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Archives de Catégorie: Asie

Un Russe à propos de la Chine : Pourquoi les communistes ont besoin de la mondialisation

Ce texte traduit par Marianne n’est pas d’un communiste et à ce qu’elle dit, il a provoqué les commentaires défavorables de la quasi totalité des lecteurs russes; en gros: « il dit n’importe quoi, ce n’est pas le communisme, la NEP a été une catastrophe heureusement qu’il y a eu Staline pour rectifier… » Pourtant ce texte nous parait intéressant ne serait-ce que parce qu’il part des réalités matérielles que doit affronter le parti communiste chinois: nourrir sa population. Sans cette conscience de l’essentiel aucune stratégie d’un Etat ne peut réussir mais ce faisant il existe une direction communiste, planificatrice, et certainement le parti est la  proie de tensions contradictoires. Ce qui n’est pas le sujet de l’article dont on comprend qu’il ait pu susciter le courroux des Russes puisqu’il leur dit aussi en clair, il n’y a aucune raison pour que la Chine communiste priviligéie la Russie devenu un pays capitaliste comme les autres dirigé par des oligarques qui ne vaut pas mieux que les magnats américains.Il est vrai que les points de la démonstration sont parfois léger pour un tel renversement de perspective mais elle est loin d’être illogique.(note de danielle Bleitrach).

Pavel Volkov, publiciste

15 juin 2017

Photo: page personnelle facebook.com

https://www.vz.ru/opinions/2017/6/15/874660.html

Le 13 juin, Panama a rompu ses relations diplomatiques avec Taiwan pour les établir avec la République populaire de Chine. Le Président du Panama, Juan Carlos Varela, a même nommé parmi les principales raisons de cette décision le point de vue partagé par les deux pays sur l’importance de la mondialisation.

 

Le plus curieux dans cette histoire est que ces pays – Panama et Taiwan – sont tous deux des satellites américains. Donc, si la « compréhension de l’importance de la mondialisation », est venue soudainement à l’esprit de quelqu’un, il ne s’agit clairement pas de la direction du Panama. Comment expliquer cela ?

On sait que, en 1949, la guerre civile chinoise a pris fin et les communistes avec Mao Zedong sont arrivés au pouvoir, tandis que le Guomintang pro-américain a fui vers l’île de Formose (Taiwan), où son chef Tchang Kaï-chek non sans l’aide des États-Unis a établi une dictature militaire.

En 1966, Taipei a même créé une «  Ligue mondiale anticommuniste » qui existe encore aujourd’hui sous le nom de Ligue mondiale pour la liberté et la démocratie (WLFD), où se retrouvent et avec laquelle collaborent toutes sortes de personnalités d’orientation fasciste et ultralibérale qui s’y sont trouvé visiblement des intérêts communs.

Toutes ces personnes, rassemblées à Taiwan sous la direction sourcilleuse de Washington, se sont battus contre le communisme, en particulier chinois. Mais au fil du temps, l’équilibre du pouvoir a changé, en 1970, la Chine a évincé Taiwan de l’Organisation des Nations Unies, et en 1979, les États-Unis ont reconnu la République populaire chinoise.

Et maintenant, apparemment, après près de 40 ans, le tour est venu des satellites américains. Panama a reconnu Taiwan exactement aussi longtemps que les États-Unis ne se sont pas inquiétés de la nouvelle Route de la soie maritime.

En juin 2016 a été achevée la reconstruction du canal de Panama, qui est devenu plus large et plus profond, et a vu sa capacité doubler. Par ce canal modernisé les Américains seront en mesure de transporter rapidement les hydrocarbures du golfe du Mexique par exemple en Chine, et les marchandises chinoises atteindront l’Europe, en contournant la Russie, la Turquie et le reste des concurrents.

Comprenant les risques, les Chinois, avec la participation de la Fédération de Russie, ont commencé en 2014 la construction d’un canal au Nicaragua, mais ils se sont heurtés tout d’abord aux protestations des agriculteurs, des écologistes, puis le groupe HKND en charge du projet a connu des difficultés financières. Bref, les Etats-Unis ont obtenu le gel du projet.

Il semble que la reconnaissance par le Panama – c’est la pilule par laquelle Trump a décidé d’adoucir l’amertume des Chinois devant l’absence d’alternative à la route maritime contrôlée par les États-Unis entre le Pacifique et l’Atlantique.

L’interdépendance des économies américaine et chinoise est bien connue. Compte tenu de la rhétorique offensive de sa campagne électorale, on s’attendait à ce que Trump rompe cette dépendance, mais il semble avoir simplement décidé de l’utiliser dans l’intérêt de ses électeurs.

