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Archives de Catégorie: Asie

Poutine: « La Russie et Israël négocieront la mise en place d’une zone de libre-échange »

Publié 7 Juin, 2016 15:28 GMT | Dernière mise à jour 7 Juin, 2016 16:12 GMT

« Une impulsion au développement des relations d’affaires peut être donnée par la création d’une zone de libre-échange entre l’Union économique eurasienne et Israël », a déclaré le président russe. Nous avons déjà noté à plusieurs reprises par rapport aux amateurs de visions simplistes qu’il s’agisse des disciples de BHL ou des « antisionistes » d’extrême-droite, fascinés par Poutine, qu’il s’agirait d’ouvrir les yeux sur le monde dans lequel nous sommes. J’avais déjà noté premièrement que pour la première fois Israël avait fait défection aux Etats-Unis quand il y avait eu la condamnation de la Russie par rapport à la Crimée. Comme j’avais également souligné le fait que le second investisseur en Crimée après la Chine était Israël. Il faut faire un effort pour connaître et à partir de là explorer les possibles à partir de nos objectifs de paix , de développement et de droits des peuples comme des opprimés.

kremlin.ru

Le président russe  Vladimir Poutine a déclaré mardi que la Russie et Israël commencent les négociations cette année pour la création d’une zone de libre-échange entre l’Union Economique Eurasiatique et Israël, rapporte RIA Novosti.

« Nous avons parlé de ce que les réserves peuvent être utilisées pour renforcer la coopération économique. Je suis sûr qu’un coup de pouce au développement des relations d’affaires peut aboutir à  la création d’une zone de libre-échange entre l’Union économique eurasienne et Israël, » a déclaré le président russe.

« J’ai récemment parlé à ce sujet à Astana avec nos collègues de l’Union économique eurasienne et cette année seront lancées des discussions sur la question », a ajouté M. Poutine.

Contre les tentatives de réécrire la Seconde Guerre mondiale

Poutine affirme que la Russie et Israël vont travailler ensemble pour résister aux tentatives de réécrire l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. « Nous parlons toujours d’une question très sensible pour nous: la mémoire de la Seconde Guerre mondiale (…) nos peuples ont combattu ensemble contre le nazisme et payé un lourd tribut pour la victoire», a-t-il rappelé.

« Par conséquent, nous devons et nous voulons garder la mémoire des héros et des victimes de la guerre pour résister aux tentatives de réécrire et d’oublier la tragédie de l’Holocauste », a ajouté le président russe.

En outre, M. Poutine a déclaré que les deux pays sont de solides alliés dans la lutte contre le terrorisme et doivent renforcer les contacts dans ce domaine.

Le Premier ministre d’Israël Benjamin Netanyahu est venu en Russie en visite officielle mardi pour rencontrer le président russe. C’est la deuxième fois que le chef  du gouvernement israélien se déplace vers le territoire russe depuis le début de l’année en cours et cette visite coïncide avec le 25e anniversaire du rétablissement des relations diplomatiques entre Moscou et Tel Aviv /.

Les relations diplomatiques entre Israël et la Russie

Alors que l’URSS avait été le premier pays à reconnaître Israël, les relations diplomatiques entre Jérusalem et Moscou se sont réduites au fil des ans à partir de 1948, dans le cadre de  l’Union soviétique. Celles-ci ont été interrompues en 1967 pour reprendre en 1987 sous la forme de lignes consulaires. Il a fallu attendre 1991, après la chute de l’URSS, pour que  les relations diplomatiques soient rétablies complètement et l’ambassade d’Israël a ouvert ses portes à Moscou, avec une ambassade russe à Tel Aviv.

Cela dit la diplomatie russe reste profondément marquée par l’héritage soviétique, un nom reste attaché à cette diplomatie c’est celui de Primakov, un des meilleurs connaisseurs du monde arabe et elle demeure enracinée partout dans ses anciennes alliances. A ce titre, l’évolution des relations se rapproche de la politique de la Chine qui a de très bonnes relations avec Israël tout en soutenant les droits des Palestiniens et se présentant volontiers comme la voix du Tiers monde.

Enfin, l’extrême-droite nationaliste en Russie reproche à Poutine son philosémitisme et comme elle est antisémite l’affuble d’une kippa. En Israël les soutiens de la Russie sont les communistes et la droite extrême au pouvoir. On peut même extrapoler une vision à long terme de Netanyhou qui a de moins moins confiance dans les Etats-Unis et qui voit une alternative dans une alliance d’abord commerciale avec la Chine et la Russie. Peut-être a-t-il même plus confiance dans la Russie pour retenir l’Iran et son allié syrien que dans la politique américaine qu’Obama a déconsidérée partout, chez ses ennemis et encore plus chez ses alliés traditionnels.

En conclusion, qu’il me soit permis une note personnelle: J’ai toujours pensé qu’il fallait confier à Lavrov et Poutine le soin de résoudre les problèmes du Moyen orient, leur politique serait nettement plus efficace que celle des Occidentaux. Nous sommes à un stade que Lénine décrivait comme l’impérialisme stade suprême du capitalisme avec des contradictions concurrentielles entre les monopoles, financiarisés de surcroît, et chacun joue à enfoncer un coin dans les alliances de l’autre qui elles-mêmes sont la proie de contradictions d’intérêt… Il est évident que la Russie de Poutine n’est pas l’URSS avec son projet émancipateur pour les peuples, et même la Chine qui présente une situation encore plus complexe ne prétend pas à ce rôle. Mais qu’ils le veuillent ou non, comme d’autres pays, ceux des BRICS, en particulier leur tentative de créer un mode multipolaire en jouant sur les contradictions des USA et leurs alliés qui ne renoncent pas à un monde unipolaire et veulent l’imposer par le sang et la guerre, on peut attendre des politiques menées par les tenants d’un monde multipolaire une situation un peu plus favorable pour desserrer l’étau. Quant à ce que cherche le dirigeant israélien, peut-être à faire monter les enchères et d’ailleurs le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Susan Rice,  a promis lundi , aux autorités israéliennes que le nouvel accord d’aide militaire négocient actuellement les deux nations constituent «paquet le plus important de l’ aide militaire de l’histoire des États – Unis . « rapporte le journal Haaretz .tout en critiquant la colonisation. Prenant la parole lors du Forum mondial de l’American Jewish Committee (AJC, pour son sigle en anglais), Mme Rice a annoncé le paquet d’aide nouvelle, plus d’une décennie, répartis entre 37.500 millions et 40,000 millions de dollars pour la défense israélienne . « Ce sera une augmentation significative du soutien», a déclaré Rice. Le programme financera la modernisation de la flotte des avions israéliens et la défense antimissile. Pour calmer les alarmes que peuvent susciter les primaires, elle a souligné que « al sécurité d’Israël n’est ni démocrate, ni républicaine, mais un souci constant américain ».

Faire monter les enchères, nouer des relations privilégiées avec le vassal de l’adversaire, tout cela se joue dans une situation qui fait songer au Grand jeu.

 Je rappelle encore une fois que pour ces raisons, même si je ne suis pas une fan de Poutine, et encore moins de Netanyahun qui non seulement a une politique d’extrême-droite, mais qui masque sous ce nationalisme exacerbé des formes de corruption habituelle et les intérêts d’une petite caste, il me semble qu’il est indispensable d’avoir une vision de la complexité si l’on veut mettre en oeuvre des choix politiques beaucoup plus simples qui tiennent à la paix, à la souveraineté des peuples, au refus de l’oppression. . ,Les gens qui ignorent tout de la complexité  et racontent n’importe quoi sont des dangers publics dans la situation périlleuse d’un monde au bord de l’explosion. A ce titre je mets dans le même panier les élucubrations d’un BHL inspirées par la CIA. ou celle de certains « antisionistes » type les copains de Soral et Dieudonné dont l’antisémitisme est l’anti-impérialisme des imbéciles, qui admirent en Poutine le chef dont ils rêvent, à quel point nous sommes devant une situation périlleuse y compris pour la survie de l’humanité. On ne saurait s’y déterminer que par rapport à des objectifs politiques, de paix, de développement, de souveraineté des peuples, en appuyant ce qui nous paraît aller dans le bon sens. Et pour cela il est nécessaire de partout faire de la politique, établir des revendications claires et éviter les discours passionnels de haine ou d’adhésion. 

 

Danielle Bleitrach (à partir d’un article de RT).

 
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Publié par le juin 8, 2016 dans actualités, Asie, Economie, Europe

 

Vu de Russie : Les tanks d’Assad marchent sur Raqqa ou quelles sont les chances pour Damas et Moscou d’infliger à Washington une défaite politique majeure par Anton Mardasov

Танки Асада идут на Ракку

Quelles sont les chances pourDamas et Moscou d’infliger à Washington une défaite politique majeure, voilà une question qui a le mérite de poser les problèmes de fond… Mais l’article traduit par Marianne démontre surtout le caractère inextricable d’une situation où périodiquement des alliances conjoncturelles peuvent apparaître sur un fond d’antagonisme (note de Danielle Bleitrach)

Anton Mardasov

Photo: AP / TASS

http://svpressa.ru/war21/article/150054/

Chaque jour, la confrontation entre les deux coalitions autour de la « capitale » de l’ « Etat islamique » * Raqqa devient de plus en plus imprévisible. Ce n’est pas pour rien qu’est apparue dans les médias une comparaison avec le  « Berlin de 45 » lorsque l’Allemagne était également attaquée des deux côtés. Mais à l’époque, il y avait une alliance au moins formelle entre l’Union soviétique et les Anglo-Saxons, alors qu’en Syrie il n’y a en pour le moment pas.

