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Archives de Catégorie: Economie

L’Euro au risque de la chouette par jacques sapir

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30 décembre 2014
Par 
http://russeurope.hypotheses.org/3211 Ainsi le veut la Constitution : il y aura des élections anticipées en Grèce, qui devraient se tenir le 25 janvier. L’incapacité du Premier-Ministre Samaras à faire élire son candidat à la Présidence de la République (qui se fait en Grèce à une majorité qualifiée de 180 députés au parlement) a sonné l’heure des comptes. Elle vient aussi solder une politique inhumaine imposé par ce même Samaras aux ordres de la « Troïka », soit, rappelons le la Banque Centrale européenne, la Commission Européenne et le FMI. Elle solde de plus une politique des faux-semblants de ce gouvernement aux ordres, qui n’a ni rétabli les finances publiques (une partie des ressources fiscales sont « fictives » car la population n’a plus les moyens de les payer) ni provoqué un retour de la croissance. Il annonçait un « glorieux » 0,7% alors que le pays a connu une récession de près de -25% depuis 2009.

Ces élections sont un cas d’école de l’ingérence toujours plus pesante de l’Union européenne dans la vie démocratique des peuples. Diverses voix autorisées ont déjà menacé les électeurs grecs des pires maux s’ils votaient « mal ». Et, on le sait, SYRIZA, le parti de la gauche radicale, est en tête à ces élections. On a même vu, oh honte faite à tous les français, Pierre Moscovici, qui fut un déplorable ministre des finances se muer en un exécrable représentant de la Commission Européenne et aller à Athènes pour expliquer aux Grecs comment ils devaient voter. Il est vrai que c’est une habitude chez ce triste sire que de mentir sur commande ; il nous en avait donné la preuve déjà en 2012. Le FMI, par ailleurs a immédiatement suspendu son programme d’aide à la Grèce. Que l’on ne vienne plus nous parler de « démocratie » de la part des grandes organisations, soit européennes, soit internationales.

La situation de la Grèce peut se résumer en deux graphiques. Le premier indique l’évolution du PIB, comparé à 2007. L’effondrement du PIB est réellement spectaculaire et implique un appauvrissement d’une grande part de la population.

 

Graphique 1

 A - PIB

Source : Base de données du FMI

 

Mais il y a pire. Si l’on regarde l’investissement, que ce soit calculé en pourcentage du PIB ou calculé en euros constants, on constate un effondrement spectaculaire. En valeur, nous sommes en 2014 à 64% de la valeur des investissements de 1999. Cet effondrement, qui va bien au-delà d’une correction par rapport aux années 2000, marquée par les dépenses liées aux Jeux Olympiques, a plusieurs implications. Tout d’abord une destruction du capital par non-renouvellement, qui va poser un problème redoutable à la Grèce dans les années à venir. Faute d’entretien les infrastructures, qu’elles soient privées ou publiques, vont se dégrader ce qui va entraîner une montée des coûts d’entretien d’ici la fin de la décennie. Par ailleurs, la productivité du travail, non soutenue par un investissement qui fait défaut, va continuer à baisser, rendant plus que problématique le retour à une compétitivité de l’économie grecque. Seule, une baisse des salaires ou une dévaluation permettrait de maintenir les gains de productivité qui ont été payés aux prix fort par la population grecque.

 

Graphique 2

A - Invest

Source : banse de données du FMI

 

On voit qu’à l’évidence ce n’est pas d’un prolongement de la politique d’austérité meurtrière (ou, l’austérité tue, le taux de mortalité a fortement augmenté en Grèce ces dernières années) dont le pays a besoin. Il lui faut d’urgence une politique de relance par l’engagement massifs de dépenses publiques. Mais, c’est ici que se noue le conflit entre un possible gouvernement de SYRIZA et les autorités de la Troïka. Le programme de SYRIZA, que les sondages donnent actuellement largement en tête, prévoit entre autres les mesures suivantes :

Moratoire sur les dettes des ménages et des petits entrepreneurs aux banques ;

Hausse du salaire minimum ;

Annulation de près des deux tiers de la dette publique considérée comme « injuste ».

Instauration d’une « clause de développement » garantissant que les sommes dépensées pour une relance de l’économie ne seront pas comptabilisées dans le budget.

Recapitalisation des banques (dont la solvabilité est problématique), sans que les sommes en question soient comptabilisées dans la dette publique du pays.

Ce programme est contradictoire avec les règles européennes. Il ne faut pas s’en étonner. Aujourd’hui, 52% des grecs interrogés considèrent qu’ils se sentent plutôt étrangers aux idéaux européens[1]. Dans ce sondage, réalisé par l’institut Gallup International, 52% des personnes interrogées considèrent qu’il serait préférable de retourner à la monnaie nationale (la Drachme) et seulement 32% considèrent qu’il faudrait conserver l’Euro. C’est un point important, et il est clair que les résultats de ce sondage sont intégrés par les diverses forces politiques grecques. Il entrainera une dynamique tant économique que politique mettant à mal les structures européennes qui imposent aux peuples cette politique d’austérité, et en premier lieu, l’Euro. Car, si l’on va à la crise entre la Grèce et les institutions européennes, les taux d’intérêts monteront immédiatement, provoquant une nouvelle crise en Italie. Or, dans ce pays, trois partis, le Movimente Cinque Stelle, Forza Italia et la Ligue du Nord ont pris leur distance, et parfois de très grandes distances, avec le dogme de l’Euro. SYRIZA le sait qui, tenant compte des pressions scandaleuses sur la vie politique grecque par les institutions européennes, ruse avec ce programme. Mais, si Tsypras est élu, fort de la légitimité d’une élection, seule légitimité qui compte et qui soit, il fera entendre sa voix.

