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Archives de Catégorie: CINEMA

A propos d’une épidémie, l’humanité peut-elle apprendre à connaître ?

Cannes 2019 : SÉJOUR DANS LES MONTS FUCHUN

Regardez sur les plateaux de télévision actuellement la différence d’attitude entre les chercheurs scientifiques qui nous parlent de l’épidémie du coronavirus et les politologues qui s’affirment spécialistes de la Chine, sans parler de ceux qui ont lu deux ou trois articles sur ce pays et qui mènent souvent le débat. Ceux-là nous infligent leur vision du « péril jaune » incontestablement aggravé par le fait qu’il est rouge. La manière dont la Chine a mis en quarantaine des villes énormes, le vide qui s’est créé dans les rues et les hôpitaux construits en quelques jours provoquent non pas l’admiration, mais l’inquiétude légitime chez ceux qui ne sont pas informés. Outre le fait qu’ils ont le sentiment d’être confrontés à une fourmilière d’anonymes dirigés par le big brother habituel. Face à ce mouvement spontané d’inquiétude qui est celui de la population, quelles sont les réponses médiatiques?

Il existe une catégorie particulièrement pernicieuse de gens qui se disent informés puisqu’ils occupent les médias et qui en profitent pour faire passer leur haine de la Chine, leur anticommunisme primaire. Ces gens là sont souvent les mêmes qui non seulement s’estiment compétents sur tout mais qui souvent dénoncent le complotisme des réseaux sociaux. Dans cette affaire, comme dans d’autres, ils le pratiquent sans état d’âme en utilisant leur place d’éditorialistes bien vus du pouvoir et des groupuscules médiatiques. Alors que les scientifiques qui souvent sur le même plateau mènent un discours parallèle et ignorent les remarques précédentes des sinologues autoproclamés, donnent le visage d’une véritable collaboration, d’une écoute mutuelle et d’une transmission d’information. Ils annoncent avec joie les résultats en France, en Chine aux Etats-Unis. Ils rationalisent les dangers sans pour autant nous faire baisser notre garde, pour aujourd’hui et pour demain.

Le véritable problème n’est plus la Chine alors, il est le sous développement. Des pays entiers qui ne peuvent être mis en veille sanitaire et qui n’ont pas les laboratoires, les hôpitaux qui peuvent isoler. Les échos de transmission du virus proviennent tous de pays développés, que se passe-t-il dans ceux où la surveillance est insuffisante, les voyageurs dont on ignore tout. On ne peut pas nier les migrations, il faut gérer avec humanité, soigner, prévenir.

L’autre problème est la capacité qu’a un pays à imposer à sa population la discipline extraordinairement contraignante des mises en quarantaine de masse. Certains urgentistes qui font des simulations sont aujourd’hui confrontés à cette inconnue que la Chine traite à une échelle inouïe, celle de l’ensemble de la population française.

Il y a là quelque chose de l’avenir de l’humanité, comment créer chez les êtres humains ce désir véritable et attentif de ce qu’est l’autre, la formation à la connaissance et le contraire de la rumeur destinée à conforter les stéréotypes.

De la méthode, apprendre à lire, à voir, à penser autrement… Et je suis de plus en plus inquiète, il me semble qu’il faudrait apprendre à lire, à voir, à entendre, cultiver nos sens pour les affiner jusqu’à ce qu’ils contribuent à eux aussi s’ouvrir à la mondialisation, en partant de ce que nous sommes. Mais aussi pour provoquer ce que nous avons d’irremplaçablement humain face aux conquêtes de l’intelligence artificielle. S’ouvrir à quelle mondialisation? Peut-être faudrait-il là aussi ouvrir le dialogue avec ce que la Chine tente de nous dire : « Construisons ensemble une communauté de destin », dit Xi Jinping dans ce livre que j’ai le privilège de lire avant qu’il soit diffusé en France. C’est-à-dire, restons ce que nous sommes avec nos valeurs propres, nos mœurs, mais cherchons entre nous les points d’intersection qui garantissent progrès et sécurité pour l’ensemble de l’humanité.

Apprendre à lire par exemple, à se documenter réellement, à la manière de ces chercheurs et a contrario de ces éditorialistes qui n’ont plus le temps que de paraître. « Tirer d’un livre jusqu’à la dernière goutte de substance est un art presque aussi difficile que celui d’en écrire un. Lorsqu’on a appris à le faire, un seul livre profite autant que des centaines. » Henry Miller.

Je suis d’autant plus d’accord avec cette remarque que personnellement je ne connais que deux manières de lire. La première que j’ai pratiquée depuis ma plus tendre enfance consiste à recopier les livres que je lis. Il m’est arrivé dans les bibliothèques de recopier durant des mois des livres et j’en ai encore un doigt déformé avec une boule que même la pratique de la machine à écrire puis de l’ordinateur n’a pas totalement résorbé. L’autre manière qui m’a gagnée à l’adolescence a été de prétendre écrire un livre et de se documenter.

C’est pour cela que j’aimais tellement l’année de maîtrise et la direction de ce premier acte de recherche pour mes étudiants. Je suivais leur propre exploration non seulement sur le terrain mais dans leur sollicitation de documents, d’archives et d’auteurs. Certains apprennent à réellement lire pour la première fois et ils le font à partir d’interrogations sur la réalité d’un terrain, ils ne tentent pas de conforter leurs opinions mais en les construisant, ils se remettent en cause et ils s’enrichissent.

Si je suis obligée de recopier des livres entiers, c’est que je suis une visuelle, le sens me parvient par le sens regard mais ce qui me pousse, moi comme tant d’autres à lire, à me documenter est pourquoi le nier une sorte de transcendance typiquement humaine. Comme le disait récemment François Cheng dans une émission de la grande librairie, la quête du beau est quête du sens. Ce mot français, « le sens » une sorte de diamant à multiples facettes: le sens qui est une direction, un mouvement de votre propre transformation, le sens qui est non seulement un contenu mais l’essentiel de ce contenu, sa substance. Le sens qui est l’instrument privilégié de votre compréhension, la sensualité, et pour moi c’est l’oeil d’abord et après le goût.

La connaissance est recherche et celle-ci est quête de l’autre, de ses potentialités, de l’échange. A partir de cette réflexion de François Cheng, s’impose à moi le film « séjour dans les monts Fuchun », tous ces sens sont magnifiés dans ce film et cela vous permet à la fois de vous ouvrir à une autre civilisation, à son irréductible étrangeté et dans le même temps avoir avec elle le contraire des stéréotypes ambiants, l’hostilité, la peur, la manière de plaquer ce que nous avons de pire sur ce que nous découvrons. Cette manière de croire savoir parce que nous refusons le temps de connaitre.

Il y a là quelque chose de l’avenir de l’humanité, comment créer chez les êtres humains ce désir véritable et attentif de ce qu’est l’autre, la formation à la connaissance et le contraire de la rumeur destinée à conforter les stéréotypes. Ce qu’on trouve à l’état embryonnaire dans l’art, dans la recherche scientifique, malgré les mises en concurrences, les contraintes du profit comment peut-il devenir la communauté de destin de l’humanité?

C’est en quelque sorte le contraire de ce que favorisent les réseaux sociaux, les like après un article dont on a vaguement lu le titre et quelques lignes, parce que c’est le seul intérêt que l’on puisse avoir pour votre interlocuteur que celui d’un post où tout ce qu’il a à vous dire tient en une phrase qui a le bon goût de confirmer vos idées reçues sur la question. Et pourtant il y a un désir de savoir.

