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Archives de Catégorie: civilisation

Les deux drapeaux et l’honneur dans la solidarité internationale…

Photo de Damien Bossu.

Le drapeau kurde flotte aux côtés du drapeau cubain à La Havane !

Le peuple cubain, par la voix de son président, le Commandant Raúl Castro Ruz, ainsi que par celle du Commandant Fidel Castro-Ruz, leader de la Révolution Cubaine, manifeste son soutien au Peuple Kurde, en ces heures difficiles.

Les Kurdes sont aujourd’hui le plus important des peuples sans Etat avec 32 millions d’habitants repartis sur 4 pays (Turquie, Syrie, Iran et Irak).

Depuis des mois, les Kurdes combattent Daesh, avec une vaillance impressionnante ! Ils ont infligé à l’Etat Islamique plusieurs défaites sévères, notamment à Kobané (Kurdistan Syrien).
Contrairement à ce qu’affirment les occidentaux, les Kurdes sont à l’heure actuelle, la SEULE et UNIQUE force à combattre Daesh, et ce depuis plus d’un an.

Persécutés durant des siècles en raison de leurs différences culturelles, les Kurdes de Turquie font aujourd’hui l’objet d’une féroce répression de la part du gouvernement d’Erdogan (islamiste, conservateur) sous couvert de lutte antiterroriste. Le Parti des Travailleurs du Kurdistan (marxiste, démocratique) est en effet considéré comme terroriste par les occidentaux.

Nos camarades Turcs communistes et socialistes ne sont pas non plus épargnés par cette violente répression.

Solidarité avec le Peuple Kurde, solidarité avec nos camarades Turcs !

Viva el pueblo Kurdo ! Viva el pueblo Cubano !

 
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Publié par le juillet 29, 2015 dans Amérique, Asie, civilisation, guerre et paix

 

Artistes juifs et musulmans du Maroc retissent des liens

Artistes juifs et musulmans du Maroc retissent des liens

par Kamal Hachkar

il faudra beaucoup plus pour que les « cousins » se retrouvent…  Mais en ce jour de l’Aïd on peut dire son espérance… Il n’y a pas d’autre issue que de rester sur la terre natale et d’y construire d’autres relations, les mythes sont des creusets pour l’art mais de grands dangers quand on prétend les faire gouverner la politique (note de Danielle Bleitrach)

Après "Tinghir Jérusalem", Kamal Hachkar réalise son 2ème film "Retour au pays natal" (titre provisoire)

Après « Tinghir Jérusalem », Kamal Hachkar réalise son 2ème film « Retour au pays natal » (titre provisoire) En savoir plus

121

contributeurs

12 009 €

sur 15 000 €

 

64

heures restantes

Ce projet ne sera financé que si 15 000 € ou plus sont engagés d’ici Dim 19 juill. 2015 22:15 CEST.

Après « Tinghir Jérusalem », Kamal Hachkar réalise son 2ème film « Retour au pays natal » (titre provisoire)

Kamal Hachkar
Projet lancé par

Kamal Hachkar

À propos du projet

Quand juifs et musulmans du Maroc recréent des ponts à travers                                           l’art Par Kamal Hachkar 

Titre provisoire du film-documentaire : Retour au Pays Natal

                                             Par Kamal Hachkar

Dans son premier film «Tinghir-Jérusalem, Les échos du Mellah », qui a connu le succès dans des festivals du monde entier, le réalisateur Kamal Hachkar a entrepris de suivre le destin de la communauté juive qui après avoir vécu pendant des générations dans le village berbère de Tinghir au Maroc, l’a quitté  dans les années 50/60. Originaire lui-même de Tinghir, il nous a emmenés à la rencontre de ces cultures tout au long de son documentaire dans lequel ont résonné les chants, les voix et les histoires de cette double identité partagée entre juifs et musulmans.

http://www.filmsdunjour.com/fr/catalogue/tinghir-jérusalem-les-échos-du-mellah

Pour son deuxième film, Kamal Hachkar continue d’explorer cette mémoire plurielle à travers le portrait de la troisième génération d’artistes juifs et musulmans qui continuent de perpétuer cet héritage commun du Maroc pluriel.

Ce film sera une manière de défier la fatalité de la grande Histoire qui a séparé leurs parents. 

Ensemble, ils souhaitent recréer des ponts et écrire de nouvelles pages.

            Synopsis 

« Retour au Pays Natal » est le portrait de la troisième génération juive et musulmane marocaine qui continue de perpétuer un héritage commun à travers la musique, la peinture, l’écriture. Qu’est ce que le Pays Natal ? Comment vivre avec l’idée que l’on puisse ne plus être là où nos racines ont été ? Ces artistes trouvent-ils dans la culture arabo-berbère une réponse aux questions qu‘ils se posent sur leur identité ?

Leur rêve est de retourner sur les traces de leur famille et de vivre un temps au Maroc pour perfectionner leur art et obtenir la citoyenneté marocaine. Leur manière à eux de réparer les blessures de l’exil : ces artistes symbolisent cette jeune génération qui porte en elle avec fierté l’héritage de ses grands-parents et parents nés au Maroc. Par petites touches, en retraçant le portrait de ces artistes, c’est une mosaïque de l’identité marocaine plurielle qui se dessine, un véritable kaléidoscope d’expériences diverses de ceux qui rêvent, chantent, peignent et fantasment leur Maroc. Après Tinghir Jérusalem et avec le portrait de cette troisième génération en Israël, aux Etats Unis, au Canada et en France, se dessine soudain le rêve de recréer des ponts avec le Maroc.

Cliquez pour voir l’un des portraits d’une des artistes du film : Neta Elkayam.   https://vimeo.com/97469312

Le tournage du film se déroulera en six étapes que nous vous dévoilerons au fur et à mesure du roadmovie de juin à décembre 2015.

Pour ce premier appel à soutien, nous sollicitons votre participation pour les deux premières étapes de tournage qui auront lieu en juin et juillet 2015. Si nous obtenons plus, nous l’utiliserons pour les étapes suivantes du film.

Etape 1 : Tournage à Gibraltar – 4 jours du 15 au 20 juin 2015 Le World Music Festival de Gibraltar rend hommage au Maroc pluriel,et s’ouvrira par la projection du premier film de Kamal Hachkar. Ce territoire est le symbole d’une harmonie parfaite entre juifs et musulmans. Les artistes juifs et musulmans vont élaborer un spectacle autour de la « convivencia » ; un souk marocain sera reconstitué entre la synagogue et la mosquée.Dans la vieille ville, les échoppes juives et musulmanes cohabitent côte à côte. Entre les répétitions et les spectacles, les artistes parleront de leur rapport au Maroc, avec à l’horizon, le pays fantasmé, rêvé et source d’inspiration de leur art.

Etape 2 : Traversée en bateau de Tarifa à Tanger suivie par un voyage en forme de road movie de Tanger à Essaouira en passant par Casablanca, Rabat, Marrakech et Tinghir avec deux artistes de Jérusalem partis en quête de leurs racines pour les confronter avec la réalité du Maroc, avec des juifs jamais partis ou déjà revenus, des artistes musulmans qui continuent de perpétuer cet héritage commun. Neta Elkayam et Amit Haï Cohen diront leur rêve de collaborer avec des artistes musulmans.

présentation de "Tinghir Jérusalem les échos du Mellah" aux lycéens de Casablanca

présentation de « Tinghir Jérusalem les échos du Mellah » aux lycéens de Casablanca

When Muslim and Jews from Morocco reweave ties of conviviality                                                through art

 BACK TO TINGHIR: RETURN TO THE NATIVE LAND (working title) By Kamal Hachkar

In his first film, « Tinghir-Jerusalem, echoes from the Mellah » (2011), filmmaker Kamal Hachkar told the story of the Jewish community of Tinghir, Morocco, who, after having been rooted there for centuries, left in the 1950s and 1960s to emigrate to Israel. Hachkar, a Muslim Berber (Amazigh) born in Tinghir, moved as a child with his family to France. Returning to Tinghir every summer to visit his family, he was told the stories of his hometown, and of the Jews of Tinghir by his grandfather and grandmother, and the other elders in town. In his award-winning documentary which retraces the lost history of this Jewish community, Hachkar embarked on a journey of discovery, encountering colorful characters along the way, both in Morocco and in Israel, whose voices, songs and stories powerfully resonate, evoking the contours of a common culture, shared by both Jews and Muslims. (http://icarusfilms.com/new2014/jer.html)

For his second film, Kamal Hachkar continues to explore this multifaceted memory, through the portrait of the third generation of Jewish and Muslim artists who keep alive this common heritage and celebrate the plurality of Moroccan identities. This film faces the fatality and irreversibility of history that separated our parents from one another, and opens paths to those who today are committed to reverse this historical narrative, to rebuild bridges and reweave ties of conviviality, and to write a new chapter recreating togetherness and a sense of continued and shared destiny.

