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Isaac Babel : la ceinture rouge…

un ami m’offre ce texte de l’immortel auteur des contes d’Odessa et il m’écrit ces quelques mots qui me touchent profondément et dont je reconnais l’auteur,

Danielle,
il faut continuer.Une partie de nos malheurs vient du silence des vaincus, de notre silence à nous. Je ne sais où tu trouves cette force qui jamais ne te fais défaut, sincèrement tu as mon admiration.

Je te fais un cadeau.
Tu connais déjà ce texte, mais peu importe.

Ces jours derniers, on a parlé de voitures explosées à Villejuif. Sans importance. Mais ça m’a fait penser à tes textes sur ce pauvre Georges Marchais, et cette nouvelle mairie à côté de la plaque.

Je t’offre « la ceinture rouge » de ton cher Isaac Babel. C’est un court texte qu’il a écrit en 1935, lors de son troisième et dernier séjour à Paris. De l’avis de tous, ce n’est pas ce qu’il a écrit de meilleur. Un texte de rien du tout, presque insignifiant et inoffensif. On y trouve quand même, en passant, quelques unes des vérités essentielles qui te sont chères : les classes sociales, l’opportunisme politique, la culture du rapport de force, la certitude des lendemains qui chantent…et l’humour d’odessa…

La traduction est ici de S.Benech.

LA CEINTURE ROUGE

Paris est entouré d’une ceinture de petites villes. Elles sont considérées comme ses banlieues. C’est là que se trouvent la plupart des fabriques et des usines de la capitale, ses entreprises et ses établissements les plus importants. Les voix de ces masses laborieuses sont acquises aux communistes. Dans la plupart des banlieues les municipalités sont communistes. La ceinture qui entoure Paris est une «ceinture rouge».
Un jour, une délégation soviétique (nous étions venus assister au Congrès pour la Défense de la culture) s’est rendue à Villejuif, une des banlieues rouges de la capitale. Le maire de Villejuif, Vaillant-Couturier, est membre du Comité central du Parti communiste français, il est écrivain, journaliste, et rédacteur en chef du journal L’Humanité.
La transition entre la ville – l’appareil compliqué, contradictoire et terrible d’un état bourgeois – et Villejuif, une cellule de l’avenir, est frappante.
Il n’y a pas de frontière géographique indiquant où se termine Paris et où commence la banlieue. La ville sans fin s’étale sur des dizaines de kilomètres, les quartiers deviennent juste plus pauvres au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre, et l’on voit de plus en plus souvent des blouses d’ouvriers, qui finissent par devenir la tenue prédominante.
Une fois à Villejuif, nous sommes allés à la mairie. Dans les bureaux, tout le monde s’appelle «  camarade », et il règne partout une telle solidarité, une telle simplicité et une telle spontanéité, que nous nous sommes tout de suite sentis chez nous, et nous avons compris, non seulement avec nos esprits, mais aussi avec nos coeurs, que la patrie de l’idéal communiste est immense et n’a pas de frontière, comme le monde.
A la mairie, nous avons assisté pendant plusieurs heures aux audiences de Vaillant-Couturier. On vient trouver le maire communiste pour les problèmes les plus insolites. Il y a des ouvriers, et parfois aussi des bourgeois, des spéculateurs, des militaires.

La plupart des gens étaient des chômeurs. L’un d’eux s’est plaint à Vaillant-Couturier: « Mon patron m’a licencié, ce chameau, et maintenant, il refuse de me délivrer mon attestation pour la caisse de chômage. S’il te plait, Vaillant, aide-moi. »

Et Vaillant l’aide. Il écrit sur-le-champ au « chameau » :

« Cher Monsieur, etc. etc… Je vous invite à régler ce que vous
devez à un tel… Dans le cas contraire… »

On peut être sûr que le « chameau » ne va pas en arriver au « cas
contraire ». L’ouvrier prend le papier et remercie.

Une demi-heure plus tard, le patron débarque, dans tous ses états:

« Monsieur Vaillant, je vous le jure, moi aussi je suis un communiste dans l’âme ! Mais je vous jure que je ne lui dois pas ces
cent francs ! Vous allez me mettre sur la paille, vos calculs sont faux. Les ouvriers vivent mieux que moi ! Je suis ruiné. Je n’ai pas de quoi payer les intérêts…»

Alors Vaillant lui tapote l’épaule:

« Ce n’est rien, mon ami, vous n’en avez plus pour longtemps
à souffrir… Quand nous aurons instauré le communisme, vous
n’aurez plus à payer d’intérêts, et l’État n’aura plus à verser
d’indemnités de chômage…»

Le patron reste interdit et s’en va, plongé
dans ses pensées.

A Villejuif, la municipalité communiste a construit la plus belle
école de France. Extraordinairement attrayante, gaie, et d’une
grande virtuosité architecturale. Des fresques murales peintes
par Lurçat, des classes lumineuses et harmonieuses, des parterres
de fleurs, des salles de gymnastique et un cinéma. Pour les
Français, habitués aux collèges sinistres et moyenâgeux, cette
école communiste est la huitième merveille du monde. Devant
le charme et la simplicité des équipements et des nouvelles
méthodes d’enseignement de cette école, même les autorités officielles ont dû s’incliner. Le ministre de l’Éducation nationale
avait exprimé le désir d’assister à l’inauguration. On lui a fait
comprendre que sa venue ne serait un plaisir pour personne…Il
a compris et ne s’est pas montré.

Une « ceinture rouge » entoure Paris, et l’heure approche où les
banlieues rouges vont s’allier au Paris rouge, pour le plus grand
bonheur de toute I’humanité progressiste.

 
 

APRÈS LE BÂTON, LA CAROTTE par Jacques-François Bonaldi

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Je poursuis mes petits commentaires au sujet de la reprise annoncée des relations diplomatiques avec les USA. C’est en fait, et au fond, parce que l’environnement tant intérieur (impossibilité de se représenter, donc liberté de certains choix ; pressions de plus en plus fortes de certains secteurs économiques pour pouvoir accéder au marché cubain ; réduction, du fait de son vieillissement naturel de l’extrême droite miamaise et donc de son influence, entre autres) qu’extérieur (mise à jour du modèle économique cubain – remarquons bien qu’il ne s’agit pas d’actualisation « politique » – isolement de Washington face à l’Amérique latine à cause de sa politique cubaine ; isolement face à la « communauté internationale » à cause du blocus), entre autres raisons, qu’Obama a adopté la politique que n’importe quel autre gouvernement national, dans un cas pareil, aurait adoptée depuis bien longtemps, n’était le « traumatisme » qu’a vécu et que continue de vivre la Maison-Blanche, tous partis confondus, face à cet événement insolite dans leur histoire : ne pas arriver à leur fins en plus de cinquante ans, autrement dit amener à résipiscence cette petite île de rien du tout – en étendue, puissance, population, ressources économiques, etc. – qui les brave depuis 1959. Et, pis encore, de n’en avoir pas eu les moyens. On sait comment les USA ont réglé – ou tenté de régler – des « crises » inventées de toute pièces, pour ne prendre que des faits plus récents, au Panama (1989), en Irak, en Afghanistan, en Serbie-Kossovo, en Somalie, en Libye, en Syrie, en Ukraine : en y foutant la merde, pour parler vulgairement. Or, ces moyens n’ont jamais été à la portée à Cuba en cinquante-cinq ans ! Et quand Washington y a recouru en avril 1961, à Playa Girón, le fiasco a été total…