Tous les européens qui sont aujourd’hui révoltés à juste titre, tant économiquement que politiquement, par les agissements anti-démocratiques de la Commission et par les politiques d’austérité doivent se réjouir de cette élection. La chouette, animal emblématique d’Athéna, la déesse de la ruse et de la sagesse, doit manger le serpent Euro. Mais ils doivent, en même temps, envoyer un message clair à Tsypras et à SYRIZA : vous devez appliquer votre programme si vous êtes élus. Une trahison de plus serait une trahison de trop. Nous comprenons que vous rusiez jusqu’à l’élection. Mais après, il faudra appliquer votre programme, et tout votre programme. Ce qui se joue en Grèce aura des répercussions dans toute l’Europe, et en France en particulier. Elles peuvent être positives, si la lutte s’engage entre les peuples et les institutions européennes. Elles peuvent être aussi négatives dans le cas d’une nouvelle trahison. Car, ce qui se profile derrière la Grèce, c’est le problème de l’Italie et de l’Espagne. Oui, l’avenir de l’Europe et de la démocratie se jouera à Athènes, ce qui sera hautement symbolique.

 


 

 

Jacques Sapir

Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s’est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.

 
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Publié par le décembre 31, 2014 dans Economie, Europe

 

La Tribune: Pourquoi la Russie ne va pas s’enfoncer dans la crise… 

Opinions

Pascal Nguyen.

Pascal Nguyen. (Crédits : DR)

Pascal Nguyen  |  23/12/2014, 14:06  –  760  mots
Avec la chute accélérée du prix du pétrole, les marchés ont paru anticiper un défaut de paiement. Toutefois, la Russie devrait pouvoir compter sur le soutien financier de la Chine. Il est ainsi peu probable que les événements récents conduisent le pays vers une crise profonde. par Pascal Nguyen, professeur de finance à la Neoma Business School.

Alors qu’il se maintenait tranquillement autour de 100 dollars depuis quatre ans, le prix du baril de pétrole vient de subir une chute spectaculaire ces dernières semaines. Le ralentissement modéré de l’économie chinoise ne peut expliquer à lui seul une correction d’une telle ampleur. Pas plus que les températures clémentes qui règnent en Europe cette année. Alors simple guerre des prix entre pays producteurs de pétrole ? C’est ce qu’on pourrait croire s’il n’existait pas un précédent historique et un mobile sérieux à voir les choses se dérouler précisément telles qu’elles se produisent.

Aucune logique apparente

Pour commencer, ce n’est pas la première fois que le prix de l’or noir décroche sans logique apparente. Dans les années 80, l’Arabie Saoudite avait déjà ouvert les vannes du pétrole afin d’inonder le marché. Le prix du baril avait alors plongé sous les 10 dollars. Le royaume saoudien a-t-il gagné au change ? Pas vraiment, puisque ses recettes ont complètement fondu, ce qui l’a contraint à emprunter pour combler son déficit budgétaire alors qu’il est normalement excédentaire. En fait, la manœuvre n’avait d’autre but que celui d’asphyxier économiquement l’Iran en s’attaquant à ses revenus pétroliers. La stratégie mijotée par Washington n’a pas permis de renverser les mollahs au pouvoir à Téhéran, mais a contribué à tempérer leurs ardeurs révolutionnaires, tout en donnant de l’air à Saddam Hussein, dont l’armée était en déroute face aux forces iraniennes.

L’objectif actuel parait étrangement similaire. Il s’agit de neutraliser le président Poutine et de faire plier Moscou. Car le secteur pétrolier constitue l’épine dorsale de l’économie russe. Avec la baisse du pétrole, ce sont les rentrées de devises du pays qui sont en train de fondre à vue d’œil. Or les entreprises russes en ont un besoin vital puisqu’elles doivent rembourser prochainement des dizaines de milliards de dollars d’emprunts libellés en devises étrangères. Les marchés ne se sont pas fait prier pour anticiper un défaut de paiement. Au terme d’une séance particulièrement houleuse, le rouble a enfoncé son plancher face au dollar pour perdre plus de la moitié de sa valeur depuis le début de l’année. Malgré une intervention énergique sur le marché des changes et une augmentation massive de ses taux d’intérêt, la banque centrale russe n’a rien pu faire pour contrer la pression spéculative. Pour beaucoup d’investisseurs, la banqueroute semblait inévitable comme en 1998.

