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Archives de Catégorie: Economie

ILLUSIONS ET RÉALITÉS DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L’AMÉRIQUE LATINE (PREMIÈRE PARTIE)

http://www.contextolatinoamericano.com/site/article/ilusiones-y-realidades-en-el-devenir-de-america-latina-primera-parte

Cet article met en cause l’euphorie du moment progressiste dans le continent sud-américain, l’idée que tout allait bien puisque des progressistes étaient au pouvoir, une « sorte de « fin de l’histoire » de gauche, alors qu’il aurait fallu une bataille révolutionnaire dans le développement des forces productives, dans la lutte contre la corruption et la bureaucratie. Si les progressistes s’endorment sur leurs lauriers, la Capital lui n’est jamais en repos. Une première partie qui pose des questions y compris sur notre propre conception de l’alternance de Tsipras à Podemos en passant par Mélenchon et les « Insoumis ». Mais aussi l’illusion nous communistes d’un changement majoritaire dans la joie et les bons sentiments (note et traduction de Danielle Bleitrach pour Histoire et societe)

24 AOÛT 2017

PAR GUILLERMO L. ANDRÉS ALPÍZAR

L’histoire de l’Amérique latine est tout simplement fascinante. Elle offre les ressources  nécessaires à la production d’un bon livret hollywoodien: intrigues, agressions, alliances, ruptures. Il y a de tout. Mais ce qui la rend encore plus intéressante, c’est que, bien que nous connaissions le début, l’avenir ne répond pas aux caprices d’un scénariste, mais est le produit d’ une construction collective, dans un ensemble qui évolue, sur laquelle on n’a pas encore dit le dernier mot

L’inflexion

La fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle ont marqué un tournant économique et social en Amérique latine. L’arrivée au pouvoir du président Hugo Chávez a été le catalyseur continental du mécontentement populaire, après de longues années de néolibéralisme. Peu à peu, les gouvernements socialistes, contestataires et de gauche ont émergé, dont le dénominateur commun était la rupture avec le modèle néolibéral ambiant. Dans ce contexte, les choses ont commencé à aller vers le mieux: la ZLEA a été vaincue à Mar del Plata et l’intégration régionale a été renforcée, qui a finalement été au pinacle après l’émergence d’espaces tels que l’ALBA (Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique) UNASUR (Union des nations sud-américaines) et CELAC (Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes); des consultations populaires ont été promues qui ont transformé les fondements constitutionnels du Venezuela, de l’Équateur et de la Bolivie; les peuples ont fait entendre leur  voix, et des hommes politiques étaient portés aux cimes par des mouvements sociaux.

Les vents favorables ont également poussé l’économie. L’amélioration des termes de l’échange, dans un «super cycle de produits», a généré un revenu extraordinaire qui a été acheminé vers des programmes sociaux. Il a été investi davantage dans l’éducation, la santé, le développement scientifique et les infrastructures. Le poids de la dette a diminué dans le PIB et les réserves internationales ont augmenté. Il a été échangé davantage et s’est vendu mieux sur le marché mondial. Il y avait des torrents d’investissements étrangers, en partie attirés par les attentes d’une croissance économique plus élevée et de taux d’intérêt plus élevés que ceux des centres économiques mondiaux. Le chômage et la pauvreté ont diminué. La lutte contre la faim a avancé et, dans plusieurs pays, le coefficient de Gini a été réduit.

La crise économique mondiale, avec son épicentre aux États-Unis, a polarisé toute l’attention sur les contradictions du capitalisme mondialisé et financier. En Europe, les problèmes liés à la dette souveraine ont pris la vedette et le sauvetage grec a été négocié dans des conditions onéreuses. Dans le Vieux Continent, des programmes d’austérité ont été appliqués, qui ont rappelé les programmes d’ajustement structurel promus par les institutions de Bretton Woods dans le tiers monde depuis des décennies.

Dans l’arène géopolitique, les niveaux supérieurs d’unité régionale ont rendu les choses plus difficiles pour la superpuissance hégémonique, précisément dans le domaine qu’il considérait depuis longtemps comme «son arrière-cour». Les problèmes de l’Empire au Moyen-Orient, la montée imparable de la Chine et la force croissante de la Russie ont soustrait la pression politique sur l’Amérique latine, qui a gagné de nouveaux alliés et renforcé d’autres relations, dans le cadre d’une configuration de plus en plus multipolaire . [i]

En dépit des contradictions internes et d’autre problème conjoncturel, la situation était si favorable dans l’économie, le politique et le social qu’il y avait une force politique de gauche qui se donnait le luxe de la démobilisation. Il a répété l’axiome, « en imaginant  avec beaucoup d’optimisme que cette fois lui-même avait atteint « la fin de l’ histoire », une idée qui avait été critiqué chez Francis Fukuyama ad nauseam. [Ii] Après tout, si les gouvernements des peuples avaient pris le pouvoir, et si l’économie allait bien, il n’y avait aucune raison de nous inquiéter.

Pour certains, insérés dans une conception dichotomique de la réalité, se confronter avec le néo-libéralisme avait déterminé   « un autre ordre du jour » , comme le bon chemin, parce que le « néo-libéral » était mauvais, l’anti-néoliberal nécessairement bon : tôt ou tard, tous les problèmes seraient résolus. Ce groupe a oublié qu’en matière de politique économique, le succès réside dans un très large éventail de facteurs. Dans certains cas d’entre eux peuvent être modifiés, et dans d’autres non. En règle générale, avoir la bonne motivation n’est pas suffisant, mais nécessite également de la connaissance, de l’expérience et de la capacité d’apprendre des erreurs, de rectifier à temps.

Les questions en suspens

Bien que les changements survenus en Amérique latine soient transcendantaux, l’euphorie des bons moments a-t-elle été un obstacle ou au moins a rendu difficile la suite ?  pour construire un équilibre objectif entre les défis actuels et futurs rencontrés par les gouvernements de gauche dans la région.

En termes systémiques, les changements dans l’orientation politique de la plupart des gouvernements latino-américains n’impliquent pas une transformation dans le modèle du développement capitaliste, mais dans la plupart des cas, cela s’est approfondi. Les relations de propriété, à quelques exceptions près – par exemple avec les hydrocarbures au Venezuela – sont demeurées intactes, et la croissance économique a été, comme Marx pourrait le dire, une croissance de l’appropriation privée de la production sociale. L’effort louable et nécessaire pour redistribuer les ressources aux classes sociales à faible revenu, en substance, signifiait intensifier la dynamique de l’accumulation capitaliste. S’il est offert à un homme pauvre des occasions d’acquérir plus de nourriture, de vêtements et certaines technologies,

Les bases de la dépendance ont été reproduites, faute d’un effort régional sérieux dans  la rupture avec les rapports sociaux dominants. Dans ce domaine, le processus de désindustrialisation a progressé. Rappelez-vous que la production industrielle en 1987 a atteint près de 42% du PIB de l’Amérique latine et des Caraïbes, alors qu’en 2016 il était passé à 27%? [iii] et peu de progrès ont été réalisés dans l’amélioration des systèmes fragiles d’innovation qui caractérisent la plupart des pays de la région.

Faute d’actes, l’Amérique latine a continué à occuper une place secondaire dans la génération mondiale des connaissances. L’augmentation de l’investissement dans ce domaine, bien que cela explique peut-être une augmentation de la productivité scientifique, n’a pas eu le même impact dans le domaine de la technologie: le coefficient d’invention ou les brevets par cent mille habitants est resté stagnant pour plus d’une décennie, les conditions de dépendance technologique se sont approfondies et le solde du déficit a augmenté par rapport aux paiements tirés de l’utilisation de la propriété intellectuelle.

Le rythme de la formation brute de capital fixe est resté très proche de la moyenne mondiale, mais loin des économies les plus dynamiques au monde. La combinaison de niveaux réduits d’accumulation de capital physique, de schémas de spécialisation sectorielle axés sur les commodités ou des services traditionnels et la faible efficacité des investissements dans la recherche et le développement expliquent en grande partie les progrès limités dans la productivité du travail et l’énorme lacune qui existe dans ce domaine par rapport aux pays développés.

L’augmentation de l’exploitation des ressources naturelles a entraîné un renforcement de la subordination séculaire aux marchés internationaux des produits, sur lesquels, à l’exception du pétrole? aucune capacité d’intervention n’est disponible. [Iv] Cette utilisation accrue des revenus générés par les ressources minérales, sans l’apparition d’ un changement dans les relations de structure ou économique a jeté les bases pour le retour des conditions décrites dans la thèse Chanteur-Prebish (sur la détérioration des termes de l’échange), ainsi que l’aggravation des contradictions inhérentes à la lutte des classes, ont provoqué un tsunami socio-économique sur les forces de gauche dans l’exercice du gouvernement déjà ressenti.

Avec le modèle extractiviste ou néo-extractiviste, comme on l’a identifié dans certains cas décrit par Eduardo Gudyna s- [v] a approfondi les économies d’enclave et la destruction de l’environnement, ce qui a provoqué l’émergence ou l’intensification de quelques conflits environnementaux. Dans ce domaine, les sociétés transnationales ont poursuivi leur pillage continental, sous couvert d’un réseau dense d’accords de libre-échange. Ce sont les agents de «l’accumulation par dépossession» sur lesquels David Harvey mettait en garde, [vi] qui ne pouvait être surmonté.