Il y a de quoi en être véritablement traumatisé, ce qui explique le comportement obsessionnel de Washington, son attitude maladive, sa – pour ainsi dire – schizophrénie vis-à-vis de Cuba. Ou, pour être plus exacte, de la Révolution cubaine. Ce qui fait mal à l’establishment étasunien, tous partis confondus, c’est la Révolution socialiste (« communiste », si l’on veut reprendre son vocabulaire) installée à ses portes et à sa barbe, comme l’avait dit Fidel quand il avait affirmé en avril 1961 qu’elle était « socialiste ». Je parle de schizophrénie au sens clinique. Si, selon le Robert, cette maladie est une « psychose caractérisée par une désagrégation psychique (ambivalence des pensées, des sentiments, conduite paradoxale), la perte du contact avec la réalité, le repli sur soi », eh bien,  alors, les psychiatres de gouvernement, s’il en existait, auraient sous la main un des cas les plus symptomatiques et intéressants qui soient :  un gouvernement qui, contrairement aux faits les plus avérés, s’enferre dans une conduite d’échec pendant cinquante-cinq ans ! Alors, qu’on ne me parle pas de « courage » d’Obama (non rééligible, il n’y rien à perdre). Il a tout simplement fait preuve de bon sens. L’entêtement inutile de Washington par rapport à La Havane en faisait la risée du monde, et les superpuissants n’aiment pas du tout qu’on les tourne en ridicule. Un petit exemple : il faisait presque pitié, le  pauvre ambassadeur étasunien de service auprès des Nations Unies qui devait ressasser, année après année, la même plaidoirie éculée quand l’Assemblée générale débattait de la résolution cubaine sur la levée du blocus, manier une langue de bois, une rhétorique passéiste pour défendre une politique que seuls son propre gouvernement et Israël appuyaient… Obama l’a d’ailleurs reconnu : quand une politique ne fonctionne pas pendant cinquante-six ans, il faut en changer. Washington y a mis du temps, c’est vrai, mais elle s’en est finalement convaincu. Ce qu’a fait la Maison-Blanche, c’est tout simplement changer son fusil d’épaule. Ce que le reste du monde voyait depuis belle lurette, ce à quoi, je présume, ses alliés occidentaux l’incitaient en conciliabules secrets et ce que n’importe quelle autre diplomatie un peu moins bornée aurait compris bien avant.

Je tiens tout de même à signaler que si cette politique – erronée, certes, compte tenu de l’interlocuteur, ou de l’adversaire – n’a jamais fonctionné, c’est qu’il y avait, qu’il y a toujours en face une Révolution cubaine, et donc une diplomatie, qui, en premier lieu, n’a jamais transigé sur les principes, ne s’est jamais inclinée, ne s’est jamais laissé leurrer par les appeaux qu’on lui tendait, qui a eu même des audaces inouïes – entre autres, voler au secours de l’Angola envahi par Mobutu et les racistes sud-africains et contribuer décisivement à modifier du tout au tout la donne en Afrique australe (Namibie, Afrique du Sud), autrement dit, faire pour une très bonne cause ce que l’Occident a toujours fait pour de très mauvaises – qui a agi avec une intelligence et une habilité suprêmes à chaque moment, et qui a derrière elle, faut-il le souligner ? un peuple capable de résister au pire pour défendre sa souveraineté, son indépendance et sa dignité, voire sa propre existence de nation. Et puis aussi, même si on ne parle plus guère de lui, un de ces géants qui n’apparaissent que de loin en loin dans l’histoire, autrement dit Fidel, en qui, précisément, tout un peuple s’est incarné parce qu’il représentait l’intérêt le plus essentiel de Cuba et résumait le combat maintenant séculaire d’un peuple pour son indépendance et sa liberté.

 

Ceux qui reprochent à Obama d’avoir cédé à la  « tyrannie », ou « dictature des Castro » ont raison, et n’ont tort que sur un point : affubler cet épithète éculée à ce qui est avant tout la Révolution du peuple cubain. Ceci dit, oui, Obama a cédé, parce qu’il n’avait pas d’autre solution – ce sur quoi les commentateurs internationaux se gardent bien d’épiloguer.

 

Mais cet accès de bon sens, cette sortie de la schizophrénie ne veulent pas dire pour autant que le patient est guéri, qu’il a recollé au réel, autrement dit que Washington va enfin reconnaître La Havane comme un égal, que les négociations vont s’engager sur un pied d’égalité. Tant s’en faut ! Sur ce plan, Obama est aussi malade que ses dix prédécesseurs à la Maison-Blanche, et son discours du 17 décembre ne laisse place à aucune ambigüité. La politique change, certes. L’objectif final, non. Les moyens se modifient, les mêmes visées persistent. Il s’agit aujourd’hui comme hier de liquider ce chancre à portée des côtes étasuniennes, d’éliminer cette Révolution qui continue de faire voir rouge à l’establishment, tous partis confondus, d’extirper cette Révolution qui n’a pas renoncé au socialisme en plein apogée du néolibéralisme en Occident. Il s’agit de la faire changer. Nouvel avatar, sans doute, de ce fameux change dont Obama nous a rebattus les oreilles pendant sa première campagne électorale et dont la population étasunienne n’a vu que de maigres bribes.

 

J’analyse les points clefs de ce prétendu « changement ». Je me fonde pour ce faire, non sur le discours qu’Obama a prononcé devant je ne sais trop quel auditoire (et que reproduit en entier le journal Granma, en parallèle à celui de Raúl) mais sur le texte offert sur le site de la Maison-Blanche où l’on parle de lui à la troisième personne et dans lequel les mesures sont annoncées bien plus en détail. Si je le fais, c’est que, curieusement, il ne coïncide pas avec le discours « officiel », sauf quelques rares paragraphes, qu’il est bien moins « mielleux » et diplomatique, qu’il est bien plus précis sur certains points où les anciennes méthodes ont toujours cours. Pourquoi la Maison-Blanche publie-t-elle deux versions différentes sur un même sujet ? Je l’ignore. Qu’on me permette d’y voir un bel exemple de ce « double langage » si habituel à certains gouvernements…

 

Obama affirme d’entrée :

 

« It is clear that decades of U.S. isolation of Cuba have failed to accomplish our enduring objective of promoting the emergence of a democratic, prosperous, and stable Cuba. »

« Il est clair que des décennies d’isolement de Cuba par les États-Unis ne nous ont pas permis d’atteindre notre objectif permanent : promouvoir l’émergence d’une Cuba démocratique, prospère et stable. »

 

Cartes sur table, donc. Quand on sait que ce terme « démocratique » signifie dans l’establishment la démocratie telle qu’il l’entend, lui, et que le socialisme est par définition antidémocratique, on comprend tout. Ceci dit, je ne vois pas pourquoi et au nom de quel droit la Maison-Blanche voudrait « promouvoir » quoi que ce soit à Cuba. Celle-ci a-t-elle jamais cherché à promouvoir, par exemple, un peu moins de racisme aux États-Unis, ou un peu plus d’égalité entre les quarante-six millions de pauvres et les quelques dizaines ou centaines de milliardaires. Je pourrais citer bien d’autres traits saillants de la société étasunienne. « Prospère », c’est précisément le socialisme que la nouvelle direction cubaine, et le peuple cubaine avec elle, entend atteindre. Quant à ce « stable », il est bel et bien la preuve de la langue de bois que parle Washington : parce que j’aimerais bien savoir quel pays au monde est plus « stable » que Cuba depuis cinquante-six ans !

At times, longstanding U.S. policy towards Cuba has isolated the United States from regional and international partners, constrained our ability to influence outcomes throughout the Western Hemisphere, and impaired the use of the full range of tools available to the United States to promote positive change in Cuba.  Though this policy has been rooted in the best of intentions, it has had little effect – today, as in 1961, Cuba is governed by the Castros and the Communist party.

« Notre politique à l’égard de Cuba, qui remonte à loin, nous a parfois coupé de nos partenaires régionaux et internationaux, réduit notre capacité d’influence sur tout le continent et nous a empêchés d’utiliser toute la gamme d’instruments dont nous disposons pour promouvoir des changements positifs à Cuba. Bien que cette politique ait été fondée sur les meilleures intentions, elle a eu peu d’impact : aujourd’hui, tout comme en 1961, Cuba est gouvernée par les Castro et le parti communiste. »

Donc, constat d’échec sur toute la ligne ! Ce paragraphe renchérit en fait sur le précédent : les États-Unis considèrent comme allant absolument de soi, voire quasiment comme un devoir, de « promouvoir » des changements à Cuba. On ne sort pas de la vision selon laquelle le socialisme est un bubon qu’il faut extirper, une anomalie, une monstruosité. Et si le capitalisme était justement, lui, le monstrueux, le tératologique ? Ne posez pas cette question à Obama, il vous prendra pour un fou…

We cannot keep doing the same thing and expect a different result.  It does not serve America’s interests, or the Cuban people, to try to push Cuba toward collapse.  We know from hard-learned experience that it is better to encourage and support reform than to impose policies that will render a country a failed state.  With our actions today, we are calling on Cuba to unleash the potential of 11 million Cubans by ending unnecessary restrictions on their political, social, and economic activities.  In that spirit, we should not allow U.S. sanctions to add to the burden of Cuban citizens we seek to help.

