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Archives de Catégorie: Europe

Grèce : le « non » grec place Angela Merkel au pied du mur

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 http://www.les-crises.fr/grece-le-non-grec-place-angela-merkel-au-pied-du-mur/

by Olivier Berruyer

Très belle analyse de indispensable Romaric Godin.

Mais je vais résumer : on entre à partir de ce soir dans la fin du jeu « crétin contre crétin » :

  • le petit crétin Tsipras, qui se bat pour que la Grèce ne sorte pas de l’euro ;
  • le gros crétin Européiste, qui refuse de verser 1 € pour aider la Grèce (je rappelle qu’un prêt n’est pas une « aide » au sens classique du terme. On leur a prêté des sommes folles (pour qu’ils remboursent nos banques en gros), mais à la fin ils doivent tout rendre avec intérêt, de sorte que notre devra avoir été financièrement nulle)

La balle est dans le camp du gros crétin (et par chance, ils sont 18, ce qui simplifie !!!) : soit il cède très très vite, et la Grèce reste dans l’euro (Repose en paix, Grèce, alors), soit ils ne cèdent rien, et Grexit et… on verra… Je ne fais évidemment aucun pronostic sur des crétins.

J’en parlerai sur BFM Business demain matin à 9h00…

Grèce : le « non » grec place Angela Merkel au pied du mur, par Romaric Godin

En votant « non », les Grecs ont montré une nouvelle fois leur refus de l’impasse à laquelle a conduit l’austérité. Angela Merkel doit désormais choisir entre la prise en compte de ce vote et l’inflexibilité de son ministre des Finances.

Désormais, le bluff n’est plus possible pour Angela Merkel. Après une semaine de campagne réalisée dans des conditions inimaginables de banques fermées, d’argent rationné, de retraités angoissés et de matraquage médiatique angoissant, les Grecs ont dit une nouvelle fois « non. » On pourra certes relativiser la portée de ce non par le taux d’abstention [note OB : 40 %]. Mais il n’empêche. Dans les conditions décrites ci-dessus, il s’est trouvé plus d’électeurs grecs pour refuser l’ultimatum posé par les créanciers à leur pays que pour l’accepter.

Prêts à prendre le risque du Grexit plutôt que de subir l’austérité stérile

Entre le rejet d’une nouvelle cure d’austérité stérile et le risque du Grexit, les Grecs ont choisi la deuxième solution. Certes, nul en Grèce ne souhaite la sortie de la zone euro, mais le message envoyé ce dimanche 5 juillet à ceux qui, comme Jean-Claude Juncker, Benoît Cœuré ou Jeroen Dijsselbloem, les ont menacés durant une semaine d’une expulsion de l’Union économique et monétaire s’ils votaient « mal », est bien celui-ci : les Grecs sont prêts à prendre ce risque pour ne pas s’engluer à nouveau dans la spirale infernale de l’austérité sans fin.

Le rejet de la logique européenne

Une nouvelle fois donc – la deuxième en moins de six mois -, les créanciers peuvent donc mesurer l’ampleur du rejet des politiques qu’ils ont imposées au pays depuis 2010. Une nouvelle fois, ils peuvent prendre conscience que leur stratégie de la peur ne fonctionne plus en Grèce. Si Angela Merkel a déclaré ce dimanche qu’Alexis Tsipras « lance son pays vers un mur à pleine vitesse », elle doit ce soir reconnaître que, pour la première fois depuis 2010, sa stratégie du pourrissement a échoué. Elle qui déteste trancher se retrouve ce soir face à la nécessité d’un choix. Les autorités grecques sont désormais prêtes à reprendre les négociations : elles n’ont jamais vu le « non » comme un vote de rupture, mais comme un moyen de reprendre la main dans les négociations. Le camp grec est ce soir plus fort de son soutien populaire, mais il tend une main vers les créanciers. Et Angela Merkel doit simplement décider si elle accepte cette main tendue ou si elle la refuse.

Ne rien faire : ouvrir la porte au Grexit

Si elle la refuse, si elle laisse l’affaire, comme elle l’a fait depuis des mois, entre les mains de la BCE et de l’Eurogroupe, donc si elle continue à ne considérer la crise grecque que comme une affaire de technique financière, la Grèce n’aura guère d’autre choix que de sortir de la zone euro. Les banques grecques sont à l’agonie. Les distributeurs sont vides. La BCE doit, lundi 6 juillet, décider de l’accès du système financier grec à la liquidité d’urgence. Si elle n’a aucun signe de la possibilité d’un accord, il est certain qu’au mieux, elle durcira les conditions en abaissant la valeur des collatéraux (garanties) déposés par les banques grecques pour obtenir cette liquidité d’urgence. Alors, le gouvernement grec sera soumis à une économie à l’arrêt complet. Une situation qui peut durer quelques jours peut-être, le temps de rouvrir des négociations et d’envoyer un message à la BCE pour normaliser l’accès à la liquidité. Mais pas plus. Si aucun message d’ouverture ne vient de Berlin, la Grèce devra commencer à émettre une monnaie propre pour permettre le fonctionnement de son économie. La glissade vers le Grexit sera alors inévitable.

Stopper la machine infernale

Angela Merkel peut donc encore décider de stopper la machine infernale. Elle peut accepter le résultat de ce soir et la décision du peuple grec et engager des négociations sur la base de la dernière proposition grecque. Cette dernière, rappelons-le, reprenait l’essentiel du plan du 25 juin rejeté ce soir par les électeurs grecs à quelques exceptions près (maintien du rabais de 30 % de la TVA dans les îles de la mer Egée, suppression plus tardive de la retraite complémentaire pour les plus fragiles, par exemple). Elles sont donc acceptables par les créanciers. Mais Athènes n’acceptait ces sacrifices que dans le cadre d’une restructuration de cette dette insoutenable comme l’a encore reconnu le FMI vendredi 3 juillet. il faudra donc aussi que la chancelière accepte d’en parler.

