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Archives de Catégorie: CINEMA

Adieu toi, le cinéaste des morts-vivants

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Je me souviendrai toujours de ce jour où j’ai découvert ce film… J’avais quelques heures à perdre, je me trouvais à côté du cinéma Le Madeleine,  j’ai regardé la liste des films qui passaient ce jour là et j’ai choisi celui-là sans savoir le moins du monde ce qui m’attendait. Alors voilà en matière d’adieu pour ce cinéaste, je vous propose cette critique d’un « fan », ce que je ne suis pas loin d’être et l’article dit bien ce que ce film à petit budget fut une révélation tant la forme coïncidait avec le bouleversement des valeurs du cinéma dominant (note de Danielle Bleitrach)

Le film commence dans un cimetière, non loin de Pittsburgh. Barbara et son frère Johnny viennent déposer une gerbe sur la tombe de leur mère. Soudain, un homme étrange à la démarche désarticulée surgit et se jette sur eux. Johnny est tué, mais Barbara parvient à s’enfuir.

Elle arrive près d’une vieille maison, où elle est rejointe par un autre fuyard, Ben, qui la tire d’un mauvais pas. Ils découvrent ensuite la présence dans la maison de Cooper, sa femme, sa fille, de Tom et de sa petite amie Judy Rose.

Les premières tensions apparaissent entre Ben et Cooper, qui n’ont pas la même vision des choses. L’un veut barricader les fenêtres de la maison et l’autre s’enfermer dans la cave.
Pendant ce temps, la nuit tombe et les zombies, qui semblent extrêmement nombreux, gagnent du terrain et ne tardent pas à donner l’assaut…


 

COMMENTAIRE :

Dès les premières minutes, le ton du film est donné. ROMERO évite les cadrages baroques de l’épouvante « gothique » et, se libère des contraintes de la production, puisqu’il s’agit d’une production indépendante d’un budget modeste, d’à peine plus de 100 000 $.
Cette relative liberté va lui permettre d’agir comme bon lui semble et notamment d’imposer un style et une redécouverte de l’horreur que ne lui aurait pas permis un film plus coûteux – et donc plus surveillé par les producteurs.

Ainsi, ROMERO orchestre une succession de morts particulièrement violentes sans aucune justification, créant une perte de repères déstabilisante pour le public de 1968. La première attaque du film intervient peu après le générique de début, à un moment où Barbara et son frère sont plutôt en phase de présentation au public, ce qui crée une rupture soudaine avec le quotidien rassurant pour nous plonger la tête la première dans l’horreur la plus absolue.
Barbara elle-même, qui pourrait, du coup, faire figure d’héroïne, ne joue finalement qu’un rôle assez subalterne dans le reste de l’intrigue. Et l’on met un certain temps avant d’entendre que les zombies seraient la conséquence d’une étrange comète aux retombées radioactives – un prétexte pas vraiment fouillé, signe que pour ROMERO, cela est parfaitement accessoire.

Cette absence d’explication rationnelle est sans conteste la première source de l’horreur dans « La nuit des morts vivants ». ROMERO impose au public un univers dont il ne comprend pas la logique, poussant tout un chacun à affronter ses propres craintes.

Alors qu’à l’époque le cinéma d’épouvante est en train de chercher à renouveler les fondamentaux du style gothique-flamboyant très théâtral, façon DRACULA avec Christopher LEE, ROMERO emploie la caméra à l’épaule, et tourne en noir et blanc. Un coup de génie qui donne un réalisme effroyable à ses zombies, loin de ceux qui peuplent des films plus anciens comme le célèbre « Vaudou » de Jacques TOURNEUR [1943]. Les morts-vivants de ROMERO sont les rejetons de la guerre froide, fruits d’une science mal contrôlée et terriblement proches de l’homme, ce qui souligne à quel point « l’horreur est humaine ».

A la recherche de réalisme, ROMERO laisse la caméra dériver sur des scènes de festins anthropophages où l’on entrevoit viscères, organes et os, sans retenue. Là où la plupart des films du même genre détournaient la caméra, ROMERO regarde l’horreur en face, transportant le spectateur de la terreur vers l’horreur – tout en maintenant son trouillomètre au zéro pointé par de subtils effets scénaristiques.

Autre tabou que ROMERO transgresse allègrement, le personnage central du film est un noir, embauché pour le rôle parce que, avoua ROMERO, « il était tout simplement le meilleur lors des auditions pour le film« . Par ce choix, il allait donner une dimension politique sans le vouloir à son film. De même, le « méchant » humain du film est un blanc doté de tous les défauts du parfait Américain blanc, puritain, intolérant et conservateur.

