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Archives de Catégorie: CINEMA

LE LINCEUL DE JEAN-PHILIPPE SMET par Olivier Robens

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Lelouch qui continue à filmer et Macron à macroniser.dans les endeuillés.

c’est un jeune homme qui m’a proposé ce texte qui a le mérite de ré-ouvrir les débats sur l’art tels qu’ils se sont développés à partir des écrits de Lukacs, de Walter benjamin, de l’école de Francfort, une période fructueuse et où déjà pourtant comme dans la notre qui comme dans le roman de kracauer (genest) rayonne d’une lumière claire, légère et terrible. pas de pacifisme, pas de communisme, mais l’apologie élaborée d’un monde décomposé dans la conscience de la mort. Walter Benjamin se croyant reconnu se suicidera à la frontière, une de plus. Pour les autres, Brecht en tête, c’est l’exil aux Etats-Unis  où ils découvrent que tout ce qu’ils croyaient être en situation de combattre en Allemagne était ici franchement admis ici, y compris se vendre tous les matins, le fascisme ici n’avait pas besoin de s’imposer dans sa forme guerrière, il était déjà là, il avait pris les consciences sans une seule bataille de rues, sans parades, sans avoir besoin de parodier le socialisme dans une esthétique de la guerre, dans les industries culturelles avec au centre Hoolywood, le spectacle et la création comme dans un Steven Spielberg  de plus en plus épuisé dans sa grande machine à effets spéciaux démocratiques. Quelle bataille intellectuelle est encore possible?  A propos de l’étrange parade de la mort de Johnny, cette défunte et puissante Amérique en terre de France, que reste-t-il de notre peuple, de sa classe ouvrière, dont plus on s’éloignait des centres, plus l’atmosphère jadis devenait politique, il y a la proposition de deux lectures, celle de l’humaniste, d’un marxisme des lumières et celle d’une radicalité brechtienne, celle de Walter Benjamin auquel il est fait directement référence sur la reproductibilité de l’oeuvre d’art, le cinéma, le disque, la marchandisation, le spectacle qui prime sur la création et pour « l’élite » un académisme. C’est à partir de ce genre de réflexions que l’on a envie, moi du moins de reprendre le débat autour du réalisme socialiste parce qu’il nous redonne les concepts pour en comprendre les enjeux, hier et aujourd’hui. (note de Danielle Bleitrach)

(réponse à un article de Francis Combes et Patricia Latour[1])

 

L’émotion publique suscitée par le décès de Johnny a suscité en vidéo et par écrit divers commentaires de progressistes. Les thèmes évoqués faisant écho à des analyses auxquelles je me suis livré pour rédiger un ouvrage à paraître très prochainement, je me permets d’intervenir à mon tour.

 

Patricia Latour et Francis Combes se réclament explicitement d’un marxisme qu’ils inscrivent dans la continuité des lumières. Toutefois, le matérialisme dialectique place la culture dans l’espace des superstructures, à la fois comme une dimension inséparable de l’humanisation et comme un reflet des pratiques sociales. Le marxisme ne saurait en effet concevoir ni nature humaine ni pure production de l’esprit se développant indépendamment des conditions dans lesquelles se déroule la reproduction sociale. Remettant en cause la philosophie antérieure (et peut-être même toute philosophie), le matérialisme dialectique nie donc que « la culture (soit) ce qui s’oppose à l’état de nature et permet à l’homme de progresser ». L’ensemble des activités humaines s’oppose à l’état de nature, non que l’être humain ait cessé de s’insérer dans une totalité biologique mais parce qu’ils se dote de moyens sociaux (et Marx ne cesse d’insister sur cette socialisation croissante) pour assurer la reproduction de ses conditions d’existence. Si le concept de culture peut avoir un sens dans la Weltanschauung marxiste, son appréhension théorique requiert qu’il soit  isolé au sein des activités sociales. Il ne peut s’incarner que dans deux types de pratiques: la transmission des savoirs (et notamment du « thesaurus des oeuvres de l’esprit ») et une activité artistique. Les deux peuvent être plus ou moins liées faisant converger la culture et de l’enseignement. Les auteurs se réclament de cette conception par le truchement d’une citation de Cicéron.

 

Peut être « une ruse de l’histoire pour occidentaliser tous les peuples »[2] le marxisme propose une vision ordonnée du monde qui ne place ni les rapports économiques ni la science dans les systèmes symboliques[3]….

 

Patricia Latour et Francis Combes me semblent confondre deux problématiques: celle de la hiérachie des expressions culturelles et celle de la place sociale de l’art et notamment des productions artistiques en cours.

 

La notion de « relativisme culturel » s’avère ambigüe. Elle peut qualifier deux approches qui se succèdent historiquement et ne sont pas de même nature. Avant même les anthropologues, les cubistes et les surréalistes ont contesté la supériorité des expressions et des cultures « civilisées » sur les pratiques des peuples « sauvages ». Cette remise en cause plonge ses racines dans le 18° siècle éclairé des Voltaire, Montesquieu et Rousseau. Paradoxalement, l’analyse raisonnable du développement humain ne peut se concevoir que comme la prise en compte d’un potentiel de choix civilisationnels alternatifs. La mémoire orale des papous n’est pas moins un trésor de l’humanité que la Joconde, voila qui est aujourd’hui reconnu et ne devrait pas poser problème.

 

Un autre « relativisme culturel » prétend trouver ses racines chez Bourdieu. L’auteur de « La Distinction proclamait, certes que : « nos goûts ne sont jamais que les dégoûts des goûts des autres ». Prendre cette expression au pied de la lettre amène à méconnaître la distance qui sépare une approche sociologique d’une approche esthétique. Elle tend a assimiler reconnaissance sociale par la diffusion commerciale et « valeur artistique ».

 

Cette problématique n’a rien d’inédit. La reconnaissance sociale n’implique pas celle de la postérité. Delille, Lemercier, Leconte de Lisle, Léon Dierckx et même Gide… nombreux sont les créateurs qui en ont fait les frais. Est-ce à dire que cette reconnaissance contemporaine se présente aujourd’hui sous les mêmes traits que par exemple, à la « Belle époque »? La réponse est évidemment négative pour deux raisons:

–  la culture n’est plus « un processus d’auto-éducation, qui nous permet de progresser ». Après Rimbaud , qui, rappelons-le, voulait « se faire nègre », au sens que cette expression pouvait avoir vers 1870, des créateurs majeurs refusent d’ailleurs depuis longtemps cette logique,

– les produits culturels sont aujourd’hui reproductibles ce qui permettra aux générations futures d’accéder aux oeuvres de celui qui n’était qu' »interprète et comédien ». En ce sens oui, le « spectacle prime sur la création » mais, pour rendre à Walter Benjamin l’hommage qui lui est dû, ne peut on dire aussi que les interprétations datées acquièrent, à l’aune du temps qui passe, une certaine aura?

 

Benjamin, toujours lui, évoque le rôle des oeuvres comme support d’un culte athée au sens étymologique de ce terme. Les (flasques) queues devant les expositions d’oeuvres impressionnistes semblent corroborer cette vision. Mais au bout de combien de décennies pourra-t’on constater cette érection en objet de reconnaissance sociale?