Les « promesses intenables » d’Angela Merkel

On a beaucoup glosé sur les « promesses intenables » d’Alexis Tsipras. Mais on a oublié une autre promesse intenable : celle d’Angela Merkel faite à ses électeurs de récupérer les sommes versées à partir de 2010 à la Grèce dans le cadre d’une cavalerie financière intenable. La démagogie n’est pas toujours là où on l’attend et Angela Merkel arrive ce soir au bout de ses « promesses intenables. » Elle doit donc accepter de discuter – Athènes ne demande pas davantage – de l’avenir de la dette grecque.

La responsabilité de la chancelière face à l’avenir de l’Europe

C’est donc un choix difficile pour la chancelière. Si elle refuse d’emprunter cette voie, si elle continue de laisser décider la BCE, l’Eurogroupe et son ministre des Finances Wolfgang Schäuble – qui estime que le Grexit pourrait n’être que « temporaire »  et était sans effet pour l’Europe -, alors elle pourrait devoir aussi en assumer les terribles conséquences. D’abord, pour la Grèce elle-même. Si le Grexit tourne mal, elle devra répondre de l’aggravation d’une situation humanitaire déjà bien dégradée. Ensuite, elle devra savoir qu’elle entrera dans l’Histoire comme celle qui aura défait tout ce que la génération précédente avait construit. L’Union économique et monétaire deviendra un système de taux de change fixe. A tout moment, il sera possible d’en sortir ou de s’en faire expulser. Ce sera une construction dénuée de sens politique. Par ailleurs, pour refuser d’accepter la réalité de l’insoutenabilité de la dette grecque, la chancelière risque de devoir faire face à un défaut unilatéral de la Grèce, et elle et son ministre des Finances devront expliquer aux contribuables allemands que leur rigidité leur a fait perdre des montants bien plus importants que ce qu’ils avaient voulu sauvegarder. Enfin, elle devra assumer les risques qui sont aujourd’hui minimisés peut-être à tort d’un Grexit sur la conjoncture alors qu’un krach boursier se profile en Chine…

Au pied du mur

Ce soir donc, les Grecs placent clairement Angela Merkel face à ses responsabilités. La journée de lundi sera décisive. La chancelière rencontrera François Hollande en soirée. Mais elle devra auparavant faire savoir si elle accepte ou non la réouverture des négociations. Sans son accord, le Bundestag refusera toute discussion. Or, sans feu vert du Bundestag, le MES ne peut pas engager de discussions sur un nouveau programme. La chancelière est donc ce soir au pied du mur.

Source : Romaric Godin, pour La Tribune, 05/07/2015

61 % de NON  sur 47 % des bulletins…

 
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Publié par le juillet 5, 2015 dans actualités, Europe

 

Le président chinois Xi Jinping et ce qu’il attend du sommet de Oufa

 

malgré le ralentissement des économies; les BRICS demeurent ce qui assure 50%  de la croissance mondiale. la Chine articule un nouveau modèle de gouvernance économique basé sur le gagnant-gagnant avec son projet de la route de la soie intégrant l’organisation de coopération de Shangaï dans un projet de stabilité pacifique, les pays d’Asie centrale mais visant à concerner au premier chef le continent euroasiatique. (note de Danielle Bleitrach)

 

« Renforcer le rôle des BRICS sera utile pour promouvoir l’efficacité de la gouvernance financière internationale », assure-t-il.

 

Approfondir la coopération pragmatique entre les membres des BRICS et de l’OCS aide à forger une communauté avec une destinée commune

( Source: Xinhua )

04.07.2015 10h59

 

Le président chinois Xi Jinping participera au 7ème sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) et au 15ème sommet de l’Organisation de la Coopération de Shanghai (OCS) dans la ville russe d’Ufa du 8 au 10 juillet.

 

Sa visite a pour but de booster la coopération pragmatique entre les Etats-membres des BRICS et de l’OCS, lier les stratégies de développement nationales des autres pays, et forger une communauté avec une destinée commune présentant des situations gagnant-gagnant et une convergence d’intérêts.

 

CREER DES PERSPECTIVES PROMETTEUSES POUR LES BRICS

 

Au cours de sa visite, M. Xi devrait proposer plusieurs initiatives et programmes pour renforcer le partenariat entre les Etats-membres des BRICS, et programmer la coopération économique future avec quatre autres chefs d’Etat.

 

Un des documents clefs exposant une stratégie de partenariat économique pour les pays des BRICS sera discuté au prochain sommet et devrait être approuvé.

 

Depuis l’établissement du mécanisme de coopération des BRICS il y a six ans, le mécanisme a montré une innovation et une vitalité puissante. Il est devenu un cadre de coopération à plusieurs niveaux dirigé par des réunions de leaders et une plateforme multilatérale représentant les intérêts des pays en voie de développement.

 

« La croissance des économies des BRICS dans son ensemble a ralenti mais les pays des BRICS, sur le long-terme et en ce qui concerne le développement, continuent d’être les centrales de la croissance économique mondiale », a souligné Wang Youming, chercheur spécialisé dans l’étude des pays en voie de développement à l’Institut chinois des Etudes internationales.

 

En tant que leaders de tous les pays en voie de développement, les cinq pays des BRICS doivent se soutenir, travailler ensemble et approfondir la coopération.

