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El Watan : «Le monde arabe est dans un chaos mental absolu»

.Georges Corm. Historien, économiste et homme politique libanais décrit une situation et précise « il n’y a jamais eu dans l’histoire de conflits uniquement religieux, la religion n’est là que pour légitimer les conflits de puissances. (note de danielle Bleitrach)

le 15.07.17 | 12h00 

 

Dans la meilleure tradition de l’intellectuel total, Georges Corm questionne nos présupposés et nos postulats, souvent erronés ou dépassés pour saisir un monde en perpétuel changement. Le chaos, fruit de la guerre et des multiples conflits, se reflète aussi dans la conscience des hommes, une fausse conscience qui alimente le désastre issu de la domination occidentale.

– Dans l’introduction de votre ouvrage, vous abordez en même temps la notion de «chaos mental», qui brouille la perception de la réalité de nos sociétés et la compréhension des dynamiques conflictuelles à l’œuvre, et l’idée d’une remise en ordre épistémologique. Pouvez-vous revenir sur les préalables nécessaires à la déconstruction du discours simplificateur et des thèses essentialistes souvent mobilisées dans l’analyse des sociétés arabes ?

Je pense qu’il y a eu une dérive extrêmement grave dans les perceptions du Moyen-Orient, du monde arabe et du monde musulman. Ces dérives ont donné à voir ces régions du monde comme étant celles du nouveau danger géopolitique, existentiel et civilisationnel, tel que l’a forgé et formulé l’ouvrage de Samuel Huntington sur le choc des civilisations. Il s’agit en fait d’un manifeste qui sert à donner de la légitimité aux guerres illégitimes que mènent l’empire américain et ses alliés européens.

Quand j’évoque le chaos mental, j’entends également qu’il existe du côté arabe et musulman, puisque nous avons de très nombreux Etats qui se disent musulmans qui sont des alliés inconditionnels de la puissance militaire américaine et soutiennent son déploiement. Dans cet ouvrage, je tente donc de déconstruire les discours canoniques et les images clichés devenues omniprésentes dans les opinions publiques qui sont amenées à approuver ou ne pas s’opposer aux politiques d’interventions militaires musclées, soit au nom des droits de l’homme, soit au nom de la défense préemptive des «valeurs» occidentales.

J’essaie également de montrer que si l’image de l’islam est autant défigurée aujourd’hui, la responsabilité n’en incombe pas seulement à ce que j’appelle l’hubris (notion d’origine grecque désignant la démesure, ndlr) des Etats membres de l’OTAN et le désir de dominer entièrement le monde qui va de pair avec la globalisation.

Le fait que des régimes politiques arabes ou non arabes musulmans, ainsi que de très nombreux intellectuels arabes et d’autres pays musulmans, se mettent à vanter une altérité islamique inconciliable avec les acquis positifs de la modernité, permet d’accréditer la thèse de Huntington. Nous sommes dans le chaos mental absolu.

L’une des aberrations, c’est qu’il n’existe plus aujourd’hui de connaissance de l’islam. Les nouveaux orientalistes ne connaissent que trois auteurs sur les 13 siècles de civilisation islamique (Sayed Kotob, Mawdudi, Ibn Taymiyya). Leurs œuvres sont diffusées en tous lieux et en plusieurs langues et c’est ce qui tombe entre les mains des jeunes Arabes et musulmans partout dans le monde.

Par ailleurs, le problème tire ses origines de la création de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), où brusquement on assiste à un regroupement d’Etats sur la base de l’identité religieuse — inédit depuis le temps des croisades — et cette organisation s’est efforcée de créer et de consolider une altérité islamique, en refusant de façon très abrupte des principes de modernité qui sont devenus universels et auxquels il est difficile de se soustraire, même si les gouvernement de l’OTAN en font un très mauvais usage.

– Vous déconstruisez le discours qui entretient l’amalgame entre islam et terrorisme en analysant le poids des récits canoniques et des clichés. Quelles sont les causes qui ont favorisé la généralisation de clichés qui empêchent de comprendre les causes profondes du phénomène ?

Les clichés les plus prégnants viennent de l’appauvrissement général de la conception et de la compréhension de l’islam. Aujourd’hui, s’est installé dans les mentalités ce cadre d’une perception biaisée de l’existence d’un conflit de civilisation et d’un choc de valeurs entre un monde judéo-chrétien «démocratique» et un monde «arabo-musulman» rétrograde. Ce jeu n’a été en grande partie possible que par la mainmise de l’idéologie du wahhabisme saoudien, à coups de pétrodollars sur la plupart des sociétés musulmanes, alors que le wahhabisme ne fait même pas partie des quatre grandes écoles théologico-juridique musulmanes.

Nombre d’intellectuels arabes et non arabes ont fait l’erreur épistémologique majeure de désigner Mohammad Ben Abdel Wahhab, le fondateur du wahhabisme en alliance avec la famille des Al Saoud, comme étant un précurseur des penseurs de la «nahda», dans la lignée notamment des grands réformateurs religieux de Tahtaoui à Taha Hussein en passant par Ben Badis ou l’émir Abdelkader.

Or, il faut revenir à l’histoire : Mohammad Ben Abdel Wahhab est né au XVIIIe siècle dans une région extérieure aux grands circuits de la géopolitique mondiale au centre de la péninsule arabique, qui n’était pas colonisée par l’Europe, mais n’avait que de petites garnisons ottomanes isolées.

Or, il y a eu constitution d’alliance entre une tribu bédouine, celle des Saoud et une forme d’islam qui avait été alors rejetée par le sunnisme dominant arabo-ottoman et combattu. Il a fallu un soutien anglais très important après la Première Guerre mondiale, puis un soutien américain encore plus important après la Seconde Guerre mondiale, pour faire émerger la puissance saoudo-wahhabite sur les décombres du rêve d’un royaume arabe unifié au Machrek, qui était celui de tous les nationalistes arabes depuis la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, l’islam apparaît comme la religion de la violence, des têtes tranchées, des femmes entièrement voilées, une culture exclusivement basée sur le «halal» et le «haram», ce qu’il n’a jamais été auparavant.

– Vous renvoyez dos à dos islamophobes et islamophiles qui mobilisent les mêmes références intellectuelles. Comment sortir de ce conformisme intellectuel étriqué ?

Je donne toujours cette image assez parlante. L’islamophile incarne le bon administrateur colonial, et l’islamophobe le méchant administrateur, mais dans le fond c’est la même chose. Car les deux croient à l’existence d’une altérité absolue entre musulmans et non-musulmans. Moi je pars d’une hypothèse qui, à mon sens, ne peut pas être rejetée. Il n’y a pas de conflit proprement religieux dans l’histoire de l’humanité, pas même les croisades.

Les conflits sont toujours des conflits de puissance, par des chefs d’Etat, des empires, des tribus lorsqu’il n’y pas encore d’Etat moderne. Ces conflits sont ensuite habillés de religieux pour leur conférer une légitimité. Il y a le bon sens épistémologique qui ne doit pas faire oublier l’entreprise de fabrication de l’ennemi et de sa diabolisation pour justifier la guerre. Massacrer des millions d’êtres humains suppose de travailler la psychologie collective.

La déclaration d’indépendance américaine a énoncé de très beaux principes qui, dans la pratique, s’accompagnaient de crimes contre l’humanité : le génocide des Indiens des deux Amériques et la pratique massive de l’esclavage. Le monde entier a été colonisé au moment où l’idéologie des droits de l’homme a pris son essor à partir de la révolution française.

Mais ce n’est pas parce que la pratique politique est mauvaise que les principes ne sont pas bons en soi. Car dans ce cas, comment accepter toutes les dérives connues par les grandes religions, notamment monothéistes ; en fait sitôt que l’Etat se sert de la religion pour imposer son autorité, c’est le religieux qui en pâtit et la liberté de conscience et de comportement.

– Que préconisez-vous pour battre en brèche la thèse essentialiste de Huntington sur le choc des civilisations érigée en dogme de la géopolitique ?

Pour contrer cette thèse de Huntington, qui n’est qu’une reprise déguisée des thèses racistes qui ont justifié la colonisation par une supériorité de civilisation, nous avons élaboré cette notion stupide de la nécessité de dialogues de civilisations ou de dialogues des religions.

Or au contraire, ce faisant nous ne faisons que confirmer que le problème de base est religieux. Ce qu’il faut à la place, c’est dénoncer sans cesse l’instrumentalisation du religieux au niveau étatique, comme au niveau géopolitique international et régional. Pour sortir de ce carcan intellectuel, il est donc nécessaire de dénoncer l’instrumentalisation du religieux. L’URSS n’existe plus, mais les Etats-Unis n’ont pas modifié leur politique sur ce plan. Ils poursuivent l’instrumentalisation de la religion juive pour assurer l’existence de l’Etat israélien et la permanence de la colonisation.

Ils ont encouragé l’islam politique le plus radical sans arrêt pour mettre en échec les idéologies nationalistes arabes et progressistes. Je rappelle dans mon livre la manière dont on a fabriqué l’image d’un homo islamicus repoussoir, en opposition à l’image d’un homo hebraicus placé au-dessus de la loi internationale. C’est une autre illustration de ce chaos mental. Quand on me parle du «choc des civilisations», je demande toujours que l’on m’explique où se situe ce choc.

La majorité écrasante des gouvernements musulmans sont des alliés de l’OTAN, tous les riches musulmans du monde entier envoient leurs enfants étudier aux Etats-Unis et en Europe et non pas à La Mecque, ni à Kom, en Iran, ni à Islamabad, au Pakistan. Les couches populaires les plus pauvres, elles, risquent leur vie pour traverser la Méditerranée et aller vivre en Europe comme des Européens. De quoi parle-t-on alors ?