Moscou a d’autres alliés

Mais la position de Moscou est-elle aussi fragile que certains veulent bien croire ? Le Kremlin a d’autres alliés que Pyongyang et Caracas. La Chine dont l’économie ne carbure plus très fort depuis quelques temps doit sans doute s’inquiéter des récentes initiatives américaines comme l’accord de partenariat transpacifique qui la menace d’isolement sur le plan économique et diplomatique. Cela ne serait donc pas avec plaisir que les Chinois verraient la Russie s’effondrer pour faire place à un régime aligné sur les positions américaines comme c’est le cas de l’Ukraine par exemple.

On peut donc parier que la Chine ne restera pas insensible aux difficultés financières rencontrées par la Russie. Ses réserves de devises sont énormes puisqu’elles dépassaient déjà les 3.820 milliards de dollars à la fin de l’année dernière. De quoi couvrir sans problème le remboursement de tous les emprunts russes arrivant à échéance. Cela ne sera toutefois pas nécessaire. Le signe que Pékin est prêt à voler au secours de Moscou suffira à décourager les spéculateurs de vendre le rouble à découvert en pariant sur un défaut de paiement.

Rien de mieux qu’une crise surmontée

Avec le soutien discret de son voisin chinois, il est peu probable que la Russie ait de véritables soucis à se faire. Les Saoudiens n’ont également pas intérêt à maintenir le prix du baril artificiellement bas même si leurs couts de production sont les plus faibles au monde. On peut donc penser que le calme finira par revenir assez vite. Si c’est le cas, l’épisode n’aura servi qu’à conforter la suspicion que Moscou et Pékin entretiennent à l’égard de l’Occident en général, et de Washington en particulier. Quant au maître du Kremlin, sa position parait plus solide que jamais. Rien de mieux qu’une crise surmontée pour assoir une popularité qui dépasse déjà les 85%.

 http://www.latribune.fr/opinions/20141223trib69fadd44b/pourquoi-la-russie-ne-va-pas-s-enfoncer-dans-la-crise.html

 
 
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Publié par le décembre 24, 2014 dans Amérique, Asie, Economie

 

Contre-spéculation sur le rouble par Jacques Sapir

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23 décembre 2014

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La journée de lundi 22 a vu se poursuivre le mouvement à la hausse du rouble. Elle a même été marquée par une spéculation POUR le rouble et CONTRE le dollar américain USD ainsi que le prouvent les mouvements sur le marché des changes. C’est donc à un renversement spectaculaire par rapport à la situation de la semaine dernière que l’on assiste. Ce renversement laisse tout les « experts » qui tels des oiseaux de mauvaise augure ne cessaient de prévoir le pire pour l’économie russe sans voix. Il confirme la confiance que l’on peut avoir dans les fondamentaux de l’économie russe qui restent très sains. Une petite explication de ce qui est survenu aujourd’hui s’impose néanmoins.

La journée commence en effet avec un taux de change de 58 roubles pour 1 USD. Les spéculateurs vendent leurs dollars et achètent massivement du rouble avant l’ouverture de la séance, ce qui fait chuter le taux de change en quelques minutes à 56 r/1USD marquant ainsi une appréciation du rouble. Il remonte après ces achats puis commence à s’apprécier à nouveau et atteint 54,5 roubles pour 1 USD vers 15h. Les spéculateurs vendent alors leurs roubles pour acheter du dollar provoquant une remontée du taux de change vers 56r/1USD mais la demande pour le rouble est telle que cette dépréciation du rouble ne dure pas et il revient, en fin de séance vers les 54r/1USD.

Graphique 1

Mouvements du rouble face au dollar le 22/12

A - chart

Ce processus est, bien entendu le résultat de la contre-attaque des autorités depuis mercredi dernier. Il correspond aussi à l’officialisation de l’annonce du soutien de la Banque Centrale de la Chine (la PBOC) qui garantit à la Banque Centrale de Russie, dont les réserves sont déjà importantes (420 milliards de dollars) qu’elle pourra compter sur l’immense masse de manœuvre de la PBOC (dont les réserves sont estimées à 4000 milliards de dollars). Il n’y a très clairement plus d’avenir à une spéculation contre le rouble. Mais, il y a toujours des spéculateurs sur le marché. Ces derniers ont donc décidé de jouer désormais pour le rouble. On peut, et on doit, considérer cela comme un signe positif, mais il faut cependant rappeler plusieurs choses :