 

Dans le contexte de reprise lente de l’économie mondiale, tous les pays des BRICS devraient construire un partenariat plus étroit et poursuivre un développement et une prospérité commune. Le potentiel est grand pour la coopération économique dans le bloc des BRICS.

 

RATIFIER LE MODELE DE L’OCS (organisation de Coopération de ShangaÏ)

 

Au programme du sommet de l’OCS à Ufa, se trouve la ratification de la Stratégie de développement de l’OCS jusqu’à 2025, modèle complet couvrant une variété de sujets. Le modèle est très important pour approfondir la coopération de l’OCS dans les 10 prochaines années.

 

Les participants devraient également ratifier un nouveau guide de coopération pour combattre « les trois forces » que sont le séparatisme, le terrorisme et l’extrémisme et signer un accord sur la défense des frontières.

 

Par ailleurss, des progrès seront également réalisés lors du sommet de l’OCS sur la coopération pragmatique, tels que l’interconnectivité, le commerce, l’investissement, la capacité de production et la finance, l’expansion du bloc, etc.

 

La Chine va suggérer une série de propositions pour soutenir le développement des Etats-membres et appeler les Etats-membres de l’OCS à travailler ensemble pour construire la Ceinture économique de la Route de la Soie.

 

Dimitri Mezentsev, secrétaire-général de l’OCS, a déclaré plus tôt que la Chine a invité les membres de l’OCS à participer au projet, et que cela faisait sens pour ces pays de combiner leurs projets de développement économique avec l’initiative.

 

Les blocs des BRICS et de l’OCS sont le résultat de l’alliance et du renouveau des pays en voie de développement, qui répondent à leurs propres intérêts, et correspondent également au développement pacifique et à la reprise économique du monde.

 

Tout le monde sait que les économies des BRICS ont contribué à hauteur de 50 % à la croissance économique mondiale au cours des 10 dernières années, et que leur coopération boostera la reprise économique mondiale.

 

L’OCS jouera également un rôle. Sa coopération pratique donnera un nouvel élan au développement solide de l’économie mondiale

 
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Publié par le juillet 5, 2015 dans Asie, civilisation, Economie, Europe

 

Recommandé] Crises et Dévoilement, par Jacques Sapir

)by Les-Crises.fr Gr

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Nul ne peut prévoir le résultat du référendum qui se tiendra en Grèce le 5 juillet prochain. Les électeurs grecs sont soumis à une pression tant économique que médiatique sans précédents pour les convaincre de voter « oui ». Les exemples ici abondent, depuis les déclarations des hiérarques de l’Union européenne (les Juncker, Schulz et autres) jusqu’aux pressions faites par les entreprises grecques, en passant bien entendu par la pression la plus importante, et la plus significative, celle de la Banque Centrale européenne qui a coupé l’accès au compte Target2 des entreprises grecques, les empêchant de commercer avec l’étranger. On est en train d’étrangler la Grèce, en la privant de liquidités, et ce au moment même ou le FMI reconnaît le bien-fondé des positions défendues par le gouvernement d’Alexis Tsipras. L’ampleur de l’ingérence européenne est sans égale ; elle constitue un scandale inouï et un déni de démocratie immense. Elle jette un doute sur l’honnêteté du résultat si le « oui » devait l’emporter.

Mais, ce référendum a permis en quelques jours d’opérer un dévoilement important de l’attitude tant de l’Eurogroupe que de l’Union européenne. Ce dévoilement de la nature réelle des institutions européennes est un fait important pour l’ensemble des peuples qui vivent sous ce qu’il nous faut bien aujourd’hui appeler la coupe de l’UE. Il faut donc ici faire le bilan de ce que nous avons appris à la fois dans les mois qui nous séparent de l’élection de janvier dernier et surtout dans les jours qui ont suivi l’annonce du référendum.

La position, tant de l’Eurogroupe que de la Commission européenne, ou du Conseil européen, vis-à-vis du gouvernement grec n’a nullement été fondée sur un constat économique mais elle a toujours procédé d’un parti-pris politique. En effet, il était clair que les demandes de restructurations que le gouvernement grec a présenté sans relâche depuis le mois de février dernier de la dette étaient fondées. De nombreux économistes l’ont écrit[1]. Même le FMI l’a récemment reconnu[2]. Il est aujourd’hui évident que cette restructuration devra avoir lieu, et que le plus tôt sera le mieux. Les rejets multiples et répétés de ces propositions par l’Eurogroupe n’ont eu pour seul objectif que d’aboutir soit à la capitulation du gouvernement grec soit à sa démission. La déclaration de Martin Schulz, Président du Parlement européen le confirme[3]. Il est donc désormais bien établi que les institutions européennes n’ont eu de cesse que d’obtenir le départ d’un gouvernement démocratiquement élu. Ceci en dit long sur la notion de « démocratie » dont on se gargarise tant à Bruxelles qu’à Strasbourg. Ces « institutions » ont donc mené une guerre sans relâche contre le gouvernement grec, n’hésitant devant aucune manœuvre pour le déstabiliser. On en a eu une confirmation avec les méthodes odieuses qui sont utilisées contre lui depuis qu’il a décidé de recourir au référendum.