 

Seul le concept de reproductibilité permet d’aborder utilement la conjoncture d’aujourd’hui et il doit se concilier avec un autre, celui d’académisme, une structuration particulièrement caractéristique du contexte français pour construire une « culture élitiste ». Celle-ci n’est plus l’objet privilégié de la « manipulation par l’Etat » et n’a plus rien à faire avec les « rituels qui permettent à la tribu de se rassembler ». Dans ces conditions, le pouvoir du capital a-t’il besoin de conserver une avant-garde? Comment construire une nouvelle alliance refusant la violence gratuite et l’instrumentalisation du sexe marchandisé?

 

Telles me semblent être les questions de l’heure.

 

[1] Mis en ligne sous le titre : « de Lévi-Strauss à Johnny » http://www.cerisesenligne.fr/article/?id=5822. A l’exception de celle de Pierre Bourdieu, toutes les citations entre guillemets du présent article ont été tirés de ce texte.

[2] Une analyse de la pensée de Lévi-Strauss et du rôle qu’elle a joué dans la conjoncture intellectuelle d’après-guerre excéderait à la fois ma connaissance de l’œuvre de cet auteur et les dimensions d’un bref article. On peut se reporter à l’excellent « Structuralisme et Dialectique » de Lucien Sève.

[3] La science utilise évidemment des symboles mais les relations scientifiques existent objectivement et indépendamment des symboles qui les expriment.

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The Guardian : La police de Moscou fait irruption dans un cinéma montrant La mort de Staline

 The Guardian n’en finit pas de s’étonner de ce que nous répétons depuis pas mal de temps, à savoir que Staline est un héros national dans l’ex-URSS. Comme Lénine qui est toujours l’objet d’une vénération populaire dans son mausolée. C’est une figure plus incontestée encore que Lénine puisque ce dernier est l’objet d’une polémique de la part des monarchistes qui l’accusent non seulement de la mise à mort de Nicolas II et sa famille, mais surtout d’avoir dépecé l’empire russe avec la création de Républiques autonomes. Les communistes répondent qu’il a au contraire sauvé le territoire que le Tsar était en train de vendre à l’occident et qui se délitait, il a créé les conditions d’une union volontaire basée sur la paix et l’amitié. Staline ne souffre pas de telles polémiques, il est celui qui a vaincu le nazisme mais aussi créé les conditions de la modernisation accélérée du pays. De toute manière pour les Russes, qu’il s’agisse de Lénine ou Staline, ce sont des personnages historiques, fondateurs de la nation et ils vivent les caricatures de l’occident les concernant comme une volonté de nuire. Poutine dont le grand père fut le cuisinier de Staline, le père un communiste, héros du siège de Léningrad, joue sur cette adhésion des Russes à leur passé historique. Il existe une minorité libérale pro-occidentale qui reprend la description de l’occident et qui de toute manière utilise les interdits pour revendiquer la démocratie. Les communistes, les véritables challengers de Poutine ne le contestent pas sur sa politique internationale, ni sur sa vision de Staline, mais sur les conséquences de son choix de l’oligarchie sur la vie des Russes, comme d’ailleurs la manière dont il pèse sur les élections. (note et traduction de Danielle Bleitrach)
 Les officiers interrogent le personnel du cinéma Pioner, qui défie l’interdiction des projections de cette comédie noire
La police au cinéma Pioner à Moscou vendredi.

La police russe armée a fait irruption à Moscou dans un cinéma d’art et d’essai qui a défié l’interdiction du gouvernement de projeter la sombre comédie d’Armando Iannucci, The Death of Stalin.

Six policiers et un certain nombre de fonctionnaires en civil sont arrivés au cinéma Pioner vendredi après la projection du film à la mi-journée, qui tourne autour des querelles intestines qui ont suivi la mort de Joseph Staline en 1953. Les officiers confirmaient seulement qu’ils menaient une enquête.

Les fonctionnaires en civil ont interrogé le personnel et recueilli des preuves que le film avait été montré. La direction de Pioner a refusé de commenter le raid, mais le personnel a insisté pour que d’autres projections du film se poursuivent.

Pioner a annoncé plus tard qu’il supprimait toutes les autres projections prévues pour des raisons indépendantes de sa volonté. Il a ajouté que toutes les autres questions devraient être adressées au ministère de la culture.

Le raid est intervenu quelques jours après que le ministère ait brusquement retiré sa permission pour la sortie du film à la veille de sa première nationale prévue le 25 janvier, après que des responsables gouvernementaux et des personnalités culturelles pro-Kremlin eurent assisté à une projection privée.

Le ministère a déclaré que tous les cinémas qui ont montré le film feraient face à des amendes et même une fermeture temporaire.

Une scène de La Mort de Staline.
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Une scène de La Mort de Staline. Photographie: Nicola Dove / EOne

Un comité consultatif du ministère a recommandé que le film soit reporté pour éviter de se heurter au 75ème anniversaire de la fin de la bataille de Stalingrad, un tournant décisif de la seconde guerre mondiale. Pavel Pozhigailo, membre du comité, a déclaré que le film insultait les «symboles historiques de la Russie – l’hymne soviétique, les ordres et les médailles» et l’a qualifié de «blasphématoire». Les fonctionnaires ont déclaré que le film serait examiné pour « extrémisme » dans les semaines à venir.

Oleg Berezin, le directeur de l’Association des propriétaires de cinéma, qui représente les cinémas indépendants en Russie, a déclaré que le retrait de la licence de distribution du film était illégal. « Il n’y a pas eu de décision de justice à ce sujet », a-t-il dit.

L’interdiction vient au milieu de la popularité renouvelée de Staline en Russie. Vladimir Poutine, le président russe, a déclaré l’année dernière que les pays occidentaux utilisaient la « démonisation excessive » de Staline pour attaquer la Russie. En juin, les Russes ont nommé Staline «la personne la plus remarquable» de l’histoire du monde dans un sondage réalisé par le Levada Center, une firme de sondage indépendante à Moscou.

L’interdiction a augmenté l’intérêt pour le film. Les billets pour sa course de 10 jours au Pioner se sont rapidement vendus après que le cinéma l’ait projeté pour la première fois jeudi soir.

« J’avais 13 ans quand Staline est mort et je me suis agenouillé et j’ai pleuré », a déclaré Oleg, 78 ans, qui a réussi à obtenir un ticket pour une projection le 30 janvier. « Ils nous ont appris que Staline était un dieu. Puis, plus tard, quand [Mikhaïl] Gorbatchev était au pouvoir, ils nous ont dit qu’il était un meurtrier et un destructeur de notre nation. Maintenant, ils nous disent à quel point il est génial. Je veux voir ce que ce directeur pense.  »

Les opinions divergeaient quant aux mérites du film parmi ceux qui avaient assisté à la projection de vendredi.

« Le film est assez bon. Mais la période de règne de Staline était beaucoup plus terrifiante que ce film ne le montre. Staline était encore en vie quand je suis né, et mes parents m’ont raconté plus tard tout ce qu’ils avaient vécu », a déclaré Yelena.

« Ce film se moque de mon pays », a déclaré Alexandre, un homme d’âge moyen. « C’est une vision occidentale déformée des années staliniennes. »

 

remarques incidentes… le temps long…

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il me reste peu de temps pour travailler, pour faire ce que j’estime utile réellement… Pourquoi le perdre dans un monde politicien sans perspective réelle ? Il me suffit de contempler ceux qui prétendent diriger mon pays, leurs vaniteuses prestations et la manière dont ils asphyxient, avec tout le contentement du monde, la majorité d’une population. Partout, de l’hôpital à la prison, en passant par tous les autres « services publics » c’est la débâcle organisée par des gens qui, pour eux mêmes, ont toutes les complaisances.

