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Un Russe à propos de la Chine : Pourquoi les communistes ont besoin de la mondialisation

Ce texte traduit par Marianne n’est pas d’un communiste et à ce qu’elle dit, il a provoqué les commentaires défavorables de la quasi totalité des lecteurs russes; en gros: « il dit n’importe quoi, ce n’est pas le communisme, la NEP a été une catastrophe heureusement qu’il y a eu Staline pour rectifier… » Pourtant ce texte nous parait intéressant ne serait-ce que parce qu’il part des réalités matérielles que doit affronter le parti communiste chinois: nourrir sa population. Sans cette conscience de l’essentiel aucune stratégie d’un Etat ne peut réussir mais ce faisant il existe une direction communiste, planificatrice, et certainement le parti est la  proie de tensions contradictoires. Ce qui n’est pas le sujet de l’article dont on comprend qu’il ait pu susciter le courroux des Russes puisqu’il leur dit aussi en clair, il n’y a aucune raison pour que la Chine communiste priviligéie la Russie devenu un pays capitaliste comme les autres dirigé par des oligarques qui ne vaut pas mieux que les magnats américains.Il est vrai que les points de la démonstration sont parfois léger pour un tel renversement de perspective mais elle est loin d’être illogique.(note de danielle Bleitrach).

Pavel Volkov, publiciste

15 juin 2017

Photo: page personnelle facebook.com

https://www.vz.ru/opinions/2017/6/15/874660.html

Le 13 juin, Panama a rompu ses relations diplomatiques avec Taiwan pour les établir avec la République populaire de Chine. Le Président du Panama, Juan Carlos Varela, a même nommé parmi les principales raisons de cette décision le point de vue partagé par les deux pays sur l’importance de la mondialisation.

 

Le plus curieux dans cette histoire est que ces pays – Panama et Taiwan – sont tous deux des satellites américains. Donc, si la « compréhension de l’importance de la mondialisation », est venue soudainement à l’esprit de quelqu’un, il ne s’agit clairement pas de la direction du Panama. Comment expliquer cela ?

On sait que, en 1949, la guerre civile chinoise a pris fin et les communistes avec Mao Zedong sont arrivés au pouvoir, tandis que le Guomintang pro-américain a fui vers l’île de Formose (Taiwan), où son chef Tchang Kaï-chek non sans l’aide des États-Unis a établi une dictature militaire.

En 1966, Taipei a même créé une «  Ligue mondiale anticommuniste » qui existe encore aujourd’hui sous le nom de Ligue mondiale pour la liberté et la démocratie (WLFD), où se retrouvent et avec laquelle collaborent toutes sortes de personnalités d’orientation fasciste et ultralibérale qui s’y sont trouvé visiblement des intérêts communs.

Toutes ces personnes, rassemblées à Taiwan sous la direction sourcilleuse de Washington, se sont battus contre le communisme, en particulier chinois. Mais au fil du temps, l’équilibre du pouvoir a changé, en 1970, la Chine a évincé Taiwan de l’Organisation des Nations Unies, et en 1979, les États-Unis ont reconnu la République populaire chinoise.

Et maintenant, apparemment, après près de 40 ans, le tour est venu des satellites américains. Panama a reconnu Taiwan exactement aussi longtemps que les États-Unis ne se sont pas inquiétés de la nouvelle Route de la soie maritime.

En juin 2016 a été achevée la reconstruction du canal de Panama, qui est devenu plus large et plus profond, et a vu sa capacité doubler. Par ce canal modernisé les Américains seront en mesure de transporter rapidement les hydrocarbures du golfe du Mexique par exemple en Chine, et les marchandises chinoises atteindront l’Europe, en contournant la Russie, la Turquie et le reste des concurrents.

Comprenant les risques, les Chinois, avec la participation de la Fédération de Russie, ont commencé en 2014 la construction d’un canal au Nicaragua, mais ils se sont heurtés tout d’abord aux protestations des agriculteurs, des écologistes, puis le groupe HKND en charge du projet a connu des difficultés financières. Bref, les Etats-Unis ont obtenu le gel du projet.

Il semble que la reconnaissance par le Panama – c’est la pilule par laquelle Trump a décidé d’adoucir l’amertume des Chinois devant l’absence d’alternative à la route maritime contrôlée par les États-Unis entre le Pacifique et l’Atlantique.

L’interdépendance des économies américaine et chinoise est bien connue. Compte tenu de la rhétorique offensive de sa campagne électorale, on s’attendait à ce que Trump rompe cette dépendance, mais il semble avoir simplement décidé de l’utiliser dans l’intérêt de ses électeurs.

Ainsi, dans son premier discours au Congrès, il a promis de « faire revivre l’industrie moribonde. » D’abord et avant tout, il s’agit de l’extraction du charbon.

Depuis février 2017 en raison des sanctions, la Chine n’achète plus de charbon en Corée du Nord, qui était le quatrième plus grand fournisseur de cette ressource à la Chine. À ce jour, la part du charbon dans le secteur de l’énergie en Chine est d’environ 70%, et d’ici 2020, elle sera réduite à 67%.

Mais, d’une part, ce n’est pas une forte baisse, et d’autre part, même la réduction prévue de la consommation en valeur absolue de 160 millions de tonnes n’aura pas trop d’impact sur la demande totale d’environ 3,7 milliards de tonnes, l’équivalent de la moitié de la consommation mondiale.

Oui, les centrales à charbon sont remplacées de plus en plus par des centrales au gaz, mais avec la métallurgie le problème persiste. Par conséquent, pour compenser le tarissement de l’approvisionnement en charbon en provenance de Corée du Nord, la Chine a considérablement augmenté ses importations des États-Unis.

 

Cependant les nouveaux paramètres de la coopération des États-Unis et de la Chine dans le secteur de l’énergie ne se limitent pas au charbon.

Ce mois-ci, la Chine a abandonné de manière inattendue la construction de deux nouveaux gazoducs en provenance de Sibérie, expliquant sa décision par le fait que, dans les nouvelles conditions du marché du gaz, elle ne voyait pas la nécessité du projet « Force de Sibérie – 2 » et du tracé Extrême-Orient – Sakhaline.

Le fait est que, depuis la négociation de l’offre, les prix mondiaux des hydrocarbures ont chuté de près de moitié, et maintenant l’achat du GNL aux États-Unis devient plus avantageux. Rien de personnel, juste du business.

Si l’on en croit Bloomberg, Xi Jinping et Donald Trump se sont accordés sur les livraisons de GNL dès le mois d’avril, et en mai, le département américain du Commerce a annoncé la signature d’un accord commercial bilatéral, élargissant aux entreprises de l’énergie des États-Unis l’accès au marché chinois.

Le même mois, lors du sommet de la Route de la soie à Pékin, le chef de la société d’État chinoise CNPC Wang Yilin a déclaré que la Chine visait à diversifier l’offre et allait donc élargir sa base grâce aux hydrocarbures des Etats-Unis. A cet effet seront construits conjointement des terminaux méthaniers.

L’économiste en chef de BP pour la Russie et la CEI Vladimir Drebentsov estime que la Chine n’allait pas dans un avenir prévisible augmenter ses achats de gaz en Russie, dans la mesure où elle en achète en Asie centrale et développe activement son propre gaz de schiste. Et puis il y a le GNL américain.