  1. Une spéculation pour le rouble signale néanmoins le maintien d’anticipations spéculatives sur le marché des changes. Le calme n’est donc pas encore revenu.
  2. Cette spéculation pour le rouble pourrait entraîner le rouble trop loin. S’il est bon de revenir à un taux de change compris entre 50 et 55 roubles pour 1 USD il ne faudrait pas que le rouble monte au-delà de 50 (peut-être jusqu’à 42-45) car, en ce cas, cela poserait des problèmes fiscaux au gouvernement. Tant que le prix du baril de pétrole restera compris entre 55 USD et 60 USD le taux de change normal pour la rouble se situera entre 50 et 55 roubles pour 1 USD. Pour que le rouble puisse remonter au-delà de 50r/1USD il faudra attendre que le baril de pétrole monte au-delà de 70 USD, ce qui devrait survenir vers mars-avril de 2015.
  3. Le problème risque de se poser avec acuité dès le début du mois de janvier. Les remboursements des entreprises et des banques seront très faibles en janvier par rapport à ce qu’ils étaient en décembre. Les achats de produits importés (en USD) vont se tarir après les fêtes de Noël. Tout se met en place pour une remontée brutale du rouble qui pourrait être aussi déstabilisatrice que sa baisse brutale. Bien sûr, un tel mouvement peut se contrôler par la Banque Centrale qui achètera des dollars (et vendra des roubles). Mais, si ce mécanisme peut lui permettre d’augmenter ses réserves il aboutit à injecter des roubles dans l’économie, et cela en période où l’inflation sera forte.

 

Ces différents facteurs font que la question d’un possible contrôle des capitaux reste posée aujourd’hui en Russie. Le gouvernement ne veut pas entendre parler du contrôle des changes, et il a très probablement raison dans la situation actuelle. Mais, le contrôle des capitaux revient à laisser le marché des changes fonctionner librement tout en régulant les quantités de capitaux qui, dans un sens ou dans un autre, viennent sur ce marché. D’ailleurs, c’est déjà ce qu’a fait la Banque Centrale de Russie en modifiant temporairement sa réglementation prudentielle pour les banques le 17 décembre afin de limiter leurs besoins en dollars. L’introduction d’une réglementation portant sur les mouvements de capitaux à court terme, à l’entrée comme à la sortie, serait alors une mesure complémentaire aux mesures déjà prises. Le gouvernement dispose de deux à trois semaines pour prendre ces mesures. Elles auraient l’immense avantage de déconnecter le taux d’intérêt du marché des changes. Ceci permettrait de faire baisser le taux d’intérêt à un niveau plus compatible avec l’investissement, c’est à dire en le ramenant vers 10,5% alors qu’il est actuellement de 17%. Sinon, le gouvernement sera contraint, s’il ne veut pas sacrifier l’investissement, d’user de méthodes administratives (comme des subventions d’investissement ou des crédits bonifiés) afin de compenser un taux d’intérêt bien trop élevé.

La Russie a traversé une grave attaque spéculative et semble tirée d’affaires désormais. Mais, ceci ne garantit pas encore un retour à une situation normale. Si le gouvernement veut limiter le choc sur la croissance de cette attaque le plus possible et mettre en place les conditions qui permettront à l’activité de se développer en profitant des avantage d’une large dépréciation du rouble qui redonne à l’économie sa compétitivité, il doit impérativement agir de manière décisive dans les semaines qui viennent.

 
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Publié par le décembre 23, 2014 dans Economie

 

La chute du Rouble, un risque pour la Chine

( Source: le Quotidien du Peuple en ligne )

19.12.2014 17h01

 Une frontière commune de 4300 km

La panique liée à l’effondrement de la monnaie russe n’a pas encore atteint le marché des changes chinois, mais les économistes mettent en garde contre une réaction en chaîne de cette crise économique qui touche le grand voisin de la Chine.

Suite à la forte baisse des prix mondiaux du pétrole, le Rouble a plongé d’environ 20% par rapport au Dollar US à un moment mardi, suscitant des craintes d’un effondrement financier.

La banque centrale russe a alors annoncé un ensemble de mesures, comme le relèvement des taux d’intérêt et la vente d’or, afin de stabiliser la monnaie. Cela a permis au Rouble de remonter de près de 9% par rapport au Dollar US mercredi.

Cet effondrement spectaculaire a cependant rappelé aux économistes chinois la crise financière russe de 1998, qui détruisit la confiance des investisseurs mondiaux.

Qin Gang, porte-parole du Ministère chinois des affaires étrangères, a annoncé jeudi lors d’une conférence de presse régulière que l’accord de swap de devises entre la Chine et la Russie n’a pas encore été touché par les difficultés du Rouble.

« Nous sommes confiants dans les perspectives économiques et la coopération commerciale sino-russe. Les gouvernements et les entreprises des deux pays sont motivés pour améliorer davantage le commerce et les investissements bilatéraux », a déclaré M. Qin.

Wang Yungui, responsable de la politique et de la réglementation à l’Administration d’Etat des devises étrangères, a quant à lui précisé jeudi lors d’une conférence de presse que la Chine suit de près la baisse du Rouble.

Comme la dépréciation du Rouble signifie une appréciation relative du Yuan, M. Yang a exhorté les exportateurs chinois à utiliser des outils financiers comme les contrats à terme et les swaps pour couvrir leurs risques.

« La Russie est devenue un partenaire commercial important de la Chine, ce qui fait que cela va en soi porter atteinte aux exportations de la Chine », a de son côté déclaré Louis Kuijs, économiste en chef en Chine à la Royal Bank of Scotland Plc. « A part cela, l’impact financier en Chine devrait être modeste pour le moment. En outre, dans l’ensemble, la baisse du prix du pétrole est un fait nettement positif pour la Chine ».