Et ce regard sur soi et sur les autres est celui que de niveau en niveau chacun jette sur celui qu’il estime plus bas que lui…

On s’est beaucoup gaussé de la manière dont des gens ont pris d’assaut un supermarché faisant promotion d’une pâte à tartiner, se moquant de gens qui n’avaient pas de goût, etc… mais qui s’est inquiété de savoir ce qui pouvait conduire des gens à se battre pour une gourmandise pour leurs enfants en économisant trois euros ? Certes cette pâte à tartiner est bourrée d’huile de palme,  mais c’est comme dans les dessins où on vous demande : qu’est-ce que vous voyez en premier le chasseur ou le crane? Moi ce que je vois en premier c’est la misère et la volonté de faire plaisir à ses enfants.

Une fulgurance,et l’on découvre sous le flot  des images et des sons, le silence de ceux que l’on ne voit jamais…

L’horizon est borné à cela, mais qui est en mesure de l’ouvrir à d’autres enjeux ?

J’ai vécu le temps des merveilles, vous et moi souvenez vous en ? Il était aisé en ce temps là de s’engager dans une aventure collective, de dire NOUS…

Il me reste encore la possibilité de penser ce Nous dans le temps long de l’histoire. Nous sommes dans une de ces periodes où rien ne reste plus passionnant que l’humanité et où pourtant a priori rien ne nous inspire la moindre estime pour ceux qui se débattent comme nous dans la médiocrité et la rudesse des temps actuels.

Donc le mieux est puisque j’ai la chance d’en avoir la possibilité de me sentir vivre dans ce temps long d’une histoire en train malgré tout de se faire.

danielle Bleitrach

 
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Publié par le janvier 27, 2018 dans CINEMA, HISTOIRE, mon journal

 

JV Staline: La discussion avec Sergei Eisenstein sur le film Ivan le Terrible

  1. Cette analyse correspond à celle que j’élabore dans 1917-2017, Staline, un tyran sanguinaire ou un héros national (Delga). En constatant la censure exercée sur la deuxième partie du film Ivan le Terrible, les commentateurs français ont dit n’importe quoi à savoir que Staline était choqué d’être identifié à Ivan le Terrible. C’est faux, Staline préfère être identifié à Ivan qui n’est pas pro-occidental qu’à Pierre le Grand ou Catherine la grande. Il plaide pour un connaissance historique autant que pour une compréhension de la nature du pouvoir. Il souhaite un cinéma qui fasse moins de film et mieux, pour élever le niveau de connaissance des citoyens. IL y a un texte (la réponse à Bill- Biélotserkovski en 1929) qui concerne le Théâtre qui pourrait utilement approfondir la réflexion sur le « réalisme socialiste » et l’art pour Staline. Mais ce qui est sur c’est que nous sommes loin du portrait de l’inculte brutal que l’on a tenté d’imposer, les remarques de jdanov sont nettement moins intelligentes que celles de Staline. On peut contester sa position et je suis prête à le faire, le réalisme ne signifie pas pour autant que l’art soit « vérité » et la part de l’imaginaire est constamment à l’oeuvre, mais il est impossible de la réduire aux stéréotypes politiciens  occidentaux Outre Staline et Einsestein, il y a présent Molotov, Jdanov  et Nikolai Tcherkassov qui est l’acteur qui incarne Ivan.Son interprétation à la hamlet est en cause. Ce dialogue contribue à mieux cerner les relations entre  le pouvoir et les artistes en ce temps de construction de l’Union soviétique aux lendemains  de la deuxième guerre mondiale, alors que la guerre froide menace y compris du feu nucléaire utilisé à Hiroshima (1945). Cela me fait souvenir de la phrase de Döblin : l’art est politique, il agit. C’est une position que partagent Dzigfa Vertov, Einsenstein et Staline, même si les choix et conséquences peuvent être critiqués, ils ne doivent pas être tronqués (note et traduction de danielle Bleitrach)

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L’une des conséquences de la campagne anti-Staline initiée par le PCUS en 1953 a été qu’un certain nombre de facettes des interventions de Staline sur les questions culturelles sont pratiquement inconnues dans le mouvement communiste. C’est un commentaire révélateur de cet état de choses que Paresh Dhar dans sa critique du livre d’Asok Chattopadhyaya Martiya Chirayat Bhabana – Silpa Sahitya Prasanga (en bengali) peut écrire que «ce qui est le plus frappant est que par un travail de recherche spécial, Asok a dévoilé Les nombreux engagements de Staline avec l’art et la littérature dont nous n’avions jamais entendu parler auparavant »( Frontier, 24 mai 1997).

Cette discussion a eu lieu entre Staline, Jdanov et Molotov de la direction politique du PCUS (b), et SM, Eisenstein et N. Cherkasov à la fin de février 1947. Elle faisait partie intégrante de la tentative par le parti bolchevik en l’après-guerre d’élever le niveau artistique de la culture soviétique et pour éliminer les faiblesses du contenu idéologique et politique. 1 Avant la discussion, le Comité Central du PCUS (b) avait pris, le 4 septembre 1946, une décision sur le film Des parties de la décision qui concernent Ivan le Terrible sont citées ici:

«Le fait est que beaucoup de nos principaux producteurs de cinéma – producteurs, réalisateurs et scénaristes – adoptent une attitude légère et irresponsable face à leurs devoirs et ne travaillent pas consciencieusement sur les films qu’ils produisent. Le principal défaut dans leur travail réside dans le défaut d’étude sur  le sujet … Le réalisateur  Eisenstein  trahit son  ignorance des faits historiques dans la deuxième série d’ Ivan Grozny, dépeignant l’armée progressiste d’Ivan Grozny, l’ oprichniki, comme une bande de dégénérés rappelant le Ku Klux américain Klan. Ivan Grozny, un homme de forte volonté et de caractère, est montré comme un faible mou, du  type d’ Hamlet …

«L’une des raisons fondamentales de la production de films insuffisants est le manque de connaissance du sujet et l’attitude légère des scénaristes et des producteurs dans leur travail.

Le Comité central constate que le ministère de la cinématographie, et surtout son chef, le camarade Bolchakov, exerce une surveillance insuffisante sur les studios de cinéma, les producteurs et les scénaristes, fait trop peu pour améliorer la qualité des films et dépense des sommes considérables sans  but utile. Les responsables du ministère de la cinématographie adoptent une attitude irresponsable vis-à-vis du travail qui leur est confié et sont indifférents au contenu idéologique et politique et aux mérites artistiques des films produits.

«Le Comité central est d’avis que le travail du Conseil des arts du ministère est mal organisé. Le conseil ne garantit pas une impartialité et une critique des films en vue de leur  production. Il prend souvent une attitude apolitique dans son jugement de film et accorde peu d’attention à leur contenu d’idée. Beaucoup de ses membres font preuve d’un manque de principe dans leur évaluation des films, leur jugement étant basé sur des relations personnelles et amicales avec les producteurs. L’absence de critique dans le cinéma et l’atmosphère étroite des cercles étriqués sont parmi les principales raisons de la production de films pauvres.

« Les travailleurs de l’art doivent comprendre que ceux qui continuent à adopter une attitude irresponsable et légère à l’égard de leur travail risquent fort de se retrouver hors de portée de l’art soviétique progressiste, car les exigences culturelles et les exigences du public soviétique se sont développées. Le gouvernement continuera à cultiver parmi les gens le bon goût et encouragera les demandes exigeantes sur les œuvres d’art. (Décisions du Comité central, PCUS (b) sur la littérature et l’art (946-1948),Moscou, 1951, pp. 26-28.)