Le monde se transforme en un champ très spécifique de bataille entre deux monstres, qui ne souhaitent rien tant que de détruire l’autre, mais qui sont si étroitement liés que l’effondrement de l’un entraînerait sans aucun doute l’effondrement de l’autre. Alors ils créent une relation symbiotique sur le principe love and hate, où tous les autres devront devenir satellites de l’un ou de l’autre.

En fait, la Chine est aujourd’hui la locomotive de la mondialisation, tandis que les États-Unis et l’Europe occidentale, assez curieusement, décrochent plus ou moins du projet. Ou essayent de décrocher – car on ne sait pas s’il est possible de changer la trajectoire du saut par-dessus le précipice, quand on a déjà parcouru 80-90% du chemin.

 

Pendant ce temps, l’Empire céleste s’active dans toutes les directions.

Beaucoup croient que le communisme en Chine est de pure forme, et que le pays est depuis longtemps passé à un système de capitalisme d’Etat modernisé, qui a causé son succès économique surprenant, et aussi les contradictions qui pèsent sur elle.

En fait, il n’en est rien. La Chine est dans une phase de transition du capitalisme au communisme, dans une sorte de NEP prolongée.

À la tête de l’Etat est le Parti communiste qui réalise la dictature de la classe ouvrière, et dans les mains de l’Etat se trouvent environ 50% de l’économie. Les autres 50% vivent dans les conditions du marché, en concurrence avec le secteur public et, quand ils auront perdu la concurrence, finiront par être absorbé par lui, ce qui permettra de passer de la NEP au socialisme.

Franchir ce pas rapidement est impossible en raison principalement de la taille gigantesque de la population à qui on ne peut tout simplement pas fournir tout le nécessaire pour le développement social à l’aide des ressources intérieures. L’Union soviétique en avait plus ou moins la possibilité, mais pas la Chine.

Et si l’on n’a pas cette possibilité, et que c’est une nécessité absolue, il faut bien prendre les ressources quelque part. D’où la nécessité de la mondialisation et de la nouvelle route de la soie chinoise et tout ce qui s’ensuit.

Traduction MD pour H&S

 

 
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Publié par le juin 21, 2017 dans Asie, civilisation, Economie

 

Jeanne: quelles étranges convergences, à quelle urgence répondent-elles?

Jeanne , je publie ton texte avec lequel je suis en parfait accord, j’ai beaucoup de choses à dire là dessus, mais c’est le départ de Kazan, l’avion à prendre. Mais le centre de tes remarques est « guerre à la guerre ». Moi aussi j’ai lu et médité Anders, le seul à faire la relation entre Hitler et l’extermination des juifs mais aussi la guerre livrée aux soviétiques et Hiroshima, Nagasaki. pourtant c’est évident. Cela marque l’unité fondamentale d’un capitalisme en crise. Encore une idée centrale  du moment: le PCF est à deux doigts de disparaître. Pourtant une étrange conviction m’anime, ce que nous défendons ou plutôt défendions est juste, nous devons et pouvons triompher parce que nous sommes les seuls à être en capacité de comprendre la nature réelle de ce que nous devons affronter et jusqu’où ira le capitalisme… Il a commencé une guerre et masse ses troupes, ce qui se passe en Europe même, en Ukraine et ailleurs autant qu’au Moyen Orient illustre cette offensive. Il faut relire le début aussi du texte de PAM, comment ce gouvernement « nouveau » sitôt élu est déjà dans la crise, les démissions, ce système fait eau de toute part, il est dangereux. A cause de cela je ne crains aucun ennemi extérieur, celui émanant de ce système capitaliste à son stade sénile, mais notre propre faiblesse intérieure. Voilà je jette ça et je développerai bientôt (note de Danielle Bleitrach).
Quelle étrange chose un très grand nombre de mes lectures de ces jours-ci me ramènent à cet après-guerre et aux années 1950.
Années tout de suite happées par la conjoncture de la guerre froide et d’attaques frontales contre le communisme vainqueur de la guerre fasciste et de l’Axe partout en Europe, en Asie, sur mer, sur terre .
J’ai commencé par (re) lire allongée sur mon lit,”à la faveur” d’un mal de dos tenace, le livre acheté cet hiver d’Emmanuel Faye sur Heidegger et Arendt, puis j’ai vu la recension que tu en as mise ici sur le site, la réponse interpellante de” Lecca” ici dans les commentaires et enfin avant-hier j’ai lu le site “Greekcrisis” dans lequel le sociologue-ethnologue qui l’anime Panagiotis Grigoriou met une très longue citation absolument actuelle de Gunther Anders.
Comment d’un coup ces “rencontres” se sont liées dans mon esprit,au point de me faire me demander si toutes ces références étaient dues au hasard ou à un réel “esprit du temps” à une urgence intellectuelle posée pour penser notre conjoncture politique de désastre, à la lumière de cet après-guerre de la sortie du nazisme, de l’affrontement de classe dans la misère matérielle qui était la nôtre victimes directes du nazisme comme toi ou nouveau-né de la classe ouvrière comme moi ?
Je pense que cette liaison s’est faite sur plusieurs plans d’abord des “bouffées de souvenirs”, la mort des Rosemberg a été pour moi un “apprentissage politique” et pourtant je n’avais pas encore six ans, je me vois aller chercher mon père à son travail, il était mine défaite disant “ils les ont exécutés” et mes parents m’ont expliqué. C’est alors noué en moi quelque chose d’assez inexplicable de l’ordre” guerre à la guerre”, les gens qui se révoltaient contre leur pays qui avait osé lancer pour de vrai cette monstruosité de bombes atomiques et ce maudit pays capitaliste qui n’allait pas manquer d’en envoyer sur nous aussi d’après mon père me fichait une peur noire , heureusement qu’il y avait l’URSS disait-il.
Trois ans ou quatre ans après c’est Oppenheimer qui venait manger au restaurant où travaillait mon père (j’ai un menu signé par lui) et de nouveau on a reparlé de cette histoire de bombes atomiques.
Quel rapport avec Arendt, Heidegger et Anders ? Il se trouve que j’ai été chargée une année en terminale de faire les cours de la matière qui sous un sigle barbare ECJS était de l’éducation civique, et que j’ai pris comme thème de travail la “responsabilité”, j’ai donc fait lire ce grand livre de G.Anders qu’est “Nous, fils d’Eichman” qui est une lettre ouverte où il demande au fils de l’organisateur technicien, mais efficace, zélé de l’extermination des juifs de se désolidariser de son père. Il relie cela à la responsabilité du pilote qui a lancé la bombe sur Nagasaki avec lequel il a été en correspondance. Arriver à expliquer cela, d’abord de le faire lire à quelques lycéens m’a demandé un lourd travail (pour un assez piètre résultat pédagogique concret me semble-t-il) mais moi cela m’a secouée et je me suis lancée dans la lecture de Anders et d’Arendt dont il a été le mari, j’ai donc lu Arendt à partir de Anders.
Pendant mes études bien entendu j’avais lu Heidegger en français car je ne suis pas germaniste comme je te l’ai dit, j’ai eu beaucoup de mal, mais comme j’avais eu Aristote (in extenso à l’époque) au programme de l’agrégation, d’une certaine façon ,en faisant une petite tambouille intellectuelle perso.,et en utilisant mes connaissances de grec ancien (j’étais en A’ au lycée) j’avais réussi à l’appréhender, mais comment dire? comme je suis très matérialiste dogmatique et marxiste manichéenne par certains côtés je l’avais mis de côté car je le trouvais “macaronique” …
La question posée par Leca: “pourquoi s’intéresser à des philosophes manifestement nazis ou à ceux qui n’ont pas rompu avec eux”? est une question valide…
…Si, mais la condition est de taille , si on fait abstraction de l’histoire matérielle de la diffusion, de la réception des textes dans une société déterminée.
Oui Leca a raison : pourquoi s’intéresser à ces gens ?
Mais parce que Heidegger surtout en France a été donné comme le philosophe-phare de son temps, comme Descartes l’avait été au 17ème sicle pour des gens qui l’ont pourtant dépassé, critiqué comme Malebranche, Spinoza ou Leibniz, qui ne sont pas cartésiens, mais sont innervés par les concepts cartésiens. Ceci débouche sur la question historique:
Arendt est-elle la “disciple” de Heidegger, son élève et son amante ou est-elle la “Spinoza” de Heidegger qui rompt et produit autre chose? c’est une des questions posées.
L’autre question c’est “pourquoi en France surtout, a-t-on remis le pied à l’étrier de Heidegger? après la guerre” ?
En effet Heidegger a été soumis aux protocoles de dénazification : exclusion de l’université etc…
Sa réhabilitation va se faire en plusieurs points et étapes: d’abord on a dit que c’est pour des raisons factuelles, on ne pouvait diriger une université si on adhérait pas au NKPD, ensuite on a dit qu’Heidegger avait été gentil avec certains de ces étudiants juifs et ne les avait pas poussés de lui ^même dans les chambres à gaz (je force le trait ironiquement bien sûr) , mais chacun disait que 1- l’oeuvre elle même son contenu de H. était exempte de toute tache de pensée nazie, 2- que H.était resté sur l’Aventin et n’avait pas été un champion nazi dans l’arène politique. 3- qu’Hannah Arendt elle même après la guerre avait renoué (sur des bases non sexuelles ce coup ci) avec lui, et qu’intellectuellement bien quelle ne reprenne pas son contenu de philosophie et qu’elle se soit émancipée de lui elle n’avait jamais rien eu à redire de la place qu’il tenait dans la pensée européenne et occidentale au sens large.
C’est l’honneur d’Emmanuel Faye d’avoir montré par l’analyse des textes, de tous les textes, du vocabulaire qu’en fait Heidegger c’est le Nazisme DANS la philosophie. ceci dans son livre de 2005.
Dans ce livre de 2016 ce qu’il montre c’est que doit le concept de “totalitarisme” et aussi celui de “banalité du mal” forgés par Hannah Arendt, à la pensée de Heidegger.
Si on rejoint les deux thèses celle du livre de 2005 et celle du livre de 2016 c’est absolument angoissant.
Car si H. a été (et à mon avis est resté nazi) AH. elle, ne l’a pas été et ne saurait l’être ou y être associée.
Du coup (et c’est pour cela que la question se pose comme te le disait Danielle ,Lecca) on ne peut pas expédier le concept comme on ferme sa porte au facho de service… On se doit de s’interroger sur ce “contenu” des concepts Heidegerriens, mais aussi de ceux d’Arendt.
Moi, je dois dire qu’un abîme s’est ouvert devant moi.
D’autant que tout cela débouche sur la question du jour, pourquoi tout cela ressort-il actuellement, pourquoi nous sentons nous obligés de nous confronter à cette conjoncture de l’après-guerre quand la guerre atomique future était angoissante car on la voyait à l’horizon poindre, comme les “nuits bleues” des plasticages du siège du parti du 6ème arrondissement faisait peur à l’enfant que j’étais.
Pourquoi Anders nous aide-t-il à penser? Comment se débarrasser de l’Heideggerianisme qui traîne en nous? et dont on ne voit pas les origines nazies, pourquoi Arendt est-elle insatisfaisante ? alors qu’on avait tous les penchants spontanés de nos madeleines de Proust infantiles et intellectuelles qui nous poussaient à l’aduler ?
Bon j’arrête là car je ne tiens plus assise devant mon ordi… le dos !!
Je vais juste mettre, si j’y arrive en copier /coller la citation de Anders lue dans “greek-crisis” sur le commentaire suivant.
 