Qui aurait pu prédire que ce film au budget pitoyable, réalisé avec des potes, allait devenir une des références du cinéma fantastique ? Et pourtant, il inspiré depuis tout une lignée de réalisateurs dont Peter JACKSON [ « Brain dead » , « Heavenly creatures » et « Lord of the ring »] ou plus récemment, et dans un registre plus loufoque, Edward RIGHT et Simon PEGG [« Shaun of the dead » ] [1]

Réalisé pour cent-quatorze-mille dollars, « La nuit des morts vivants » en a rapporté plus de 20 millions, sur trente ans d’exploitation. ROMERO ayant poursuivi ses films de morts-vivants, « La nuit » est le premier film d’une tétralogie qui compte aussi :

  • « Zombie » [1978]
  • « Le jour des morts vivants » [1985]
  • « Land of the dead » [2005].

Ces épisodes ont eux aussi connus un grand succès et sont également teintés d’une tonalité politique et sociale. Ainsi dans « Zombie », le héros est également noir, et l’essentiel de l’action se déroule dans un supermarché, ce qui donne lieu à de drôlatiques scènes dans lesquels les consommateurs névrosés du XXème siècle seraient devenus des zombies sans âmes errant entre les rayons à la recherche de chair fraîche…


L’ADAPTATION :

George ROMERO s’est fortement inspiré d’un de ses livres préférés, « Je suis une légende » de Richard MATHESON, qu’il rêvait de porter à l’écran. Il a d’abord écrit une nouvelle, jamais publiée, puis un script intitulé « Anubis » en référence au nom du dieu égyptien du royaume des morts.

Le roman pose la trame de base : Robert NEUVILLE est le dernier humain vivant sur la planète. Tous les autres sont devenus des « vampires », suite à une épidémie mystérieuse. Il ne sort que le jour. La nuit, il se barricade dans sa maison pour résister aux créatures qui étaient autrefois ses propres voisins. Il est en proie aux doutes, pendant que toute la nuit son ex-voisin et ami l’appelle et que les femmes-monstres se dénudent pour l’attirer entre leurs griffes. Il ne sait pas pourquoi il n’est pas devenu comme eux, mais il est dernier, une « légende ».

Le script de ROMERO était au départ composé de trois parties :

  • la première se déroulait dans une ferme, dont tous les occupants se faisait dévorer
  • la deuxième avec un commando partis à la « chasse » aux zombies
  • la troisième illustrant la fuite d’un homme blessé à la jambe poursuivi par une armée de morts jusqu’à la ferme de la 1ère partie

Finalement, ROMERO n’a conservé que la première partie : celle qui voit donc un groupe d’humains désespérés, cloitrés dans une vieille maison abandonnée, attaqués par une armée de morts sortis de leurs tombes [sûrement à cause de l’effet des radiations d’un satellite tombé sur Terre].

Si ROMERO a beaucoup puisé dans le roman de MATHESON, il y a aussi des différences notables. 

Le héros de R. MATHESON est organisé, prudent et tactique. Son système de survie comporte des règles bien établies, « sortir le jour »,  » se barricader la nuit », « fermer la porte du garage », etc.
A l’opposé, les survivants du film de ROMERO, à l’exception de Ben [qui est le personnage le plus proche du héros de MATHESON], sont brouillons, inconscients et incapables de réfléchir avant d’agir.
C’est d’ailleurs l’un des thèmes du film : les survivants sont à l’image de l’humanité d’aujourd’hui, chacun pensant d’abord à soi, sans penser aux retombées de ses actes [un thème encore plus présent dans « Zombie »]. Si Robert Neuville avait eu des amis avec lui, il aurait pu créer une mini-société comme un Robinson et son Vendredi, alors que les héros de la nuit des morts-vivants qui étaient plusieurs, se sont détruits eux-même. C’est un peu, d’ailleurs, la moralité de « Land of the dead » : la société humaine a survécu mais les mêmes péchés subsistent et la conduise à sa perte.

Autre différence notable : Neuville, dans ses moments de calme, repense aux événements qui l’ont conduit à sa situation. En fait, « Je suis une légende » pourrait se dérouler entre « Zombie » et « Le jour des morts-vivants », en terme de chronologie.
Les envies, les besoins vitaux et le besoin de communiquer et d’aimer sont le talon d’Achille du héros de « Je suis une légende ». Une faiblesse que s’empressent d’exploiter ses opposants : « femmes nues », « sollicitations verbales », etc. dans le but de le capturer. Mais dans « La nuit des morts vivants », la réalité est bien pire : les zombies n’ont qu’a attendre l’erreur fatale. Les survivants se jettent eux-même dans la gueule du loup sans répondre aux sollicitations des opposants.