« Nous ne pouvons continuer de faire pareil et en attendre un résultat différent. Tenter de pousser Cuba à la débâcle ne sert pas les intérêts des États-Unis ni ceux du peuple cubain. Nous savons, par expérience durement apprise, qu’il vaut mieux encourager et appuyer des réformes qu’imposer des politiques qui convertiront un pays en un État en banqueroute. Par les actions que nous entreprenons aujourd’hui, nous appelons Cuba à libérer le potentiel de onze millions de Cubains en mettant fin aux restrictions stériles qui frappent leurs activités politiques, sociales et économiques. C’est dans cet esprit que nous ne permettrons pas que les sanctions étasuniennes viennent s’ajouter au fardeau qui pèse déjà sur les citoyens cubains que nous cherchons à aider. »

Petit commentaire (pour ne pas épiloguer sur ce droit de s’ingérer dans les affaires intérieures de Cuba) : la petite expression : « par expérience durement apprise » (que, curieusement, la version espagnole sur ce même site omet) résonne sinistrement dans la bouche d’Obama, fait même froid dans le dos, car, ce me semble, ce sont plutôt les Syriens, pour ne citer que le dernier exemple en date, qui font bel et bien cette « dure expérience » de la volonté des États-Unis et de l’Union européenne d’ « imposer des politiques qui convertiront un pays en un État en banqueroute ».

Today, we are renewing our leadership in the Americas.  We are choosing to cut loose the anchor of the past, because it is entirely necessary to reach a better future – for our national interests, for the American people, and for the Cuban people. / Since taking office in 2009, President Obama has taken steps aimed at supporting the ability of the Cuban people to gain greater control over their own lives and determine their country’s future.  Today, the President announced additional measures to end our outdated approach, and to promote more effectively change in Cuba that is consistent with U.S. support for the Cuban people and in line with U.S. national security interests. 

« Aujourd’hui, nous sommes en train de renouveler notre leadership dans les Amériques. Nous avons choisi de couper les ancres du passé, parce qu’il est absolument nécessaire d’instaurer un meilleur avenir pour nos intérêts nationaux, pour le peuple étasunien et pour le peuple cubain. / Depuis que je suis entré en fonction (à partir de là, le texte dit : « le président Obama » ; je remets la première personne pour faciliter les choses) en 2009, j’ai adopté des mesures pour contribuer à ce que le peuple  cubain soit en mesure de mieux contrôler sa vie et de décider de l’avenir de son pays. J’annonce donc de nouvelles mesures pour en finir avec notre approche dépassée et promouvoir à Cuba un changement plus réel dans le droit fil de l’appui que les USA apportent au peuple cubain et en conformité avec nos intérêts de sécurité nationale ».

Commentaire : encore une fois, on le constatera aisément, l’ingérence dans les affaires intérieures de Cuba s’étale avec une béatitude ravie, comme une évidence qui coule de source. Nous ne sortons pas du ton pontifiant du donneur de leçons qui indique aux autres comment ils doivent vivre… Je ne vois pas, par ailleurs, en quoi Cuba a à en voir avec la « sécurité nationale » des États-Unis ! Sans parler de cette obsession maniaque pour le « leadership » (sans doute parce qu’il a du plomb dans l’aile…).

Après avoir recensé en détail la liste des réformes qu’il a adoptées (ce qui différencie ce texte-ci de l’allocution officielle), Obama reprend le fil de son discours de fond, ce qui l’intéresse de plus près, de toute évidence :

A critical focus of our increased engagement will include continued strong support by the United States for improved human rights conditions and democratic reforms in Cuba.  The promotion of democracy supports universal human rights by empowering civil society and a person’s right to speak freely, peacefully assemble, and associate, and by supporting the ability of people to freely determine their future.   Our efforts are aimed at promoting the independence of the Cuban people so they do not need to rely on the Cuban state.

« Une approche cruciale de notre engagement accru inclura la poursuite de l’appui que les États-Unis apportent résolument à l’amélioration des droits de l’homme et des réformes démocratiques à Cuba. La promotion de la démocratie soutient les droits de l’homme universels en renforçant la société civile et le droit des personnes de parler librement, de se réunir pacifiquement et de s’associer, et en appuyant la capacité du peuple de décider librement de son avenir. Nos efforts viseront à promouvoir l’indépendance du peuple cubain de sorte qu’il n’ait plus à compter sur  l’État cubain. »

La cantilène au sujet des droits de l’homme que promeuvent les États-Unis dans le monde entier est si rabâchée, si en désaccord avec les faits les plus patents, si  remplie de couacs, qu’elle ne peut que gruger les sots et qu’elle ferait rire si la réalité qui gît par-dessous n’était si tragique. Sinon, demandez leur avis sur la manière dont les USA exportent leur démocratie aux Syriens, aux Libyens, aux Afghans, et j’en passe, ou au sujet des droits à l’homme à la sauce étasunienne, sans parler des détenus de Guantánamo, des tortures avalisées par un président et son vice-président, qui en redemande même… Quant à la dernière phrase, elle ne peut sortir que de l’idée d’un néolibéral étasunien à tout crin. Des milliards de miséreux et de gueux de par le monde souhaiteraient avoir la chance de pouvoir compter sur leur gouvernement, s’il était à l’image de celui de Cuba ! L’ « État-providence » est bien évidemment une vieille lune pour tous ces millionnaires qui siègent au Congrès des États-Unis. Mais pourquoi s’en étonner ? Les mots le disent bien : le socialisme fait du « social », le capitalisme fait, lui, du « capital ». Dans son allocution du 20 décembre devant l’Assemblée nationale du pouvoir populaire, Raúl répond directement à cet argument qui, symptomatiquement, omet les autres pans des droits de l’homme. Pour Obama et les siens, n’existent que les droits civils. Leur amnésie est totale sur les autres droits ! Raúl ne les oublie pas, lui : « Nous continuerons de promouvoir la jouissance, par toutes les personnes, des droits de l’homme, dont les droits économiques, sociaux et culturels, ainsi que le droit des peuples à la paix et à l’autodétermination. »

The U.S. Congress funds democracy programming in Cuba to provide humanitarian assistance, promote human rights and fundamental freedoms, and support the free flow of information in places where it is restricted and censored.  The Administration will continue to implement U.S. programs aimed at promoting positive change in Cuba, and we will encourage reforms in our high level engagement with Cuban officials.

« Le Congrès étasunien finance des programmes de démocratie à Cuba afin de fournir une aide humanitaire, de promouvoir les droits de l’homme et les libertés fondamentales, et appuyer le libre flux d’informations là où il est restreint et censuré. L’administration continuera de mettre en œuvre les programmes étasuniens visant à promouvoir un changement positif à Cuba et nous encouragerons des réformes dans nos rencontres de haut niveau avec des fonctionnaires cubains. »

Cela va s’en dire, bien entendu, mais mieux encore en le disant (Obama ne le dit pas dans son allocution officielle) ! Bref, nous allons engager des conversations pour voir si nous renouons des relations diplomatiques brisées par les USA depuis début janvier 1961, mais nous continuerons de financer à grand renfort de millions des programmes subversifs visant à imposer à la société cubaine nos propres conceptions du monde et notre vision de la société… Le vrai changement aurait été de renoncer à cette ingérence dont on parle, encore une fois, comme si cela allait de soi. Que dirait-on au Congrès étasunien ou à la Maison-Blanche si la Révolution cubaine décidait à son tour de financer des programmes subversifs parce que la société étasunienne ne lui plaît pas – et Dieu sait si elle laide, voire repoussante, sous bien des aspects, au point que, en comparaison, la cubaine a tous les dehors de Mona Lisa ?

The United States encourages all nations and organizations engaged in diplomatic dialogue with the Cuban government to take every opportunity both publicly and privately to support increased respect for human rights and fundamental freedoms in Cuba. 