Ainsi, dans son premier discours au Congrès, il a promis de « faire revivre l’industrie moribonde. » D’abord et avant tout, il s’agit de l’extraction du charbon.

Depuis février 2017 en raison des sanctions, la Chine n’achète plus de charbon en Corée du Nord, qui était le quatrième plus grand fournisseur de cette ressource à la Chine. À ce jour, la part du charbon dans le secteur de l’énergie en Chine est d’environ 70%, et d’ici 2020, elle sera réduite à 67%.

Mais, d’une part, ce n’est pas une forte baisse, et d’autre part, même la réduction prévue de la consommation en valeur absolue de 160 millions de tonnes n’aura pas trop d’impact sur la demande totale d’environ 3,7 milliards de tonnes, l’équivalent de la moitié de la consommation mondiale.

Oui, les centrales à charbon sont remplacées de plus en plus par des centrales au gaz, mais avec la métallurgie le problème persiste. Par conséquent, pour compenser le tarissement de l’approvisionnement en charbon en provenance de Corée du Nord, la Chine a considérablement augmenté ses importations des États-Unis.

 

Cependant les nouveaux paramètres de la coopération des États-Unis et de la Chine dans le secteur de l’énergie ne se limitent pas au charbon.

Ce mois-ci, la Chine a abandonné de manière inattendue la construction de deux nouveaux gazoducs en provenance de Sibérie, expliquant sa décision par le fait que, dans les nouvelles conditions du marché du gaz, elle ne voyait pas la nécessité du projet « Force de Sibérie – 2 » et du tracé Extrême-Orient – Sakhaline.

Le fait est que, depuis la négociation de l’offre, les prix mondiaux des hydrocarbures ont chuté de près de moitié, et maintenant l’achat du GNL aux États-Unis devient plus avantageux. Rien de personnel, juste du business.

Si l’on en croit Bloomberg, Xi Jinping et Donald Trump se sont accordés sur les livraisons de GNL dès le mois d’avril, et en mai, le département américain du Commerce a annoncé la signature d’un accord commercial bilatéral, élargissant aux entreprises de l’énergie des États-Unis l’accès au marché chinois.

Le même mois, lors du sommet de la Route de la soie à Pékin, le chef de la société d’État chinoise CNPC Wang Yilin a déclaré que la Chine visait à diversifier l’offre et allait donc élargir sa base grâce aux hydrocarbures des Etats-Unis. A cet effet seront construits conjointement des terminaux méthaniers.

L’économiste en chef de BP pour la Russie et la CEI Vladimir Drebentsov estime que la Chine n’allait pas dans un avenir prévisible augmenter ses achats de gaz en Russie, dans la mesure où elle en achète en Asie centrale et développe activement son propre gaz de schiste. Et puis il y a le GNL américain.

Le monde se transforme en un champ très spécifique de bataille entre deux monstres, qui ne souhaitent rien tant que de détruire l’autre, mais qui sont si étroitement liés que l’effondrement de l’un entraînerait sans aucun doute l’effondrement de l’autre. Alors ils créent une relation symbiotique sur le principe love and hate, où tous les autres devront devenir satellites de l’un ou de l’autre.

En fait, la Chine est aujourd’hui la locomotive de la mondialisation, tandis que les États-Unis et l’Europe occidentale, assez curieusement, décrochent plus ou moins du projet. Ou essayent de décrocher – car on ne sait pas s’il est possible de changer la trajectoire du saut par-dessus le précipice, quand on a déjà parcouru 80-90% du chemin.

 

Pendant ce temps, l’Empire céleste s’active dans toutes les directions.

Beaucoup croient que le communisme en Chine est de pure forme, et que le pays est depuis longtemps passé à un système de capitalisme d’Etat modernisé, qui a causé son succès économique surprenant, et aussi les contradictions qui pèsent sur elle.

En fait, il n’en est rien. La Chine est dans une phase de transition du capitalisme au communisme, dans une sorte de NEP prolongée.

À la tête de l’Etat est le Parti communiste qui réalise la dictature de la classe ouvrière, et dans les mains de l’Etat se trouvent environ 50% de l’économie. Les autres 50% vivent dans les conditions du marché, en concurrence avec le secteur public et, quand ils auront perdu la concurrence, finiront par être absorbé par lui, ce qui permettra de passer de la NEP au socialisme.