Le 5 juin, après une tempête de sable, les troupes gouvernementales syriennes ont repris leur offensive dans l’ouest de la province de Raqqa, frappant immédiatement les positions de l ‘ «Etat islamique». La nature a contraint à des ajustements dans le plan d’opération, qui a dû être arrêté le 4 juin. Actuellement, les troupes syriennes sont à environ 30 kilomètres à l’ouest de la base aérienne stratégique Tabka – c’est la première fois qu’elle s’approche à une telle distance de cette installation militaire depuis sa capture par les rebelles en août 2014.

« SP » a déjà donné la nouvelle que le 30 mai à la frontière entre les provinces de Raqqa et Hama  le groupe des troupes gouvernementales a reçu des renforts pour la préparation de l’offensive. Il s’agit d’environ 4.500hommes de la 4ème Division d’élite mécanisée, que, selon certains rapports, supervise personnellement le frère du président Maher al-Assad, la Syrie et de l’infanterie de marine syrienne, ainsi que la division commandée par le général à la retraite Mohammed Jaber « les faucons du désert »,  des forces de défense nationale, le parti social nationaliste syrien (PSNS), ainsi que des milices palestiniennes. Selon certains rapports, il y a aussi des conseillers militaires russes.

 

Dans la nuit du 3 juin, ces forces ont lancé une offensive dans la direction de Raqqa, dont la capitale est déclarée par des militants de Daesh «capitale du Califat ». Ayant repris un carrefour de route près du village Zakia, les troupes syriennes sont entrées sur le territoire de la province et avancé en profondeur le long de la route Salaam-Raqqah (Route 42), malgré la présence de bombes et engins explosifs artisanaux.

 

Les médias syriens et russes se sont précipités pour gonfler l’importance de ce fait, au moment où, disent-ils, les «forces pro-américaines kurdes-arabes démocratiques de la Syrie» (FDS) sont au point mort dans la province du nord de Raqqa. Par souci d’équité, nous notons que, d’une part, la coalition pro-américaine, en dépit de la résistance rebelle, continue lentement mais sûrement à «grignoter» les zones habitées. Malgré le fait qu’une partie des forces de la coalition soit occupée à l’assaut de Manbij dans la province d’Alep – un couloir de transit pour les militants de Turquie en Syrie, – et au transfert de renforts sur le fleuve Euphrate.

 

Deuxièmement, les Syriens en février de cette année étaient déjà environ 40 kilomètres de la base aérienne de Tabka (le 16 février l’armée syrienne est fière d’annoncer qu’ils avaient réussi à prendre une autre hauteur dans la province de Raqqa – la hauteur numéro 7 à Jebel Ahed près de Zakii). Déjà alors, les Syriens avaient annoncé la prise imminente de cette installation militaire, mais plus tard y avaient renoncé prétendument en raison de l’accord sur le cessez-le-feu de la fin février. Ce qui est peu probable, car la trêve n’a pas empêché à la fin de mars avec le soutien des forces russes et étrangères de chasser Daesh de Palmyre – plus important du point de vue médiatique, même si c’est aussi une position stratégique (située au carrefour dans le centre du désert syrien). La prise de contrôle de la ville a ouvert la voie pour l’armée syrienne à Deir ez-Zor, où depuis plusieurs années reste bloqué un groupe de l’armée syrienne. Cependant, l’attaque annoncée n’a pas eu lieu. Au lieu de cela, les troupes syriennes ont intensifié à nouveau les combats dans la direction de Raqqa, en dépit de la nécessité de se regrouper dans le sud d’Alep, où les militants de la coalition djihadiste continuent de mener des raids réussis dans le secteur de Tuman Khan.

 

Paradoxalement, les manœuvres des troupes de Bachar al-Assad à Raqqa dans cette situation sont moins dangereuses que les opérations à Alep. Sans parler de l’attaque sur le nord de la province, où le couloir entre la frontière avec la Turquie et les villes de Azaz Jarabulus les rebelles continuent de recevoir des renforts. En outre, il est peu probable que les Syriens et leurs alliés prennent d’assaut directement Raqqa. Au contraire, leur objectif –est de reprendre la base aérienne de Tabka,un objectif réaliste, étant donné le relief plat et la faible densité de population.

Fait intéressant, la direction du FDS a modifié à deux reprises ses plans pour l’attaque de Raqqa, qui a commencé le 24 mai: d’abord, a été décidée une offensive supplémentaire sur la quatrième direction dans la zone de la base aérienne Tabka qui, par une étrange coïncidence, est attaquée aussi par les Syriens, et ensuite seulement se lancer à l’assaut de Minbej.

 

Pourquoi la ville Tabka et la base aérienne située à côté est-elle si importante, à la fois pour les Syriens, et SDF? Tout d’abord, il est important de saisir ces objets à partir d’un point de vue politique – en termes de qui se bat mieux contre le terrorisme dans la région. Deuxièmement, le contrôle de la ville de Tabka par les forces gouvernementales est un avertissement à la coalition d’opposition SDF, en premier lieu aux Kurdes et aux Américains qui sont derrière eux. Troisièmement, Tabka est un tremplin commode pour l’attaque future sur Raqqa. Quatrièmement, dans la région sur le fleuve Euphrate se trouve le plus grand barrage hydroélectrique de Syrie(construit en 1968-73, avec l’aide active de l’Union soviétique), le barrage qui forme un grand réservoir. Et l’eau est connue pour être une ressource importante dans le climat aride de la Syrie …

 

Dans ce contexte, dans la communauté des experts et les médias se sont multipliées les discussions sur le fait que la présence militaire russe en Syrie peut être augmentée. Tout d’abord, le groupe mixte de la base aérienne Hmeymim peut être complété par un certain nombre de bombardiers Su-24M et Su-34. Deuxièmement, des détachements supplémentaires de forces spéciales peuvent être déployés dans la RAS, ainsi que la formation des volontaires, ou comme on les appelle, «pèlerins». Pour rappel, le 25 mai a expiré l’ultimatum du ministre de la Défense Sergueï Choïgou pour la démarcation de l’opposition syrienne par rapport aux troupes de l’organisation terroriste « Al-NusraDzhebhat » **. Plus tard, le porte-parole du département militaire Igor Konashenkov a dit que le Ministère de la Défense a décidé de reporter les frappes–jusqu’à la démarcation des formations armées face à « an-Nusra ».

 

– Les forces gouvernementales en l’absence d’un front continu doivent combattre sur plusieurs fronts à la fois. Mais une offensive en profondeur dans la province de Raqqa est maintenant considéré évidemment comme prioritaire, – a déclaré le directeur adjoint de l’Institut d’analyse politique et militaire Alexandre Khramtchikhine.

 

– Et puis, la comparaison avec la bataille de Berlin est vraiment appropriée, car on observe une volonté de chacune des parties de dépasser l’autre dans le rapprochement du centre administratif, puis dans l’assaut final. Ainsi, on voit une situation paradoxale – tous en Syrie se battent contre tous, bien que souvent les rivaux s’aident indirectement.

 

Les Américains et les Kurdes ont apparemment surestimé leurs forces, c’est pourquoi ils ont dû changer leurs plans et maintenant faire valoir que l’attaque sur Minbej est plus importante. En ce qui concerne l’armée gouvernementale, il est clair qu’elle n’est pas assez forte pour s’attaquer à Raqqa. En ce sens, un renforcement de la présence militaire russe en Syrie aurait l’air logique. Si nous nous sommes engagés dans cette guerre, il est nécessaire de la terminer plus ou moins de succès. Cependant, à notre époque, il est difficile de dire quels sont les critères de succès, parce que maintenant les guerres sont de type postmoderniste. Beaucoup croient qu’il est plus important de se déclarer le vainqueur, que de gagner vraiment. Cependant, à côté des images médiatiques, il existe quand même une sorte de réalité qui doit être observée, et qui dicte le renforcement de l’aide russe « sur le terrain ». Encore une fois, puisque nous avons été entraînés dans la guerre, il est nécessaire de la mener à bien, sinon il sera difficile de la présenter comme victorieuse, malgré tous les efforts des professionnels de la communication.

 

– La chose principale maintenant, c’est qui seront les premiers à parvenir au centre administratif de la province de Raqqa. À ce jour, les positions avancées des troupes d’Assad sont à moins de 100 km de la ville, tandis que le FDS est à environ 30 km, – remarque le directeur du Centre pour l’étude du Moyen – Orient et Asie centrale Semen Bagdasarov.

 

– Mais le problème est que les Kurdes ne sont pas désireux de prendre Raqqa, de subir des pertes pour cela, dans la mesure où il faudra de toute façon en partir pour la laisser aux Arabes laisser aux Arabes. Par conséquent, ils tentent de ralentir le rythme de l’offensive. Un objectif beaucoup plus important pour eux est Minbej, qui ouvre la voie à Jarabulus, qui est important pour les Kurdes en termes de connexions des trois cantons.

