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Archives de Catégorie: Europe

UN REGARD ALGERIEN SUR L’ELECTION PRESIDENTIELLE EN FRANCE

13 juin 2017. Pleinement d’accord avec cette analyse sur le fond. Merci Michel Deschamp qui l’a inscrite sur son blog. (note de Danielle Bleitrach)

 

Macron vainqueur par défaut au second tour de l’élection présidentielle

par Alger republicain, 11/06/2017

 

Avec 20,7 millions de suffrages contre 10,6 à Marine Le Pen, sa victoire est en apparence écrasante. Mais dans ce nombre, 9 millions d’électeurs ont voté contre Le Pen et non pour son programme. 16 autres millions se sont abstenus ou ont voté nul. Son élection est le fruit d’un « viol des foules ». Le système électoral mis en place par la Constitution de 1958 piège le vote populaire. Il lui impose au second tour de choisir le « moindre mal » qui s’avère ensuite le pire. Les deux candidats qui se disputent la tête de l’exécutif sont systématiquement des représentants des classes dominantes ou des courants réformistes convaincus que le sauvetage du système capitaliste passe par la redistribution de miettes aux travailleurs.

Les grands moyens d’information appartiennent à la bourgeoisie. Ce sont ses idées et ses choix politiques qui dominent et façonnent la majeure partie de l’opinion (« Les idées dominantes sont celles de la classe dominante »). Jamais la loi mise en lumière par Marx, n’avait été confirmée d’une manière aussi caricaturale qu’avec le lancement de la candidature de Macron et le battage incessant orchestré depuis l’été 2016 autour de sa personne par les 9 milliardaires qui détiennent 95% des médias. Macron est la créature des hommes de la haute finance, des gros actionnaires du CAC 40, propriétaires de l’essentiel des richesses de la France, entreprises économiques, médias et aussi … instituts de sondage dont la fonction est d’orienter savamment les choix des électeurs. Ces instituts ont participé à la dramatisation du climat politique orchestré par des « éditocrates » grassement rémunérés sous le thème « s’abstenir c’est voter pour le fascisme ». Marine Le Pen a assumé à merveille le rôle d’épouvantail programmé pour inciter la majorité des électeurs à opter pour le « moins pire ».

Depuis la défaite cuisante en 2002 de Le Pen père, la bourgeoisie française s’est employée avec constance à dédiaboliser le Front national. Buts de la promotion de ce parti xénophobe : évacuer des débats politiques les questions liées à l’antagonisme de classe opposant les travailleurs, majorité écrasante des actifs, à une petite minorité d’oligarques. Ces questions formaient la ligne de clivage essentielle à travers laquelle le niveau de conscience idéologique des travailleurs distinguait la France d’autres pays capitalistes. Avec le traitement de faveur accordé par les médias à Marine Le Pen, l’attention a été sciemment détournée sur les questions identitaires, sur les immigrés, arabes et africains notamment pour diviser le camp des exploités, torpiller leur unité contre leurs exploiteurs.

Le FN c’est aussi la force fasciste de réserve de la bourgeoisie. Son encadrement est composé de nervis, de gros bras et d’émules de l’OAS. Elle n’hésitera pas à la lancer contre le mouvement populaire lorsqu’il menacera sérieusement sa domination économique et politique.

La bourgeoisie a choisi Macron parce qu’elle a éprouvé le besoin politique de dépasser les clivages partisans gauche-droite qui lui paraissent anachroniques.

Il fut un temps où, sous la pression d’un PCF dirigeant avec détermination les luttes de la classe ouvrière pour renverser la domination de la bourgeoisie, et dans un contexte international où l’existence de l’URSS obligeait les capitalistes à faire des concessions, le PS tentait d’atténuer les antagonismes de classe par des réformes sociales qui amélioraient la condition des travailleurs. Au pouvoir ou dans l’opposition il oeuvrait ainsi à émousser la combativité anticapitaliste de la classe ouvrière pour perpétuer le système. Aujourd’hui la situation est différente. Résultat de l’évolution socio-politique de la social-démocratie française de ces dernières décennies, surtout sous Hollande, l’action du PS ne se distingue de celle de la droite que sur des questions de méthode. Il ne s’agit plus pour lui de forcer la main de la bourgeoisie pour qu’elle accepte une redistribution du revenu national qui adoucisse le sort des travailleurs et permette de juguler la révolution, mais de satisfaire les exigences sans limites du Capital. Il s’agit de l’accompagner aimablement dans sa course à l’échelle mondiale pour des taux de profits élevés. Détricotage des conquête sociales et alignement de la condition des ouvriers sur les niveaux les plus bas dans le monde, sur celui du Bangladesh comme le résument si bien les syndicalistes, le contraire de ce qui a été fait depuis le front populaire, tel est aujourd’hui le programme du PS.

Les courants réformistes de l’aristocratie ouvrière ne forment plus le groupe prépondérant de sa base sociale. Ce sont les représentants des couches intermédiaires qui ont pris le dessus. Leurs activités et leurs intérêts sont liés à la gestion du capitalisme, à son internationalisation, à la diffusion de l’idéologie bourgeoise. Droite et parti socialiste se sont succédé depuis Rocard et Fabius dans une fausse alternance pour satisfaire les désirs du grand Capital. Ils se relayent à tour de rôle dans ce travail de démolition sociale. Mais cette « alternance » bénéfique pour le Capital s’effectue dans le climat polémique alimenté par les rivalités partisanes gouvernement-opposition alors qu’au fond les deux acteurs de la bipolarisation sont complices.