« Les États-Unis encouragent toutes les nations et toutes les organisations à engager un dialogue diplomatique avec le gouvernement cubain afin de saisir toutes les occasions, publiques et privées, d’appuyer le respect accru des droits de l’homme et des libertés fondamentales à Cuba. »

Les États-Unis se sentent-ils si seuls dans leur combat permanent contre Cuba qu’ils veulent recourir à leur dernière lubie : la « coalition de nations » ? Pourquoi ne balaient-ils pas d’abord tout seuls leur propre palier en matière de droits de l’homme ?

Ultimately, it will be the Cuban people who drive economic and political reforms.  That is why President Obama took steps to increase the flow of resources and information to ordinary Cuban citizens in 2009, 2011, and today.  The Cuban people deserve the support of the United States and of an entire region that has committed to promote and defend democracy through the Inter-American Democratic Charter.

« En fin de compte, c’est le peuple cubain qui conduira les réformes économiques et politiques. Voilà pourquoi j’ai pris des mesures pour accroître le flux de ressources et d’information à l’adresse des citoyens cubains ordinaires en 2009, en 2011, et maintenant. Le peuple cubain mérite le soutien des États-Unis et de l’ensemble de la région qui s’est engagée à promouvoir et à défendre la démocratie par la Charte démocratique interaméricaine. »

Ici conclut le texte que je cite. Bel hommage de la part d’un président « capitaliste » au système socialiste cubain que cette reconnaissance que c’est le peuple qui conduit les réformes économiques et politiques ! Mais se rend-il même compte (ou celui qui rédige ses discours) que, là, sa langue de bois fourche ? Car personne ne me fera croire que c’est le « peuple étasunien » qui conduit ces mêmes réformes aux États-Unis ! Là-bas, elles sont aux mains des millionnaires – ils le sont presque tous, j’insiste sur ce point – qui siègent au Congrès, des richissimes banquiers, des présidents aux poches bien remplies des transnationales parfois plus riches que bien des États du monde… Cette péroraison entre d’ailleurs en contradiction avec le reste de l’allocution qui insiste à maintes reprises sur le droit des États-Unis de s’en mêler ! Mais pourquoi s’en étonner au fond ? Les États-Unis, comme le prouve l’histoire, se mêlent, hélas, depuis deux siècles des affaires de Cuba…

Par rapport à l’allocution officielle, le texte de la Maison-Blanche que je cite omet, entre autres, l’hommage que rend Obama aux médecins cubains partis lutter contre l’épidémie à virus Ébola en Afrique de l’Ouest (on attend toujours, d’ailleurs, que les pays qui se sont engagés à fournir ne serait-ce que des financements le fassent). Soit dit en passant, sur ce point précis, Obama se garde bien de signaler – le sait-il, d’ailleurs ? – que l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui chapeaute cette bataille contre l’Ébola, n’est pas encore arrivée à payer le séjour des médecins cubains, à cause des entraves mises par le blocus étasunien aux transactions et virements ayant Cuba pour destinataire, et que, à l’inverse des règles du jeu préétablies, c’est le gouvernement cubain qui doit s’en charger !

Obama évoque aussi d’autres points dans son discours officiel, qui constituent à nouveau, contrairement au sobre discours prononcé à la même heure par Raúl, une ingérence ouverte dans les affaires intérieures de Cuba. « Mais je ne me fais pas d’illusions au sujet des obstacles à la liberté auxquels se heurte constamment le citoyen cubain. Les États-Unis estiment qu’aucun Cubain ne doit être harcelé, arrête ou passé à tabac rien que pour exercer le droit universel de faire entendre sa voix. Et nous continuerons d’appuyer la société civile là-bas. / Bien que Cuba ait fait des réformes pour ouvrir peu à peu son économie, nous continuons de penser que les travailleurs  cubains doivent avoir le droit de créer leurs syndicats et les citoyens avoir la liberté de participer aux processus politiques. »

On reste vraiment pantois devant de telles affirmations ! « La liberté de participer aux processus politiques »… Nouvel exemple de la langue de bois maniée généreusement à la Maison-Blanche, soit par mauvaise volonté soit par ignorance crasse, et que démentent les faits les plus patents de la réalité politique cubaine. Les Cubains ont leur mot à dire – et ils le disent – sur toutes les grandes réformes qui ont jalonné l’histoire de la Révolution, à commencer par l’analyse dans tout le pays par l’ensemble de la population de la Constitution adoptée ensuite en 1976 dans le cadre d’un referendum, en passant par toutes les grands lois, qui sont débattues par des millions de personnes sur tous les lieux de travail, dans tous les quartiers, dans toutes les organisations de masses, et amendées en conséquence, pour en arriver aux derniers débats sur les Orientations de la politique économique et sociale ou sur le Code du travail. Ou trouve-t-on de tels débats aux États-Unis ? Je le répète : mauvaise foi ou ignorance crasse !

Je passe sur le mauvais goût consistant à citer José Martí au sujet de la liberté : « Libertad es el derecho que todo hombre tiene a ser honrado… », qui se traduit, en partant du contexte original et de l’idée profonde qui le sous-tend, non comme, littéralement : « La liberté est le droit qu’a tout homme d’être honnête », mais comme : « La liberté est le droit de tout homme à la dignité… ». Et le contexte original est celui de la revue pour enfants, La Edad de Oro, dans l’article intitulé « Trois héros », autrement dit Bolivar, Hidalgo et San Martín, où Martí évoque les guerres d’Indépendance latino-américaines contre la couronne espagnole. Je pourrais citer, moi, des centaines de phrases et de longs paragraphes où Martí, alors que Cuba est toujours colonie espagnole, alerte ses compatriotes et ses contemporains latino-américains contre la menace à leur liberté que représente la puissance étasunienne alors en plein essor ! Soit dit en passant, et Obama doit bien le reconnaître  par la bande en avouant que la politique étasunienne depuis plus de cinquante ans a fait fiasco, s’il y a quelque chose que le peuple cubain a à revendre, c’est bel et bien la dignité ! Que lui a apportée, ne lui en déplaise, la Révolution socialiste cubaine !

Donc, applaudissons au « bon sens » d’Obama et à sa nouvelle politique, qui arrondira forcément les angles entre Cuba et les États-Unis, qui facilitera les choses et améliorera la vie des Cubains, et, surtout, qui allègera un peu la pression qu’exerce depuis plus d’un demi-siècle sur la population cubaine le « géant aux bottes de sept lieues »… Ça, c’est aussi du Martí, du bon, du vrai, qui affirmait dans un de ses textes les plus prémonitoires et les plus prophétiques (et, pourquoi ne pas le dire, l’un des plus splendidement écrits), « Notre Amérique », alertant de nouveau les Latino-Américains :

Le villageois vaniteux croit que le monde entier est son village, et, pourvu qu’il en reste le maire, ou qu’il mortifie le rival qui lui a chipé sa fiancée, ou que ses économies croissent dans sa cagnotte, il tient pour bon l’ordre universel, sans rien savoir des géants qui ont sept lieues à leurs bottes et peuvent lui mettre la botte dessus, ni de la mêlée dans le Ciel des comètes qui vont par les airs, endormies, engloutissant des mondes. Ce qu’il reste de village en Amérique doit s’éveiller. Notre époque n’est pas faite pour se coucher le foulard sur la tête, mais les armes en guise d’oreiller, à l’instar des vaillants de Juan de Castellanos : les armes du jugement, qui vainquent les autres. Tranchées d’idées valent mieux que tranchées de pierre.