Synopsis :

« Return of the Native Land » is the portrait of the third generation of Moroccan Jews and Muslims who continue to perpetuate a common heritage through the arts – music, painting, writing. What is the Native Land? How to wrestle with the idea that we cannot live where our roots once were? Can these artists find in the Arab-Berber culture answers to the questions they have about their identity? Their dream is to return and walk in the footsteps of their families and live for a while in Morocco to hone their craft and obtain Moroccan citizenship. It is for them a way to repair the wounds of exile: these artists symbolize this young generation that carries with them the proud heritage of their grandparents and parents born in Morocco. Little by little, tracing a portrait of these artists, the film will unveil a mosaic of plural Moroccan identities that is emerging, a kaleidoscope of diverse experiences of those who dream, sing, paint and fantasize their Morocco. After Tinghir-Jerusalem : echoes from the mellah, and with the portrait of this third generation in Israel in the United States in Canada, or in France, suddenly the dream to recreate bridges with Morocco, takes shape and becomes reality.

https://vimeo.com/116755158 in english

Shooting phases :

The film will be shot in six phases, from June to December 2015. We will unveil each phase one after the next, throughout the journey. For this first fundraising campaign, we are asking you to contribute to the first two phases, which will unfold in June and July 2015. If our fundraising efforts are successful and we obtain more than needed for these first two phases, the surplus will be used for the next steps.

Phase 1 :  Gibraltar, June 15-20 (5 days) Gibraltar World Music Festival celebrates the cultural plurality of Morocco. The festival opens with the screening of Tinghir-Jerusalem, my first film. Gibraltar is a symbol of perfect harmony between Jews and Muslims. Jewish and Muslim artists will present a performance built around the concept of convivencia – with a Moroccan souk reconstituted between the synagogue and the mosque, in the old city, where the shops of Jewish and Muslim merchants coexist next to each other. Between the rehearsals and the performance, we will interview the artists about their relationship with Morocco, in the horizon, as a land between dream and reality, and a source of inspiration for their art.

 Phase 2: Road movie in Morocco, July 20-30 (10 days) Two artists, Neta and Amit, from Jerusalem are embarking on a journey, a quest of their roots, along a road movie taking them through Tarifa, Tangiers. Rabat, Casablanca, Marrakech, Essaouira, Tinghir and other towns and villages in the High Atlas. Facing the reality of Morocco, meeting other Jews, some of whom have returned, some of whom have never left, meeting Muslim artists who continue to keep alive their common heritage. Neta and Amit’s dream is to collaborate with Muslim musicians.

Risques et défis

En ces temps de replis communautaires, il est utile de rappeler l’importance de nos identités hybrides, multiples et complexes. Ces artistes sont des corps politiques en puissance qui défient les dissensions, qui complexifient les appartenances identitaires. Ils sont juifs, arabes, berbères, musulmans, américains, canadiens, français, israéliens mais ce qui les unit est leur marocanité profonde.

Faisons revivre ensemble ces quelques fragments, recréons ces liens entre les nouvelles générations juives et musulmanes. Faisons connaître ces moments de territoires en partage au plus grand nombre, au-delà des clichés pour un jour aspirer « à de nouvelles Andalousies  « recommencées ». Je compte sur Vous

Kamal Hachkar

En savoir plus sur la notion de responsabilité sur Kickstarter

FAQ

Une question ? Si les informations ci-dessus ne suffisent pas, vous pouvez contacter le créateur du projet directement.

 
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Publié par le juillet 17, 2015 dans civilisation

 

Communiqué des étudiant communistes à propos du 14 juillet

le 14 juillet 2015
Les faits récents, nous obligent en tant qu’étudiants communistes à réagir. Nous nous saisissons de cette date symbolique qu’est le 14 juillet jour de fête nationale pour le faire, car la réponse au référendum grec nous montre qu’il reste encore bien des Bastilles à prendre.

 

Le 14 juillet 1789, nos pères prirent la Bastille des mains des monarchistes, cet « air de liberté » aller permettre la naissance de notre République. C’est ainsi que les opprimés de l’époque (paysans, artisans, bourgeois, militaires…) prirent les armes contre leurs oppresseurs (aristocrates, monarchistes et clercs). Or, même si nous savons que cette Révolution ne s’est pas toujours écrite à l’avantage des classes populaires notamment après l’installation au pouvoir de la bourgeoisie la plus aisée, qui n’a pas hésité à assassiner les amis et défenseurs du peuple qu’étaient Marat, Robespierre ou encore Saint-Just. Elle reste un des plus beaux exemples, de ce que le peuple peut réaliser : l’accomplissement de ce que certains ont considéré à l’époque comme une utopie.
Aujourd’hui, nous sommes donc le 14 Juillet 2015 et de tout cela que reste t-il à célébrer ?

Cette année, ce 14 juillet marque l’anniversaire d’un des symboles de la Libération, puisqu’il qu’il y a 70 ans après quatre ans d’occupation c’est en nation libre et souveraine que la France célébrait sa fête nationale. Libéré des armées allemandes, le peuple français pouvait de nouveau scander sa devise révolutionnaire : « Liberté, Egalité, Fraternité » et pouvait porter fièrement le drapeau bleu,blanc,rouge, symbole du pouvoir du peuple sur le pays.

Cette période devait graver la nécessité pour les peuples de disposer de leur souveraineté nationale et populaire. C’est du reste, aussi cette volonté portée par le Conseil National de la Résistance, qui étaient au cœur des réclamations des Algériens massacrés à Sétif.

 

Au delà de ça, les acquis de la Révolution et de la Libération semblent bien loin. D’abord, l’aspect populaire de cette célébration  en est aujourd’hui gommé non pas par le défilé militaire comme certains pourrait le prétendre, mais bel et bien par la parade de nos dirigeants et de leurs invités. Cette année, notre président a ainsi convié son homologue mexicain, le président Enrique Peña Nieto, celui-la même qui sous la tutelle des réseaux mafieux et du gouvernement États-uniens viole les droits de son peuple, à l’image de la tragique disparition de 43 de nos camarades étudiants mexicains.

Il en va de même pour les acquis de la Libération, alors qu’il y a 70 ans le CNR proclamait la nécessité de rendre au peuple leur souveraineté, aujourd’hui on nous impose une Union Européenne, qui s’assure de son espace vitale par le canon -pensons à l’Ukraine ou a la Lybie-, par autoritarisme -n’oublions pas le non de 2005- et l’hégémonie intellectuelle du libéralisme. Le dossier brûlant de la Grèce en est encore la preuve, outre le fait que le parti progressiste Syriza avait déjà cédé à l’austérité qu’on lui sommer d’imposer à son peuple, voici que certains membres de l’Eurogroupe voulait faire payer les grecs de leur affront en ayant par la voie de la démocratie osé exercer leur souveraineté. Les dirigeants allemands en tête de file, ont-ils sans doute oublié bien vite que malgré leurs crimes de 1945, les grecques avaient eux accepter d’annuler la dette allemande en 1953, moins de dix ans après la fin de la guerre.

Mais la situation grecque a aussi pour mérite de ne plus laisser aucune place aux doutes: l’Union européenne est bel et bien intrinsèquement capitaliste, et ne prévoit aucune place pour la démocratie. En son sein, une politique au profit du peuple plutôt qu’à celui des entreprises semble dès alors impossible. Cette Union Européenne et cet Euro sont et resteront, jusqu’à ce que les peuples souverains les abattent comme jadis les privilèges et la monarchie, les armes du libéralisme financier.

 

Nous étudiants communistes engageons toutes nos forces dans la lutte contre le capitalisme, d’abord en s’opposant aux mesures austéritaires imposées aux étudiants européens, ces mesures ne visant juste qu’à renforcer une lutte des classes ou seul  « l’élite » aurait accès au savoir.

Mais aussi, nous exigeons des droits pour les étudiants, comme un salaire étudiant, afin de faciliter l’accès à des formations de qualité pour ceux qui seront les travailleurs de demain.

 

Bonne fête nationale à tous !