C’est à ce climat de fausses querelles que la grande bourgeoisie a décidé de mettre fin. Elle y voit la condition pour accélérer le rythme d’exécution du plan de destruction de ce que l’on qualifie de « modèle social français ». Elle tente de mettre en place une nouvelle formation politique issue de la synthèse de la droite et de l’ex- « parti ouvrier » de la bourgeoisie dans le PS. Pour avoir refusé de s’inscrire dans cette nouvelle feuille de route, Fillon a été mis hors jeu.

Avec Macron, la bourgeoisie est sur le pied de guerre. Elle va mener avec une vigueur décuplée l’offensive générale contre la classe ouvrière et les travailleurs. Elle compte achever la destruction du Code du travail. Macron c’est aussi le porte-parole de ses fractions les plus belliqueuses, celles qui poussent à la guerre contre la Russie, qui veulent intensifier leurs interventions militaires en Syrie, au Moyen Orient, en Afrique du nord, au Sahel, renverser les régimes pas trop dociles à leurs goûts. Le zèle belliqueux de Macron s’est illustré par sa violente diatribe contre le régime syrien et son allié russe à propos de la dernière attaque chimique d’Idlib alors que de toute évidence elle avait été montée par des islamistes défaits pour donner le prétexte à une intervention militaire étrangère. De même au Mali où il a osé accuser l’Algérie d’entretenir la nuisance des groupes islamistes feignant d’oublier que c’est l’intervention criminelle de la France en Libye qui a déstabilisé toute la région du Sahel.

Les enjeux politiques français ne peuvent être correctement appréciés que sous l’angle de la profonde crise économique et sociale. Elle met en avant pour les forces politiques les plus révolutionnaires les tâches de la préparation des conditions idéologiques et politiques de la révolution socialiste.

De ce point de vue, aucun candidat ne répondait au choix des travailleurs qui aspirent à renverser le capitalisme. Mélenchon a pris la tête des réformistes qui ne cherchent pas à se débarrasser du capitalisme mais croient toujours qu’il est possible de « l’humaniser ». Son but est de reconstituer sous un nouveau nom un parti socialiste version 2, épuré de ses personnalités les plus discréditées, à l’image de Valls, pour leur zèle à appliquer les injonctions du MEDEF. Pas un mot chez lui pour appeler à l’abolition du capitalisme, pas même pour remettre à l’ordre du jour la nationalisation des grands groupes industriels et financiers. Seulement des déclamations et des effets de manche qui font illusion. Relancer l’activité économique en appliquant les préceptes keynésiens de la stimulation de la demande et donc de la relance de l’emploi, grâce à l’action étatique et à la hausse des salaires, sans s’attaquer aux bases du capitalisme, tel est le cœur de son programme. Mélenchon détourne le potentiel de rupture avec le capitalisme qui s’accumule au sein de la classe ouvrière, de l’ensemble des travailleurs et de la jeunesse. Il fait partie de cette « gauche » qui n’a pas compris que la crise a pour origine une surproduction des capitaux dont la profondeur rend inopérantes les recettes keynésiennes.

La nature de cette crise pose comme alternative : ou la liquidation des conquêtes sociales des travailleurs ou la révolution socialiste et la socialisation de la propriété des grands moyens de production et d’échange.

Zoheir BESSA, directeur.

 

Italie. Le Mouvement 5 Étoiles de Grillo grand perdant des municipales

A méditer, l’Italie n’en finit pas de chercher une issue​ politique entre fin du parti communiste, puis rejet des partis traditionnels, mouvements  sans cadres dirigés​ par un bateleur d’estrades et désormais coalitions instables, le tout sur fond d’une Europe à laquelle le pays a cru plus que tout autre et qui n’apporte que des mécomptes (note de Danielle Bleitrach).

  • Le chef de file du M5S a assuré que son mouvement allait se reprendre après ce revers électoral. « Nous allons continuer à aller de l’avant », a-t-il dit sur son blog
    Le chef de file du M5S a assuré que son mouvement allait se reprendre après ce revers électoral. « Nous allons continuer à aller de l’avant », a-t-il dit sur son blog | Reuters

Les élections municipales organisées dans un millier de villes dimanche 11 juin en Italie ont marqué un net recul du parti populiste de Beppe Grillo. Un mauvais signal pour le Mouvement 5 étoiles à un an des élections législatives de mai 2018.

Le Mouvement 5 étoiles (M5S) sort perdant des élections municipales partielles organisées dimanche en Italie où il a été éliminé dès le premier tour dans les sept principales villes où se tenait le scrutin.

Les candidats du parti anti-système sont arrivés troisièmes ou quatrièmes à Parme, Vérone, Palerme, L’Aquila dans les Abruzzes, mais aussi Catanzaro en Calabre, Tarente, dans les Pouilles, et Gênes, ville du fondateur du mouvement, Beppe Grillo, d’après les résultats publiés lundi.