Classe nuisible Par Frédéric Lordon

http://lesillon04.hautetfort.com/archive/2017/06/17/classe-nuisible-5955008.html

Situation –

paru dans lundimatin#108, le 13 juin 2017

Logiquement, tout avance de concert. Au moment où Macron est élu, nous découvrons que La Poste enrichit sa gamme de services d’une offre « Veiller sur mes parents » à partir de 19.90€ par mois (plusieurs formules : 1, 2, 4, 6 passages par semaine). Le missionné, qu’on n’appellera sans doute plus « l’agent » (tellement impersonnel-bureaucratique – old), mais dont on verra si la Poste va jusqu’à l’appeler l’« ami de la famille », passe en voisin, boit le café, fait un petit sms pour tenir au courant les descendants, bref – dixit le prospectus lui-même – « maintient le lien social ». Résumons : Pour maintenir le lien social tout court, c’est 19.90€. Et pour un lien social béton (6 visites par semaines), c’est 139.90€. Tout de même. Mais enfin il y va du vivre ensemble.

En 1999, des lignards d’EDF en vacances et même en retraite avaient spontanément repris du service pour rétablir le courant après la tempête. Ils l’avaient fait parce qu’ils estimaient que, dans cette circonstance exceptionnelle, il se jouait quelque chose entre eux, le service public dont ils étaient ou avaient été les agents, et la société dans son ensemble, quelque chose qui n’était pas de l’ordre d’un lien contractuel-marchand et procédait de mobiles autres que pécuniaires. Maintenant que nous en sommes à l’étape de la forfaitisation du lien social, nous percevons combien cette réaction qui fut la leur a été une tragique erreur. Puisqu’il est décidé que tout, absolument tout, est monnayable, la prochaine fois que les lignes sont à terre, on espère bien que toute demande de reprise de service obtiendra pour réponse, au mieux la renégociation en position de force du tarif des prestations extraordinaires, et plutôt d’aller se carrer les pylônes.

Le contresens anthropologique du lien social tarifé semble ne pas apercevoir que, précisément, la transaction contractuelle-marchande n’est au principe d’aucun lien, entendons autre que le lien temporaire stipulé dans ses clauses, dont l’échéance est fixée par le paiement qui, dit très justement l’expression, permet de s’acquitter – c’est-à-dire de quitter. Après quoi les co-contractants redeviennent parfaitement étrangers l’un à l’autre. C’est pourtant ce modèle « relationnel » que la société néolibérale, La Poste en tête, se propose de généraliser à tous les rapports humains, désastre civilisationnel dont le désastre électoral de ce printemps n’est que l’épiphénomène. Mais aussi l’accélérateur. Avec peut-être toutes les vertus des accélérations à contresens : déchirer les voiles résiduels, clarifier la situation, rapprocher des points critiques. Si l’on peut placer un espoir raisonnable dans la présidence Macron, c’est celui que tout va devenir très, très, voyant. C’est-à-dire odieux comme jamais.