L’Eurogroupe, qui est l’instance assurant le pilotage de l’Union Economique et Monétaire, que l’on appelle la « zone Euro » n’a pas hésité à violer les règles tacites de fonctionnement établies depuis maintenant des décennies que ce soit du temps du « Marché Commun » ou de celui de l’Union européenne. En décidant de tenir une réunion dont le ministre Grec, M. Varoufakis, serait exclu, l’Eurogroupe, et en particulier son Président M. Dijssenbloem ne se sont pas seulement comportés de manière illégale, mais surtout de manière contraire aux principes qui sont censés être respectés entre les différents pays de l’UE. Il s’agit, ici encore, d’un abus de pouvoir inouï. Il n’a de parallèle que la décision de la Banque Centrale Européenne de couper les comptes Target2 (ou système électronique de transferts intra-zone) des entreprises grecques, organisant une pénurie artificielle de liquidités en Grèce, pénurie qui pèse de manière dramatique sur la situation de la population et qui compromet la tenue du référendum. C’est la première fois que, dans l’Histoire, une Banque Centrale organise une crise financière au sein de la zone dont elle a la responsabilité, non par incompétence mais à dessein. A nouveau, nous sommes confrontés à un abus de pouvoir inouï. Cet abus de pouvoir signifie en réalité que, sans le dire, la BCE a exclu la Grèce de la zone Euro. Si tel n’était pas le cas, la BCE aurait dû continuer à respecter les comptes Target2 des entreprises. Cela signifie que tant l’Eurogroupe que la BCE ne respectent pas la souveraineté de la nation grecque. Nous sommes revenus à la situation des années 1960 quand Leonid Brejnev affirmait la doctrine de « souveraineté limitée » des pays de l’Est vis-à-vis de l’Union soviétique. Ce qu’on fait l’Eurogroupe et la BCE est l’équivalent financier de l’intervention soviétique à Prague en août 1968. Nous sommes donc bien confronté à une tyrannie. Il faut en mesurer soigneusement toutes les conséquences.

On peut en déduire que l’Euro n’est pas une monnaie, ni même un projet économique, mais qu’il est un mode de gouvernement qui vise à imposer les règles du néo-libéralisme contre l’avis des peuples. Telle est la conclusion logique des dénis de démocratie que l’on a décrits et que le gouvernement grec, avec beaucoup de courage et un grand discernement, ont permis de dévoiler. Le maintien de l’Euro ne se justifie pas par des arguments économiques, mais essentiellement par la volonté politique de domination qui aujourd’hui s’incarne dans l’Allemagne, mais qui s’étend, que l’on parle ici de « collaboration » ou de « syndrome de Stockholm » n’a que peu d’importance, aux élites politiques de l’Espagne, de la France et de l’Italie. De ce point de vue, l’absence de politique française, ou plus précisément la servilité compassionnelle dont elle fait preuve face à l’Allemagne sur la question de la Grèce est des plus instructives. On ne peut que s’indigner de la passivité du Ministre des Finances, M. Michel Sapin quand, le samedi 27 juin, M. Varoufakis a été exclu de la réunion de l’Eurogroupe. Mais reconnaissons que cette passivité est dans la logique de l’attitude française depuis le début. Rappelons ici qu’avant son élection M. Alexis Tsipras n’avait pas été reçu par les membres du gouvernement et du P « S »…

Ces comportements signifient la fin des illusions en ce qui concerne la possibilité d’aboutir à un « autre Euro » ou de « changer l’UE ». Il faut sur ce point être très clair. De nombreuses forces se sont bercées d’illusions sur ce point, que ce soit en Grèce, et c’est l’une des contradictions de Syriza, ou en France, avec l’attitude du PCF et du Parti de Gauche. Toute bataille menée de l’intérieur du système est appelée à rencontrer des obstacles tellement formidables que l’on peut douter de son succès. James Galbraith, après beaucoup d’autres, a écrit que seul le vote « non » au référendum du 5 juillet pourrait encore sauver l’Euro[4]. Ce qui est sûr est que, paradoxalement, le « oui » va accélérer la fin de l’Euro en mettant au jour la nature réelle de la zone Euro. Le voile de la soi-disant « rationalité » économique désormais déchiré, réduit à un mécanisme de domination, l’Euro se révèle dans sa nature la plus odieuse[5]. Vouloir « changer » l’Euro n’est plus aujourd’hui une simple erreur ; cela devient au vu de l’action de la zone Euro envers la Grèce une stupidité criminelle. Il faudra d’urgence que les différents partis qui ont joué avec cette idée se mettent rapidement au clair sur cette question ou qu’ils assument de n’être que l’aile compassionnelle de la tyrannie européiste.

Les erreurs stratégiques de Syriza pèsent alors lourd, même si la manière dont la négociation a été menée est digne d’éloge. Il convient de s’inspirer du combat mené mais de ne pas en répéter les erreurs. Ne s’étant jamais mis au clair sur cette question, le gouvernement grec n’a pu apporter au coup d’Etat financier organisé par Bruxelles qu’une réponse bien incomplète. A partir du moment où la clôture des comptesTarget2 des entreprises grecques était constatée il devait réquisitionner la Banque Centrale de Grèce pour que le pays ne se trouve pas à court de liquidité, ou émettre des certificats de paiement (garantis par le Ministère des finances). On rétorquera que cela aurait été interprété par l’Eurogroupe comme une rupture définitive. Mais l’action de la BCE était bien l’équivalent de cette rupture. Il n’est aujourd’hui pas dit que le « oui » l’emporte. Mais, s’il devait l’emporter, ce serait bien parce que le gouvernement grec n’a pas voulu aller jusqu’au bout de la logique dans sa lutte pour la démocratie.