J’ai cru longtemps que la politique était la voie royale de cette connaissance qui part de nos intérêts pour atteindre ceux de l’humanité, je pense que telle qu’elle se présente aujourd’hui elle reste incontournable mais mérite d’être considérée aussi dans ses limites actuelles, le fait qu’il existe un état de la science qui a besoin de mondialisation, d’investissements collectifs, la force productive du travail et que celle-ci ne trouve pas les rapports sociaux, les institutions à la mesure de ses avancées potentielles dont l’humanité a besoin pour sa survie. Le fait que lutter contre les entraves a d’abord une dimension nationale, comme la lutte contre l’épidémie, mais que ce qui est recherché en terme de coopération est international. Quelle force politique est en capacité de penser cette contradiction et son dépassement?

Danielle Bleitrach

 

L’histoire falsifiée est comme une vierge de Nuremberg

je pense que j’ai réussi à plus ou moins m’abstraire de la souffrance que m’infligeaient les adhérences à la politique de cette période complexe où se produit un ébranlement général des institutions, des représentations à travers lesquelles vous continuez à percevoir le monde. Cela avait pris la forme obsessionnelle de la torture que représentaient diverses célébrations dans l’année 2020, celle de la victoire sur le nazisme, celle de l’histoire du pCF. J’ai vécu comme une souffrance abominable ce qui était en train de se préparer, la médiocrité, le mensonge comme si ma vie entière était enfermée dans une vierge de Nuremberg…

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J’étais obsédée par des références qui aurait bien étonné mes lecteurs, empruntées à ma studieuse jeunesse, quand j’avais fui à la fois le lycée et des parents en train de divorcer en me prenant plus ou mois en otage de leurs propres interprétations de l’origine de leurs frustrations les plus intimes . je m’étais réfugiée dans la bibliothèque de la place Carli à Marseille, c’était si apaisant, ses boiseries blondes tapissées de livres reliés et des rais de lumière qui tombaient des hautes fenêtres, avec des mouvements de  neige de la poussière qui me faisaient songer au de rerum naturae de Lucrèce que je lisais avec passiin, en découvrant la poèsie du matérialisme (plus tard j’ai lu le texte que marx avait consacré à cet atomisme matérialiste et à Epicure dans sa thèse … )

Mais revenons à la découverte que je fis alors de la partialité de l’Histoire. Il y eut le cas de Néron, je découvris Suétone, la vie des douze césars comme le satyricon de Pétrone, j’en rougis encore, je dois beaucoup de mes connaissances sexuelles (hors normes) à ces ouvrages comme aux Mille et une nuits non expurgées très explicites mais plus traditionnelles.

Mais peu à peu me vint des doutes sur   la manière dont  Suétone, cet archiviste de l’empereur Hadrien avait fabriqué la vie des 12 césars. « À la mort de Pline le Jeune, en 113, Suétone s’attache à un nouveau protecteur, Caius Septicius Clarus, qui lui obtient sous Hadrien l’importante fonction de secrétaire ab epistulis latinis5 (c’est-à-dire responsable de la correspondance de l’empereur en langue latine). Cette charge permit notamment à Suétone d’avoir accès aux archives impériales. Il rédige alors son premier livre, le De viris illustribus (paru vers 113). Entre 119 et 122, paraît la Vie des douze Césars, point culminant de sa carrière. » Il avait donc accès aux sources mais c’était aussi un membre de l’ordre equestre, un réactionnaire qui regrettait le temps archaïque du Sénat et qui voyait dans l’empire romain le triomphe de la plèbe sur l’aristocratie et il avait littéralement fabriquée une histoire salace où les vices des empereurs et de leurs épouses (Agrippine, Messaline, Popée, etc..) de leurs gitons étaient utilisés pour appuyer sa cause.

Cette falsification systématique de l’histoire par des clerc, non seulement appointés par les puissants mais qui nourrissaient en secret   des nostalgies de petits bourgeois fascisants  m’incita à me méfier. Je découvris grâce à une histoire de l’Antiquité publiée aux éditions de Moscou que Socrate pervertissait peut-être effectivement la jeunesse, dans cette histoire je découvris qu’Athènes occupée par Sparte avait été la proue d’un régime de collaboration très durs, les trente Tyrans, dont un certain nombre comme Critias et Alcibiade avaient trahi leur patrie.  Même Platon n’est pas clair. Ensuite je découvris le même travers réactionnaire chez Marc Aurèle et les Stoïciens, bref la plupart des héros que l’on m’apprenait à respecter et dont j’étais gorgée dans mes études classiques s’avéraient des ennemis des petits et des défenseurs d’une élite rapace, quand ils n’étaient pas comme Charles parrain décrit marc Aurèle, de fieffés imbéciles incapables de percevoir la fin du mode de production esclavagiste… Je commençais à traduire des textes mis à l’index par exemple Julien l’apostat et j’ai préparé mon baccalauréat durant deux années seules en fabriquant mon propre programme de lecture. J’ai eu des notes si transcendantes en français, philosophie, histoire, latin et même grec, que cela me permit de surmonter les 0,5 ou 0,25 que je recevais fréquemment en maths, physique et anglais.

Ce long détour pour vous expliquer les conditions personnelles dans lesquelles je prenais position en Histoire. la découverte de marx fut un bonheur de chaque moment parce qu’avec les immenses moyens intellectuels qui étaient les siens, il procédait de même et mieux me fournissait une méthode pour classer les faits sociaux.

pendant très longtemps le pCF fut le lieu où j’alimentais mon goût pour l’histoire et la lutte contre le révisionnisme des puissants.Mais depuis vingt ans ce temps est terminé et j’ai vécu jusqu’au paroxysme de ces dernières semaines la souffrance de me retrouver aussi seule, aussi démunie que quand adolescente j fuyais l’incompréhensible folie des adultes dans les bibliothèques…

Je me disais, ils vont réussir à inventer comme Suétone, et il créeront des Lorent deutsche et des Stéphane berne pour faire de Staline la même monstruosité qu’Hitler… Tout m’était douloureux y compris ces phrases jetées sans y penser à propos de macron, quand gérard Miller croit devoir nuancer le propos en expliquant qu’il n’est certes pas Hitler Mssolini … et Staline… de la part d’un ancien mao qui n’est pas le pire quelle acceptation.

Le pCF, y compris la nouvelle direction était devenue massivement inculte, considérant comme secondaire ce trafic des mémoires contre lequel se rebellaient heureusement les Russes.

Mon propre livre de mémoires avait disparu dans la tourmente, il ne m’intéressait plus beaucoup, je l’avais peut-être écrit pour des gens qui n’existaient plus. Je n’avais même plus envie d’en assurer la promotion tant je le considérais comme mal ajusté à l’état réel de la situation…

J’ai décidé alors d’aller jusqu’au bout, je me suis remise comme au temps où j’allais dans la bibliothèque de la place Carli de recopier des livres (je crois qu’à cette époque en une année j’ai recopié des volumes entiers… Le dialogue est beaucoup plus fructueux quand on recopie la pensée de quelqu’un, quand chaque mot est ainsi pesé.

Puis j’ai retrouvé le cinéma, en particulier des films chinois. Il y avait le début de l’épidémie, les énormités qui se disaient, les Chinois qui prenaient des mesures de quarantaine légitimement accusés de « totalitarisme »,ce qui était d’une incroyable stupidité… et il yavait dans le même temps la découverte de la société, mieux de la sensibilité individuelle et collective chinoise d’abord dans « l’adieu » de wang lu, ensuite le magnifique « Séjour dans les monts Fuchun » de Gu xiaogang.