Car il ne faut pas s’y tromper, la France n’est nullement macronisée. Les effets de levier composés du vote utile font à l’aise un président avec une base d’adhésion réelle de 10% des inscrits. Quant aux législatives, le réflexe légitimiste se joint à la pulvérisation des candidatures d’opposition pour assurer de rafler la mise. Par l’effet de cette combinaison fatale, le 19e arrondissement de Paris, par exemple, qui a donné Mélenchon en tête au premier tour avec plus de 30% est ainsi bien parti pour se donner un député macronien – on aurait tort d’en tirer des conclusions définitives. Mais en réalité, au point où nous en sommes, tout ça n’a plus aucune importance. La vérité, c’est que « la France de Macron » n’est qu’une petite chose racornie, quoique persuadée de porter beau : c’est la classe nuisible.

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La classe nuisible est l’une des composantes de la classe éduquée, dont la croissance en longue période est sans doute l’un des phénomènes sociaux les plus puissamment structurants. Pas loin de 30% de la population disposent d’un niveau d’étude Bac+2 ou davantage. Beaucoup en tirent la conclusion que, affranchis des autorités, aptes à « penser par eux-mêmes », leur avis compte, et mérite d’être entendu. Ils sont la fortune des réseaux sociaux et des rubriques « commentaires » de la presse en ligne. La chance de l’Europe et de la mondialisation également. Car la classe éduquée n’est pas avare en demi-habiles qui sont les plus susceptibles de se laisser transporter par les abstractions vides de « l’ouverture » (à désirer), du « repli » (à fuir), de « l’Europe de la paix », de « la dette qu’on ne peut pas laisser à nos enfants » ou du monde-mondialisé-dans-lequel-il-va-bien-falloir-peser-face-à-la-Russie-et-aux-Etats-Unis. La classe demi-habile, c’est Madame de Guermantes à la portée d’un L3 : « la Chine m’inquiète ».

La propension à la griserie par les idées générales, qui donnent à leur auteur le sentiment de s’être élevé à hauteur du monde, c’est-à-dire à hauteur de gouvernant, a pour effet, ou pour corrélat, un solide égoïsme. Car la demi-habileté ne va pas plus loin que les abstractions creuses, et ignore tout des conséquences réelles de ses ostentations abstraites. En réalité, elle ne veut pas les connaître. Que le gros de la société en soit dévasté, ça lui est indifférent. Les inégalités ou la précarité ne lui arrachent dans le meilleur des cas que des bonnes paroles de chaisière, en tout cas aucune réaction politique. L’essentiel réside dans les bénéfices de la hauteur de vue, et par suite d’ailleurs la possibilité de faire la leçon universaliste aux récalcitrants. En son fond elle est un moralisme – comme souvent bercé de satisfactions matérielles. Sans surprise, elle résiste à la barbarie en continuant de boire des bières en terrasse – ou, plus crânement encore, en brassant elle-même sa propre bière.

Demi-habile et parfaitement égoïste, donc : c’est la classe nuisible, le cœur battant du macronisme. Elle est le fer de lance de la « vie Macron » – ou du vivre ensemble La Poste. Partagée entre les déjà parvenus et ceux qui continuent de nourrir le fantasme, parfois contre l’évidence, qu’ils parviendront, elle est la classe du capital humain : enfin un capital qui puisse être le leur, et leur permettre d’en être  ! Ceux-là sont habités par le jeu, ils y adhèrent de toute leur âme, en ont épousé avec délice la langue dégénérée, faite signe d’appartenance, bref : ils en vivent la vie. Ils sont tellement homogènes en pensée que c’est presque une classe-parti, le parti du « moderne », du « réalisme », de la « French Tech », du « projet personnel » – et l’on dresserait très facilement la liste des lieux communs d’époque qui organisent leur contact avec le monde. Ils parlent comme un journal télévisé. Leurs bouches sont pleines de mots qui ne sont pas les leurs, mais qui les ont imbibés si longtemps qu’ils ont fini par devenir les leurs – et c’est encore pire.

Cependant, l’égoïsme forcené joint à l’intensité des investissements existentiels a pour propriété paradoxale de faire de la classe de « l’ouverture » une classe séparée et claquemurée, sociologiquement minoritaire en dépit des expressions politiques majoritaires que lui donnent les institutions électorales – qui disent là comme jamais la confiance qu’elles méritent. La seule chose qui soit réellement majoritaire, c’est son pouvoir social – mais comme on sait, à ce moment, il convient de parler non plus de majorité mais d’hégémonie. Sans surprise, la sous-sous-classe journalistique en est le joyau, et le porte-voix naturel. L’élection de Macron a été pour elle l’occasion d’un flash orgasmique sans précédent, ses grandes eaux. Au moment où nous parlons d’ailleurs, on n’a toujours pas fini d’écoper. En tout cas la classe nuisible est capable de faire du bruit comme quinze. Elle sait ne faire entendre qu’elle et réduire tout le reste – ouvriers, employés, des masses elles bien réelles – à l’inexistence. Au prix, évidemment, de la sourde accumulation de quelques « malentendus », voués un de ces quatre à faire résurgence un peu bruyamment.

Il pourrait y avoir là de quoi désespérer absolument si le « progrès intellectuel » de la population ne fabriquait plus que des possédés, et se faisait le parfait verrou de l’ordre social capitaliste. Mais la classe nuisible n’est qu’une fraction de la classe éduquée. C’est qu’en principe, on peut aussi se servir de capacités intellectuelles étendues pour autre chose. Bien sûr on ne pense pas dans le vide, mais déterminé par toutes sortes d’intérêts, y compris matériels, à penser. De ce point de vue les effets du néolibéralisme sont des plus ambivalents. S’il fabrique de l’assujetti heureux et de l’entrepreneur de lui-même, il produit également, et à tour de bras, du diplômé débouté de l’emploi, de l’intellectuel précaire, du startuper revenu de son esclavage. La plateforme OnVautMieuxQueCa, qui a beaucoup plus fait que les directions confédérales dans le lancement du mouvement du printemps 2016 – qui a même fait contre elles… –, cette plateforme, véritable anthologie en ligne de la violence patronale, dit assez où en est, expérience à l’appui, une large partie de la jeunesse diplômée dans son rapport au salariat. Et, sous une détermination exactement inverse, dans ses propensions à penser. On peut donc ne pas tomber dans l’exaltation « générationnelle » sans manquer non plus de voir qu’il se passe quelque chose dans ces tranches d’âge. Si d’ailleurs, plutôt que de revoir pour la dixième fois The social network et de se rêver en Zuckerberg français, toute une fraction de cette génération commence à se dire « ingouvernable », c’est sans doute parce qu’elle a un peu réfléchi à propos de ce que veut dire être gouverné, suffisamment même pour apercevoir qu’il n’y a va pas seulement de l’Etat mais de l’ensemble des manières de façonner les conduites, auxquelles les institutions formelles et informelles du capitalisme prennent toute leur part.

