Une bagarre générale entre d’une part des députés favorables au président et d’autre part des députés favorables au gouvernement a éclaté vendredi au parlement ukrainien lorsqu’un élu s’est attaqué au Premier ministre Arseni Iatseniouk, en tentant de l’éloigner de la tribune parlementaire.

Une douzaine de députés, pourtant tous membres de la coalition prooccidentale au pouvoir, ont participé à cette rixe, qui n’a pas fait de blessés, selon des journalistes de l’AFP. L’incident s’est produit lors d’un rapport annuel devant le Parlement de M. Iatseniouk, devenu très impopulaire depuis sa nomination à ce poste en 2014 et dont les relations avec le camp du président Petro Porochenko sont tendues. Un député du groupe parlementaire favorable au président, Oleg Barna, qui recueille depuis plusieurs jours des signatures afin de lancer un vote de destitution à l’encontre de M. Iatseniouk, s’est ainsi rapproché de ce dernier en lui remettant un bouquet de roses, puis d’un coup l’a soulevé par derrière en tentant de  l’éloigner de force de la tribune. Ce conflit, qui est loin d’être rare au parlement ukrainien, met en lumière la fragilité de la coalition prooccidentale au pouvoir en Ukraine composée de quatre partis dont ceux du président (Bloc Porochenko) et du Premier ministre (Front populaire), qui ont du mal à s’entendre malgré le sanglant conflit armé avec les rebelles prorusses dans l’Est et une grave crise économique.

LE CONTEXTE: LA VENUE DE JO BIDEN ET LES RIVALITES D’INTERET DECHAÎNES

Le contexte est celui d’un fort mécontentement populaire et de la venue du vice président américain Joe Biden, venu donner des ordres et surveiller les investissements en livrant une feuille de route à ses vassaux qui ne peut que développer les contradictions déjà à l’œuvre dans cette catastrophe ukrainienne.

Joe Biden a fait passer un souffle de terreur sur la Rada, tout le monde s’est interrogé sur le sens de sa venue  Il a bien sûr fêté « le sursaut démocratique  » du coup d’Etat du maïdan opéré avec l’accord de la France, l’Allemagne et la Pologne. Souvenez-vous de la présence de Fabius portant sur les fonds baptismaux ukrainiens ce mélange d’oligarques et de brutes d’extrême-droite qui donne une visage si particulier à la « démocratie ukrainienne »

  1. l’intensification de la guerre et de la répression

Il semble que la nouvelle venue du vice président de Etats-Unis, Jo Biden ait exaspéré les tensions. Il venait de partir lorsque sont intervenus les incidents, mais il a promis de revenir, c’était la 5e fois qu’il faisait le voyage, les Etats-Unis ont versé des milliards de dollars et ces investissement exigent une surveillance permanente, sans parler des intérêts personnels de la famille Biden sur le gaz ukrainien. A chaque fois immédiatement avant la visite de Biden, lors de sa visite, et après, il y a l’escalade des conflits armés dans le Donbass et la violation du cessez-le-feu. Biden a visité l’Ukraine dans la semaine avant la tragédie du 2 mai à Odessa. Et chaque visite a toujours été accompagnée par l’intensification du conflit dans l’est de l’Ukraine.

Où l’Amérique mène sa politique étrangère, il y a le chaos, les conflits militaires locaux d’intensité variable, les conflits gelés, le changement d’élites dirigeantes et des régimes. Cette fois elle menace d’être nucléaire, les zones de confrontation se multiplient et les alliés de l’OTAN comme l’Ukraine et la Turquie doivent pouvoir allumer la mèche sur ordre.

2) le fédéralisme et la lutte contre la corruption

Tout en prétendant mobiliser contre la guerre, il a prétendu intervenir pour restaurer la « démocratie », l’habituelle gestion étatsunienne. Il a souhaité en passant sur la nécessité d’une réforme du système judiciaire et la mise en œuvre des accords de Minsk. Ce qui a  introduit quelques contradictions dans un système au bord de l’implosion. S’appuyer sur des pourris, pour le plus grand bénéfice de multinationales et des marchands d’armes, porter la guerre, en prétendant intervenir au nom de la démocratie, la « ligne » américaine.

En plus de la guerre Biden a appelé à l’adoption de l’amendement de la constitution qui fera de l’Ukraine une  Fédération. « Il est important  d’ avoir une autonome, indépendante des États qui choisissent leur propre pouvoir, leur propre système éducatif, le gouvernement joue à  l’articulation de la constitution », a dit  Biden .Et d’ajouter que la réforme constitutionnelle est une étape importante pour l’avenir du pays en Europe. Le fédéralisme, les grandes régions, le modèle allemand comme base de la vassalité. La main mise des multinationales sur les provinces en dépend également.

Porochenko a moins de 3 semaines pour accepter les changements dans la constitution avec le « Statut spécial ». Ainsi que « pour créer les conditions pour la tenue d’ élections transparentes et justes dans les provinces de Donetsk et de Lougansk ».

Porochenko avait le visage fermé : par conviction de pillard centralisé et par peur des néonazis qu’il a transformés en patriotes, il a toujours défendu l’unification de l’Ukraine et craint ses multiples rivaux et leurs bandes armées avec qui il devrait partager le gâteau. Il s’accommode mal de ce blanc seing aux oligarques provinciaux avec leurs propres bataillons… mener la lutte contre la Russie et perdre tout pouvoir de l’Etat central au profit de rivaux qui ne rêvent que de le dégommer n’était pas tout à fait dans sa vision … Cela le force à se rapprocher de son premier ministre qui a atteint une impopularité record. Le Parlement, comme le gouvernement n’est plus qu’un jeu d’alliances temporaires dans le pillage du pays. *

Quand Biden a parlé de la lutte contre la corruption, là ça a été la débâcle, Biden n’a pas d’illusion mais cela signifie sans doute qu’il accorde les faveurs du grand ami américain au gouverneur d’Odessa, le géorgien poursuivi dans son propre pays.

Biden a déclaré que, dans d’autres démocraties du monde, la corruption est un cancer mais rarement  comme en Ukraine.
 » je n’ai jamais dit aux gens d’autres pays ce qu’ils doivent faire, mais vous ne trouverez aucune démocratie dans le monde, où le cancer de la corruption  prospère à ce point.  La corruption ne permet pas de construire une démocratie réussie « , – a expliqué le vice-Président des États-Unis. Selon lui, l’Ukraine  avait pourtant  obtenu des succès sans précédent dans le développement économique,  ces réalisations magnifiques n’ayant jamais bénéficié en intégralité aux citoyens ordinaires, les infrastructures étatiques se détériorent partout. Les citoyens ukrainiens de plus en plus nombreux fuient leur pays.

Effectivement tandis que cette scène se passait au Parlement dehors des manifestants répandaient des carottes en chantant des chants révolutionnaires…
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