 

Par conséquent, avec notre soutien les Syriens ont encore une chance de prendre Raqqa, car il est clair que si elle prise par l’autre coalition, Damas aura peu de chances de récupérer ces territoires. J’imagine aussi que nos diplomates et conseillers ont clairement fait savoir aux Kurdes que s’ils prennent Raqqa, la force aérienne russe ne mènera pas d’opérations dans le couloir entre Azaz et Jarabulus–dans la mesure où c’est, pour ainsi dire, notre espace aérien de responsabilité, et non un secteur américain. En général, la situation est difficile avec beaucoup de courants souterrains. En effet, nous n’avons pas accepté le cessez-le-feu de gaîté de cœur – Moscou, apparemment, a décidé de ne pas risqué une grande guerre régionale. Mais tôt ou tard, le couloir à la frontière syro-turque devra être fermé.

 

* « Etat islamique » (IG LIH), reconnu par la Cour suprême de la Fédération de Russie du 29 Décembre 2014 comme une organisation terroriste, ses activités sur le territoire de la Russie sont interdites.

 

** « Dzhebhat en-Nusra » reconnu par la Cour suprême de la Fédération de Russie du 29 Décembre 2014 comme une organisation terroriste, ses activités sur le territoire de la Russie sont interdites***.

*** Mentions obligatoires dans toute la presse russe [NdT]

 Traduit du russe par Marianne Dunlop pour histoire et societe

 
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Publié par le juin 6, 2016 dans Amérique, Asie, Europe, guerre et paix

 

Daech, al-Nosra, Armée de l’Islam : les sept familles du djihad en Syrie

Le ministre russe des Affaires étrangères a déclaré que Washington a demandé à Moscou de ne pas cibler la branche d’al-Qaida en Syrie, le Front Nusra,  Sergey Lavrov a déclaré que la Russie a longuement insisté sur le fait que les modérés, les groupes d’opposition soutenus par les US devraient quitter les zones occupées par Nusra. Il a dit dans un discours télévisé que la Russie et les Etats-Unis sont engagés dans un dialogue étroit sur la façon d’obtenir un cessez-le-feu en Syrie, mais il a ajouté que la lutte contre le groupe Etat islamique et Nusra devrait être une priorité absolue. »Ils nous disent de ne pas frapper (Nusra), parce qu’il y a une opposition ‘normale’ à côté .. », a déclaré Lavrov. « Mais cette opposition doit quitter les positions des terroristes, nous avons longuement discuté cette question. » Voici pour compléter cet échange, la manière dont le Figaro décrivait les groupes engagés en Syrie (note de Danielle Bleitrach)


FIGAROVOX/ENTRETIEN – Des vidéos circulent montrant des terroristes syriens utilisant des civils loyalistes du régime comme bouclier humain. Qui sont-ils ? Quelle est leur stratégie ? Alain Rodier fait le point sur les multiples groupes djihadistes en présence.

Spécialiste du terrorisme et de la criminalité organisée, ancien officier au sein des services de renseignement français, Alain Rodier est directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).


LE FIGARO. – Selon l’ONG Human Rights Watch (HRW), des groupes de rebelles syriens auraient utilisé des otages civils (alaouites loyalistes au régime) dans la région de la Ghouta, près de Damas, comme boucliers humains en vue de dissuader le régime d’effectuer des raids aériens. Ils n’appartiendraient ni à Daech ni à al-Nosra, mais à l’Armée de l’Islam («Jaich al-Islam»). Quelle est l’importance de cette organisation?

Alain RODIER. – Jaich al-Islam (l’Armée de l’islam) est un mouvement salafiste nationaliste, c’est-à-dire qu’il inscrit son combat dans une perspective syrienne et pas internationaliste comme Al-Qaida «canal historique» ou Daech. Il est dirigé par Mohammad Zahran Allouche qui, un temps, dépendait de l’Armée Syrienne Libre (ASL). C’est le groupe rebelle le plus important dans la banlieue de Damas et en particulier dans le quartier de la Ghouta. Le nombre de ses combattants est estimé à 10 000, un certain nombre ayant été libérés des geôles syriennes en 2011 quand Bachar el-Assad a tenté une ouverture vers l’opposition. Jaich al-Islam est soutenu par l’Arabie saoudite et le Qatar. Il a refusé de rejoindre une nouvelle coalition qui s’est formée en octobre 2015 à Damas baptisée Jund al Malahim (les Soldats de l’aventure). Elle regroupe le Front al-Nosra, la branche armée d’Al-Qaida «canal historique» en Syrie, le Ahrar al-Sham (les Hommes libres du Levant) et le Ajnad al-Sham (les soldats du Levant). Lors de sa création, la nouvelle coalition a affirmé que la Oumma (la communauté des croyants) a subi une «attaque féroce» au Levant et partout ailleurs. Les «Russes ont rejoint cette attaque mettant les pieds dans les pas des apostats [les chiites], des croisés et de leurs alliés». Le refus de Jaish al-Islam peut s’expliquer par son souhait d’apparaître comme «modéré» en n’entretenant pas de relations avec le Front al-Nosra.

Parallèlement, Jaich al-Islam appartient au Front Islamique (FI) patronné par Riyad qui unit sept mouvements salafistes dont le Ahrar al-Sham qui lui, dépend aussi du Jund al Malahim et qui a donc des relations avec le Front al-Nosra! Allouche est le chef militaire du FI et Hassan Aboud, l’émir d’Ahrar al-Sham le chef politique…

Combien existe-t-il de mouvements «secondaires» tels que l’Armée de l’Islam? Quelle est leur taille et leur implication sur le terrain?

Il existe des centaines de groupes qui ne sont souvent que des groupuscules ; ceux-ci ne représentent qu’un village, un quartier ou un petit territoire. Leurs objectifs sont alors essentiellement locaux. Pour compliquer l’affaire, il n’est pas rare que plusieurs groupes portent le même nom sans compter ceux qui en changent régulièrement. Enfin, des activistes passent d’une organisation à l’autre quand ils n’appartiennent pas à plusieurs à la fois. Il est donc extrêmement difficile de déterminer l’appartenance exacte des différents protagonistes que l’on peut rencontrer.

Quelles relations entretiennent-ils? Sont-ils rivaux ou alliés?

Pour tenter de faire simple, en dehors de l’Etat Islamique (EI, ou Daech) qui est un cas à part, il existe plusieurs coalitions qui combattent sur différents fronts en Syrie. Du Nord au Sud on peut distinguer:

– le Jaich al-Fateh (l’Armée de la Conquête, 30 000 hommes) composé du Front Al-Nosra, d’Ahrar al-Sham et de cinq autres mouvements. Cette coalition a conquis la province d’Idlib au printemps 2015 et menace Lattaquié à son sud-ouest, Alep à son nord-est et Hama à son sud.

C’est le risque de déstabilisation que fait peser cette coalition sur le régime de Damas qui a obligé les Russes à intervenir à la fin septembre de cette année. A noter qu’à Alep, il existe aussi une autre coalition, Ansar al-Charia, qui comprend 13 formations dont le Front al-Nosra et Ahrar al-Sham. Comme cela a été évoqué précédemment, il n’est pas rare qu’un mouvement appartienne simultanément à plusieurs coalitions. Le Jaich al-Fateh bénéficie de bases arrières en Turquie et de l’appui discrets des pays du Golfe persique.

– A Homs, le Front al-Nosra, Ahrar al-Sham, Daech et quelques groupuscules placés sous la bannière de l’Armée Syrienne libre (ASL) sont très actifs.

– Damas: voir la réponse à la première question ajouté au fait que Daech y a dépêché quelques activistes sur zone.

– Deraa: l’opposition est regroupée dans une coalition appelée «le Front sud» commandée par le Lieutenant colonel Majeed al-Sayed Ahmad. Des éléments de l’ASL se sont fondus dans la brigade Yarmouk (un des cinquante mouvements qui composent cette coalition). Le Front sud est soutenu par la Jordanie, les Etats-Unis et l’Arabie saoudite.

Bien sûr, cette liste est loin d’être exhaustive. Tous ces groupes s’entendent assez bien globalement même si des litiges financiers peuvent survenir ici ou là, en particulier sur le partage des fonds accordés par les mécènes des pays du Golfe persique.

En parallèle de ces coalitions, les Kurdes tiennent une partie de la frontière syro-turque (le Rojava). Mais ils ont aussi cédé à la mode. A savoir qu’une coalition appelée les «Forces démocratiques syriennes» (FDS) qui regroupe les Unités de protection du peuple kurde (YPG/YPJ), le bras armé du parti de l’Union démocratique (PYD) proche du PKK, et des forces arabes et Syriaques (le Jaysh al-Thuwar, les forces Al-Sanadid, la brigade des groupes d’Al-Jazira et de l’état-major Bourkan al-Firat). En fait, c’est est loin d’être une nouveauté car ces mouvements se coordonnaient déjà au sein d’un état-major commun (joint opération room) pour combattre Daesh lors de la défense de Kobané puis à l’occasion de la prise de Tall Abyad, le poste frontière avec la Turquie qui contrôle une importante route rejoignant Raqqa, la «capitale» de l’État Islamique. A noter que ces forces ne se sont jamais opposées à celles de Bachar el-Assad, ce dernier ayant évacué les zones kurdes en 2011-2012. Lorsque les Etats-Unis affirment qu’ils veulent que l’opposition syrienne s’empare de Raqqa, c’est à cette coalition qu’ils font référence et qu’ils appuient. Le problème réside dans le fait que l’intérêt des Kurdes syriens n’est pas de pousser vers le sud (vers Raqqa) mais d’unifier le Rojava en franchissant l’Euphrate vers l’ouest depuis Kobané. Or, les Turcs ne l’entendent pas de cette oreille! L’armée turque a même tiré des coups de semonce vers le YPG/YPJ.