Bref, même si le message de MATHESON est très pessimiste, celui de ROMERO au cinéma l’est bien davantage, associant à la peur du monstre celle d’une société dont les individus perdent le goût des relations humaines.


COMMANDER Vous l’aurez sans doute compris, je suis un fan de la première heure.

« La nuit des morts vivants » a posé les bases du cinéma d’horreur tendance gore, marquant le genre aussi profondément que « Massacre à la tronçonneuse », à tel point qu’il est impossible depuis de faire un film de zombie sans le comparer à l’original ou à sa suite.

Au delà de l’Horreur, celui-ci est une critique de la société moderne où l’entraide a tendance à disparaitre au profit de l’égoïsme, où agir ensemble est devenu rare parce que chacun agit d’abord pour lui-même.



paul muad’dib 

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Publié par le juillet 17, 2017 dans CINEMA

 

Marx sous les sunlights par Par Jacques Mandelbaum

En allant voir aux Variétés à Marseille le film de Terence malik j’ai demandé à la responsable de programmation quand est-ce que ce film passait, elle m’a confirmé sa présentation en présence du cinéaste et aussi à l’occasion d’une semaine sur le cinéma allemand. Je n’ai pas osé lui faire remarquer que le cinéaste était à ma connaissance un franco-haïtien, vu que Karl lui était bel et bien allemand. (note de Danielle Bleitrach)

« Le Jeune Karl Marx », de Raoul Peck, raconte les vertes années de l’auteur du « Capital » et de son compère Friedrich Engels. Le tournage, parfois haut en couleur, vient tout juste de s’achever

Photos Tobias Kruse/Ostkreuzpour Le Monde / AFP x 1

Après Groucho, Harpo et Chico, se pourrait-il que Karl, moins drôle mais à peu près aussi célèbre, incarne à son tour la famille Marx au cinéma ? Il semble que oui, le cinéaste Raoul Peck ayant achevé de tourner en Allemagne sinon un biopic, du moins le portrait d’un jeune homme en colère. Un film d’avant Le Capital, donc, et d’avant la statue du commandeur rouge à barbe blanche, vieux lutteur épuisé qui nous regarde avec une triste componction. Cela s’appellera donc Le Jeune Karl Marx. Voilà qui n’est pas anodin. On connaît certes des réalisateurs qui se sont plus ou moins durablement inspirés du marxisme (de Dziga Vertov à Jean-Luc Godard), mais on ne voit pas, dans l’histoire du cinéma, beaucoup de réalisateurs que Marx lui-même aura fait rêver en tant que personnage. Tout au plus Sergueï Eisenstein avait-il rêvé d’adapter au cinéma Le Capital, sans suite. Le destin de cet homme qui a sacrifié sa vie et celle de sa famille à la réalisation d’un idéal, au prix de l’exil et du dénuement, a pourtant des aspects très romanesques.

En tout état de cause, visez cette scène. Intérieur jour. Nous sommes à Paris, vers 1845, dans l’atelier de Gustave Courbet (en réalité, nous sommes à Ganz, dans l’est de l’Allemagne, le 3 novembre 2015, dans une sorte de hangar délabré mais de belle allure, où le froid pince). Au milieu de quelques modèles nus croqués par des élèves, le peintre est occupé à faire le portrait du proto-anarchiste Pierre-Joseph Proudhon. Autour d’une table, Karl Marx est en train de mettre une pilée aux échecs au libertaire russe Mikhaïl Bakounine, sous le regard amusé de son compère Friedrich Engels et de sa femme Jenny Marx, née von Westphalen et issue de la vieille noblesse teutonne. Marx et Proudhon se toisent en grands fauves, devisent des « partisans allemands de la critique critique », que Marx et Engels viennent d’étriller dans un livre qu’ils ont décidé de nommer « Critique de la critique critique » (rire général sur le titre de cet ouvrage, qui deviendra La Sainte Famille). Sur ces entrefaites entre Moritz Hess, figure tutélaire des hégéliens de gauche, retour du Louvre, accompagné de sa femme Sybille, dont tout porte à croire qu’elle a accordé ses faveurs au jeune et impétueux Engels, et qui approuve en badinant l’avis de Proudhon sur la révolution comme « secousse ».