– Votre analyse de la nouvelle question d’Orient montre que la situation de crise du Moyen-Orient au XXIe siècle n’est pas sans rappeler la configuration balkanique à la veille de la Première Guerre mondiale. Quels sont les enjeux aujourd’hui de cette nouvelle question d’Orient à travers laquelle se perpétue la tradition d’instrumentalisation du facteur éthnico-religieux ?

Dans un précédent ouvrage qui s’intitule L’Europe et l’Orient, de la balkanisation à la libanisation, j’avais déjà expliqué que l’arc de la Méditerranée de l’est est l’un des points géostratégiques les plus importants du globe. Qui domine ce passage entre trois des cinq continents est l’Etat le plus puissant du monde et c’est la raison pour laquelle la Première Guerre mondiale est partie des Balkans.

Après l’effondrement de l’URSS, la guerre dans les Balkans s’est rallumée de façon complètement sauvage et folle. Aujourd’hui, le principal enjeu demeure le contrôle de l’est de la Méditerranée, qui va de Sarajevo à Beyrouth et Haiffa, course dans laquelle tout le monde s’est lancé. Aujourd’hui, nous sommes en pleine bataille géopolitique qui n’a rien à voir avec l’islam ou le judaïsme ou des civilisations différentes.

– Selon vous, pourquoi la Syrie cristallise toute les rivalités géopolitiques, au point d’éclipser l’enjeu en Palestine qui demeure pourtant l’épicentre de l’arc de crise au Moyen-Orient ?

En Syrie, les enjeux sont multiples. Ce n’est pas seulement parce qu’elle fait partie de cet arc de l’Est méditerranéen, mais c’est aussi parce que c’est la seule base dont disposaient les Russes, lesquels sont aujourd’hui totalement assiégés par l’OTAN. Un autre facteur majeur derrière la démonisation du régime syrien est le fait que ce pays est le dernier Etat arabe à parler de la cause palestinienne, à être allié à l’Iran et avoir aidé à la constitution du Hezbollah libanais, lequel a réussi l’exploit de libérer le sud du Liban de 22 ans d’occupation israélienne, puis de résister héroïquement en 2006 à une nouvelle agression israélienne contre notre pays.

Aujourd’hui, quand les Arabes se plaignent de l’expansionnisme iranien, il faut leur rappeler tout d’abord que c’est l’Irak qui a tenté d’envahir l’Iran et non l’inverse et que l’Iran est, en fait, venu combler un vide qu’ils ont eux-mêmes créé par les querelles des régimes entre eux et l’alignement d’un nombre de plus en plus grands de régimes politiques sur les intérêts occidentaux et ceux de l’Etat d’Israël.

Ce sont les aides de l’Iran qui ont permis au Liban de se libérer de 22 ans d’occupation sioniste et non l’ONU ou les Etats-Unis. L’Iran a également pris à bras-le- corps la cause palestinienne. Mais la logique complètement perverse et inversée consiste à accuser l’Iran de terrorisme, tout en exemptant ceux qui l’ont vraiment soutenu et favorisé parmi leurs alliés dans la région. Je crois, de plus, que le plus grand scandale est d’invoquer les droits de l’homme pour détruire des sociétés entières.

On l’a fait avec la Yougoslavie, avec l’Irak et la Libye et le même scénario s’est répété avec la Syrie. Cette politique agressive s’accompagne d’une division binaire du monde extrêmement simplificatrice : les bons d’un côté et les méchants de l’autre. Cette agressivité s’est transmise à certains Etats arabes qui détruisent aujourd’hui sauvagement le Yémen et la société yéménite, dans un silence étourdissant de la prétendue «communauté internationale» et malheureusement de beaucoup d’Etats arabes et musulmans.

Tout ce que j’ai pu écrire ou enseigner dans ma carrière sur l’analyse multifactorielle des conflits a aujourd’hui totalement disparu. Le Yémen est en train d’être détruit, parce que l’une des composantes de la révolte populaire de 2011 appartenait à la communauté chiite et que les Etats-Unis ont dénoncé l’existence d’un «triangle chiite» qui est venu remplacer dans les imaginaires l’ancien «axe du mal» cher à George Bush.

– Un autre apport intéressant de votre ouvrage est l’éclairage sur la question du christianisme arabe. Le rattachement des chrétiens arabes à l’Occident fait-il partie de l’opération idéologique visant à conforter la thèse d’une majorité arabo-musulmane opprimant les minorités chrétiennes ?

Oui, mais aujourd’hui cela ne mobilise plus. Ce qui mobilise c’est l’opposition à l’Iran et la question évidemment de la défense d’Israël envers et contre tous les principes de la modernité politique. Moi j’ai cessé d’utiliser le terme de conflit israélo-palestinien. La création artificielle de I’Etat d’Israël a résulté d’une opération classique de colonisation, comme historiquement aux Etats-Unis, en Algérie ou en Afrique du Sud. Ce n’est rien d’autre.

Il n’y a pas deux parties qui ont chacune des droits sur une terre, vous avez là une autre illustration du chaos mental absolu. Au prétexte qu’un tout petit Etat s’est appelé le royaume de David pendant 150 ans, il y a plus de 2000 ans, on le ressuscite au XXe siècle. A ce compte, il faudrait refaire la carte du monde. Aujourd’hui, c’est un problème de démantèlement du système colonial et de l’apartheid.

– A côté de ces facteurs externes lourds, quel est le poids des facteurs internes dans le retard de développement qu’accusent les pays arabes ?

Dans l’ouvrage, je consacre un long chapitre à l’économie des pays arabes, économie de rente et de corruption à la fois. Avec le gonflement d’une altérité islamique qu’il faut constamment affirmer, on a oublié toutes les questions d’appropriation de la technologie, des sciences, de diversification économique. Nous avons affaire à un flux de recettes pétrolières qui suit une courbe ascendante et descendante. La rente pétrolière est au cœur de la corruption, touchant également les sociétés multinationales pétrolières. C’est la raison pour laquelle des Etats qui ont soutenu le terrorisme continuent d’être choyés par l’OTAN et les Etats-Unis.

A ceux qui me reprochent de sous-estimer les facteurs internes dans l’explication des développements que connaît le monde arabe, j’explique que le facteur interne et le facteur externe sont étroitement liés. L’interne se sert de l’externe et inversement, mais comme l’externe est beaucoup plus puissant que l’interne, ce dernier veut sans cesse maintenir l’omniprésence de la protection externe. Tant que ce jeu continue, il n’y a pas de porte de sortie.

 
 

Comment la Chine est devenue chinoise

Un extrait du livre de Jared Diamond « de l’inégalité parmi les sociétés ». 

A sa parution en 2004, « Effondrement » a suscité une importante polémique. La thèse du géographe américaine (les sociétés choisissent inconsciemment la voie du suicide collectif lorsqu’elles minimisent les facteurs environnementaux dans leur processus de développement) a été diversement accueillie. Il y a eu en particulier un article polémique du Monde diplomatique reprochant à Diamond sa propension à lier problèmes environnementaux, problèmes démographiques et problèmes migratoires (notamment en Californie) ou à conférer au secteur privé une meilleure efficience en matière de préservation des ressources.

Je ne suis pas d’accord avec ces arguments, un des aspects les plus intéressant de son livre « effondrement » est l’analyse qu’il fait de la catastrophe environnementale de la CHine. pollution de l’air, réduction de la biodiversité, réduction des terres arables, assèchement des marécages, dégradation des pâturages, catastrophes naturelles en chaîne liées à l’anthropisation forcenée des milieux naturels, salinisation et érosion des sols, augmentation de la production d’ordures, pollution des eaux, augmentation des espèces invasives, réduction du débit des cours d’eau… Cette liste de menaces, non exhaustive, entraîne des impacts multiples, dans les domaines économiques, sociaux et sanitaires, et à toutes les échelles. Jared Diamond montre que cette situation ne date pas d’aujourd’hui,et que la déforestation date du XVIII ème siècle. Il insiste sur les facteurs géographiques mais aussi l’accélération dûe à une croissance économique accélérée et une urbanisation rapide avec le développement d’une population qui aspire au modèle occidental (voitures, électroménager, viande), ce qui est un problème non chinois mais mondial puisque cela pose la question d’un modèle de vie qui n’est possible que s’il est totalement inégalitaire au niveau de la planète.

La seule réponse qui ait été trouvé à travers cette mondialisation capitaliste est le renforcement des inégalités et la pression accrue sur la vie de la majorité au profit d’une « élite » de plus en plus restreinte et qui poursuit le pillage à une échelle rarement atteinte. Quand un pays sous développé comme la CHine est désormais la seconde voir la première puissance du monde chacun de ses mouvements influe sur la totalité de la planète. Nous avons donc montée en puissance d’un peuple en situation de sous développement et modèle autodestructeur disons occidental, celui du « marché ». 

La description de la situation environnementale chinoise  est certes saisissante mais il faut voir aussi que si Diamond n’est pas tendre avec la gestion des communistes qu’il s’agisse du grand bond en avant ou de l’industrialisation et du marché plus récent, on ne peut pas dire qu’il ne voit pas les atouts de la CHine dans une différence essentielle avec le modèle occidental, en particulier dans la planification et dans le socialisme. Simplement, il ne parle pas de celui-ci et préfère faire remonter la centralisation et le dirigisme chinois à l’histoire parfaitement originale de la Chine et c’est le sujet de l’extrait de son livre « de l’inégalité parmi les sociétés » que nous publions ci-dessous.  Ainsi il aboutit à l’idée que « l’un des atouts de la Chine est son immensité et son absence de morcellement politique. Si l’état central veut élaborer une politique environnementale aussi volontariste que celle de l’enfant unique, il peut en imposer les termes sur l’ensemble du territoire chinois en même temps (soit plus de neuf millions de kilomètres carré). Chose que l’Union européenne ou l’état fédéral américain sont encore loin de pouvoir réaliser. »

On peut certes s’interroger sur ce qui a fait que le communisme s’est installé en Chine, est-ce  parce qu’il avait été précédé par une unification millénaire? Ou alors ce genre d’analyse peut être extrapolée à d’autres civilisations et la France avec son unification, le poids de son autorité centralisée jouit effectivement d’atouts comparables qui ne sont pas ceux des Etats-Unis ou encore moins de l’Europe, l’essentiel est bien dans la démonstration de Jared Diamond: quand nous sommes à un niveau de mondialisation tel, la réponse ne peut être apportée que par une planification centralisée. 