 
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Publié par le juillet 14, 2015 dans civilisation, Europe, histoire

 

le peuple français est cartésien… Il ne comprendra rien à votre vertueuse position

je lis ici et là que François Asensi et M.G.Buffet vont voter contre le plan scélérat signé à Bruxelles … On ne peut pas s’associer à l’étrangement d’un peuple. Surtout si le peuple français est déjà plus ou moins logé à l’enseigne de l’austérité pour complaire aux tyrans de l’Eurogroupe. C’est bien, c’est mieux que Chassaigne qui lui considère que c’est un plan désastreux, mais qu’il va le voter, ou Pierre Laurent qui le présente comme une victoire de Tsipras (1)… Asensi et M.G.BUffet adoptent la position de Mélenchon, mais je leur ferai la même remarque en forme d’interrogation: oui ou non, cette condamnation s’assortira-t-elle d’une condamnation de l’euro et de la dénonciation de ce carcan monétaire?

Parce que si c’est pour s’opposer vertueusement aux conséquences sans prétendre toucher aux causes, le peuple français qui est cartésien pensera que ce n’est pas logique et il aura raison. Face à ce qui peut lui apparaître comme des propos vagues donc politiciens, l’abstention sera un refuge ou pire il y a ceux qui dévoieront leur légitime refus de cette tyrannie.

Danielle Bleitrach

(1) Pierre Laurent restera devant  l’Histoire l’immortel auteur de ce diagnostic: «  »si un accord est signé, c’est grâce au courage d’Alexis Tsipras »

 
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Publié par le juillet 14, 2015 dans civilisation, Europe

 

« Jamais je ne pourrai voter et légitimer le contenu de l’accord »

13 juillet par Zoe Konstantopoulou

Discours de Zoé Konstantopoulou, présidente du parlement grec, sur le projet soumis par le gouvernement aux créanciers le 11/07/2015

Mesdames et messieurs, chers collègues,

En de pareils instants, nous devons agir et parler avec sincérité institutionnelle et courage politique.

Nous devons assumer chacune et chacun la responsabilité qui nous revient.

Protéger, comme notre conscience nous y oblige, les causes justes et les droits sacrés, inviolables et non négociables de notre peuple et de notre société.

Sauvegarder l’héritage de ceux qui ont donné leur vie et leur liberté pour que nous vivions aujourd’hui libres.

Préserver l’héritage des nouvelles générations et celles à venir ainsi que la civilisation humaine, de même que ces valeurs inaliénables qui caractérisent et donnent un sens à notre existence individuelle et collective.

La façon dont chacun choisit de décider et d’agir peut varier, mais personne n’a le droit de se moquer, de dégrader, de dénigrer ou d’utiliser à une fin politique les décisions qui sont issues d’un processus et d’une épreuve qui touchent au cœur de notre existence.

Nous toutes et tous sommes et serons jugés au regard de notre attitude et de nos décisions, de nos oui et de nos non, de nos actes et de nos omissions, de notre cohérence, de nos résistances, de notre abnégation et de notre désintéressement.

Depuis cinq mois, le Gouvernement, qui a comme tronc la Gauche et comme noyau les forces anti-mémorandum, livre un combat inégal dans des conditions d’asphyxie et de chantage contre une Europe qui a trahi les objectifs inscrits dans ses statuts, à savoir le bien-être des peuples et des sociétés, une Europe qui utilise la monnaie commune, l’euro, non pas comme moyen d’atteindre le bien-être social, mais comme levier et instrument d’assujettissement et d’humiliation des peuples et des gouvernements rebelles, une Europe qui est en train de se transformer en une prison cauchemardesque pour ses peuples alors qu’elle a été construite pour être leur maison hospitalière commune.

Le peuple grec a confié à ce Gouvernement la grande cause de sa libération des chaînes du mémorandum, de l’étau de la mise sous tutelle et de la mise sous surveillance qui a été imposée à la société sous le prétexte de la dette  une dette illégale, illégitime, odieuse et insoutenable, dont la nature, comme l’ont démontré les conclusions préliminaires de la Commission pour la Vérité de la Dette Publique, était déjà connue par les créanciers depuis 2010.

Une dette qui n’a pas surgi comme un phénomène météorologique, mais qui a été créée par les gouvernements précédents avec des contrats entachés de corruption, avec des commissions, des pots-de-vin, des clauses léonines et des taux d’intérêt astronomiques dont ont tiré bénéfice des banques et des compagnies étrangères.

Une dette que la Troïka  en accord avec les précédents gouvernements, a transformé frauduleusement de dette privée en dette publique, sauvant ainsi les banques françaises et allemandes mais aussi les banques privées grecques, condamnant le peuple grec à vivre dans des conditions de crise humanitaire, et en mobilisant et rétribuant pour ce faire les organes de la corruption médiatique chargés de terroriser et tromper les citoyens.

Cette dette, que ni le peuple ni le gouvernement actuel n’ont ni créé et gonflé, est utilisée depuis cinq ans comme instrument d’asservissement du peuple par des forces qui agissent à l’intérieur de l’Europe dans le cadre d’un totalitarisme économique.

Au mépris de la morale et du droit, l’Allemagne n’a pas acquitté jusqu’à aujourd’hui ses dettes à la petite Grèce résistante dont l’histoire reconnaît l’attitude héroïque. Des dettes qui dépassent la dette publique grecque et représentent un montant de 340 milliards d’euros selon les calculs modérés de la Commission de la Cour des Comptes qui a été créée par le gouvernement précédent, quand la prétendue dette publique grecque a été chiffrée à 325 milliards d’euros. L’Allemagne a bénéficié du plus grand effacement de dette après la Seconde Guerre Mondiale afin qu’elle se remette sur pied, avec le concours généreux de la Grèce. Or, c’est cette même Allemagne qui a accordé sa protection à des responsables d’entreprises coupables d’actes de corruption avec les précédents gouvernements et leurs partis politiques, comme Siemens, et elle les a protégés en les soustrayant à la justice grecque.

Pourtant, l’Allemagne se comporte comme si l’Histoire et le peuple grec avaient des dettes envers elle, comme si elle voulait prendre sa revanche historique pour ses atrocités, en appliquant et en imposant une politique qui constitue un crime non seulement envers le peuple grec, mais aussi un crime contre l’humanité, au sens pénal du terme car il s’agit ici d’une agression systématique et de grande envergure a contre une population avec l’objectif bien prémédité de produire sa destruction partielle ou totale.

Et malheureusement, alors qu’ils devraient se montrer à la hauteur de leurs responsabilités et du moment historique, des gouvernements et des institutions se rendent complices de cette agression.

Mesdames et messieurs, chers collègues,

Soumettre le peuple et le gouvernement à des conditions d’asphyxie et à la menace d’une violente faillite, par la création artificielle et préméditée des conditions d’une catastrophe humanitaire, constitue une violation directe de toutes les conventions internationales qui protègent les droits de l’Homme, de la Charte de l’ONU, des Conventions Européennes, mais aussi des Statuts mêmes de la Cour Pénale Internationale.

Le chantage n’est pas une fatalité. Et la création et la mise en place de conditions dont le but est de supprimer le libre arbitre, ne permet à personne de parler de liberté de « choix ».

Les créanciers font du chantage sur le gouvernement. Ils agissent frauduleusement alors qu’ils savaient depuis 2010 que la dette n’était pas soutenable. Ils agissent consciemment, puisqu’ils reconnaissent dans leurs déclarations la nécessité de l’octroi d’une aide humanitaire à la Grèce. Une aide humanitaire pour quelle raison ? Pour une catastrophe naturelle imprévue et inattendue ? Un séisme imprévu, une inondation, un incendie ?

Non. Une aide humanitaire qui est la conséquence de leur choix conscient et calculé de priver le peuple de ses moyens de subsistance, en fermant le robinet des liquidités, en représailles à la décision démocratique du Gouvernement et du Parlement d’organiser un référendum et donner la parole au peuple pour qu’il décide lui-même de son avenir.

Le peuple grec a honoré le Gouvernement qui lui a fait confiance ainsi que le Parlement qui lui a donné le droit de prendre sa vie et son destin entre ses mains. Il a dit un NON courageux et fier,

NON aux chantages,

NON aux ultimatums,

NON aux memoranda de l’assujettissement,

NON au paiement d’une dette qu’il n’a pas créé et dont il n’est pas responsable,

NON à des nouvelles mesures de misère et de soumission,

Ce NON, les créanciers persistent obstinément à vouloir le transformer en OUI, avec la complicité perfide de ceux qui sont responsables de ces memoranda et qui en ont tiré profit, ceux qui ont créé la dette.

Ce NON du peuple nous dépasse toutes et tous et nous oblige à défendre son droit à lutter pour sa vie, lutter pour ne pas vivre une vie à moitié ou une vie servile, pour être fier de tout ce qu’il va laisser à ses successeurs et à l’humanité.