Au niveau de la gestion publique, une bonne partie des transformations ont été basées sur les mêmes mécanismes institutionnels sur lesquels le néolibéralisme a été appliqué depuis les années 1980. Dans de nombreux cas, les mêmes bureaucraties anciennes ont rempli cette tâche, ils se contentaient de nouveaux manuels sur la façon de se conduire face aux masses. Les technocrates ont continué à circuler parmi les messages du gouvernement, obstruant parfois le respect des décisions prises par les dirigeants de gauche et les causes de la corruption, ont continué à proliférer, rendant les transformations inefficaces.

Au sujet des initiatives, plusieurs des projets les plus importants annoncés ou des objectifs prévus ont été entravés. Du point de vue financier, l’initiative d’une monnaie régionale ou d’une nouvelle banque à capacité réelle de financement du développement ne pourrait pas se concrétiser. Aucune des économies dollarisées n’a pu se débarrasser de ce lourd fardeau qui l’empêche d’exercer sa souveraineté monétaire. L’unité politique ne s’est pas traduite par une intégration économique, et le commerce intrarégional affiche à peine 17% du total exporté. [vii] Oui, certains accords de libre-échange avec les États-Unis et le partenariat économique avec l’Union européenne, qui, conjugué à la maintenance (et même à l’expansion) de bases militaires étrangères, a assuré que la cravate conçue pour lier les pays au sud du Rio Grande.

Comme d’habitude, les peuples d’Amérique latine ont continué à recevoir le bombardement quotidien des images créées par les grands pouvoirs des médias, qui utilisent désormais non seulement les médias traditionnels, mais aussi les réseaux sociaux et les autres domaines d’influence créés par les technologies de l’information et les communications. Des millions de dollars ont continué à couler de Washington pour déstabiliser les gouvernements «non alignés» avec des intérêts impériaux et nourrir des ONG garantissant des intérêts étrangers dans la région.

Tous ces éléments nous permettent de comprendre, au moins en partie, les raisons de l’«optimisme» propre à cette étape, à supposer des limites inhérentes au niveau de développement des forces productives dans la région. Bien que des progrès aient été réalisés, les lacunes  du développement latino-américain sont trop profondes pour être résolues en dix, quinze ou vingt ans.

[i] Oligopoly implique la présence d’un groupe limité de grandes puissances, sans devenir multipolaire.

[Ii] Cette thèse apparaît dans le livre de Fukuyama, F. (1992): La fin de l’histoire et le dernier homme. NewYork: Macmillan.

[iii] Données de la Banque mondiale (2017). Disponible surhttp://datos.bancomundial.org/indicador

[iv] À cet égard, voir le travail de Monica Bruckman (2012): Ressources naturelles et la géopolitique de l’intégration sud-américaine. Lima: Insituto Perumundo et Fondo Editorial JC Mariátegui.

[v] Voir le travail de Gudynas, E. (2009): « Dix thèses urgentes sur le nouvel extractivisme ». En extractivisme, politique et société (p. 187-225). Quito: CAAP et CLAES.

[vi] Pour approfondir le sujet de l’accumulation par dépossession, voir David Harvey (2003): « Le Nouvel Impérialisme ». Oxford: Oxford University Press.

[vii] données de la CEPAL (2017). Annuaire statistique d’Amérique latine et des Caraïbes 2016.

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La rigidité des pratiques d’embauche à la française

ce site The Conversation France est très intéressant, il présente une série d’articles qui permettent de mieux comprendre pourquoi la loi El khomry et les ordonnances sont un leurre, ici il est démontré que favoriser la sortie de l’emploi pour les travailleurs n’apportera rien tant que l’on ne considère pas les rigidités à l’entrée. (note de Danielle Bleitrach)

Un forum de recrutement. UPMC-PARIS via Visualhunt.com CC BY-NC-SA

Voici un sujet que l’on n’aborde jamais sous cet angle : la rigidité du marché du travail est attribuée à notre droit du travail qui limiterait les possibilités de se séparer des salariés le moment venu. Et si elle tenait tout autant aux particularités des pratiques d’embauche dans notre pays, telles qu’elles se sont progressivement développées ?

Plusieurs d’entre elles méritent d’être soulignées : l’importance des exigences formulées à l’égard des candidats à l’emploi, le rôle dérisoire dévolu aux annonces d’offres d’emploi et la force de l’exclusion de certaines populations discriminées en raison de critères illégaux, certes, mais aussi des diplômes et des périodes de chômage. Ces phénomènes se renforcent mutuellement pour former un obstacle insurmontable pour une partie de la population, qui se trouve privée de toute possibilité d’entrer en relation avec des recruteurs.

Le profilage des candidats

Dans un contexte de chômage de masse, tel qu’il s’est installé depuis plusieurs décennies en France, les recruteurs ont développé des pratiques bien à eux. Prenons la question des profils de poste, ou plutôt des profils de candidats (et c’est bien le problème), tels qu’ils apparaissent dans les annonces d’offres d’emploi. Leur analyse rétrospective, depuis les années 1960, a permis de voir la multiplication des exigences qui y ont été progressivement formulées. Sur la période contemporaine, l’omniprésence du critère du diplôme n’est pas un mythe.

Chacun sait que les grandes écoles de commerce et d’ingénieurs sont citées de préférence aux masters universitaires, et les filières scientifiques aux autres. C’est là un puissant facteur de discrimination à l’égard des minorités. D’autre part, les niveaux requis descendent rarement en dessous du Bac +5, ce qui différencie précisément les annonces françaises des britanniques ou des espagnoles, par exemple. L’expérience n’est pas en reste, avec son cortège de précisions sur la fonction occupée et le secteur d’activité où elle doit avoir été acquise « de préférence », sur les produits et process à connaître, sur l’environnement de travail, sur sa durée…

L’objectif est d’éviter d’un côté les candidatures de débutants, et de l’autre, celles de seniors patentés. Passons enfin sur la maîtrise de l’anglais (une évidence !) ou d’autres langues (« un plus »), de langages informatiques, et sur la kyrielle de qualités personnelles que doit présenter le chercheur d’emploi.

Au fur et à mesure que s’accentuait ce profilage d’un candidat idéal, dans le but recherché de favoriser son autosélection (et dans les faits, de le décourager) et d’éviter au recruteur de se trouver face à une pléthore de candidatures, les annonces ont cessé de jouer leur rôle dans les appariements. D’instruments de rapprochement et d’ajustement mutuel entre offres et demandes d’emploi, elles sont devenues des instruments de sélection à distance aux mains des recruteurs. Les annonces ne permettent pas aux demandeurs d’emploi de s’orienter dans les méandres du marché du travail et d’apprécier des opportunités, ni de choisir en connaissance de cause là où leurs compétences pourraient être utilisées à bon escient.

Le manque de données sur le poste offert, sur les salaires proposés, les horaires ou les lieux de travail, est symptomatique de ce déséquilibre. Bien entendu ces caractéristiques varient avec les secteurs d’activité et les niveaux de qualification. Mais ce ne sont pas les quelques métiers « en tension », dont on nous rebat les oreilles, qui fondent les caractéristiques globales du fonctionnement du marché du travail.

Le rôle dérisoire des annonces

Alors que la lecture des annonces se trouve en tête des démarches de recherche d’emploi en France, elles sont à l’origine de moins de 7 % des recrutements, d’après l’enquête emploi de l’Insee (voir graphique sur les données 2005-2015). C’est dérisoire. La révolution Internet n’y a rien changé, pas plus que l’essor des réseaux socionumériques ou du digital.

Le repositionnement des intermédiaires publics et privés (Pôle emploi, les agences d’emploi, les écoles, Universités et centres de formation) ne suffit pas non plus à enrayer le processus. Une fois au chômage, les individus doivent essentiellement compter sur eux-mêmes pour trouver un emploi, solliciter leurs relations, tenter de se faire ré-embaucher là où ils ont été stagiaires, intérimaires, apprentis ou salariés en CDD, ou mieux encore, postuler au hasard ici ou là.

Les candidatures spontanées représentent la première source d’appariement : 36 % des recrutements (ou plus selon les années) leurs sont attribués, ce qui est beaucoup, et, disons-le, beaucoup trop. Lorsque l’on sait que les enquêtes équivalentes en Grande-Bretagne (Labour Force Survey) donnent les annonces comme un canal primordial de recrutement, on mesure le chemin à parcourir pour dynamiser le fonctionnement du marché du travail.

Les dysfonctionnements s’entretiennent. Les entreprises qui reçoivent en masse des candidatures spontanées ne sont pas incitées à publier des offres d’emploi où décrire précisément leurs besoins. Pourquoi aller vers l’autre partie du marché si celle-ci vient spontanément à vous ? Paradoxalement, les grandes entreprises renforcent le phénomène en faisant des appels globaux à candidatures en direction des plus diplômés, qui sont l’occasion de cultiver leur « marque employeur » et de faire de la communication institutionnelle à peu de frais.