Les Kurdes ne se battent généralement pas contre les autres groupes rebelles à l’exception de quelques accrochages avec le Front al-Nosra. Par contre, c’est la guerre ouverte avec Daech. Il faut dire que ce mouvement ne tolère que ceux qui font allégeance à son calife, Abou Bakr al-Baghdadi.

Ont-ils une stratégie établie? Laquelle?

Si Daech, le Front al-Nosra et les Kurdes du PYD ont une stratégie bien établie, les autres mouvements semblent avoir des visions à courte vue. Ils veulent surtout préserver leur autonomie localement, voire s’étendre légèrement territorialement.

Globalement, Al-Qaida «canal historique» et Daech s’opposent mais il s’agit en réalité d’une guerre des chefs. Abou Bakr al-Baghdadi remet en question l’autorité du docteur Ayman al-Zawahiri et inversement. C’est u

ne sorte de conflit des générations. Mais en fait, le salafisme-djihadisme est leur idéologie commune. Des unités des deux formations parviennent à coopérer sur le terrain syrien -particulièrement dans la région d’Alep- car leurs adversaires sont les mêmes. La crainte est qu’il y ait un jour une union sacrée entre les deux mouvements. Heureusement que l’ego d’al-Baghdadi l’empêche de rentrer dans le rang car al-Zawahiri est tout à fait disposé à l’accueillir s’il fait repentance.

La communication par des vidéos qui sont diffusées partout est-elle une pratique partagée par l’ensemble des factions?

Cela dépend de l’importance et des moyens des mouvements. Généralement les groupes de moindre importance ne cherchent pas à communiquer en dehors de leur sphère d’influence. Par contre, Daech et le Front al-Nosra se livrent une concurrence médiatique acharnée. Par exemple, le Front al-Nosra a sorti les deux premiers numéros d’une revue nommée Al Risalah (le message) afin de concurrencer Dabiq, son homologue de l’EI. Al-Qaida «canal historique» continue à publier régulièrement sa propre revue Inspire diffusée par sa branche yéménite, Al-Qaida dans la Péninsule Arabique (AQPA) ; Il existe aussi une version en français: Dar al-Islam.

 
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Publié par le juin 5, 2016 dans Asie, extrême-droite

 

La Chine, nouvelle arme de destruction massive du chômage en France ?

 un article intéressant qui dénonce bien des certitudes, en particulier celles qui aujourd’hui nous valent d’abord le blocage autour de la loi khomri, mais aussi une politique belliciste irresponsable derrière les Etats-Unis contre un continent euroasiatique en construction, avec une Chine dont le marché intérieur est en train d’évoluer. (Danielle Bleitrach)

Par Denis Jacquet, EduFactory  |  31/05/2016, 14:36  |  1405  mots
http://www.latribune.fr/opinions/la-chine-nouvelle-arme-de-destruction-massive-du-chomage-en-france-575413.html
Si l'on prend le cas de l'agriculture, 1 milliard d'euros à l'export en plus permettrait la création de 20.000 à 30.000 emplois supplémentaires, pour une productivité de 50.000 euros par travailleur agricole.
Si l’on prend le cas de l’agriculture, 1 milliard d’euros à l’export en plus permettrait la création de 20.000 à 30.000 emplois supplémentaires, pour une productivité de 50.000 euros par travailleur agricole. (Crédits : DR)
Loin des clichés, mérités, il existe des voies nouvelles qui permettraient une création massive d’emplois grâce, tout à la fois, au numérique, à la Chine et à l’export, guérissant ainsi la faiblesse chronique des PME françaises sur le sujet. Par Denis Jacquet, Pdg de EduFactory.com et président de « Parrainer la croissance ».

La Chine a longtemps été accusée de nous voler nos emplois. Même si l’analyse des chiffres des vingt dernières années accrédite largement cette thèse, il faut reconnaître que nous nous les sommes principalement volés à nous-mêmes !

La pression sur les prix des grands donneurs d’ordre, le sacrifice des institutionnels et des politiques au « Dieu pouvoir d’achat » pour des considérations électorales ont conduit la France et nombre de pays développés à mettre une telle pression sur les fournisseurs qu’ils n’ont eu d’autre choix que de délocaliser. Tout en étant assis de force sur le banc des accusés, alors qu’ils n’étaient que les lampistes. Les exemples ne manquent pas.

Les opérateurs téléphoniques exigeaient des coûts de service après-vente à des prix que seul un pays émergent pouvait offrir, afin de sacrifier à l’exigence du toujours moins cher du politique ? Pourtant, ce sont les opérateurs de centres d’appels qui étaient montrés du doigt en place publique.

Le miroir aux alouettes du « toujours moins cher »

De même, la grande distribution imposait des prix tellement bas pour le textile que même une production maghrébine ne pouvait plus y satisfaire, jetant ainsi nos derniers emplois entre les jeunes mains d’enfants asiatiques, cela afin de permettre à Leclerc de crier à tout vent qu’il offrait du pouvoir d’achat aux français. Les pubs sur le « moins cher » auraient dû être sous-titrées avec le nombre d’emplois perdus.

Nous nous sommes donc volés. Tout seuls. Nous avons accepté ces politiques productivistes, au mauvais sens du terme, confortées par l’attitude passive du consommateur qui a préféré le breuvage sucré du court terme et ignorer la potion salée qu’il boirait à long terme.

Or, il y avait dans le monde, nombre de candidats très heureux de récupérer ces emplois détruits. Ils en avaient besoin et devaient bien se demander au nom de quelle hérésie on pouvait cracher sur ces millions d’emplois si durs à créer.

Quand l’économie devient une arme de destruction d’avenir

Nous avons, en Occident, oublié que le but d’une économie est de l’enrichir et non de faire passer le profit à court terme et la productivité avant le bénéfice des générations futures. Parmi les candidats à la reprise de nos emplois, figurait la Chine. Elle a principalement bénéficié de notre bêtise, et la blâmer de nous avoir « piqué nos emplois » est un peu facile. Nous les jetions alors qu’elle avait plus de 1 milliard de bouches à nourrir qui découvraient que le Livre rouge ne nourrissait pas son homme. Ils se sont donc fait une spécialité que de fournir ce salarié à bas prix que l’Occident aveugle voulait s’offrir.

Désormais, la Chine est riche, de devises, de milliardaires ramassés à la faucille, qui investissent dans le monde entier, poursuivant des objectifs variés, mais centrés sur la préparation de leur avenir. Mais peut-être sommes nous arrivés à un possible point de bascule qui pourrait, en retour, nous profiter.

Que dirions-nous si la chine pouvait nous renvoyer l’ascenseur en dépensant sa fortune acquise en achetant des produits français ? Paradoxe, l’attrait de ses produits serait lié à l’origine française de leur production. N’est-ce pas délicieusement ironique ? L’export au service de l’emploi.

Le Commerce extérieur, enfant maudit de la politique française

Or, le Commerce extérieur est confié depuis trente ans à des secrétaires d’Etat souvent aussi novices que totalement inconnus. Leur discrétion est aussi forte que notre déficit est conséquent. Le Commerce extérieur est l’enfant maudit de la politique française.

Nous sommes des nains de l’international, dépendants de contrats géants – qui, parfois, nous font la gentillesse de tomber (les Rafale ou les sous-marins). Mais, pour le reste, c’est le néant, alors que les bras se tendent pour recueillir les produits français. Il nous revient de transformer cette envie en offre, et cette offre en emplois.

Au lieu de milliers d’aides inutilisées, aidons les Français à se vendre en Chine (notamment) et transformons chaque milliard de vente en 30.000 à 40.000 emplois directs et peut-être autant en indirect. Nul besoin de l’Etat pour cela, ou si peu, juste notre bon sens, notre volontarisme et une organisation tournée vers le numérique.

Le chômage, comme une avalanche au ralenti qui lamine le pays

L’export au service de l’emploi, voilà une idée qui mérite plus d’attention que les programmes des candidats à la présidentielle de 2017. C’est l’urgence. Chômage des jeunes en hausse, 70% d’augmentation du chômage des seniors… L’effet désastreux du chômage s’étend, de plus, à la totalité des foyers concernés: en effet, l’impact touche, en moyenne, trois fois plus d’individus que le nombre des chômeurs !