Le Gouvernement est aujourd’hui objet d’un chantage afin de lui faire accepter tout ce qu’il ne veut pas, qui n’émane pas de lui et qu’il combat. Le Premier Ministre a parlé avec sincérité, courage, franchise et désintéressement. Il est le plus jeune Premier Ministre et il est aussi celui qui a lutté comme aucun de ses prédécesseurs pour les droits démocratiques et sociaux du peuple et des nouvelles générations, qui a représenté et représente notre génération et lui donne espoir. Je l’honore et je continuerai toujours de l’honorer pour son attitude et ses choix. Et en même temps, je considère de ma responsabilité institutionnelle, en tant que Présidente du Parlement, de ne pas fermer les yeux et feindre ne pas comprendre le chantage. Jamais je ne pourrai voter et légitimer le contenu de l’accord et je crois que la même chose vaut et vaudra pour le Premier Ministre, qui est aujourd’hui l’objet d’un chantage utilisant l’arme de la survie de ce peuple. Je crois que la même chose vaut pour le Gouvernement et les groupes parlementaires qui le soutiennent.

Ma responsabilité envers l’histoire dans cette institution, je l’assume en répondant « présente » au débat et au vote d’aujourd’hui. Je considère ainsi que je suis plus utile au peuple, au Gouvernement et au Premier Ministre, aux générations futures et aux sociétés européennes, en exposant au grand jour les véritables conditions dans lesquelles le parlement est appelé à prendre des décisions et en refusant le chantage, au nom de l’alinéa 4 de l’article 120 de la Constitution.

Le peuple grec est le deuxième à subir une telle agression à l’intérieur de la zone euro. Il a été précédé par Chypre en mars 2013.

La tentative d’imposer des mesures que le peuple a rejetées par référendum, en utilisant le chantage de la fermeture des banques et la menace de la faillite, constitue une violation brutale de la Constitution et qui prive le Parlement des pouvoirs que lui attribue cette même Constitution.

Chacun et chacune a le droit et a le devoir de résister. Aucune résistance dans l’histoire n’a été facile. Cependant, nous avons demandé le vote et la confiance du peuple pour affronter les difficultés et c’est face à ces difficultés que nous devons maintenant réussir. Et sans avoir peur.

Traduction : Yorgos Mitralias relue par Patrick Saurin


Auteur

Zoe Konstantopoulou avocate et femme politique grecque. Députée du parti de la gauche radicale Syriza, qui a gagné les élections législatives du 25 janvier 2015 en Grèce, a été élue le 6 février 2015 présidente du parlement. Elle est, à trente-huit ans, la plus jeune présidente de la Vouli et la deuxième femme seulement à exercer cette fonction.

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Publié par le juillet 14, 2015 dans actualités, civilisation, Europe

 

QUI SOUTENEZ-VOUS EXACTEMENT ? par Yannis Youlountas

A) TSIPRAS QUI S’OBSTINE À VOULOIR SIGNER LE MÉMORANDUM « HOLLANDE », AU PRIX DE SACRIFICES INNACCEPTABLES ?

B) SYRIZA QUI RISQUE D’EXPLOSER, SI CE MÉMORANDUM EST SIGNÉ, EN VOYANT S’ÉLOIGNER SES MEILLEURS ÉLÉMENTS AU PROFIT DES ANCIENS DU PASOK ?
C) LE PEUPLE GREC QUI A DIT OXI À 61% ET QUI DIT MAINTENANT OXI À CE MÉMORANDUM À 79% ?

Tsipras est actuellement mené en bateau par trois types ennemis :
1- la troïka qui secoue sous ses yeux une liasse de billets empoisonnés, comme une gourde d’eau devant un assoiffé.
2- Hollande, Sapin et Moscovoci qui font croire à leur soutien, à grand renfort de médias dominants et de mise en scène, alors qu’ils sont les pires ennemis de Syriza et qu’ils l’ont déjà montré en soutenant la droite grecque contre Syriza en mai 2012 et en janvier 2015.
3- Certains de ses conseillers et ministres qui sont des anciens responsables du Pasok, qui ont même, parfois, travaillé pour la commission européenne et qui soutiennent cette option en poussant, eux aussi, Tsipras vers l’austérité et les privatisations.

Ce soir, si le sommet des chefs d’états de la zone euro confirme la décision des ministres des finances de l’eurogroupe, Alexis Tsipras aura jusqu’à mercredi pour faire voter des lois et des réformes profondément impopulaires, condition préalable à l’ouverture de négociations sur un nouveau plan d’aide, déjà surnommé mémorandum « Hollande ». Trois types de mesures :
1 – adoption de lois.
2 – conditions dures sur les réformes du marché du travail, des retraites et de la TVA
3 – mise en place de nombreuses privatisations.
Ce paquet de mesures très impopulaires devra être approuvé par le gouvernement et par le parlement grecs, avant toute autre négociation.

CE SOIR OU DEMAIN, VOUS VOULEZ SOUTENIR TSIPRAS ? TRÈS BIEN. MAIS VOUS VOULEZ LE SOUTENIR POUR FAIRE QUOI ?
A) DANS SON OBSTINATION À SIGNER LE MÉMORANDUM « HOLLANDE » ?
B) OU BIEN EN L’ALERTANT SUR LA NÉCESSITÉ, AU CONTRAIRE, DE NE PAS SIGNER CE PROJET IMPOPULAIRE, QUI NE ROMPT PAS AVEC LES GOUVERNANCES PRÉCÉDENTES ET QUI SECRÈTE LA CONVERSION DE SON MOUVEMENT POLITIQUE À L’IDÉOLOGIE DOMINANTE ?

Dites à vos camarades et, pour certains, à vos partis, d’arrêter de soutenir la démarche de Sapin, Hollande, Moscovici et Junker. C’est un piège, une grave erreur politique. Ne croyez pas le théâtre médiatique en France et à Belgique.

La France ne vient pas à la rescousse de la Grèce.

C’EST TOUT LE CONTRAIRE : LA MANŒUVRE DES DIRIGEANTS DU PS FRANÇAIS EST EN TRAIN DE POUSSER L’AILE DROITE DE SYRIZA, NOTAMMENT DES ANCIENS DU PASOK (DONT CERTAINS QUI ONT TRAVAILLÉ À BRUXELLES) SUR LE DEVANT DE LA SCÈNE POUR FAIRE LA MÊME POLITIQUE QU’EN FRANCE ET SE RECOMPOSER AVEC DES LIBÉRAUX.

Les soutiens les plus emblématiques de Tsipras s’éloignent les uns après les autres : économistes (Milios, Lapavitsas…), philosophes (Stathis Kouvelakis), résistants au nazisme (Glézos) et à la dictature des Colonels (Lafazanis, Papachristos…), avocats anti-corruption (Zoé Konstantopoulou, la présidente du parlement qui portait l’audit de la dette avec Eric Toussaint et le cadtm). Les meilleurs sont sur le départ et ce n’est malheureusement pas fini.

Ne tombez pas dans le piège. Il est temps d’arrêter tout cela. Pour la dignité. Pour la liberté. Pour toutes celles et ceux qui ont écrit ou prononcé ce mot avec nous, partout dans le monde, le 5 juillet 2015. Pour refuser le piège en nous rappelant celui de 2005 en France, une fois de plus, avec la majorité du peuple grec, disons OXI.

OXI à la soumission politique.

OXI à l’austérité économique et sociale.

OXI à la privatisation du bien commun.

Monsieur François Hollande, le OXI n’est pas à vendre. Gardez votre mémorandum et votre politique : nous n’en voulons plus ni en Grèce, ni en France.

Yannis Youlountas

L’un des sondages qui confirme la profonde impopularité de ce projet de mémorandum (79% des Grecs sont contre et 74% considèrent qu’il est en contradiction avec le OXI).

 
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Publié par le juillet 13, 2015 dans cinema, civilisation, Europe

 

Yánis Varoufákis, Jon Elster. Grèce, faites vos jeux… Rien ne va plus ?

 peut-être les intellectuels vont-ils se réveiller de leur torpeur nombriliste? Ce qui est sur c’est que ce qui se passe aujourd’hui en Europe invite à d’autres types de positionnement dans lesquels nous sommes plongés disons depuis les « nouveaux philosophes », une attitude de charognards dans laquelle une morale de l’attitude a remplace toute attitude morale, parce l’ego  de l’intellectuel a prétendu prendre la place des peuples et des exploités. Il y a un rôle à jouer:  partout se développe le mépris de la démocratie que l’on confond avec des pitreries. Il faut empêcher ce mépris de la démocratie et des valeurs, mais pour cela il faut retrouver le lien avec les exploités.  (note de Danielle Bleitrach)

Jon Elster en 2015 (haut) par © Paolo Verzone / Agence Vu pour PM et Yánis Varoufákis (bas) (cc) Wikimedia Commons / SkriptaTV

Face à la crise de la dette, Athènes et l’Europe balancent entre deux options, la coopération ou la défection. Cette alternative est aussi au cœur de la théorie des jeux, spécialité de Yánis Varoufákis, ministre grec des Finances. Il a accepté de converser avec le philosophe Jon Elster, qu’il lit et admire depuis longtemps. Au-delà de la raison économique, ils mesurent ensemble le poids des émotions et de l’Histoire.