Magnifique bien sur parce que comme tout cinéma, il est espace et temps et celui-ci nous est une découverte, celle d’une peinture classique, un rouleau du XIIème siècle (le jour de Qinming au bord de la rivière) un perspective sans pont de fuite ou des points de fuite multiples (montagne et eau) avec de longs travelling sans fin, mais aussi le déroulement de civilités multiples depuis la vieille dame dont l’on célèbre les 70 ans jusqu’à son enterrement, avec ses enfants, plutôt de la classe ouvrière que de la classe moyenne confrontés à un monde en pleine transformation. Et ce monde chinois dans lequel le drame surgit et s’interrompt au rythme de l’histoire et de ses répercussions nous décrit des être humains complexes dans lesquels le mal et le bien coexistent. L’être humain n’est ni bon, ni mauvais, il est enserré dans des rapports sociaux et seul le collectif donne le sens global comme la relation à la nature apporte le sens véritable qui toujours  échappe.

C’était exactement le contraire des imbécillités déversés sur les plateaux de télévision… de ces commentaires superficiels qui nous rayent le coeur tant ils parlent faux, mais les nôtres sans doute ne valent pas mieux… Autant vaut s’épargner mutuellement.

Puis il y eut ce camarade qui me téléphona et me proposa de venir me chercher pour le débat de Reillanne… Nous avons parlé de l’histoire qui fut la nôtre comme déjà sur la route vers la Haute-Provence. je repensais en l’écoutant à cette remarque de genet dans Notre Dame des fleurs « ce n’est pas ta vie que tu me racontes, mais une part de la mienne que j’ignorais »… Rien ne me choquait, on riait… Puis il y eut le jeue homme rencontré dans le train au retour de béziers qui m’a recherchée, ce soir il vient chez moi avec son amie… est-ce que le moment privilégié reviendra?

Ce fut le début de l’apaisement avec la conscience que j’étais dans une zone périphérique d’un monde en train de basculer dans une nouvelle ère, qu’heureusement ou malheureusement ceux qui contribuaient volontairement ou involontairement à une révision de l’histoire  contre-révolutionnaire (il ne s’agit pas de vérité, mais bien de savoir au profit de qui se joue la ré-interprétation) n’ont pas beaucoup plus de pouvoir que moi. Ceux qui vont jusqu’à m’insulter sans m’avoir lue n’ont aucune importance, moi non plus… Mais il y a quelque chose qui nous pousse vers des valeurs qui sont encore les miennes et qui me font apprécier ces films, parce que l’être humain aura toujours besoin de vivre matériellement, de vaincre ce qui l’en empêche mais aussi de beauté comme une transcendance, le sens d’une vie qu’il doit défendre âprement en terme de survie.

je crois que par les temps qui courent il y a peu de gens pour avoir comme moi une vision non simplificatrice de ce qu’est la géopolitique et pour au contraire revendiquer une réflexion qui dépasse les personnages historiques auxquels on cherche à nouveau à ramener l’Histoire. Si l’on prétend comme c’est le cas aujourd’hui retourner aux temps de la « vie des douze Césars » ou les malheurs de Marie Antoinette, on a toute chance de se retrouver dans les aspects les plus médiocrement réactionnaires, les plus stupides de ce que nous devrions connaitre en nous engageant politiquement. Ceux justement où l’on peut limiter l’histoire d’Hitler à la folie monstrueuse et paranoïaque d’un individu sans jamais s’intéresser à ceux qui ont choisi de le porter au pouvoir, les magnats de la Rhur alors qu’après avoir connu un triomphe en juillet 1932, il avait connu un terrible reflux en décembre 1932, sans jamais avoir la majorité absolue. Et en ayant gommé ce qui donne sens à l’histoire l’identifier à son antthèse historique que l’on a fabriqué lui aussi comme un monstre sans assise sociale.

Voilà cette semaine de réflexion a consisté à retrouver les enjeux réels de ce qui fait une vie.

Voilà, ce furent huit jours importants et il faut poursuivre encore dans cette solitude attentive à ce qui surgit…

danielle Bleitrach

 

LE DEBAT DE REILLANNE ET SON MODE D’EMPLOI

VOUS AVEZ LE TEMPS ET JE VOUS LE RAPPELLERAI  FRÉQUEMMENT…

Bon je crois que vous avez compris qu’il n’y aura pas de débat autour de mon livre à Martigues le 6 février, ni d’ailleurs en aucun lieu des Bouches du Rhône… mais ce n’est pas pour autant que j’abandonne. Au fait qu’est-ce que je suis sensée abandonner ? J’ai retrouvé le temps d’être communiste, mais visiblement le PCF en tant qu’institution ne s’interesse pas à nos retrouvailles. Pour se rencontrer il faut être deux et visiblement, nous nous croisons…

J’ai décidé de poursuivre mon périple pour mieux cerner ce qui se passe, l’aventure est au coin de la rue et certains communistes pensent comme moi qu’il est temps de penser le changement de pouvoir, d’époque, et de société, ce qu’on appelait une Révolution… Il y en d’autres qui pensent comme ça…

Donc je vais aller à leur rncontre, je vais en profiter pour faire les croquis d’ambiance qui me tiennent lieu de carnet de voyage… J’ai pris la décision suivante: pour servir à quelque chose il faut que je crois à ce que je fais, que je crois qu’une rencontre avec mes lecteurs aura du sens, comme à Béziers, comme à Vénissieux,à Avignon, partout il y a eu de vrais rencontres, j’ai appris écouté, autant que commenter mes expériences, ce fut de  véritables échanges… Certainement pas avec des gens avec lesquels je n’ai plus rien de commun et qui me le font savoir jour après jour…des conformistes… terrorisés à l’idée de sortir du cadre. Le contraire de ce que je crois être le communisme.

Voici ce que j’ai reçu de la librairie Regain qui organise ma venue:

Je vous confirme la date du 29 février pour une présentation de votre livre après le film de Judith Davis.
Ce sera à la salle des fêtes de Reillanne (04) avec possibilité de manger avant (repas partagé) avec les organisateurs.

Je viendrai vous chercher au train ou au car à Manosque dans l’après-midi.
Vous serez logés à Forcalquier et je vous ramènerai au bus ou au train le dimanche après-midi., le dimanche matin, sur la place du marché où se trouve la libraire il y aura une signature de livres et un échange avec mes lecteurs.

Voici affiche et texte de présentation de la soirée… tels que les a imaginé le libraire qui m’a invitée…

Texte de présentation :
Film & débat avec Danielle Bleitrach
TOUT CE QU’IL ME RESTE DE LA RÉVOLUTION (2019) de Judith Davis par Danielle Bleitrach
« C’est un film brillant, rythmé qui a reçu le Valois du Jury au Festival Francophone d’Angoulême. Premier film d’une femme et comédienne Judith Davis ! Il a les meilleurs côtés d’un écriture féminine en mêlant intimité, critique sociale et réflexion politique sans jamais étouffer les uns ou les autres, il fait penser à certains films de Diane Kurys comme Diabolo Menthe en plus nerveux.
Le film de Judith Davis est totalement synchro avec les mémoires que je viens de publier Le Temps retrouvé d’une communiste. Livre dans lequel je fais un double constat : celui d’une vie magnifique parce que j’ai bénéficié du combat de mes ainés, de la manière dont ils ont subi la torture et celui aussi de la fin de la Révolution, l’impression d’être née trop tard, d’être de la génération qui profite de ce que les aînés ont créé dans le sang et les larmes. Une génération qui n’a pas su inventer autre chose qu’une parodie soixante-huitarde et qui a fini par tout perdre par absence de stratégie révolutionnaire. »
Danielle Bleitrach échangera après le film autour de son livre récemment paru aux éditions Delga.

