou du Conseil Constitutionnel étant seulement indicatifs. De même, il faut signaler que dans son arrêt Rubin de Servens, datant du 2 mars 1962, le Conseil d’Etat précise que la décision de mettre en œuvre les pouvoirs exceptionnels est « un acte de gouvernement dont il n’appartient pas au Conseil d’État d’apprécier la légalité ni de contrôler la durée d’application ». Autrement dit le Conseil d’Etat s’est mis de lui-même hors-jeu quant à un possible contrôle, a priori ou a posteriori des dispositions de l’article 16.

Tout « plan B » doit donc inclure clairement le recours le plus rapidement possible à l’article 16.

Notes

[1] Pierre Laurent : “Une sortie de la zone euro n’empêche pas la pression des marchés”, entretien avec Bruno Rieth, Marianne, 25 juillet 2015, http://www.marianne.net/pierre-laurent-sortie-zone-euro-n-empeche-pas-pression-marches-100235637.html

[2] Munevar D., « Why I’ve Changed My Mind About Grexit », in SocialEurope, 23 juillet 2015, http://www.socialeurope.eu/2015/07/why-ive-changed-my-mind-about-grexit/

[3] http://www.ekathimerini.com/199945/article/ekathimerini/news/varoufakis-claims-had-approval-to-plan-parallel-banking-system

[4] http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11764018/Varoufakis-reveals-cloak-and-dagger-Plan-B-for-Greece-awaits-treason-charges.html

[5] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/pirater-l-administration-fiscale-grecque-l-incroyable-plan-b-de-varoufakis-494507.html

[6] http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11764018/Varoufakis-reveals-cloak-and-dagger-Plan-B-for-Greece-awaits-treason-charges.html

[7] http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11764018/Varoufakis-reveals-cloak-and-dagger-Plan-B-for-Greece-awaits-treason-charges.html

[8] Le débat avec Jean-Luc Mélenchon date de juillet 2013, et il fut réalisé par l’équipe d’arrêt sur image. Mélenchon fait référence à cette réquisition à partir de discussions que j’avais eues depuis le printemps 2011 avec Jacques Généreux qui, à l’époque, était le responsable « économie » du Parti de Gauche.

[9] Kerin Hope et Tony Barber, « Syriza’s covert plot during crisis talks to return to drachma », Financial Times, 24 juillet 2015, http://www.ft.com/intl/cms/s/0/2a0a1d94-3201-11e5-8873-775ba7c2ea3d.html#axzz3gx22HCKc

[10] Rédaction de 2008.

 
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Publié par le juillet 28, 2015 dans Economie, Europe

 

«Pour discuter des affaires européennes, il faut aller aux Etats-Unis»

Vladimir Poutine Source: Reuters
Vladimir Poutine

Dans une interview à la chaîne suisse RTS, Vladimir Poutine a une nouvelle fois appelé les pays européens à montrer plus d’indépendance par rapport aux Etats-Unis.

Question : Une nouvelle guerre en Europe est-elle possible ?

Vladimir Poutine, président russe (V.P.) : J’espère que non. Mais il faudrait que l’Europe manifeste davantage son indépendance et sa souveraineté et qu’elle soit capable de défendre ses intérêts internationaux, les intérêts de ses peuples et de ses pays.

…L’équilibre stratégique, c’est ce qui a garanti la paix dans le monde et n’a pas permis aux grands conflits militaires d’éclater en Europe et dans le monde entier. Et quand les Etats-Unis sont sortis de l’accord, ils ont dit : nous créons un système antimissile, pas contre vous, nous voulons développer notre force de frappe, faites ce que vous voulez, nous partons du principe que ce n’est pas contre vous.
Nous faisons ce que nous avons toujours dit. Le système global de défense antimissile coûte cher. Et on ne sait toujours pas aujourd’hui dans quelle mesure il est effectif. Nous développons des systèmes de frappes capables de surmonter n’importe quel système de défense antimissile. Ce que j’ai annoncé il n’y a pas longtemps est dans nos plans depuis quelques années. Cela avait été annoncé il y a longtemps.

Question : Vous avez dit que vous voudriez que l’Europe soit plus indépendante. Par exemple, en ce qui concerne l’Europe de l’époque de Gaulle, de Mitterrand. Quelle est votre attitude envers ce que se passe sur ce plan ?

V.P. : Je finis quand même la question précédente.

Toutes nos actions dans le domaine de la défense stratégique sont tout à fait conformes aux obligations internationales russes, notamment dans le cadre de l’accord avec les Etats-Unis sur l’armement stratégique.