Il estime que la baisse des prix du pétrole, la dépréciation du Rouble et les turbulences financières en Russie, ajoutées à l’impact des sanctions et de l’incertitude que cela crée pour les entreprises, sont susceptibles de donner naissance à de graves problèmes économiques pour la Russie en 2015.

La Chine et la Russie ont signé un accord sur un swap de devises de 150 milliards de Yuans (24,16 milliards de Dollars US) en octobre dernier.

Cependant, selon Lian Ping, économiste en chef à la Banque des Communications Co Ltd, dans le cadre du pacte, si la Chine détient des Roubles, elle subira de grosses pertes.

« Cela pousse le gouvernement chinois à dépenser ses Roubles ou à utiliser la monnaie pour des investissements afin de couvrir le risque de dépréciation ».

Dong Xiaojun, Directrice adjointe du Département d’économie de l’Académie chinoise de gouvernance, a exprimé ses préoccupations, craignant qu’un nouvel effondrement du Rouble soit néfaste pour l’économie en Chine.

« La crise monétaire en Russie peut conduire à une crise de la dette si la panique se propage aux marchés, ce qui constituera un grand risque pour la fragile reprise mondiale et d’autres pays émergents », dit-elle.

Selon Mme Dong, le Conseil de la Réserve fédérale américaine pourrait commencer un cycle de hausses des taux d’intérêt à la mi-2015, ce qui fait que le marché peut s’attendre à une nouvelle baisse du Rouble.

« La banque centrale chinoise devrait maintenir un taux de change stable par rapport au Dollar US, de façon à empêcher les sorties de capitaux massives et stabiliser le marché financier », a-t-elle ajouté.

 

 
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Publié par le décembre 20, 2014 dans Asie, Economie, Europe

 

Russie: du sang à la corbeille par Jacques Sapir

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18 décembre 2014

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La séance a été mouvementée, mais glorieuse, pour le rouble ce mercredi 17 décembre. Il s’est apprécié fortement face au dollar et à l’Euro après les séances catastrophiques de vendredi, lundi et mardi. Dans le même temps, la Bourse de Moscou, qui avait connu une forte baisse ce lundi et ce mardi, s’est brillamment reprise et a connu une hausse de 17%. Il faut, certes, se méfier des  mouvements sur un marché des actions qui est très étroits. Près de 90% des volumes se font sur cinq titres seulement. Néanmoins, la tendance est ici très nette. Ces mouvements sont comparables dans leur amplitude à la baisse spectaculaire de mardi 16. Ils n’ont cependant pas provoqués les mêmes commentaires, et ceci est révélateur des parti-pris anti-russes d’une partie de la presse et des soi-disant « observateurs ». Ils n’en sont pas moins intéressants car ils révèlent ce qu’est la politique des autorités russes. Mais, au-delà de ce simple constat, il faut s’interroger sur les choix qui ont été faits par les autorités.

La stratégie des autorités et le bain de sang des spéculateurs

La stratégie du gouvernement et de la Banque Centrale semble fonctionner à court terme. Moins que la hausse du taux d’intérêt à 17%, il semble bien que ce soit essentiellement l’engagement des réserves du Ministère des Finances et de la Banque Centrale couplé avec des mesures administratives visant certaines banques, qui ait provoqué cette hausse importante. Elle est très significative. On voit que la veille, le rouble s’était effondré avant de remonter vers la fin de la journée. Cela s’explique par le mouvement de spéculation. On achète du dollar en vendant des roubles en début de journée, et ce mouvement fait chuter le rouble, puis on revend ces dollars, provoquant une légère remontée, mais qui reste à un niveau inférieur à celui auquel on les a acheté. Le spéculateur est ainsi gagnant. Songeons qu’il a pu acheter des dollars entre 63 et 65 roubles et les vendre entre 77 et 72 roubles, empochant ainsi un beau bénéfice. Mais, ce mercredi 17 c’est un tout autre scénario. Les achats de dollars se font entre 69 et 71 roubles, dans l’espoir de vente au-delà de 80 roubles. Mais, l’intervention de la Banque Centrale fit remonter le rouble qui à 8H00 est à 63 roubles pour 1 dollar. Les spéculateurs sentent que a situation leur échappe et ils multiplient les achats, faisant chuter le rouble un instant, mais l’intervention de la Banque Centrale et du Ministère des Finances sature le marché, le rouble s’apprécie, et les contrats se dénouent entre 62 et 60,5 roubles pour un dollar, ce qui entraine des pertes énormes pour les spéculateurs.

Graphique 1

Mouvement du cours du roule face au dollar le 16 et 17 décembre

A - Charte séance

Ces mouvements du 17 décembre impliquent donc des pertes très lourdes pour les spéculateurs qui jouaient la baisse du rouble. On verra dans les jours qui viennent ce qui se passe pour certains fonds spéculatifs, en particulier aux Etats-Unis, et certaines petites banques russes, proches de milieux opposés à la politique menée par Vladimir Poutine. Il est clair que cette stratégie doit absolument être poursuivie dans les jours qui viennent pour rendre ces pertes irréversibles et redonner par la même occasion confiance à la population russe.