1. Une critique antérieure des films d’Eisenstein (Strike, The Battleship Potemkin, octobre, et The General Line) a été publiée en 1931: I. Anissimov, «The Films of Eisenstein». Ceci a été réimprimé dans Bulletin International, 64-67, avril-juillet 1983, pp. 74-91. (En français).

 

Nous avons été convoqués au Kremlin vers 11 heures [Dans la soirée – Ed. ] A 10h50 nous avons atteint la réception. Exactement à 11 heures Poskrebyshev est venu nous escorter au cabinet.

Au fond de la pièce se trouvaient Staline, Molotov et Zhdanov.

Nous sommes entrés, nous avons échangés des salutations et nous nous sommes assis autour de la table.

Staline. Vous avez écrit une lettre. La réponse a été retardée un peu. Nous nous rencontrons en retard. J’ai d’abord pensé donner une réponse écrite, mais j’ai alors décidé que parler serait mieux. Comme je suis très occupé et que je n’ai pas le temps j’ai décidé de vous rencontrer ici après un long intervalle. J’ai reçu votre lettre en novembre.

Zhdanov. Vous l’avez reçu pendant que vous étiez à Sotchi.

Staline. Oui oui. À Sotchi. Qu’avez-vous décidé de faire avec le film?

Nous disons que nous avons divisé la deuxième partie du film en deux parties, dans laquelle la marche de Livonsky n’a pas été incluse. Il en résulte une disproportion entre les différentes parties du film. Il est donc nécessaire de corriger le film en éditant le matériel existant et de tourner principalement la marche de Livonsky.

Staline. Avez-vous étudié l’histoire?

Eisenstein. Plus ou moins.

Staline. Plus ou moins? Je suis aussi un peu familier avec l’histoire. Vous avez montré l’ oprichnina incorrectement. L’ oprichnina était l’armée du souverain. C’était différent de l’armée féodale qui combattait sous sa propre  bannière et pouvait quitter le champ de bataille à tout moment – l’armée régulière, l’armée progressiste a été formée. Vous avez montré cette oprichnina  d’une manière qui pourrait l’identifier au  Ku-Klux-Klan.

Eisenstein a alors fait remarquer que le Klan portent des capuchons blancs alors que nous en avons des noirs.

Molotov. Cela ne fait pas de différence majeure.

Staline. Votre tsar apparaît  indécis, il ressemble à Hamlet. Tout le monde le questionne sur ce qu’il faut faire, et il ne prend aucune décision …Le  Tsar Ivan était un grand et sage dirigeant, et s’il est comparé à Louis XI (vous avez lu la manière dont   Louis XI a préparé l’absolutisme pour Louis XIV), alors Ivan le Terrible est au pinacle. La sagesse d’Ivan le Terrible consiste en ceci  : il a regardé les choses du point de vue national et n’a pas permis aux étrangers  de prendre pied dans son pays, il l’a barricadé à  l’entrée de l’influence étrangère. En montrant Ivan le Terrible de cette manière, vous avez commis une déviation et une erreur. Pierre le Grand  était aussi un grand dirigeant, mais il était extrêmement libéral envers les étrangers, il leur ouvrit la porte et permit l’influence étrangère dans le pays et permit la germanisation de la Russie. Catherine l’a permis encore plus. Et plus loin. La cour d’Alexandre I était-elle vraiment al russe? La Cour de Nicolaus I était-elle un russe? Non, ils étaient des  allemands.

La contribution la plus remarquable d’Ivan le Terrible fut qu’il fut le premier à introduire le monopole gouvernemental du commerce extérieur. Ivan le Terrible était le premier et Lénine était le deuxième.

Zhdanov. L’ Ivan le Terrible d’Eisenstein apparaît comme un névrosé.

Molotov. En général, l’accent a été mis sur le psychologisme, un stress excessif a été mis sur les contradictions psychologiques internes et les émotions personnelles.

Staline. Il est nécessaire de montrer la figure historique dans le style correct. Par exemple, il n’était pas correct que dans la première série Ivan le Terrible ait embrassé sa femme si longtemps. À cette période, ce n’était pas permis.

Zhdanov. Le film est fait dans le style byzantin mais là aussi cela n’apparait pas.

Molotov. La deuxième série est très restreinte dans les dômes et les voûtes, il n’y a pas d’air frais, pas de perspective sur le peuple sur  Moscou, elle ne montre pas les gens. On peut montrer des conversations, des répressions mais pas ceci.

Staline. Ivan le Terrible était extrêmement cruel. Il est possible de montrer pourquoi il devait être cruel.

L’une des erreurs d’Ivan le Terrible est qu’il n’a pas complètement détruit  les cinq grandes familles féodales. S’il avait détruit ces cinq familles, il n’y aurait pas eu le Temps des Troubles. Si Ivan le Terrible a en  exécuté  alors il s’est repenti et a prié pendant longtemps. Dieu l’a dérangé sur ces questions … Il fallait être décisif.

Molotov. Il est nécessaire de montrer les incidents historiques de manière globale. Par exemple l’incident avec le drame de Demyan Bedny Bogatyp. Demyan Bedny critiquait le  baptême de la Russie, mais en réalité l’acceptation du christianisme était un événement progressiste pour son développement historique.

Staline. Bien sûr, nous ne sommes pas de bons chrétiens mais nier le rôle progressiste du christianisme à ce stade particulier est impossible. Cet incident a eu une très grande importance car cela a transformé l’Etat russe en contacts avec l’Occident, et non en l’orientant  vers l’Est.

Au sujet des relations avec l’Est, Staline a déclaré qu’après la récente libération du joug tatare, Ivan le Terrible a uni la Russie de manière précipitée afin d’avoir un bastion pour faire face à une nouvelle attaque tatare. Astrakhan était déjà conquis et ils auraient pu attaquer Moscou à tout moment, les Tatars de Crimée auraient aussi pu le faire.

Staline. Demyan Bedny n’avait pas la perspective historique correcte. Lorsque ont été  rapproché la statue de Minin et de Podzharsky de l’église de Vassili Blazhenova, Demyan Bedny a protesté et a écrit que la statue devait être jetée et que Minin et Podzharsky devaient être oubliés. En réponse à cette lettre, je l’ai appelé ‘Ivan, n’oublie pas ta propre famille’. Nous ne pouvons pas jeter l’histoire …

Ensuite, Staline a fait encore une série de remarques sur l’interprétation d’Ivan le Terrible et dit que Malyuta Skuratov était un grand général de l’armée et il a eu la mort d’un héros dans la guerre contre Livonie.

Cherkasov en réponse a déclaré que la critique a toujours aidé et qu e d’après la critique Pudovkin a fait un bon film Amiral Nakhimov. Nous sommes sûrs que nous ne ferons pas pire. Je travaille sur le personnage d’Ivan le Terrible non seulement dans le film, mais aussi dans le théâtre. Je suis tombé amoureux de ce personnage et je pense que notre altération des scènes sera correcte et véridique.

En réponse à cela, Staline a répondu (s’adressant à Molotov et Zhdanov) – « Essayons? »

Cherkasov Je suis sûr que l’altération sera réussie.

Staline. Que dieu t’aide, – chaque jour une nouvelle année. (Des rires.)

Eisenstein. Nous disons que dans la première partie un certain nombre de moments ont été réussis et cela nous donne la confiance pour faire la deuxième série.

Staline. Nous ne parlons pas de ce que vous avez accompli, mais maintenant nous parlons des lacunes.