On en restera là de cette scène, qui résume à elle seule les défis soulevés par le film. D’un côté, une ribambelle de « monuments », dont l’œuvre et l’influence mobilisent quelques tonnes de littérature critique. De l’autre, une tentative de les naturaliser dans un récit qui ne renonce ni au trivial ni au romanesque. Au milieu, des acteurs qui luttent pour alléger leur personnage du poids de la reconstitution, de l’idéologie et de l’histoire, tâche ardue tant Raoul Peck, qui aime à se couvrir et à varier les points de vue, éprouve leur spontanéité par un nombre considérable de prises. Nommons-en quelques-uns : August Diehl, acteur réputé en Allemagne, est Marx ; Stefan Konarske, son jeune challenger, est Engels ; Olivier Gourmet, qu’on ne présente plus, est Proudhon.

La fin du tournage semble difficile pour certains d’entre eux, contraints par surcroît de se lever tous les jours à cinq heures du matin lors de cette ultime semaine. Diehl, qui semble fraîchement sorti de l’Actors Studio, est rentré en dedans de lui-même, en osmose intellecto-chimique avec le génie ombrageux de son modèle, et semble porter le poids du Capital sur ses épaules. Konarske, à l’opposé, est un blond feu follet, folâtrant sur le plateau et en dehors, vantant à qui veut l’entendre sa lassitude de l’Allemagne, la liberté et la grâce de la France, où il a élu domicile. Gourmet, plutôt solitaire en ces terres germaniques, assouplissant ses muscles entre deux prises, assure l’essentiel comme à l’ordinaire. Tous tombent d’accord pour tenter de rendre vivant leur personnage en oubliant l’histoire intellectuelle, et pour convenir néanmoins que la pensée de ces jeunes hommes en colère contre l’ordre social de leur temps tombe à point dans notre époque.

  • Aucun d’entre eux n’entretient toutefois à l’égard de Marx la ferveur et le lyrisme de Raoul Peck. Sans les nécessités du lendemain, alors que nous le rencontrons en début de soirée, il est probable que la nuit entière y serait passée. Son parcours explique en partie cette passion. Naissance à Port-au-Prince (Haïti) en 1953, enfance à Leopoldville (aujourd’hui Kinshasa), au Congo, pour fuir la dictature Duvalier avec ses parents, études d’ingénieur en Allemagne, puis de cinéma. Une œuvre très engagée s’ensuit. L’Homme sur les quais (1993), sur le début de règne de Duvalier ; Lumumba (2000), sur la figure assassinée de l’indépendance congolaise ; Quelques jours en avril (2005), une série HBO sur le génocide rwandais. entre-temps, Raoul Peck aura été ministre de la culture en Haïti. Depuis 2010, il assume les fonctions de président de la Femis.

    Ce Jeune Karl Marx est pour lui une longue histoire : « Marx, c’est d’abord ma propre jeunesse. Je le lis depuis l’université, en Allemagne, où on l’enseigne. C’est un penseur et un théoricien exceptionnel, un puits d’érudition et un génie dans son siècle. C’est une plume incroyable, qui invente une langue. Il n’a rien fait d’autre que d’analyser la société capitaliste, et de montrer que le seul profit la régule. Toute société, pense-t-il, est déterminée par ses modes de production. Voilà qui me semble riche d’enseignements et de conséquences, plus encore peut-être à notre époque qu’à la sienne. Ma première tentative de le mettre en scène date d’il y a dix ans. C’était une commande de docu-fiction pour Arte, mais je n’étais pas content de mon traitement. Le sujet n’est pas simple : c’était trop lourd, trop compliqué… »

    Il y reviendra donc, avec l’aide de son complice en écriture Pascal Bonitzer, pour un projet cette fois de pure fiction, qui se limite aux années de jeunesse, 1843-1848. La période s’achève avec la rédaction du Manifeste du Parti communiste, qui prône une conception matérialiste de l’histoire et jette les bases d’un mouvement ouvrier unifié international. Roberto Rossellini, comme Peck l’a découvert au cours de ses recherches, avait en son temps entretenu ce projet. Les deux hommes potassent la correspondance, ainsi que les cours de Raymond Aron au Collège de France, le philosophe s’étant intéressé à cette période. But de l’opération : « Tenter non de faire un biopic, qui n’est que la réduction hollywoodienne d’une histoire générale à un destin privé, mais d’incarner par l’émotion une histoire intellectuelle qui regarde encore notre temps. »

    Même tonalité chez Pascal Bonitzer : « L’enjeu émotionnel était fort : il fallait absolument montrer un Marx différent de l’icône de la maturité, sombre et compassé. Notre Marx est un jeune homme qui cherche, à la fois arrogant et génial. Engels est, quant à lui, une sorte de play-boy intellectuel. Il nous fallait donner un petit coup de jeune à tout ça, parce qu’à relire aujourd’hui Le Manifeste du Parti communiste, on est stupéfait de la modernité de ce texte, qui nous parle plus de la frénésie du capitalisme financier d’aujourd’hui que de celui de son époque. Marx est résolument moderne ! Relisez Lamartine ou Hugo, et comparez. »