L’objectif devrait donc logiquement être d’atteindre le niveau de 55 roubles pour 1 dollar. Ce cours qui correspond plus ou moins au niveau d’équilibre pour un baril de pétrole en dessous des 60 dollars et qui rassurerait la population.

Le coût pour les autorités.

On ne connaît pas encore exactement le coût direct de cette stratégie. Il est cependant clair qu’il a été important. La Banque Centrale et le gouvernement ont certainement jeté des sommes importantes sur le marché pour arriver à leurs fins. Ils devront dépenser des sommes toutes aussi importantes dans les jours à venir, probablement autour de 30 milliards de dollars par semaine s’ils veulent atteindre cet objectif. Mais il est clair que la Russie en a aujourd’hui les moyens. Les réserves de la Banque Centrale sont au-dessus des 400 milliards de dollars.

Ce coût n’est pas le seul, et il faut aussi envisager le coût caché de cette politique. Il réside dans le maintien de taux d’intérêts élevés. Ces derniers sont actuellement de 17% l’an, alors que l’inflation se situe autour de 10,5% l’an. Si ces taux devaient s’inscrire dans la durée, ils étrangleraient l’économie russe. Il faut donc ici bien considérer que si une politique de lutte contre la spéculation par des moyens de marché peut être efficace, comme cela a été prouvé ce mercredi 17 décembre, le coût, tant direct qu’indirect de cette politique devient rapidement croissant. On comprend que, dans l’esprit du gouvernement, cette stratégie ne soit pas appelée à durer. Il est clair qu’il espère qu’avec le mois de janvier prochain les pression baissières sur le rouble vont se calmer. Néanmoins, si la spéculation s’avérait soutenue politiquement par certains pays, ceci pourrait ne pas être le cas. Dans cette situation, la meilleure solution pour la Russie serait d’introduire rapidement des mesures réglementaires, ce que l’on appelle un contrôle des capitaux. La réussite de la stratégie adoptée par les autorités, qui se refusent pour l’instant de considérer l’option du contrôle des capitaux, va faire baisser la pression sur ces mêmes autorités. Mais, si l’engagement du Ministère des Fiances et de la Banque Centrale devait se poursuivre, il faudrait alors reconsidérer sérieusement les différentes options possibles.

Des leçons à tirer.

Une dernière leçon doit être tirée des événements qui viennent de se passer. Ce mini-krach sur le marché des changes a réactivé tout l’inconscient de méfiance vis-à-vis de l’économie russe qui date de la crise d’août 1998. Or, contrairement à cette époque, jamais il n’y a eu un risque de défaut. En 1998, les réserves de la Banque Centrale étaient très faibles, autour de 30 milliards. Elles sont aujourd’hui à 420 milliards, soit 14 fois supérieures. La dette publique était un problème majeur en 1998 ; aujourd’hui la Russie est l’un des pays les moins endettés du monde avec au tour de 9% du PIB pour sa dette publique, soit 10 fois moins que la France. La balance commerciale était en déficit au premier semestre 1998, alors qu’elle est excédentaire aujourd’hui de près de 120 milliards par an, un chiffre comparable à celui de l’Allemagne.

L’industrie russe se développe rapidement, et on a pu le voir dans les contrats signés récemment avec l’Inde, tout comme on peut le voir si l’on regarde les chiffres de la production automobile, ou aéronautique. Il est donc profondément stupide de compare la Russie à un quelconque émirat pétrolier. Cela n’avait non plus aucun sens de comparer 1998 avec ce qui s’est passé les jours derniers. Et pourtant, certains l’on fait, parfois de bonne foi montrant cependant que leur connaissance de l’économie russe était bien courte, et d’autres de moins bonne fois, démontrant une incontestable volonté de nuire. Il est important de ne pas se laisser guider par l’idéologie quand on cherche à comprendre ce qui se passe en Russie.

 
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Publié par le décembre 18, 2014 dans actualités, Economie, Europe

 

Spéculations sur le Rouble par Jacques Sapir

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16 décembre 2014

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Le rouble a été durement attaqué hier, lundi, et a connu une nouvelle baisse importante. En réaction, la Banque Centrale de Russie a monté son taux directeur de 10,5% par an à 17%. Cette réaction, dont on peut comprendre la logique, risque d’être insuffisante. Compte tenu de la nature des attaques spéculatives dont le Rouble est l’objet, seul des mesures de contrôle des capitaux sont en mesure de ramener le calme sur le marché des changes.

I. Un mouvement clairement spéculatif.

Il est clair désormais que le rouble fait l’objet d’attaques spéculatives. Les causes structurelles de sa baisse sont connues :

  • (1) Baisse des prix du pétrole.
  • (2) Endettement des entreprises russes en Dollar et nécessité pour ces entreprises de rembourser pour 120 milliards de Dollars dans le deuxième semestre de 2014.
  • (3) Raréfaction des dollars sur le marché russe du fait des sanctions financières imposées par les Etats-Unis et appliquées par nombre de banques européennes.
  • (4) Conjoncturellement, hausse de la demande de dollars pour payer les importations de biens de luxe du fait des fêtes de Noël.