Ajoutez à cela les désillusions concernant le pouvoir, les élus, les mouvements politiques, les nouvelles lois « baguette magique », les « dispositifs »… Au contraire du virus Ebola, ou de la menace terroriste qui a justifié la bascule durable en « état d’urgence », ce fléau est devenu un état de fait qui ne mobilise plus : une sorte d’avalanche au ralenti qui lamine toute la France et pose de réelles questions sur notre viabilité à terme.

Il faut se focaliser non pas sur la croissance et la consommation…

Notre expérience d’entrepreneur, faite de pragmatisme et de décisions quotidiennes face à l’inefficacité bureaucratique, permet de pointer du doigt des solutions qui n’ont été que peu explorées.

Le raisonnement est pourtant simple – même si certains experts de l’économie y trouveront à redire, pour le plaisir de passer à la télé. Le nombre d’emplois dans un pays est le résultat de la quantité de travail fournie par les personnes en âge de travailler. Cette quantité de travail dépend de la consommation intérieure et des exportations, et donc, de la balance commerciale. Tout ce qui est importé est du travail procuré aux autres pays.

 … mais sur la balance extérieure

Notre attention est totalement focalisée sur la croissance de la consommation et du pouvoir d’achat. Mais rien pour renverser la tendance d’une balance commerciale en chute libre.

Pourtant, l’équation est simple. Si l’on prend le cas de l’agriculture, 1 milliard d’euros à l’export en plus permettrait la création de 20.000 à 30.000 emplois supplémentaires, pour une productivité de 50.000 euros par travailleur agricole. Tous métiers confondus, un excédent de cette balance de 70 milliards d’euros correspondrait à 2 millions d’emplois nouveaux. La démonstration en a été faite par l’Allemagne en 2015. Avec un excédent de 248 milliards d’euros (+ 30 milliards par rapport à 2014) et une création nette de 600.000 emplois nets, elle approche le plein emploi (5,1% de chômage).

Double-effet Kiss Cool, cet accroissement de l’export influe directement sur la consommation intérieure en augmentant le pouvoir d’achat des travailleurs sortis du chômage.

Et si la Chine renvoyait l’ascenseur

La Chine est, de manière assez inattendue, une des solutions possibles pour améliorer notre balance commerciale. Le e-commerce s’est développé de manière incroyablement forte et dépasse les Etats-Unis avec un volume de 500 milliards de dollars d’achats en ligne.

Or, ce succès fait apparaître une demande qui explose: les importations de produits étrangers. Pourtant, la France n’est pas dans le Top 10 des importations ! Nous avons donc de l’or à portée de main (comme le prouvent l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas…).

C’est le but d’initiatives comme « Fine Fleur de France » que d’exporter, par le biais de petits colis postaux directement envoyés aux internautes chinois, les meilleurs produits fabriqués en France. La rencontre avec l’association « Parrainer la croissance » est en train de permettre à ses 3.500 entreprises d’accéder directement à 10 géants du e-commerce chinois. Un appel élargi à toutes les entreprises du « Made in France » est en cours. L’objectif est simple. Parvenir, en 5 ans, à franchir la barrière des 10 milliards de ventes de produits français aux consommateurs chinois. Ceci afin de créer en final ces 300.000 emplois directs -et certainement le double avec les emplois indirects- dont la France a tant besoin.

Nous avons été aveugles trop longtemps, montrons tous notre vision et faisons du numérique et de l’export le moteur du retour de la France dans le peloton des gagnants qui enrichissent leurs concitoyens !

Par Denis Jacquet, Pdg de EduFactory.com et président de « Parrainer la croissance »

 

 
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Publié par le juin 1, 2016 dans Asie

 

Chine: « Nous ne sommes pas intéressés à jouer un rôle dans un film hollywoodien, dirigé par l’armée américaine »

Nous sommes dans un monde où les tensions ne cessent de croître, partout les Etats-Unis comme en Europe jouent la carte de la tension, de l’encerclement et du retour à la guerre froide contre des pays qui se sont prononcés pour un monde multipolaire, contre la suprématie du dollar. C’est vrai également pour la Russie et le Brésil. Partout à travers l’Europe et la complicité de notre gouvernement nous avons choisi d’accroître les tensions dans le sillage des Etats-Unis. La question essentielle du combat contre les politiques d’austérité ne doit pas être isolée de cette course aux armements et ce danger permanent de guerre y compris nucléaire. (note de  Danielle Bleitrach)
Publié: 31 mai 2016 01:38 GMT | Dernière mise à jour: 31 mai 2016 01:41 GMT
Pékin a réagi aux déclarations du secrétaire à la Défense Ashton Carter, qui a dit que la Chine courait le risque de créer une « Grande Muraille de l’auto-isolement. »

https://actualidad.rt.com/actualidad/208865-eeuu-guerra-fria-china-papel-hollywood
La Chine prétend être prête si les États-Unis « provoquent un conflit » dans la mer de Chine méridionale
Pékin a accusé le secrétaire américain de la Défense, Ashton Carter, d’avoir une «mentalité de guerre froide», à la suite de sa déclaration sur le fait que la Chine court le risque de créer une «Grande Muraille de l’auto-isolement » avec ses actions dans la mer de Chine méridionale..

Dans une conférence de presse officielle, lundi, le  porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Hua Chunying, a déclaré aux journalistes que les déclarations de Carter « exposent la pensée stéréotypée et la volonté d’hégémonie américaine. »

« En fait, il y a aux  Etats-Unis ceux qui vivent physiquement dans le XXI e siècle, mais dont l’esprit est resté pris au piège dans l’ère de la guerre froide ,  » a déclaré le porte-parole, cité par AP .

« La Chine n’a aucun intérêt à toute forme de guerre froide, nous ne sommes pas non plus intéressés à jouer un rôle dans un film d’Hollywood, écrit et réalisé par certains responsables militaires américains », a déclaré Hua Chunying.

Cependant, il a averti que son pays « n’a pas peur et contrecarrera toute action qui menace et viole la souveraineté et la sécurité de la Chine ».

 

Les déclarations faites par le représentant du ministère des Affaires étrangères interviennent quelques jours après que le secrétaire américain de la Défense Ashton Carter ait affirmé que la Chine court le risque de créer une « Grande Muraille de l’auto-isolement » à la suite de son expansion militaire dans la mer de Chine du Sud.

Dans un discours prononcé vendredi à l’Académie navale des Etats-Unis, Carter a déclaré que « les pays de la région – alliés, partenaires et non-alignés ont exprimé leurs préoccupations publiquement et en privé au plus haut niveau. »

Il a également affirmé que les actions de la Chine dans la mer de Chine méridionale « défient les principes fondamentaux, et nous ne pouvons pas détourner le regard. »

 

Hua, à son tour, a répondu ce vendredi que les déclarations de Carter étaient destinées à couvrir les plans de Washington visant à déployer des forces militaires supplémentaires dans la région Asie-Pacifique.

Une tension croissante

Les paroles du secrétaire à la Défense des États-Unis  étaient les derniers d’une série de déclarations critiques de Washington en ce qui concerne les actions de Pékin en mer de Chine du Sud.
Les tensions entre les deux pays se sont intensifies la semaine dernière après que les Etats-Unis aient annoncé la levée de l’embargo sur les armes au Vietnam, dans un esprit  qui, selon au journal d’Etat China Daily, vise à « mettre fin à l’expansion de la Chine « .

Bien que la Chine ait maintes fois mis en garde contre l’ingérence américaine dans la région, les navires de guerre américains sont entrés plusieurs fois dans les eaux contestées, et ses avions ont effectué de nombreuses missions de surveillance sur la zone.

En outre, Washington a annoncé qu’il va ignorer la zone d’identification de défense aérienne de Pékin (ADIZ, pour son sigle en anglais) au cours de ses missions militaires dans la région.

 

Quels pays maintiennent le différend territorial?

                  
Plusieurs pays ont des revendications territoriales dans la région. La Chine vise à contrôler 80% de la mer, près de 3 millions de kilomètres carrés, alors que le Vietnam, la Malaisie, les Philippines ne veulent pas renoncer à un territoire qu’ils considèrent comme le leur. Brunei ne revendique pas le territoire, mais veut continuer à pêcher dans ces îles qu’il occupe de facto.

Les États-Unis ont également été impliqués dans le conflit, en exprimant ouvertement leur soutien aux Philippines et au Vietnam, ses alliés. En outre, États-Unis exhortent le Japon à prendre les armes pour contrer la puissance croissante de la Chine, bien que Tokyo ait renoncé à ses revendications territoriales dans la mer de Chine méridionale en 1945 et actuellement seulement maintient un différend territorial avec la Chine dans une autre mer, celle de l’Est de la Chine.