Effectivement, quand on voit la manière dont disons depuis les jeux olympiques, il y a eu une véritable mutation de la Chine sur la question environnementale, c’est au niveau du pouvoir central, du parti communiste que s’élabore aujourd’hui cette mutation. Et si l’on suit la thèse de Jared Diamond sur le fait que le problème de la Chine n’est pas celui de ce pays mais qu’il est celui de l’humanité toute entière avec en particulier un modèle occidental capitaliste complètement destructeur et qui apparaît d’autant plus comme tel que dès que des pays aspirent au développement ils contribuent à cette destruction. Donc quelles que soient les opinions politiques de Jared Diamond et je n’ai aucune raison de penser qu’il soit pro-communiste, il n’en demeure pas moins qu’il montre la nécessité d’une planification, voire d’une « dictature du prolétariat » qui peut seule combiner développement pour tous et lutte contre la catastrophe environnementale (ce qui est encore plus vrai si l’on considère des questions comme la paix et la guerre). L’autogestion des ressources par des micro-sociétés n’est plus aujourd’hui la solution. C’est pour cela que quels que soient les critiques qui ont été faites à Jared Diamond, la réflexion qu’il développe ma paraît incontournable. (note de Danielle Bleitrach pour histoire et société)

 

Un extrait du livre de Jared Diamond « de l’inégalité parmi les sociétés ». 

Le chapitre 16 pp 331-345 sur la Chine. La thèse est que la Chine a réalisé, 3000 ans avant les autres, l’unité administrative, économique, sociale et culturelle pour des raisons d’avantages géographiques, de ressources pour la production de nourriture par l’agriculture et l’élevage, et d’adaptation à l’environnement. En témoignent l’unité de langage et d’écriture (le Mandarin), l’accroissement de la population de l’an 0 à 1820 début de la révolution industrielle en Europe occidentale après quatre siècles de découvertes du monde par les occidentaux: portugais, espagnols, puis les hollandais et les anglais. Voir Angus Maddison « The world economy, a millennial perspective » sur la Chine, l’Inde et le Japon.

Immigration, mesures antidiscriminatoires en faveur des minorités, multilinguisme et diversité ethnique : la Californie, où je vis, a été l’un des premiers États à adopter ces politiques controversées et à en subir aujourd’hui le contrecoup. Un simple coup d’oeil dans les salles de classe de Los Angeles, où mes fils sont scolarisés, donne un visage à ces débats abstraits. Ces enfants représentent plus de 80 langues parlées dans leurs foyers — les Blancs anglophones étant minoritaires. Chaque camarade de jeu de mes fils a au moins un parent ou un grand-parent né hors des Etats-Unis. Tel est aussi le cas de trois des quatre grands-parents de mes fils. Mais l’immigration ne fait que rendre à l’Amérique la diversité qui était la sienne depuis des milliers d’années. Avant la colonisation européenne, le continent nord-américain abritait plusieurs centaines de tribus, et de langues indigènes, qui ne sont passées sous l’autorité d’un gouvernement unique qu’au cours des cent dernières années.

À tous ces points de vue, les États-Unis sont un pays profondément « normal ». Les six nations les plus peuplées du monde sont toutes, sauf une, des melting-pots dont l’unification politique est récente et où continuent à vivre des centaines de langues et de groupes ethniques. Jadis petit État slave centré sur Moscou, par exemple, la Russie n’a commencé son expansion au-delà de l’Oural qu’en 1582. Jusqu’au xixe siècle, elle devait englober des dizaines de populations non slaves, dont beaucoup ont conservé leur langue d’origine et leur identité culturelle. De même que l’histoire américaine est l’histoire de l’américanisation de notre continent, l’histoire de la Russie nous dit comment la Russie est devenue russe. L’Inde, l’Indonésie et le Brésil sont aussi des créations politiques récentes (dans le cas de l’Inde, une recréation), où coexistent respectivement 850, 670 et 210 langues.

La grande exception à cette règle du melting-pot récent est la nation la plus peuplée du monde : la Chine. Politiquement, culturellement et linguistiquement, elle fait aujourd’hui figure de monolithe, tout au moins pour les profanes. Politiquement, elle était déjà unifiée en 221 ay. J.-C. et, pour l’essentiel, elle l’est restée. Depuis le début de l’alphabétisation, elle n’a connu qu’un système d’écriture, tandis que l’Europe emploie plusieurs dizaines d’alphabets modifiés. Sur les 1,2 milliard d’habitants de la Chine, plus de 800 millions parlent le mandarin — de loin la langue la plus parlée au monde. Quelque 300 millions parlent sept autres langues aussi proches du mandarin, et les unes des autres, que l’espagnol l’est de l’italien. Ainsi, non seulement la Chine n’est pas un melting-pot, mais il paraît absurde de demander comment la Chine est devenue chinoise. Aussi loin qu’on remonte dans son histoire ou presque, la Chine a été chinoise.

Cette unité apparente de la Chine nous paraît tellement évidente que nous oublions de nous en étonner. L’une des raisons pour lesquelles cette unité aurait dû nous surprendre est d’ordre génétique. Tandis qu’une classification raciale sommaire des populations mondiales range tous les Chinois dans la catégorie des « mongoloïdes », cette catégorie dissimule des variations bien plus grandes que les différences entre Suédois, Italiens et Irlandais en Europe. En particulier, les Chinois du Nord et du Sud sont assez différents génétiquement et physiquement : ceux du Nord sont très proches des Tibétains et des Népalais, ceux du Sud des Vietnamiens et des Philippins. Mes amis chinois du Nord et du Sud se reconnaissent souvent au premier coup d’oeil : les Chinois du Nord sont généralement plus grands, plus corpulents et plus pâles. Ils ont aussi le nez plus pointu et des yeux plus petits, qui semblent plus « bridés » (à cause de ce qu’on appelle le pli « épicanthique »).

Le nord et le sud de la Chine diffèrent également par l’environnement et le climat : le nord est plus sec et plus froid, le sud plus humide et plus chaud. Les différences génétiques apparues dans ces milieux différents supposent une longue histoire d’isolement relatif entre les populations. Comment ont-elles pu, alors, avoir des langues et des cultures si proches, voire identiques ?

L’unité linguistique apparente de la Chine est également déroutante au regard de la diversité linguistique d’autres parties du monde peuplées de longue date. Avec une superficie dix fois inférieure à celle de la Chine et 40 000 ans d’histoire humaine seulement, la Nouvelle-Guinée compte, elle, un millier de langues dont plusieurs douzaines de groupes linguistiques avec des différences beaucoup plus grandes qu’entre les huit grandes langueschinoises. L’Europe occidentale, quant à elle, a élaboré ou acquis une quarantaine de langues dans les 6 ou 8 000 ans qui ont suivi l’arrivée des langues indo-européennes (y compris des langues aussi différentes que l’anglais, le finnois ou le russe).
Or des fossiles attestent la présence de l’homme en Chine depuis plus d’un demi-million d’années. Qu’est-il advenu des dizaines de milliers de langues distinctes qui ont dû apparaître en Chine au cours d’un si long laps de temps1 ?

Ces paradoxes laissent penser que la Chine était jadis aussi diverse que le sont les nations très peuplées aujourd’hui. La Chine se distingue uniquement par une unification bien plus précoce. Sa « sinisation » s’est soldée par l’homogénéisation drastique d’une immense région dans un ancien melting-pot, ainsi que par la repopulation de l’Asie du Sud-Est tropicale et une influence massive sur le Japon, la Corée et peut-être même l’Inde. L’histoire de la Chine est donc la clé de l’histoire de tout l’Est asiatique et l’on verra ici comment la Chine est devenue chinoise.

La carte linguistique détaillée de la Chine fournit un point de départ commode (figure 16.1). Le fait est que, outre les huit « grandes » langues de la Chine — le mandarin et ses sept proches parents (souvent désignés collectivement sous le nom de « chinois »), qui comptent entre 11 et 800 millions de locuteurs chacun —, la Chine possède plus de 130 « petites » langues, parlées par quelques milliers de personnes seulement. Toutes ces langues, « grandes » et « petites », appartiennent à quatre familles importantes, très différentes par le caractère compact de leur distribution.

À un extrême, le mandarin et les langues apparentées, qui forment la sous-famille chinoise de la famille linguistique sino-tibétaine, sont distribués de manière continue du nord au sud. On peut traverser la Chine de part en part, de la Mandchourie au golfe du Tonkin, sans quitter les terres occupées par des populations qui parlent le mandarin ou des langues parentes. Les trois autres familles ont des distributions fragmentées et forment des « îles » linguistiques entourées par un « océan » de locuteurs du chinois et d’autres familles linguistiques.

1. Jared Diamond traite de l’éradication des langues au cours du processus d’hominisation et d’expansion de l’espèce humaine dans Le troisième chimpanzé, op. cit., chapitres 8, « Les passerelles vers le langage humain », et 15, « Les chevaux, les Hittites et l’Histoire ». (N. d. É.)