Maintenant à propos de la souveraineté. L’adhésion à toute organisation politico-militaire, à un bloc politico-militaire, implique un refus volontaire à certaine partie de sa souveraineté.

Je pense que la France est sortie de l’organisation militaire de l’Otan à l’époque afin de garder sa souveraineté dans le cadre du bloc militaire. Analyser la politique extérieure des pays européens n’est pas notre affaire. Mais convenez que si nous devons discuter des affaires européennes avec les partenaires européens à Washington, ce n’est pas intéressant.

Question : Monsieur le Président, un changement assez ironique intervient pour l’instant dans l’histoire. Les forces européennes de droites ou même d’extrême droite vous soutiennent plus que les forces de gauche. C’est par exemple, Marie Le Pen en France, l’UDC en Suisse. Qu’en pensez-vous ?

V.P. : Je pense que ce n’est pas un soutien pour ma personne mais la conscience de leur propre intérêt national , tel que ces forces politiques le conçoivent.

Dans le monde et dans les pays européens, certains mouvements tectoniques se sont produits dans la conscience collective pour protéger les intérêts nationaux. Regardez comment l’Europe fait face à un problème concret, les flux de migrants. Est-ce que l’Europe a pris des décisions qui ont finalement abouti à cette situation ? Il faut être franc et honnête : ces décisions ont été prises outre Atlantique et c’est l’Europe qui doit faire face au problème.

Question : Vous voulez dire les Etats-Unis ?

V. P. : Bien sûr. C’est un exemple, il y en a beaucoup. Mais cela ne signifie pas, je l’ai déjà dit, que nous devons et ce n’est pas ce que je cherche, diaboliser la politique des Etats-Unis. Ils mènent leur politique comme ils le jugent nécessaire pour leurs intérêts.

Une version plus complète de cet article sera mise en ligne prochainement.

 
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Publié par le juillet 28, 2015 dans Amérique, Europe

 

Forte de son autonomie alimentaire, la Crète résiste à la Troïka

22 juillet 2015 / Emmanuel Daniel (Reporterre)

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Toute la Grèce est en train de sombrer sous les coups de boutoir de la Troïka. Toute ? Non ! La Crète, la plus grande des îles, résiste aux puissances de la finance et a voté non à plus de 70 % lors du dernier référendum. Leur autonomie alimentaire permet aux Crétois de s’indigner sans en craindre les conséquences. Quoi qu’il arrive, ils auront toujours de quoi manger.


– Crète, Grèce, reportage

Dans l’avion qui m’amenait en Crète, la plus grande île grecque, je tentais d’imaginer ce que j’allais y trouver. Je m’attendais à tomber sur un pays à genoux, une population aux abois, des queues interminables devant les distributeurs, de la misère à chaque coin de rue. Mais les seules files d’attente que j’ai pu observer sur place étaient celles des touristes à l’aéroport, et aux stations de bus et dans les magasins.

C’est comme si la crise grecque qui fait les gros titres des médias français avait épargné les Crétois. « La Crète est l’île la plus riche de Grèce, ici, il y a beaucoup moins de chômage qu’en métropole. On n’a pas trop à se plaindre. On a le tourisme l’été et l’agriculture l’hiver. C’est dur c’est vrai mais ça l’est encore plus dans le reste du pays », m’explique un chauffeur de taxi.

La Crète tire une bonne partie de ses ressources du tourisme, pourtant, l’idée d’une nouvelle hausse de la TVA (qui est passée de 13 à 23 % ce lundi, notamment pour la restauration) ne semble pas inquiéter outre mesure Vassilis, restaurateur à Heraklion, plus grande ville de l’île. « Ça fera augmenter les prix de quelques centimes, ça ne me fait pas plaisir mais bon, ce n’est pas la fin du monde », m’explique le commerçant qui n’a accepté de me répondre qu’à condition que je lui commande une bière.

Un peu plus bas sur le port, un pêcheur au visage buriné tente de dissimuler son amertume derrière d’énormes lunettes de soleil. Près de son étal quasiment vide, il s’ennuie ferme et fume cigarette sur cigarette. Il accueille ma question sur la nouvelle vague d’austérité avec un haussement d’épaules. « Mon problème c’est le vent force 8 Beaufort, qui m’empêche de travailler », m’explique-t-il. Comme lui, depuis deux jours, les petits pêcheurs sont bloqués au port et privés de revenus.