    Car il y a évidemment, derrière ce film, la croyance que la pensée de Marx, par-delà les fléaux politiques qui se sont réclamés de sa pensée, serait toujours utile aujourd’hui : « Le ton a changé depuis la crise financière, précise Raoul Peck. Nous vivons une révolution comparable à celle de l’industrialisation, il y a une résurgence de l’intérêt pour Marx. La recherche, au milieu d’un grand désarroi, d’une méthode d’analyse qui nous permette de penser le monde. » Le film n’aura d’ailleurs pas échappé aux rapports de production : la société Agat Films engage un budget de 9 millions d’euros, avec la société Rohfilm comme coproducteur allemand. Le budget, rapidement ficelé en France, a été « un enfer » à trouver en Allemagne, où Marx n’éveille pas forcément de bons souvenirs. Le tournage s’est également révélé laborieux, dans un pays où, contrairement à la souplesse et à la débrouille en vigueur en France, la hiérarchisation des fonctions et le respect du devis sont appliqués sans égards pour le projet. Il se murmurait enfin qu’une lutte de tempéraments aurait opposé, sur le plateau, le réalisateur à son acteur principal. Ainsi se vérifie qu’en ce bas monde, vouloir l’égalité du genre humain condamne à un éternel exil.

 
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Publié par le juillet 12, 2017 dans CINEMA, HISTOIRE

 

Song to song: j’ai été obligée de mettre mes lunettes de soleil dans la salle obscure

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Je viens d’aller voir le film de Terence Malik: Song to song. Que vous dire,?il est clair que i ce scénario, une histoire de couples qui s’échangent, se croisent avec d’autres, s’autodétruisent et se retrouvent n’est pas de ceux qui me tiennent vissée sur mon siège. Et pourtant  une fois de plus je suis totalement prise par la manière dont le cinéaste m’entraîne dans des émotons visuelles, des angles inouïs de prise de vue pour offrir des images à couper le souffle, et vous entraîner dans des expériences sensibles. On est perdu et on tente d’accrocher des fragments pour reconstituer une histoire et peu à peu on est pris dans un romantisme échevelé. Il y a un personnage qui tient le fil de la narration, c’est Faye (Rooney Mara) qui espère une carrière de musicienne et s’est attachée à un producteur Michael Fassbender quand elle rencontre un musicien au coeur pur et doué Ryan Gosling. Et à partir de ce triangle classqiue viennent se greffer d’autres personnages avec lesquels se multiplient dialogues et situations érotiques. Peu à peu on s’habitue à ce kaleidoscope. Dit comme ça ça n’a l’air de rien, mais il y a les images fabuleuses, plongeantes tournantes et la musique qui vous poursuit et vous tient rivée sur le siège pendant que défile l’interminable générique de fin.

En fait j’avais décidé d’inaugurer avec Terence malik mon tout récent regard, le cinéaste ne m’a jamais déçue dans son art de capter la lumière comme celui de prendre les gestes et les regards, de créer des formes géométriques… Les couleurs m’étant restituées je m’étais dit qu’il fallait inaugurer cet oeil débarrassé de la cataracte avec cet impressionnisme somptueux, cet art de la camera qui fait songer à Dziga Vertov, avec une profusion d’angles et de perspectives, des gestes, des éléments l’eau, la pierre, le bois, le feuillage. Je n’ai pas été déçue mais c’était si fort que j’ai eu peur et je me suis mis dans la salle obscure les lunettes de soleil devant cet éblouissement. J’avais tout à coup peur que le film attaque mes yeux… C’est dire…

Alors si vous avez envie d’éprouver de telles sensations franchement laissez vous aller et ne cherchez rien d’autre…

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le juillet 12, 2017 dans CINEMA

 

portraits de Cézanne au musée d’orsay et en supplément Straub et huillet

Cézanne

Tiré de Ce qu’il m’a dit…, dialogue entre Paul Cézanne et Joaquim Gasquet, chapitre du livre Cézanne (1921) de Joachim Gasquet. 0h48.

dvd aux Editions Montparnasse

Deux panoramiques sur Aix avec en arrière plan la Montagne sainte Victoire. puis une photographie de Cézanne avec la lecture off :

« L’art est une harmonie parallèle à la nature. Ne pas passer ni trop haut ni trop bas rassembler les lignes et les formes pour construire de l’éternel… Ne pas penser, faire silence, être un écho parfait.