Le centre-droit vainqueur dans la moitié des grandes villes

Des coalitions de centre droit sont arrivées en tête dans 13 des 24 principales villes où le vote avait lieu. Des coalitions de centre gauche le sont dans huit de ces 24 villes. Elles se disputeront la plupart des communes d’ores et déjà perdues par le M5S au second tour, le 25 juin.

À Palerme, le candidat de centre droit Leoluca Orlando a été élu dès le premier tour. Il est assuré de conduire un sixième mandat dans la ville sicilienne.

À l’échelle nationale, le M5S était au coude-à-coude avec le Parti démocrate dans les intentions de vote, mais le mouvement contestataire a souvent du mal à tirer son épingle du jeu au niveau local, en raison des faiblesses de son organisation et de l’absence de candidats de premier plan.

Neuf millions d’Italiens étaient appelés aux urnes dans un millier de villes, dernier scrutin test avant les législatives.

Le M5S n’arrive pas à surfer sur le rejet des partis traditionnels

Le chef de file du M5S a assuré que son mouvement allait se reprendre après ce revers électoral. « Nous allons continuer à aller de l’avant », a-t-il dit sur son blog. Ces résultats pourraient pourtant présager de difficultés pour la formation en vue des élections législatives prévues d’ici mai 2018 et suggérer sa perte de vitesse, comme d’autres partis anti-système en Europe.

L’hostilité envers les partis traditionnels s’est accrue dans la dernière semaine de campagne après le rejet au Parlement du projet de réforme du code électoral, qui semble écarter l’hypothèse de législatives anticipées à l’automne.

Mais la coalition gouvernementale emmenée par Paolo Gentiloni est fragile et les observateurs n’excluent pas un retour aux urnes à court terme.

Le Mouvement 5 étoiles espérait prolonger ses succès électoraux de l’année dernière, quand le mouvement avait remporté deux des plus grandes villes du pays, Rome et Turin. Les difficultés rencontrées par Virginia Raggi, maire de Rome cernée par les affaires, semblent toutefois avoir rendu circonspects les électeurs.

 
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Publié par le juin 13, 2017 dans Europe

 

Corbyn, improbable chef du Labour et grand gagnant des législatives

Jeremy Corbyn le 9 juin 2017 à Islington / AFP

Jeremy Corbyn le 9 juin 2017 à Islington / AFP

Le chef de l’opposition travailliste, le très à gauche Jeremy Corbyn, a été le grand gagnant des législatives de jeudi, augmentant le score du Labour alors qu’il était donné archi-battu et raillé jusqu’au sein de son propre parti.

Le leader travailliste de 68 ans, fine barbe et cheveux blancs, a proposé un programme résolument à gauche et mené une campagne électorale tambour battant, en vieux routier et ex-militant syndicaliste qu’il est, tandis que sa rivale Theresa May décevait dans l’exercice.

Avec un gain de 29 sièges, selon les résultats quasi-définitifs, son parti, deuxième derrière les Tories, a réussi une percée que peu pensaient possible, pendant que les conservateurs et les indépendantistes écossais vivaient une nuit difficile.

« Notre position est claire, nous voulons un Brexit qui protège les emplois », a-t-il dit vendredi, affirmant que le processus de sortie de l’Union européenne « devait se poursuivre parce que l’article 50 (du traité de Lisbonne) a été activé ».

Législatives britanniques : résultats en sièges / AFP

Législatives britanniques : résultats en sièges / AFP

Après avoir appelé Theresa May à démissionner et laisser sa place à un gouvernement « vraiment représentatif », Jeremy Corbyn s’est positionné en leader en affirmant que son parti était « prêt à mener les négociations au nom du pays ».

« Jezz » a pour lui son intégrité et son côté social. Et ce militant de toujours a su s’attirer des partisans inconditionnels, surnommés les « Corbynistas », souvent très jeunes et entrés en politique pour le soutenir.

Jeremy Corbyn, « c’est un chic type », disait récemment à l’AFP Wendy Mack, 40 ans, en brandissant une pancarte « Votez Labour ».

« C’est quelqu’un d’humain, qui comprend les gens », abondait Sean McKenna, 16 ans.

Un public conquis, complice, de l’enthousiasme… un vrai contraste avec les meetings policés de la Première ministre conservatrice Theresa May.

– « Authentique » –

Corbyn est « bien plus authentique que la robotique Theresa May », résume Tim Bale, professeur à l’université Queen Mary de Londres. « Le programme du Labour est de surcroît rempli de promesses positives qui répondent aux préoccupations des électeurs », ajoute-t-il.

En matière de sécurité, il a promis, à la suite des attentats qui ont émaillé la campagne, de créer 10.000 nouveaux postes de policiers, critiquant les coupes budgétaires des Tories.

Né le 26 mai 1949, ce pacifiste de toujours a développé son sens de l’engagement politique auprès de ses parents, un ingénieur et une enseignante, tombés amoureux lors d’une manifestation contre la guerre civile espagnole.

Législatives britanniques / AFP

Législatives britanniques / AFP

Elevé dans l’ouest de l’Angleterre, le jeune homme ne se passionne guère pour les études. Bac en poche, il part deux ans en Jamaïque pour le compte d’une association caritative. A son retour, il s’installe à Islington, quartier du nord de Londres à l’époque coeur de la contestation gauchiste mais qui s’est depuis beaucoup boboïsé.