MON COMMENTAIRE

Pourquoi pas? Il a lu mon livre, il en a apprécié pas mal de chapitres qui ne sont pas nécessairement les mêmes que mes interlocuteurs habituels… Il s’interroge par exemple sur celui sur le Bénin…En revanche il a sauté pourtant celui que je considère comme essentiel sur la rencontre avec Ponomarev…

je m’aperçois que chacun a sa lecture de ce livre à partir de sa propre mémoire, de son interprétation du passé mais aussi du présent et peut-être que c’est bien comme ça..Donc l’essentiel est d’être disponible comme je crois l’avoir été dans tous mes voyages… Avec une intense curiosité pour ceux avec qui j’ouvrais le dialogue. Il semble que dans les alpes des Hautes provence, il y ait comme dans le Vaucluse où je suis récemment allée une forte implantation des gilets jaunes, mais ce ne sont pas les mêmes. Dans le Vaucluse pesait le poids du Front National, ici  ‘est plus à gauche… Beaucoup de gens viennent de Marseille, d’autres se sont installés dans la campagne… Que reste-t-il du temps de Longo Maï auquel je m’étais intéressée jadis… J’aime bien les gens créant un ciné club… je leur avais proposé le Nanni moretti et celui-ci, ils sortaient de ken Loach,  ils ont préféré quelque chose de plus gai. Ils s’appellent la strada fellini? Pourquoi? je suis déjà curieuse…Et puis il y a Stephen dont je partage tant d’indignations.

Dans le fond ce qui correspond le mieux à cette image qu’il décrit de moi, celle d’un décalage par rapport à l’aspiration à la Révolution, c’est mon expédition au Mexique au Chiapas. Risquet se moquait de ces guerilleros avec des fusils en bois, comme sans doute de cette réunion de bobos dans la jungle de la Réalidad.

Oui mais moi j’y ai entendu pour la première fois Lula, j’ai découvert ce qu’il avait été fait de l’Indien, de la difficulté à interpréter leur tragique silence. Encore aujourd’hui j’ai du mal à percevoir la stratégie d’Evo Morales en Bolivie. Est-ce qu’il croit réellement que ces brutes épaisses racistes, fascistes vont leur accorder des élections démocratiques et les Etats-Unis qui veulent le lithium? Quelle est la relation entre ce temps long, cet anéantissement de l’Indien et ma propre société qui n’arrive qu’à balbutier le même  alors que tout cal fait eau de toute part, cette manière commune de s’accrocher aux institutions, à la démocratie, de ne pas concevoir le rôle de l’armée, de la police, d’un appareil répressif?

Oui cette révolution à la mexicaine est peut-être ce balancement dans ma vie entre des situations où l’on risque encore sa vie et celle où on perd faute d’une stratégie toute conscience de ce qu’est l’adversaire, un humanisme vide de sens parce qu’il nie les conditions inhumaines sur lequel l’échafaudage repose.. Oui j’ai vraiment besoin de cet échange… et puisqu’il est impossible avec ceux avec qui je l’avais envisagé partons dans un nouvel exil…

Pour mieux voir les photos appuyez sur elles jusqu’à ce qu’elles grandissent, en haut c’est l’arrivée à cheval du commandant Marcos à la Réalidad… Au milieu, je suis avec les Indiens à San Cristobal de la casas, la capitale des terres hautes, et en bas sur les ruines mayas de palanque…

comme je n’arrive pas à placer l’affiche, je vais vous déposer ici quelques phots de mon séjour au Chiapas chez le commandant Marcos…

 

 
 

Charlie Chaplin et la reconquête du Soudan

Les projections de films en plein air organisées localement à Khartoum incarnent beaucoup la révolution en cours au Soudan. Je plaide ici aussi pour que le Soudan recouvre la totalité de sa mémoire, celle du plus grand parti communiste d’Afrique, du mouvement des femmes liés à ce parti mais aussi ce qui va avec une conception de la culture de masse dans lequel le cinéma a toujours joué un très grand rôle. L’article ne prononce pas ce mot communiste, mais moi je le lis dans chaque ligne y compris dans ce retour aux Temps modernes de Charlie Chaplin. je regrette souvent d’être vieille parce que si j’avais vingt ans de moins je serais partie au Soudan étudier cette renaissance du cinéma avec une société qui se redécouvre (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et société)
à propos du mouvement des femmes et du soudan, relire l’article que j’ai traduit et publié ici : https://histoireetsociete.wordpress.com/2019/12/04/soudan-lhistoire-revolutionnaire-des-femmes-fatima-ahmed-ibrahim-feministe-communiste-et-musulmane/

Les gens se rassemblent pour une projection de film en plein air à Khartoum, au Soudan.

Cet article a été rendu possible par les généreux abonnés «supporters» de la Newsletter Africa Insiders. Le petit plus qu’ils apportent sert à financer les reportages uniques d’African Arguments.

il y a peu, cet été, Lamia Nabil et ses amis étaient assis en train de boire du thé à Khartoum. Ils discutaient de la politique soudanaise à la suite de la chute mémorable du président Omar el-Béchir en avril, lorsque Nabil a fait remarquer qu’elle aurait voulu  faire une pause. Elle souhaitait pouvoir simplement avoir du pop-corn et regarder un film de Charlie Chaplin, a-t-elle déclaré.

Son commentaire rapide a touché une corde sensible chez ses amis. Quelques semaines plus tard, un jeudi soir de septembre, les foules se sont rassemblées sous les étoiles pour une projection gratuite de Modern Times .

«Chaque siège a été occupé. Beaucoup de gens étaient assis par terre tandis que d’autres devaient rester debout», explique Shaheen al-Sharif, instituteur et l’un des organisateurs. «Toute la communauté s’est organisée pour que cela ait lieu. Une personne a apporté un projecteur, un autre haut-parleur. Les gens ont fait don du tissu à installer derrière le projecteur. La dame qui vend  du thé a procuré les chaises.

Bientôt, le district d’Amarat projetait des films deux fois par mois et d’autres comités de quartier ont commencé à suivre son exemple. À certaines occasions, les gens se sont réunis pour regarder des films occidentaux comme The Sound of Music , Sherlock Holmes et Aladdin . D’autres fois, des groupes se sont assurés d’organiser des projections de classiques soudanais tels que Beats of the Antonov , Tajooj et Human Being (Insan) .

«Sous le régime précédent, nous vivions dans une bulle où tout était étouffé», explique al-Sharif. «Une partie intégrante de cette révolution signifie l’apprentissage de notre histoire et les uns des autres et une grande partie de cela passe par l’adoption de notre littérature, de nos films et de notre créativité, en racontant l’histoire soudanaise à travers ces objectifs. C’est pourquoi nous voulons projeter des films soudanais. »

Pour les jeunes soudanais qui ont formé l’épine dorsale du mouvement de protestation qui a conduit à l’éviction d’al-Bashir, ces projections ont été des expériences nouvelles et passionnantes. Pour certaines générations plus âgées, ils ont évoqué des souvenirs des temps passés.

«À l’époque coloniale, nous avions des« cinémas en mouvement »qui étaient des véhicules avec un écran et des haut-parleurs, diffusant souvent des films« éducatifs »qui diffusaient de la propagande», explique l’architecte Zainab Gaafar. «Des années plus tard, lorsque les gens ont commencé à acquérir des téléviseurs, vous voyiez de grands groupes assis dans des cours communes regarder des émissions de télévision.»