D’un côté les chercheurs d’emploi sont condamnés à multiplier leurs envois pour tenter de tomber au bon moment au bon endroit, contribuant à renforcer artificiellement la concurrence entre eux et l’embarras du choix du côté des recruteurs. De l’autre, ces derniers sont tentés de multiplier les critères de sélection pour éliminer les surplus de candidats, ce que les algorithmes incorporés dans les CVthèques permettent de faire facilement.

Attendre d’être sélectionné

Ce cercle n’est pas vertueux, on l’aura compris. Dès lors que les candidatures spontanées prennent le pas sur les annonces, les candidats ne sont pas en position de choisir mais d’être choisis, ou de ne pas l’être, sans savoir pourquoi ils ne le sont pas. Ils sont en position d’attente et demeurent privés d’informations sur ce qui leur fait défaut par rapport à d’autres et sur la manière dont ils devraient s’y prendre pour s’ajuster à l’autre partie du marché du travail.

L’informatisation des processus de recrutement n’arrange rien, sauf pour ceux qui sont dotés des bons signaux, tandis que les autres candidats (parcours complexes, reconversions, non diplômés…) demeurent tout simplement inaperçus. Les candidatures qui circulent de mains en mains ou parviennent par la poste ont quelques chances d’être lues, triées, jetées, classées ou retenues.

Celles qui parviennent par Internet, pour peu qu’elles soient triées par des robots, ne donnent plus l’assurance d’être au moins parcourues et finalement prises en compte. Le risque est grand, comme on le sent confusément, de rester longtemps au chômage ou d’être définitivement privé de toute possibilité de trouver un emploi, sans avoir l’occasion de rencontrer un interlocuteur sur le marché du travail, de dire ses compétences ou de commenter son parcours.

Dès lors que la recherche d’un emploi s’apparente à un parcours du combattant, on comprend les réticences à la mobilité et la menace que représentent les perspectives de licenciements qui pèsent sur les salariés. Il y a là matière à réflexion pour ceux qui s’attachent à flexibiliser les conditions de sorties des entreprises, sans prendre en compte leurs rigidités à l’entrée. Celles-ci sont réelles à l’échelle du marché du travail.

 
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Publié par le septembre 27, 2017 dans Economie, SOCIETE

 

Réforme fiscale : « Les plus riches bénéficieront d’une hausse de revenus 18 fois plus importante que les plus pauvres » note Oxfam

Selon la porte-parole de l’ONG Oxfam, Manon Aubry, avec les réformes fiscales engagées, « le gouvernement offre 24 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches ».

Manon Aubry, porte-parole d\'Oxfam, le 25 septembre 2017.
Manon Aubry, porte-parole d’Oxfam, le 25 septembre 2017. (FRANCEINFO)

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Mis à jour le 
publié le 

L’ONG de lutte contre la pauvreté Oxfam publie lundi 25 septembre, un rapport critique sur le projet de loi de finances 2018, intitulé Réforme fiscale : les pauvres en paient l’impôt cassé. Selon le rapport, les ménages les 10 % plus riches bénéficieront « d’une hausse de revenus au moins 18 fois plus importante que les 10 % les plus pauvres », alors que les 10% les plus riches possèdent déjà « 56% des richesses nationales », dénonce l’ONG.

« Les baisses d’impôts pour les plus riches n’ont pas conduit à des relances de l’investissement »

Un rapport d’inégalité qui tendrait à se renforcer « en tenant compte des baisses annoncées de prestations sociales » selon l’ONG. Ainsi selon la porte-parole d’Oxfam, Manon Aubry, « les 10% les plus riches voient leurs revenus augmenter de 1 200 euros par an, alors que les 10% les plus pauvres voient leurs revenus baisser de 330 euros par an ». Sans compter, que d’après le rapport, « la transformation de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune en Impôt sur la Fortune Immobilière permettra aux 1% les plus riches d’économiser 3,6 milliards d’euros. » Alors que « le nombre de personnes en situation de pauvreté a augmenté de près d’un million de personnes ces dix dernières années », dénonce le rapport.

Quant à la baisse du taux d’imposition sur les sociétés de 33,3 % à 25 % « devrait coûter entre 15 et 17 milliards d’euros par an à l’État français, dans un contexte où les recettes de l’impôt sur les sociétés ont déjà baissé de 20 milliards d’euros ces dix dernières années (- 40%) ». Cette tendance est « en décalage avec l’évolution des bénéfices des entreprises françaises qui ont augmenté de 57 milliards d’euros ces dix dernières années (+ 10%) » dénonce selon l’association.

Un signal néfaste pour la porte-parole qui demande au gouvernement de « se confronter à la réalité : à chaque fois, les baisses d’impôts pour les plus riches n’ont pas conduit à des relances de l’investissement ».

 
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Publié par le septembre 25, 2017 dans actualités, Economie, Europe, POLITIQUE

 

Portugal : une fin de l’austérité en trompe-l’oeil – Entretien avec Cristina Semblano

http://lvsl.fr/lausterite-a-ravage-portugal-entretien-cristina-semblano

Portugal : une fin de l’austérité en trompe-l’oeil – Entretien avec Cristina Semblano

Cristina Semblano est Docteur ès Sciences de Gestion par l’Université de Paris I, Panthéon-Sorbonne et membre du Bureau National du Bloco de Esquerda, un des partis de la gauche radicale portugaise. Elle est chef du Service Etudes et Planification à la succursale de France de la Caixa Geral de Depósitos, banque publique portugaise. Elle a enseigné l’économie portugaise à l’Université de Paris IV- Sorbonne.

Depuis un an et demi environ, le Bloco de Esquerda, parti de gauche radicale dont vous êtes membre, et le Parti Communiste Portugais, qui ont totalisé près de 20% des voix aux dernières élections législatives, soutiennent de façon critique le gouvernement d’António Costa, issu du PS Portugais. Quel bilan faites-vous de cette année de soutien sans participation au gouvernement ?

C’est, en effet, depuis environ dix huit mois qu’un gouvernement minoritaire socialiste soutenu, au  Parlement, par les partis à sa gauche, Bloco de Esquerda, Parti Communiste et Verts, gouverne le Portugal et ceci contre la volonté du président de la République d’alors, la droite en général et une bonne partie du parti socialiste lui-même qui aurait préféré avoir donné son soutien à un gouvernement de droite. Acteur essentiel du processus qui a mené à la situation actuelle, le Bloco de Esquerda ne peut que se réjouir du bilan de cette longue d’année de « coopération critique », moins par l’ampleur des conquêtes que celle-ci a permis d’obtenir que par les catastrophes supplémentaires qu’elle a su éviter. En effet, la poursuite au gouvernement de la coalition de droite qui pendant quatre années avait  appliqué au pays un programme de destruction massive, allant au-delà du dur mémorandum de la Troïka, signifierait la poursuite de la destruction du pays, de sa vente aux enchères, de l’appauvrissement de sa population qui est déjà l’une des plus pauvres de l’UE et de la zone euro. Cela aurait aussi conduit à la poursuite de la dérégulation du droit du travail, déjà fortement déréglementé par les quatre années de gouvernance de la droite radicale et au creusement des inégalités…

En nous proposant de soutenir le gouvernement, moyennant un accord de principe préalable portant sur certains thèmes qui nous tenaient à cœur –  et des négociations au coup par coup –   nous avons pu faire en sorte que soient rétablis les salaires des fonctionnaires amputés par la Troïka, les 35 heures dans la fonction publique, les  quatre jours fériés qui avaient été supprimés. Cela a également permis l’augmentation graduelle du salaire minimum – lequel, de 505 euros alors, est monté à 557 euros depuis le 1er janvier  et doit poursuivre son augmentation pour atteindre 600 euros à la fin de la législature. Nous avons pu revaloriser certaines pensions, élargir les critères d’attribution des minima sociaux et des allocations familiales et de chômage, ce qui a touché des milliers de personnes que le gouvernement de droite avait fait sortir du périmètre des bénéficiaires. Nous avons, par ailleurs, pu contribuer à faire marche arrière sur certaines privatisations (comme les concessions au privé des transports collectifs de Lisbonne et Porto) ou à réduire leur ampleur (avec, par exemple, l’accroissement à 50%  de la part détenue par  l’Etat dans la Compagnie nationale aérienne, qui venait d’être privatisée en catimini par le gouvernement de gestion de la droite). Des milliers de familles ont pu bénéficier du tarif social de l’énergie et une taxe a été instaurée sur l’énergie et les banques. En ce moment, nous nous battons pour que les travailleurs qui exercent une activité permanente pour l’Etat soient intégrés dans la fonction publique.

Enfin, du point de vue sociétal, nous avons pu rétablir le statut quo en ce qui concerne l’interruption volontaire de grossesse que la droite avait remis en cause en instituant un ticket modérateur et l’obligation pour la femme qui désirait avorter  de suivre un parcours psychologique. Nous avons légalisé l’adoption pleine pour les couples homosexuels et fait voter la loi sur la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes, indépendamment de leur état civil ou de leur orientation sexuelle.