Militant syndical, il est élu depuis 1983 député de cette circonscription, il y vit toujours dans une maison modeste, avec sa troisième épouse, une Mexicaine de 20 ans plus jeune que lui, et se conforme à un style de vie simple. Il est père de trois enfants.

Mais il ne fait pourtant pas toujours bon être le chef de l’opposition au Royaume-Uni quand on incarne l’aile gauche d’un parti toujours sous l’influence de la « troisième voie » centriste de Tony Blair.

Jeremy Corbyn / AFP

Jeremy Corbyn / AFP

Les ennuis ont commencé dans la foulée de son élection à la tête du parti, en 2015: Corbyn réalise qu’une partie de l’appareil n’acceptera jamais d’être dirigée par un rebelle qui avait voté 533 fois contre la ligne du parti depuis 1997.

La suite, ce sont des mois de dissensions, de polémiques… La fronde culminera après le vote sur la sortie de l’UE: accusé de n’avoir pas fait assez pour empêcher le Brexit, Corbyn essuie une motion de défiance. Même le conservateur David Cameron, alors Premier ministre, s’y met en déclarant: « Pour l’amour du ciel, partez! ».

C’est sans compter sur la détermination et la ténacité de « Jezz », autre trait marquant de son caractère, qui s’appuie une nouvelle fois sur la base pour garder les rênes du pouvoir.

Avec le score qu’il vient de faire, il est au minimum assuré de rester à la tête du parti et de faire taire les critiques.

afp
 
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Publié par le juin 9, 2017 dans actualités, Europe

 

Analyse comparative de l’Ukraine et de la Bulgarie par Mitko Hitov

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Mitko Hitov est un économiste bulgare que nous avons rencontré au colloque de Saint Petersbourg, la qualité de sa communication que Marianne a traduit pour Histoire et sociéte lui a valu les seuls applaudissement unanimes de l’assistance. Il s’agit d’un des textes importants que nous voudrions que vous lisiez et qui devrait nous permettre une réflexion. Nous allons tout mettre en œuvre pour le faire inviter en France dont il parle la langue. Je vous conseille en particulier d’être attentifs au rôle qu’il attribue à la querelle sino-soviétique sur le plan économique et dans la chute de l’URSS. C’est une idée que je partage et qui me fait dire que le rapport Khrouchtchev est une nullité sur le plan du fond et criminel quant à ses conséquences. Ce qui je le répète une fois de plus n’implique pas chez moi une adhésion au stalinisme.  Ce texte et celui de Vladimir Chevtchenko publié ici me paraissent les deux plus intéressants de ce colloque (note de Danielle Bleitrach).

Une analyse comparative de ces pays d’Europe de l’Est est à l’heure actuelle tout ce qu’il y a de plus nécessaire, car dans les conditions de la crise économique mondiale qui va en s’approfondissant, ce sont deux pays qui continuent de chercher leur place dans le cadre des structures géopolitiques globales. Ce processus se déroule parallèlement dans les deux pays, avec une seule distinction, c’est qu’en Ukraine il a lieu avec un retard d’environ 15-20 ans par rapport aux mesures analogues en Bulgarie. En ce sens, l’expérience de notre pays dans ses efforts pour se trouver une nouvelle place dans le monde globalisé est extrêmement utile pour l’Ukraine.

Jusqu’au début des années 90, les deux pays faisaient partie de la division du  travail du système soviétique. L’Ukraine, comme la Bulgarie, développait une puissante industrie lourde, l’agriculture et le tourisme balnéaire. Environ jusqu’au début des années 90, la Bulgarie contrôlait 40% de l’industrie informatique dans le cadre du Comecon, exportait des produits pharmaceutiques, du matériel militaire, des produits de l’industrie chimique et alimentaire, développait une agriculture industrielle sur une large échelle dont elle était l’un des premiers exportateurs mondiaux. Pour le niveau de vie de la population au début des années 80 du XX siècle, notre pays se trouvait dans le top 20 des pays les plus développés au monde (aujourd’hui selon les indicateurs comparables environ à la 90e place).

A l’époque l’Ukraine, une des républiques au sein de l’URSS, était spécialisée dans le développement de l’industrie spatiale et aéronautique, l’industrie lourde et la métallurgie. Elle formait des dizaines de millions d’ingénieurs, d’économistes, de savants, de dirigeants politiques et chefs d’industrie, qui réalisaient leur potentiel dans l’espace de toute l’Union soviétique. De nombreux faits nous permettent d’affirmer que les régions de l’Ukraine centrale et orientale étaient le cœur industriel de la deuxième économie mondiale.

C’est pourquoi la chute de l’URSS a eu les conséquences les plus désastreuses sur ces régions qui jusqu’alors travaillaient pour un marché intérieur unique comptant plusieurs centaines de millions de personnes. Le même destin a frappé la Bulgarie. Notre pays dont l’industrie était entièrement orientée vers les marchés gigantesques, à ce qu’il nous semblait, de l’Union soviétique, s’est retrouvé soudainement à la fin des années 80 coupée de tous liens avec elle, et des capacités productives colossales se sont retrouvées sans utilité dans les nouvelles conditions de navigation libre sur l’océan du marché libre global. Le problème de notre industrie est qu’elle reposait entièrement sur des technologies soviétiques qui au début des années 90 accusaient un grand retard par rapport au reste du monde.