La distribution de la famille miao-yao (alias hmong mien) est particulièrement fragmentaire, constituée de six millions de locuteurs divisés en cinq langues aux noms colorés : le miao rouge, le miao blanc (ou rayé), le miao noir, le miao vert (ou bleu) et le yao. Les locuteurs du miao-yao vivent dans une douzaine de petites enclaves, toutes entourées de locuteurs d’autres familles linguistiques, éparpillées sur plus de 1300 km’ depuis la Chine du Sud jusqu’à la Thaïlande. Plus de 100000 réfugiés vietnamiens de langue miao ont porté leur famille linguistique aux États-Unis, où ils sont mieux connus sous le nom de Hmong.
Un autre groupe linguistique fragmenté est celui de la famille austro-asiatique, dont les langues les plus largement parlées sont le vietnamien et le cambodgien. Ses 60 millions de locuteurs sont dispersés du Viêt-nam, à l’est, jusqu’à la péninsule malaise au sud et au nord de l’Inde à l’ouest. La quatrième et dernière des familles linguistiques de la Chine est la famille taikadai, dont font partie le thaï et le lao et dont les 50 millions de locuteurs sont dispersés depuis la Chine du Sud jusqu’à la Thaïlande péninsulaire et Myanmar à l’ouest (figure 16.1).

Naturellement, cette fragmentation des locuteurs de la famille miao-yao n’est pas l’effet d’un saupoudrage à travers le paysage asiatique. On pourrait au contraire imaginer qu’il y a eu jadis une distribution plus continue, qui s’est fragmentée lorsque d’autres familles linguistiques se sont étendues ou ont amené les miao-yao à abandonner leurs langues. En fait, cette fragmentation linguistique est pour l’essentiel intervenue au cours des 2 500 dernières années suivant un processus historique bien connu. Les ancêtres des locuteurs modernes du thaï, du lao et du birman sont tous venus du sud de la Chine et des régions voisines, jusqu’à leur place actuelle, au point d’inonder par vagues successives les descendants installés des migrations antérieures. Les locuteurs des langues chinoises ont fait preuve d’une singulière vigueur pour remplacer et transformer linguistiquement d’autres groupes ethniques, jugés primitifs et inférieurs. L’histoire de la dynastie Zhou, de 1100 à 221 ay. J.-C., retrace la conquête et l’absorption de l’immense majorité de cette population de langue non chinoise par des États sinophones.
Plusieurs types de raisonnement sont possibles pour essayer de reconstituer la carte linguistique de l’Asie de l’Est il y a plusieurs millénaires. On peut d’abord étudier à rebours les expansions linguistiques historiquement connues des récents millénaires. On peut aussi imaginer que les régions modernes qui ne comptent qu’une seule langue, ou un groupe de langues parentes occupant une vaste zone continue, témoignent d’une expansion géographique à ce point récente de ce groupe que le temps a manqué pour une différenciation en de multiples langues. Enfin, on peut imaginer à l’inverse que les zones
modernes à forte diversité linguistique au sein d’une même famille se trouvent plus près du centre de distribution originaire de cette famille linguistique.

En recourant à ces trois formes de raisonnement pour faire tourner à rebours l’horloge linguistique, nous en arrivons à laconclusion que la Chine a été à l’origine occupée par des populations de langues sino-tibétaines, chinoise et autres ; que les différente s parties de la Chine du Sud ont été diversement occupées par des populations de langues miao-yao, austroasiatiques et tai-kadai ; et que les populations de langues sino-tibétaines ont remplacé la plupart des locuteurs de ces autres familles dans la Chine du Sud. Un bouleversement linguistique encore plus radical a dû balayer le Sud-Est asiatique tropical jusqu’au sud de la Chine — Thaïlande, Myanmar, Laos, Cambodge, Viêt-nam et Malaisie. Les langues qui y étaient parlées à l’origine doivent être toutes éteintes aujourd’hui, parce que toutes les langues modernes de ces pays semblent être des envahisseurs récents, essentiellement venus de Chine du Sud ou, dans certains cas, d’Indonésie. Comme les langues miao-yao ont réussi à survivre, nous pourrions aussi conjecturer que la Chine du Sud abritait jadis d’autres familles linguistiques que les familles miao-yao, austroasiatique et tai-kadai, mais que rien n’a survécu de ces familles aujourd’hui. On verra que la famille linguistique austronésienne (à laquelle appartiennent toutes les langues philippines et polynésiennes) a sans doute été l’une de ces familles, disparues du continent chinois que nous ne connaissons que parce qu’elle a gagné les îles du Pacifique et y a survécu.

Ces remplacements linguistiques de l’Asie de l’Est nous rappellent la diffusion des langues européennes, en particulier de l’anglais et de l’espagnol, dans le Nouveau Monde, jadis foyer d’un millier ou plus de langues indigènes. Nous savons, par l’histoire récente, que l’anglais n’a pas pris la place des langues des Indiens d’Amérique parce que ceux-ci le trouvaient agréable à l’oreille. Par la guerre, le meurtre et les maladies, les immigrés anglophones ont exterminé la grande majorité des Indiens, tandis que les survivants se voyaient contraints d’adopter l’anglais, langue de la nouvelle majorité. Les causes immédiates de ce remplacement linguistique ont été les avantages tirés par les envahisseurs européens de la technologie et de l’organisation politique, eux-mêmes issus des avantages de l’essor précoce de la production alimentaire. Ce sont fondamentalement les mêmes processus qui expliquent le remplacement des langues aborigènes d’Australie par l’anglais, et des langues des Pygmées et des Khoisans d’Afrique équatoriale par les langues bantoues.

Les bouleversements linguistiques de l’Est asiatique soulèvent donc une question du même type : qu’est-ce qui a permis aux locuteurs de la famille sino-tibétaine de se propager de la Chine du Nord à la Chine du Sud, et aux locuteurs des familles linguistiques originaires de la Chine du Sud (austroasiatique et autres) de se propager au sud jusqu’en Asie du Sud-Est tropi-
cale ? C’est ici qu’il faut demander à l’archéologie des preuves d’avantages technologiques, politiques et agricoles que certains Asiatiques ont manifestement acquis sur d’autres.

Comme partout ailleurs dans le monde, les recherches archéologiques en Asie de l’Est, pour le plus clair de l’histoire humaine, n’ont exhumé que les débris des chasseurs-cueilleurs se servant d’outils de pierre non polis et ignorant la poterie. Les premiers signes de quelque chose de différent viennent de Chine où apparaissent autour de 7500 ay. J.-C. des restes de récolte, des ossements d’animaux domestiques, de la poterie et des outils de pierre polie (néolithiques). A un millier d’années près, on retrouve la date du début du néolithique et de la production alimentaire dans le Croissant fertile. Mais parce que le précédent millénaire est archéologiquement mal connu en Chine, on ne saurait dire à l’heure actuelle si les origines de la production alimentaire chinoise sont contemporaines, légèrement antérieures ou légèrement postérieures à celles du Croissant fertile. En revanche, nous pouvons à tout le moins affirmer que la Chine a été l’un des premiers centres mondiaux de la domestication végétale et animale.

En réalité, la Chine a bien pu englober deux ou plusieurs centres indépendants d’origines de la production alimentaire. J’ai déjà évoqué les différences écologiques entre le nord, froid et sec, et le sud, chaud et humide. A une latitude donnée, il existe aussi des distinctions écologiques entre les terres, basses, de la côte et les terres, hautes, de l’intérieur. Ces milieux disparates se distinguent par des plantes sauvages indigènes différentes, qui auraient donc été diversement à la portée des premiers agriculteurs chinois. De fait, les toutes premières cultures identifiées sont deux espèces de millet, résistant à la sécheresse en Chine du Nord, mais le riz en Chine du Sud, ce qui suggère la possibilité de centres de domestication végétale septentrionaux et méridionaux séparés.

Les sites chinois possédant les tout premiers signes de culture contenaient aussi des os de porcs domestiques, de chiens et de poulets. A ces premiers animaux et à ces cultures vinrent progressivement s’ajouter les nombreux autres domesticats de la Chine. Parmi les animaux, les plus importants furent les buffles d’eau (pour tirer les charrues), mais il y eut aussi les vers à soie, les canards et les oies. Parmi les cultures chinoises plus tardives, figurent le soja, le chanvre, les agrumes, le thé, les abricotiers, les pêchers et les poiriers. En outre, de même que l’axe est-ouest de l’Eurasie a permis, dans l’Antiquité, à nombre d’animaux et de cultures chinois de se propager à l’ouest, les domesticatsouest-asiatiques se sont aussi propagés vers l’est, en Chine, et y ont pris de l’importance. Le blé et l’orge, les vaches et les chevaux et, dans une moindre mesure, les moutons et les chèvres ont été des contributions occidentales, particulièrement significatives, à l’économie de la Chine ancienne.
En Chine, comme ailleurs dans le monde, la production alimentaire a progressivement débouché sur les autres marques caractéristiques de la « civilisation » (évoquées dans les chapitres 11 à 14). Une superbe tradition de métallurgie en bronze a trouvé ses origines dans le troisième millénaire ay. J.-C. et a permis à la Chine de développer de loin la plus ancienne production de fonte du monde, autour de 500 ay. J.-C. Les 1 500 années suivantes ont vu la profusion d’inventions techniques chinoises mentionnées dans le chapitre 13: entre autres, le papier, la boussole, la brouette et la poudre à canon. Les villes fortifiées firent leur apparition au troisième millénaire, avec des cimetières dont la grande diversité des tombes, tantôt dénuées d’ornement, tantôt luxueusement meublées, trahit l’émergence des différences de classes. Les sociétés stratifiées dont les dirigeants pouvaient mobiliser de grandes forces de roturiers sont également attestées par de grandes murailles défensives, de grands palais et, finalement, le Grand Canal (le plus grand canal du monde, de plus de 1 600 kilomètres) qui relie la Chine du Nord à celle du Sud. La présence de l’écriture est attestée depuis le deuxième millénaire, mais elle est probablement apparue plus tôt. Notre connaissance archéologique des cités et États émergeants de la Chine est ensuite complétée par des chroniques des premières dynasties de la Chine, à commencer par la dynastie Xia, apparue autour de 2000 ay. J.-C.