Quand je peins ma Vieille au chapelet, je vois un « ton Flaubert » une couleur bleuâtre et rousse qui se dégage de Madame Bovary. Mais ce grand bleu-roux ce n’est qu’une foi l’oeuvre finie, la vieille servante aux comices agricoles, que je me rend compte que j’ai représenté une face rousse et un tablier bleuâtre.

Extrait de 7minutes 20 de Madame Bovary de Renoir, avec tout le début de la bobine des comices agricoles : Emma avec sa fille, présentation de Rodolphe, puis séquence de la vieille madame Leroux qui reçoit, pour 54 années de service dans une ferme, une médaille d’argent avec, enfin, la discussion entre Emma et Rodolphe qui lui propose de faire du cheval.

Retour à la montagne sainte Victoire puis à la Nature morte aux oranges avec ce commentaire célèbre : « Le cerveau de l’artiste est une plaque sensible. Mais des bains l’ont préparé : , l’étude, la méditation, l’étude, le soleil, l’incarnation du soleil sur le monde… Pour les progrès à réaliser, il n’y a que la nature. L’œil devient concentrique à la regarder…. Je veux dire que dans une orange, dans une pomme, une boule, une tête, il y a un point culminant et ce point est toujours malgré le terrible effet lumière ombre sensation colorante, est toujours le plus rapproché de note œil. Les bords des objets fuient vers un centre placé à notre horizon. J’ai écrit à un peintre qui en fait des théories… Traiter la nature par le cylindre la sphère le cône. Le tout mis en perspective soit que chaque coté d’un objet d’un plan se dirige vers un point central les lignes parallèles à l’horizon donne l’étendue.

Extraits de 4’30 puis 5′ de La mort d’Empédocle (?).

Succession de tableaux de Cézanne : Les couleurs sont l’expression à la surface de la profondeur. Le dessin est lui tout abstraction… Je peins mes natures mortes pour mon cocher qui n’en veut pas…

Ce film, magnifique leçon de peinture, est présenté dans les salles en premiere partie de Noir Péché. Les tableaux ont été filmés aux National gallery de Londres et d’Ecosse d’Edinbourg, au kunstmuseum de Bâle, au Petit Palais, au Courtaud insitute, à la Tate gallery et au cabinet des dessins du Louvre. La voix de Jean-Marie Straub pose les questions au nom de Joachim Gasquet et celle de Danielle Huillet répond longuement pour Paul Cézanne.

critique du DVD
Editeur : Montparnasse, avril 2009. Format : 1.37.
critique du DVD

Coffret Straub – Huillet, volume 4.

DVD 1 : Amerika – Rapports de classes. DVD 2 : Cézanne, Une visite au Louvre. DVD 3 : En rachâchant, Lothringen, Humiliés

 

 

ON THE MILKY ROAD d’Emir Kusturica : la critique du film

Sortie cinéma ce mercredi …

note 4 -5
Carte d’identité :
Nom : Na mlečnom putu
Père : Emir Kusturica
Date de naissance : 2016
Majorité : 12 juillet 2017
Type : Sortie en salles
Nationalité : Serbie, Angleterre
Taille : 2h05 / Poids : NC
Genre : Drame, Guerre, Romance

 

Livret de famille : Monica Bellucci, Emir Kusturica, Predrag ‘Miki’ Manojlovic, Sloboda Micalovic…

Signes particuliers : Emir Kusturica revient avec un bijou de passion, de beauté et d’humanité.

LE CHARME DU CINÉMA DE KUSTURICA OPÈRE TOUJOURS

LA CRITIQUE DE ON THE MILKY ROAD

Résumé : Sous le feu des balles, Kosta, un laitier, traverse la ligne de front chaque jour au péril de sa vie pour livrer ses précieux vivres aux soldats. Bientôt, cette routine est bouleversée par l’arrivée de Nevesta, une belle réfugiée italienne. Entre eux débute une histoire d’amour passionnée et interdite qui les entraînera dans une série d’aventures rocambolesques.

Dix ans. Cela faisait presque dix ans qu’Emir Kusturica n’avait plus signé de long-métrage de cinéma. En 2008, il s’était illustré avec son documentaire consacré à Maradona. En 2012, il avait participé au film choral Words of Gods. Mais on attendait toujours de retrouver le serbe aux commandes d’une folie doux-dingue comme lui seul en a le secret. L’attente a été longue, mais payante. Aujourd’hui, Kusturica refait surface avec On the Milky Road, drame de guerre romantique emmené par Monica Bellucci et lui-même, qui cumule pour la première fois de sa carrière, la double-casquette d’acteur-réalisateur. Présenté à la dernière Mostra de Venise, On the Milky Road prouve que le cinéaste n’a rien perdu de son talent dès qu’il s’agit de nous embarquer dans un univers animé par la passion du conte loufoque.