Les leçons que l’on doit tirer de ce qui se passe actuellement en Grèce, que ce soit en France ou ailleurs, sont extrêmement importantes. Un gouvernement qui entrerait en conflit avec l’Eurogroupe et avec l’UE sait désormais à quoi s’attendre. Les risques de déstabilisation de la société sont immenses dès lors que l’arme financière est utilisée sans restriction par la BCE. Devant ces risques, du moins en France, nous avons une procédure d’exception qui est prévue par la constitution : c’est l’article 16. Le précédent de la Grèce montre que les pressions financières peuvent empêcher un fonctionnement normal des institutions. Le pouvoir exécutif serait alors en droit d’user de l’article 16 pour gouverner par décret dans la période de crise et pour répliquer, du tac au tac, aux actions venant de Bruxelles et de Francfort.

* * *

[1] Voir Stiglitz J, « Europe’s attack on Greek democracy », le 29 juin 2015,http://www.project-syndicate.org/commentary/greece-referendum-troika-eurozone-by-joseph-e–stiglitz-2015-06

[2] Voir The Guardian du 2 juillet, http://www.theguardian.com/business/2015/jul/02/imf-greece-needs-extra-50bn-euros?CMP=share_btn_tw

[3] « Un gouvernement de technocrates pour en finir avec l’ère Syriza », déclaration de Martin Schulz, 2 juillet 2015,http://fr.sputniknews.com/international/20150702/1016824871.html

[4] Galbraith J., « Greece: Only the ‘No’ Can Save the Euro », 1er juillet 2015,http://www.prospect.org/article/greece-only-no-can-save-euro

[5] Lordon F., La Malfaçon, Paris, Les Liens qui Libèrent, 2014

Source : Jacques Sapir, pour son blog RussEurope, le 3 juillet 2015.

 
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Publié par le juillet 5, 2015 dans actualités, Economie, Europe

 

16 chiffres qui montrent qui paye la crise grecque

et les proposition de syriza à l’UE ne changent rien sur le fond, c’est dire si l’UE, le FMI et les vendus qui dans notre presse attaque le choix social démocrate du gouvernement grec sont prêts à aller très loin dans leur volonté de faire payer aux peuples l’accumulation du capital, leurs choix de guerre (Danielle Bleitrach)

by Les-Crises.fr Gr

Poverty in Greece

Sur le blog économique Macropolis, Nick Malkoutzis, rédacteur en chef adjoint du journal grec Kathimerini, communique deschiffres qui témoignent des ravages que la crise de la dette a occasionnés dans son pays.

Vu de l’extérieur, les quelques Athéniens décontractés qui dégustent leur tasse de café en terrasse, ou les îliens qui s’attardent à l’apéritif peinent à décrire les conséquences bien concrètes de cette crise pour l’homme de la rue. Et comme nous ne sommes pas confrontés à ce qui se passe dans les salons, bureaux, bâtiments d’usine et les hôpitaux, nous ne pouvons pas voir l’impact réel et dérangeant de la crise grecque. Les indicateurs suivants nous rappellent cependant comment ce pays de l’UE a été catapulté au siècle dernier:

✔ 34,6% de la population vit dans la pauvreté ou dans l’exclusion sociale, ou est susceptible d’y glisser (chiffres 2012).

✔ Depuis le début de la crise, le revenu disponible des ménages a chuté de 30%.

✔ 34,8% des ménages grecs ont des arriérés à l’égard de l’Etat, des banques, de la sécurité sociale ou d’autres services publics.

✔ Plus de 40% pensent qu’il ne seront pas en mesure de remplir leurs obligations financières cette année.

✔ Le Service public de fourniture d’électricité coupe l’approvisionnement électrique de près de 30.000 familles et entreprises chaque mois en raison de factures impayées.

✔ Depuis le début de la crise, le chômage a augmenté de 160%. Près de 3,5 millions d’employés travaillent pour soutenir 4,7 millions de chômeurs et d’inactifs.

✔ Les chômeurs reçoivent une indemnité de chômage de 360 euros pendant les 12 premiers mois de leur chômage. En conséquence, seulement 15% des 1,4 millions de chômeurs reçoivent des prestations. Les travailleurs indépendants (25% du nombre total de personnes actives) n’ont pas droit à ces prestations.

✔ Les transferts sociaux devraient être réduits de 18% cette année. Le budget de la santé a été réduit de 11,1% entre 2009 et 2011. Aucun pays de l’OCDE n’a réalisé une coupe aussi importante sur ce budget.

✔ La pension moyenne de base se monte à moins de 700 euros, et depuis 2010, elle a été réduite d’un quart. Il est prévu que ce montant soit encore réduit de moitié sur les prochaines années.

✔ Pour 48,6% des ménages, la pension est la principale source de revenus.

✔ Selon une étude de l’Université d’Athènes, 12,3% des Grecs souffrent de dépression clinique. Ils n’étaient que 3,3% en 2008.

✔ Environ 800 000 personnes vivent sans accès aux soins de santé et dans certaines régions, des organisations humanitaires telles que Médecins du Monde ont dû se substituer au système de santé national pour fournir des soins et des médicaments aux personnes les plus vulnérables.

✔ La réduction du nombre de seringues et de condoms disponibles pour les toxicomanes a provoqué une forte hausse des cas d’infection au VIH, les faisant passer de 15 en 2009 à 484 en 2012.

✔ Les chercheurs notent également une augmentation de 21% du nombre d’enfants mort-nés, qu’ils ont attribuée aux restrictions d’accès aux soins prénatals.

✔ La mortalité infantile a augmenté de 43% entre 2008 et 2010.

✔ Enfin, le taux de suicide est également en hausse, et alors qu’on en avait compté 400 en 2008, on a dénombré 500 cas de suicides en 2011.

Source : Audrey Duperron, pour Express.be, le 18 mars 2014.