Jon Elster

Ce philosophe norvégien francophile est professeur émérite à l’université de Columbia de New York et au Collège de France. Il s’est fait connaître par une critique aussi rigoureuse que malicieuse des axiomes de base de la théorie économique – la rationalité et l’intéressement des acteurs. Il est notamment l’auteur du Traité critique de l’homme économique (tome 1 : Le Désintéressement, Seuil, 2009 ; tome 2 : L’Irrationalité, Seuil, 2010).

Yánis Varoufákis

Professeur d’économie à l’université d’Athènes, professeur détaché de l’université du Texas et ancien consultant de l’entreprise de jeux vidéo Valve Corporation, il a été nommé ministre des Finances du gouvernement d’Alexis Tsípras en janvier dernier. Spécialiste de la théorie des jeux, il pense, contre la tendance dominante, que la coopération est plus payante à long terme que le chacun pour soi. Son ouvrage, Le Minotaure planétaire, un essai passionnant sur la crise du capitalisme mondial, vient d’être traduit aux Éditions du Cercle.

Publié dans

n°89

23/04/2015

Alors que la nuit tombe sur l’Acropole, j’arpente les ruelles du quartier de Pláka en direction de la place Syntagma où se font face le bâtiment néoclassique du Parlement grec et la tour moderne du ministère des Finances. J’ai rendez-vous avec le ministre Yánis Varoufákis. Brillant économiste et spécialiste de la « théorie des jeux », il a accepté d’avoir une conversation téléphonique avec le philosophe de l’économie Jon Elster, qui se trouve à New York. À Athènes, les stigmates de la crise sont visibles : dans certains jardins, des jeunes ont dressé des tentes et cultivent des potagers de fortune ; aux terrasses des cafés, des personnes âgées proposent des paquets de mouchoirs contre quelques euros ; à l’entrée du ministère, une installation porte la trace de la mobilisation des cinq cents femmes de ménage qui officiaient là-bas avant d’être licenciées sous la pression de la troïka, puis réintégrées. L’une d’elles, d’origine bulgare, a même été élue députée européenne. De l’avis unanime, tout se passe comme si, dans sa confrontation avec l’abîme – faillite collective, sortie de l’euro, chômage de masse et précarité généralisée –, la Grèce était en train d’inventer une nouvelle manière de faire de la politique, en rupture avec les usages d’une caste qui négociait les suffrages du peuple contre des privilèges. Mais tous les Grecs sont déchirés entre l’exigence de réduire leur dette et celle de rester dans l’Europe, le besoin de mettre fin à l’austérité qui étrangle la population et la promesse de restaurer leur dignité. Les Grecs ont-ils intérêt à coopérer avec les Européens ? En ont-ils les moyens ? Ou doivent-ils jouer la carte de la défection ? Quant aux Européens, ont-ils raison de pousser les Grecs dans leurs retranchements ? Après deux heures d’une discussion passionnante où il a été autant question d’histoire, de morale et de stratégie que d’économie, Yánis Varoufákis me saisit le bras : « Vu la situation, on va me reprocher de perdre mon temps à parler avec des philosophes. Mais j’aime tellement cela. Ils y voient plus clair. » En sortant du ministère des Finances, je rejoins les flancs du Parthénon, où il y a deux mille cinq cents ans, un certain Solon forgeait les premières institutions démocratiques… et annulait les dettes des classes populaires. L’Histoire se répétera-t-elle ?

 

Yánis Varoufákis : Je ne suis pas un politicien professionnel. J’ai été un théoricien de l’économie toute ma vie, ma spécialité est la théorie des jeux. Je suis entré en politique il y a deux mois et demi. Je me définis comme un « marxiste erratique » dans la mesure où je considère qu’en conférant à sa théorie le statut d’une science de la société et de l’histoire, Marx porte une responsabilité dans l’autoritarisme d’une partie de la gauche. Mais je reste convaincu qu’il a livré l’une des visions les plus pénétrantes du capitalisme. Chaque fois que je regarde par la fenêtre, je suis confronté aux contradictions qu’il a pointées.

 

Jon Elster : Je me présenterais plutôt comme un marxiste « fané ». Mon marxisme a même « fané avant d’avoir pu fleurir ». J’ai grandi en Norvège. Mon père était le porte-parole du parti travailliste. Quand je suis venu à Paris, j’ai rédigé une thèse sur Marx avec Raymond Aron pour savoir si j’étais marxiste, et j’ai découvert que je ne l’étais pas. Je suis devenu marxologue. Depuis, je réfléchis sur le choix rationnel qui suppose que la raison et l’intérêt gouvernent nos choix. J’ai développé une critique interne de cette vision de l’homme « rationnel et intéressé » qui ne correspond pas à la manière dont les individus se comportent dans la vie, ni à leurs motivations. C’est pourquoi je suis curieux de savoir ce qui a motivé un universitaire tel que vous à s’engager en politique ?

 

Y. F. : Quand on est marxiste, n’est-on pas nécessairement engagé en politique ? Ma famille est le résultat de la guerre civile qui a déchiré la Grèce. Mon père a grandi au Caire où il a reçu une éducation française… Voltaire, Rousseau, Robespierre – son idole. Il a migré en Grèce en 1946, juste avant que la guerre civile ne redémarre. Suite à un conflit avec la direction de l’université sur les droits d’inscription, les services secrets l’ont capturé et lui ont demandé de signer un document où il dénonçait le communisme. Son refus lui a valu de passer trois ans et demi dans un camp. À sa fermeture, en 1951, il est retourné à l’université où il a rencontré ma mère. Elle avait rejoint une organisation fasciste. Son boulot ? Surveiller mon père. Et me voilà ! (Rires.) Avec le temps, ils ont appris à être plus tempérés dans leurs engagements, mais lorsqu’un conflit surgissait, ma mère lançait à mon père : « Espèce de foutu communiste ! » Et mon père répondait : « Sale fasciste ! » Tout cela pour dire que ma conscience politique a été précoce.

 

J. E. : Mais comment vous êtes-vous retrouvé chez Syriza, vous qui êtes comme moi un universitaire éloigné de la vie politique ?

 

Y. V. : En 2008, après l’effondrement de Wall Street, l’économie grecque fut la première à s’écrouler. J’ai alors acquis la conviction que les plans de sauvetage débouchaient sur une impasse. Face à la menace de faillite des banques, l’Europe a réalisé le plus grand prêt de l’Histoire – sous condition d’austérité. Cela ne peut pas marcher. Si vous vous mettez sur le dos le plus grand prêt de l’Histoire, dans un contexte de revenus en baisse, vous vous condamnez à répéter l’expérience des années 1930. Très vite, les nations s’affrontent et les extrêmes surgissent. Comme je considérais que les réponses apportées n’étaient pas les bonnes, je suis entré en politique.

 

J. E. : Je m’intéresse de près à la crise européenne, mais je ne suis pas économiste. L’économie financière m’apparaît comme un mélange inextricable d’économie, de psychologie et de politique – ce qui la rend impossible à comprendre.

 

Y. V. : Vous prétendez ne pas être économiste ? Permettez-moi de ne pas être d’accord ! Je vous lis depuis longtemps. J’ai encore en tête les critiques imparables que vous formulez, dans Ulysses and the Sirens [« Ulysse et les sirènes », 1984, non traduit], contre l’inconsistance du principe de maximisation de l’utilité. Quiconque a écrit un tel texte n’a pas le droit de prétendre qu’il n’est pas économiste et qu’il ne comprend rien à la finance !

 

« Dans la crise grecque, l’influence des émotions liées à la mémoire historique me frappe »

Jon Elster

J. E. : Je m’intéresse au rôle des émotions dans le comportement des individus. Dans la crise grecque, l’influence des émotions liées à la mémoire historique me frappe. Les Allemands n’oublieront jamais l’hyperinflation des années 1920, et les Grecs les atrocités commises par les Allemands pendant l’occupation. Ces mémoires douloureuses ont produit des émotions, voire des obsessions, dont il est très difficile de se débarrasser pour parvenir à un bon accord. Les émotions induisent les individus et les peuples à penser et à se conduire de manière irrationnelle. Elles affectent à la fois la capacité d’évaluer les risques et le degré d’aversion au risque.