Dans On the Milky Road, il y a un laitier un peu lunaire qui joue du xylophone, un faucon fidèle qui sait danser, un serpent qui boit du lait, une poule qui se cogne dans un miroir toute la journée, une horloge détraquée qui blesse les gens, une jolie demoiselle qui fait des pirouettes sur la musique de Flashdance, une réfugié italienne dont la beauté est une source de problèmes, un frère militaire avec un œil bleu… Mais au-dessus de ce monde plein de vie et de fantaisie drolatique, il y a surtout la guerre qui défigure l’ex-Yougoslavie. Tout le monde semble y être habitué, et c’est sous le feu des balles que la vie suit son train entre mariages, musiques, bombes, soldats et tâches domestiques. Décidé à refermer cette page qui aura marqué son cinéma (personne n’a oublié l’incroyable Underground), On the Milky Road sera le dernier film de Kusturica consacré à la guerre. Et quel film ! Inspiré de trois histoires réelles revisitées avec l’œil fantaisiste de son auteur singulier, On the Milky Road est une petite sucrerie emblématique du style Kusturica, qui ne manquera pas de ravir les fans du metteur en scène. Il y a la guerre et les soldats certes, mais il y a aussi des animaux, de la musique, de la joie, de la mélancolie un peu, ce ton décalé délicieusement ubuesque, ce parfum romanesque qui emporte tout… Et il y a surtout cette extravagance chaleureuse et passionnée, cet amour de la vie haute en couleur, qui porte l’existence entre frénésie surréaliste et douce tristesse légèrement amère.

Débridé comme toujours chez Kusturica, le récit de On the Milky Road pourra dérouter les non-initiés et les réfractaires à un cinéma non-conventionnel. Car dans l’univers magique du père d’Underground, rien n’est classique, tout n’est pas forcément terre à terre, et le pouvoir de l’imaginaire prend souvent le dessus sur le concret. Porté par une verve comique à la succulente incongruité, On the Milky Road tend les bras au songe gentiment rêveur, et le conte de fée chimérique où un homme et une femme tombent amoureux, se métamorphose en une fable sur un monde déréglé qui étouffe la beauté sous le poids d’une cruelle et absurde violence. Dans une nature aux paysages sublimes abimés par la folie de la guerre, les deux tourtereaux magnifiques de l’histoire s’élancent pour échapper à leurs poursuivants en clamant leur amour à la face du monde. Kusturica illustre cette course-poursuite (tardive puisqu’elle n’intervient qu’à mi-parcours du récit) avec une créativité foisonnante, qui multiplie symboles et métaphores sur le fond comme sur la forme. Car finalement, si On the Milky Road est aussi loufoque, c’est bien parce que notre monde moderne n’a plus rien de logique, et derrière l’humour et la joie qui habitent le film, se cache la peinture tragique de ce triste détraquement, incarné dans cette horloge folle que l’on tente de réparer sans succès. Véritable déclaration d’amour au cinéma et à la vie, On the Milky Road est un petit régal doux-amer qui bouillonne de passion, qui se laisse parfois un peu trop emporté dans son exaltation, mais qui témoigne d’une générosité de cœur tellement attachante. Le tout au rythme mélodique d’une bande originale formidable !

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

 
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Publié par le juillet 10, 2017 dans CINEMA

 

1934 : LA NUIT DES LONGS COUTEAUX

Ces articles pour le moins complaisants sur le « chancelier Hitler » qui en aurait terminé avec les éléments « extrémistes » (entendez rêvant d’égalitarisme socialiste) laissent entendre un soupir de soulagement (plutôt Hitler que le Front populaire, dit la canaille capitaliste hier comme aujourd’hui). Les respectables SS ont succédé aux populistes SA. Ce retour en arrière me permet également de vous signaler qu’aux alentours du 30 novembre 2017, une version restaurée des « Bourreaux meurent aussi » de Brecht et  Lang va être diffusée dans les salles d’art et d’essai. Je vais participer au lancement à Paris à partir de mon livre, si vous souhaitez que je vienne dans votre ville, faites le moi savoir (note de Danielle Bleitrach)

Publié le 02/07/2017
Illustration : Le Petit Journal du 3 juillet 1934 – Source RetroNews BnF

 

DANS LA NUIT DU 29 AU 30 JUIN 1934, HITLER, AIDÉ PAR LES SS DE HIMMLER, SE LIVRE À UNE RÉPRESSION BRUTALE ET SANGLANTE DES EXTRÉMISTES DE SON PROPRE PARTI, RASSEMBLÉS AUTOUR DES SA DE RÖHM.