Le chemin parcouru est bien timide eu égard à ce que nous aurions souhaité, mais il faut tenir compte du fait qu’en barrant le chemin à la droite radicale, nous l’avons empêché de poursuivre sa politique de paupérisation/destruction, menée de concert avec les institutions européennes et le FMI,  tout en inversant certaines dispositions relatives aux revenus et en permettant l’adoption d’autres mesures au bénéfice de la population et du pays. Cette situation n’a été possible que grâce au score des partis de la gauche de la gauche aux élections législatives, lesquels, forts de 20%, ont pu proposer au parti socialiste, sorti minoritaire des élections face à la droite, un soutien parlementaire moyennant l’acceptation par ce dernier d’accords a minima. On ne peut, en effet, comprendre la possibilité de la naissance de la « geringonça »[1] au Portugal qu’à la lumière du  contexte spécifique dans lequel  elle a vu le jour :   celui, d’une part, d’un parti socialiste sorti minoritaire des élections, après quatre années d’austérité, et qu’un soutien à la coalition minoritaire, mais gagnante, de la droite, n’aurait pu que pasokifier ; et celui, d’autre part, de l’important score obtenu par la gauche de la gauche. En effet, si le parti socialiste avait eu la majorité absolue aux élections, il gouvernerait avec le programme le plus néolibéral de son histoire ; mais, en l’occurrence, les rapports de force n’étaient pas en sa faveur et il jouait sa survie s’il n’acceptait pas de répondre à l’offre de sa gauche qui a saisi là une occasion historique pour barrer le chemin à la droite et contraindre le parti socialiste à des mesures qu’il n’était pas prêt d’embrasser.

Cela dit, la « geringonça »n’est pas un gouvernement d’union de la gauche, mais un gouvernement du parti socialiste soutenu par les partis à sa gauche. Ce soutien est critique et le Bloco de Esquerda a déjà pu le refuser en votant contre des propositions du gouvernement. Pour pouvoir intégrer un gouvernement du PS – ce que ce dernier avait initialement proposé aux partis à sa gauche, mais que ces derniers n’ont pas accepté  – il aurait fallu négocier  des mesures bien plus audacieuses que celles qu’il a été possible de négocier. Ces mesures impliqueraient, au niveau du Bloco,  une remise en cause des traités européens et l’exigence de renégociation de la dette, toutes choses difficilement envisageables pour un parti qui a fait du respect des traités européens et de ses règles, la condition préalable à l’ouverture de négociations avec les partis à sa gauche.

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Le Portugal a été menacé de sanctions pour déficit excessif par la Commission Européenne il y a un an environ. Malgré l’abandon des sanctions, le gouvernement portugais a du annuler certains investissements publics pour être dans les clous fixés par Bruxelles. Peut-on se débarrasser de l’austérité en agissant dans le cadre des institutions européennes ?

Au-delà du principe aberrant des sanctions qui consiste à fragiliser davantage un pays qui est déjà en situation financière fragile, au-delà de la géométrie variable qui préside aux décisions d’appliquer ces  sanctions – laquelle aboutit à épargner  un pays comme la  France, par exemple, « parce que c’est la France » (dixit Junker), au détriment d’un pays périphérique au déficit somme toute inférieur – il y a dans cette menace de sanctions qui a pesé, de façon humiliante,  sur le Portugal un aspect très curieux. En effet, la période visée par les sanctions concernait les années  2014 et 2015, soit une période où le Portugal, bon élève, a appliqué avec zèle les politiques de la Troïka et ses recommandations – notamment dans le cadre du programme d’ajustement (2011-2014). C’est dire qu’en sanctionnant le Portugal comme elle menaçait de le faire, la Commission Européenne s’apprêtait en fait à sanctionner le résultat des politiques d’austérité qu’elle avait préconisées,  et ce faisant, à se sanctionner elle-même. La volonté d’appliquer des sanctions au Portugal ne peut cependant être comprise si l’on ne se réfère pas au contexte  politique nouveau  qui la sous-tend, à savoir celui d’un parti socialiste minoritaire porté au pouvoir par la gauche de la gauche et bénéficiant de son soutien.  Or, c’est bien cette alliance jugée contre nature du  parti socialiste qu’il s’agissait de sanctionner. Comment admettre en effet que des partis qui mettent en cause les Traités européens puissent influencer un gouvernement, quand bien même celui-ci se dit être leur garant ? Surtout si ce dernier a pu, même dans le cadre strict de ces traités montrer qu’il était possible, malgré tout, de revenir sur les salaires coupés, la baisse de la durée du temps de travail, qu’il était possible d’augmenter le salaire minimum et instituer, finalement, des mesures en faveur des plus démunis ?  En effet, il faut avoir présent à l’esprit que si la droite était restée au pouvoir, il y aurait eu un approfondissement des mesures d’austérité dans la droite ligne des desiderata de la CE et du FMI…

Cela étant, une fois précisé  le contexte politique des sanctions et pour répondre  maintenant de façon directe à votre question, je dirai très fermement  non, on ne peut pas se débarrasser de l’austérité en agissant dans le cadre des institutions européennes, car les traités européens – Traité de Maastricht, Pacte de Stabilité et à un degré supérieur dans l’escalade, le TSCG –, en  soumettant les politiques publiques des pays à l’atteinte d’objectifs financiers de déficit et de dette, ont figé l’austérité en lui donnant un caractère perpétuel. Si un Etat veut procéder à des investissements et que leur financement met en cause le respect du  ratio dette publique/PIB, il ne pourra le faire sans enfreindre les traités et s’exposer à des sanctions. De même, la décision d’embauche de nouveaux fonctionnaires, en pesant sur les dépenses publiques, se heurte sans cesse à l’obligation de respecter la barrière des 3% de déficit public et ce d’autant plus que l’on sera en période de crise ou de faible croissance, caractérisées par la chute des  recettes fiscales…

Vous pouvez trouver contradictoire – et je vous l’accorde volontiers- que ce que je viens de dire – à savoir que l’on ne peut se débarrasser de l’austérité dans le cadre des institutions européennes – n’est pas en phase  avec ce que j’ai soutenu par ailleurs, à savoir que le nouveau gouvernement portugais, soutenu par la gauche de la gauche,  a pu, malgré tout, prendre des mesures en faveur de la population, sans mettre en cause les engagements européens. Il faut dire, à ce propos, que  le travail accompli a été essentiellement de rétablir des revenus qui avaient été coupés. Mais il reste presque tout à faire. Les inégalités très importantes qui préexistaient à l’application du mémorandum et qui se sont creusées  avec ce dernier persistent, la pauvreté et l’extrême pauvreté sont parmi les  plus importantes des pays de l’OCDE, le chômage, même s’il a décru  de façon significative, est encore important (+ de 10%) et le travail est de plus en plus précaire. L’émigration se poursuit, alors qu’elle a atteint les dernières années des flux semblables  à ceux observés pendant  la dictature  et de la guerre coloniale. Il reste à  « détroikiser » le Code du travail des mesures ayant facilité les licenciements et changé les règles de leur indemnisation, à revenir sur les règles de rémunération des heures supplémentaires et à faire rentrer des milliers de salariés dans le cadre de conventions collectives du travail desquelles ils ont été exclus…

C’est pourquoi si l’atteinte en 2016 du plus petit déficit public de l’histoire de la démocratie portugaise (2.0%)[2] constitue un motif d’orgueil pour le gouvernement socialiste portugais, il n’en va pas de même pour le Bloco de Esquerda.  Au-delà des facteurs conjoncturels, l’histoire de ce faible déficit est davantage un motif de tristesse pour notre mouvement : car, c’est l’histoire d’un pays qui – même s’il a pu redynamiser quelque peu la consommation intérieure –  n’investit pas, d’écoles qui s’écroulent, d’universités qui sont au bord de la faillite, d’hôpitaux qui manquent cruellement de personnel… C’est l’histoire d’un pays où la qualification de la main d’œuvre est très faible,  les salaires sont très bas et les écarts de salaires, de revenus et de fortune obscènes.

Mais c’est surtout l’histoire d’un pays qui reste amarré à un modèle de développement qui ne peut que le pousser inexorablement vers le fond : un modèle basé sur des productions à faible valeur ajoutée et bas salaires, qui dans le cadre de la division internationale du travail voulue par la mondialisation et de la dépossession de la politique monétaire découlant de son appartenance à la zone euro, le lancent dans une course poursuite prix-salaires sans merci. Revoir ce modèle de développement, notamment en améliorant la formation de sa population, est indispensable pour le Portugal. Cela ne peut se faire néanmoins en l’absence de gros investissements publics rendus impossibles dans le cadre des traités européens et d’une renégociation de la dette. Absorbant des sommes équivalentes au budget de l’éducation et supérieures à celles du budget de la santé,  le seul service de la dette consomme des ressources qui étranglent le pays et l’empêchent de se restructurer. Notons, pour conclure,  qu’il ne s’agit pas de la dette d’un peuple qui aurait vécu au-dessus de ses moyens, car – rappelons-nous –  il s’agit d’un des peuples les plus pauvres de l’UE, mais d’une dette à l’augmentation de laquelle le processus même de construction européenne n’est pas étranger et qui a explosé lors de la crise financière et du sauvetage des banques par l’Etat voulue par l’Union Européenne…

Crédits Photo :
Des petits porteurs du BES
manifestent à l’entrée du Ministère des Finances (27/08/2015), un an
après l’effondrement de la deuxième banque privée du Portugal

En Italie, l’État met actuellement en place un plan de sauvetage des banques italiennes, et notamment de Monte Dei Paschi di Siena, la plus vieille banque européenne, du fait d’un excès de titres pourris dans leur bilan après cinq an de crise économique. On sait que les banques portugaises sont elles aussi très fragiles et que les épargnants portugais sont exposés à une faillite de ces banques. Craignez-vous un effondrement du système bancaire ? L’État portugais peut-il encore sauver les banques portugaises ?