 
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Publié par le juillet 4, 2015 dans Europe

 

« L’Europe a déclaré la guerre à la Grèce »

OUI l’Europe, le capital a déclaré la guerre à la Grèce, une guerre absurde indigne qui témoigne de jusqu’où il est prêt à aller… Oui cette guerre provoque l’indignation contre les vendus qui soutiennent une telle politique. Mais quand on veut à toute force rester dans un tel contexte et qu’on entretient son peuple dans l’illusion de ce qu’on peut attendre du maintien dans la zone euro on le démobilise, comme les dirigeants du PCF démobilisent les Français et les couches populaires, ils les démobilisent doublement sur ce qu’on peut attendre d’une coalition hétéroclite, d’union de sommet, et d’une possible réforme de l’UE. Cela est d’autant plus préjudiciable que cela s’accompagne d’une sous estimation de la fascisation, de la militarisation du continent, de la guerre face à la Russie, c’est à dire que nous tirons encore plus le peuple français vers les illusions que ce que peut le faire Syriza, qui lui au moins a tenté une résistance (note de Danielle Bleitrach)

by Les-Crises.fr Gr

Pour Stathis Kouvelakis, membre du comité central de Syriza, le déroulement de la crise grecque « signe la fin d’une certaine idée de l’Europe », dont il dénonce le caractère « antidémocratique ».

Stathis Kouvelakis, membre du comité central de Syriza et professeur de philosophie critique au King's College de Londres. (Stefania Mizara pour L'Obs)

Stathis Kouvelakis, membre du comité central de Syriza et professeur de philosophie critique au King’s College de Londres. (Stefania Mizara pour L’Obs)

Pourquoi le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a-t-il décidé un référendum ?

– Alors qu’il avait signé de sa propre main les dernières propositions présentées aux institutions européennes, celles-ci ont voulu le soumettre à un exercice d’humiliation en lui demandant d’aller encore plus loin, au-delà de ce qui était politiquement gérable par lui : il était devenu clair que son propre parti, sa majorité parlementaire et une partie croissante de la société n’étaient pas prêts à faire davantage de concessions.

Comment en est-on arrivé là ?

– Il n’y a pas eu de négociations. Le terme est inadéquat pour décrire ce qui s’est passé. Les institutions européennes ont gardé la même ligne depuis le début : imposer à Tsipras un plan d’austérité, le forcer à rester dans un cadre identique à celui de ses prédécesseurs et montrer ainsi que les élections en Europe, a fortiori quand c’est un parti de gauche radicale anti-austérité qui gagne, ne changent rien aux politiques qui sont suivies.

Ce qu’on appelle des négociations n’a été qu’un piège mortel qui s’est refermé sur Tsipras. Son erreur, c’est de ne pas l’avoir compris à temps. Il pensait qu’en poussant les discussions le plus loin possible les Européens finiraient par se résoudre au compromis plutôt que de prendre le risque d’une rupture. Mais ils n’ont rien cédé, alors même que lui a perdu beaucoup : il a fait d’énormes concessions, l’opinion publique s’est habituée à l’idée qu’un accord était possible, les caisses publiques sont vides.

N’a-t-il pas aussi fait l’erreur de croire qu’il pouvait obtenir moins d’austérité tout en restant dans l’euro ?

– Je fais partie de la tendance, au sein de Syriza, qui pense depuis le début que vouloir concilier le rejet de l’austérité et le maintien dans la zone euro est contradictoire. Or on a vu, dès que la Banque centrale européenne a décidé en février de couper le principal moyen de financement des banques grecques, que ce n’était pas possible. L’arme monétaire a servi de moyen de pression sur la Grèce afin de la forcer à renoncer à sa politique anti-austérité.

Le dernier épisode de ce chantage, c’est lorsque l’Eurogroupe, en refusant de prolonger le programme actuel, a contraint Tsipras à fermer les banques cette semaine. Le but est politique : en prenant les Grecs en otage et en créant une situation de panique, notamment dans les classes moyennes et aisées, il s’agit soit de forcer le gouvernement à ne pas aller jusqu’au référendum, soit de dicter les conditions de son déroulement et de favoriser le camp du oui. L’Europe a déclaré la guerre à la Grèce.

La société grecque semble très divisée…

– Oui, deux tendances s’affrontent. Le camp du non s’appuie sur une partie de la population très affectée par l’austérité, qui perçoit les exigences de la troïka comme une volonté d’humilier la Grèce. Mais le camp du oui, renforcé par la peur que suscite la fermeture des banques, est aussi en train de se structurer. Nul doute que ce référendum est un acte politique courageux. Les décisions importantes sont toujours risquées. On avait fini par oublier au fil du temps que la politique s’est rapetissée en Europe.

« La fin d’une illusion sur l’Europe »

Quels sont les scénarios possibles à l’issue du référendum ?

– Une victoire du oui serait une défaite majeure pour Tsipras et le contraindrait sans doute à organiser de nouvelles élections. Mais une victoire du non renforcerait sa détermination face aux institutions européennes en lui donnant un mandat différent de celui du 25 janvier : il s’agirait désormais de rompre avec l’austérité, quelles qu’en soient les conséquences – y compris si cela signifie sortir du cadre européen. Lorsqu’il a annoncé la tenue du référendum, c’était la première fois que le mot « euro » ne figurait pas dans son discours. Ce n’est pas un hasard.

Est-ce l’acte de décès de l’Europe ?