Dans le centre-ville envahi par les touristes, le tenancier d’une épicerie aux rayons clairsemés m’accueille avec un sourire dénué de tout signe de préoccupation. Il admet néanmoins que la fermeture des banques n’est pas bonne pour le commerce et se réjouit de les voir rouvrir lundi. Lui n’a même pas de compte bancaire. « Je n’aime pas les banques, je ne leur fais pas confiance », explique-t-il. Comme un nombre conséquent de Grecs, il fait plus confiance à ses bas de laine qu’à son banquier pour veiller sur ses euros. Et la situation de ces derniers jours ne risque pas de le faire changer d’avis.

« Mon père a une retraite de 300 € pour lui et mon petit frère »

La plupart de mes interlocuteurs refusent d’évoquer la difficulté de la situation, comme si en parler revenait à la rendre réelle. Mais même si les Crétois s’en sortent mieux que le reste de leurs compatriotes, ils ne sont pas à envier pour autant. Un couple de restaurateurs de Rethymnos, cité balnéaire au nord de l’île, qui souhaite rester anonyme, me déclare non sans gêne qu’ils vont être obligés de frauder la TVA pour s’en sortir.

Yorgos, qui tient lui aussi un « restaurant familial » non loin de là, ne décolère pas depuis qu’il a appris cette nouvelle hausse. « On ne peut pas se permettre de répercuter les prix sur les clients sinon on les ferait fuir. Papandreou, Samaras, Tsipras, ça fait cinq ans que l’on nous impose des sacrifices pour que l’économie redémarre mais on voit bien que ça ne marche pas et ce sont toujours les mêmes qui trinquent. Moi je m’en sors car je suis propriétaire mais beaucoup de mes confrères vont avoir du mal à payer le loyer cet hiver quand les touristes seront partis. »

Visiblement affecté par l’image véhiculée dans les médias sur le peuple grec, il se sent obligé de se justifier sans que je lui demande quoi que ce soit. « On nous dit que nous sommes des mauvais européens. Mais on n’est pas des fainéants, on travaille sept jours sur sept, enfin pour ceux qui ont la chance de trouver du travail. » Pour lui, c’est « une guerre économique où la dette a remplacé les canons. Ils veulent détruire notre pays et nous empêcher de nous relever. »

Pour illustrer les conséquences de l’austérité, il prend l’exemple de sa famille. « Mon père a une retraite de 300 € pour lui et mon petit frère qui n’a pas de travail. » Mais il se reprend vite et, comme s’il s’en voulait de s’être laissé aller, relativise sa situation en pensant aux habitants d’Athènes, où « il n’y a plus de liens familiaux aussi forts qu’ici qui permettent aux gens de survivre grâce à la solidarité ».

« Nous n’avons peur de rien »

Si les Crétois accueillent avec une passivité relative les mesures qui font hurler les Athéniens, c’est que leur économie ne repose pas que sur le tourisme. L’agriculture les aide à tenir le coup. Une femme aux grands yeux curieux me dresse une liste à la Prévert de ce que le pays produit : « Lait, miel, huile, céréales, citron, oranges, moutons, légumes en tous genres, chèvres, poissons, et bien sûr l’huile d’olive. Il y a même des bananes à l’Est de l’île. »

En effet, la Crète est l’une des rares îles grecques qui pourrait s’en sortir sans le tourisme. En plus de créer une manne d’emplois conséquente pendant l’hiver, ce secteur permet aux insulaires de se nourrir sans dépenser d’argent. Yorgos, le restaurateur mécontent, m’explique qu’il a quelques chèvres et un potager qui l’aident à tenir, notamment hors saison, quand les touristes et leurs euros ne sont plus là.

C’est donc là que réside le secret de la sérénité des Crétois. « Nous sommes autonomes. Tout le monde ici sait faire pousser des légumes. Nous n’avons peur de rien. Nous avons tout ce dont nous avons besoin ici pour vivre. C’est pour ça qu’on n’a pas peur de la Troika », m’assure une vendeuse de produits locaux située dans la vieille-ville d’Heraklion.

Propagande pro-Oui

Comme elle, 70 % des Crétois ont dit non lors du référendum. Pour cette femme à la parole facile, l’autonomie de l’île n’est pas étrangère au refus net affiché lors du référendum. Beaucoup de mes interlocuteurs s’indignent quand je leur demande ce qu’ils ont voté : « OXI, évidemment ». Seule Aristea, conseillère municipale à Heraklion m’a avoué avoir voté Oui. « Je suis très heureuse que Tsipras ait réussi à trouver un accord. Une sortie de l’euro aurait été catastrophique pour le pays. Je ne veux pas d’un retour à la drachme. Je crois qu’on peut changer l’Europe. Je crois en la collaboration entre les peuples. »

Un argument que l’on entend aussi chez certains partisans du Non. « Pour beaucoup de grecs, l’euro c’était l’entrée dans la modernité. On n’était enfin plus considérés comme un pays des Balkans. Sortir de l’euro, c’est revenir en arrière, c’est perçu comme une régression », m’explique Dimitri. Et pour cet ancien publicitaire devenu activiste, cette croyance ne vient pas de nulle part. « Donne moi le contrôle des médias et je te dirai quoi penser », glisse-il en dénonçant la propagande pro-euro dans les médias depuis des années et celle encore plus frappante en faveur du Oui qui a eu lieu la semaine qui a précédé le referendum.