Pour comprendre la situation actuelle des banques portugaises, nous devons faire un bref retour en arrière, aux années 1990 : en premier lieu, la libéralisation des marchés financiers et leur déréglementation se sont traduites par un essor vertigineux du crédit distribué par les banques au Portugal ; deuxièmement, ce crédit s’est dirigé majoritairement vers les secteurs protégés de l’économie et, au premier chef, le bâtiment  et l’immobilier qui bénéficiaient de perspectives de rentabilité plus importantes dans le cadre du processus de déflation asymétrique induit par les critères de Maastricht ;  troisièmement, le Portugal a connu depuis le début du siècle une quasi-stagnation économique, conséquence de son haut niveau  d’endettement mais aussi  de son adhésion à  l’euro, avec la perte de compétitivité qui en a été le corollaire. C’est dans ce contexte d’une économie stagnante coexistant avec un  secteur financier omniprésent où les bilans des banques portugaises regorgeaient de crédits financés par leurs congénères françaises, allemandes, italiennes, que survient la crise qui a fini par déboucher sur  l’intervention de la Troïka. Les politiques pro-cycliques [NDLR : qui renforcent le cycle, à la baisse ou à la hausse] imposées par le mémorandum, en faisant peser une austérité brutale sur une économie déjà à bout de souffle, ont aggravé la situation des agents économiques  et fait exploser  les créances douteuses dans les bilans des banques[3].

Cela étant, les banques portugaises ont bénéficié d’importantes aides publiques[4] : ces dernières représentaient déjà- sans compter les garanties accordées par l’Etat – plus de 10% du PIB fin 2015 et expliquaient près de 20% de l’accroissement de la dette publique dans la seule période 2008-2014.

Est-ce à dire, pour répondre directement à votre question,  qu’avec toutes les  aides dont elles ont  bénéficié, les banques ne représentent  plus un danger pour le système financier et donc les contribuables et les épargnants ? On ne saurait l’affirmer, les fragilités des banques portugaises tenant essentiellement à deux  facteurs : un niveau encore très élevé de créances douteuses (les NPL représentent environ  20%  des encours de crédit, notre pays n’étant dépassé à ce titre que par la Grèce et l’Italie au sein des PIIGS)  et un niveau d’endettement extérieur  très important. Dans ces circonstances et, compte tenu des transferts très substantiels  déjà réalisés  vers le  secteur bancaire d’une part (auxquels il faut ajouter  un nouveau renforcement de capitaux propres dans la banque publique en 2017) et des responsabilités qui pèsent sur l’Etat dans ce domaine (garanties, participation au Fonds de résolution des banques) il n’est pas exclu que l’Etat ait encore à intervenir.  Cela poserait de véritables problèmes, compte tenu de la dette  publique qui, à plus de 130% du PIB, est déjà l’une des plus élevées de la zone (la troisième  après la Grèce et l’Italie) et dans un contexte où la dette privée et la dette extérieure sont parmi les plus élevées au monde. Ceci en dehors du fait que l’on voit mal comment on pourrait encore faire peser de nouvelles mesures d’austérité, sur un peuple qui a déjà été saigné à blanc….

Pour conclure, je dois dire que le gouvernement de la droite qui a exécuté le mémorandum n’a pas pris les mesures qu’il fallait, ayant laissé au nouveau gouvernement la résolution des problèmes de certaines banques qu’il avait dissimulés, en ayant compté, à cet égard, sur la  complicité de la Banque du Portugal, ceci pour pouvoir faire, en mai 2014, une  sortie sèche du programme du mémorandum, en honorant sa réputation de bon élève de la Troïka. Cependant et, malgré les problèmes bancaires hérités, nous considérons que le  gouvernement actuel n’a pas pris les bonnes décisions, ayant obtempéré,  sans sourciller, à la volonté de la BCE et de la Commission européenne (DGComp) qui a imposé à notre pays des solutions qu’elle n’a pas imposées ailleurs et dont certaines ont d’ailleurs été testées pour la première fois au Portugal (comme c’est le cas de la mesure de résolution appliquée à la deuxième banque privée du pays qui s’est effondrée en août 2014). En fait les banques portugaises ont servi la stratégie de renforcement des grands groupes bancaires privés européens (cas du Banif vendue sur injonction de la DGCom à Santander Totta ou de la BPI passé sous le drapeau du catalan La Caixa[5]),  ou du capital international (comme c’est le cas récent du Novo Banco[6] en cours de vente, à hauteur de 75%, à un fonds immobilier spéculatif étasunien et où l’Etat conserve 25% du capital par le biais du fonds de résolution).

Depuis la crise, le Portugal n’a cessé de nationaliser les pertes des banques pour ensuite les renflouer et les vendre enfin en solde ou même les offrir (voire payer pour les offrir) au privé. Et, dans cette nouvelle configuration, on peut de moins en moins parler de banques portugaises, le secteur bancaire étant, dorénavant,  à 60% dans les mains du capital étranger.  A ce jour,  il ne reste seulement en effet que trois banques portugaises : le groupe public, Caixa Geral de Depósitos, et deux petites banques mutualistes, le Montepio Geral et la Caixa Agrícola[7]. Ce qui reste de  la banque portugaise des PME est actuellement sous le coup d’un processus de vente à un  hedge funds immobilier américain. C’est lui qui va décider du crédit des PME portugaises. Selon quels critères cette décision sera-t-elle prise ?  De même, comment seront traités, et selon quel ordre de préférence, les besoins des clients des anciennes banques portugaises appartenant maintenant à des grands groupes bancaires privés espagnols dont les centres de décision se trouvent à Madrid  ou à Barcelone ?

Pour le Bloco de Esquerda, il ne fait  aucun doute : le secteur financier doit être nationalisé. Seul un secteur bancaire public peut être le garant de la sauvegarde de la souveraineté nationale et de l’intérêt collectif. Les décisions concernant les banques ne peuvent être laissées dans les mains de la BCE et de la CE.

 

Des élections locales vont avoir lieu le 1er octobre  2017. Les positions politiques respectives du PCP et du Bloco de Esquerda semblent s’être rapprochées depuis la crise grecque, notamment sur la critique des institutions européennes. Assisterons-nous à un front des gauches au cours de ces élections ?

Notre critique des  institutions européennes ne date pas de la crise grecque, elle a pu, tout au plus, monter en puissance après cette crise. Une chose est sûre : s’il devait être confronté à une situation semblable à ce qui fut celle du gouvernement grec à l’été 2015, le Bloco de Esquerda ne capitulerait pas : plutôt que de céder au chantage de l’Europe, il quitterait l’EuropeNotre mot d’ordre est d’ailleurs « plus aucun sacrifice pour l’euro ». Mais la vérité est que nous n’en sommes pas là, nous ne sommes pas (pas encore !) au pouvoir, nous limitant à soutenir de façon critique un gouvernement socialiste minoritaire qui, tout en ne voulant pas affronter l’Europe,  est lui-même la cible d’attaques des institutions européennes qui auraient préféré la poursuite de la politique de destruction de notre Etat social menée par le gouvernement qui a exécuté le mémorandum.

Cela étant et, pour répondre maintenant à votre question concernant les élections locales du 1er octobre prochain au Portugal : il  n’y a pas de listes d’union de la gauche.  Le Bloco participera  à ces élections, soit en présentant ses propres candidats, soit en soutenant des candidatures de la société civile. Une fois les élections réalisées, le Bloco pourra faire des alliances avec d’autres partis, à l’exclusion, bien entendu des partis de la droite et à condition qu’il n’y ait pas d’incompatibilité avec les principes fondamentaux de son agenda politique au niveau local.

Notre participation à ces élections prétend, en effet, contribuer, de façon décisive,  à l’ouverture d’un nouveau cycle politique au niveau local, en projetant les villes vers un nouveau rôle social et écologique, une capacité à garantir des droits essentiels à tous, à promouvoir l’inclusion, la participation citoyenne et la démocratie.

Le succès de la gouvernance locale ne doit pas, dès lors – et contrairement à ce qui se passe jusqu’ici –  être mesuré par la quantité de commandes de béton passées, mais par la satisfaction des droits des citoyens, les indicateurs d’égalité et de cohésion sociale, le développement écologique, et la participation citoyenne aux  décisions et à la vie des communautés humaines.

[1] Dans son sens original, geringonça désigne une invention « mal foutue », peu solide et destinée à se désagréger ; utilisée par un ex-député social-démocrate (PSD), pour désigner la solution de gouvernement du PS soutenu par les partis à sa gauche – jugée précaire et artificielle – la « geringonça » a été rapidement adoptée par tous, ayant été sacrée mot de l’année 2016 au Portugal. Dans la dimension politique qu’elle a acquise, la « geringonça » contredit son sens étymologique, résistant déjà depuis environ dix-huit mois à la désagrégation promise aux inventions brinquebalantes qu’elle désigne

[2] En  mai 2017, la Commission Européenne a décidé la sortie du Portugal de la Procédure pour Déficit Excessif , dans laquelle  le pays se trouvait depuis huit ans

[3] A ces facteurs, il faut ajouter un autre, spécifique, à savoir la gestion abusive  des banques  qui trouve sa  source dans les défaillances de la supervision bancaire.