Déjà à son époque Adam Smith a démontré que dans des conditions égales, que  l’efficacité du fonctionnement d’un système économique dépend des dimensions du marché. De là dépend également la possibilité de fabriquer une plus grande diversité de marchandises de haute qualité, grâce à la spécialisation et la concentration. Il est évident pour tous que dans les petits villages, par exemple, la possibilité de produire une diversité de marchandises et de services est bien inférieure à celles des mégapoles. Et il en a été ainsi durant toutes l’histoire du développement de l’humanité, plus les dimensions d’un système économique sont étendues, plus grande est la division du travail. Avant l’effondrement du système socialiste de division du travail, Les économies  bulgare et ukrainienne faisaient partie d’un segment relativement peu important de l’économie mondiale. Si les capacités productives du reste du monde étaient intégrées au sein d’un marché comptant quelques milliards de producteurs et consommateurs potentiels, pour le bloc soviétique ces chiffres n’atteignaient guère plus que 400 millions. La conséquence en a été un retard croissant de la part des pays socialistes, qui a pris des proportions catastrophiques après la perte de la Chine et son rattachement progressif au système occidental de division du travail.

Après la dissolution des liens économiques entre les pays membres du Comecon opérée par les dirigeants soviétiques de la pérestroïka, la Bulgarie a commencé peu à peu à se chercher une nouvelle place dans l’économie mondiale. Pour une économie nationale orientée vers la création d’une production destinée à environ 20 millions de consommateurs extérieurs (et ayant soi-même une population d’environ 9 millions d’habitants), cela a engendré de brutales disproportions dans tous les domaines !

Il apparut soudainement qu’une quantité importante de la population était devenue inutile sur le marché du travail, dans la mesure où les produits élaborés par les entreprises bulgares, dans lesquelles la division du travail était plus basse que dans l’économie globale, ne trouvaient plus d’acquéreur sur les marchés mondiaux. Dans les années 90, environ un million de citoyens bulgares émigrèrent vers la Turquie, donnant un coup de fouet puissant à la croissance de notre voisin du sud, qui à l’époque avait un niveau de développement semi-féodal. Encore un million et un peu plus quittèrent le pays pour d’autres pays d’Europe occidentale et pour les Etats-Unis, ce qui d’un côté allégeait la pression sur le marché du travail, mais de l’autre causait une désertification de la majeure partie du pays, conduisant à une grave crise démographique. Chez nous aujourd’hui, pour une personne qui travaille il y en a deux qui soit est au chômage soit n’est pas en capacité de travailler.

A l’heure qu’il est, tout jeune bulgare éduqué fait l’impossible pour quitter son pays à la recherche d’une réussite personnelle en Occident, ou, pour parler autrement, cherche à se réaliser professionnellement et individuellement dans un système de division du travail plus étendu, et par conséquent plus efficace et plus riche.

Avec un retard d’environ deux décennies, les mêmes processus démographiques ont commencé à s’observer également en Ukraine. Si la situation reproduit entièrement le scénario bulgare, dans dix-quinze ans la population de l’Ukraine aura réduit d’un tiers. Cela conduira à une forte élévation de l’âge moyen de la population, et à l’impossibilité à terme de conduire quelque activité économique que ce soit exigeant l’utilisation de technologies avancées, faute de travailleurs qualifiés en âge de travailler. En outre, la population se concentrera dans 5-6 grandes agglomérations urbaines, ce qui conduira à la dépopulation de régions entières du pays.

Aujourd’hui la Bulgarie se spécialise dans la production de cultures vivrières et dans e tourisme, une spécialisation qui continue de créer une population excédentaire sur le territoire de tout le pays. Compte tenu de la pression grandissante sur les marchés du travail dans les pays développés de l’UE, où la crise économique ne fait que grandir, cela pose beaucoup de problèmes, car il n’y a rien à proposer à ces personnes inutiles.

Parmi tous les pays occidentaux intéressés d’une manière ou d’une autre par les ressources humaines de l’Ukraine, seule la Pologne est capable d’accueillir une quantité substantielle d’Ukrainiens capables de travailler, dans la mesure où la Pologne a perdu au cours de la dernière décennie des millions de ses citoyens. Cependant, tant chez nous qu’en Ukraine existe un problème de déclassement générationnel. Autrement dit, si les parents étaient ingénieurs, économistes ou savants, leurs enfants, malgré le fait qu’ils aient reçu une instruction supérieure, devront se résoudre à accepter des postes subalternes dans les pays riches d’Europe occidentale et aux Etats-Unis. C’est là l’une des circonstances qui font des Bulgares l’un des peuples les plus malheureux de la planète, malgré l’augmentation visible de la diversité des produits consommés par la population qui travaille.