Eisenstein a demandé s’il y avait d’autres instructions concernant le film.

Staline. Je ne vous donne pas d’instructions mais j’exprime l’opinion du spectateur. Il est nécessaire que les caractères historiques soient correctement reflétés. Qu’est-ce que Glinka nous a montré? Quel est ce Glinka. C’est Maksim et pas Glinka. [Ils parlaient du film Compositeur Glinka réalisé par L. Arnshtam. Le rôle principal a été joué par B. Chirkov.] L’artiste Chirkov ne pouvait pas s’exprimer et pour un artiste la plus grande qualité est la capacité à se transformer. (S’adressant à Cherkasov) – vous êtes capable de vous transformer.

En réponse à cela, Jdanov a déclaré que Cherkasov était malchanceux avec Ivan le Terrible. Il y avait encore de la panique à l’égard de Spring et il a commencé à agir comme un concierge – dans le film Au nom de la vie, il joue un concierge.

Cherkasov a dit qu’il avait interprété un nombre maximum de tsars et comme  Peter Ist et Aleksei.

Zhdanov. Selon la ligne héréditaire. Il a procédé selon la ligne héréditaire.

Staline. Il est nécessaire de montrer les chiffres historiques correctement et fortement. (À Eisenstein). Tu as dirigé Alexander Nevsky. Ça s’est très bien passé. La chose la plus importante est de maintenir le style de la période historique. Le directeur peut dévier de l’histoire; ce n’est pas correct s’il copie simplement à partir des matériaux historiques, il doit travailler sur ses idées mais dans la limite du style. Le directeur peut varier selon le style de cette période historique.

Jdanov a déclaré qu’Eisenstein est fasciné par les ombres (qui distraient les spectateurs de l’action), et la barbe d’Ivan le Terrible et que Ivan le Terrible lève trop souvent la tête, de sorte que sa barbe peut être vue.

Eisenstein a promis de raccourcir la barbe d’Ivan le Terrible à l’avenir.

Staline. (Rappelant différents acteurs de la première partie du film Ivan le Terrible ) Kurbsky – est magnifique. Staritsky est très bon ( Kadochnikov). Il attrape les mouches excellemment. Aussi: le futur tsar, attrape des mouches avec ses mains! Ces types de détails sont nécessaires. Ils révèlent l’essence de l’homme.

… La conversation s’est ensuite tournée vers la situation en Tchécoslovaquie en rapport avec la participation de Cherkasov au festival du film soviétique. Cherkasov a raconté la popularité de l’Union soviétique en Tchécoslovaquie.

La discussion a ensuite porté sur la destruction des villes tchécoslovaques par les Américains.

Staline. Notre travail consistait à entrer à Prague avant les Américains. Les Américains étaient très pressés, mais grâce à l’attaque de Koniev, nous avons pu distancer les Américains et intervenir à Prague juste avant sa chute. Les Américains ont bombardé l’industrie tchécoslovaque. Ils ont maintenu cette politique dans toute l’Europe, pour eux il était important de détruire les industries qui étaient en concurrence avec eux. Ils ont bombardé avec discernement

Cherkasov a parlé de l’album de photographies de Franco et Goebbels qui était avec l’ambassadeur Zorin dans sa villa.

Staline. C’est bien que nous ayons fini ces cochons. Il est horrible de penser à ce qui se serait passé si ces canailles avaient gagné.

Cherkasov a mentionné la cérémonie de remise des diplômes de la colonie soviétique à Prague. Il a parlé des enfants d’émigrés qui y étudiaient. C’était très triste pour ces enfants qui considèrent la Russie comme leur patrie, alors qu’ils sont nés là-bas et qu’ils ne sont jamais allés en Russie.

Staline. C’est malheureux pour ces enfants. Ils ne sont pas en faute.

Molotov. Nous donnons maintenant une grande opportunité aux enfants de retourner en Russie.

Staline a indiqué à Tcherkasov qu’il avait la capacité d’incarnation et que nous avons toujours la capacité d’incarner l’artiste Khmelev.

Cherkasov a dit qu’il avait beaucoup appris en travaillant comme extra dans le théâtre marin de Leningrad. A cette époque, le grand maître de l’interprétation  Shaliapin régnait   sur scène.

Staline. Il était un grand acteur.

Zhdanov demandé: comment se déroule le tournage du film Spring .

Cherkasov. Nous allons le finir bientôt. Vers le printemps nous allons sortir le printemps.

Jdanov a dit qu’il aimait beaucoup le contenu du printemps . L’artiste Orlova a très bien joué.

Cherkasov. L’artiste Plyatt a très bien agi.

Zhdanov. Et comment est-ce que Ranevskaya a agi! (Vague  avec sa main.)

Cherkasov. Pour la première fois de ma vie je suis apparu dans un film sans barbe, sans moustache, sans manteau, sans maquillage. Jouant le rôle d’un réalisateur, j’ai un peu honte de mon apparence et j’ai envie de me cacher derrière mes personnages. Ce rôle est très responsable car je dois représenter un réalisateur soviétique et tous nos directeurs sont inquiets: comment un réalisateur soviétique sera-t-il montré?

Molotov. Et ici Cherkasov règle les comptes avec tous les réalisateurs! Lorsque le film Le printemps a été remis en question, Cherkasov a publié  un éditorial dans le journal Soviet Art concernant Spring et a décidé que le film était déjà interdit. Et alors Zhdanov a dit: Cherkasov a vu que tous les préparatifs pour le printemps étaient remis en cause et i ainsi il a pris le rôle d’un concierge. Alors Zhdanov est intervenu en désarouvant  la tempête critique qui s’était levée autour du film

Staline était intéressé de savoir comment l’actrice Orlova créait. Il l’a approuvée en tant qu’actrice.

Cherkasov a déclaré que cette actrice avait une grande capacité de travail et un immense talent.

Zhdanov. Orlova a extrêmement bien conduit son art . Et tout le monde se souvenait du Volga-Volga et du rôle du facteur Orlova.

Cherkasov. Avez-vous regardé Au nom de la vie ?

Staline. Non, je ne l’ai pas regardé, mais nous avons un bon rapport de Kliment Efremovich. Voroshilov a aimé le film.

Alors cela signifie que toutes les questions sont résolues. Que pensez-vous camarades (adresse Molotov et Zhdanov), devrions-nous donner aux camarades Cherkasov et Eisenstein l’occasion de compléter le film? – et ajouté – s’il vous plaît transmettre tout cela au camarade Bolshakov.

Cherkasov a posé des questions sur certains détails du film et sur l’apparence extérieure d’Ivan le Terrible.

Staline. Son apparence est juste, il n’y a pas besoin de le changer. L’aspect extérieur d’Ivan le Terrible est bien.

Cherkasov. La scène du meurtre de Staritskova peut-elle être conservée dans le scénario?

Staline. Vous pouvez le conserver. Le meurtre a eu lieu.

Cherkasov. Nous avons une scène dans laquelle Malyuta Skuratov étrangle le Metropolit Philip.

Zhdanov. C’était dans le monastère de Tver Otroch?

Cherkasov. Oui, est-il nécessaire de garder cette scène? Staline a dit qu’il était nécessaire de conserver cette scène car elle était historiquement correcte.

Molotov a déclaré qu’il était nécessaire de montrer la répression, mais en même temps, il faut montrer les fins pour lesquelles elle a eu lieu . Pour cela, il était nécessaire de montrer les activités de l’État dans un espace  plus large et de ne pas se plonger uniquement dans les scènes des sous-sols et des espaces clos. On doit montrer une activité d’état spatialement large.