[4] Et ceci même si, seule une faible partie (eu égard aux besoins)  des prêts internationaux (UE et FMI), soit 12/78 milliards d’euros  a été réservée à la capitalisation des banques privées portugaises dans le cadre du mémorandum  (à noter que la banque publique était exclue de la possibilité d’utilisation de cette ligne de crédit –entièrement dédiée aux banques privées –devant, en cas de besoin,  se capitaliser par ses propres moyens)

[5] Ici, la main de la BCE – en exigeant à la BPI d’abandonner le gros de la participation qu’elle détenait dans sa  filiale  angolaise, d’où provenaient  80%  de ses résultats –  a forcé à la recomposition de l’actionnariat de la banque qui a abouti en fin de compte à la prise de contrôle total de son capital par La Caixa

[6] Banque de transition regroupant les actifs jugés sains du BES (deuxième banque privée du pays, ayant fait l’objet d’une mesure de résolution en août 2014).

[7] En effet, la première banque privée du pays (BCP), est dominée par les capitaux chinois et angolais, même si son siège est au Portugal.

Propos recueillis par Lenny Benbara pour LVSL

Crédits photos :

Paulo Pimenta, in Portugal é isto, Público.

Daniel Rocha,  in  Público.

Tiago Petinga,  Lusa

 
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Publié par le septembre 23, 2017 dans Economie, Europe

 

Les ouvriers chinois gagnent désormais presque autant que leurs collègues portugais

intéressant article de l’Express qui décrit la progression des salaires en Chine qui n’a pas d’équivalent ailleurs (note de Danielle Bleitrach)

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Un ouvrier du secteur manufacturier chinois gagne maintenant plus que ses collègues brésiliens, argentins et mexicains. C’est ce qui ressort d’une étude d’Euromonitor, dont le Financial Times a dévoilé les résultats. Entre 2005 et 2016, le salaire horaire moyen d’un ouvrier manufacturier chinois est passé de 1,2 $ à 3,6 $, soit une hausse de 300%.

Dans les pays d’Amérique du Sud (à l’exception du Chili) et en Afrique du Sud, les salaires horaires ont au contraire diminué. Au cours de la même période au Brésil, les ouvriers ont perdu 20 cents sur leur salaire horaire (de 2,9 dollar à 2,7 dollars / heure), au Mexique, ils ont perdu 10 cents (de 2,2 $ à 2,1 $ / heure) et en Afrique du Sud, plus de 70 cents (de 4,3 $ à 3,6 $ / heure).

Les salaires chinois horaires ont aussi dépassé ceux de l’Argentine, de la Colombie et de la Thaïlande au cours de la même période, à la faveur de l’entrée de la Chine dans l’Organisation Mondiale du Commerce en 2001.

L’ouvrier chinois gagne encore 20% de moins que ses collègues au Portugal

Avec un tel taux horaire, l’ouvrier chinois se rapproche progressivement des niveaux de salaires des pays en difficultés de la zone euro. Au Portugal, le travailleur local a perdu près de 2 $ de salaire horaire depuis 2005. En 2016, la rémunération moyenne horaire était de  4,5 $ / heure, alors qu’elle était de 6,3 dollars il y a 10 ans.

La hausse du salaire horaire de la Chine est inédite. Même en Inde, qui a pourtant connu une forte croissance, année après année, le salaire horaire a stagné autour de 0,7 $ pendant 10 ans.

Screenshot 2017-02-27 08.05.15

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Publié par le septembre 19, 2017 dans Chine, Economie, INTERNATIONAL

 

Guennadi Ziouganov: Sauver la Russie passe par un changement de cap

12 septembre 2017 13h00 – le Parti communiste
Guennadi Ziouganov: Sauver la Russie a besoin d'un changement de cap

Message du Président du Comité central du Parti communiste Guennadi Ziouganov, l’ouverture de la session ordinaire de la Douma d’Etat

Nous n’avons jamais commencé une session parlementaire ordinaire dans une telle complexité, dans une situation aussi alarmante pour notre pays. Pour parler franchement, la guerre a été déclarée à la Russie . Nos adversaires ont utilisé l’arme économique, mais c’est une vraie guerre. Nous devons être conscients de cela. Les sanctions américaines visent ouvertement à infligent une attaque à grande échelle sur le secteur des produits de base russe, dans notre accès au marché mondial, en déstabilisent complètement notre économie. Et cela signifie – et le pays dans son ensemble. C’est une lutte avec la Russie pour la destruction. Dans cette situation, il est nécessaire de manifester la plus grande responsabilité dans le rassemblement de toutes les forces, toutes les ressources disponibles du pays. Et tout de suite, il faut  résoudre le problème de l’auto-développement qui nécessite une nouvelle industrialisation, et une révision fondamentale du modèle socio-économique, qui nous est imposée par l’effondrement de l’URSS. Sans elle, nous sommes condamnés à la stagnation et à la dégradation.Ces dernières années, les autorités cherchent avec insistance  à séparer les questions de politique étrangère avec les problèmes socio-économiques internes. Mais en fait, ces problèmes sont reliés entre eux, étroitement liés et relèvent d’une menace commune à la sécurité de l’Etat russe. Alors ouvertement est mise  la pression sur nous, alors la menace déchaînée de   l’Occident permet exactement ce qui s’est passé il y a vingt cinq ans  quand le pays a été entraîné dans un système de « capitalisme mondial ». Ils l’ont forcée à renoncer à l’indépendance économique et financière. Il a été plongé dans l’orgie criminelle oligarchique. Nous avons été forcés à accepter les règles du capital transnational prédateur avec les droits qui lui sont subordonnés aux  matières premières. Et nous poursuivons sur le même chemin, en dépit du fait que ce cours  à plusieurs reprises s’est avéré être nocif et alors que son maintien  est de plus en plus dangereux pour la Russie.

Plutôt que de reconnaître la nécessité de changer de cap, d’améliorer la situation de l’économie, la reprise de l’industrie nationale, le gouvernement ne dit rien de l’ampleur réelle de la crise. Et même, il essaie de convaincre les gens que nous sommes sur la bonne voie. On tente de nous persuader  que l’économie commence à croître, que l’inflation est tombée à zéro, que dans le pays il n’y a pas la pauvreté de masse. Mais la question se pose: si tout est si bien, alors pourquoi le gouvernement a fait preuve d’une crainte aussi évidente face aux élections régionales tenues le 10 Septembre? Pourquoi a t-il voulu aussi clairement faire en sorte que ces élections soient aussi peu accessibles aux électeurs? La réponse est que le gouvernement sait que les gens peuvent ne pas approuver la politique actuelle et ses effets destructeurs.

Élections – une manière pacifique, démocratique d’aborder  la crise grave. Nous, le Parti communiste, nous avons proposé un choix  responsable. Notre programme « 10 étapes pour une vie décente » a été présenté à tous les électeurs en Russie. Dans le cadre de ce programme, nous avons présenté les moyens. Les électeurs ont apprécié notre position constructive et  l’importance de nos offres. Le Parti a amélioré ses résultats en Extrême-Orient, la Sibérie et dans d’autres régions du pays. Et ce malgré le fait que, pendant la campagne et le jour du scrutin, il y a au beaucoup de manipulations et de violations flagrantes.

Nous croyons que l’élection peut avoir un sens  s’il y a un véritable programme public qui offre une perspective  entièrement nouvelle  c, s’il y a une équipe solide capable de tenir un débat, s’il y a un nombre honnête de vote. Nous avons formé une équipe solide de candidats et des gouverneurs. Nous avons offert au parti au pouvoir de mener un débat sur le fond. Mais ils ont refusé un débat significatif  sur les problèmes,  pratiquant  le diktat administratif et  l’exploitation de l’autorité du président.

Les gens ne supportent pas  la baisse des revenus dont le taux s’accroit sans cesse depuis plus de trois années consécutives. 22 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté. Et il y en  2 millions de plus que l’an dernier. Presque chaque seconde, une  famille est au bord de la pauvreté. Regardez, quels sont les résultats des sondages d’opinion réalisés ces derniers mois. Même ceux des enquêtes menées par les sociologues étroitement associé au gouvernement. 10% des citoyens disent qu’ils sont sous-alimentés. Une personne sur trois n’a pas assez d’argent pour acheter des vêtements. 70% ne peut pas se permettre de voir des événements culturels. C’est une véritable honte pour les pays les plus riches du monde, le système actuel dans le pays va vers le vol et l’humiliation. . La pauvreté, la hausse des prix et l’inégalité  sociale sont  flagrante – c’est ce que dit la grande majorité. Les problèmes majeurs sui contredisent  les rapports de propagande officielle sur la reprise économique inexistante.