– Tout le déroulement de la crise grecque signe la fin d’une certaine idée, ou plutôt d’une illusion entretenue au sujet de l’Europe. Son caractère antidémocratique qui ne respecte que la loi du plus fort, son néolibéralisme qui méprise tout contrôle démocratique sont perceptibles par tous désormais. Tous ont pu se rendre compte que, même si Syriza n’a cherché qu’une rupture partielle avec les politiques d’austérité, une rupture modérée, pragmatique, et sans remettre en question les fondamentaux du cadre européen, l’affrontement a été ultraviolent. Simplement parce que ce gouvernement n’était pas prêt à capituler face au diktat néolibéral.

Même si l’Europe parvient à vaincre la résistance des Grecs, elle paiera, je crois, un prix très lourd pour son attitude. Car la Grèce n’est que la pointe avancée de la crise européenne : le projet communautaire est de moins en moins soutenu par les opinions publiques.

Source : Sarah Halifa-Legrand, pour L’Obs, le 2 juillet 2015.

 
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Publié par le juillet 4, 2015 dans Economie, Europe

 

A propos de la Grèce et d’autres faits…

Des partisans du

Que dire sinon que ce qui se passe en Grèce constitue un profond ébranlement dont il ne faut pas sous estimer la portée, parce que l’Europe fait la preuve qu’elle ne tolère même plus un social démocrate des plus classique comme Tsipras. Il lui faut une bloc conservateur appuyé par des fascistes ayant envahi l’appareil répressif comme gouvernement comme en Ukraine. C’est le choix du capital qui n’a pas de patrie mais un fort bras armé aux Etats-Unis.

Que dire sinon que cette social démocratie entretient des illusions préjudiciables de petits bourgeois sur la nature nécessaire de la résistance à une telle offensive. L’élection de Syriza reflète bien la situation d’un peuple qui ne supporte plus l’austérité, qui revendique le droit à la vie autant qu’à la dignité et qui pourtant à 80% revendique le maintien dans la zone euro. Syriza doit sa victoire autant à la volonté de résister qu’aux illusions sur la nature de la résistance nécessaire. On ne peut donc pas s’étonner de la situation et de l’ambiguïté du référendum. Aujourd’hui le problème n’a plus rien de technique, il est politique, le capital mène la guerre contre le peuple grec en situation à la fois de résistance et d’illusion.   Illusion quant à la nature des forces prêtes à résister, illusion fondamentale quant au maintien dans la zone euro. L’enthousiasme qui a salué la coalition hétéroclite que représente  Tsypras a été caractéristique de cette illusion : il suffisait de ne rien changer tout en refusant l’austérité pour l’emporter. Illusion aujourd’hui sur le maintien dans la zone euro.

Appel à la démocratie qui ne peut être d’accord, mais se gorger de fariboles sur la Grèce berceau de la démocratie quand on joue une partie à plusieurs bandes en essayant de concilier l’inconciliable, en continuant à entretenir le pire problème du peuple grec, le fait que 8O% de la population aspire au remède qui la tue, rester dans la zone euro. Ce qui signifie en fait que la Grèce qui ne pourra jamais et tout le monde le sait rembourser sa dette est condamnée à emprunter pour rembourser les intérêts qui représentent 90% de l’emprunt et elle doit vivre, agoniser plutôt avec les 10% restant. Peut-être si le OUI l’emporte, la démission de Syriza entraînera la formation d’un gouvernement de « technocrates » comme le veut l’UE capitaliste et qui ne sera rien d’autre. Quelle que soit donc l’issue, le problème restera entier et le choix du referendum n’est que la mise en réserve de dirigeants confrontés aux limites de leur propre démarche. Rien n’est à exclure et le processus ne fait que commencer. Chacun y compris le KKE se positionne par rapport aux apories de cette démarche face à ce qu’est l’UE.

Le drame est que chez nous on utilise cette situation pour entretenir le peuple français dans les mêmes illusions. La direction du PCF qui nous a déjà conduit dans le mur des alliances de sommet avec des groupuscules qui ne représentent qu’eux mêmes et qui partout quand ils le peuvent prétendent exclure la principale composante du Front de Gauche continue à feindre de soutenir les grecs et à nous inventer une perspective qui n’en est pas plus une que celle offerte en Grèce; D’un côté la haine des vendus à l’UE, aux Etats-Unis, à l’austérité sauf pour eux qui se déchaînent dans les médias, de l’autre l’illusion Grecque et l’effondrement entretenu des résistances, la désorganisation, la volonté de laisser au Front national ce que fut toujours la politique du PCF.

Il va falloir beaucoup de souffrances, de drames pour les Grecs et pour nous pour dépasser ce drame dans lequel s’enfoncent les peuples européens, acceptation de la guerre, de l’installation du fascisme en Ukraine et dans l’Europe de l’est et acceptation de fait de la soumission ,au diktat de la troïka et du FMI.

Oui pourtant je souhaite la victoire du NON, parce que cette petite résistance qui a le mérite de nous démontrer ce qu’est l’UE est un facteur de déstabilisation qui peut permettre de faire évoluer la situation. Même si le peuple qui refuse l’austérité et revendique sa dignité a la malchance comme nous français d’avoir a sa tête le canada dry du communisme qui toujours ne propose que ce qui le place en situation de soumission et ne l’organise jamais si l’on veut que la situation évolue il me semble qu’il faut jouer le processus et l’éclairer.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le juillet 4, 2015 dans Europe

 

La Grèce au bord du précipice, par Paul Krugman

 

by Les-Crises.fr Gr

Cela fait déjà quelques temps qu’il apparaît évident que la création de l’euro fut une terrible erreur. L’Europe n’a jamais eu les conditions requises pour la mise en place avec succès d’une monnaie unique – notamment le genre d’union bancaire et fiscale qui, par exemple, fait en sorte que lorsqu’une bulle immobilière éclate en Floride, Washington protège automatiquement ses concitoyens les plus âgés contre toute menace envers leur protection de santé ou leurs économies bancaires.