Franchir ce pas rapidement est impossible en raison principalement de la taille gigantesque de la population à qui on ne peut tout simplement pas fournir tout le nécessaire pour le développement social à l’aide des ressources intérieures. L’Union soviétique en avait plus ou moins la possibilité, mais pas la Chine.

Et si l’on n’a pas cette possibilité, et que c’est une nécessité absolue, il faut bien prendre les ressources quelque part. D’où la nécessité de la mondialisation et de la nouvelle route de la soie chinoise et tout ce qui s’ensuit.

Traduction MD pour H&S

 

 
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Publié par le juin 21, 2017 dans Asie, civilisation, Economie

 

La nouvelle « route de la soie » chinoise : cibler l’Europe en misant sur l’Afrique

un article clair et documenté sur une stratégie qui risque de changer la face du monde. Il y a bien sûr les investissements « irrationnels » du capital mais il y a aussi une planification des dits investissements avec des orientations qui donnent le sens en vue du développement plus que du profit qui change tout. Comme d’ailleurs la volonté affirmée du dit gouvernement de jouer la carte du développement du « Tiers monde » pour encercler le monde capitaliste et du développement scientifique et technique. La longue marche?(note de Danielle Bleitrach)

Par Mariem Brahim et Hassan Ben Janena  |  14/06/2017, 14:32  |  837  mots
Le président chinois Xi Jinping durant son discours au Forum Chine-Afrique de Johannesburg, le 4 décembre 2015.
Le président chinois Xi Jinping durant son discours au Forum Chine-Afrique de Johannesburg, le 4 décembre 2015. (Crédits : Reuters)
Si l’activisme de l’économie chinoise n’est pas exempt d’un risque d’ubris « irrationnel », la nouvelle stratégie chinoise semble clairement viser à faire de l’Afrique une tête de pont vers les marchés à hauts revenus de l’Europe. Une analyse de Mariem Brahim, économiste à l’Ipemed (Paris), et de Hassan Ben Janena, professeur d’économie à l’ISG de Sousse (Tunisie).

Dans le contexte de l’apparent repli des États-Unis sur eux-mêmes et du Brexit britannique, la Chine fait figure de premier investisseur mondial. C’est ainsi que les investissements chinois ont dépassé en 2016 les 200 milliards de dollars, soit 40 % de plus que l’année précédente. La Chine est aussi le premier investisseur et le premier employeur étranger aux États-Unis, ce qui a poussé le nouveau président Donald Trump à jeter un regard davantage conciliant à son égard. Mais, à présent, c’est vers l’Afrique et l’Europe que l’ancien empire du Milieu jette son dévolu.

Accès aux marchés et transferts de savoir-faire, la double cible

Tous les secteurs économiques européens sont visés, à l’image de la société ChemChina qui vient d’acheter l’agrochimiste suisse Syngenta pour 43 milliards de dollars, tandis que China Chemical Corporation vient de s’emparer de l’industriel italien Pirelli. Et le conglomérat Ossun, quant à lui, qui possède le Club Med et le port du Pirée, est passé entre les mains d’investisseurs chinois, à hauteur de 67%.

Que ce soit aux États-Unis ou en Europe, les Chinois recherchent non seulement l’accès à des marchés portés par des pouvoirs d’achat parmi les plus élevés du monde, mais aussi la possibilité d’acquérir des savoir-faire et des technologies détenus jusque-là exclusivement par les entreprises rachetées. Sur fond de mondialisation et au nom de celle-ci, les plus beaux fleurons des économies occidentales semblent ainsi passer entre les mains de ces investisseurs chinois. Un activisme qui inquiète de plus en plus les Européens.

Le risque d’investissements « irrationnels »

Toutefois, cette stratégie n’est pas sans danger pour les Chinois. Les réserves en dollars du pays s’amenuisent. Le risque de dévaluation du yuan s’accroît, en dépit de la surveillance sourcilleuse de l’OMC. C’est pourquoi les autorités chinoises enjoignent à leurs entreprises de ne pas se lancer dans des investissements « irrationnels » à l’étranger, notamment en Europe.

Elles leur demandent de bien faire la distinction entre les investissements stratégiques, dispensateurs de technologies en retour, et les méga-acquisitions dans l’immobilier, le sport, voire le divertissement, toutes spéculatives mais présentant de nombreux risques. La presse financière chinoise s’en est fait l’écho : les autorités chinoises seraient décidées à davantage contrôler et encadrer les Investissements directs étrangers (IDE) de leurs entreprises. Les investissements de plus de 10 milliards de dollars pourraient tout simplement être proscrits. Et, si elles ne relevaient pas d’« activités stratégiques », les acquisitions de plus d’un milliard de dollars seraient interdites aux conglomérats chinois.