Ces « tranchées d’idées », dont Fidel avait fait la pierre de touche de la politique et de la diplomatie cubaines quand il occupait le devant de la scène, ont précisément permis aux Cubains de résister et de défendre leur conquête, et elles le seront encore plus nécessaires à l’entrée de cette nouvelle étape où celui qui reste, soyons-en conscients, leur ennemi par ses visées profondes va remiser le bâton pour agiter la carotte. Sur ce plan, l’establishment ne s’y trompe pas : il a parfaitement compris ce dont il s’agit, et il est comme un seul homme derrière son président. Je n’en veux pour preuve que ces affirmations d’un des présidentiables pour le Parti républicain, Ron Paul, au cours d’un débat avec un autre des aspirants, d’origine cubaine, Marco Rubio, scandalisé par l’attitude d’Obama : « Communism can’t survive the captivating allure of capitalism. Let’s overwhelm the Castro regime with iPhones, iPads, American cars, and American ingenuity.” Soit : « Le communisme ne peut survivre à l’attrait du capitalisme. Ensevelissons le régime castriste sous les iPhones, les iPads, les voitures américaines et l’ingéniosité américaine. »

 

Qu’on ne s’attende à guère mieux du côté de son adversaire en miroir, le Parti démocrate. Celle qui a toutes les chances de devenir son candidat à la présidence, Hillary Clinton, affirme de son côté, après avoir félicité Obama de sa décision et dans le droit fil des idées du locataire de la Maison-Blanche : « Malgré les bonnes intentions, notre politique d’isolement qui dure depuis des décennies n’a fait que renforcer l’emprise du régime castriste. Comme je l’ai dit précédemment, la meilleure façon de pousser au changement à Cuba, c’est de mettre sa population en contact avec les valeurs, l’information et le confort matériel du monde extérieur. L’objectif d’un engagement accru des États-Unis dans les jours et les années à venir doit être d’inciter à mettre en place des réformes véritables et durables pour le peuple cubain. Et les autres pays du continent américain devraient participer à cette entreprise. »

 

Que pense-t-on en face, de l’autre côté du golfe du Mexique ? La Révolution cubaine l’a dit haut, net et clair, hier, dans l’allocution de très haute tenue prononcée par Raúl devant l’Assemblé nationale du pouvoir populaire :

De profondes différences séparent les gouvernements étasunien et cubain, entre autres des conceptions distinctes sur l’exercice de la souveraineté nationale, sur la démocratie, sur les modèles politiques et sur les relations internationales.

Nous réitérons notre disposition à un dialogue respectueux et réciproque sur nos divergences. Nous avons des convictions arrêtées et de nombreuses inquiétudes sur ce qu’il se passe aux États-Unis en matière de démocratie et de droits de l’homme, et si nous acceptons de discuter, à partir des fondements déjà énoncés, de n’importe quel point que les États-Unis voudraient aborder, eh bien nous le ferons, sur les réalités d’ici, mais aussi sur celles de là-bas.

Que l’on ne prétende pas, pour une amélioration de ses relations avec les États-Unis, que Cuba renonce aux idées pour lesquelles elle a lutté plus d’un siècle durant, pour lesquelles son peuple a versé beaucoup de sang et au nom desquelles elle a couru les plus grands périls !

Que l’on comprenne bien que Cuba est un État souverain, dont le peuple a voté librement par référendum une Constitution qui a décidé de son cap socialiste et de son système politique, économique et social ! (Applaudissements.)

De la même manière que nous n’avons jamais demandé aux États-Unis de changer leur système politique, de la même manière nous exigeons qu’ils respectent le nôtre !

 

Le contentieux est lourd, très lourd, et la seule bonne volonté ne suffit pas. Raúl avertit aussi que la levée du blocus sera une longue bataille. Il aurait pu citer un autre point extrêmement épineux, dont nul ne parle mais tout le monde sait toutefois qu’il sera une pierre d’achoppement : la base navale de Guantánamo, occupée depuis maintenant plus d’un siècle au déni de la lettre et de l’esprit du droit international, et dont le sort est encore plus ardu à régler du moment que les États-Unis l’ont convertie en un infâme lieu de non-droit… On ne voit vraiment pas comment des relations normales pourront s’établir tant que les États-Unis ne rendront pas à Cuba le territoire qu’ils occupent dans l’une de ses plus grandes baies !

 

En tout cas, on ne saurait mieux dire que ne l’a dit Raúl : la Révolution cubaine discutera de tout sur un pied d’égalité, comme elle n’a cessé, d’ailleurs, de le répéter depuis toujours. Les États-Unis en sont-ils capables ? La balle est dans leur camp.

 

La Havane, le 21 décembre 2014

 
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Publié par le décembre 25, 2014 dans Amérique, civilisation

 

La hyène et l’esprit de Noël

Noël , Hanouka, et même le culte ancestral de Mitra à l’origine de tous les monothéisme en pays latin, oui c’est le solstice, les jours sont les plus courts, la peur de l’ombre nous hante et nous nous rapprochons les uns des autres pour nous rassurer, allumer un maximum de lumières, chanter et festoyer en espérant l’abondance du printemps, les semailles…

Ceux qui se sentent seuls, exclus le sont plus que jamais et je crois que ce contexte consumériste, sans chaleur, pourri par la haine de l’autre est pour beaucoup dans le passage à l’acte de certains déséquilibrés…

Oui l’angoisse des être humains se nourrit d’un contexte, celui d’une fête à laquelle certains ne peuvent participer, ce banquet d’amour et de lumière dont ils se sentent exclus et qui est dans nos sociétés d’abord marchand, avec ses troupes d’acheteurs de n »importe quoi, ces animaux torturés que l’on débite… Ces guerres que l’on feint d’oublier mais où des enfants perdent la vie et parfois l’esprit…  Pendant que l’on nous pousse à des débats minables sur les crèches, un simulacre de petit enfant autour duquel on se déchire, pour mieux oublier ceux qui souffrent dans leur chair…

Cette haine insupportable, cette volonté d’exclusion, ce passage à l’acte et toujours on l’alimente, hier un individu qui se croit de gauche a déclaré à un autre: « tu t’intérroge sur Zemmour Est-ce que tu as dit quelque chose sur Dieudonné? Toujours le même discours, Zemmour pour lui était un juif et Dieudonné un nègre, pour moi ce sont deux salopards, mais lui avait déjà dans la bouche les arguments de Marine le Pen. Tout était question de race, la seule manière qu’il avait de défendre les victimes de la haine antimusulmane était de renforcer la haine anti-juive, et il n’est pas le seul, cette vision raciste est devenu le sport favori de certains juifs… qui y mêlent un anticommunisme qui dit bien leur dérive…

Sur ces terrains multiples, celui où l’esprit de Noël est la marchandisation, l’oubli d’autrui, l’individu estimé à son luxe, le mépris des faibles, le jeu sur les méchants que l’on donne comme un drapeau à tous les déséquilibrés, pour mieux justifier les guerres et les marchands d’armes… Elle est venue , la hyène, pardon à l’animal ce n’est qu’une expression,  blonde, celle qui trouve des circonstances atténuantes à la torture dire que les trois attentats individuels étaient tous musulmans… Et que cela prouvait bien que l’on ne prenait pas la dimension du danger… Avec ce type de discours mes trois petits enfants adorables qu’en Algérie on appelle « Les Français », ne sont plus en sécurité, ils sont des victimes de toutes les provocation potentielles… J’ai rêvé en leur nom d’écraser ces mots sur ses lèvres d’une gifle mais ils étaient repris en écho partout… Ils allaient tous répétant : si c’était un juif, si c’était un arabe… un asiatique… avec le ridicule canular sur la Corée du Nord… auquel tout le monde croyait…

Il y a une telle distance entre les jeux immondes, la guerre hors limite que livrent les capitalistes, la manière dont ils sont prêts à nous sacrifier tous et ces médiocres appels à la haine contre plus pauvre que soi que la colère vous envahit non seulement devant la méchanceté mais l’appel à la part la plus idiote de l’humanité…

Voilà moi je veux un noël ou telle la vieille Rosa, échappée des camps de la mort, j’ai la chance d’avoir la chaleur des plus merveilleux des petits enfants qui ressemblent à des enfants du désert, ont des bulletins scolaires formidables et qui savent  que la France est leur pays. A l’ainé, un jour j’ai dit: je vais te confier le secret des juifs, quoiqu’on leur fasse ils rebondissent et en bien comme en  mal comme tous les êtres humains inventent une autre joie de vivre… Leur secret est de considérer qu’un raciste est un raciste, un abruti que l’on ne change pas, il n’y a pas de dialogue avec lui. De surcroit tant qu’il n’a pas avec lui les barons de la Rhur et la werhmacht ils ne sont pas importants… Le vrai problème est quand on les met dans le jeu politicien, on leur donne de l’importance toujours pour les intérêts matériels de ceux qui ont le capital… c’est ce qu’on dit quelques juifs célèbres du nom de Karl Marx et Rosa Luxembourg… Et le vrai grand secret est « le temps que tu perdrais avec eux passe le à ton profit et à celui de l’humanité, ça ce serait plutôt Spinoza et Einstein… C’est le secret de la toute puissance des juifs, mais entre nous si tu savais le nombre d’imbéciles qu’il y a chez les juifs pour vouloir ressembler aux racistes… et perdre leur temps et leur vie…