Hassan Abbas, 65 ans, rappelle également l’importance du cinéma durant son enfance. « Depuis les années 1940 et 1950, il y avait des cinémas et des projections en plein air montrant des films hollywoodiens, bollywoodiens et égyptiens », dit-il. «Nous attendions avec enthousiasme les nouvelles sorties de films et nous précipitions pour obtenir nos billets. C’était une grande partie de notre vie d’adolescents  au Soudan. »

Cela a toutefois changé pendant les difficultés économiques qui ont suivi l’arrivée du régime d’al-Bashir en 1989 et l’imposition de sanctions américaines dans les années 1990. Un couvre-feu imposé peu de temps après l’entrée en fonction du nouveau président a également empêché les gens de sortir le soir et réduit l’attrait des rassemblements publics même après sa levée. Les cinéastes soudanais ont eu du mal et les projections en plein air ont diminué.

«C’est une chose de plus que nous avons perdue pour ce gouvernement», explique Abbas. «C’était presque comme si une partie de la culture de tous les jours s’effaçait lentement. L’excitation de se rendre au cinéma, de voir des affiches de cinéma autour et d’être plein d’espoir sur ce que le cinéma soudanais nous apporterait un jour diminuée en si peu de temps. »

Trois décennies plus tard, ces anciennes traditions refont surface. Après des mois de manifestations généralisées à travers le Soudan et un énorme sit-in dans les rues de Khartoum au début de 2019, al-Bashir a été renversé par de hautes personnalités militaires. Après des mois de négociations tendues, les représentants militaires et civils ont signé un accord de partage du pouvoir pour superviser une transition de 39 mois avant les élections.

«Nous étions fatigués, mais c’était la jeunesse de ce pays qui était épuisée», explique Abbas. «Les manifestations ne portaient pas sur les prix du pain ou du carburant. Il s’agissait de l’incompétence, de la corruption et de l’oppression qui étaient les caractéristiques du régime. »

Ce sont ces mêmes jeunes qui ont organisé la projection de Charlie Chaplin et continuent de soutenir les espoirs du soulèvement. «Cette révolution a été menée par les jeunes», explique al-Sharif. «Nous nous sentons responsables de la mener à terme jusqu’à la fin et nous avons appris des révolutions précédentes qui, à bien des égards, étaient restées inachevées. Presque tout le monde connaît quelqu’un qui est mort en combattant pour cela. Nous le devons aux martyrs. »

Ce projet en cours pour transformer le Soudan a plusieurs niveaux, du national au local, et du explicitement politique au quotidien. Cela se reflète parfaitement dans les nouveaux cinémas en plein air et dans le fait qu’ils sont organisés par des comités de quartier. «Lorsque Bashir était au pouvoir, les comités de quartier étaient largement affiliés au régime», explique Gaafar. «Pendant la révolution, les gens les ont récupérés en organisant des manifestations pour organiser des projections de films afin de diriger d’autres initiatives communautaires.»

Bien qu’ils aient peut-être commencé comme un moyen de se détendre en pensant à la politique, les projections en cours incarnent une grande partie de la révolution soudanaise. Menés par les jeunes, ils défendent le cinéma comme un moyen de reconquérir les espaces publics, de rassembler les gens et de récupérer une grande partie de ce qui était auparavant perdu, volé ou supprimé.

 
 

Annonce de débats-conférence autour de mon livre de mémoires

 

LE CERCLE POPULAIRE JOSEPH LAZARE ET LES SECTIONS DU BITERROIS DU PCF
Vous invitent le :
VENDREDI 17 JANVIER à 18H30
2 rue Votaire à Béziers
La soirée s’achèvera pour ceux qui le souhaitent par un repas fraternel : Choucroute, dessert et vin à 13 €
« LE TEMPS RETROUVÉ D’UNE COMMUNISTE » Mémoires
Présenté par Danielle BLEITRACH
Femme, dirigeante communiste, internationaliste, Danielle dans sa
singularité devient l’écho de millions de voix anonymes qui ont agi tout
au long du XX siècle et agissent partout pour rendre la vie des plus
humbles meilleure, pour l’émancipation du genre humain. Son livre pose
plus de questions qu’il n’en résout : les questions de la résistance au
capitalisme et de la lutte. En cela, il est en pleine actualité.

 

JE VOUS ANNONCE EGALEMENT DEUX PROCHAINS RENDEZ-VOUS

Le 6 Février 2020, à Martigues, ce sera le seul débat qui aura lieu dans les Bouches du Rhône autour de mon livre à 18h 30 librairie alinea, donc s’il y a des amis dans le 13 et limitrophe qui veulent me rencontrer qu’ils profitent de l’occasion…

Le 29 février à Reillane dans les Alpes de Haute Provence, deux jours particulièrement sympathiques organisés par la librairie Regain. Le 29 une séance de cinéma autour d’un film en relation avec mes mémoires. Je leur en avais proposé deux, Santiago-Rome de Nanni Moretti ou Tout ce qu’il me reste de la Révolution.

https://histoireetsociete.wordpress.com/2019/02/13/tout-ce-quil-me-reste-de-la-revolution-jai-eu-un-coup-de-coeur-pour-ce-film/

Ils ont choisi ce dernier film, donc à a suite de la projection on fera le lien entre ce film et mes mémoires.

Le lendemain 30, il y a le marché sur la place de ce magnifique village de Haute Provence et dans la librairie il y aura une séance signature et rencontre avec les habitants.

D’autres rencontres sont en préparation…

 

 

honneur à votre Ego monsieur Godard

Résultat de recherche d'images pour "Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution"

Riche de deux centaines de films, à bras le corps avec les injustices de l’histoire collective, en dialogue avec l’ensemble des autres arts, l’œuvre de Jean-Luc Godard n’a cessé d’interroger les puissances de l’image et de réinventer le cinéma.

HONNEUR À VOTRE EGO, M. GODARD

« Honneur à votre ego » : la formule remplace « bonjour » dans le monde d’Anticipation (1967), un monde radioactif, sous contrôle, informatisé, divisé en corps exploités et clients prédateurs, où le langage s’est appauvri jusqu’à ne plus pouvoir s’articuler, où les images ne servent plus qu’à cataloguer des biens de consommation, d’où la grâce s’est volatilisée en raison de la spécialisation fonctionnelle des êtres humains — quelle différence avec le nôtre, un demi-siècle plus tard, qui cultive le narcissisme comme meilleur instrument de réification ?

HONNEUR

Comment accepter les honneurs d’un monde où le cinéma équivaut à l’industrie du luxe dans la société du spectacle, elle-même province de la falsification dans la société de contrôle ? Les honneurs, pointe avancée de tout ce que Jean-Luc Godard récuse, dès lors, occasions de ses flèches parmi les plus acérées et pénétrantes. Ainsi, en 1968, ce télégramme au National Film Theater : « Si je ne suis pas là, prenez une personne dans la rue, la plus pauvre si possible, donnez-lui 100 livres et parlez avec elle d’image et de son, et d’elle vous apprendrez beaucoup plus que de moi car c’est le pauvre peuple qui invente vraiment la langue – votre anonymous godard. » Ainsi, en 2015, ce refus auprès du Conseil fédéral suisse : « Alors je rentre à la maison / avec Les Cendres de Gramsci / un poème de Pasolini / ça parle de l’humble corruption » (Remerciements de Jean-Luc Godard à son Prix d’honneur du cinéma suisse).

À (QUOI BON ?)