La stratégie du bas-coût africain ciblant l’Europe

Pour ce qui concerne le continent africain, la donne est différente. Certes, demeure l’attrait pour un marché en pleine croissance, mais les investisseurs chinois ont aussi retenu la proximité géographique avec l’Europe. D’où le souci de faire appel à une main d’œuvre locale, abondante et peu coûteuse, avec à terme l’invasion du marché européen par des produits fabriqués ainsi à bas coûts au sud de la Méditerranée.

Une autre raison les a conduits à bâtir cette stratégie. Elle est démographique. La politique de l’enfant unique engendrera, à plus ou moins long terme, la raréfaction de la main d’œuvre chinoise. À cet égard, le projet du groupe chinois Haite est très parlant. Il construit au nord du Maroc une nouvelle cité industrielle et résidentielle. S’étendant sur 2 000 hectares, elle devrait, dans les dix ans à venir, héberger près de 200 usines chinoises et engendrer 100 000 emplois.

L’opération devrait réclamer un investissement de 10 milliards de dollars. Ce sera de loin la plus importante plateforme industrielle chinoise établie sur le continent africain. De la même manière, HiSense, l’une des principales sociétés de fabrication électronique chinoise, s’est installée dans la province du Cap occidental, en Afrique du sud.

Quand Xi Jinping promet 60 Mds $ d’investissements en Afrique

Le faible pouvoir d’achat et le défaut d’infrastructures de qualité en Afrique n’arrêtent pas les investisseurs chinois. Ils n’oublient pas que ses habitants représenteront près du quart de la population mondiale à l’horizon 2030. Ce sont autant de futurs consommateurs. Raison pour laquelle le président chinois Xi Jinping a annoncé, lors d’un sommet à Johannesburg en 2015, un plan d’investissement sans précédent. Il s’est dit prêt à laisser injecter 60 milliards de dollars dans des projets locaux de développement. Avec pour objectifs la  stimulation de l’agriculture, la construction de routes, de ports, de voies ferrées et même l’annulation des dettes. Les faits sont là : le volume des échanges commerciaux entre la Chine et les pays africains a progressé de 16,8% au premier trimestre de cette année, par rapport à celui de 2016. Ils ont atteint 38,8 milliards de dollars.

Se dessine ainsi une nouvelle « route de la soie ». Elle passera par l’Afrique, notamment du Nord. Les pays qui ne sauront s’y positionner à l’horizon 2030 pourraient bien demeurer sur le bas-côté de l’histoire.

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Publié par le juin 20, 2017 dans Asie, Economie

 

Des physiciens chinois établissent un record de distance dans la téléportation quantique

Par posté le 16 juin 2017

Des physiciens chinois ont battu un nouveau record de téléportation quantique avec une distance de 1.200 kilomètres contre 100 kilomètres précédemment, une étape importante vers une révolution des télécommunications et du cryptage informatique sur internet.

©Ramberg / Istock.com

©Ramberg / Istock.com

Ces travaux publiés jeudi dans la revue américaine Science s’appuient sur les propriétés du monde subatomique, décrites par Albert Einstein, dans lequel les particules peuvent exister dans deux états différents simultanément, comme des jumelles.

Ces particules dites “intriquées”, photons ou neutrons, se comportent comme une seule entité même si elles sont séparées physiquement.

A l’aide d’un rayon laser, l’équipe du professeur Jian-Wei Pan, de l’Université de Hefei en Chine, a émis des paires de photons “intriqués” depuis un satellite en orbite.

Ces photons ont été séparés et captés dans deux stations au sol à 1.200 km de distance dans les montagnes du Tibet.L’altitude élevée a permis de réduire la densité de l’air à travers laquelle ces photons fragiles ont dû se déplacer.

Les physiciens ont modifié la polarisation d’une partie des photons et ont déterminé que leurs “jumeaux” situés à plus de 1.200 km avaient fait de même dans plus d’un millier de cas, soit bien plus fréquemment que ce que le hasard pourrait expliquer, confirmant ainsi la préservation de leurs propriétés quantiques sur une vaste distance.

“C’est un énorme accomplissement”, a jugé Thomas Jennewein, un physicien à l’Université de Waterloo au Canada.

Ces propriétés quantiques offrent des applications potentielles importantes comme des ordinateurs dotés d’une puissance et d’une rapidité de calcul sans commune mesure avec les machines actuelles les plus puissantes.

Des équipes européennes et américaines proposent d’installer des instruments quantiques à bord de la Station spatiale internationale (ISS).