Un autre facteur digne d’être mentionné est le conseil monétaire qui fonctionne dans notre pays. Pendant le Maïdan bulgare de 1997, quand des forces pro occidentales se sont emparées du pouvoir, nous avons eu chez nous une brutale dévaluation de la monnaie bulgare qui a conduit à la dépréciation de tous les investissements réalisés avant cela par de « mauvais » investisseurs, ainsi qu’à une amélioration dans les premiers temps de la compétitivité bulgare. Cependant le lev bulgare s’est trouvé de plus en plus surévalué, et après 18 ans sans aucune dévaluation est devenu l’une des devises les plus fortes du monde. Etant donné le fonctionnement peu concurrentiel de notre économie nationale, ce fait rend pratiquement impossible le développement d’une production de haute technologie quelle qu’elle soit et transforme le pays en un appendice périphérique des pays développés.

Tous les indicateurs extérieurs montrent que l’Ukraine est destinée à suivre la même voie de développement dans le cadre de l’interaction/monoculture entre les pays développés et en voie de développement, et à l’avenir le pays se spécialisera progressivement pour devenir le fermier de l’Europe, fournissant au vieux continent des produits agricoles diversifiés. En liaison avec ce choix, il faudra recycler des dizaines de millions de personnes et changer leur statut social. Ce genre de régression s’est déjà produite de nombreuses fois dans l’histoire humaine, et le destin de la Bulgarie de ces deux dernières décennies en est un exemple. Nous, les Bulgares, nous trouvons déjà en terre « promise ». Nous attendons avec impatience nos frères ukrainiens.

Traduit par MD pour H&S

 

 

 

 

 
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Publié par le juin 9, 2017 dans Economie, Europe, histoire

 

Les communistes grecs bloquent les forces de l’OTAN


Les communistes ont bloqué le mouvement des forces de l’OTAN en Grèce
Texte: Alexandre Gasyuk (Athènes)
http://www.kpu.ua/ru/87063/grecheskye_kommunysty_zablokyrovaly_peredvyzhenye_syl_nato

Les membres du Parti communiste de Grèce (KKE) ont arrêté vendredi le mouvement d’un convoi militaire de l’OTAN près de la ville grecque de Kozani, ont rapporté les médias locaux.

Plus de 20 véhicules militaires avec des soldats de l’OTAN étaient transportés de l’Albanie vers le nord de la Grèce afin de participer aux exercices de l’OTAN « Noble Jump 2017 », qui se tiendront en Roumanie du 6 au 14 juin. Cependant, s’étant heurté à la hauteur d’Egnatia à un poste de contrôle organisé par les communistes, les véhicules de l’alliance militaire ont été contraints de prendre à droite et de s’arrêter. Les organisateurs du blocus ont déployé des banderoles et des affiches avec des slogans comme « Assassins de l’OTAN, Go Home » et organisé un rassemblement spontané directement sur la chaussée, bloquant la route.

Sur les lieux ont été appelés la police grecque et les forces anti-émeute, mais le conflit a été évité – l’équipement de l’OTAN et les soldats, debout pendant quelques heures à cet endroit, ont été contraints à la fin de faire demi-tour et de repartir dans la direction opposée.

L’eurodéputé du KKE Sotiris Zorianopulos, qui participait au blocus a déclaré que « les communistes ont remporté la victoire. » Le député a déclaré aux journalistes grecs que le but des exercices de l’OTAN en cours est de tester « aussi rapidement et efficacement que possible la manière de transférer des troupes à la frontière de l’UE avec la Russie en cas d’une confrontation militaire. »

Le Député européen a appelé les Grecs à se battre pour que l’OTAN quitte la Grèce, et que toutes les bases de l’OTAN soient fermées.
Traduction MD pour H&S

 

La CIA révèle que Santiago Carrillo a défendu le maintien des bases américaines en Espagne en 1975

Carrillo a critiqué le rôle de son homologue portugais dans la Révolution des Oeillets dans une conversation avec un responsable de la revue TIME, comme la CIA l’a noté dans un rapport déclassifié cette semaine. Ce que l’on peut remarquer, outre la stratégie du dirigeant du Parti communiste espagnol « eurocommuniste » c’est le fait que le représentant officiel du Time ne dédaignait pas servir d’informateur de la CIA. Et que Santiago Carillo savait parfaitement à qui il avait affaire. Est-ce que cette situation a vraiment changé? (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et société)

Carrillo veía
Santiago Carrillo et Juan Carlos de Borbón, image d’archive.

La Central Intelligence Agency (CIA, selon son sigle en anglais) a déclassifié cette semaine des centaines de milliers de rapports secrets, plus de 12 millions de pages dans lesquelles on trouve un nombre indéterminé de références à l’histoire récente de l’Espagne. L’un des documents publiés sur le site de l’agence d’espionnage US (ici en PDF) contient une conversation qu’a eue en 1975, le secrétaire général du PCE, Santiago Carrillo, et un responsable [« officiel] » du « Journal Time « .

Extracto del documento de la CIA con la opinión de Carrillo sobre las bases de EE UU en España.
Extrait de la CIA sur  l’avis du Carrillo sur les bases américaines en Espagne.

Le document est daté du 15 juillet 1975, quelques mois avant la mort du dictateur Franco, bien que les propos ne soient eux pas datés. Dans la conversation, Carrillo a souligné que le PCE va travailler « avec les autres partis » dans la réalisation « d’un gouvernement démocratique », selon le document de la CIA. Le chef du PCE prévoyait un «renversement» «relativement pacifique» de Franco.