C’est la raison pour laquelle sur Facebook et sur tous les réseaux sociaux, j’exclue ceux qui contribuent à rendre l’avenir de mes petits enfants et le peu de temps qui me reste insupportable…

Que l’on soit méchant passe encore mais d’une stupidité telle m’est incompréhensible, je ne puis vous affronter tous mais je peux éviter de vous avoir dans mes réseaux…

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le décembre 23, 2014 dans civilisation, extrême-droite

 

Russie : entre la foire et le monastère par Irna Doulkina

Ce que j’aime chez les Russes, c’est leur capacité à se poser les questions que nous devrions tous nous poser… Peut-être leurs réponses ne sont elles pas toujours celles que nous aurions souhaitées, mais c’est de notre faute, si nous avions le courage qu’ils montrent à y faire face, l’humanité s’en trouverait mieux… note de Danielle Bleitrach)

« Il est venu le temps, pour les Russes, de la remise en question. Placés face à nous-mêmes, nous nous demandons actuellement dans quel pays nous voulons vivre »


Kustodiev. Maslenica, Maslenichnoe katanie, 1919.

Certes, il s’est passé des choses en Russie au cours des vingt dernières années : depuis la chute de l’URSS, les Russes sont passés par trois crises financières et ont vu plus d’une fois leurs économies s’évaporer. Ils ont assisté à l’effondrement de leur Etat-providence qui, malgré ses nombreux défauts, parvenait à satisfaire leurs besoins vitaux et à leur garantir un niveau de vie digne. Ils ont assisté à l’agonie – et aujourd’hui à la mort – de la médecine pour tous ; car qui sait encore, de nos jours, que l’OMS avait reconnu dans les années 1960 le système de médecine soviétique comme le meilleur du monde, un système qui a largement inspiré les réformateurs français de l’époque ?.. Les Russes ont encore vu le démantèlement de leur système d’éducation, dont on s’inspire toujours en Chine et au Japon. Et puis leur industrie qui s’est effondrée, et leur science qui a perdu son éclat d’antan…

Tout ce qui ne promettait pas des bénéfices immédiats était voué à disparaître – et a disparu. Mais à l’époque, les Russes n’ont pas eu de regrets. Ils découvraient les joies de la consommation. Le plaisir de porter de beaux vêtements que l’on a choisis, et pas ceux que l’on a eu la chance de dénicher au petit bonheur la chance lors de ventes clandestines, après avoir fait une queue de cinq heures – une scène habituelle en URSS. Ils goûtaient aussi au plaisir de voyager, de découvrir des pays et des cultures qu’ils ne connaissaient que par les livres. Les journalistes russes pouvaient enfin donner libre cours à leurs sentiments et pensées. Emerveillés par l’arrivée de ce monde nouveau, ils le chantaient dans leurs articles, préférant fermer les yeux sur le désastre humanitaire que vivait, parallèlement, la majorité de la population ex-soviétique. Les Russes les plus habiles et les plus audacieux découvraient la joie d’entreprendre. Grâce à eux, les activités de vente et de service fleurissent actuellement en Russie : nos supermarchés fonctionnent 24h sur 24, nos cafés et restaurants nous régalent des cuisines du monde entier et, dans nos salons de beauté, on vous fait des coupes de cheveux et des manucures mieux qu’à Paris (nombreux témoignages à l’appui !).

Si l’URSS aurait pu être comparée à un immense monastère, la Russie de ces 20 dernières années fait penser à une gigantesque foire. Autrefois, elle était grise et morne : ses habitants étaient tous nourris et soignés correctement mais les plaisirs de la chair leur étaient interdits. Les soviétiques devaient trouver leur satisfaction dans le travail quotidien, censé les rapprocher de l’avenir meilleur. La consommation était condamnée, le sexe réduit à son rôle reproductif. Mais plus stricts étaient les interdits officiels, plus ardemment le peuple les bravait – et ceux qui les proclamaient les premiers. Puis, avec la chute du Mur, les palissades qui entouraient l’URSS se sont également effondrées. En lieu et place de leur refuge majestueux et austère, ses habitants ont construit un bazar. Ici, chacun se vend désormais au plus offrant et, pour obtenir le meilleur rapport, on prend soin de soi, on s’habille bien, on se met en valeur, on se vante, on raconte des histoires, on triche sans sourciller. Dans les galeries de cette « foire russe », on rencontre des mendiants, des voleurs et des bouffons, on s’extasie sur les feux d’artifice, on tombe sur des bagarres d’ivrognes, on prend part à une fête qui n’en finit pas.

Quoique. On la voit justement se terminer, cette fête – ici et maintenant. Certes, ses feux brûlent encore et la musique continue de jouer. Les gens dansent (le quotidien national Kommersant a récemment conseillé à ses lecteurs, plutôt que d’économiser, de participer largement aux fêtes de fin d’années qu’offrent les restaurants moscovites. Pourquoi s’en priver ? – Ce sont peut-être les dernières). Les ventes continuent – les Moscovites font de nouvelles queues pour acheter des bijoux et des voitures. Mais le vent du changement souffle déjà, et tout le monde le sent. Une main s’est levée, déjà, sur le grand Livre de la Vie, et s’apprête à tourner la page : son ombre plane sur nos têtes. L’aiguille de l’horloge qui marque les époques est entrée en mouvement : elle n’est pas encore passée au chiffre suivant, on ne sait pas ce que les lendemains nous réservent, mais on sent que notre vie va changer – et irrémédiablement.

Certains s’en affolent. D’autres sont excités. Mais ils sont tous d’accord : l’heure de vérité a sonné. Il est venu le temps, pour les Russes, de la remise en question. Placés face à nous-mêmes, nous nous demandons actuellement dans quel pays nous voulons vivre.

suite : http://www.lecourrierderussie.com/2014/12/russie-foire-monastere/

 

 
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Publié par le décembre 22, 2014 dans civilisation

 

Les communistes ukrainiens accusés d’empoisonner les puits, réponse d’Oleg Tsarov

 

Les troupes russes sont là, des avions abattus par les séparatistes grâce au soutien russe, l’invasion de la Crimée… la liste de canulars s’allonge pour  Noël.
Les services Ukrainiens ont diffusé la nouvelle qu’à Konstantinovka en (90 000 habitants, près de Donetsk) a été déjoué une attaque terroriste ourdie par un conseiller communal du parti communiste d’Ukraine, membre de l’Union des officiers soviétiques, agissant pour  les renseignements de la République populaire de Donetsk.
L’attentat aurait été  déjoué par les gardes agents du SBU il aurait permis l’empoisonnement de l’approvisionnement en eau à l’aide de cyanure et autres actions non moins  appropriées par rapport à l’opération dite de la « lutte contre le terrorisme ».
Sur sa page FB, Oleg Tsarov (qui parle de l’« Incendie du Reichstag en Ukraine ») hasarde  un calcul sur le cyanure pour empoisonner les conduites d’eau d’une ville comme Konstantinovka… et il déclare que cette « découverte » du coup d’État a été diffusée peu de temps après que l’enregistrement du projet de loi visant à interdire la « propagande de l’idéologie communiste ».

Il est à noter que de plus la direction communiste, puis le parti communiste d’Ukraine, est considérée comme appartenant  à l’Union des officiers soviétiques et bien sûr la SPR.
Gageons que bientôt il va être affirmé que l’ordre d’empoisonner l’eau provient en direct du Kremlin ?

http://www.SBU.gov.UA/SBU/Control/UK/Publish/article;jsessionid=9DBAA8347A7F7BA9988AC222D3DDFF94.App1? art_id = 135451 & cat_id = 39574

Je crois que les communistes français mesurent mal la nature de l’offensive qui est lancé contre eux en Europe et ailleurs…L’Ukraine, la manière dont les-Union soviétique mais aussi les pays de l’est regrettent le socialisme, parce que c’est de cela aussi qu’il est question en Ukraine… a déclenché partout les forces de répression contre l’histoire mais aussi la manière dont elle continue à travailler le présent.