Un des objectifs est de voir si des particules peuvent préserver leurs propriétés quantiques en changeant de champ gravitationnel.

Pour ce faire, ces scientifiques veulent comparer un photon, une particule de la lumière, dans un environnement de microgravité de l’ISS et envoyer son partenaire “intriqué” sur Terre, explique Anton Zeilinger, un physicien de l’Académie autrichienne des Sciences à Vienne.

“Il y a peu d’expériences qui testent les liens entre la gravité et la physique quantique”, relève-t-il.

Ces expériences pourraient un jour entraîner la création d’un réseau de satellites reliant des ordinateurs quantiques.

“Je suis personnellement convaincu qu’internet sera basé à l’avenir sur les principes de la physique quantique”, estime le professeur Zeilinger.

AFP

Actif dans les rubriques Eco et Lifestyle du journal, j’ai rejoint Le Soir il y a trois ans pour une formidable aventure numérique. Globe-trotter passionné de photographie, je m’intéresse à tout ce qui touche aux nouvelles-technologies. Twitter : @etiennefroment
 https://youtu.be/1LIpWAg-x-s
 
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Publié par le juin 19, 2017 dans Asie

 

Climat: la Chine snobe l’envoyé de Trump

Décidément la Chine opère un « grand bond en avant » en matière de défense de l’environnement et quand la Chine prend une orientation le monde bascule comme lors du barrage des trois gorges où la terre a bougé sur son axe, ou dans le passage du rural à l’urbain de la planète, ou encore en matière d’éducation y compris des filles (note de Danielle Bleitrach).

Rick Perry, secrétaire américain à l’Energie, et Zhang Gaoli, vice-Premier ministre chinois, lors d’une rencontre à Pékin le 8 juin 2017 / © POOL/AFP / Ng Han Guan

Soucieux d’avoir des partenaires fiables sur le climat, Pékin a accordé un accueil très distant cette semaine au secrétaire à l’Energie de Donald Trump, alors que le président, Xi Jinping, accueillait longuement le gouverneur de Californie, ardent défenseur des énergies propres.

En tournée asiatique quelques jours après l’annonce par la Maison Blanche que les Etats-Unis se retiraient de l’accord de Paris sur le climat, le secrétaire américain à l’Energie, Rick Perry, s’est attaché à rassurer.

« Nous ne reculons pas et nous ne laissons aucune place vacante (…) Les Etats-Unis ne renoncent pas à leur rôle de leader pour une planète propre », a-t-il plaidé lundi lors d’une escale à Tokyo, selon l’agence Bloomberg.

Avant d’ajouter, bravache: « si les Chinois veulent nous prendre la couronne (…) ce sera un gros défi ».

Plus diplomatiquement, M. Perry a vanté jeudi à Pékin les « opportunités extraordinaires » de coopération entre Chine et Etats-Unis sur les « énergies propres », lors d’un entretien avec le vice-Premier ministre chinois, Zhang Gaoli.

Reste à voir si l’administration Trump restera le partenaire privilégié de la Chine sur ce sujet.

Au mépris du protocole, le gouverneur de Californie, Jerry Brown, lui aussi à Pékin cette semaine, a ainsi pu rencontrer mardi le président Xi Jinping en personne, pour un long entretien qui a fait la Une des médias d’Etat chinois.

Mieux, M. Brown et le président Xi ont signé un protocole d’accord associant la Californie à la République populaire pour la promotion des « technologies vertes ».

Un camouflet pour Rick Perry, dont aucune rencontre avec le chef d’Etat n’a été annoncée.

Xi Jinping a dit « espérer que les Etats américains et provinces chinoises renforcent leurs synergies » sur la question climatique.

– ‘Réveiller les gens’ –

Venu participer dans la capitale chinoise à un forum ministériel sur les énergies propres, M. Perry – qui avait pourtant promu les énergies renouvelables quand il était gouverneur du Texas et s’était dit favorable à un maintien dans l’accord de Paris – s’y est montré extrêmement discret.

Après avoir défendu mardi les technologies de capture du CO2 au Texas, son Etat d’origine, il n’est pas apparu jeudi à un panel public où il devait s’exprimer.

A l’inverse, Jerry Brown a multiplié les apparitions et les interviews, décochant des flèches contre l’administration Trump et vantant les efforts environnementaux de son Etat.

« La Californie est engagée avec les (Etats de) Washington, New York et autres pour se motiver à agir davantage » sur les énergies propres, « en grande partie à cause de M. Trump », a confié à l’AFP le gouverneur démocrate, dont l’Etat est évoqué comme la 6e économie mondiale.