Sur ce versant-là de la classe éduquée, donc, ça ne macronise pas trop fort – sans compter d’ailleurs tous ceux à qui l’expérience prolongée a donné l’envie de changer de bord : les cadres écœurés de ce qu’on leur fait faire, les dégoûtés de la vie managériale, les maltraités, les mis au rebut, à qui la nécessité fait venir la vertu, mais pour de bon, qui ont décidé que « rebondir » était une affaire pour baballe exclusivement, ne veulent plus se battre pour revenir dans le jeu, et prennent maintenant la tangente. Or ce contingent de têtes raides ne cesse de croître, car voilà le paradoxe du macronisme : en même temps qu’il cristallise la classe nuisible, son effet de radicalisation, qui donne à l’époque une clarté inédite, ouvre d’intéressantes perspectives démographiques à la fraction rétive de la classe éduquée.

Cependant le privilège social de visibilité de la classe éduquée, toutes fractions confondues, n’ôte pas qu’on ne fait pas les grands nombres, spécialement dans la rue, sans la classe ouvrière mobilisée. En l’occurrence affranchie des directions confédérales, ou du moins décidée à ne plus les attendre. Mais ayant par suite à venir à bout seule de l’atomisation et de la peur. Pas le choix : il faut qu’elle s’organise – se -organise… Et puis s’organiser avec elle. Caisses de solidarité, points de rencontre : dans les cortèges, dans de nouveaux groupements où l’on pense l’action en commun, tout est bon. En tout cas, comme dans la jeunesse, il se passe quelque chose dans la classe ouvrière : de nombreux syndicalistes très combatifs, durcis au chaud de plans sociaux spécialement violents, virtuellement en rupture de centrale, font maintenant primer leurs solidarités de lutte sur leurs appartenances de boutique, laissent leurs étiquettes au vestiaire et ébauchent un front uni. Si quelque jonction de la jeunesse décidée à rompre le ban ne se fait pas avec eux, rien ne se fera. Mais la détestation de l’entreprise, promise par le macronisme à de gigantesques progrès, offre d’excellentes raisons d’espérer que ça se fera.

Il n’est pas certain que le macronisme triomphant réalise bien la victoire à la Pyrrhus qui lui est échue. C’est que jusqu’ici, l’indifférenciation patentée des partis de gouvernement censément de bords opposés parvenait encore vaille que vaille à s’abriter avec succès derrière l’illusion nominale des étiquettes de « l’alternance ». Évidemment, l’alternance n’alternait rien du tout, mais il restait suffisamment d’éditorialistes abrutis pour certifier que la « gauche » succédait à la « droite, ou l’inverse, et suffisamment de monde, à des degrés variés de cécité volontaire, pour y croire. Le problème du macronisme, c’est précisément… qu’il a réussi : sa disqualification des termes de l’alternance prive le système de son dernier degré de liberté, assurément factice mais encore doté de quelque efficacité résiduelle. Quand il aura bien mis en œuvre son programme, poussé tous les feux, par conséquent rendu folle de rage une fraction encore plus grande de la population, où trouvera-t-il son faux alternandum et vrai semblable, l’entité faussement opposée et parfaitement jumelle qui, dans le régime antérieur, avait pour double fonction de soulager momentanément la colère par un simulacre de changement tout en assurant la continuité, quoique sous une étiquette différente ?

Résumons-nous : bataille terminale au lieu du noyau dur – le rapport salarial, via le code du travail –, intégration ouverte de l’Etat et du capital, presse « en plateau », extase de la classe nuisible et radicalisation antagoniste des défecteurs, colère grondante des classes populaires promises à l’équarrissage, fin des possibilités théâtrales de l’alternance, disparition définitive de toute possibilité de régulation interne, de toute force de rappel institutionnalisée, de tout mécanisme de correction de trajectoire : à l’évidence il est en train de se former une situation. À quelque degré, ce gouvernement-du-barrage-contre-le-pire doit en avoir conscience puisqu’il approfondit le mouvement, déjà bien engagé, de proto-fascisation du régime : avec les ordonnances du code du travail, la normalisation de l’état d’urgence en droit ordinaire a été logiquement sa première préoccupation. Ultime moyen de contrôle de la situation, lui semble-t-il, mais qui contribue plutôt à l’enrichissement de la situation. Et confirme que la question de la police va se porter en tête d’agenda, comme il est d’usage dans tous les régimes où l’état d’illégitimité n’est plus remédiable et où ne reste que la force armée, la seule chose opposable à la seule opposition consistante : la rue. Car il est bien clair qu’il n’y a plus que la rue. Si « crise » désigne le moment résolutoire où les trajectoires bifurquent, nous y sommes. Quand tout est verrouillé et que la pression n’en finit pas de monter, il doit se passer quelque chose. Ce dont les forces instituées sont incapables, seul l’événement peut l’accomplir.

 

Impressions post-soviétiques : Kazan ou « la réussite libérale » et les chauffeurs de taxis

la rue piétonne Bauman au centre de Kazan

Kazan, une ville qui paraît prospère, pimpante, entièrement refaite à neuf, et ce n’est pas faux depuis qu’en 2013, il y a eu les « Universiades », des centaines de milliards de roubles y ont été investies et toutes n’ont pas atterri dans la poche des politiciens locaux. Comme nous le déclare un chauffeur de taxi désabusé: « Ce sont tous des voleurs, mais quand ils réalisent on s’en contente ». Il n’est pas mécontent des changements en matière de transport, le retour par exemple à la manière dont, comme en Union Soviétique,  il est interdit de tourner à gauche, cela rend complexe les trajets mais cela fluidifie la circulation.  Les grandes avenues à six voies jadis plus ou moins désertes sont désormais bourrées de monde et la circulation fait un bruit effrayant. Mais toujours selon le modèle soviétique derrière ces grands axes tout un monde de jardins et de petites maisons anciennes coexistent avec des cités soviétiques dans lesquelles l’espace collectif est verdoyant, calme et apaisé. Cependant devant ces immeubles il subsiste des crevasses et des fondrières dont personne ne sait à qu s’adresser pour qu’elles soient comblées.

Si la fin heureuse de l’Union soviétique et la naissance d’un monde où pourraient harmonieusement coexister musulmans et chrétiens devait se donner une vitrine ce serait cette ville où cohabitent deux peuples (tatare et slave) en paix. Même un autre de nos chauffeurs de taxis, qui était déchaîné contre tous ces islamistes radicaux venus des anciennes républiques d’Asie centrale, le disait: » ce ne sont pas les tatares musulmans d’ici, mais ceux que Poutine nous impose depuis la Syrie, l’Asie centrale, avec sa politique. Les tatares sont comme nous et nous nous marions ensemble. Nous avons hérité ça de l’Union soviétique, une politique de paix dans laquelle les religions ne comptent pas, c’est une affaire privée. » Il déteste Poutine qui est là depuis 17 ans, ce devrait être comme chez vous, dit-il, où les présidents changent tout le temps! la Crimée, il s’en moque, d’ailleurs personne ne sait où c’est! Notre pays est bien assez grand comme ça! » Ce pro-occidental, adversaire déclaré de Poutine, sera le seul de son genre que nous rencontrerons parmi les chauffeurs de taxi.  Même lui, pourtant obsédé par les femmes voilées et les barbus intégristes venus d’Asie centrale et prétendant imposer leurs moeurs, n’a pas un mot contre les Tatares musulmans de la république.