Danielle Bleitrach

 

Judith Butler : Il est très important en tant que Juive de m’élever contre l’injustice et de lutter contre toutes formes de racisme.

4-sebastopol-marine-russe-cassini“Lettre ouverte de Judith Butler

Judith Butler, née le  24 février 1956, philosophe américaine et théoricienne du genre, domaine qui fait couler beaucoup d’encre ces temps-ci, est une intellectuelle complexe qui laisse peu de monde indifférent. Lauréate du Prix Adorno en 2012*, elle fut violemment attaquée pour ses positons critiques et antisionistes sur le conflit israélo-palestinien. Elle s’explique dans cette lettre : autoportrait épistolaire d’une des grandes figures intellectuelles de notre temps.

* Son discours de réception est à lire ici: http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/09/28/pour-une-morale-a-l-ere-precaire_1767449_3232.html

 

27 août 2012

Le Jérusalem Post a récemment publié un article, rapportant que certaines organisations s’opposent à ce que je reçoive le prix Adorno, un prix décerné tous les trois ans à quelqu’un qui travaille dans la tradition de la théorie critique au sens large. Les accusations portées contre moi disent que je soutiens le Hamas et le Hezbollah (ce qui n’est pas vrai), que je soutiens BDS (partiellement vrai), et que je suis antisémite (manifestement faux). Peut-être ne devrais-je pas être aussi surprise du fait que ceux qui s’opposent à ce que je reçoive le prix Adorno aient recours à des accusations aussi calomnieuses, sans fondements, sans preuves, pour faire valoir leur point de vue. Je suis une intellectuelle, une chercheuse, initiée à la philosophie à travers la pensée juive, et je me situe en tant que défenderesse et dans la perpétration, la continuité d’une tradition éthique juive comme le furent des personnalités tel que Martin Buber et Hannah Arendt. J’ai reçu une éducation juive au Temple à Cleveland, dans l’Ohio sous la tutelle du Rabbin Daniel Silver où j’ai développé de solides fondements éthiques sur la base de la pensée philosophique juive.

J’ai appris, et j’accepte, que nous sommes appelés par d’autres et par nous-mêmes, à répondre à la souffrance et à réclamer, à œuvrer afin qu’elle soit soulagée. Mais pour ce faire, nous devons entendre l’appel, trouver les ressources permettant d’y répondre, et parfois subir les conséquences d’avoir parlé comme nous le faisons. On m’a enseigné à chaque étape de mon éducation juive qu’il n’est pas acceptable de rester silencieux face à l’injustice. Une telle injonction est difficile à mettre en œuvre, car elle n’indique pas exactement quand, ni comment parler, ni comment parler de manière à ne pas produire une nouvelle injustice, ou encore comment parler de façon à être entendue et compris clairement et justement. Ma position actuelle n’est pas entendue par ces détracteurs, et peut-être cela ne devrait-il pas me surprendre, car leur tactique consiste à détruire les conditions d’audibilité.

[…] Il est faux, absurde et pénible que quiconque puisse prétendre que ceux qui formulent une critique envers l’Etat d’Israël sont antisémites ou, si juifs, victimes de la haine de soi. De telles accusations cherchent à diaboliser la personne qui articule un point de vue critique et à disqualifier ainsi, à l’avance son point de vue. C’est une tactique pour faire taire : cette personne est inqualifiable, innommable, et tout ce qu’elle dira doit être rejeté à l’avance ou perverti de telle façon que la validité de sa parole soit niée. Une telle attitude se refuse à considérer, à examiner le point de vue exposé, se refuse à débattre de sa validité, à tenir compte des preuves apportées, et à en tirer une conclusion solide sur les bases de l’écoute et du raisonnement. De telles accusations ne sont pas seulement une attaque contre les personnes qui ont des opinions inacceptables aux yeux de certains, mais c’est une attaque contre l’échange raisonnable, sur la possibilité même d’écouter et de parler dans un contexte où l’on pourrait effectivement envisager ce que l’autre a à dire. Quand un groupe de Juifs qualifie un autre groupe de Juifs d’ « antisémite », il tente de monopoliser le droit de parler au nom des Juifs.

Ainsi, l’allégation d’antisémitisme recouvre en fait une querelle intra juive.

Aux États-Unis, j’ai été alarmée par le nombre de Juifs qui, consternés par la politique israélienne, y compris l’occupation, les pratiques de détention à durée indéterminée, le bombardement des populations civiles dans la bande de Gaza, cherchent à désavouer leur judéité. Ils font l’erreur de croire que l’Etat juif d’Israël représente la judéité de notre époque, et que s’identifier comme juif signifie un soutien inconditionnel à Israël. Et pourtant, il y a toujours eu des traditions juives qui s’opposent aux violences des Etats, qui prônent une cohabitation multiculturelle et défendent les principes d’égalité ; et cette tradition éthique vitale est oubliée ou écartée lorsque l’un d’entre nous accepte Israël comme étant le fondement de l’identité et ou des valeurs juives. Nous avons donc d’une part, les juifs qui critiquent Israël et pensent qu’ils ne peuvent plus être juif puisqu’Israël représente la judéité, et d’autre part, ceux qui pour qui Israël représente le judaïsme et ses valeurs, cherchant à démolir quiconque critique Israël en concluant que toute critique est anti-sémite ou, si juive, issue de la haine de soi.

Je m’efforce, tant dans la sphère intellectuelle que dans la sphère publique de sortir de cette impasse, de cet emprisonnement.

À mon avis, il y a de fortes traditions juives, et même des traditions sionistes initiales, qui attachent une grande importance à la cohabitation et offrent une panoplie de moyens pour s’opposer aux violences de toutes sortes, y compris la violence d’Etat. Il est très important en ce moment, pour notre époque que ces traditions soient soutenues, mise à l’honneur, vivifiées, inspirées – elles représentent des valeurs de la diaspora, les luttes pour la justice sociale, et la valeur juive extrêmement importante, celle de « réparer le monde » (Tikkun).

Il est clair pour moi que les passions soulevées par ces questions rendent la parole et l’écoute très difficiles. Quelques mots sont sortis de leur contexte, leurs sens déformés, et ils étiquettent, labellisent un individu. C’est ce qui arrive à beaucoup de gens qui émettent un point de vue critiquant Israël – ils sont stigmatisés comme antisémites ou même comme collaborateurs nazis ; ces formes d’accusations visent à établir les formes les plus durables et les plus toxiques de la stigmatisation et de diabolisation. La personne est ciblée, en sélectionnant des mots hors contexte, en inversant leurs significations et en les collant à la personne : annulant en effet les propos de cette personne, sans égard pour la teneur de ses opinions, de sa pensée.

Pour ceux d’entre nous, qui sommes des descendants de Juifs Européens, détruits, exterminés par le génocide nazi (la famille de ma grand-mère a été anéantie dans un petit village au sud de Budapest), c’est l’insulte la plus douloureuse et une véritable blessure que d’être désigné comme complice de la haine des Juifs ou d’être défini comme ayant la haine de soi. Et il est d’autant plus difficile d’endurer la douleur d’une telle allégation lorsqu’on cherche à promouvoir ce qu’il y a de plus précieux dans le judaïsme, cette réflexion sur l’éthique contemporaine, y compris la relation éthique à ceux qui sont dépossédés de leurs terres et de leurs droits à l’autodétermination, à ceux qui cherchent à garder vivante la mémoire de leur oppression, à ceux qui cherchent à vivre une vie qui sera, et doit être, digne de faire son deuil. Je soutiens le fait que ces valeurs soient issues d’importantes sources juives, ce qui ne veut pas dire que ces valeurs soient spécifiquement juives. Mais pour moi, étant donné l’histoire à laquelle je suis liée, il est très important en tant que Juive de m’élever contre l’injustice et de lutter contre toutes formes de racisme. Cela ne fait pas de moi une Juive qui a la haine de soi ; cela fait de moi une personne qui souhaite clamer un judaïsme qui ne s’identifie pas à la violence d’Etat mais qui s’identifie à une lutte élargie pour la justice sociale.