Carrillo a également informé son interlocuteur que ses intentions étaient de « rétablir les libertés civiles et les institutions démocratiques » et non pas « d’établir le socialisme » toujours selon le document. « Cela viendra plus tard », a-t-il déclaré à son interlocuteur

Quelles que soient ses intentions, le chef du PCE, s’est opposé au rôle de son parti frère du Portugal et surtout celui de son homologue, Alvaro Cunhal, pour son rôle dans la Révolution des Oeillets.

Le secrétaire général des communistes espagnols craignait qu’un « gouvernement radical » au Portugal pourrait « compromettre » ses propres options et son propre rôle  » dans l’Espagne post-franquiste ». Un rôle qui, selon le document de la CIA, pourrait conduire à participer à un gouvernement, ce qui pourrait avoir lieu « si ses camarades le demandaient », dit le rapport de renseignement américain.

Carrillo, qui a dit que le règne de Juan Carlos allait durer « quelques mois » et il a montré sa préférence pour les droits dynastiques de Don Juan, le père de l’actuel roi émérite.

Enfin, l’interlocuteur de Carrillo l’a interrogé sur son opinion sur les bases américaines en Espagne. Le rapport contient la réponse textuelle du Secrétaire Général du PCE: « les Américains peuvent être en Espagne tant que les troupes russes restent en Tchécoslovaquie. »

Le rapport de la CIA note que Carrillo est opposé à l’intervention militaire de l’Union soviétique en Tchécoslovaquie en 1968, mais indique également que « dans le passé, » le leader communiste s’était  publiquement opposé à la présence militaire américaine. « Son changement d’attitude peut être un effort pour adoucir » la réaction des États-Unis à une éventuelle entrée de PCE dans un futur gouvernement, interprète le rapport.

 
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Publié par le janvier 20, 2017 dans Amérique, Europe, histoire

 

La Crimée devrait être transformée en un off-shore pour nouvelles technologies

Крым надо превратить в интеллектуальный офшор

Selon Mikhail Deliagin, c’est la voie vers un partenariat stratégique avec l’Occident

Photo: Donut Sorokin / TASS

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On peut se demander si l’équipe de Trump rappellera ses chiens courants européens « au pied » ou trouvera plus bénéfique pour les USA le maintien des sanctions par l’UE, qui sapent son économie (avec parallèlement la levée des sanctions américaines), mais la bacchanale qui se poursuit en Occident depuis bientôt trois ans, mêlant cuistrerie et russophobie délirante est causée, avant tout, par l’impuissance de la bureaucratie russe et son refus pour une grande part d’entre elle de protéger nos intérêts nationaux.

Si vous vous transformez en bassin à cracher – ne soyez pas surpris que l’on vous crache dessus. Si vous vous transformez en paillasson –ne vous offusquez pas que l’on s’essuie les pieds sur vous.

La bureaucratie russe n’a pas encore officiellement condamné, ni la nature du coup d’Etat nazi en Ukraine ni, par conséquent, l’Etat ukrainien actuel, ni le soutien occidental au nazisme (limité jusqu’à présent à l’Ukraine) qui viole complètement les décisions du Tribunal de Nuremberg. De plus, elle n’explique que très timidement le bien-fondé juridique incontestable de la Russie en Crimée (car, au moment du coup d’Etat nazi l’Etat ukrainien ayant disparu, le principe de la souveraineté de l’Etat n’a pas lieu d’être). Peut-être cela est dû à la honte pour la bureaucratie russe, d’avoir soutenu l’Etat nazi ukrainien : sans elle, celui-ci n’aurait pas acquis sa légitimité et n’aurait pas duré un an, mais le fait demeure.

Exactement de la même manière que nous n’entendons pas de position cohérente sur les îles Kouriles: notre bureaucratie ignore superbement le fait que, en 1956, nous étions prêts à envisager le transfert au Japon de deux îles à la seule condition d’une démilitarisation complète et éternelle du Japon, y compris le retrait de son territoire de toutes les bases américaines. Le refus des autorités japonaises sur ce point (sans parler de leur accord pour y établir des bases de l’OTAN) signifie leur renoncement aux îles.

On notera aussi la réticence de la bureaucratie russe à exiger une enquête sur l’apparition de l’encéphalite à tiques, infligeant des pertes énormes à notre pays: la maladie est apparue peu après l’installation à nos frontières d’un laboratoire japonais pour le développement et la production d’armes biologiques.

Pour forcer l’Occident à lever les sanctions contre nous, plutôt que d’en appeler à la raison et à la loi, nous devons faire en sorte qu’elles soient douloureuses pour l’Occident lui-même. Les contre-sanctions de Medvedev semblent avoir été spécifiquement conçues de manière à ce que ce soit comme une pierre qui nous retombe sur les pieds et discréditer dans l’esprit du public l’idée même de la possibilité de protéger nos intérêts.

Alors qu’une simple interdiction de l’importation d’alcool et d’automobiles en Russie (tout en conservant d’importation des kits  pour l’assemblage des voitures) peut vite remettre en place ce que certains Européens pensent sérieusement être leur cerveau. Il est nécessaire de suspendre la validité des accords de l’OMC pour les pays qui les violent par leurs sanctions, et enquêter sur les circonstances de l’adhésion hâtive de la Russie à l’OMC.