 

 
 

Opération “Timber Sycamore” : la guerre secrète de la CIA en Syrie est principalement financée par les Saoud

 Nos chers alliés…

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Opération “Timber Sycamore” : la guerre secrète de la CIA en Syrie est principalement financée par les Saoud

 

Par Maxime Chaix

 

Un article du New York Times vient de dévoiler le nom de code de la guerre secrète multinationale de la CIA en Syrie : il s’agit de l’opération Timber Sycamore, ce qui peut signifier « Bois de Platane » ou « de Figuier sycomore ». En 1992, les chercheurs syriens Ibrahim Nahal et Adib Rahme avaient publié une étude selon laquelle, « [b]ien que la largeur des cernes soit influencée par les facteurs du milieu, le bois de Platane d’Orient peut être classé parmi les espèces à croissance relativement rapide par rapport au hêtre ou au chêne. » Les groupes rebelles majoritairement jihadistes, qui ont proliféré en Syrie à partir de l’été 2011, pourraient donc être considérés comme des « platanes d’Orient » du fait de leur « croissance rapide » – sans qu’un lien ne soit forcément établi entre le nom de code de cette opération clandestine de la CIA et ce phénomène biologique. Il est également possible que « Sycamore » fasse référence non pas au platane mais au figuier sycomore, dont le « bois peut servir de combustible et le frottement de deux branches permet d’allumer un feu ».

 

Essentiellement, le New York Times a révélé dans cet article que l’Arabie saoudite a financé à hauteur de « plusieurs milliards de dollars » la guerre secrète de la CIA en Syrie. D’autres contributeurs étatiques à cette campagne de l’Agence sont cités par ce journal. Il s’agit de la Turquie, de la Jordanie et du Qatar. Or, bien que le montant exact des contributions de chaque État impliqué dans ces opérations n’ait pas été dévoilé, le Times nous informe que l’Arabie saoudite en a été le principal financeur. D’après ce journal, « [l]es hauts responsables états-uniens n’ont pas révélé le montant de la contribution saoudienne, qui constitue de loin le principal financement étranger de ce programme de fourniture d’armes aux rebelles combattant les forces du Président Bachar el-Assad. Néanmoins, des estimations ont indiqué que le coût total des efforts de financement et d’entraînement [des rebelles] atteignait plusieurs milliards de dollars. »

 

Le Times confirme ainsi les informations du Washington Post, que j’avais analysées quelques semaines avant les attentats du 13-Novembre. En effet, en juin 2015, ce quotidien révéla que la CIA avait « mené depuis 2013 contre le régime el-Assad “l’une [de ses] plus grandes opérations clandestines”, dont le financement annuel avoisine le milliard de dollars. D’après ce journal, cette intervention secrète (…) s’inscrit dans un “plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie”, c’est-à-dire les trois États notoirement connuspour soutenir les factions extrémistes en Syrie. » Grâce au New York Times, nous savons à présent que l’Arabie saoudite a été, « de loin », le principal soutien étatique de cette guerre secrète – notamment à travers l’achat massif et la livraison, par les services spéciaux saoudiens (GID), demissiles antichars TOW de marque Raytheon à des groupes affiliés à al-Qaïda, dont l’Armée de la Conquête.

 

Toujours selon le Times, le chef de station de la CIA joue un rôle diplomatique plus important que l’ambassadeur des États-Unis en Arabie saoudite. Ainsi, entre le GID et la CIA, « l’alliance reste solide, puisqu’elle est renforcée par une liaison entre maîtres-espions. Ministre de l’Intérieur saoudien, le prince Mohammed ben Nayef a succédé au prince Bandar dans l’approvisionnement en armes des rebelles [en Syrie]. Il connait l’actuel directeur de la CIA John O. Brennan depuis l’époque où ce dernier était le chef de station de l’Agence à Riyad dans les années 1990. D’anciens collègues ont déclaré que ces deux hommes étaient restés proches (…) Le poste occupé autrefois par M. Brennan à Riyad est, bien plus que celui de l’ambassadeur US, le véritable lien entre le pouvoir états-unien et le royaume [des Saoud]. D’anciens diplomates se souviennent que les discussions les plus importantes ont été systématiquement menées via le chef de station de la CIA [dans la capitale saoudienne]. »

 

Ces informations du New York Times renforcent la notion d’« État profond supranational » liant les hauts responsables des services spéciaux des États-Unis et de l’Arabie saoudite, ce qu’explique Peter Dale Scott dans son dernier livre. Dans cet ouvrage, le Dr. Scott démontre que les relations états-uno-saoudiennes constituent une véritable « boîte noire » :

 

« Dans les années 1980, William Casey, le directeur de la CIA, prit des décisions cruciales dans la conduite de la guerre secrète en Afghanistan. Toutefois, celles-ci furent élaborées hors du cadre bureaucratique de l’Agence, ayant été préparées avec les directeurs des services de renseignement saoudiens – d’abord Kamal Adham puis le prince Turki ben Fayçal. Parmi ces décisions, nous pouvons citer la création d’une légion étrangère chargée d’aider les moudjahidines afghans à combattre les Soviétiques. En clair, il s’agit de la mise en place d’un réseau de soutien opérationnel connu sous le nom d’al-Qaïda depuis la fin de cette guerre entre l’URSS et l’Afghanistan. Casey mit au point les détails de ce plan avec les deux chefs des services secrets saoudiens, ainsi qu’avec le directeur de la Bank of Credit and Commerce International (BCCI), la banque pakistano-saoudienne dont Kamal Adham et Turki ben Fayçal étaient tous deux actionnaires.

 

Ce faisant, Casey dirigeait alors une deuxième Agence, ou une CIA hors canaux, construisant avec les Saoudiens la future al-Qaïda au Pakistan, alors que la hiérarchie officielle de l’Agence à Langley “pensait que c’était imprudent”. Dans La Machine de guerre américaine, j’ai situé le Safari Club et la BCCI dans une succession d’accords conclus dans le cadre d’une “CIA alternative” ou d’une “deuxième CIA”, datant de la création en 1948 du Bureau de Coordination Politique (OPC pour Office of Policy Coordination). Ainsi, il est compréhensible que George Tenet, le directeur de la CIA sous George W. Bush, ait suivi le précédent de [William] Casey [, le directeur de l’Agence sous Reagan,] en rencontrant une fois par mois environ le prince Bandar, l’ambassadeur d’Arabie saoudite aux États-Unis – mais sans révéler le contenu de leurs discussions aux officiers de la CIA chargés des questions saoudiennes. »

 

Dans l’article du Times, le prince Bandar est présenté comme le principal architecte de cette politique de soutien à la rébellion en Syrie. En effet, ce journal confirme que « [l]es efforts saoudiens furent dirigés par le flamboyant prince Bandar ben Sultan, qui était alors le chef des services secrets [du royaume, et] qui demanda aux espions saoudiens d’acheter des milliers [de mitrailleuses] AK-47 et des millions de munitions en Europe de l’Est pour les rebelles [en Syrie]. La CIA a facilité certains de ces achats d’armements pour les Saoudiens, dont un vaste deal avec la Croatie en 2012. Durant l’été de cette même année, ces opérations semblaient hors de contrôle à la frontière entre la Turquie et la Syrie, les nations du Golfe transmettant de l’argent et des armes à des factions rebelles – y compris à des groupes dont les hauts responsables états-uniens craignaient qu’ils soient liés à des organisations extrémistes comme al-Qaïda. »

 

Ainsi, la guerre secrète de la CIA et de ses partenaires étrangers en Syrie a fortement encouragé la montée en puissance de Daech, que le Pentagone et ses alliés bombardent depuis septembre 2014 sans grande efficacité, le tout sur fond de polémiques. À partir de juillet 2012, à travers les politiques profondes du prince Bandar, les « sycomores » jihadistes en Syrie ont connu une « croissance relativement rapide », avec le soutien actif de la CIA et de ses partenaires. Or, Bandar est si proche de l’Agence que l’on ne peut réellement dissocier ses actions clandestines de celles des services spéciaux états-uniens, du moins lorsqu’il était ambassadeur de l’Arabie saoudite à Washington (1983-2005) puis directeur des renseignements saoudiens (2012-2014). Dix jours avant les attentats du 13-Novembre, j’avais publié un article intitulé « La guerre secrète multinationale de la CIA en Syrie », dans lequel j’écrivais :

 

« [E]n juillet 2012, le prince Bandar était nommé à la tête des services spéciaux saoudiens, ce qui avait été analysé par la plupart des experts comme un signe de durcissement de la politique syrienne de l’Arabie saoudite. Surnommé “Bandar Bush” du fait de sa proximité avec la dynastie présidentielle du même nom, il était ambassadeur à Washington à l’époque des attaques du 11-Septembre. Depuis plusieurs années, cet homme intimement lié à la CIA est accusé par l’ancien sénateur de Floride d’avoir soutenu certains des pirates de l’air désignés coupables de ces attentats. Jusqu’à ce qu’il soit poussé vers la sortie en avril 2014, le Guardian souligna que “Bandar avait dirigé les efforts saoudiens visant à mieux coordonner les livraisons d’armes aux rebelles combattant el-Assad en Syrie. Néanmoins, il a été critiqué pour avoir soutenu des groupes islamistes extrémistes, risquant ainsi le même “retour de bâton” que celui des combattants saoudiens d’Oussama ben Laden rentrant au pays après le jihad contre les Soviétiques en Afghanistan dans les années 1980 – une guerre sainte qui avait été autorisée officiellement. (…) En 2014, un parlementaire états-unien avait déclaré sous couvert d’anonymat que la CIA était “bien consciente que de nombreuses armes fournies [par l’Agence] avaient terminé dans de mauvaises mains.” En octobre 2015, l’éminent expert de la Syrie Joshua Landis affirmaqu’“entre 60 et 80 % des armes que les États-Unis ont introduites [dans ce pays] sont allées à al-Qaïda et les groupes qui lui sont affiliés” ».