Cherkasov a exprimé ses idées concernant l’avenir des scènes altérées et la deuxième série.

Staline. Comment se termine le film? Comment faire mieux, faire deux autres films – c’est la deuxième et la troisième série. Comment planifions-nous cela?

Eisenstein a déclaré qu’il était préférable de combiner le matériel déjà tiré de la deuxième série avec ce qui restait du scénario – et de produire un grand film.

Tout le monde était d’accord avec ça.

Staline. Comment va se terminer ton film?

Cherkasov a dit que le film se terminerait par la défaite de Livonie, la mort tragique de Malyuta Skuratov, la marche vers la mer où se tient Ivan le Terrible, entouré par l’armée, et dit: «Nous sommes debout sur la mer et serons là pour toujours

Staline. C’est comme ça que ça s’est passé et un peu plus que ça.

Cherkasov a demandé s’il serait nécessaire de montrer les grandes lignes du film pour confirmation par le Politburo.

Staline. Il n’est pas nécessaire de présenter le scénario, décidez-le vous-même. Il est généralement difficile de juger à partir du scénario, il est plus facile de parler d’un produit prêt. (À Molotov.) Vous devez vouloir lire le scénario?

Molotov. Non, je travaille dans d’autres domaines. Laissons Bolchakov le lire.

Eisenstein a déclaré qu’il était préférable de ne pas se dépêcher avec la production de ce film.

Ce commentaire a suscité une réaction  de tout le monde.

Staline. Il est absolument nécessaire de ne pas se dépêcher, et en général de hâter le film conduirait à ce qu’il soit arrêté plutôt que d’être accepté. Repin a travaillé sur les cosaques de Zaporozhye en écrivant leur réponse au sultan turc pendant 11 années.

Molotov. 13 ans.

Staline (avec insistance) 11 ans.

Tout le monde est arrivé à la conclusion que seule une longue période de travail peut en réalité produire un bon film.

En ce qui concerne le film Ivan le Terrible Staline a déclaré – Que si c’est nécessaire il faut prendre un an et demi, deux ou même trois ans pour produire ce film. Mais le film devrait être bon, il devrait être «sculpté». Nous devons améliorer la qualité. Qu’il y ait moins de films, mais avec une plus grande qualité. Le spectateur a grandi et nous devons lui montrer de bonnes productions.

Il a été discuté sur le fait que Tselikovskaya a été bonne  dans d’autres personnages, elle est une bonne actrice mais elle est une ballerine.

Nous avons répondu qu’il était impossible de convoquer une autre actrice à Alma-Ata.

Staline a déclaré que les directeurs devraient être catégoriques et exiger tout ce dont ils ont besoin. Mais nos directeurs cèdent trop facilement à leurs propres exigences. Il arrive parfois qu’un grand acteur soit nécessaire mais il est joué par quelqu’un qui ne convient pas au rôle. C’est parce que l’acteur demande et reçoit le rôle pendant que le réalisateur est d’accord.

Eisenstein. L’actrice Gosheva n’a pas pu être libérée du Théâtre des Arts à Alma-Ata pour le tournage. Nous avons cherché deux ans pour un Anastasia.

Staline. L’artiste Zharov a mal examiné  son personnage sans aucun sérieux dans le film Ivan le Terrible. Il n’est pas un général d’armée sérieux.

Zhdanov. Ce n’est pas Malyuta Skuratov mais un dirigeant d’opérette.

Staline. Ivan le Terrible était un tsar plus nationaliste, plus prévoyant, il n’a pas permis l’influence étrangère en Russie. Peter Ist a ouvert la porte à l’Europe et permis à trop d’étrangers d’intervenir.

Cherkasov a déclaré qu’il était regrettable et honteux qu’il n’ait pas vu la deuxième partie du film Ivan le Terrible. Lorsque le film a été édité et montré il avait été à ce moment-là à Leningrad.

Eisenstein a également ajouté qu’il n’avait pas vu la version complète du film parce qu’il était tombé malade après l’avoir terminé.

Cela a causé beaucoup de surprise et d’animation.

La discussion s’est terminée avec Staline en leur souhaitant le succès et en disant: «Que Dieu les aide!

Ils ont serré la main et sont partis. A 00.10 minutes la conversation s’est terminée.

Eisenstein et Cherkasov ont ajouté:

« Jdanov a également déclaré: » Dans le film, il y a trop de trop-indulgence pour les rituels religieux.  »

Traduit du russe par Sumana Jha.

Courtoisie: G. Maryamov: Kremlevskii Tsenzor, Moscou, 1992, pp. 84-91.

Cliquez ici pour retourner à l’index de septembre 1997.

 
 

Arrêtez ce cinéma…

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Si j’ai toujours dénoncé le viol comme un crime et d’abord celui pratiqué par les gens de pouvoir sur les individus sur lesquels ils ont autorité,  parce que j’aspire à la dignité, à la créativité des êtres humains, brisées par le viol, je dis que je commence à en avoir marre de l’affaire Weinstein. Marre de  ce lynchage par des gens dont je pense qu’ils ne valent pas mieux que lui. Tout Hollywood en proie à un accès de puritanisme semble avoir été violé par ce gros, grand et mal rasé personnage… On se croirait au milieu du spectacle du repenti évangéliste où le pasteur doit reconnaître ses nombreux adultères devant une épouse aussi compatissante que Hillary devant les frasques de Bill… Je préfère la nuit du chasseur de Laughton ou les rapaces de Stroheim… Il semble n’y avoir que lui comme prédateur et on crie haro sur le baudet. On attend plus que Elia Kazan pour venir déposer devant le comité des activités anti-américaines et cracher sur son copain de partouze, d’ailleurs Obama a déjà donné le la.

Ce type a favorisé un cinéma qui, hormis Tarentino, ne me semble du meilleur mais fournit des produits de consommation type Mac do avec emballage soigné, creux comme the Artist. Sur le fond, Weinstein ressemble au producteur joué par jack Palance dans « le mépris » et sur lequel Godard et fritz Lang exerçaient leur sadisme naturel, d’homme à homme, tandis que Brigitte bardot sous sa perruque brune s’ennuyait ferme. Autre temps, autre mœurs, dans la dénonciation de l’art de se vendre.

Mais un peu ça va, trop c’est trop, que sarkozy lui ait donné la légion d’honneur prouve à quel point cette décoration ne veut plus rien dire; que le grotesque BHL ait été son protégé dans un navet dont il a le secret, tout cela est réellement indigne : il y a une telle médiocrité dans tout ça, dans leur cinéma à tous les sens du terme. Je prie nos élites autoproclamée de ne pas pousser le ridicule en faisant comme les distributeurs d’Oscars, et en prétendant la lui retirer comme s’il s’agissait d’un officier dont on brisait le sabre et à qui on arrachait les épaulettes, mais qui à l’inverse de Dreyfus aurait bel et bien violé Marlen dietrich dans le rôle de mata hari.. On se tait et on passe à autre chose en attendant que les juges succèdent aux justiciers « people ».