Dans la nuit du 29 au 30 juin 1934, puis dans les jours qui suivent, Hitler élimine les sections extrémistes de son parti rassemblés autour des SA de Röhm, grâce au concours des SS et de leur chef Himmler. En France, les informations officielles qui parviennent d’Allemagne sont scrutées avec une grande attention.

Le journal La Croix consacre sa une aux « graves événements d’Allemagne » et revient longuement sur la situation outre-Rhin telle qu’officiellement rapportée :

« Autant qu’on en peut juger par les renseignements officiels, les seuls qui soient encore transmis, le chancelier Hitler a eu à faire face à un mouvement de ses sections d’assaut, dirigées par les chefs de cette organisation, forte d’un million d’hommes. Elles voulaient, profitant du mécontement général, renverser le chancelier lui-même et son gouvernement, et instaurer, à la place, un pouvoir socialisant.

Ce sont, en effet, les éléments extrémistes de gauche du parti qui s’agitaient. Ils reprochaient au Führer et à ses lieutenants immédiats, Goering et Goebbels et autres, de ne pas réaliser la partie socialiste du programme du national-socialisme, mais, tout au contraire, de pactiser avec les industriels et les classes bourgeoises. Devant le « putsch » qui se préparait, Hitler n’a pas hésité une seconde. Avec une netteté de décision remarquable et une audace de volonté qu’il faut souligner, il s’est lancé lui-même dans l’aventure, en attaquant personnellement de front le chef de la conspiration, le capitaine Roehm, commandant suprême des sections d’assaut. Puis des arrestations en masse, et des exécutions immédiates de plusieurs responsables ont paralysé, sur-le-champ, toute tentative de soulèvement. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/la-croix/03-juillet-1934/106/673827/1

En réalité, cette prétendue tentative de coup d’État de Röhm a été inventée de toutes pièces par Heinrich Himmler, Reinhard Heydrich et Hermann Göring. La purge permet à Hitler de réduire à néant toute velléité d’indépendance de la SA et d’avoir le champ totalement libre dans la perspective de la succession du président du Reich, Paul von Hindenburg.

La presse internationale et française condamne quasi-unanimement cette répression brutale et sanglante. On évalue à 85 le nombre d’assassinats, en majorité des nazis de la première heure et notamment Ernst Röhm, chef des SA. Dans Le PopulaireLéon Blum écrit à propos d’Hitler :

« Jamais il n’a témoigné d’une férocité plus calculée, plus volontaire et par là même plus répugnante. […] Et que dire de cette débauche de sauvagerie dans l’assassinat de von Schleicher et de sa femme, des fusillades en masse pour des motifs inconnus et invérifiables qui laissent apparaître une sorte de manie sadique dans la cruauté ? […] Jamais le racisme hitlérien ne m’est apparu plus nettement comme l’ennemi de toute civilisation, de toute moralité, de toute paix humaine. Jamais je ne me suis senti plus profondément pénétré de la certitude que l’extirpation du racisme, du fascisme, de tout ce qui y ressemble ou y tend, est comme un devoir préalable de rédemption par lequel l’humanité doit se rendre digne d’elle-même. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-populaire/03-juillet-1934/110/1189613/1

Dans Le Tempson peut lire :

« C’est une affaire de police des mœurs. On y sent la culpabilité, la trahison, l’hypocrisie. Ces cadavres sont exhibés dans la fange et les meurtriers se sont ménagés un alibi. […] Vieille Allemagne ! Des gens qui te savaient impudente et cruelle disent pourtant que tu n’as pas mérité ça. »

Après la mort du président du Reich, Hindenburg, le 2 août 1934, Hitler cumulera les fonctions de chef de l’État, du gouvernement, du parti nazi et de commandant suprême des forces armées.

 
 

La chute de Berlin, appel à participation…

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Quelqu’un se souvient-il de ce film ? Aurait-il la cassette ou le DVD (avec sous-titre en français ou à la rigueur en espagnol… Critiques de l’époque : 1948 en Russie et 1950 en France? Bref je cherche tous renseignements sur le sujet? Demain je me fais opérer d’un oeil et dans une semaine l’autre donc je vais interrompre ce blog, mais je vous propose néanmoins pour ceux qui auraient des informations sur ce film de les noter ici.

 
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Publié par le juin 29, 2017 dans CINEMA