 

En d’autres termes, la CIA et ses alliés turcs et pétromonarchiques ont grandement favorisé la montée en puissance de ces groupes extrémistes en Syrie, dont al-Qaïda et Daech. Pour autant, cette politique profonde multinationale fut-elle délibérément choisie par la Maison Blanche ? La réponse à cette question n’est pas évidente. Comme je l’avais souligné en août 2015, l’ancien directeur du Renseignement militaire du Pentagone (DIA) Michael Flynn avait dénoncé sur Al-Jazeera l’irrationalité stupéfiante de la Maison Blanche sur le dossier syrien. À cette occasion, il révéla que les responsables de l’administration Obama avaient pris la « décision délibérée » de « faire ce qu’ils font en Syrie » ; en d’autres termes, ils auraient choisi de soutenir des milices anti-Assad que la DIA décrivait à partir de 2012 comme noyautées et dominées par des forces jihadistes. Dès cette année-là, Flynn et son agence informèrent la Maison Blanche du risque de voir émerger un « État Islamique » entre l’Irak et la Syrie du fait du soutien occidental, turc et pétromonarchique à cette rébellion.

 

Afin de clarifier ses propos, il a ensuite expliqué à un journal russe que le gouvernement des États-Unis avait soutenu jusqu’à présent « une telle diversité de factions [anti-Assad qu’] il est impossible de comprendre qui est qui, et qui travaille avec qui. La composition de l’opposition armée syrienne, de plus en plus complexe, a rendu toute identification considérablement plus difficile. Pour cette raison, (…) du point de vue des intérêts américains, nous devons (…) prendre du recul et soumettre notre stratégie à un examen critique. À cause de la possibilité, très réelle, que nous soutenions des forces liées à État islamique (…), en même temps que d’autres forces anti-Assad en Syrie. » Selon le général Flynn, lorsqu’il dirigeait la DIA au Pentagone, cette agence recensait « autour de 1 200 groupes belligérants [en Syrie]. » De ce fait, le général Flynn pense « vraiment que personne, y compris la Russie, n’a une compréhension claire de ce à quoi nous avons affaire là-bas, mais sur le plan tactique, c’est vraiment très important de le comprendre. Une vision unilatérale de la situation en Syrie et en Irak serait une erreur. »

 

À cette complexité du terrain s’ajoute le traditionnel mode opératoire de l’Agence, qui est celui du « déni plausible » visant à dédouaner le gouvernement des États-Unis de toute action criminelle en ayant recours à des agents privés et/ou étrangers. Dans mon article sur la guerre secrète de la CIA en Syrie, j’avais souligné que

 

« [l]e caractère multinational des opérations anti-Assad a aussi été une source majeure de confusion. Tout d’abord, bien que de nombreux services occidentaux et moyen-orientaux aient été conjointement impliqués dans ce conflit, il reste difficile de penser cette guerre secrète sous un angle multinational. En effet, les médias et les spécialistes ont eu tendance à dissocier les politiques syriennes des différents États clandestinement engagés dans la déstabilisation de la Syrie. Il est vrai que le renoncement des États-Unis à intervenir directement a suscité de vives tensions diplomatiques avec la Turquie et l’Arabie saoudite. Par ailleurs, l’hostilité du roi Abdallah à l’égard des Frères musulmans a engendré des dissensions majeures entre, d’un côté, le royaume saoudien et, de l’autre, le Qatar et la Turquie – ces tensions s’étant atténuées après l’intronisation du roi Salmane en janvier 2015.

 

Du fait de ces divergences, les politiques syriennes des États hostiles au régime el-Assad ont été trop peu analysées sous leur angle multinational. Plus exactement, les opérations occidentales ont été dissociées de celles des pays moyen-orientaux. Or, les services spéciaux de ces différents États ont mené jusqu’à présent des actions communes et coordonnées, dans l’opacité abyssale de la classification. En janvier 2012, la CIA et le MI6 ont lancé des opérations clandestines d’approvisionnement en armes des rebelles entre la Libye, la Turquie et la Syrie, avec de l’aide et des financements turcs, saoudiens et qataris. (…) [I]l s’est avéré que ces armements ont été livrés “presque exclusivement” à des factions jihadistes, selon le parlementaire britannique Lord Ashdown. D’après le grand reporter Seymour Hersh, “[l]’implication du MI6 a permis à la CIA de se soustraire à la loi en classant sa mission comme une opération de liaison.” Les actions de l’Agence en Syrie sont-elles mieux contrôlées aujourd’hui ? La question reste ouverte, mais la doctrine du “déni plausible” traditionnellement mise en œuvre par la CIA pourrait être un élément de réponse.

 

(…) Même si ce mode opératoire tend à brouiller les pistes, le rôle central de la CIA dans cette guerre secrète multinationale [en Syrie] ne fait plus de doute. En octobre 2015, leNew York Times expliqua que “[l]es missiles antichars TOW de fabrication américaine ont fait leur apparition dans la région en 2013, à travers un programme clandestin [de la CIA] mené par les États-Unis, l’Arabie saoudite et d’autres alliés. Celui-ci vise à aider des groupes d’insurgés “sélectionnés” par l’Agence à combattre le gouvernement syrien. Ces armes sont livrées sur le terrain par des alliés des Américains, mais les États-Unis approuvent leur destination. (…) Des commandants rebelles ont éclaté de rire lorsqu’on les a questionnés sur la livraison de 500 TOW en provenance d’Arabie saoudite, déclarant qu’il s’agissait d’un nombre ridicule comparé à ce qui est réellement disponible. En 2013, l’Arabie saoudite a commandé [à Washington] plus de 13 000 [TOW].”

 

(…) À la suite de l’entrée en guerre de la Russie, un ancien conseiller du Pentagone a confirmé au Washington Post que le recours à des partenaires étrangers impliquait le “déni plausible”, ce qui permet de couvrir les opérations de la CIA en Syrie : “Fabriqués par Raytheon, les missiles [TOW] proviennent principalement des stocks du gouvernement saoudien, qui en avait acheté 13 795 en 2013 (…) Puisque les accords de vente nécessitent que l’acheteur informe les États-Unis de leur destination finale, l’approbation [de Washington] est implicite, selon Shahbandar, un ancien conseiller du Pentagone. D’après lui, aucune décision n’est requise de la part de l’administration Obama pour que ce programme puisse continuer. “II n’y a pas besoin d’un feu vert américain. Un feu orange est suffisant”. “Il s’agit d’un [programme] clandestin et il peut techniquement être démenti, mais c’est le propre des guerres par procuration.”” Ainsi, la doctrine du “déni plausible”, qui implique des tierces parties sur lesquelles on peut rejeter la faute, semble expliquer pourquoi le rôle de la CIA et de ses alliés occidentaux dans cette guerre secrète est [à ce point] refoulé, déformé ou minimisé. »

 

Dans cet article, j’ajoutais que, « [c]ontrairement au mythe de l’“inaction” [militaire] occidentale contre le régime de Bachar el-Assad, la CIA a été massivement impliquée en Syrie, dans le cadre d’une intervention clandestine subventionnée par des budgets classifiés, mais également étrangers. Or, ces financements extérieurs et les milliards de dollars qu’ils mobilisent ne sont pas supervisés par le Congrès US, cette institution n’ayant pas le pouvoir d’exercer son contrôle sur des politiques ou des budgets étrangers. » En se basant sur les déclarations d’un parlementaire états-unien, le New York Times vient de confirmer cette absence de transparence due au recours à des financements étrangers :

 

« Tandis que l’administration Obama voyait cette coalition comme un argument séduisant pour le Congrès, certains parlementaires, comme le sénateur Ron Wyden – un Démocrate de l’Oregon –, ont demandé pourquoi la CIA avait besoin de l’argent saoudien pour financer cette opération, selon un ancien officiel états-unien. M. Wyden a refusé de répondre à nos questions, mais son équipe a publié une déclaration exigeant une plus grande transparence : “Des hauts responsables ont déclaré que les États-Unis sont en train de renforcer les capacités militaires opérationnelles de l’opposition anti-Assad. Or, les citoyens n’ont pas été informés sur les modalités de cette politique impliquant des agences états-uniennes, ou des partenaires étrangers avec lesquels ces institutions coopèrent. »  

 

À l’aune des révélations du New York Times sur l’opération Timber Sycamore, et sachant que le soutien de la CIA et de ses alliés en faveur d’al-Qaïda en Syrie est dorénavant de notoriété publique – y compris en France –, il est indispensable que les citoyens occidentaux demandent des comptes à leurs parlementaires. Comme l’avait courageusement dénoncé la représentante états-unienne Tulsi Gabbard trois semaines avant les attentats du 13-Novembre, « des armements US vont dans les mains de nos ennemis, al-Qaïda et ces autres groupes, des groupes islamistes extrémistes qui sont nos ennemis jurés. Ce sont des groupes qui nous ont attaqués le 11-Septembre, et nous étions censés chercher à les vaincre, mais pourtant nous les soutenons avec ces armes pour renverser le gouvernement syrien. (…) Je ne veux pas que le gouvernement des États-Unis fournisse des armes à al-Qaïda, à des islamistes extrémistes, à nos ennemis. Je pense que c’est un concept très simple : vous ne pouvez vaincre vos ennemis si, en même temps, vous les armez et vous les aidez ! C’est absolument insensé pour moi. » Il est donc urgent que les puissances occidentales élaborent et mettent en oeuvre des politiques plus rationnelles et pragmatiques afin de lutter efficacement contre le terrorisme, sans quoi cette forêt de « sycomores » continuera de s’étendre dangereusement.