Ces causes sont connues. Mais il est aussi clair que l’on est en présence d’un mouvement spéculatif. Les effets de ce derniers peuvent être lus dans les graphiques suivants.

Graphique 1

Volumes sur le marché des changes – Marché au comptant

 A - Rubl Compatnt

Graphique 2

Volumes sur le marché des changes – Marché à terme

 A - Rub Lendemain

Sources : graphiques 1 et 2 – Banque Centrale de Russie et Marché Interbancaire des Changes (MICEX-MMVB)

On sait aussi que les pressions à la baisse devaient se ralentir, voire s’inverser, au début de 2015. Les remboursements des entreprises russes doivent baisser fortement en 2015 et l’on peut penser que le prix du baril de pétrole va remonter à partir de février, en raison de risques que cette baisse fait courir à l’économie américaine. Rien ne peut justifier les mouvements récents, rien sauf le spéculation. L’ampleur des mouvements récents traduit en réalité une spéculation de la part d’acteurs russes mais aussi étranger (des fonds spéculatifs). C’est cette spéculation à la baisse qui a provoqué la chute brutale du Rouble lundi 15 décembre.

Graphique 3

Mouvement des remboursements

A - PaiementsTrim - copie

Source: Banque Centrale de Russie. Estimation du solde positif de la balance commerciale de la Russie à 10 milliards de dollars par mois.

II. Une réaction logique mais sans doute inefficace.

Dans ce contexte, la décision prise dans la nuit du 15 au 16 par la Banque Centrale de Russie se comprend parfaitement. Pour casser la spéculation elle monte fortement les taux afin de rendre le rouble plus cher. Les agents qui contracteraient des emprunts en roubles pour les transformer en dollars devront payer bien plus cher. Mais, un taux de 17% par an n’est pas dissuasif pour ce genre de spéculation où les positions prises le sont à la journée voire, au plus, à la semaine. La BCR devra alors soit continuer de faire monter ses taux soit noyer le marché par des ventes massives de dollars afin de faire remonter brutalement le Rouble et de prendre les spéculateurs à contre-pied, leur faisant perdre beaucoup d’argent.

C’est donc une stratégie possible, les réserves en devises de la BCR sont largement suffisantes, mais c’est une stratégie couteuse. Les montants que la BCR devra accepter de dépenser pourraient atteindre les 100 milliards de dollars en quelques semaines si elle veut faire du mal aux spéculateurs. Par ailleurs, cette très forte hausse des taux aura des conséquences très négatives pour l’économie, au moment ou de nombreuses entreprises russes cherchent à investir pour développer des productions de substitution aux importations. Dans ces conditions, soit il s’agit d’une politique de court terme, et on verra ce qui se passe sur le marché des changes très vite, soit la BCR devra se résoudre à introduire un contrôle des capitaux comme nous le lui avons conseillé depuis plusieurs mois.

III. Des mesures de contrôles sont plus efficaces.

Il est en effet connu que des mesures de contrôle des capitaux sont des armes efficaces face à un marché qui est l’objet de mouvements spéculatifs. L’ampleur de cette spéculation conduit à des mouvements de capitaux importants, qui sont parfaitement identifiables et qui peuvent être interdits ou qui peuvent donner lieu à des pénalités dissuasives. Par ailleurs, un contrôle des capitaux a pour effet de déconnecter les taux d’intérêts internes et ceux des marchés internationaux. Il devient possible de baisser les taux d’intérêts, ce qui est profitable pour l’industrie et les entrepreneurs.

Des mesures de ce type ont été appliquées avec succès dans plusieurs pays. Elles sont désormais recommandées dans ce type de situation par le FMI et par de nombreux économistes. Mais, il est clair que c’est une décision politique. La BCR avait exclu en octobre le recours à des mesures de ce type. Elle va devoir prouver très rapidement que l’arme des taux peut être efficace. Dans le cas contraire, il faudra qu’elle mette très rapidement (d’ici à la semaine prochaine) en place un mécanisme efficace de contrôle des capitaux.

 
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Publié par le décembre 17, 2014 dans Economie

 

Poutine à la Douma par Jacques Sapir

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4 décembre 2014

Par

Le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, a fait son discours devant le Parlement de Russie ce jeudi 4 décembre. C’est un exercice convenu, qui s’apparente au « discours sur l’état de l’Union » que fait le Président des Etats-Unis. S’il n’y a pas eu de « révélations » dans ce discours, il faut cependant en retenir les points suivants.

1. Une tonalité offensive vis-à-vis des pays occidentaux.

On s ‘attendait à un discours largement centré sur l’économie. Les turbulences du cours du rouble alimentaient cette attente. Or, la majeure part de ce discours a été réservée à la politique internationale. Le Président Poutine s’est exprimé de manière très ferme sur la politique américaine à l’égard de la Russie, ce qui n’est pas en soi nouveau, mais aussi sur la politique des pays européens, ce qui l’est nettement plus. Il se situe dans le cadre d’un affrontement de longue durée avec les Etats-Unis, ce qui ne pourra que renforcer les tendances au rapprochement avec Beijing.