Disons tout de suite que les taxis de Kazan sont parfaitement contrôlés, il y a le prix au compteur et quand la course est finie, une voix vous dit au téléphone ce que vous devez avoir payé. Pour obtenir le taxi, il faut leur téléphoner et donner le nom de la rue et un numéro, pas la moindre fantaisie n’est acceptée, pas même une adresse vague comme à proximité de la statue untel. La standardiste vous raccroche au nez. C’est bon marché, à deux une course équivaut au même trajet en bus. La compagnie est celle du Tartastan. Avec les autres taxis en maraude, il faut négocier et le prix énoncé se divise alors par moitié. Nous les prenons au moins deux fois par jour et interrogeons les chauffeurs. Et au bout d’une semaine, nous constatons que notre base de sondage a une certaine cohérence.

  1. Il n’y a aucun problème entre tatares et slaves. D’ailleurs comme les hôtes à qui nous avons loué la maison, ce sont fréquemment des couples mixtes qui célèbrent par exemple le père hiver russe. Ils nous montrent des photos.
  2. C’était mieux du temps de l’Union soviétique, il y avait moins de choses dans les magasins, mais ce qu’il y avait on pouvait l’acheter et la vie était plus tranquille, on pouvait profiter de la vie familiale et les loisirs étaient intelligents.
  3. Mais ça ne reviendra pas, c’est impossible, les gens ont pris goût à la consommation, ils veulent leur voiture personnelle.

A un autre chauffeur de taxi qu vomit Elstine et Gorbatchev, je demande s’il devait faire la synthèse en trois mots de ce qu’il a vécu  et il déclare d’un jet : « L’URSS c’est la stabilité, Elstine et Gorbatchev, la destruction et Poutine, l’ordre. »je le félicite de son esprit de synthèse manifesté tout le trajet dans ses réponses, il m’interroge:  « C’est bien? – Ce n’est ni bien ni mal c’est un mode d’esprit ». Mais il a dû sentir dans ma voix l’approbation, car je préfère ce type d’esprit. Ceux qui analysent à l’infini et se perdent dans les détails me fatiguent. En général, les chauffeurs avec lesquels nous entamons la conversation ont d’autant plus cet esprit de synthèse qu’ils parlent  des événements traversés, de leur situation présente comme s’il ne s’agissait pas tout à fait d’eux. Ou plutôt on comprend qu’eux préféraient l’URSS, que leur vie, celle que leur décrivent les parents était meilleure, plus enrichissante. mais désormais c’est comme ça, parce qu’on ne peut pas retourner en arrière, « les gens » ont trop changé.Le plus étrange du lot est celui que nous avons appelé le « conformiste ». C’est presque un adolescent, il nous dit à peu près les mêmes choses que les autres en expliquant que ça c’est ce que pensent ses parents, c’est leur génération qui pense ainsi. Lui, il est jeune et il doit penser autrement, mais visiblement il pédale dans le potage et finit par déclarer qu’il y a du bon et du mauvais partout et que même Hitler a des partisans, pas beaucoup mais ils existent. En sortant du taxi, nous notons que ce garçon suivra n’importe qui, d’où son nom le conformiste.

Il y a le plus douloureux, celui qui nous dit à quel point l’Union Soviétique laisse un souvenir chaleureux dans son coeur. Jadis il avait un bon métier, une formation solide et il était fier de sa vie. Maintenant il est obligé de faire le taxi en plus de son son travail . Il est fatigué, il ne s’en sort pas… Et toujours on leur répète que tout va mal parce qu’ils ne travaillent pas assez. Mais lui non plus ne croît pas que l’on puisse retrouver l’Union soviétique… Ce ne sont pus les mêmes hommes, il explique « Celui qui souffre est vivant. Celui qui ressent la souffrance des autres est un homme véritable ». Et quelques minutes après il déclare « Staline était un homme véritable, il souffrait pour les petites gens comme moi! »…  En l’entendant, je m’exclame: « Mais vous êtes un communiste! -« Non dit-il, je ne suis pas un communiste » et il nous  laisse sur ces paroles énigmatiques. L’ami chez qui nous allons nous en donnera son explication.

Donc Kazan se veut moderne, sans officiellement avoir des regrets par rapport à un passé qu’elle ne renie pas, mais sans plus. Toujours un autre chauffeur de taxi à qui nous demandons quand nous passons devant la grande statue de Lénine s’il souhaite qu’elle reste là et qui nous répond: « Pourquoi, elle ne me gène pas, elle est belle et cet homme a fait du bien, sa révolution était juste. Il fait partie de notre histoire! » Parfois la référence est plus tendue. Un jeune chauffeur qui n’a pas desserré les dents quand nous lui demandons pourquoi il a accroché sur le rétroviseur un ruban de saint Georges, devenu symbole tardif de la deuxième guerre mondiale, nous regarde d’un air hostile et répond : « Mon grand père est mort à Stalingrad! » Il n’en dira pas plus malgré nos sollicitations. Pourquoi ai-je l’impression que ses yeux nous disent « Qu’est-ce que ça peut vous faire vous occidentaux , pour la reconnaissance que vous en avez! »

A Kazan qui sent le neuf, comme l’invraisemblable mosquée, création récente, nichée au coeur d’un Kremlin superbe, la plupart des bâtiments refusent la rupture et assument fièrement un cosmopolitisme intégré, pacifié. Une famille juive et russe qui nous accueille nous parle de l’antisémitisme qui existe ailleurs, essentiellement à Saint Petersbourg et à Samara, plus au sud, là où Marianne s’est rendue pour y rencontrer des espérantistes. Pas à Kazan, mais le mari ajoute : ici ce serait plutôt des débuts de friction dans la manière dont les Tatares ont tendance à s’attribuer les postes de responsables grassement payés à nos dépends. Ce sera la seule remarque qui ira dans ce sens. Marianne me signale à propos des mariages mixtes qu’à partir de Pierre le grand qui avait institué une noblesse « de service »(1), il était plutôt bien vu de s’allier avec l’aristocratie tatare dont on considérait qu’elle avait du « sang bleu ». Cela évite le folklore et les références demeurent élégantes, discrètes, sauf encore une fois l’invraisemblable mosquée Qolsharif au coeur du Kremlin avec  ses minarets bleus  aux antipodes de ceux de Samarkande.   Elle fait songer à une pâtisserie pour noce de nouveaux riches d’Arabie saoudite. Dans le reste de la ville, occident et orient, slaves et tatares se mêlent de longue date et avec retenue. .

KAZAN, TATARSTAN, RUSSIA. Kul Sharif mosque seen behind the walls of the Kazan Kremlin. (Photo ITAR-TASS / Vasily Aleksandrov)
Ðîññèÿ. Êàçàíü. Ìå÷åòü Êóë-Øàðèô çà ñòåíàìè Êðåìëÿ. Ôîòî ÈÒÀÐ-ÒÀÑÑ/ Âàñèëèé Àëåêñàíäðîâ

S’il n’y avait pas les chauffeurs de taxi pour nous dire leurs regrets, peu à peu nous découvrons qu’ils reflètent la majorité de la population, nous pourrions dire qu’ici le pari du capitalisme a été tenu et gagné.

D’ailleurs, comme nous l’expliquera Artiom, le député du parti de la fédération de Russie que nous rencontrons à l’Assemblée nationale: « Les résultats du parti communiste de la fédération de Russie sont les plus mauvais après la Tchétchénie de toute la fédération de Russie. Le parti du président fait ici des scores digne de l’ex-Union soviétique et Macron envierait l’uniformité de la représentation dans l’Assemblée de la République.