Pour ce qui est du sous-produit le plus sinistre de la production alimentaire, les maladies infectieuses, nous ne saurions préciser où sont apparues la plupart des grandes maladies originaires d’Europe. En revanche, des écrits romains et médiévaux décrivent clairement l’arrivée depuis l’Orient de la peste bubonique et, peut-être, de la variole, si bien que ces germes pourraient être d’origine chinoise ou est-asiatique. Pour la grippe espagnole (transmise par les cochons), la probabilité qu’elle soit apparue en Chine est plus grande encore, quand on sait que les porcs y ont été domestiqués très tôt et y ont pris rapidement de l’importance.

La superficie et la diversité écologique de la Chine ont donné naissance à maintes cultures locales, que l’archéologie permet de distinguer par les différents styles de poterie et d’artefact. Au cours du quatrième millénaire ay. J.-C., ces cultures locales se sont étendues géographiquement et ont commencé à interagir, à rivaliser et à se fondre les unes dans les autres. De même que les échanges de domesticats entre les différentes régions écologiques ont enrichi la production alimentaire chinoise, les échanges entre les différentes régions culturelles ont enrichi la culture et la technologie chinoises, tandis qu’une concurrence farouche entre chefferies guerroyantes s’est soldée par la formation d’États toujours plus grands et plus centralisés (chapitre 14).

Le gradient nord-sud de la Chine, s’il a retardé la diffusion des cultures, y fut toutefois moins une barrière qu’aux Amériques ou en Afrique. Cela pour différentes raisons : d’abord les distances nord-sud de la Chine étaient plus petites et puis la Chine n’est coupée par aucun désert, comme le sont l’Afrique et le nord du Mexique, ni par un isthme étroit, comme l’est l’Amérique centrale. Au contraire, les longs fleuves est-ouest de la Chine (le fleuve Jaune au nord, le fleuve Bleu au sud) ont facilité la diffusion des cultures et des techniques entre la côte et l’intérieur des terres, tandis que son immense étendue est-ouest et son terrain relativement accessible, qui a permis finalement de rejoindre par des canaux ces deux systèmes fluviaux, ont facilité les échanges nord-sud. Tous ces facteurs géographiques ont contribué à l’unification culturelle et politique précoce de la Chine, tandis que l’Europe occidentale, avec un espace semblable mais un terrain plus accidenté et sans unification par les fleuves, a résisté jusqu’à ce jour à l’unification culturelle et politique.

Certains développements se sont propagés du sud de la Chine vers le nord, en particulier la fonte du fer et la culture du riz. Mais la propagation s’est faite surtout du nord vers le sud. La tendance est on ne peut plus claire en ce qui concerne l’écriture : contrairement à l’Eurasie occidentale, qui a produit de bonne heure pléthore de systèmes d’écriture — le cunéiforme, les hiéroglyphes, le hittite, le minoen et l’alphabet sémitique —, la Chine n’a élaboré qu’un seul système d’écriture bien attesté. Mis au point en Chine du Nord, il s’est propagé jusqu’à préempter ou remplacer tout autre système naissant, puis donner naissance à l’écriture encore employée en Chine aujourd’hui. D’autres traits majeurs des sociétés chinoises du Nord se sont propagés vers le sud, dont la technologie du bronze, les langues sino-tibétaines et la formation de l’État. Les premières dynasties de la Chine — les Xia, les Shang et les Zhou — sont toutes trois nées en Chine du Nord au deuxième millénaire ay. J.-C.

Les écrits du premier millénaire avant notre ère qui nous sont parvenus montrent que les Chinois avaient déjà tendance à cette époque (comme c’est souvent le cas aujourd’hui) à se sentir culturellement supérieurs aux « barbares » non chinois. Les Chinois du Nord avaient même tendance à tenir leurs homologues du Sud pour des barbares. Un auteur de la fin de la dynastie Zhou, au premier millénaire ay. J.-C., décrivait, par exemple, en ces termes les autres peuples de la Chine : « Les peuples de ces cinq régions — les Etats du milieu et les Rong, les Yi et autres tribus sauvages autour d’eux — ont tous eu leurs natures diverses, dont on ne pourrait les faire changer. Les tribus de l’est étaient appelées Yi. Ils portaient les cheveux dénoués et exhibaient des tatouages sur le corps. Certains d’entre eux mangeaient leur nourriture sans la faire cuire. » L’auteur Zhou de décrire ensuite les tribus sauvages du sud, de l’ouest et du nord qui s’abandonnaient à des pratiques également barbares, comme de tourner les pieds en dedans, de se tatouer le front, de porter des peaux, de vivre dans des grottes, de ne pas consommer de céréales et, naturellement, de manger leurs aliments crus.

Les États organisés par celui de la dynastie Zhou, de la Chine du Nord, ou calqués sur lui, se sont propagés en Chine du Sud au cours du premier millénaire ay. J.-C., pour aboutir finalement à l’unification politique de la Chine, sous la dynastie des Qin, en 221 avant notre ère. Son unification culturelle s’accéléra au cours de cette même période, alors que les États chinois civilisés » et lettrés absorbèrent les « barbares » illettrés, à moins qu’ils n’aient été copiés par ceux-ci. Cette unification culturelle fut parfois féroce : par exemple, le premier empereur Qin condamna toutes les chroniques historiques écrites jusque-là ; les jugeant sans valeur, il ordonna qu’elles fussent brûlées, au grand dam de notre compréhension des débuts de l’histoire et de l’écriture chinoises. Ces mesures draconiennes et d’autres ont dû contribuer à l’essor des langues sino-tibétaines de la Chine du Nord à travers la majeure partie du pays et à réduire le miao-yao et les autres familles linguistiques à la distribution fragmentée qu’on leur connaît aujourd’hui.

En Asie de l’Est, les débuts précoces de la Chine dans le domaine de la production alimentaire, de la technologie, de l’écriture et de la formation de l’État ont aussi fortement contribué à l’essor des régions voisines. Jusqu’au quatrième millénaire ay. J.-C., par exemple, la majeure partie de l’Asie du Sud-Est tropicale était encore occupée par des chasseurs-cueilleurs élaborant des outils de pierre appartenant à la tradition hoabinhienne, du nom du site vietnamien de Hoa-Binh. Par la suite, les cultures d’origine chinoise, la technologie néolithique, la vie villageoise et les poteries semblables à celles de la Chine du Sud se sont répandues en Asie du Sud-Est tropicale, probablement accompagnées par les familles linguistiques de la Chine du Sud. L’expansion vers le sud des Birmans, des Laotiens et des Thaïs depuis la Chine du Sud a achevé la sinisation de l’Asie tropicale du Sud-Est. Tous ces peuples modernes sont des rejetons récents de leurs cousins de Chine du Sud.

Ce rouleau compresseur chinois était si écrasant que les anciens peuples du Sud-Est asiatique tropical ont laissé peu de traces dans les populations modernes de la région. Seuls trois groupes de chasseurs-cueilleurs ont survécu : les Négritos Semang de la Malaisie péninsulaire, les habitants des îles Andaman et les Négritos Vedda du Sri Lanka — reliquat qui suggère que les anciens habitants du Sud-Est asiatique tropical avaient peut-être la peau sombre et les cheveux bouclés, comme les Néo-Guinéens modernes et à la différence des Chinois du Sud et des habitants du Sud-Est asiatique moderne à la peau claire et aux cheveux raides qui en sont les rejetons. Ces reliquats de population Négritos de l’Asie du Sud-Est sont peut-être les derniers survivants de la population source à partir de laquelle la Nouvelle-Guinée a été colonisée. Les Négritos Semang ont persisté en tant que chasseurs-cueilleurs, commerçant avec leurs voisins paysans, mais ont emprunté à ceux-ci une langue austroasiatique — un peu comme, nous le verrons, les Négritos des Philippines et les chasseurs-cueilleurs Pygmées d’Afrique ont adopté les langues de leurs partenaires commerciaux voisins. Ce n’est que dans les lointaines îles Andaman que persistent des langues sans rapport avec les familles linguistiques des Chinois du Sud — ultimes survivants linguistiques de, sans doute, plusieurs centaines de langues aborigènes du Sud-Est asiatique aujourd’hui éteintes.

Même la Corée et le Japon ont été fortement influencés par la Chine, bien que leur isolement géographique leur ait évité de perdre leurs langues ou leur singularité physique et génétique, comme le Sud-Est asiatique tropical. La Corée et le Japon adoptèrent le riz de la Chine au cours du deuxième millénaire ay. J.-C., la métallurgie du bronze au premier millénaire avant notre ère et, enfin, l’écriture au premier millénaire apr. J.-C. La Chine transmit aussi le blé et l’orge d’Asie de l’Ouest à la Corée et au Japon.

En décrivant ainsi le rôle séminal de la Chine dans la civilisation est-asiatique, gardons-nous d’exagérer. Il serait inexact de prétendre que tous les progrès culturels d’Asie de l’Est soient venus de la Chine tandis que les Coréens, les Japonais et les populations asiatiques du Sud-Est tropical n’auraient été que des barbares incapables d’inventer. On doit aux Japonais quelques-unes des plus anciennes poteries du monde. De plus, en tant que chasseurs-cueilleurs, ils s’établirent dans des villages vivant des richesses de la mer bien avant l’arrivée de la production alimentaire. Certaines cultures ont été probablement domestiquées d’abord ou indépendamment au Japon, en Corée et en Asie tropicale du Sud-Est.