Une coalition initiée la semaine dernière réunit une dizaine d’Etat américains et plus d’une centaine de villes engagés à réduire les émissions des Etats-Unis, deuxième plus gros émetteur mondial de CO2, pour satisfaire aux objectifs de l’accord de Paris.

« J’essaie de réveiller les gens sur le combat face au changement climatique. La Chine est un allié de taille, dotée de gigantesques ressources (…) pour accélérer notre action », insiste M. Brown.

Autre revers diplomatique pour Washington: le plus haut diplomate américain en Chine, le chargé d’affaires David Rank vient de démissionner, a annoncé l’ambassade en début de semaine. Une décision prise en raison, selon la presse, de son opposition à la politique de Donald Trump sur le climat.

– ‘Déconnectée’ –

« Rick Perry est dans une position délicate. L’administration Trump est vraiment déconnectée de la communauté internationale, cela devient évident dans des réunions » comme celles de Pékin, grince Alex Perera, directeur adjoint de l’ONG WRI Energy Program.

M. Trump « semble vouloir revenir à la deuxième révolution industrielle » du XIXe siècle fondée sur le charbon, indique à l’AFP le vice-président de l’Union européenne, Maros Sefcovic. « Mais les maires et gouverneurs américains, eux, restent engagés » et « arrimés à la modernité ».

(©AFP / 08 juin 2017 11h39)

 

La Chine met en fonctionnement la plus grande centrale solaire flottante du monde

Dans le même temps la Chine annonce la réduction de son exploitation du charbon plus polluant, ce qui prouve qu’à l’inverse des Etats-Unis la Chine prend au sérieux les accords de Paris; Meme si dans toute l’Asie du sud est le charbon reste une ressource incontournable. (note de Danielle Bleitrach)

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/developpement-durable/la-chine-met-en-fonctionnement-la-plus-grande-centrale-solaire-flottante-du-monde_113632

Construite dans une mine de charbon désaffectée et inondée, cette centrale a été connectée en mai 2017 au réseau électrique chinois.

Une ferme solaire flottante en Chine

Une ferme solaire flottante en Chine

Crédit : Sungrow

 Œuvre de la société chinoise Sungrow, une nouvelle ferme solaire vient d’être mise en activité à proximité de la ville de Huainan à environ 200 kilomètres au nord-ouest de Shanghai. En plein cœur de la province d’Anhui, une zone agricole assez pauvre autrefois, mais qui à partir des années 1950 a commencé à prospérer en partie grâce à l’exploitation de ses gisements miniers ainsi que de son… charbon. Or, c’est justement dans une mine de charbon à ciel ouvert, désaffectée puis inondée que cette centrale a été rapidement mise en place en 2016. Les milliers de panneaux solaires cumulent une puissance de 40 mégawatts. De quoi alimenter en électricité environ 15.000 foyers, chiffrent les médias chinois. Elle aurait été connectée au réseau du pays en mai 2017, et, de part sa capacité, serait désormais la plus puissante centrale solaire flottante du monde. Le précédent record était détenu par une autre installation très similaire, également située à Huainan et installée dans une mine de charbon désaffectée. Mise en place par le fabricant chinois Xinyi Solar, la capacité de cette centrale atteint les 20 MégaWatts. Un record qui risque d’être de courte durée puisque l’entreprise Sungrow a annoncé début juin que des travaux étaient en cours (dans la même région) pour la construction d’une nouvelle centrale flottante d’une capacité de… 150 Mégawatts. Un projet qui devrait s’achever « à la fin de l’année », selon nos confères du site pv-Tech.org.

Des panneaux plus efficaces

L’intérêt d’installer ainsi des panneaux solaires sur l’eau plutôt que sur la terre ferme présente plusieurs avantages. Tout d’abord, ces imposantes installations (800.000 mètres carrés pour la plus récente) n’empiètent pas sur des terres qui pourraient être consacrées à d’autres usages (bâtiments, exploitations agricoles…). La réverbération de la lumière sur l’eau accroît l’efficacité des panneaux, tandis que la proximité immédiate de l’eau offre une solution optimale pour refroidir l’installation. Ultime avantage : la surface de l’eau étant plate, aucun relief du terrain ne risque de venir faire de l’ombre sur les panneaux solaires. Depuis 2015, la Chine est devenue, en passant devant l’Allemagne, le plus grand producteur d’énergie solaire du monde. Et depuis, l’écart se creuse. La Chine a atteint ainsi une capacité de plus de 77 Gigawatts en énergie solaire installée fin 2016 chiffre l’administration nationale de l’énergie dans le pays. Et bien que le charbon constitue encore la principale source énergétique du pays (60%), les énergies renouvelables progressent. Elles représentent à ce jour 11% du mix énergétique chinois et pourraient doubler d’ici 2030.