Mais nous y reviendrons car tout n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Un mot encore avant de vous quitter. Quand nos interrogeons systématiquement nos interlocuteurs sur leurs parents morts par suite de la « grande guerre patriotique » ou à cause des répressions staliniennes, il n’y a aucune comparaison entre les deux. Tous ont eu un parent souvent un ascendant direct mort durant la deuxième guerre mondiale, quelques uns ont un aïeul ou un vague parent victime des purges ou de la guerre civile.

Danielle Bleitrach

(1) La noblesse de service est l’administration avec ses fonctionnaires, à partir d’un certain rang onest noble, au-dessous on est roturier, employé, petites gens, gratte papiers.

 

Paris, 11e : l’antisémitisme tue à nouveau

J’ai déjà vécu un drame quasi personnel avec l’assassinat des enfants juifs par Merah, ce silence et pire encore cette femme qui m’a expliqué que c’était « probablement » le Mossad. Je porte depuis en moi cette photo d’une enfant qui me ressemblait et que l’on pleura si peu. Cet article est correct, il ne s’agit pas d’un appel à la haine raciste de l’extrême-droite, mais tout au contraire. On ne peut pas continuer à accepter que des citoyens français qu’ils soient juifs, musulmans ou de quelque origine que ce soit soient victime du racisme et que leurs assassins bénéficient d’une quelconque complaisance (note de Danielle Bleitrach).

Publié le 7 juin 2017 | Maj le 8 juin

Début avril, une femme a été tuée, à Paris, parce que juive. La lutte contre l’antisémitisme est indissociable de la lutte contre le racisme. L’absence de dénonciation et le relativisme devant ce meurtre de la gauche radicale et anti-autoritaire est effarante : elle participe à la banalisation de l’antisémitisme et laisse à l’extrême-droite le loisir de produire un discours de haine intra-religieuse. Nous ne devons pas rester impassible face à l’antisémitisme !

Au début du mois d’avril, Sarah Halimi, habitante du 11e arrondissement, juive et pratiquante (elle participait à de nombreux événements cultuels) a été assassinée chez elle en pleine nuit et défenestrée par un voisin.
Si les circonstances de ce meurtre ont fait l’objet de nombreuses rumeurs, les voisins ont confirmé avoir entendu crier « Allahu Ackbar » tandis que la famille affirme que Sarah Halimi était l’objet de nombreuses insultes antisémites de la part de son futur meurtrier [1].

Ce meurtre est clairement un meurtre antisémite. Il ne s’agit pas d’y voir une radicalisation islamiste (le CRIF même a écarté cette hypothèse) même si le meurtrier, d’origine malienne, était musulman (quoique peu pratiquant). Même cet appel à Dieu (takbîr) est une expression très courante qui ne dit rien des motivations de l’assassin….

Identifier les thèmes antisémites : le crime rituel (I) | 13 octobre 2015
Ce texte est le premier d’une série qui se fixe pour objectif d’aider chacune et chacun à identifier les thèmes classiques du discours antisémite. C’est une contribution modeste à un effort d’autoformation collective, permettant de démasquer ces discours pour ce qu’ils sont lorsqu’ils se présentent. Nous avons pu malheureusement constater que des (…)

Ce meurtre est un acte raciste, antisémite, qui tire son origine de l’antisémitisme quotidien et banalisé, produit du mensonge, de la paranoïa et des rumeurs qui ont été produites depuis des siècles et encore largement relayées de nos jours par les puissants ou les opportunistes, de l’État tsariste et l’Église catholique aux complotistes, soraliens et compagnie, salafistes ou encore certains groupuscules sous prétexte de soutien au peuple de Palestine.

Lire aussi  :  Soral ou les nouveaux habits du fascisme  | 3 août 2015

Le relativisme serait de considérer que le meurtrier était fou, déséquilibré, pyschologiquement fragile (et donc impossiblement antisémite). C’est sûrement le cas. On pourrait classifier de nombreux meurtriers ainsi. Il ne s’agit pas d’être juge ou procureur. Les motivations du meurtrier n’étaient peut-être pas de « tuer du Juif », mais il a tué une juive, en sachant qu’elle l’était, et quelles que soient les raisons qui l’ont poussé à commettre un tel acte, son choix s’est porté sur un acte antisémite. L’acte peut être idéologique sans stratégie idéologique.

Nous sommes consternés, non pas par le « silence médiatique » dont se plaignent les médias dominants (!) [2], mais par le silence de la gauche radicale et des anti-autoritaires qui n’ont pas eu un mot pour Sarah Halimi, victime de l’antisémitisme. Cette gauche radicale et anti-autoritaire n’a pourtant pas toujours été atone sur le sujet, et depuis l’affaire Dreyfus, la lutte contre l’antisémitisme était une composante forte de la solidarité internationale et de la lutte contre tous les racismes. Or depuis plusieurs années maintenant, ces composantes progressistes sont devenues complètement muettes sur le sujet. Le cas le plus symptomatique est la séquestration et le meurtre sordide d’Ilan Halimi. L’association Memorial98 revient sur ce grand silence. Mais ce silence a été également de mise durant les assassinats ciblés de l’affaire Merah et de la prise d’otage antisémite de l’HyperCacher. À de très rares exceptions près, les groupes d’extrême-gauche sont restés discrets sur le caractère raciste de ces tueries.

Lire aussi  :  Les libertaires et l’affaire Dreyfus  | 2 juin

Le fait que cette affaire soit prise en main par la droite et l’extrême-droite juive ne doit pas être un frein à la dénonciation du caractère antisémite de ce meurtre et à la lutte acharnée contre l’antisémitisme. Ils ont raison de dénoncer cet antisémitisme, même si tout nous sépare sur d’autres sujets.

Que l’extrême droite blanche se sente pousser des ailes, se voie en défenseur des Juives et des Juifs contre les barbares musulmans ne nous feront pas oublier qu’elle est le principal vecteur de l’antisémitisme et que son histoire est jalonnée de pogroms, attentats, meurtres et agressions, de profanations de cimetières et de dégradations de monuments commémoratifs, de participation active au génocide des Juifs et de collaboration avec le régime nazi, de négation ou de relativisme concernant la Shoah, de pourvoyeurs de rumeurs folles et de mensonges sur les Juives et les Juifs. L’extrême droite française manipule la question de l’antisémitisme pour asseoir leur nouveau dada : l’Islam et les musulmans. Mais ne nous y trompons pas le fond idéologique reste profondément antisémite. L’actuelle paranoia et obession de l’extrême droite à propos des musulmans n’a rien à envier à celle des ligues factieuses des années 30.

Lire aussi  :  Comment répondre à des théories antisémites  | 28 février 2016

À Sarah Halimi et à toutes les victimes de l’antisémitisme.