 

Maxime Chaix

 

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Les États-Unis accélèrent leur encerclement militaire de la Chine

Tension en mer de Chine. Les Spratley, un archipel de plus de 100 îles, récifs et atolls à mi-chemin entre le Vietnam et les Philippines, est l'une des zones les plus disputées à cause de son importance militaire stratégique. ©AFP
Tension en mer de Chine. Les Spratley, un archipel de plus de 100 îles, récifs et atolls à mi-chemin entre le Vietnam et les Philippines, est l’une des zones les plus disputées à cause de son importance militaire stratégique. ©AFP

Les États-Unis et les Philippines ont annoncé vendredi dernier que cinq des bases militaires du pays seraient ouvertes aux forces américaines en vertu de l’Accord de la coopération renforcée de défense (EDCA).

La mise en œuvre de l’accord sur les bases militaires aux Philippines n’est qu’un des composants de l’accélération du renforcement militaire des États-Unis dans la région Indo-Pacifique dans le cadre de l’encerclement et des préparatifs de guerre contre la Chine.

Les deux pays ont signé l’accord EDCA en 2014, mais la Cour suprême des Philippines vient seulement de rejeter les contestations judiciaires à l’accord en janvier. L’annonce de la semaine dernière faisait suite à deux jours de discussions de haut niveau à Washington autour d’une offre par l’administration philippine faite en février pour rendre huit bases militaires disponibles aux militaires américaines.


L’armée chinoise.(Photo d’archives)

Les cinq « lieux convenus » comprennent la base militaire aérienne Antonio Bautista, sur l’île de Palawan, directement adjacente aux îles contestées de Spratley dans la mer de Chine méridionale. Au cours de la dernière année, Washington a considérablement accru les tensions avec Pékin, en dénonçant ses activités de remblaiement dans les îles et la « militarisation » de la mer de Chine méridionale. En octobre dernier et à nouveau en janvier, les destroyers de la marine des États-Unis ont directement contesté les revendications maritimes chinoises par intrusion dans la limite territoriale de 12 milles marins autour des îlots administrés par la Chine.

L’armée américaine aura également accès à la base aérienne de Basa au nord de Manille, le Fort Magsaysay (une base militaire énorme), la base aérienne de Lumbia au Cebu et la base aérienne de Mactan-Benito Ebuen à Mindanao. Le Secrétaire à la Défense américain, Ashton Carter, doit se rendre à Manille le mois prochain pour finaliser les arrangements. Cependant, l’ambassadeur américain aux Philippines, Philip Goldberg, a déclaré aux médias qu’il s’attendait à ce que le mouvement initial des fournitures et du personnel commence « très bientôt. » Le Congrès américain a mis de côté 66 millions de dollars pour la construction d’installations militaires aux Philippines.

Pékin a condamné la nouvelle entente sur les bases militaires et a mis en garde contre le risque de conflit. Un commentaire publié samedi par l’agence de presse Xinhua appartenant à l’État a accusé Washington de « troubler les eaux de la mer de Chine méridionale et de faire de l’Asie-Pacifique un second Moyen-Orient. » Le lundi, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Hua Chunying a souligné l’hypocrisie des États-Unis, accusant la Chine de « militariser » la mer de Chine méridionale, en criant : « n’est-ce pas ce genre de renforcement continu des déploiements militaires en mer de Chine méridionale et dans les régions avoisinantes qu’ils considéraient comme de la militarisation ? »

Au moment où les États-Unis se préparaient à redéployer les forces militaires dans leur ancienne colonie, le général Dennis Via, chef du Materiel Command de l’armée américaine, a révélé aux médias la semaine dernière que Washington avait obtenu d’autres accords sur des bases militaires en Asie, dont le Vietnam, le Cambodge et d’autres pays qui n’ont pas été nommés. En vertu de ces accords, l’armée américaine sera en mesure de stocker des équipements pour permettre à ses troupes d’être déployées plus rapidement dans la région.

Via a souligné que les « ensembles d’activités » seraient axés sur les opérations de faible intensité telles que les exercices multinationaux de formation et les opérations de secours. « Nous regardons, par exemple, vers le Cambodge pour le placement d’un hôpital de soutien au combat », a-t-il dit.

Les assurances qu’une présence militaire américaine sera bénigne sont sans valeur. Comme aux Philippines, le Pentagone avance avec précaution afin de ne pas enflammer immédiatement une opposition à une présence militaire étrangère. Dans le cas du Cambodge et du Vietnam, la mort et la destruction causées dans les deux pays par la guerre néocoloniale de Washington dans les années 1960 et 1970 sont profondément gravées dans la conscience populaire.

Washington a déjà noué des relations plus étroites diplomatiques, économiques et militaires avec le régime vietnamien, y compris le soutien de sa position plus agressive dans ses différends avec la Chine en mer de Chine méridionale. Les États-Unis ont levé l’embargo sur la vente d’armes au Vietnam, ont mené des exercices militaires conjoints et cherchent un meilleur accès aux installations portuaires. Toutefois, le placement des fournitures de l’armée américaine à l’intérieur du Vietnam pour la première fois depuis que les troupes américaines ont été contraintes de se retirer en 1975 marque un tournant dans la collaboration du régime avec l’impérialisme américain.

Beijing sera encore plus préoccupé par la décision du Cambodge d’accueillir des équipements militaires américains. Le régime cambodgien a des liens étroits avec la Chine et a tenté de bloquer les efforts américains visant à faire pression sur l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) pour qu’elle prenne une position plus conflictuelle contre la Chine sur la mer de Chine méridionale. Néanmoins, les États-Unis ont développé des liens de défense avec le Cambodge depuis 2006. Ceux-ci comprennent un peu d’entraînement, des droits de faire escale, et des exercices conjoints. Washington a également exploité l’Initiative du sud du Mékong (LMI) afin d’enfoncer un coin entre d’une part le Cambodge, le Vietnam, le Laos et la Thaïlande, et de l’autre, la Chine qui construit des barrages sur le cours supérieur du fleuve Mékong.

Les accords de bases militaires les plus récents avec les Philippines, le Vietnam et le Cambodge viennent conforter le stationnement des navires de combat côtier de la marine des États-Unis à Singapour et la collaboration militaire plus étroite avec l’Indonésie et la Malaisie. L’expansion rapide de la présence militaire américaine en Asie du Sud-Est va de pair avec la restructuration des bases militaires américaines permanentes en Corée du Sud, au Japon et à Guam, la mise à niveau du partenariat stratégique des États-Unis avec l’Inde, et les préparatifs du stationnement de bombardiers stratégiques de longue portée dans le nord de l’Australie.

Ce renforcement militaire de la part des États-Unis fait partie du « pivot vers l’Asie » que l’Administration Obama avait annoncé officiellement en 2011, une stratégie globale diplomatique, économique et militaire visant à subordonner la Chine aux intérêts de Washington. Le « pivot » a considérablement enflammé les poudrières potentielles de la guerre dans toute la région, et en particulier à travers ses activités provocatrices dans la mer de Chine méridionale.

À Canberra la semaine dernière, l’amiral Scott Swift, commandant de la Flotte du Pacifique des États-Unis, a lancé une autre bordée contre la Chine, déclarant que « la liberté des mers » était « de plus en plus vulnérable à une résurgence menée par un état du principe que la force fait le droit. » Il a déclaré qu’il était troublé par « les signes indéniables de militarisation dans certaines parties de la région, sans précédent par leur étendue et leur échelle. »

Le cynisme de ces déclarations ne connaît aucune limite. La marine américaine a non seulement réalisé deux opérations de « liberté de navigation » dans les eaux territoriales revendiquées par la Chine, mais aussi, plus tôt ce mois-ci, elle a envoyé le porte-avions nucléaire, le USS John C Stennis, avec son groupe d’attaque associé, en mer de Chine méridionale pendant quatre jours d’exercices et de patrouilles. Au cours du dernier quart de siècle, les États-Unis sont passés outre et ont foulé aux pieds le droit international sur la base de « la force fait le droit » en se livrant à une succession continue de guerres, interventions militaires et provocations.

Maintenant, Washington se prépare à la guerre à une échelle encore plus terrible avec la Chine en mettant les pays de la région sous pression afin de les faire rentrer dans les rangs. La visite de Swift à Canberra coïncide avec une campagne concertée pour faire pression sur le gouvernement australien pour monter sa propre opération « liberté de navigation » dans la mer de Chine méridionale – un exercice militaire téméraire qui implique toujours le risque d’une erreur de calcul ou une erreur déclenchant un conflit plus large.

Peter Symonds

source: http://www.mondialisation.ca/les-etats-unis-accelerent-leur-encerclement-militaire-de-la-chine/5516090