 

Y. V. : Ce n’est pas à cause de l’hyperinflation que le nazisme a gagné dans les années 1930, mais à cause du chômage de masse. Dès 1931-1932, l’hyperinflation avait été vaincue, le Reichsmark remplacé et les prix stabilisés, alors que le parti nazi ne dépassait pas les 10 % aux élections. Hjalmar Schacht a alors mis en place sa politique d’austérité qui a fait exploser le chômage et les nazis ont remporté des victoires électorales. Du côté grec, je ne crois pas non plus que nous soyons obsédés par l’occupation. Face aux Allemands, c’est notre dignité que nous défendons.

 

J. E. : Mais n’est-ce pas vous qui avez remis à l’ordre du jour dans les négociations le prêt imposé par les Allemands aux Grecs pendant l’occupation ?

 

Y. V. : C’est un cas unique dans toute la Seconde Guerre mondiale… Il existe un document fascinant à la Banque centrale de Grèce, rédigé et signé par l’armée allemande. Ils ont pris une énorme somme d’argent pour financer les dépenses de l’occupation. Avant de partir, ils ont laissé un contrat signé où ils s’engageaient à rendre cet argent et précisaient à quel taux – il n’y a que les Allemands pour faire une chose pareille ! Ce contrat, nous l’avons encore. Je ne demande pas que les Allemands remboursent l’intégralité. Mais si madame Merkel voulait venir à la Banque centrale d’Athènes et nous donner un euro symbolique en lieu et place de cette dette, ce serait déjà bien.

 

J. E. : Nous sommes en présence de deux contes moraux. L’un dit que les Allemands devraient se conformer à leur promesse de l’occupation, l’autre que les Grecs devraient payer la totalité de leur dette.

 

Y. V. : Échangeons un euro pour un euro. Ou un pour vingt. Ce qui compte, c’est que cela fasse l’objet d’un règlement. Quand le gouvernement allemand soutient que les réparations de guerre ont été réglées, je demande : quand ? par qui ? La dette, rétorquent-ils, a été effacée lors de la réunification allemande. Légalement, ce n’est pas vrai. Dans les années 1950 et 1960, les Allemands affirmaient : « Nous ne paierons pas avant que les deux Allemagne ne soient réunifiées. Il n’y a pas de raison que l’Ouest paie pour l’Est. » En 1991, au moment de la réunification, la Grèce a été exclue des tables de négociations. Et rien n’a été payé.

 

J. E. : Il faut éviter de moraliser les enjeux.

 

« Quand on me dit que mes dettes sont sacro-saintes et que les dettes des autres ont été effacées, cela ne passe pas  »

Yánis Varoufákis

Y. V. : Je suis contre la moralisation, en particulier en ce qui concerne la dette. C’est non éthique. Et non économique. Mais quand on me dit que mes dettes sont sacro-saintes et que les dettes des autres ont été effacées, parce qu’ils l’ont décidé de manière unilatérale, cela ne passe pas.

 

J. E. : Il faudrait aussi arrêter de laisser le passé contaminer le présent.

 

Y. V. : Mais je ne crois pas qu’il faille se débarrasser de la mémoire historique.

 

J. E. : Aucune des deux parties ne devrait exiger le respect absolu des contrats passés.

 

Y. V. : Sur ce point, je rejoins Hannah Arendt. Dès lors que, au moins un Allemand est mort à Auschwitz, le peuple allemand ne peut être considéré comme collectivement responsable du nazisme. De même, tant qu’il y a un Grec honnête, le peuple grec ne peut pas être stigmatisé comme une bande de fainéants et de profiteurs. Je suis prêt à distinguer les responsabilités, à dissocier passé et présent. Mais mes interlocuteurs ne cessent de me dire : une dette est une dette. Si c’est le cas, alors, une dette est une dette pour tous.

 

J. E. : Dans les années 1920, Keynes écrivait : « Faire des contribuables les esclaves des détenteurs d’obligations, c’est le début de la révolution. » Son affirmation est plus que jamais d’actualité.

 

Y. V. : C’est ce que j’appelle « l’économie biblique ». Quand mes interlocuteurs pointent le doigt sur nous, je leur rappelle que pour chaque emprunteur irresponsable, il y a un prêteur irresponsable.

 

« La question de la responsabilité est essentielle. Qui est à blâmer? »

Jon Elster

J. E. : La question de la responsabilité est essentielle. Qui est à blâmer ? D’abord ceux qui ont accepté que la Grèce entre dans l’Eurozone avant d’entreprendre des réformes structurelles. Les fonctionnaires de Bruxelles savaient que l’économie grecque était un panier percé. Ils l’ont intégrée en connaissance de cause au nom de l’Europe et de la démocratie. Ensuite, le gouvernement socialiste de Papandréou savait lui aussi que son pays était un panier percé, mais ils avaient leurs clients à servir et ils y sont allés en toute inconscience. Lors d’un séjour à Athènes, mon fils s’est fait mordre le mollet par un chien errant. Nous nous sommes rendus aux urgences et j’ai constaté que le soupçon du panier percé n’était pas un mythe !

 

Y. V. : Qui est à blâmer ? Remontons à l’origine de la crise. Que s’est-il passé en Europe dans les années 2000 ? Après avoir lié leurs monnaies, les économies européennes ont développé une frénésie de prêts abusifs. Les banques françaises et allemandes sont venues dans les pays déficitaires du nord et du sud de l’Europe. Elles cherchaient des firmes, des gouvernements locaux, sur qui elles pourraient déverser des liquidités. Ces prêts étaient ensuite découpés en petits morceaux, assemblés en subtils lots financiers et revendus. L’idée étant que si vous les déversiez un peu partout, le risque s’annulait. Cela a abouti, en 2008, à la crise des subprimes. Quand ces emprunts ont mal tourné, ceux qui en avaient profité ont été mis en faillite. Le « sauvetage grec » a surtout servi à cela. Sur les 240 milliards que l’État grec a alors empruntés, 91 % a sauvé des banques. Les responsables de cette frénésie d’emprunts ont été « sauvés » via cet emprunt et des taxes nouvelles touchant des citoyens qui, eux, n’avaient rien emprunté. Ceux qui n’avaient jamais touché à la boîte de Pandore ont payé.

 

J. E. : Pourquoi est-ce la Grèce qui a été sacrifiée ?

 

« Surgit alors le mot de “dette” (Schuld) qui, en allemand, signifie faute, péché… et dette »

Yánis Varoufákis

Y. V. : Imaginons que la Grèce n’ait pas intégré l’Eurozone en 2000, cela serait tombé sur l’Irlande ou sur le Portugal. Le problème vient d’une union monétaire qui a été mal configurée entre des pays déficitaires et des pays autosuffisants. Comment fonctionne une telle union ? L’Allemagne vend des voitures à la Grèce, la Grèce achète des voitures à l’Allemagne, d’où une balance commerciale déficitaire. Les profits réalisés en Allemagne par BMW sont investis en Grèce. Comme cette dernière n’a pas d’industrie automobile, l’argent va dans l’immobilier et alimente une bulle. Puis survient la crise de 2008. Les pays déficitaires se retrouvent avec des dettes insolvables. Les banques allemandes forcent les contribuables allemands à prêter aux Grecs pour qu’ils puisent rembourser les banques allemandes. Surgit alors le mot de « dette » (Schuld) qui, en allemand, signifie faute, péché… et dette.

 

J. E. : Le problème est d’autant plus insoluble que la dévaluation est exclue…

 

Y. V. : … bien entendu. Même les libertariens américains sont d’accord avec moi sur ce point. Face à une crise de ce type, la solution libérale c’est : liquider. Mais la Grèce ne possède pas sa propre monnaie, donc vous pouvez liquider – et c’est ce qu’on a fait : les revenus ont chuté de 46 % et nous avons perdu près de 25 % de notre force de travail en chômage et en migration de masse –, mais si votre monnaie appartient à une banque étrangère et que, au même moment, vos dettes sont dans cette monnaie-là, le processus de dévaluation interne n’aide pas ! Vos revenus rétrécissent, mais pas vos dettes !

 

J. E. : Si le poids de toutes ces erreurs successives a frappé la Grèce, n’est-ce pas aussi parce que les Grecs se sont comportés de manière irresponsable ? Les élites n’ont-elles pas entretenu l’illusion d’une croissance artificielle ?

 

Y. V. : Elles ont vraiment cru que les « vices privés contribuent à la vertu publique » pour citer Mandeville et sa Fable des abeilles [1714]. Plutôt que de taxer le capital et de gérer le conflit entre travail et capital, ils ont estimé qu’il suffisait de lâcher la bride à la finance.