Des participants à Paris Luttes Info

Notes

[2Par exemple :

  • Cette vieille dame assassinée qui panique la communauté juive et dont on parle peu, Slate, 7 avril 2017
  • Paris, 11e arrondissement : omerta sur un crime antisémite, Marianne, 28 mai 2017
  • L’appel de 17 intellectuels : « Que la vérité soit dite sur le meurtre de Sarah Halimi », Le Figaro, 1er juin 2017
 

VIDEO. Yves Coppens réagit à la découverte du premier des Homo sapiens

Le découvreur de Lucy Yves Coppens commente la trouvaille de l’homme de Jebel Irhoud, au Maroc, le plus vieux des Homo sapiens, qui fait reculer l’âge de notre espèce de 100.000 ans. Voilà le genre de nouvelle qui je ne sais pourquoi a le don de m’apaiser, ça et l’astrophysique à laquelle je ne comprends rien à mon grand regret, relativise toutes les petites mesquineries et les grandes catastrophes dont l’espèce humaine est capable (note de Danielle Bleitrach).

https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/paleontologie/yves-coppens-reagit-a-la-decouverte-du-premier-des-homo-sapiens-vieux-de-300-000-ans_113691

Yves Coppens

Yves Coppens parle de l’homme de Jebel Irhoud.

© Habib Achour

Des restes d’Homo sapiens, très semblables aux hommes d’aujourd’hui, ont été mis au jour au nord-ouest du Maroc, sur le site de Jebel Irhoud. Ils sont impeccablement datés de 300.000 ans. C’est un sacré coup de vieux pour notre espèce, qui vieillit de 100.000 ans. « Cette découverte représente la racine même de notre espèce, l’Homo sapiens le plus vieux jamais trouvé en Afrique ou ailleurs« , explique le Français Jean-Jacques Hublin, directeur du département d’Evolution humaine à l’Institut Max Planck de Leipzig (Allemagne), coauteur des travaux et professeur invité à la chaire de paléoanthropologie du Collège de France. Pour autant, cette découverte ne fait pas de l’Afrique du Nord le berceau de notre humanité : il y a 300.000 ans en effet les Homo sapiens semblent avoir été déployés dans tout le continent noir, comme en témoigne la découverte d’outils de pierre du Middle stone age qui semble avoir été son apanage. Pour les chercheurs français, allemands et marocains, notre espèce serait pan-africaine.

Yves Coppens réagit en vidéo pour Sciences et Avenir

Ancien titulaire de la chaire de paléoanthropologie du Collège de France, le célèbre Yves Coppens commente pour Sciences et Avenir cette découverte qui bouscule l’histoire de notre espèce et va obliger à la réécriture des manuels scolaires. « C’est la première datation aussi importante d’un Homo sapiens où que ce soit dans le monde », souligne dans la vidéo ci-dessous le découvreur de Lucy. Selon lui, il va falloir réexaminer tous les Homo sapiens archaïques fossiles connus à la lumière de la nouvelle datation. Le chercheur s’interroge également sur les relations que l’homme de Jebel Irhoud entretenait avec une autre espèce africaine contemporaine, Homo naledi.

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Climat: la Chine snobe l’envoyé de Trump

Décidément la Chine opère un « grand bond en avant » en matière de défense de l’environnement et quand la Chine prend une orientation le monde bascule comme lors du barrage des trois gorges où la terre a bougé sur son axe, ou dans le passage du rural à l’urbain de la planète, ou encore en matière d’éducation y compris des filles (note de Danielle Bleitrach).

Rick Perry, secrétaire américain à l’Energie, et Zhang Gaoli, vice-Premier ministre chinois, lors d’une rencontre à Pékin le 8 juin 2017 / © POOL/AFP / Ng Han Guan

Soucieux d’avoir des partenaires fiables sur le climat, Pékin a accordé un accueil très distant cette semaine au secrétaire à l’Energie de Donald Trump, alors que le président, Xi Jinping, accueillait longuement le gouverneur de Californie, ardent défenseur des énergies propres.

En tournée asiatique quelques jours après l’annonce par la Maison Blanche que les Etats-Unis se retiraient de l’accord de Paris sur le climat, le secrétaire américain à l’Energie, Rick Perry, s’est attaché à rassurer.

« Nous ne reculons pas et nous ne laissons aucune place vacante (…) Les Etats-Unis ne renoncent pas à leur rôle de leader pour une planète propre », a-t-il plaidé lundi lors d’une escale à Tokyo, selon l’agence Bloomberg.

Avant d’ajouter, bravache: « si les Chinois veulent nous prendre la couronne (…) ce sera un gros défi ».

Plus diplomatiquement, M. Perry a vanté jeudi à Pékin les « opportunités extraordinaires » de coopération entre Chine et Etats-Unis sur les « énergies propres », lors d’un entretien avec le vice-Premier ministre chinois, Zhang Gaoli.

Reste à voir si l’administration Trump restera le partenaire privilégié de la Chine sur ce sujet.

Au mépris du protocole, le gouverneur de Californie, Jerry Brown, lui aussi à Pékin cette semaine, a ainsi pu rencontrer mardi le président Xi Jinping en personne, pour un long entretien qui a fait la Une des médias d’Etat chinois.

Mieux, M. Brown et le président Xi ont signé un protocole d’accord associant la Californie à la République populaire pour la promotion des « technologies vertes ».

Un camouflet pour Rick Perry, dont aucune rencontre avec le chef d’Etat n’a été annoncée.

Xi Jinping a dit « espérer que les Etats américains et provinces chinoises renforcent leurs synergies » sur la question climatique.

– ‘Réveiller les gens’ –

Venu participer dans la capitale chinoise à un forum ministériel sur les énergies propres, M. Perry – qui avait pourtant promu les énergies renouvelables quand il était gouverneur du Texas et s’était dit favorable à un maintien dans l’accord de Paris – s’y est montré extrêmement discret.

Après avoir défendu mardi les technologies de capture du CO2 au Texas, son Etat d’origine, il n’est pas apparu jeudi à un panel public où il devait s’exprimer.

A l’inverse, Jerry Brown a multiplié les apparitions et les interviews, décochant des flèches contre l’administration Trump et vantant les efforts environnementaux de son Etat.

« La Californie est engagée avec les (Etats de) Washington, New York et autres pour se motiver à agir davantage » sur les énergies propres, « en grande partie à cause de M. Trump », a confié à l’AFP le gouverneur démocrate, dont l’Etat est évoqué comme la 6e économie mondiale.

Une coalition initiée la semaine dernière réunit une dizaine d’Etat américains et plus d’une centaine de villes engagés à réduire les émissions des Etats-Unis, deuxième plus gros émetteur mondial de CO2, pour satisfaire aux objectifs de l’accord de Paris.

« J’essaie de réveiller les gens sur le combat face au changement climatique. La Chine est un allié de taille, dotée de gigantesques ressources (…) pour accélérer notre action », insiste M. Brown.

Autre revers diplomatique pour Washington: le plus haut diplomate américain en Chine, le chargé d’affaires David Rank vient de démissionner, a annoncé l’ambassade en début de semaine. Une décision prise en raison, selon la presse, de son opposition à la politique de Donald Trump sur le climat.

– ‘Déconnectée’ –

« Rick Perry est dans une position délicate. L’administration Trump est vraiment déconnectée de la communauté internationale, cela devient évident dans des réunions » comme celles de Pékin, grince Alex Perera, directeur adjoint de l’ONG WRI Energy Program.

M. Trump « semble vouloir revenir à la deuxième révolution industrielle » du XIXe siècle fondée sur le charbon, indique à l’AFP le vice-président de l’Union européenne, Maros Sefcovic. « Mais les maires et gouverneurs américains, eux, restent engagés » et « arrimés à la modernité ».

(©AFP / 08 juin 2017 11h39)