Même sur les réseaux sociaux on voit que  les enfants de guerre ne trouvent pas de fonds dans le budget. Hitler a pris leur enfance, mais aujourd’hui le capitalisme sauvage les prive d’une vieillesse digne, celle-ci est vouée à la pauvreté. le  Parti communiste a proposé des lois  pour les enfants de la guerre par quatre lois  à la Douma d’Etat. Et toujours le, « parti au pouvoir » a refusé de les accepter.  Pour la cinquième fois, est ignorée à nouveau notre demande de protéger ceux qui en ont le plus besoin?

Il y a le vol éhonté du peuple pour plaire à l’oligarchie insatiable. Des millions de personnes sont pauvres, et un groupe de nouveaux riches continuent de s’enrichir fabuleusement. Au cours de la dernière année 200 plus riches propriétaires russes ont ajouté à leurs capitaux plus de 100 milliards $. Et dans leurs mains déjà 460 milliards – deux fois et demi le budget fédéral. Depuis le début de cette année, 28 oligarques majeurs se sont enrichis de 17 milliards $. Et rien n’est donné en retour au pays auquel les ressources manque. Rien ne s’investit . Il font encore en déduire la ponction du  capital étranger.  les sociétés offshore étrangères ont raflé pour plus de 60 billions de roubles. L’équivalent de cinq budgets fédéraux . Un système qui transforme le pays et les poches du peuple en lieu ouvert au capitalisme mondialisé. Et  ce dans un souci de renforcer les économies étrangères. Tout est fait pour satisfaire ceux qui en maniant des sanctions menacent de nous mettre à genoux.

En conséquence, le budget de l’Etat d’aujourd’hui ont seulement 13500000000000 roubles. Alors que le développement du budget devrait être  au moins de 22 billions de dollars. Les investissements continuent de diminuer dans l’économie réelle. Dans tous les secteurs, à l’exception de la matière première,dans la première moitié de 2017 – on a assisté àune baisse brutale des bénéfices des entreprises. base matérielle et technique de l’économie . Même dans l’industrie pétrolière – dans le secteur le plus prospère – un tiers de toute la puissance, selon les réglementations en vigueur, est complètement obsolète et pratiquement inutilisable.

Le pays a recommencé de nouveau une baisse rapide de sa population. Au cours du premier semestre de cette année, il est accéléré en quadruplant par rapport à l’année précédente . Dans chaque région, la mortalité russe est à moitié   deux fois plus élevé que le taux de natalité. Des régions entières sont vides en raison de cette extinction et à cause du fait que les gens immigrent hors de là, fuyant la pauvreté et  la ruine. Il y a quelques jours s’est tenu le Forum économique de l’Est. Le Président, parlant dans son discours d’ouverture, a déclaré des projets à grande échelle, qui sont prévus  en Extrême-Orient. Mais il a été forcé d’admettre qu’il y a une pénurie catastrophique des ressources humaines pour répondre aux graves problèmes économiques et sociaux. Au cours des 25 dernières années, l’Extrême-Orient a perdu 2 millions de personnes.

La Russie contribue directement à l’extinction par l’ « optimisation » de la sphère médicale – la réduction des effectifs, la baisse de la qualité des soins, les réductions des dépenses  du budget. Cette année, le financement de la médecine du budget fédéral  a été réduit de 17% au cours de l’année 2016. Et à partir du budget régional, il lui a été  alloué 44% de plus il y a moins d’un an.

Mais ce budget de lutte face à la pauvreté et la dégradation n’est pas réalisé, et il est volé, utilisé de façon inappropriée. L’an dernier, la Chambre des comptes a révélé des violations d’un montant de 965 milliards de roubles dans l’utilisation des fonds budgétaires. la  violation de la seule  première moitié de 2017 se révèle être plus étendue que pour toute l’année dernière. les programmes prioritaires du gouvernement financés sur un seul tiers moyen des fonds qui leur sont alloués cette année. Alors que le financement n’est pas encore commencé.

La dégradation de l’économie et de la sphère sociale, la paupérisation de masse, le chapardage des ressources financières russes par les sociétés offshore et les banques étrangères, la corruption colossale – ce sont des alliés internes des ennemis étrangers russes, qui nous attaquent par des sanctions. Et ceux qui contribuent à l’approfondissement de la crise dans notre pays, qui ne fait rien pour lui résister, aussi, agfissent comme leurs alliés. Cette politique est contraire aux intérêts nationaux du pays et est un jouet dans les mains de nos détracteurs outre-mer.

Récemment, le gouvernement russe a changé sa position sur la scène internationale. Mais si elle ne correspond pas à un changement de cap fondamental dans le pays, nous ne pouvons pas résister aux plus graves défis.

Pendant ce temps, le gouvernement continue de considérer les extrémistes libéraux comme les garants d’un redressement  de l’économie, alors que ces programmes se traduiront par une crise encore plus profonde. Il y a quelques jours, l’ancien ministre des Finances Koudrine a dévoilé les détails de son programme de « développement » de la Russie jusqu’en 2024. Il dit vouloir clairement  « optimiser » le budget et  les investissements dans les soins de santé et l’éducation, sont presque complètement éliminés dans la gestion économique, il veut relever l’âge de la retraite, réduire les dépenses de la sécurité nationale et de la défense. Et convertir une force armée ordinaires sur une base contractuelle, pour rendre l’armée mercenaire. Voici les recettes qui nous sont imposées à un moment où l’OTAN  est  toujours plus proche de nos frontières, la situation internationale devient de plus en plus explosive, pleine de conflits militaires à grande échelle. Et même la menace d’une nouvelle guerre mondiale.

Les libéraux ne passent pas seulement sous silence le fait que l’ont peut  s’assurer un flux d’énormes fonds  et obtenir un plein développement du budget, en arrachant des mains de l’oligarchie  la base des ressources minérales, en mettant un terme au retrait incontrôlé de capitaux à l’étranger et l’adoption d’une nouvelle loi fiscale, où les riches seront lourdement imposés . Ils ne rejettent que la demande de redistribution équitable des richesses nationales, qui est maintenant contrôlé par un petit groupe de NOUVEAUX RICHES. Ils cherchent à affaiblir la Russie a finalement la désarmer complètement sous le  prétexte de « reprise » de l’économie que leurs propres efforts ont entraînés dans une crise.

Mais le cabinet ne s’est pas interdit  de les écouter, d’adopter leur programme. Et notre programme anti-crise « 10 étapes pour une vie décente », continue d’être ignoré  obstinément par le régime. Bien que ce soit le seul programme cohérent de développement, qui servirait   vraiment les intérêts de l’Etat et ceux de la majorité des citoyens. Le seul programme qui est conçu pour remplir le budget . Comment parvenir à de véritables importations. Comment assurer la croissance des investissements dans l’économie nationale. Comment augmenter la part  de l’agriculture à au moins 10%  des dépenses du budget, et le coût des soins de santé, la science et de l’éducation – au moins jusqu’à 7% des dépenses.

Il est temps de se rendre compte que le temps nous oblige à adopter de telles lois, ce qui facilitera le retour du contrôle de l’Etat sur la société et les industries d’importance stratégique et les ressources financières du pays. Les lois qui supprimeront l’oligarchie irresponsable et le pillage de la gestion économique. Si nous continuons à retarder –  la Russie ne pourra se soustraire à une catastrophe qui affectera tout le monde. Y compris chacun de ceux qui aujourd’hui continuent de résister à un changement de politique socio-économique. On continuera à  nier le caractère inévitable historique du virage à gauche et revenir aux principes de justice sociale et de la démocratie, sans laquelle il est impossible de sauver le pays et assurer un avenir digne.

Guennadi Ziouganov, président du Comité central du Parti communiste

 
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Publié par le septembre 13, 2017 dans Economie, GUERRE et PAIX, Russie

 

Portugal : un redressement économique et social qui prend Bruxelles à contre-pied

Des clients sur le toit du bar-restaurant le Rio Maravilha à Lisbonne le 30 août 2017. Les toits de Lisbonne sont en pleine renaissance, utilisés autant en terrasses de cafés que pour des cours de yoga, la projection de films ou comme piscines. 

Des clients sur le toit du bar-restaurant le Rio Maravilha à Lisbonne le 30 août 2017. Les toits de Lisbonne sont en pleine renaissance, utilisés autant en terrasses de cafés que pour des cours de yoga, la projection de films ou comme piscines.
(Photo Patricia de Melo Moreira / AFP)

Le Portugal n’a presque plus de déficit budgétaire, bénéficie d’une des meilleures croissances de la zone euro, a fait baisser son chômage et attire les investisseurs. Le petit miracle économique et social portugais s’est réalisé en moins de 2 ans avec une politique pourtant opposée aux demandes de la Commission européenne. Doit-on parler désormais du modèle portugais plutôt que du modèle allemand ou suédois ?

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Il y a un an, en juillet 2016, la Commission européenne entamait une procédure pour « déficit excessif » contre le gouvernement de Lisbonne. Le Portugal risquait une amende, selon Bruxelles, puisque il était censé ramener son déficit à 2,5 % de son PIB en 2015 au lieu des 4,4 % annoncés. La procédure a été abandonnée un mois plus tard. Etonnement, la France n’était pas soumise à la même pression, alors qu’elle n’avait pas — elle non plus — tenu ses engagements : 3,4% de déficit au lieu des 3% requis. Depuis, le phénomène s’est radicalement inversé : le Portugal a réduit son déficit à 2,1% en 2016 et devrait le ramener à 1,5% cette année. La France, elle, a abaissé péniblement son déficit à 3,3% en 2016 et table sur 3,2% cette année quand elle s’est engagée à atteindre… 2,8%. L’Espagne est encore à 4,5%.