 

J. E. : Je voudrais vous interroger sur la théorie des jeux, dont vous êtes un spécialiste. C’est une formidable boîte à outils pour comprendre la structure de l’interaction sociale, mais a posteriori, une fois que l’action a eu lieu. Par contre, il me semble dangereux de l’utiliser pour prédire le comportement des acteurs.

 

Y. V. : Votre travail critique a beaucoup compté pour moi. Car la théorie des jeux révèle les limites de la rationalité que les économistes prêtent aux acteurs. Nous sommes des êtres sociaux : les croyances dites de second degré – qui intègrent le point de vue de l’autre sur moi – ont un impact décisif. Dès le moment où vous élaborez des croyances sur ce que votre interlocuteur pense, les choses peuvent s’emballer : vous essayez de deviner les croyances que l’autre forme concernant la manière dont vous allez agir – la Grèce qui essaie de deviner ce que l’Allemagne croit que la Grèce va faire –, mais plus encore les croyances morales sur ce que les autres croient que vous devriez faire – la Grèce qui essaie de deviner quelles sont les attentes morales des Européens sur la dette. Si vous intégrez les croyances de second degré, vous devenez dépendant de ce jeu d’anticipations mutuelles.

 

J. E. : Je ne crois pas qu’il faille pousser le calcul des anticipations et la réflexion sur les croyances trop loin, car cela peut paralyser l’action… S’il fallait se référer à l’un des scénarios formalisés par la théorie des jeux, quel serait celui qui s’appliquerait le mieux à la Grèce ? Certains ont invoqué le « dilemme du prisonnier », d’autres celui de la « poule mouillée » [lire encadré].

 

Y. V. : Ces scénarios sont non coopératifs, alors que l’Europe est censée fonctionner sur la base de la coopération. Dans un jeu coopératif, nous avons la possibilité de parvenir à des accords contraignants, de parler librement. Dans un jeu non coopératif comme le dilemme du prisonnier, on ne se parle pas : on ne peut choisir qu’entre coopération et défection. En Europe, j’essaie de convaincre mes interlocuteurs que nous sommes dans un jeu coopératif et non dans un jeu fermé. Nous n’avons plus le droit de bluffer. Quand je dis que nous finirons par sortir de l’euro, si nous devons accepter de nouvelles mesures d’austérité insoutenables, ce n’est pas du bluff.

 

J. E. : Que pensez-vous du rapprochement entre les négociations sur la dette et le jeu dit de la « poule mouillée », dont l’essence est justement le bluff ?

 

Y. V. : Dans ce scénario, deux automobilistes – disons la troïka et mon gouvernement – avancent l’un vers l’autre. Le premier qui déviera est gagnant – il évite l’accident –, mais il gagne moins que celui qui a le courage d’affronter le risque de l’accident. Pour nous, dévier signifierait accepter les nouvelles mesures d’austé­rité, s’humilier en jetant notre programme anti-austérité. Pour la troïka, dévier signifierait nous laisser nous en sortir sans imposer davantage d’austérité. J’aime bien évoquer Jean Monnet. Selon lui, si l’on s’assoit l’un en face de l’autre à une table, en se fixant dans le blanc des yeux et en récitant une série d’arguments déjà préparés, les chances de parvenir à un accord sont minces. Tandis que si l’on s’assoit du même côté de la table et que l’on place le problème de l’autre côté, les chances de se mettre d’accord sont grandes. Dans le jeu, les joueurs ont une seule et même motivation ; or, tout l’intérêt de la démocratie et de l’union entre démocraties tient à ce que les motivations soient malléables. La raison et l’argumentation doivent pouvoir infléchir les motivations pour les faire s’aligner, plutôt que de les traiter comme si elles étaient inamovibles. Voilà pourquoi je préfère laisser la théorie des jeux de côté.

 

J. E. : Il y a deux obstacles types à l’application de la théorie des jeux. L’indétermination et l’irrationalité. Or il me semble que les acteurs sont moins rationnels qu’ils ne veulent bien l’admettre.

 

Y. V. : J’ajouterais qu’il peut même y avoir un intérêt à feindre l’irrationalité. Si un acteur fait semblant assez longtemps et de façon convaincante, il y aura une probabilité positive que l’autre le voie comme irrationnel. On peut donc considérer qu’il n’est pas irrationnel de faire semblant de l’être…

 

« En Europe, j’ai l’impression que tout le monde continue de bluffer un peu »

Jon Elster

J. E. : En Europe, j’ai l’impression que tout le monde continue de bluffer un peu. Ou, disons, que chaque partie est de mauvaise foi… Les Européens continuent de dire aux Grecs qu’ils doivent maintenir l’austérité, alors qu’ils savent qu’elle ne fonctionne pas. Et les Grecs font comme si il ne leur manquait qu’un peu de temps. Donc ils se mentent à eux-mêmes.

 

Y. V. : Les Européens ne pensent pas tous de la même façon. La plupart ont pris conscience que l’austérité est un remède pire que le mal et que ce qui est arrivé à la Grèce risque de leur arriver. Ils ne font d’ailleurs plus confiance à leur gouvernement. Les Grecs ne se mentent pas à eux-mêmes, ils disent : « nous essaierons de rembourser autant que possible, mais, pour cela, nous demandons une restructuration de la dette ».

 

J. E. : Si l’on en vient sur le terrain des solutions, je crois que la meilleure issue serait que la Grèce accepte de faire défaut pour cinq ans, le temps d’entamer des réformes structurelles, comme la dérégulation d’une partie du marché du travail.

 

« Je préfère parler de restructuration plutôt que d’effacement de la dette »

Yánis Varoufákis

Y. V. : Je préfère parler de restructuration plutôt que d’effacement de la dette. C’est quelque chose que font les banques à longueur de journée. Historiquement, le capitalisme n’aurait pas connu un tel essor sans les sociétés à responsabilité limitée. Si votre entreprise fait faillite, vous payez ce que vous pouvez avec les fonds de l’entreprise, mais vos enfants ont encore un toit.

 

J. E. : J’ai un ami chinois, désormais célèbre professeur dans son pays, qui a écrit une dissertation pour l’université de Chicago, où il explique que le capitalisme, comme le socialisme, est fondé sur des contraintes budgétaires adoucies, au premier rang desquelles figure le principe de la faillite…

 

Y. V. : Prenez les deux versions de Faust, celle de Marlowe et celle de Goethe. La différence entre les deux ? Dans la seconde, la dette de Faust [envers Méphistophélès] peut être annulée. Que s’est-il passé entre les deux ? Le protestantisme, qui a rendu possible le capitalisme et l’effacement des dettes. Même si les Allemands n’aiment pas qu’on le leur rappelle, leur miracle économique n’aurait jamais eu lieu si, en 1953, un « dictateur » bienveillant nommé États-Unis n’avait pas effacé la moitié de leur dette ! Les Américains étaient-ils des êtres bienveillants ? Non, ils ont compris que, pour que leur projet d’après-guerre fonctionne, il fallait qu’il y ait un pilier industriel au centre de l’Europe.

 

J. E. : Mais l’effacement est-il suffisant ?

 

Y. V. : Non. Il faut deux choses : effacer les dettes qu’on ne peut pas rembourser et trouver une façon d’attirer les investissements, ainsi que Roosevelt l’a fait avec le New Deal. J’ai officiellement appelé à la mise en place d’un plan de ce type à l’échelle européenne qui pourrait s’appeler le « plan Merkel ».

 

« L’Europe tend à considérer qu’elle est en droit d’exercer sur la Grèce une dictature bienveillante »

Jon Elster

J. E. : Certains considèrent qu’il faut aller plus loin et envisager la sortie de la Grèce de la zone euro. Mais l’effet d’un « Grexit » [contraction de Grèce et d’exit] est totalement incertain. La question est donc : comment décider en situation d’incertitude ? Je me sens incapable de répondre. Mais je crois qu’il faut s’y confronter.

 

Y. V. : Mes interlocuteurs me disent : « L’Europe a fait son introspection, le problème grec a été circonscrit, la contagion sera donc évitée, on peut envisager une sortie de l’euro sans craindre pour le système. » Ma réponse est double. D’abord, cela signifie que l’enjeu du sauvetage était bien de sauver les banques françaises et allemandes, et non la Grèce. Maintenant qu’elles ont été renflouées, on peut nous jeter hors du système. Ensuite, le « Grexit » est une hypothèse hautement indéterminée. Comme le disait Hegel, les lois de l’indétermination sont elles-mêmes indéterminées. Quiconque prétend savoir ce qui se passera le jour où l’on nous poussera par-dessus la falaise raconte des sornettes et travaille contre l’Europe.