Par contre, quitter une union monétaire est une tâche bien plus ardue et plus effrayante que la décision de ne jamais la rejoindre et jusqu’à aujourd’hui, même les économies les plus troublées du Vieux Contient se sont éloignées encore et encore de ce précipice. Les gouvernements se sont soumis, encore et encore, aux exigences des créditeurs pour une austérité toujours plus sévère, alors que la Banque Centrale Européenne a réussi à contenir la panique des marchés. Mais la situation en Grèce a atteint aujourd’hui ce qui semble être un point de non-retour. Les banques sont fermées momentanément et le gouvernement a imposé des contrôles sur les capitaux – des limites sur les sorties de capitaux du pays. Il semble très probable que le gouvernement devra bientôt payer des pensions de retraites et des salaires en mandats, créant ainsi une monnaie parallèle. Et la semaine prochaine il y aura un référendum dans le pays pour savoir s’il faut accepter les exigences de la « troïka » – c’est-à-dire les institutions qui représentent les intérêts des créditeurs – pour encore plus d’austérité.

La Grèce devrait voter non et le gouvernement grec devrait être prêt, si nécessaire, à quitter l’euro.
Afin de comprendre pourquoi je dis ça, il vous faut vous rendre compte que la plupart – pas toutes mais la majorité – des choses que vous avez entendues à propos d’une Grèce dépensière et irresponsable sont fausses. Oui, le gouvernement grec dépensait plus que ce qu’il pouvait se permettre à la fin des années 2000.

Mais il a depuis sabré dans les dépenses de manière répétée et relevé les impôts. Le nombre de fonctionnaires de l’état a chuté de plus de 25 pourcent et les pensions de retraite (qui étaient, en effet, trop généreuses) ont été réduites de manière drastique. Si l’on ajoute à cela toutes les mesures d’austérité, cela est plus que suffisant pour combler les déficits d’origine et les transformer en excédent important.

Pourquoi cela ne s’est-il donc pas produit ? Parce que l’économie grecque s’est effondrée, en grande partie à cause de ces mesures d’austérité, entraînant les revenus dans sa chute.

Et cet effondrement est lui-même largement lié à l’euro, qui a piégé la Grèce dans une camisole de force économique. Les cas d’austérité qui fonctionnent, dans lesquels les pays maîtrisent leurs déficits sans entraîner une dépression, impliquent typiquement des dévaluations importantes de leurs monnaies, ce qui rend leurs exportations plus compétitives. C’est par exemple ce qui s’est passé pour le Canada dans les années 1990 et de manière tout aussi importante, ce qui s’est passé plus récemment en Islande. Mais sans sa propre monnaie, la Grèce n’avait pas cette option.
Est-ce que je viens juste de défendre le « Grexit » – la sortie de la Grèce de l’euro ? Pas forcément. Le problème avec le Grexit a toujours été le risque d’un chaos financier, d’un système bancaire perturbé par des retraits massifs et d’entreprises handicapées à la fois par des problèmes bancaires et par une certaine incertitude quant au statut légal de leurs dettes. Voilà pourquoi les gouvernements successifs en Grèce ont répondu favorablement aux exigences d’austérité et pourquoi même Syriza, la coalition de gauche au pouvoir, était prête à accepter l’austérité qui a déjà été imposée. Dans les faits, tout ce que Syriza demandait, c’était l’arrêt de davantage d’austérité.

Mais la troïka refuse catégoriquement. C’est facile de se perdre dans les détails, mais le point essentiel aujourd’hui c’est que l’on a présenté à la Grèce une offre à prendre ou à laisser, une offre qui est impossible à différencier des mesures en place depuis ces cinq dernières années.

Voilà une offre, et c’était certainement prévu ainsi, qu’Alexis Tsipras, le premier ministre grec, ne peut accepter parce que cela détruirait sa raison d’être politique. Le but est donc de le faire démissionner, ce qui va probablement se produire si les électeurs grecs ont suffisamment peur de la confrontation avec la troïka pour voter oui la semaine prochaine.

Mais ils ne devraient pas, et ce pour trois raisons. La première, c’est que nous savons qu’une austérité toujours plus dure est une impasse : après cinq ans ainsi, la Grèce va plus mal que jamais. La deuxième, c’est qu’une grande partie, et peut-être la partie la plus importante du chaos qui serait engendré par le Grexit s’est déjà produite. Avec la fermeture des banques et le fait que l’on impose des contrôles sur les capitaux, on ne peut pas faire beaucoup plus de dommages.

Enfin, céder à l’ultimatum de la troïka serait l’abandon ultime de toute idée d’une soi-disant indépendance de la Grèce. Ne vous laissez pas prendre par des affirmations selon lesquelles les responsables de la troïka ne sont que des technocrates expliquant aux grecs ignorants ce qui doit être fait. Ces soi-disant technocrates sont en fait des fantaisistes qui ont ignoré sciemment tout ce que nous connaissons de la macro économie et qui se sont trompés à toutes les étapes. Il ne s’agit pas d’analyse mais de pouvoir – le pouvoir des créditeurs de mettre à genoux l’économie grecque, qui perdurera tant qu’une sortie de l’euro est envisagée comme impensable.

Il est donc temps de mettre un terme à cette « impensabilité« . Sinon la Grèce se retrouvera face à une austérité sans fin, et une dépression infinie.

Source : Paul Krugman, pour la RTBF, le 30 juin 2015.

 
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Publié par le juillet 3, 2015 dans Economie, Europe

 
 
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