La Chine n’en a pas moins eu un rôle disproportionné. Par exemple, le prestige de la culture chinoise est encore si grand au Japon et en Corée que le Japon n’a pas songé à se défaire de son système d’écriture d’inspiration chinoise malgré ses inconvénients pour la langue japonaise, tandis que la Corée entreprend aujourd’hui seulement de remplacer son écriture peu maniable dérivée du chinois par son merveilleux alphabet indigène, le han’gul. Cette persistance de l’écriture chinoise au Japon et en Corée est un héritage vivant de la domestication des plantes et des animaux en Chine il y a près de 10 000 ans. C’est grâce aux succès des premiers paysans de l’Est asiatique que la Chine est devenue chinoise et que les populations allant de la Thaïlande à l’île de Pâques sont devenues leurs cousins.

 
 

Que cherche la Chine en investissant autant en Afrique ?

Publié le 13 juillet 2017 à 13h06 — Mis à jour le 13 juillet 2017 à 14h26

Jamais Pékin n’avait investi à ce point sur le continent africain, devenu un véritable laboratoire de ses ambitions internationales. Et l’Afrique apprécie ce partenaire non interventionniste qui lui apporte financements et infrastructures. Système gagnant-gagnant ? Le débat est lancé.

Vieilles de plusieurs siècles, les relations entre la Chine et l’Afrique n’ont jamais été aussi fortes qu’au cours des quinze dernières années. Et le niveau d’engagement de l’empire du Milieu sur le continent a atteint des niveaux inédits. Cette offensive est menée à la fois par les entreprises publiques et privées, les décideurs politiques et les diplomates, et est autant le fruit d’actions spontanées que d’une stratégie bien orchestrée par Pékin.

Tous les investisseurs internationaux voient en l’Afrique un important réservoir de minerais et sont attirés par le pétrole angolais et nigérian, par le cuivre de la RD Congo et de la Zambie ou encore par l’uranium namibien. Mais les Européens et les Américains la perçoivent également comme une inquiétante source d’instabilité, de migration et de terrorisme, tandis que la Chine préfère se concentrer sur ses opportunités.

Récemment, les entreprises de l’empire du Milieu ont réussi à sécuriser leur accès au cobalt, crucial pour la production des batteries de voitures électriques, en rachetant à coups de milliards de dollars des parts dans les mines de la RD Congo, premier producteur mondial.

Un investissement qui va au-delà des matières premières

Ce qui l’attire en Afrique, c’est aussi le marché de consommateurs qu’elle constitue pour ses manufacturiers et ses entreprises de construction

Mais cet intérêt pour le continent va au-delà des matières premières. D’ailleurs, les États-Unis investissent dans l’exploitation minière beaucoup plus que la Chine (66 % du total des investissements pour les premiers, contre 28 % pour la seconde). Ce qui attire celle-ci en Afrique, c’est aussi le marché de consommateurs qu’elle constitue pour ses manufacturiers et ses entreprises de construction.

Un pays en est la parfaite illustration : l’Éthiopie. Affichant une croissance soutenue depuis près d’une décennie, comptant plus de 100 millions d’habitants – soit la deuxième plus importante population du continent derrière le Nigeria – et stratégiquement située dans la Corne de l’Afrique, elle est devenue l’une des destinations phares des investissements chinois, malgré sa pauvreté en ressources naturelles.

Depuis 2000, elle a été la deuxième plus grande bénéficiaire des prêts chinois en Afrique, recevant des financements pour la construction de barrages, de routes, de chemins de fer et d’usines de manufacture pour plus de 12,3 milliards de dollars, selon les chercheurs de l’université Johns-Hopkins. Cela correspond à plus du double du montant prêté au Soudan, producteur de pétrole, et à la RD Congo, dont le sous-sol regorge de minerais.

Un intérêt diplomatique

Par ailleurs, et c’est peut-être l’aspect le moins bien compris, l’Afrique offre à la Chine un très bon moyen d’étendre son influence géopolitique. « Avoir de bonnes relations avec les 54 pays africains est très important pour la Chine », explique Jing Gu, directrice du Centre pour les puissances émergentes et le développement global à l’université du Sussex, soulignant qu’elle entretient par ailleurs des rapports très tendus avec ses voisins, de Tokyo à Hanoï.

La Chine a utilisé le continent comme une sorte de laboratoire pour ses ambitions internationales croissantes

Pékin compte aujourd’hui 52 missions diplomatiques dans les capitales africaines, contre 49 pour Washington, et est le membre du Conseil de sécurité des Nations unies qui dispose du plus grand nombre de Casques bleus sur le continent, soit plus de 2 000, au Congo, au Liberia, au Mali, au Soudan et au Soudan du Sud.

Selon Jing Gu, spécialiste des questions de développement et consultante pour plusieurs institutions internationales, dont la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, la Chine a utilisé le continent comme une sorte de laboratoire pour ses ambitions internationales croissantes. Et la nature multidimensionnelle de son approche n’est souvent pas reconnue, qu’il s’agisse de ses participations aux opérations de maintien de la paix ou à la construction de routes, de ports et de chemins de fer, destinés à relier le monde en développement à l’empire du Milieu via une nouvelle route de la soie.

Howard French, l’auteur du livre China’s Second Continent, qui retrace l’expérience d’environ 1 million d’entrepreneurs chinois partis s’installer sur le continent, partage cette analyse : « L’Afrique a été un atelier de nouvelles idées qui sont maintenant devenues de grands atouts stratégiques. »

Quelques chiffres l’illustrent : en 2000, le commerce sino-africain était estimé à 10 milliards de dollars, selon la Johns Hopkins School of Advanced International Studies, à Washington. En 2014, il a atteint 220 milliards de dollars, avant de connaître une baisse liée à la chute des prix des matières premières. La Chine contribue à environ un sixième du total des prêts accordés à l’Afrique, selon une étude du John L. Thornton China Center à la Brookings Institution.

Pour beaucoup, la démarche de Pékin s’apparente à un système néocolonialiste dans lequel les entreprises qui extraient des minerais en échange d’infrastructures et de financements de projets agissent comme des intermédiaires pour le gouvernement chinois.

Un avantage pour l’Afrique

Les pays africains ont besoin de commerce et d’investissement. Peu importe d’où cela vient – de Chine, d’Inde, de Turquie, de Russie, du Brésil

Il n’empêche que, d’un point de vue africain, bien qu’il comporte de nombreux risques, le partenariat avec la Chine apporte des avantages tangibles en matière de financement et d’infrastructures.

Et, plus important encore, il offre un choix bienvenu aux gouvernements africains, qui ont développé durant des décennies des relations souvent improductives avec les bailleurs de fonds internationaux. Même si ces derniers ont apporté des milliards de dollars en aide, ils ont également aussi imposé, dans les années 1980 et 1990, des réformes inspirées du consensus de Washington, qui ont été destructrices pour les économies africaines.

« La relation entre les donateurs et les bénéficiaires a considérablement changé avec l’arrivée de la Chine », soutient Dambisa Moyo, économiste zambienne et auteur du livre Dead Aid, publié en 2009 et mettant en cause les liens de l’Afrique avec l’Europe et les États-Unis fondés sur l’aide.

Attractivité de la politique non-interventionniste

« Les pays africains ont besoin de commerce et d’investissement. Peu importe d’où cela vient – de Chine, d’Inde, de Turquie, de Russie, du Brésil –, c’est toujours une bonne nouvelle d’avoir de nouveaux partenaires », ajoute-t-elle. Pour Jeffrey Sachs, le directeur de l’Earth Institute à l’université Columbia, l’enthousiasme de la Chine en Afrique représente même « la plus importante source de développement pour le continent de notre génération ».

Un sondage réalisé par Afrobarometer en 2016 dans 36 pays du continent a montré que, pour 63 % des Africains, l’influence chinoise a été « plutôt » ou « très » positive

De même, la politique officielle non interventionniste de la Chine la rend encore plus attractive pour les dirigeants africains, dont ceux de l’Angola et du Zimbabwe, qui disent en avoir assez de l’attitude de « donneurs de leçons » des anciennes puissances coloniales en matière de droits de l’homme et de démocratie.

À travers le continent, les populations et les décideurs politiques partagent ce sentiment. Un sondage réalisé par Afrobarometer en 2016 dans 36 pays du continent a montré que, pour 63 % des Africains, l’influence chinoise a été « plutôt » ou « très » positive. Et 24 % des personnes interrogées pensent que la Chine présente le meilleur modèle de développement pour l’Afrique, juste derrière les États-Unis, avec 30 % d’avis favorables.

La menace de la dette

C’est toujours la même histoire : la Chine conquiert l’Afrique, mais quel profit en tire l’Afrique ?

Mais un sentiment de malaise persiste à propos de son importance grandissante. « Je pense que les Chinois savent ce qu’ils veulent alors que les Africains, eux, ne le savent pas, estime PLO Lumumba, le directeur de la Kenya School of Law. La Chine veut gagner de l’influence, elle veut être une puissance mondiale ».

Selon lui, les gouvernements africains contractent tellement de dette envers la Chine qu’ils mettent en gage leur indépendance politique et économique. Godfrey Mwampembwa, caricaturiste connu dans toute l’Afrique sous le nom de « Gado », partage la même analyse : « C’est toujours la même histoire : la Chine conquiert l’Afrique, mais quel profit en tire l’Afrique ? » Dans l’un de ses dessins, il représente les leaders africains en lilliputiens secouant leurs mains devant un énorme visage chinois. Avec ce texte : « Nous sommes des partenaires égaux. »

Le Kenya a bénéficié de l’aide chinoise – pour un montant évalué à plusieurs milliards de dollars – ainsi que de leur expertise en ingénierie afin d’améliorer ses infrastructures. Mais dans une interview accordée récemment au Financial Times, le président Uhuru Kenyatta a exprimé son inquiétude au sujet du déficit commercial de l’Afrique face à la Chine.