Il y a beaucoup d’autres options, mais la chose principale est de tirer parti des conditions que nous impose l’Occident. Il a sorti la Crimée du système de droit international : la bureaucratie russe se déleste sans états d’âme de tous les inconvénients afférents sur les Criméens, mais ne pense pas aux avantages et aux profits qu’elle pourrait tirer de la situation.

En effet, la législation internationale d’aujourd’hui est répressive à bien des égards. Prenez ne serait-ce qu’un des paramètres principaux du progrès: la technologie de l’information. Elle est bridée de manière drastique par la «propriété intellectuelle», qui depuis longtemps, à mon avis, a dégénéré de la protection des intérêts des créateurs et des outils pour stimuler la créativité en un instrument monstrueux d’abus éhonté des positions de monopole.

De nombreuses entreprises occidentales bloquent l’utilisation de leurs programmes et applications en Crimée. La bonne réponse, que de nombreux experts faisant autorité dans ce domaine formulent en privé, serait de déclarer la Crimée zone offshore pour les nouvelles technologies, où n’auraient pas cours les brevets délivrés dans les pays qui ont commencé la guerre des sanctions contre la Russie. Cela ferait de la Crimée une Mecque pour les chercheurs – en particulier, les programmeurs, sans parler des propriétaires de trackers torrent, qui organiseront le libre échange de la musique et des films. Les programmeurs pourront facilement explorer les réalisations de géants comme Apple et Microsoft, sans crainte d’être punis pour violation des droits de propriété intellectuelle.

Cette utilisation gratuite se propageant à toute la technologie occidentale, cela permettra d’explorer librement, d’utiliser et de développer leurs technologies actuelles. Aujourd’hui, le monopole de « la propriété intellectuelle » freine les progrès technologiques ; la Crimée libérée de ces entraves deviendra avec un minimum d’efforts supplémentaires un centre de créativité technologique non seulement en Russie mais à l’échelle mondiale, la transformera en une locomotive de la recherche scientifique et des idées technologiques permettant d’accélérer le développement de l’humanité tout entière!

Le rôle de l’Etat dans ce contexte, qu’il sera tout à fait capable d’assumer, sera de fournir un minimum d’infrastructure.

En effet, la confrontation militaire – c’est le jour d’avant-hier, et économique – le jour d’hier. Aujourd’hui, la concurrence est de nature numérique, communicative, et la libération de la Crimée des entraves imposées par la loi internationale de l’Occident pour protéger la domination des monopoles nous donne une formidable opportunité de devenir  leaders dans la course intellectuelle planétaire grâce à la libération de l’activité intellectuelle!

Si, par exemple, Microsoft a sérieusement envie de protéger ses droits de propriété intellectuelle en Crimée également, il n’aura qu’à se ré-enregistrer dans un pays qui reconnaît sa réunification avec la Russie. Parmi ceux-ci, aujourd’hui les plus commodes sont le Venezuela, le Nicaragua et l’Afghanistan. Je pense qu’après que la Crimée sera décrétée offshore, son appartenance à la Russie sera reconnue rapidement par le Bélarus, – afin justement de devenir un lieu de ré-enregistrement des sociétés occidentales qui voudront protéger leur propriété intellectuelle.

Un autre moyen pour Microsoft serait de parvenir à une levée des sanctions américaines contre la Russie et la reconnaissance officielle par les autorités des États-Unis de l’appartenance russe de la Crimée.

Cependant, l’un et l’autre nécessitent un certain laps de temps, durant lequel la Crimée, et le développement technologique du monde auront la possibilité de faire un grand pas en avant.

Sans parler du fait que l’effet secondaire du processus – la reconnaissance du statut de la Crimée et l’élimination de la confusion juridique actuelle – a aussi une certaine valeur en soi.

Les déclarations des observateurs occidentaux clamant que la transformation de la Crimée en off-shore serait une « déclaration de guerre » – montreraient une fois de plus l’extrême infantilisme dont souffre l’Occident. Il ne veut pas admettre qu’en nous déclarant une guerre froide impitoyable et, en particulier, en déclenchant une guerre économique contre nous avec les sanctions, il a depuis longtemps mérité une riposte juste et adéquate. Il a été habitué à considérer notre gentillesse, y compris envers ceux qui soutiennent les dirigeants nazis comme Obama, Merkel et Hollande, comme une manifestation de faiblesse et d’impuissance. Les laisser poursuivre dans cette immaturité serait un suicide, que d’ailleurs nous avons déjà renoncé à l’accomplir.

Il est temps pour l’Occident de grandir et d’apprendre de nouveau à construire un lien de causalité entre leurs actions et leurs conséquences. Si nous pouvons l’aider en cela, il nous en sera reconnaissant après le « break », naturel chez les adolescents, et cette reconnaissance sera une base plus solide pour l’avenir de notre Union que l’exploitation conjointe des ressources naturelles de la Russie ou de qui que ce soit d’autre.

Texte : Mikhail Deliagin

Traduction par Marianne Dunlop pour Histoire et Société