Aglae, une jeune femme impliquée dans les mouvements alternatifs « refuse de céder au chantage. On nous a fait croire que sortir de l’euro c’était la mort assurée, moi je vois que c’est en restant dans l’euro que l’on meurt », argue-t-elle en citant les conséquences sanitaires effroyables de l’austérité.

Yannis, membre d’un restaurant coopératif lui aussi souhaiterait un retour à la drachme. « Le seul effet positif de cet accord c’est qu’il a fait réfléchir les gens. Maintenant, on ne nous prend plus pour des fous quand on dit qu’on veut sortir de l’euro. Pour moi, c’est la seule possibilité pour mettre en place une autre politique : nationalisation des banques, annulation de la dette, économie alternative basée sur la coopération… », développe ce militant anti-fasciste.

Avancer dans l’incertitude

Pour Christine, une trentenaire en perpétuelle recherche de petits boulots, le refus de l’accord n’a rien à voir avec une quelconque rationalité économique mais trouve sa source dans la culture, la géographie et l’histoire de l’île. Elle prend son petit déjeuner dans une cuisine dont une des fenêtres donne directement sur la mer agitée. C’est avec poésie qu’elle analyse le OXI crétois au référendum, un non à l’humiliation et au colonialisme financier.

« La nature sauvage a forgé notre caractère. Les montagnes, la chaleur, le vent font qu’on ne se laisse pas faire, dit-elle en accueillant avec bienveillance les puissantes rafales qui s’engouffrent par la fenêtre. On a aussi une culture de la résistance. Nous avons subi de nombreuses attaques tout au long de notre histoire : les pirates, les Ottomans, les Byzantins, et même les nazis pendant la seconde guerre mondiale. Maintenant c’est la Troïka. Nous avons connu bien pire et on ne se laissera pas faire par quelques crapules en costume. »

Sans nier la propension à la résistance de ses compatriotes, Vassilis, jeune ingénieur au chômage, met en avant un paradoxe : « Nous sommes un peuple plutôt aisé mais je crois que nous aimons l’idée de révolution. » Et il précise que si les Crétois ont voté massivement pour le non, ils ont dans un passé proche fait des choix contraires : « Quand la mode était au Pasok, il ont voté Pasok [parti social démocrate], quand les conservateurs étaient au pouvoir, ils ont aussi voté pour eux. On suit le sens du vent ! »

Si la plupart des personnes rencontrées dénoncent unanimement les technocrates de la Troïka qui mènent « une guerre économique où la dette a remplacé les fusils », selon Yorgos, ils sont plus mesurés en ce qui concerne Tsipras et son gouvernement qui bénéficient d’une surprenante indulgence. « Il a été courageux, il n’aurait pas pu faire mieux », m’a-t-on souvent dit en expliquant qu’il devait résoudre une équation impossible : stopper l’austérité sans quitter la zone euro. Yannis au contraire est très remonté contre le premier ministre : « C’était le seul qui aurait pu faire passer ce nouveau plan d’austérité sans déclencher d’émeute grâce à sa côte de popularité. C’est un véritable traître. »

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Yannis et ses amis en discussion

Avec une trentaine d’amis activistes, il se réunissait ce dimanche dans un café pour tenter de réfléchir à une « alternative à l’austérité, par en bas sans les partis politiques », mais qui s’appuierait sur les nombreuses initiatives de solidarité qui ont émergé avec la crise. Leur but, faire barrage à Aube Dorée qui va tenter d’emprunter l’autoroute de déception et de colère créée par Syriza.

Mais quelles que soient leurs opinions politiques, ils sont tous d’accord pour dire que le chemin vers des jours meilleurs sera long et semé d’embûches. Yorgos, attablé dans son restaurant à l’ombre d’un parasol, n’a lui aucune idée de la marche à suivre pour sortir de l’impasse actuelle, mais il ne désespère pas pour autant. « On survit. Pour l’instant la situation est confuse. Je pense qu’on va s’en sortir mais je ne sais pas trop comment. »

 
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Publié par le juillet 27, 2015 dans Europe

 
 
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