 

J. E. : Ce qui est difficile, politiquement, c’est que la solution n’apparaisse pas comme une solution imposée, mais choisie. L’Europe tend à considérer qu’elle est en droit d’exercer sur la Grèce une dictature bienveillante.

 

Y. V. : Passe pour la dictature, si elle est vraiment bienveillante. Le problème c’est que le remède de l’austérité n’est pas thérapeutique mais toxique. Au-delà de la leçon économique, il y a une leçon politique à tirer de cet échec. Dès l’instant où la dictature pointe son nez, que ce soit celle de la troïka ou celle du prolétariat, vous vous retrouvez dans une situation où les moyens (dictatoriaux) affectent la fin (éventuellement bénéfique) que vous poursuivez.

 

J. E. : Revenons aux thérapies bénéfiques. Certains objectent que la solution dite du « haircut », de la « coupe de cheveux », soit l’effacement de 50 % de la dette grecque serait efficace, mais ils s’y opposent au nom du « hasard moral » : en prenant en charge les dommages d’une personne ou d’une institution, vous encouragez tous les autres à avoir le même comportement risqué, à se sentir couverts. À l’instar d’un automobiliste qui serait incité à prendre des risques puisqu’il a une assurance qui couvre tous les dégâts qu’il peut causer. En l’occurrence, si la Grèce bénéficiait d’un effacement, ce serait une incitation pour les autres États à ne plus être vertueux dans l’équilibre de leurs comptes. Cela dit, je crois que le risque doit être couru.

 

Y. V. : Il ne s’agit pas de donner à l’État grec un deal qui serait refusé aux autres, mais de proposer une solution structurelle qui profite à tout le monde. En 1993, Jacques Delors, alors président de la Commission européenne, était conscient de la difficulté d’une union monétaire sans union politique. Il a rédigé un rapport blanc proposant de créer des euro-obligations. L’un de mes amis était présent quand Delors a soumis cette proposition à Mitterrand. Après l’avoir écouté, Mitterrand lui a répondu : « Jacques, je suis d’accord avec votre constat et la nécessité de votre remède, cependant Helmut [Kohl] et moi n’avons pas assez d’autorité politique pour aller au-delà de l’union monétaire. Mais quand dans dix ou vingt ans il y aura une crise très profonde, le succès de notre entreprise dépendra de votre remède ou alors c’est toute l’entreprise européenne qui s’effondrera. » Nous y sommes.

 

J. E. : Il y a un acteur que nous n’avons pas encore évoqué : le peuple grec. Or le gouvernement grec est face à un dilemme. La question est de savoir s’il y a un niveau possible de concessions suffisamment haut pour satisfaire l’Union européenne et suffisamment bas pour satisfaire l’électorat grec. Si ce n’est pas possible, l’issue logique serait de nouvelles élections et peut-être la victoire de l’extrême droite. Le seul espoir est qu’il y ait une ouverture possible pour des réformes capables de satisfaire ces deux contraintes.

 

Y. V. : Passer des accords avec nos partenaires européens afin d’augmenter nos chances d’êtres réélus ne nous intéresse pas. Notre ligne rouge est claire : nous voulons que l’accord, s’il a lieu, satisfasse trois critères. D’abord stopper le cycle de déflation de la dette – autrement dit, arrêter de mettre plus de gens à la rue. Ensuite, restaurer notre dignité – c’est-à-dire mener à bien nos projets de réforme sans être envahis par une armée de technocrates. Enfin, mettre fin à la « kleptocratie » qui domine la Grèce. Nous pouvons faire des compromis importants, mais nous ne nous compromettrons pas au point de renoncer à ces trois exigences.

 

J. E. : En plus de la « kleptocratie », il y a la structure corporatiste de nombreuses professions grecques, telles que les pharmaciens, les notaires, les chauffeurs de taxi. Ne devriez-vous pas lutter contre le corporatisme ?

 

Y. V. : Plutôt que de viser les petites gens, je préférerais viser les cartels du pétrole ou les chaînes de télévision qui ne payent pas un centime à l’État grec pour utiliser les fréquences nationales. Si vous viviez ici, Jon, vous ne pointeriez du doigt ni les pharmaciens ni les chauffeurs de taxi.

 

J. E. : Qu’en est-il alors du cliché selon lequel la Grèce est incapable de collecter ses impôts ? Pensez-vous que des réformes fiscales ou politiques soient nécessaires ?

 

Y. V. : Absolument. Nous avons un vaste programme de réformes et nous aimerions vraiment pouvoir le mettre en place. Et croyez-moi, depuis deux mois, je m’y attelle jour et nuit.

 

J. E. : Pour conclure, je voudrais vous dire combien c’est réjouissant de vous savoir ministre des Finances. J’ai pris un réel plaisir à échanger avec vous, alors que j’avais craint de marcher sur des œufs. Toute ma carrière, j’ai eu l’impression d’être un semi-professionnel dans ce que j’ai accompli. Or, ce soir je parle avec le ministre grec des Finances, un professionnel, mais encore une fois en tant que semi-professionnel. C’est sans doute mon destin…

 

Y. V. : Sauf que vous parlez à quelqu’un qui a encore plus d’estime pour vous que vous n’en avez pour lui. Dans la préface de l’un de vos ouvrages, vous écrivez que vous êtes « à l’intersection de nombreuses failles ». C’est une formule que j’ai souvent reprise dans mes discours.

 

J. E. : Je vous la cède volontiers. Elle convient parfaitement à la situation qui est la vôtre.

 

La théorie des jeux selon Jon Elster

La théorie des jeux est une modélisation de l’interaction sociale destinée à comprendre comment, dans une situation donnée, l’action optimale d’un agent dépend des anticipations qu’il forme sur le comportement d’un autre. Quatre grands scénarios se distinguent :

1. La bataille des sexes

Un homme et une femme veulent sortir ensemble, mais ils ont oublié l’activité qu’ils ont prévu de faire et ne peuvent communiquer. L’homme préfère le football, la femme l’opéra. Que faire ? Soit chacun choisit son activité préférée, et ils ne sont pas ensemble (0 / 0), soit l’un choisit l’activité de l’autre pour être ensemble (1 / 2 ou 2 / 1), mais il ne maximise pas sa préférence.

2. Le dilemme du prisonnier

Deux prisonniers ne pouvant communiquer ont le choix entre trois attitudes : A dénonce B (et A est libre tandis que B écope d’une peine de dix ans) ; A et B se dénoncent mutuellement (et ils écopent de cinq ans) ; A et B refusent de se dénoncer (et écopent de cinq mois). Alors qu’ils auraient intérêt à coopérer, chacun tend à trahir l’autre, dans la crainte d’être trahi. C’est le seul jeu où il n’y a qu’un seul équilibre, celui d’une double défection (1 / 1).

3. Le jeu de la poule mouillée

Deux voitures avancent en sens contraire sur une route à une seule voie. Celui qui dévie évite l’accident mais gagne moins que celui qui prend le risque de l’accident et est sauvé par l’autre (3 / 1 et 1 / 3).

4. Le jeu de l’assurance

Deux États pensent à vacciner leurs citoyens. Si l’un ne les vaccine pas, mieux vaut que l’autre ne le fasse pas non plus, étant donné le coût de la vaccination. Sont-ils donc incités à faire vacciner leur population ?

 

Matrices des gains

Les matrices de gain représentent les gains de chacun en fonction de son choix et de celui de l’autre. Plus le chiffre est élevé, plus cette situation est préférable pour l’agent. Une paire d’équilibre (les chiffres en bleu) est constituée par des choix optimaux l’un contre l’autre. Une grande leçon de la théorie des jeux est que ce qui est optimal pour deux personnes (donc pour la collectivité) souvent ne coïncide pas avec ce qui est rationnel individuellement. Une autre est que dans un jeu à plusieurs équilibres le choix rationnel des agents peut être indéterminé.

C : coopération / D : défection

Dans chaque case, le premier chiffre est le gain pour l’agent qui choisit verticalement, et le second gain pour celui qui choisit horizontalement. Ainsi, dans le dilemme du prisonnier, il est dans l’intérêt de chaque agent de choisir D, quoi que l’autre fasse. Dans le jeu de l’assurance, il est dans l’intérêt de chacun de choisir C, si et seulement si l’autre en fait autant. Dans la poule mouillée, il est dans l’intérêt de chacun de choisir C, si et seulement si l’autre ne le fait pas. Dans la bataille des sexes, il peut y avoir plusieurs stratégies coopératives.

 
 
 
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