 

 
 

Où vont les « Nouvelles routes de la Soie » ?

Xi Jinping Chine président One Belt One Road OBOR Nouvelles routes de la soie

 Lancé en 2013, le projet « One Belt One Road », aussi surnommé les « Nouvelles Routes de la Soie », est l’un des projets majeurs d’infrastructures de la Chine en Asie. Bien placée, l’Asie centrale pourrait en bénéficier, si les projets arrivent à leur terme. 
https://www.novastan.org/fr/kirghizstan/ou-vont-les-nouvelles-routes-de-la-soie/
 
Novastan reprend ici un article publié originellement par notre partenaire, Asialyst.  Du 14 au 16 mai se tenait à Pékin le premier sommet international consacré au projet de « Nouvelles Routes de la Soie », avec des chefs d’État de 29 pays dont le Russe Vladimir Poutine et l’Indonésien Joko Widodo. Lancée par le président chinois Xi Jinping en 2013 depuis le Kazakhstan, l’initiative « One Belt One Road » (OBOR) vise à déployer 1 000 milliards de dollars d’investissements dans 65 pays.Lire aussi sur Novastan : Comment la Nouvelle route de la soie peut métamorphoser l’Asie centraleIl s’agit essentiellement pour la Chine de soutenir des projets d’infrastructures – autoroutes, train, ports mais aussi énergies – afin de rééquilibrer son développement économique intérieur, renforcer sa politique de voisinage et devenir la première puissance influente sur la zone, devant les États-Unis et la Russie.

L’innovation, jalon du discours d’ouverture de Xi JinpingL’innovation dans ce projet tient une place particulière : prédominante dans la forme, peu substantielle dans le fond. Dans son discours d’ouverture, Xi Jinping l’aborde sous toutes ses coutures, parlant « d’apprentissage mutuel », mettant en avant le rôle historique des routes de la soie dans « l’échange de biens et de savoir-faire qui nourrissent de nouvelles idées ». L’initiative OBOR n’a pas pour objectif de « réinventer la roue » mais doit toutefois présenter les opportunités d’une « nouvelle révolution industrielle » et porter une vision « innovante, coordonnée, verte, ouverte et inclusive » du développement.

Lire aussi sur Novastan : La Chine et le retour en Asie centrale

L’innovation apparaît donc clairement comme un objectif d’OBOR et Xi a précisé le contenu des projets le 14 mai dernier : création d’un « Belt and Road Science Technology and Innovation Cooperation Action Plan », composé d’une plateforme d’échange, d’un laboratoire commun et d’un parc scientifique de coopération et de transfert technologique. Si le contenu de ces initiatives n’est pour l’instant pas précisé, leurs annonces détonnent avec la « diplomatie des transports » pour l’instant privilégiée par la Chine. Comment faire le lien entre ces infrastructures lourdes et ces technologies de pointe ?

Route de la soie Asie centrale Camion Montagne

Un modèle chinois de rattrapage technologique

La primauté donnée aux infrastructures reste cohérente avec le modèle de développement que la Chine a pu entreprendre par le passé. Il est permis de penser qu’elle souhaite exporter via OBOR ce modèle qui se déploie en quatre temps: tout d’abord, le développement d’infrastructures. Ensuite, l’acquisition de savoir-faire et de technologies via des joint-ventures. Viendra la montée en gamme par la recherche et développement permettant de dégager de la valeur ajoutée et enfin des innovations en R&D proches de la frontière technologique. L’innovation dans ce modèle arrive bien dans un second temps.

Le questionnement est double. Portées par le « Belt and Road Science Technology and Innovation Cooperation Action Plan », les politiques de cluster ex nihilo ne permettent pas nécessairement de remonter la chaîne de valeur si la maturation technologique n’est pas suffisante. En la matière, les 64 pays d’OBOR attestent de degrés de développement variés (du Bangladesh au Kazakhstan en passant par le Sri Lanka), constat toutefois réductible aux avantages comparatifs de chaque économie.

Une diplomatie des voies ferrées délicate

Certes, la Chine est la première puissance en terme de dépôts de brevets si l’on considère leur quantité et non leur qualité d’innovation. Mais a-t-elle la stature nécessaire pour constituer un moteur d’innovation à l’échelle de l’Asie ? La projection « innovation » d’OBOR reste aujourd’hui parcellaire et il est difficile de voir si la diplomatie des voies ferrées et des routes permettra de développer une « Asia Inc. » menée par la Chine.