Quelles images, alors, et à quoi bon ? En premier lieu, des images au combat, à l’offensive, qu’elles choisissent le noir du suspense critique (passim), le rouge de Gérard Fromanger (Film-Tract n° 1968), le blanc du silence : « Une minute de silence-image pour toutes les images absentes, images censurées, images prostituées, images critiquées, images dévoyées, images enculées, images matraquées par tous les gouvernements de toutes les télévisions et tous les cinémas occidentalisés, qui font rimer information et répression, ordure et culture. » (Le Gai savoir, 1968)

Ensuite, des images en chantier, en plein travail : le cinéma selon Godard est ce champ symbolique capable de tout (réflexion, destruction, action, passim), coupable de plus encore – d’avoir manqué son principal rendez-vous avec l’horreur (Histoire(s) du cinéma, 1988-1998), d’arriver trop tard après le désastre (« Tu n’as rien vu à Hiroshima, Leningrad, Dresde, Madagascar, Hanoï, Sarajevo… », Journal des réalisateurs, 2008), à l’instar du petit opérateur des Espions (1928) de Fritz Lang impuissant face à la collision des trains. Mais, pour peu qu’il anticipe le désastre, que pourrait-il bien sauver (Film socialisme, 2010) ?

Des images, alors, en forme de flammes éclairant la nuit après que tout a disparu (Dans le noir du temps, 2002), brûlant d’espérance bien après que les combats sont perdus (Le Livre d’image, 2018), des images en formes d’explosion inouïe, préfigurées sur un mode euphorique par les courts-circuits radieux que produisaient les protagonistes d’Anticipation, alerte, « Ils font le langage et l’amour et le bonheur en même temps ».

Des images, enfin, qui viennent des peuples et qui appartiennent aux peuples, parce que « même quand Mozart s’inspirait d’une fanfare de village, c’était toujours pour un prince. Et le cinéma a apporté la force de Mozart et de Picasso dans l’Himalaya, aussi bien que dans un village suisse ou andin ». (« Alfred Hitchcock est mort », 1980). C’est pourquoi il faut les aimer, ces pauvres images, ce qui suppose de perpétuellement les exhumer, transférer, raviver, métamorphoser… « L’œuvre de la vision est faite, fais désormais l’œuvre du cœur auprès des images en toi. » (Jean-Luc Godard, « Lettre non-envoyée à Mme Anne-Marie Miéville », 1985).

VOTRE EGO

Moins égotiste, serait-ce possible ? Anonymous Godard, le hérault de la Politique des Auteurs qui aurait pu comme tant d’autres capitaliser sur sa gloire, s’est collectivisé dans le Groupe Dziga Vertov, métamorphosé en JLG, dissous dans l’instance narratrice des Histoire(s) du cinéma à travers laquelle murmurent et bruissent « eux tous », c’est-à-dire les oubliés, les victimes, les nus et les morts, que devraient mieux protéger les vivants. L’autoportrait (JLG/JLG, 1995), l’autobiographie (passim), deviennent prismes cinétiques pour accéder à d’autres formes de sujet, de conscience, de persona, qui tiennent plus de l’antique rhapsode ou du colporteur raconté par Charles Ferdinand Ramuz que de l’esprit absolu hégélien.

« Il y avait un roman de Ramuz qui racontait qu’un jour, un colporteur arriva dans un village au bord du Rhône et qu’il devint ami avec tout le monde parce qu’il savait raconter mille et une histoires. Et voilà qu’un orage éclate et dure des jours et des jours et des jours. Alors le colporteur raconte que c’est la fin du monde. Mais le soleil revient enfin et les habitants du village chassent le pauvre colporteur. Ce colporteur, c’était le cinéma. » (Histoire(s) du cinéma, 4b, 1998)

M. GODARD

Depuis son entrée en cinéma, il est le souverain du pays des Images mais il y vit en paria, en déserteur, en perpétuel révolté et en parfaite autonomie. Depuis tous les arts, ils l’ont vu et formulé, de Louis Aragon à Ange Leccia, de Richard Hell (« Depuis 1959, Godard est le plus grand cinéaste du monde ») à François Truffaut : « Pourquoi suis-je venu me joindre aux producteurs de Deux ou trois choses que je sais d’elle ? Est-ce que parce que Jean-Luc est mon ami depuis bientôt vingt ans ou parce que Godard est le plus grand cinéaste du monde ? Jean-Luc Godard n’est pas le seul à filmer comme il respire, mais c’est lui qui respire le mieux. Il est rapide comme Rossellini, malicieux comme Sacha Guitry, musical comme Orson Welles, simple comme Pagnol, blessé comme Nicholas Ray, efficace comme Hitchcock, profond, profond, profond comme Ingmar Bergman et insolent comme personne. »

Oui, si grand, parce qu’indissociablement le plus critique, inventif et aimant.

Nicole Brenez

 
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Publié par le janvier 8, 2020 dans CINEMA, civilisation

 

Une vie cachée, l’héroïsme, la main sur la paroi, le film si « actuel » de Terrence Malick

Ceci n’est pas une critique mais une première impression à la sortie du film de Terrence Malick, une vie cachée. Une première impression parce que devant ce film on se laisse submerger par l’émotion, elle tient moins à l’histoire, à son scénario qu’à ce qui est justement l’essence du cinéma, l’œuvre elle-même.

S’il s’agissait du cinéma et même de ce que je sais des convictions idéologiques et religieuses de son auteur, c’est avec la plus grande des méfiances que j’accueillerais ce dernier film de Malick. Jugez-en plutôt : Une vie cachée (A Hidden Life) est un drame psychologique et religieux américano-allemand réalisé par Terrence Malick, sorti en 2019. Il s’agit d’un film biographique sur l’objecteur de conscience autrichien Franz Jägerstätter, vénéré comme bienheureux et martyr par l’Église catholique depuis sa béatification par Benoit XVI en 2007. Il a fait partie de la compétition du festival de Cannes 2019.

Tout est dit et a son reflet dans le film, la manière dont l’abominable Benoit XVI, complice de Jean Paul II, a béatifié celui qui a refusé le nazisme jusqu’au bout comme pour se refaire une virginité, il y a l’institution qui doit se compromettre pour survivre et il y a le saint caché qui refonde la foi par son sacrifice sans le moindre compromis.

Oui mais voilà, il y a autre chose que cette bondieuserie qui en fait le contraire de l’hypocrisie vaticane, un retour à ce qui fonde sinon la foi, au moins la conviction que l’on doit agir comme ça.

Cet autre chose je vous en parlerai après une autre vision c’est la rébellion des petits, ceux dont la vie est cachée, ceux qui n’ont pour partage que l’amour et le travail, une manière de se fondre dans la nature d’en marquer les temps, les heures et les jours comme chez Hésiode, le fondement de la poésie mêlant les références au calendrier paysan aux mythes de l’origine des dieux. Le travail est la grande loi de l’humanité ; il faut célébrer l’agriculture et la paix, fuir les bienfaits et les faveurs des puissants sans les juger mais en évitant les tourments qu’ils portent en eux, il y a un autre monde, celui qui donne sens au nôtre et qui est décrit par les étoiles, là est l’origine de la poésie, de l’art. Comme le dit le peintre chargé de décorer la chapelle, un jour on sortira des stéréotypes de la foi pour dire la réalité de la sainteté.

Dans la Ligne rouge, le film de son auteur auquel celui-ci m’a fait le plus songer, dans un ilot paradisiaque du pacifique c’est la deuxième guerre mondiale, l’assaut d’une colline tenue par des japonais, une folie, l’histoire intervient comme une souffrance imposée à l’humanité, la guerre. Une rébellion devant l’inutilité d’un combat, le massacre et le sacrifice pour donner sens à l’absurdité. Pourquoi ce retour à l’Histoire alors que les derniers films de Malick semblaient de plus en plus aller vers l’abstraction, la musique, fuir les paroles ? Pour nous décrire cet homme qui dit NON au nazisme, à l’antéchrist, à ce que tous admettent, est-ce que la venue de Trump, le refus de la guerre de tous contre tous y est pour quelque chose, certainement pas la seule volonté d’organiser la rédemption de l’institution dans sa faillite.