Il me souvient à propos de cinéma de l’anecdote racontée par une militante communiste qui avait accompagné la reine Elizabeth de belgique dans un périple en URSS, la reine rouge. Cette femme déjà âgée m’avait raconté avoir pris un train pour la Sibérie dans lequel une équipe de cinéastes, « des hommes à la caméra », peut-être Dziga vertov lui-même avaient pris place. le train s’arrêtait et le cinéma installait projecteurs et écran pour des villageois ravis. Il y avait un film que les bolchviques ont renoncé à faire passer qui narrait les exploits d’un pope lubrique attirant dans ses filets et accessoirement sur ses genoux les dames de la cour (une parabole sur Raspoutine). les villageois non seulement n’avaient pas été rebuté par ce priape ecclésiastique, mais ils avaient fini par l’applaudir éblouis par un tel gaillard. la militante belge riait beaucoup en me narrant cette histoire pourtant c’était une gaillarde elle-même qui avait combattu les nazis l’arme à la main et dénonçait les lâches qui tondaient les femmes pour faire croire qu’ils avaient été résistants…

Passez il n’y a vraiment rien à voir…

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le octobre 15, 2017 dans CINEMA

 

The Guardian : En Russie, personne ne rigole de La Mort de Staline d’Iannucci

Dans l’année du centenaire de la révolution russe, la satire hautement vantée en Grande Bretagne du cinéaste humoriste créateur de Veep sur le dirigeant soviétique se heurte à une réaction hostile. Cet article du Guardian reprend un certain nombre de choses que nous montrons dans notre livre (1917-2017, Staline, tyran sanguinaire ou héros national ? à paraître à la fin du mois chez Delga) et qui sont difficilement niables, à savoir l’attachement du peuple russe à l’URSS et à la figure de Staline. De surcroît il montre bien que les dirigeants actuels doivent tenir compte de l’opinion. Mais l’article limite au seul nationalisme cette adhésion à l’URSS, à ses initiateurs comme Staline, mais aussi Lénine, alors que celle-ci relève de phénomènes plus complexes, le regret d’une vie stable et où l’éducation, la santé étaient des conquêtes non remises en cause, la colère contre la corruption et les oligarques, le prestige dont jouit Staline est aussi lié à sa capacité supposée à en débarrasser le pays. Le ton de l’article enfin nous renseigne sur l’idéologie que la presse croit devoir adopter à l’égard de cette « nostalgie » russe qui selon eux ne peut venir que du nationalisme le plus étroit alors que leurs propres commentaires, le contenu du film auquel il est attribué 5 étoiles (un chef d’oeuvre digne de métropolis ou du cuirassé Potemkine) ne soulève pas le moindre doute chez des gens supposés détenir la vérité et l’objectivité (note et traduction de Danielle Bleitrach pour Histoire et société).

Une scène de La mort de Staline
 Peter Bradshaw le critique cinématographique du Guardian a donné à The Death of Stalin une note de cinq étoiles, mais pour beaucoup de Russes, il menace de rouvrir les débats houleux sur le rôle de Staline à l’approche du centenaire de la Révolution d’Octobre. Photographie: PR 

En Grande-Bretagne, les premières critiques de la satire noire d’Armando Iannucci sur la mort de Joseph Staline ont été plus que favorables. En Russie, personne ne rigole.

Steve Buscemi est Nikita Khrouchtchev, qui succède finalement à Staline, et Simon Russell-Beale, Lavrentiy Beria, l’odieux chef de la police secrète de Staline. La mort de Staline raconte les luttes intestines du Kremlin à la suite de la mort du dirigeant soviétique en 1953. Dans une scène de la bande-annonce Gueorgy Joukov, commandant des troupes soviétiques pendant la seconde guerre mondiale, considère Beria comme une « petite merde sournoise » dans le film de Jason Isaacs, ce qui illustre le ton parodique du film.

Peter Bradshaw du Guardian a déclaré que The Death of Staline était le film de l’année et lui a donné cinq étoiles. Beaucoup en Russie sont toutefois moins amusés car le film menace de rouvrir les débats russes sur le rôle de Staline lors du centenaire de la Révolution d’Octobre qui a amené les bolchéviks au pouvoir.

« La mort de toute personne n’est pas un sujet de comédie, et encore moins  la mort d’un chef d’Etat et d’un grand chef », a déclaré Nikolai Starikov, un politicien qui dirige un parti nationaliste marginal et qui a écrit une série de best-sellers sur l’histoire russe, y compris un à la gloire de  Staline. « Il était le chef d’un Etat qui était un allié de la Grande-Bretagne pendant la guerre. Pouvez-vous imaginer que les Russes fassent un film se moquant de la mort d’un roi britannique?

Starikov a déclaré que le film était un « acte hostile de la classe intellectuelle britannique » et a déclaré qu’il était très clair que le film faisait partie d’une « guerre de l’information anti-russe » visant à discréditer la figure de Staline.

Une porte-parole du ministère russe de la Culture a déclaré qu’elle ne pouvait pas commenter si le film pourrait être interdit en Russie, puisqu’aucune demande de licence n’avait encore été déposée. Un représentant de Volga Films, le distributeur russe de La Mort de Staline, a confirmé que l’entreprise n’avait pas encore présenté de demande officielle au ministère de la Culture pour obtenir une licence pour le film, affirmant que cela aurait lieu après la première britannique le 20 octobre. Elle a dit que tout commentaire public sur une interdiction potentielle était « simplement de la spéculation ».

Le journal pro-Kremlin Vzglyad a recommandé que le film ne soit pas projeté en Russie, l’appelant «un vilain geste des étrangers qui ne connaissent rien de notre histoire». Pavel Pozhigailo, conseiller du ministère russe de la Culture, a déclaré que le film était une «provocation planifiée» visant à mettre en colère les communistes en Russie et avait le potentiel d ‘«inciter à la haine».

Dans l’année centenaire des deux révolutions, le récit officiel du Kremlin sur l’histoire de la Russie évite de critiquer les dirigeants et se concentre sur la «grandeur russe», que ce soit sous les tsars, les soviets ou le président Vladimir Poutine. L’accent incessant sur cela a conduit à la colère populaire que le Kremlin lui-même trouve parfois difficile à contrôler. Matilda, un film à venir mettant en vedette une affaire entre le dernier tsar, Nicholas II, et une ballerine, a conduit à des protestations et des menaces visant à attaquer les cinémas qui le projettent .

Iannucci, qui a satirisé le système politique américain avec Veep et le système britannique avec The Thick of It, trouve que les Russes sont une cible plus sensible.

« La Russie moderne est très névrosée sur son passé – beaucoup plus névrotique que l’Union soviétique ne l’a jamais été », a déclaré Roman Volobuev, un cinéaste russe. « En URSS, nous avons eu des comédies sur la Seconde Guerre mondiale et la Révolution d’Octobre. Maintenant, soudainement, c’est trop sacré, «les blessures sont trop fraîches» et ainsi de suite. Les films d’époque doivent être flous et nostalgiques, ou gung-ho héroïque.  »

Poutine a soigneusement contrôlé ses rares mots sur Staline, veillant à ne pas louer le dirigeant soviétique, mais il s’est également abstenu de toute critique directe. Sous Poutine, la victoire dans la seconde guerre mondiale est devenue un événement sacré qui est présenté comme la base principale de l’Etat russe et, en tant qu’effet secondaire, les vues positives sur Staline ont augmenté en raison de son rôle de chef de guerre.

En juin, le Centre Levada de Russie a interrogé les citoyens du pays sur qui ils croyaient être «la plus grande personne de toutes les nations et de toutes les époques», et Staline est venu en premier lieu. Poutine est arrivé deuxième, et le poète russe Alexandre Pouchkine troisième.