Il faut noter qu’au prochain sommet de l’OSC, qui se tiendra à Oufa, au Bachkotorstan en Russie, au printemps 2015, l’Inde et le Pakistan vont faire acte de candidature et seront acceptés dans cette organisation. Ceci ne pourra que renforcer le poids international de la Russie.

2. Quelle politique économique ?

Sur la politique économique, trois annonces méritent de retenir l’attention. La première est proclamatoire. Vladimir Poutine a réaffirmé sa confiance dans une économie que l’on peut appeler « décentralisée ». Il a indiqué qu’il n’était pas question de « mobiliser l’économie ». La seconde va en apparence dans le même sens. Il a indiqué différentes mesures en faveur des PME/PMI :

  • (a) Un projet de gel de l’impôt sur les sociétés pour les 4 années qui viennent.
  • (b) Un projet de geler la « supervision » par les autorités publiques des PME pour une période de 3 ans. Mais, ceci ne concerne que les PME qui n’auront pas eu à faire avec les autorités fiscales dans la période précédente. Si cela peut constituer un bon signal pour la création d’entreprises, il est clair que le nombre de bénéficiaires sera réduit au sein des PME existantes.
  • (c)  Il a offert une amnistie à tous ceux qui rapatrieraient leur capital en Russie.

Ces mesures sont certainement favorables, mais nettement moins qu’on ne peut le penser de prime abord. Elles favorisent plutôt les nouvelles PME que les PMR existantes. Quand aux effets de l’amnistie, ils ne seront importants que si se met en place une véritable politique pénalisant l’évasion fiscale.

Dans le même temps, il a indiqué que les administrations publiques allaient soutenir l’activité, en particulier au niveau local. Ceci implique que les liens avec l’Etat resteront forts. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle, loin de là. Elle implique que les administrations et les entreprises publiques vont soutenir l’activité locale, ce qui est une bonne chose. Mais, ceci pose aussi le problème des canaux de cette action. On peut penser que le gouvernement va mettre en place un système de prêts bonifiés pour lutter contre la hausse des taux suite à l’action de la Banque Centrale.

3. L’action de la Banque Centrale et la question du Rouble.

Sur ce point, le discours de Vladimir Poutine a été clair. Il a réitéré sa confiance dans la Banque Centrale et ne s’est pas montré alarmiste sur la question du Rouble. En effet, on connaît les engagements à court terme des banques et des entreprises russes vis-à-vis de l’étranger. Ces engagements, compte tenu des sanctions de la part des Etats-Unis qui paralysent les banques occidentales, expliquent en partie la chute du Rouble.

Graphique 1

En pourcentage du niveau du 1er septembre 2009 A-Rouble

Ces engagements montrent qu’il y a un pic de paiements en décembre, mais que l’ampleur des paiements devrait rapidement baisser dans le cours de 2015. Cela implique que la demande en dollars va faiblir au début de l’année.

Graphique 2

A - Paiements à Venir

Cet affaiblissement de la demande en dollars va se cumuler avec une probable remontée du prix du pétrole, à partir de mai-juin 2015. En effet, si ce prix devait descendre en dessous de 60 USD le baril, une partie de l’industrie pétrolière américaine serait en difficulté (en particulier dans le secteur de l’huile et du gaz de schiste). Or, les banques américaines ont largement consentis des crédits à ce secteur. Il est donc probable qu’après un mouvement baissier qui n’est pas terminé, le prix du baril revienne se stabiliser autour de 75-80 USD. Si tel est le cas, l’économie russe devrait connaître une croissance de 0,5% à 1% en 2015. On voit déjà que l’industrie profite de la dépréciation du rouble.

Graphique 3

A - ProIndus

Mais, en même temps, Vladimir Poutine a explicitement dit que le gouvernement connaissait le nom des spéculateurs qui ont pris des positions à la baisse du Rouble et il a demandé à BCR de les « punir ». Il est possible que cette dernière intervienne en sous-main pour faire remonter le rouble, prenant ainsi les spéculateurs à contre-pied. Mais, on peut aussi interpréter cette partie du discours du Vladimir Poutine comme un avertissement en vue de sanctions autres qu’économiques. On rappelle que fonctionne à la Banque Centrale un système expert qui permet d’identifier les opérations douteuses.

En tout état de cause, ce discours a maintenu la ligne de crête sur laquelle évolue le gouvernement russe : pas de recentralisation ou de nationalisations spectaculaires, un appui institutionnel aux PME, mais un renforcement des règles et des moyens de lutte contre la spéculation. Cependant, on note aussi que le temps de l’endettement à l’étranger, et en particulier auprès des fonds de pension américains, semble bien terminé. Ceci impliquera probablement, que Poutine l’admette ou pas, un renforcement du rôle de l’Etat. Beaucoup de choses se joueront alors sur la capacité de Vladimir Poutine à améliorer significativement l’efficacité de l’administration publique en Russie.

 
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Publié par le décembre 4, 2014 dans actualités, Asie, Economie, Europe

 
 
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