C’est là que ce film nous parle à nous communistes mécréants, du moins à ceux qui se rapprochent d’une certaine conception du communisme, il y a tant de façons d’être communiste. Celle qui fut la mienne et ceux que j’ai aimés se rapprochait de ces hommes-là, ce paysan obstiné qui comme le disait des communistes le Che sont capables de mourir dans une cellule, torturé, en n’imaginant même pas que leur sacrifice sera connu, simplement parce que cela correspond à ce qu’ils sont. Encore plus grandioses parce qu’ils n’espèrent en aucun au-delà et le sens ne leur sera donné que par leur acte et celui de leurs compagnons présents ou dans leur souvenir.

Voilà ce dont je veux vous parler et vous dire à quel point même s’ils l’ignorent ceux qui résistent à l’injustice, au mal dirait Malick, portent quelque chose que le cinéaste veut ignorer et qui est l’histoire parce qu’ils ont en commun le signe même de l’humanité, celui de ces mains que les hommes préhistoriques dessinaient sur les parois des grottes, ces figures d’eux-mêmes qui sont l’art, le travail, l’amour. Ce que chantait Neruda dans sa cordillère des Andes, un paysage qui bascule et se dresse vers le ciel modelé par la sueur des hommes comme une cantate.

Il y a la vulgarité du mépris de ceux qui croient savoir et posséder et il y a la résistance des petits qui donne sens. Mais je vais aller revoir ce film et vous en parler, comme de mes lectures dans ces fêtes de la Noël si particulières où il n’y a pas de trêve mais la grève. Chacun de nous en est comptable.

Le refus de céder est une déflagration, quelque chose qui irradie, une contagion du sens de l’humanité.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le décembre 27, 2019 dans CINEMA

 

Aujourd’hui je n’ai pas pu acheter l’Humanité malgré Laurent Brun.

Résultat de recherche d'images pour "Guediguian et Mitterrand"

Parce que l’essentiel de la « une » ne lui était pas consacrée mais « aux personnalités » qui appelaient à la solidarité et parmi elles Guédiguian. Je me suis revue en train de tenter Ariane Ascaride de ne pas aller au Théâtre des Champs-Elysées en soutien de Robert Ménard. Paris était couvert de panneaux publicitaires payés par le « révolutionnaire » Publicis avec une grande photo et le slogan « Cuba si Castro no ». Le théâtre des Champs-Elysées était réquisitionné par tous les « artistes », paillettes et strass ils n’en manquaient aucun pour accabler l’île héroïque. C’était le lieu où il fallait se faire voir, Laurent Fabius avait appelé à la manif, tous ceux qui ont toujours été du côté du manche étaient là.

Cuba était en train de se battre pour résister et l’Humanité et tous ces gens-là soutenaient Robert Ménard, l’Humanité parrainait un « dissident » présenté par le président autoproclamé de Reporter sans frontières et vrai stipendié de la CIA. Je tentais de convaincre des gens que je croyais de bonne foi comme Ascaride et Guédiguian de ne pas se joindre à ces gens-là. Ariane Ascaride au téléphone m’a insultée, elle m’a dit que j’étais tout le monde le savait une « stalinienne », c’était la première fois, ce ne fut pas la dernière. J’ai raccroché, j’avais eu bien des refus mais aucun aussi ignoble, je l’avais senti me cracher dessus…

C’est dans ce combat-là que j’ai fait le choix du refus de leurs « notoriétés », si c’était à refaire je le referais, tout plutôt que leur ressembler. Dix ans après notre mort, nous serons eux et moi totalement oubliés, le temps des Aragon est terminé, il n’y a plus que de modestes talents qui essayent de surnager à n’importe quel prix… Il vaut mieux tout de même appeler à soutenir les grévistes que d’accabler Fidel Castro même si l’opportunisme n’est absent d’aucun des choix, les temps ont changé et c’est tant mieux.

Mais moi j’entends encore les insultes dont elle m’accablait, elle préférait avec son époux faire un film à la gloire de Mitterrand, lui pardonnant jusqu’à ses sympathies ultimes pour Bouquet, celui qui a fait le Vel d’hiv, Guédiguian pouvait comprendre les sympathies de Mitterrand pour l’homme du Vel d’hiv, mais pas soutenir Fidel Castro. Je ne peux pas pardonner à ces gens-là, le temps n’est pas encore venu, il ne viendra sans doute jamais.

Mais ils étaient toujours à la une de l’Humanité, qu’ils appellent en faveur de Robert Ménard, qu’ils pardonnent à Mitterrand au nom de son génie ou qu’ils tentent de se refaire une virginité avec les migrants ou les grévistes, ils étaient bien en accord avec l’Humanité.

Ce matin j’ai tendu la main pour acheter l’Humanité, j’ai vu la une et j’ai compris qu’il y avait des souffrances que je ne pouvais pas oublier et que l’Humanité n’était toujours pas mon journal.

Mais en revanche j’ai poursuivi la quête pour les grévistes, des anonymes et j’espère envoyer un chèque confortable ce vendredi, en tout anonymat. Je n’aurais rien dit de ce que j’éprouvais une fois de plus devant ces gens-là, il y en a tant qui ont rampé devant Mitterrand, craché sur Fidel Castro, si dans les réseaux sociaux chacun croyait intelligent d’envoyer les banalités de Guédiguian pour célébrer la grève. Après avoir connu le parti de Louis Aragon, Paul Eluard, Picasso, Joliot Curie, voilà que l’on m’invitait à récupérer les produits de Jack Lang… A quel titre? L’avant-garde, celle qui selon saint Simon, Fourrier et Aragon devait s’unir à l’avant-garde politique, c’est bien autre chose…

Non décidément je peux encore me passer de la presse dont depuis vingt ans elle n’est pas la mienne. Ces gens-là m’ont gâché mon Noël, m’ont condamnée une fois de plus au silence, ça et à un tout autre niveau le livre d’Alain Badiou sur Saint Paul et la fondation de  l’universalisme.

Je me suis battue toute la nuit de Noël contre ce livre, au départ j’ai été séduite par son postulat, tant il cadrait bien avec ce que j’avais éprouvé en reposant l’Humanité sur son présentoir et puis je n’ai cessé de m’interroger sur la validité du postulat, plus il me séduisait plus je me battais. Ce postulat le voici: . « Il y a d’un côté une extension continue des automatismes du capital, ce qui est l’accomplissement d’une prédiction géniale de Marx: le monde enfin configuré, mais comme marché mondial. Cette configuration fait prévaloir une homogénéisation abstraite, tout ce qui circule tombe sous une unité de compte, et inversement ne circule que ce qui se laisse ainsi compter (…). Libre circulation de ce qui se laisse compter, oui et d’abord des capitaux, de ce qui est le compte du compte.(…). D’un autre côté, il y a un processus de fragmentation en identités fermées, et l’idéologie culturaliste et relativiste qui accompagne cette fragmentation ».