Selon Denis Volkov de Levada, la popularité de Staline a fortement augmenté au printemps 2014, à l’époque de l’annexion de la Crimée, lorsque la rhétorique nationaliste du Kremlin a augmenté. Depuis lors, les sondages ont révélé que le nombre de Russes évaluent positivement Staline est le double de ceux qui le perçoivent négativement.

La réaction amère à Matilda a servi de nouveau avertissement aux figures des arts russes des dangers de s’écarter de la version approuvée par le Kremlin de l’histoire. Volobuev a déclaré que la longue tradition de la satire russe mordante n’était pas morte, mais que les professionnels du film étaient conscients que la satire était maintenant invendable.

« Chaque producteur de télévision que je connais veut faire une comédie politique; l’un d’eux a littéralement une photo d’Armando Iannucci au-dessus de son bureau, juste à côté du portrait de Poutine « , a-t-il dit. « Ils ne veulent tout simplement pas perdre de l’argent en diffusant quelque chose qui ne fonctionnera pas. »

 

Pour le jeune Marx j’en resterai donc aux « impressions ».

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je corrige les épreuves du livre, je prépare une conférence pour vendredi à Bézier, je n’aurai pas le temps de revoir le « jeune Marx » et donc d’en faire une critique cinématographique, j’en reste donc aux impressions d’une première vision pour exprimer deux sentiments contradictoires.

Premièrement il s’agit de l’oeuvre maîtrisée d’un cinéaste, c’est-à-dire que dans le propos rien n’y est anecdotique, complaisant, comme chez Guediguian. Le propos est de trouver une écriture matérialiste pour analyse la rencontre entre une vision philosophique matérialiste en train de se construire, celle du jeune Marx dans sa rencontre avec Engels et sa passion juvénile pour son épouse Jenny. L’approfondissement de ce positionnement philosophique qui intègre Sinoza, Hegel et bien d’autres non matérialistes, passe par la dénonciation de  l’abstraction de la dialectique des jeunes hégéliens au profit de l’analyse concrète de la situation concrète de l’exploitation prolétarienne. Sur le plan philosophique c’est un positionnement plus proche de celui d’henri lefebre que d’Althusser et sa « rupture » entre le jeune Marx et le Marx du capital, de la maturité. Ou plutôt c’est le constat du cheminent entre les deux dans la vie même du philosophe, cela donne de la vitalité à la pensée, l’arrache à la poussière des bibliothèques, la jeunesse est aussi là.

Le cinéma est nécessairement émotion, sentiment, et non discours, donc rien n’est inutile dans cette histoire de jeunes gens intervenant dans le mouvement ouvrier, passant à la carrière de révolutionnaire, n’interprétant plus le monde mais le transformant. La sexualité, l’amour, l’amitié font partie de cela et ce sont des relations riches parce que concrètes, les corps y ont leur part, rien n’est évanescent, pétri de bons sentiments.

Il y a la violence assumée qui est celle de Marx l’impitoyable, elle répond à l’horreur de la répression contre les paysans ramassant du bois mort, ou celle subie par les ouvriers dans les fabriques. mais elle s’exerce aussi contre ceux qui prétendent que »les hommes sont tous frères », que la propriété c’est le vol, qui masquent l’antagonisme de classe sous une parole vaine et illusoirement humaniste comme aujourd’hui a-t-on envie de dire. Donc la violence intellectuelle, la bataille  au sein du mouvement ouvrier s’exerce  contre ceux qui devraient être des alliés mais qui dévoient la réalité de la lutte des classes  par une illusoire fraternité.

Et là nous sommes devant un paradoxe entre le cinéaste et son film. Je l’ai entendu parler du film, du marxisme, de la Révolution, on croirait entendre Proudhon ou Heinzen l’humaniste allemand qui croit en l’amour universel dans le film. Proudhon met en garde Marx contre la tendance des révolutionnaires de son type à dévorer les autres, à détruire les alliés, l’idée de Furet que les Révolutionnaires sont condamnés à s’auto-dévorer. Marx n’en a cure.  On voit bien que ce refus du compromis les relie lui et Engels à Lénine et même à Staline. Peck dans ses discours a les mots les plus durs contre l’expérience de la Révolution d’octobre, mais dans son film il montre à quel point elle est héritière de Marx.

Il ne lui reste plus dans ses explications médiatiques qu’à inventer des dirigeants de la Révolution d’octobre en proie au mysticisme, à l’irrationalisme et clore le tout par ce genre d’affirmation: « le goulag n’a pas plus à voir avec le marxisme que le christianisme n’a à voir avec l’inquisition ». ce qui est doublement faux et complètement idéaliste, une phrase que je considère comme digne de cet « imbécile d’Heinzen ». Il n’y a qu’une solution pour un marxiste, c’est d’assumer l’héritage, tout l’héritage et pas seulement dans une critique critique d’une vision critique mais par rapport à la seule question qui vaille: Qu’est-ce que la dictature du prolétariat ?

Autre impression, le choix de la biographie, on vient de le voir correspond à une démonstration du matérialisme, de sa vitalité, et le pari est réussi, oui mais en refusant l’essentiel de la postérité révolutionnaire de Marx, de prétendre le relier directement aux luttes du Tiers monde sans passer par l’analyse léniniste (impérialisme stade suprême du capitalisme), la manière dont ces révolutions , ces mouvements de libération dans des pays sous développés y compris la CHine peuvent s’arcbouter sur l’expérience soviétique, est une incompréhension du marxisme. C’est vrai que c’est le vieux Marx qui va découvrir d’autres modes de production, d’autres civilisations, mais puisque légitimement Peck a choisi le parti de la non rupture entre le jeune Marx et celui de la maturité, nous avons dans son parti pris anti-soviétique une autre incompréhension de la postérité marxiste. Certes Gramsci a pu caractériser la Révolution d’octobre comme une révolution contre le Capital dans un jeu de mot, mais c’est une incompréhension du léninisme qui au contraire ouvre la voie à la lutte anti-impérialiste par l’assimilation de l’analyse de la mondialisation par Marx.

Résultat, face à cette contradiction de sa propre analyse, le film peut apparaître dans un contresens total comme l’histoire de deux jeunes bourgeois qui ne pensent qu’à leur propre gloire, deux soixante huitards bobos qui s’amusent à jouer les Cohn Bendit en se moquant des vieilles barbes du mouvement ouvrier, une ode au jeunisme et à l’insolence, certains critiques se sont jetés avec bonheur dans cette interprétation. Il y a plus que de la bohème dans la vie de Marx, le refus de l’héritage de jenny alors même qu’il perd un de ses enfants dans la misère et qu’il cherche de quoi lui acheter un cercueil, cela le rapproche de ces bolcheviques désincarnés, allant jusqu’au bout d’eux-même, ne cédant jamais. Je ne pense pas que limiter ce que vit Marx à la Bohème ou aux irresponsabilités soixante huitardes soit le propos de Peck, mais je suis sûre que c’est vers ça que l’on tente de tirer un film qu’il ne faut pas rater. Raoul Peck est aussi l’auteur d’un très bon Lumumba, il a pris le risque de ce film, d’un propos juste dans des temps qui ne le sont pas. En revanche on peut se passer des discours dans les médias de son auteur qui démontre qu’un artiste, qu’il soit cinéaste, peintre, écrivain dit fort heureusement des choses plus riches dans son oeuvre que dans ses discours. Ce qu’il a à dire et dit et bien dit dans son film qu’il faut aller voir ne serait-ce que pour poursuivre cette discusssion.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le octobre 3, 2017 dans CINEMA, HISTOIRE