Il estime cependant que Pékin « commence à comprendre que, pour qu’une stratégie gagnant-gagnant fonctionne, la Chine doit s’ouvrir à l’Afrique comme l’Afrique s’ouvre à elle ». De même, le sentiment des Africains à l’égard des Chinois a évolué.

D’après Howard French, même s’ils ont globalement un a priori positif, l’enthousiasme d’antan a fait place à une certaine réserve. Si les infrastructures sont bien accueillies, l’opinion publique insiste sur la nécessité d’exiger des entreprises chinoises qu’elles emploient plus de main-d’œuvre locale et qu’elle la traite bien.

Selon cet expert, les populations s’indignent également de voir le coût des projets augmenter pour permettre à certains de leurs gouvernements de bénéficier de rétrocommissions. Des soupçons qui pèsent actuellement sur le projet ferroviaire Mombasa-Nairobi, d’un montant de 4 milliards de dollars, inauguré au mois de juin 2017.

Une récente prise en compte de la société civile

Les entreprises chinoises sont aujourd’hui conscientes du problème. Il y a une décennie, elles estimaient que leurs relations avec les gouvernements suffisaient. Désormais, elles comprennent qu’il est indispensable d’échanger avec la société civile et les ONG internationales sur les questions environnementales ou sur le transfert de technologies. Un nombre croissant de ces sociétés communiquent sur la transmission de leur savoir-faire aux Africains.

Par exemple, le géant des télécoms Huawei, qui réalise 15 % de ses revenus sur le continent, forme chaque année 12 000 étudiants en télécommunications dans des centres en Angola, au Congo, en Égypte, au Kenya, au Maroc, au Nigeria et en Afrique du Sud. Selon les chercheurs de Johns-Hopkins, 80 % des employés des projets chinois en Afrique sont des locaux, même si beaucoup d’entre eux occupent les postes à faible niveau de compétence. « Les Chinois ont rapidement progressé, reconnaît Howard French. Ils sont maintenant devenus des joueurs sophistiqués. »

Selon Jing Gu, il est important pour la Chine que sa relation avec l’Afrique apparaisse comme mutuellement bénéfique. « Elle poursuit activement une stratégie d’industrialisation. Au cours des dix prochaines années, elle espère relocaliser sa production manufacturière sur le continent », explique-t-elle.

Selon notre consultante, il est vital que les gouvernements africains reprennent le contrôle de leurs relations avec leurs partenaires étrangers, qu’il s’agisse de l’Occident ou de la Chine. Ce qui signifie établir des priorités, insister sur le transfert des connaissances et négocier selon leurs propres conditions. « Les Africains doivent être clairs et déterminer qui joue quel rôle. C’est à eux de décider, et non pas aux étrangers. »

© Financial Times et Jeune Afrique 2017


Peut mieux faire

Dans un rapport publié le 28 juin, McKinsey prédit un bel avenir aux relations sino-africaines. Le cabinet international de conseil avance deux scénarios. Le premier : si les investissements chinois sur le continent se poursuivent sur le même rythme, les groupes de l’empire du Milieu verront leurs recettes africaines passer de 180 milliards de dollars aujourd’hui à 250 milliards en 2025.

Le second : d’après McKinsey, les entreprises chinoises peuvent significativement accroître leurs activités africaines, que ce soit dans les secteurs qu’elles occupent prioritairement aujourd’hui – les mines et les infrastructures – ou dans d’autres domaines tels que l’agriculture, la bancassurance, les télécoms, les transports et la logistique. Dans ce dernier cas, leurs revenus pourraient atteindre 440 milliards de dollars en 2025


La Chine-Afrique s’invite à Marrakech

Plus de 400 décideurs chinois et africains de haut niveau sont attendus les 27 et 28 novembre à Marrakech dans le cadre de la 2e édition du China-Africa Investment Forum (CAIF).

Au cœur des discussions de cet événement coorganisé par le ministère marocain de l’Industrie et de l’Investissement, Jeune Afrique Media Group et BOAO Business Consulting : les implications financières de la nouvelle route de la soie pour les économies africaines, les solutions à privilégier pour tirer profit de cette nouvelle dynamique et faire du continent une véritable plateforme industrielle

 
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Publié par le juillet 14, 2017 dans Afrique, Asie, Chine, Economie, INTERNATIONAL

 

Première preuve vidéo de l’existence d’esclaves sexuelles coréennes pendant la Seconde Guerre mondiale

 http://deredactie.be/cm/vrtnieuws/buitenland/1.3021302

Mon 10/07/2017 – 11:19 Jos De Greef en Corée du Sud a été montré un vieux film sur les « femmes de réconfort » de la Seconde Guerre mondiale. Ce sont des images de 1944 et elles montrent un certain nombre de femmes qui ont été détenues par l’armée japonaise libérées par des soldats chinois. Le sujet trouble encore les relations diplomatiques entre la Corée et le Japon.

Le film ne dure que 18 secondes, il est en noir et blanc. Il montre un certain nombre de jeunes femmes coréennes traumatisées peu après leur libération par des soldats américains et chinois alors qu’elles étaient maintenues en captivité par des Japonais. Ces faits sont intervenus en 1944 dans la province chinoise du sud-ouest du Yunnan.

C’est la première preuve vidéo des « femmes de réconfort ». Jusqu’à présent, il n’y avait que des témoignages des victimes et des photos d’archives japonaises.

Au total, pendant la guerre, plus de 200.000 femmes, principalement issues de Corée, de Chine et des Philippines, avaient été retenues prisonnières par l’armée japonaise comme esclaves sexuelles pour la « détente » des troupes au front. La Corée a été occupée par le Japon à partir de 1910 et les Coréens étaient considérés comme des citoyens de seconde classe.

En Corée, l’occupation et l’utilisation des « femmes de réconfort » ont causé un grand ressentiment envers le Japon. Le Japon n’a reconnu qu’en 1993 que les femmes avaient été forcées à avoir des relations sexuelles avec des soldats.

Le gouvernement japonais n’a jamais présenté d’excuses officielles. Selon Tokyo la question a été réglée par un traité en 1965 avec la Corée du Sud, déclarant que les deux pays ont établi des relations diplomatiques (seulement 20 ans après la guerre), et le Japon a versé 800 millions $ pour l’aide financière à la Corée du Sud.

En Corée du Sud ne vivent encore maintenant que 46 de ces « femmes de réconfort », mais leurs familles continuent à manifester leur ressentiment contre le Japon. Devant  le consulat japonais à Séoul et la ville portuaire de Busan, il y a des statues de femmes de réconfort (images dans le texte), au grand dam des diplomates japonais.

Consultez les images (et lire plus bas la vidéo):

VRT

Le Japon et la Corée, les voisins difficiles

C’est une histoire difficile entre les deux pays. Pendant des siècles, l’empire de Corée était un pays où la Chine et le Japon, des grandes puissances se battaient et menaient leurs guerres. D’autre part de nombreux éléments culturels comme la culture du thé et du bouddhisme de Chine via la Corée ont été diffusés au Japon.

En 1910, le Japon industrialisé a annexé la Corée autrefois fermée, qui a été transformée en une colonie. Les Coréens étaient des citoyens de seconde classe dont la langue et la culture ont été systématiquement détruits. D’autre part le Japon a également apporté l’industrie moderne, mais le ressentiment de la répression a continué jusqu’en 1945 quand la Corée était sous contrôle allié, qui a conduit à la guerre froide entre les deux états.

Cet héritage est suspendu comme une ombre sur la Corée du Sud et le Japon, en dépit du fait qu’ils sont maintenant liés l’un à l’autre par les  États-Unis, sous la pression des alliés, d’autant plus que la Corée du Nord communiste est plus menaçante avec des essais nucléaires et des essais de missiles.

 

Le G20 de Hambourg et ses leçons sur le monde multipolaire…

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Si le Etats-Unis ont manifesté un certain isolement, le pays a de beaux restes et ce n’est pas l’avorton européen qui sera capable de prendre le relais comme cela avait été imprudemment annoncé par nos médias, avec bien sûr au centre de leur flagornerie, le nouveau président français. Les Etats-Unis sont incapables d’assumer leur leadership mais personne n’est en mesure de les remplacer et un monde nouveau est en train de naître, le danger comme disait Marlowe de la Renaissance c’est qu’il risque « d’accoucher comme une truie dans le sang ». La négociation est indispensable.

Une rencontre a été au centre de ce G20, celle entre Donald Trump et Vladimir Poutine. Prévue depuis plusieurs jours, cette rencontre bilatérale, la première entre les deux hommes, devait  durer une trentaine de minutes. Les discussions se sont poursuivies pendant deux heures et quart dans un climat défini comme chaleureux. La réunion se tenait en format restreint, en présence seulement du ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, et de son homologue américain, Rex Tillerson. Elle était destinée à remettre sur les rails une relation tendue depuis six mois.

Donald Trump et Vladimir Poutine ont discuté de la Syrie, de lutte antiterroriste et de cybersécurité, a précisé le président russe à l’issue de la rencontre, sans donner plus de détails. Ils se seraient aussi accordés sur un cessez-le-feu dans le sud-ouest de la Syrie, qui devrait entrer en vigueur dimanche à la mi-journée. Dans cette zone, autour de la ville de Deraa, des forces du régime appuyées par les Russes et les Iraniens affrontent des combattants de l »a rébellion modérée »(sic), aidée par des conseillers américains, donc c’est un lieu hypersensible dans une confrontation potentielle.