Ce thème central de la logique capitaliste de l’équivalent général et des logiques identitaire et culturelle des communautés ou des minorités formeraient un ensemble articulé ». A cela Badiou oppose en quelque sorte deux « fables » fondatrices de l’universel, celle de Saint Paul « Christ est ressuscité » et celle du communisme. Son chemin de Damas ça a été mai 68. Alors que pour moi mai 68, c’est justement l’annonce du mitterrandisme et de la courtisanerie. Peut-être est-ce justement là où nous nous séparons, dans cette hypostase qui lui permet de condamner le chemin de la Chine après la révolution culturelle ? Cet idéalisme au sens philosophique du terme qui reste producteur d’une pensée dans un temps où celle-ci s’est raréfiée, alors qu’aujourd’hui est en train de la réalité même de surgir autre chose… La séduction de Badiou n’est-elle pas un piège?

Mais je dois dire que le combat fut d’un autre niveau que ce mépris dévastateur que m’a inspiré cette une de l’humanité. Au moins Ken Loach s’il a commis une infamie sur la guerre d’Espagne, donc il ne s’agit pas de politique politicienne de ma part, mais de bien autre chose, Ken Loach est un très grand cinéaste qui revendique le dépassement par la classe ouvrière de cette configuration, l’universel du communisme.

En ce soir de Noël, il n’y avait que cette lecture que je poursuis dans un pugilat fécond, cette force revendicative planétaire, ce refus de céder et peut-être aujourd’hui le Terence Malik sur ce héros solitaire qui refuse le nazisme, film que je vais voir aujourd’hui.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le décembre 26, 2019 dans CINEMA

 

Un chef d’oeuvre inconnu du cinéma soviétique, une réponse historique

Publié le 16 décembre 2019 par Boyer Jakline

2 épisodes  d’une heure  pour raconter la période  qui va du 4 février 1945 au 24 mars de la même année.

Pour les longues soirées d’hiver…

Le film  s’arrête 45 jours avant la capitulation nazie.

C’est un chef-d’oeuvre  et dans mon souci  de partager ce monde sovietico-russe, je vois qu’une version  sous-titrée  existe.

Outre le plaisir du cinéphile, il y a l’intérêt historique majeur car ce qui est montré là  est une réponse  à  ce qui se joue  aujourd’hui  en Europe.

Le héros  principal  est un espion soviétique  infiltré  depuis 1933 dans l’état-major au plus haut niveau  nazi.

C’est l’archétype de l’espion soviétique.

Les épisodes  sont entrecoupés de films  d’archives  montrant  l’avancée des troupes soviétiques en Europe,  vers Berlin.

Dès début mars se tiennent à Rome  des rencontres  entre quelques dirigeants nazis  et Allen  Dulles. Il s’agit  d’organiser  la défaite nazie  mais  surtout   » leur intérêt  commun  » que l’Europe  « ne tombe pas dans les mains du bolchevisme ».

Le négociateur  nazi exige  que désormais  on ne lui accole pas  l’adjectif  honni  nazi…Ce qui fut fait.

Et voilà  pourquoi votre  fille est muette…

L’acteur, Viatcheslav Tikhonov, star du cinéma avant ce rôle, est devenu l’incarnation du héros.

Je vous souhaite beaucoup de plaisir

.

17 мгновений весны с французскими субтитрами

у Вас болят почки? = Vous souffrez des reins? – нет. = Non – очень жаль… = c’est dommage… (жаль, а что делать? уж как ни старался…)

https://severr.livejournal.com/1146621.html

Avec sous-titres en français.

Publié dans du grain à moudre.

 
 

Le savoir-vivre communiste : L’esprit de Noël ou la nécessité de ne pas trop tenter le diable

Qu’est-ce que je peux faire, je sais pas quoi faire?

J’ai été invitée pour le soir de Noël par la paroisse. En fait j’avais je ne sais pourquoi acheté deux paquets de petits boudins blancs chez Picard et je me suis dit que jamais je ne mangerai ce genre de chose. Je ne savais comment m’en débarrasser puisque dans le fond je ne connais que des musulmans ou des juifs ou des gens au régime.

Donc ce dimanche midi comme d’habitude je vais prendre le café avec mes amis de la paroisse sur la place de l’église, Je leur dis que j’ai décidé de passer la Noêl comme le méchant avare du conte de Noël de Dickens, ils ne connaissaient pas et je leur fait le récit de la rédemption de Mr Scrooge, avare, égoïste, insensible, métamorphosé par la visite de trois fantômes allégories de la mémoire, de l’empathie et de la peur de la mort.

Je sens qu’ils ne perçoivent pas très bien ce que je tente de raconter alors je précise. Je fais un accès d’égoïsme, je suis un peu fatiguée de l’humanité du moins sous ses aspects les plus concrets, dans des millénaires peut-être… Alors j’ai commandé des huitres, des pinces de crabe, du champagne et je vais passer la nuit de Noël à lire le Saint Paul de Badiou en dégustant des mets raffinés.

Alors si mes amis chrétiens le veulent je leur offre mes petits boudins blancs. La responsable de la paroisse non seulement accepte mais me propose de venir passer le soir du 24 avec leur repas pour les isolés, j’aurais bien le temps le 25 de reprendre mes lectures et mes festivités.

L’aventure me tente toujours mais peut-être celle-ci est-elle vraiment inadaptée à mon état d’esprit, je leur propose de leur apporter les boudins et un gâteau et on verra si je reste…

Il me tendent un café en poudre avec de l’eau dans les thermos, c’est pas terrible mais j’aime bien accepter sinon de rompre le pain avec aux à tout le moins partager le café.

Arrive le très charmant voisin qui me dit « Vous qui aimez le cinéma, Anna Karina est morte »… Je mime Pierrot le fou « qu’est-ce que je peux faire:: » Il me regarde étonné , il ne connaissait pas et j’ajoute: « la mort de Godard oui ce sera un choc pour moi » et tout à coup je m’exclame « mais qui dit que je mourrai après lui?  »

J’ai parfois du mal à me raccorder avec mes contemporains, mais ils font des efforts… J’en suis si reconnaissante que je suis prête à tenter toutes les fraternisations mais j’ai du mal à garder la distance…

C’est comme dans le débat d’Avignon. Il y avait une dame gilet jaune qui avait quitté le parti depuis bien longtemps et en avait semble-t-il conservé une certaine rancune. A bout d’argument concernant les bienfaits de Staline et de la Chine, je tente le plus basique:  » est-ce que vous pouvez me citer une seule atteinte aux libertés de la part du parti communiste français? » Et là, à ma plus intense stupéfaction, elle répond que lors de la dernière manifestation, le cortège de la CGT n’a pas voulu qu’eux les gilets jaunes passent devant. Et elle pointe un doigt vengeur sur le président de séance à mes côtés et ajoute « d’ailleurs celui qui a agi ainsi vous ressemblait ». sans état d’âme mon voisin, lui décrit les saloperies que les gilets jaunes débitaient contre les syndicats. »

Passer de la géopolitique, de l’histoire de l’URSS et de celle de la Chine millénaire à ce type de débat est difficile. Comment croyez vous que je m’en sois sortie?

un par la compassion « Si vous saviez ce que j’ai pris! je suis interdite partout, on me boycotte mais… car en deux, il y un « mais, je crois que nous militants communistes nous avons une espèce de transcendance par rapport aux aléas du quotidien…Ce que nous espérons va bien au delà » et me voilà partie dans quelque chose qui rejoint le Saint Paul de Badiou. J’ai bien senti que tout le monde me regardait avec quelque étonnement…

Mais comme personne ne s’intéressait à ce séjour des brouillards dans lesquels j’avais choisi d’aller planer tout le monde s’est calmé et la dame a acheté le livre…

Mais il ne faut pas trop tenter le diable qui sommeille en moi…

Comme le dit une amie accro à la rubrique: j’adore le savoir vivre communiste: Savoir quoi faire et avoir à faire en se demandant que faire?

Danielle Bleitrach