[…]

J’ai toujours été en faveur de l’action politique non-violente, principe auquel je n’ai jamais dérogé. Il y a quelques années une personne dans un public universitaire m’a demandé si je pensais que le Hamas et le Hezbollah appartenait à « la gauche mondiale » et j’ai répondu sur deux points :

Mon premier point était purement descriptif : les organisations politiques se définissant comme anti-impérialistes et l’anti-impérialisme étant une des caractéristiques de la gauche mondiale, on peut alors sur cette base, les décrire comme faisant partie de la gauche mondiale.

Mon deuxième point était critique : comme avec n’importe quel groupe de gauche, il faut décider si l’on est pour ou contre ce groupe, et il faut alors évaluer de façon critique leurs positions.

[…]

A mon avis, les peuples de ces terres, juive et palestinienne, doivent trouver un moyen de vivre ensemble sur la base de l’égalité. Comme tant d’autres, j’aspire à un régime politique véritablement démocratique sur ces terres et je défends les principes de l’autodétermination et de la cohabitation des deux peuples, en fait, pour tous les peuples. Et mon souhait est, ce que souhaitent un nombre croissant de juifs et non juifs, celui que l’occupation prenne fin, que cesse la violence sous toutes ses formes, et que les droits politiques de chaque habitant soient assurés par une nouvelle structure politique.

 

Et si les USA faisaient la paix à Cuba, pour développer la guerre hors limite?

Au regard du combat magnifique des Cubains depuis plus de soixante ans, il ne faut pas mêler la satisfaction que l’on peut éprouver avec les légitimes inquiétudes sur la raison qui a poussé Obama à reconnaître son échec à faire plier l’île. Pourtant cette reconnaissance signifie également, on peut le craindre, un choix qui n’a rien de pacifique et dont le monde risque de faire les frais durablement.

Il est clair que les Etats-Unis ont entamé la guerre « hors limite »(1) contre la Russie et au-delà c’est la Chine qui est visée. Hors limite, parce que si tout à été fait pour entraîner la Russie dans un foyer de guerre civile en Ukraine, une situation comparable à l’Afghanistan, les occidentaux malgré les cris d’orfraie  de leur presse aux ordres ne sont jamais arrivés à démontrer que l’armée russe était impliquée dans la dite guerre civile alors qu’il y a désormais des ministres étrangers à la tête du gouvernement ukrainien et que la direction de ce pays par l’OTAN ne fait aucun doute pour personne.

Donc faute d’avoir pu entraîner la Russie dans un nouvel Afghanistan, les Etats-Unis mènent une guerre non conventionnelle: les révolutions de couleur, mêlant jeunesse occidentalisée et extrême-droite fondamentaliste, gay pride et néo-nazis,l’union de la carpe et du lapin,  vont se multiplier,  le terrorisme a débuté en Tchétchénie, nul doute que cela va s’amplifier en particulier dans le Caucase et en Asie centrale.Le tout sur fond de proclamations confondant néo-libéralisme et démocratie… relayée par les grandes orgues des trusts de la presse et des médias…

Surtout a été déclarée la  guerre économique sur le pétrole et les  manœuvres spéculatives sur le rouble.

Toutes les autres actions des Etats-Unis y compris la tentative de normalisation des relations avec Cuba et l’Amérique latine doivent être analysées dans ce contexte.  Il est évident que l’administration Obama voudrait bien résoudre un certain nombre de questions  qui perturbent la stratégie de ses conseillers néo-conservateurs tout entière polarisée contre le Russie et la Chine. l’Iran par exemple mais aussi la Palestine et la situation en Asie est infiniment plis complexe c’est dire…

Le fait est qu’il est des cas comme la Palestine ou Cuba dont l’importance stratégique pourrait paraître nulle mais qui en fait sont la clé morale pour les peuples d’Amérique latine et pour les peuples musulmans et le Moyen orient. Donc il s’agit d’en finir avec ces injustices manifestes qui révoltent la conscience universelle et font contre elles l’unanimité sans pour autant créer de véritables conditions, simplement paraître se dégager en tant qu’Etats-Unis, en tant que président ouvrant par ailleurs la pire des guerres possibles pour le 21 e siècle.

Les Etats-Unis sont pressés depuis des années par les néo-conservateurs d’en finir avec des affrontements secondaires pour attaquer ceux qui menacent réellement leur hégémonie héritée de la deuxième guerre mondiale et qui repose 1) sur la puissance militaire sans équivalent dans le monde 2) le rôle d’étalon du dollar et on pourrait ajouter du pétrodollar. 3) la puissance médiatique la plus considérable, un véritable système de propagande. Leurs véritables adversaires sont les Chinois mais aussi le système d’alliance que ceux-ci ont patiemment tissé et la Russie est la pièce centrale de cette nouvelle diplomatie mondiale basée sur l’intérêt réciproque, le respect des souveraineté

La paix avec Cuba tient compte avec réalisme du fait que soixante ans de blocus, d’hostilité n’ont pas entamé la capacité de résistance de l’île et que loin de l’isoler ont  été élargies les alliances autour de celle-ci. Le combat de David et Goliath est totalement contreproductif. Paradoxalement y renoncer est dire à quel point la déclaration de guerre de la chambre des représentants contre la Russie ne relevait pas d’une mauvaise fièvre, mais correspond bien à un choix stratégique sur le long terme qui risque de structurer tout notre environnement économique, politique et social sur le long terme.

La lutte pour la paix et contre le fascisme est donc plus que jamais d’actualité. le fascisme n’est pas seulement les quelques organisations actuelles qui se réclament plus ou moins de cette idéologie, ont des relents xénophobes, mais bien  cet impérialisme belliciste que nous voyons à l’œuvre aujourd’hui. Il est militariste, provoque partout des foyers de guerre, entretient y compris les guerres civiles, mais est également une pression constantes sur la vie des peuples, sur l’appropriation de leurs ressources par les jeux spéculatifs, la guerre hors limite.

Est-ce que cela est inévitable? Est-ce que nous pouvons dans l’immédiat refuser cette guerre au cœur de l’Europe à laquelle on tente de nous habituer?  Quitte à le faire en célébrant la réconciliation des Etats-Unis avec Cuba… A bon compte puisque le blocus continue…

Mais premièrement il n’y a rien d’assuré que la stratégie de blocus marche mieux avec la Russie qu’avec Cuba, si ce n’est la présence d’une oligarchie « cinquième colonne  » en Russie. Le socialisme est une plus grande garantie d’unité populaire. Deuxièmement cela ne changera pas grand chose du moins pour le moment à la vigilance des Cubains et de l’Amérique latine et il est à peu près assuré qu’il y a peu de pays et de dirigeants dignes de ce nom qui se fasse d’illusion sur ce que l’on peut attendre du « pacifisme » américain…

Quel rôle la France peut-elle jouer? Cela dépend de nous… tous… et peut-être méditer ces paroles de Fidel Castro citant Céspedes et posant la relation entre la patrie et l’humanité, la nation et l’international, le contraire du chauvinisme et du bellicisme et le caractère irrésistible d’une telle stratégie :

Avec douze hommes ont fait un peuple. Alors si avec douze hommes ont fait un peuple, combien de fois sommes-nous douze hommes! Et douze hommes multipliés par aller savoir combien de fois, armés d’idées, de connaissances, qui savent comment va notre monde, qui s’y connaissent en histoire, en géographie, qui s’y connaissent en lutte, parce qu’ils possèdent  ce qu’on appelle une conscience révolutionnaire, qui est la somme , de bien des consciences, qui est la somme des consciences humanistes, la somme d’une conscience d’honneur et de dignité, des meilleurs valeurs que peut récolter un être humain, qui est la fille de l’amour de la patrie et de l’amour du monde. »

ne gâchons pas notre joie et celle des Cubains, mais ne soyons pas naïfs…et pour cela le mieux est d’analyser la résistance cubaine…  et de nous en inspirer…

Danielle Bleitrach

(1) sur ce thème de la guerre « hors limite voir: https://histoireetsociete.wordpress.com/2011/12/24/la-guerre-hors-limites-qiao-liang-et-wang-xiangsui/

 
 
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