Mais l’économie portugaise n’a pas réussi à réduire ses déficits par la baisse des dépenses publiques, des réformes structurelles du travail visant à « assouplir » les droits des salariés, ou en abaissant les protections sociales, comme le préconise la Commission européenne. C’est même l’inverse qui a été pratiquée au Portugal depuis un an et demi. Un choix qui explique certainement l’irritation très nettement affichée par Bruxelles au printemps 2016, lors des annonces de Lisbonne.

> Portugal : les audaces de la gauche irritent à Bruxelles​

Mesures socio-économiques

Depuis novembre 2015, c’est un gouvernement socialiste qui est au pouvoir au Portugal, soutenu et poussé par une union des gauches, composée du Parti communiste portugais, des écologistes, et du « Bloco de esquerda », le bloc de gauche (gauche radicale). Les choix économiques et sociaux de ce gouvernement se sont portés sur une politique clairement anti-austéritaire et antinomique avec celle pratiquée par le gouvernement précédent, de droite, qui avait gelé le salaire minimum et les pensions de retraites, augmenté les impôts, et réduit les aides publiques. Ce qui n’avait pas permis de réduire le déficit budgétaire ni le chômage significativement, mais avait fait exploser la précarité et la pauvreté dans le pays.

Le gouvernement du nouveau premier ministre, António Costa, depuis 2 ans, a donc appliqué des réformes qui avaient été déclarées dans son programme de coalition, en parfaite opposition avec la politique précédemment menée, comme le souligne cet extrait : « La politique d’austérité suivie ces dernières années a eu pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes et les citoyens les moins qualifiés, ainsi que les familles et les milliers de Portugais au chômage. Elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs. »

Le salaire minimum a été augmenté en 2016 puis de nouveau en 2017, en échange de baisses de cotisations pour les employeurs, de 23% à 22%. Ces deux augmentations du SMIC portugais ont passé le salaire minimum de 505€ à 557 €. Puis des mesures économiques à vocation sociale — mais aussi de relance du pouvoir d’achat — ont été prises : augmentation des retraites et des allocations familiales, renforcements du droit du travail, baisses des impôts pour les salariés les plus modestes, arrêt des privatisations de services et d’infrastructures publics, programme de lutte contre la précarité. Il est aussi prévu de supprimer les coupes dans les revenus des fonctionnaires et de ramener leur temps de travail à 35 heures par semaine. Sur le plan purement économique, la stratégie portugaise n’a pas été non plus en accord avec les demandes de la Commission, et se sont pourtant avérées payantes.

Politique anti-austéritaire de relance par la demande

Le chômage se situait à 14,4% en 2014, après une année noire à plus de 16% en 2013, puis s’était stabilisé en 2015 — mais toujours à un niveau élevé — à 12,2%. En 2016, une nouvelle décrue l’a fait parvenir à 11,1%, et en 2017, le chômage est à 8,8% au deuxième trimestre, ce qui laisse envisager, selon les spécialistes, un taux pour de 9,4% pour l’année entière. Un chômage potentiellement inférieur à celui de la France. Les projections actuelles des instituts tablent sur un chômage portugais à 7% en 2019, le plus bas depuis 2004.

Le virage actuel des politiques économiques du pays n’est pas étranger à cette nette amélioration des créations d’emplois sur deux années consécutives avec pour conséquence la progression de la croissance du PIB, évaluée pour 2017 à 2,5%, contre 1,9% pour la zone euro et seulement 1,5% pour la France. Le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici a confirmé ces bons résultats en juillet à Lisbonne, indiquant que « la réduction du déficit au Portugal est durable » et que « la croissance sera probablement supérieure à 2,5% en 2017« . Malgré tout, l’ancien ministre français de l’économie de François Hollande a tenu à dire au gouvernement portugais que « sur le plan du marché du travail, il faudra veiller à mieux intégrer les chômeurs de longue durée. »

Le ministre de l’économie du Portugal, Caldeira Cabral, explique cette reprise économique par plusieur facteurs. Le premier est celui d’un renouveau d’industries orientées à l’export telles que l’automobile, les chaussures ou encore le textile qui avaient quasiment disparu du paysage. Les industriels, installés depuis des années dans les pays de l’Est pour la main d’oeuvre très bon marché, sont en train de revenir vers le Portugal, à la recherche d’une meilleure qualité professionnelle tout en conservant des coûts salariaux avantageux. Les investissements sont effectivement en hausse depuis deux ans, particulièrement dans l’industrie automobile. Caldeira Cabral pense que la hausse des revenus joue aussi, en redonnant confiance aux investisseurs, aux entreprises, avec une demande interne qui augmente et une progression de la consommation vers des produits de meilleure qualité.

Cette politique de relance par la demande, confortée par une politique sociale du mieux-disant est dans le même temps tirée par une revitalisation du tourisme grâce — entre autres — à des projets immobiliers haut de gamme. Plutôt miser sur la qualité, donc que sur les prix bas. Pierre Moscovici, sur ce plan, a tenu à souligner, toujours lors de sa visite de juillet dernier, « Le retour de l’investissement à la fois externe et interne, les bons résultats des exportations ainsi que le boom du tourisme« . Mais sur le plan budgétaire, le Commissaire français a étrangement déclaré que « les efforts doivent être poursuivis pour réduire le déficit structurel« , alors que le pays est devenu l’un des meilleurs élèves de la classe sur ce sujet, tandis que la France ou l’Espagne ne le sont toujours pas…

Nouveau modèle portugais très discret

Depuis la crise financière de 2008 et celle des dettes souveraines de 2010, la plupart des pays du sud de l’Europe n’ont pas réussi à sortir la tête de l’eau : les déficits budgétaires sont souvent supérieurs aux critères européens, le chômage y est toujours très élevé, les problèmes sociaux causés par la précarité persistent. Les prêts concédés par le FMI, sous l’égide de la BCE et de la Commission européenne pour aider ces pays à retrouver un peu de vigueur et payer leurs dettes ont été tous accompagnés d’obligations de réductions des déficits, par une baisse des dépenses publiques et des demandes précises, comme le gel des salaires des fonctionnaires, des pensions de retraite, la baisse des prestations sociales.

Ces politiques dites d’austérité ont été doublées de réformes structurelles du marché du travail visant à assouplir les droits des salariés pour améliorer la compétitivité des entreprises. Ces réformes du marché du travail sont elles aussi une demande de Bruxelles. La Grèce, l’Italie ou l’Espagne ont effectué ces politiques d’austérité et ces réformes sans succès concret. Tout comme le Portugal jusqu’en 2015. L’Italie, si elle a baissé ses dépenses et a atteint un déficit inférieur à 3% en 2016, n’arrive pas à faire baisser son chômage qui est supérieur à 11%. En Espagne, le chômage est à 18,7% au premier trimestre 2017, et le déficit public ne colle toujours pas aux critères de Bruxelles : 3,6% en 2016. L’échec des politiques de rigueur budgétaire accompagnés des « assouplissements du marché du travail » ne permettent visiblement pas de faire repartir ces économies.

Le Portugal a démontré depuis 2 ans, qu’une politique — inverse aux politiques austéritaires, et donc basée sur une relance par la demande et l’amélioration des protections sociales — pouvait fonctionner. Ce que le FMI avait déjà confirmé en 2016 en annonçant à propos de la Grèce que « l’austérité ne fonctionnait pas« . De là à préconiser une politique sociale de relance en Europe, le pas est un peu grand pour l’institution internationale qui a toujours été favorable au désengagement financier social des Etats et à la privatisation de leurs infracstructures et services.

Malgré tout, si l’exemple portugais était mis en avant, il pourrait être une piste intéressante de redressement « par le haut » des Etats de la zone euro encore affectés par la crise. Une sorte d’espoir de changement économique et social permettant une sortie de crise. A moins que le modèle économique allemand, de plus en plus contesté pour ses effets sociaux négatifs, ne cède la place au modèle suédois qui semble attirer des dirigeants politiques, dont Emmanuel Macron ?

>Suivre le modèle allemand ? Chiche ! (Article de février 2012)

Le modèle suédois reste malgré tout difficile « à vendre », bien que sa réussite économique soit réelle : ce pays n’est pas dans la zone euro, possède depuis longtemps l’un des niveaux de vie les plus élevés du monde, et surtout, ses salariés sont syndiqués à 80%.

Il n’est donc pas certain qu’appliquer les méthodes sociales et économiques en cours en Suède soit possible si facilement pour des pays de la zone euro. Le Portugal, par contre, applique lui, des politiques économiques et sociales connues, et ce, au sein de la zone de la monnaie unique, l’euro… Pour l’instant, aux vues de ses résultats et de la vitesse à laquelle ils ont été acquis, il semble que le Portugal ait surtout un seul défaut : il ne suit pas la ligne dictée par la Commission européenne.

 
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Publié par le septembre 13, 2017 dans Economie, Europe