Apparemment Trump a obtenu là un avantage incontestable, mais  il s’agit d’une situation temporaire. Trump paraît obtenir une partition de fait de la Syrie avec des zones d’autonomie. Mais il n’est  plus question de voir Bachar El assad évacué,  les Russes mais aussi les iraniens et les Chiites ont obtenu ce qu’ils voulaient .La question kurde n’est pas résolue mais elle a avancé. Pourtant cette reconnaissance kurde imposée par les armes aboutit à  renforcer les liens entre la Russie et la Turquie  . Cette dernière si elle veut bloquer l’autonomie kurde va devoir opérer un changement de stratégie et se ranger toujours plus aux côtés des Russes pour limiter la partition de la Syrie. Il faut bien mesurer que sur ce plan la victoire russe ne se limite pas à la Syrie, elle concerne tout autant l’Asie centrale où une alliance de fait entre Chine, Russie et Turquie est en train de se mettre en place(2)

Cette rencontre, qui  a jeté les bases d’une coopération à venir entre les Etats-Unis et la Russie. D’abord sur la Syrie. On peut dire que ça a été la débâcle intégrale de la politique française telle qu’elle a été menée par Hollande et ses catastrophiques ministres des affaires étrangères. La stratégie française de ces dernières années, celle complaisamment relayée par nos médias est en pleine déroute. Non seulement la diabolisation de Vladimir Poutine, la politique des sanctions et une Europe dominée à la fois par les volontés otanesques des Etats-Unis et l’avancée vers l’est de l’Allemagne est désormais confrontée à ce changement des Etats-Unis appelant à une relation constructive avec la Russie sur la Syrie mais dans d’autres domaines et laz publicité autour d’un accord sur cybercriminalité ne doit pas nous masquer d’autres ententes. .

La relation constructive entre la Russie et les Etats-Unis porte aussi et surtout sur les relations commerciales et ce qui peut les entraver, la dénonciation des pratiques illégitimes et les barrières tarifaires pour s’en protéger chères à Trump et les sanctions tout aussi illégitimes qui frappent la Russie. .

Il faut tout le ridicule de la presse française pour avoir tenté de faire de Macron un vainqueur.  D’abord parce que notre président au plan international porte le poids du quinquennat précédent et apparaît comme le résultat de l’ultime manoeuvre du très décrié François Hollande. A ce titre les images sont cruelles, la tentative de Macron de se glisser dans la photo aux côtés des grands  n’est que l’illustration de cette défaite néo-libérale de l’Europe, son bellicisme, autant que celle des accords de Paris. Ces accords sont  considérés comme une des grandes victoires du quinquennat Hollande. Le refus de les assumer aurait-ils isolé Trump qui refuse de les respecter?  Oui et l’attitude des Etats-Unis tranche sur celle vertueuse de la Chine, mais en fait ces accords de paris apparaissent aussi dans leurs limites, leur aspect de fait non contraignant autant que la part belle qui est faite aux « solutions » qui s’accommodent avec les profits des multinationales(3),et laissent se dégrader toujours plus les pays pauvres. Les accords de paris par rapport à un véritable plan de lutte contre les dégradations de la planète sont bien caractéristiques de la politique de Hollande et il n’y a pas eu ni dans ce domaine, ni dans d’autres la moindre volonté du changement en profondeur, la moindre remis en cause du pillage de la planète et de la raréfication de ses ressources en matière d’eau par exemple. tant que ces rapports ne seront pas remis en cause l’isolement de Trump et la vertu d’un Macron flanqué d’un Hulot sera aussi crédible que celle de sa capacité à défendre les salariés face aux diktats néolibéraux de l’Europe.

ce qui fait la force d’un Trump c’est cette adhésion au profit comme vecteur de toute politique et ses foucades à partir du moment où elles revendiquent la souveraineté et l’emploi apparaîtront comme plus réalistes que toutes les proclamations non suivies d’effet. Mais le vrai problème pour les Etats-Unis comme d’ailleurs pour le reste du monde est qu’il n’y a pas de solution de rechange à cette chute de l’empire américain. Dans une certaine mesure le cas Macron est aussi une illustration de cette absence d’alternative.

Et l’Europe dans tout ça  ?

Si les Etats-Unis sont désormais obligé de compter avec la Chine, la Russie, ce qui avait été annoncé à savoir la reprise du flambeau de l’hégémonie occidentale par l’Europe autour du couple franco-allemand a été battu en brèche, les souverainistes auront beau jeu de proclamer non sans raison que ce G20 annonce un monde multipolaire basé sur la souveraineté des Etats, parce que chacune de ces trois puissances s’est moins appuyée sur une volonté d’hégémonie mondiale impliquée par la mondialisation impérialiste que sur les intérêts nationaux de puissances confrontées à de multiples formes de la crise. A ce titre l’Europe montre une fois de plus sa faillite politique autant qu’économique. La seule interrogation porte sur la capacité d’imposer le changement nécessaire en économisant la violence déjà portée à un tel niveau de fait. C’était la caricature dans les rues de Hambourg et sa police débordée.

Danielle Bleitrach

 

Notes

(1) Depuis 1994 exactement où dans les Etats-Unis de mal empire (aden editeur) j’annonçais dans la partie du livre que j’avais écrite non seulement l’émergence de ce monde multipolaire mais le rôle joué dans son apparition par la CHine et la possibilité de rapports sud-sud. Ce qui semble avoir été battu en brêche c’est la solution progressiste représentée par l’Amérique latine bolivarienne, encore que la Chine s’affirme ostensiblement comme le défenseur de ces rapports sud-sud et avec la Russie défendent les souverainetés et les solutions diplomatiques régionales.

(1) Il ya au centre des préoccupations entre la Chine, la Russie et les Etats-Unis la question de la Corée du nord, mais il y a aussi l’Asie centrale Il est clair que le dialogue noué à Astana autour de la solution syrienne apparemment n’a pas abouti mais l’enjeu était ailleurs en particulier l’intégration de la Turquie au destin de l’Asie centralen et là dessus les résultats sont là. : https://histoireetsociete.wordpress.com/2017/07/11/kazakhstan-derriere-les-feux-des-projecteurs-la-realite-par-mariusz-kluzniak/#respond

(2) La nomination de Nicolas Hulot, la « prise de guerre » qu’il constitue se heurte à la réalité de cette domination et sa controverse avec le ministre de l’agriculture, la mise en évidence de ses propres liens avec ces trusts, à peine compensée par des déclarations pour le moins hasardeuse sur la fermeture des centrales nucléaires (sans la moindre référence comme toujours aux armes nucléaires), démontre si besoin était les limites de cette « écologie » . Si la situation continue à s’accélérer dans ce domaine comme celui d’ailleurs des liens de la politique de santé avec les trusts pharmaceutiques et les sociétés d’assurance, il est probable que Nicolas Hulot sera presque aussi vite déconsidéré qu’un Vincent Placé. sans parler de la nomination in extremis de Segolen Royale comme ambassadrice auprès des pingouins. On peut dire que tout a été fait par ces gens là pour déconsidérer l’écologie pour ampêcher aussi une politique de paix et de développement.

 

 

Les images de Mossoul, libérée après 9 mois de combats acharnés    

dimanche, juillet 9, 2017 – 16:19

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3 Commentaires

Publié par le juillet 10, 2017 dans Asie, GUERRE et PAIX

 

Mattis dénonce une « provocation » de Pyongyang mais privilégie la diplomatie

Il faut voir dans cette déclaration les effets de la position, très ferme de la Chine et de la Russie dont nous avons fait état. Le Président Trump avait menacé mais le ministre américain de la Défense se positionne en retrait. L’Amérique est isolée sur la scène internationale (note de Danielle Bleitrach)

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Washington – Le ministre américain de la Défense a dénoncé jeudi l’essai historique de missile intercontinental mené par la Corée du Nord, le qualifiant de « provocation », tout en insistant sur le fait que les Etats-Unis cherchaient une solution diplomatique.

« Nous faisons face maintenant à cette très importante escalade, cette provocation, cet affront aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies », a commenté Jim Mattis, s’exprimant pour la première fois publiquement après l’essai nord-coréen de mardi.

« Nous restons dans un effort diplomatique impliquant alliés et pays partenaires », a-t-il poursuivi au Pentagone, devant des journalistes.

Quelques heures plus tôt, le président américain Donald Trump avait promis à la Corée du Nord une réponse « sévère » après son tir.

Le Pentagone a toujours affirmé que l’option militaire faisait partie des mesures envisagées contre la Corée du Nord le cas échéant, mais M. Mattis a dit jeudi ne pas penser que les Etats-Unis se rapprochaient d’une guerre à la suite de cet essai de missile ICBM, qui pourrait atteindre l’Alaska selon les experts.

« Je ne pense pas que cette capacité en elle-même nous rapproche d’une guerre parce que le président a été très clair, et le secrétaire d’Etat (Rex Tillerson, NDLR) a été très clair, sur le fait que nous menons avant tout des efforts diplomatiques et économiques », a indiqué M. Mattis.

Il a cependant prévenu que toute initiative de la Corée du Nord visant à déclencher un conflit aurait de « graves conséquences ».

« Nous nous tenons prêts à fournir des options si elles sont nécessaires mais c’est un (effort) purement diplomatique avec des sanctions économiques qui est en cours et renforcé par une position militaire que nous sommes en train de prendre en ce moment même », a relevé le chef du Pentagone.

Moins de 24 heures après l’essai largement condamné par la communauté internationale, Séoul et Washington ont répliqué mercredi par plusieurs tirs de missiles simulant une attaque contre le régime de Pyongyang.

(©AFP / 06 juillet 2017 20h35)