On peut toutefois interroger l’effet d’opportunité pour Pékin de l’ensemble du projet et envisager plusieurs hypothèses. La première serait pour les Chinois d’utiliser les laboratoires OBOR afin d’employer sa main-d’œuvre qualifiée en accompagnant les pays bénéficiaires dans leur rattrapage technologique, à l’instar des ingénieurs occidentaux et japonais (sur le modèle des « quality infrastructures » nippones) qui ont formé les ouvriers chinois, notamment dans le secteur des télécommunications dans la décennie 1990 (lire les recherches de Jean-François Huchet à ce sujet).

Deuxième hypothèse, OBOR permettrait à la Chine de repérer au stade du développement, des technologies ou des start-ups qui bénéficieront de ses investissements. Ainsi, cette feuille de route « Innovation », pour l’instant peu substantielle, semble permettre le déploiement d’une géoéconomie de l’innovation dominée par la Chine, et qui laissera peu de place aux investisseurs étrangers.

L’innovation, une géopolitique comme une autre

Que doit développer OBOR ? Le discours de Xi Jinping fait la liste des sujets (économie numérique, intelligence artificielle, nanotechnologie, calcul quantique), des secteurs (notamment les technologies vertes) et des procédés, qui doivent être incrémentaux, reposant sur les pools de connaissances et les écosystèmes entrepreneuriaux. Pour l’instant, les deux projets innovation les plus aboutis dessinent davantage une géopolitique de l’innovation à l’encontre de l’Inde, avec le lancement de satellites de télécommunication. Sur un marché de l’aérospatial dominé par les technologies occidentales et les situations de monopoles, l’Inde et la Chine tentent de disrupter les chaînes de valeur pour diminuer les coûts de lancement et démocratiser leurs usages. Il est donc stratégique pour elles d’exporter leur savoir-faire afin d’atteindre une légitimité internationale.

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Le Livre Blanc du 28 décembre 2016, consacré aux activités spatiales chinoises, mentionne directement le projet OBOR comme un « moyen de déployer les services basiques de communication pour les pays le long de la route de la soie terrestre et maritime d’ici 2018, à travers un réseau constitué de 35 satellites mis en service d’ici 2020 ». Ces nouvelles technologies de communication spatiale viennent concurrencer une diplomatie d’influence initiée par l’Inde en 2014 lors du sommet de la SAARC (South Asian Association for Regional Cooperation). Le sommet englobait 6 pays (Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Maldives, Népal et Sri Lanka) afin de connecter les réseaux, mais également de développer la télémédecine dans les régions rurales. La Chine a, quant à elle, aidé le Pakistan et le Sri Lanka à lancer des satellites et est en négociation avec les Maldives, le Bangladesh, l’Afghanistan et le Népal pour de futures opérations.

Cette géopolitique de l’innovation via OBOR est corroborée par la place prédominante donnée aux technologies vertes et à l’adaptation au climat dans le discours de Xi Jinping. Le président chinois souhaite ainsi développer une « coalition internationale du développement vert » et accompagner les pays d’OBOR dans « l’adaptation au changement climatique ». Face à une nouvelle administration climato-sceptique à Washington, la Chine a, encore une fois, saisi l’opportunité qui s’ouvrait à elle.

Alisée Pornet
Journaliste spécialisée sur les « Nouvelles Routes de la Soie »et l’évolution des sujets innovation et numérique en Asie, et plus particulièrement en Chine
 
 

Non, la Chine n’est pas devenue le leader de la mondialisation libérale

Voici un article bienvenu du Nouvel Observateur – oui tout arrive à qui sait attendre – qui remet quelques pendules à l’heure sur l’apparente inversion des rôles entre Trump et la Chine en matière de capitalisme. Pierre Haski qui n’est pas traditionnellement un thuriféraire de la Chine nous explique que c’est bien un pays communiste obligé en quelque sorte de produire sa NEP pour sortir du sous-développement, mais où le contrôle du capitalisme demeure la règle. « Laisser voler le capitalisme dans une cage plutôt que l’étrangler » tel est l’adage (note de Danielle Bleitrach pour Histoire et société).

Non, la Chine n’est pas devenue le leader de la mondialisation libérale
Xi Jinping au forum de Davos, le 17 janvier 2017. (FABRICE COFFRINI/AFP)

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20170122.OBS4148/non-la-chine-n-est-pas-devenue-le-leader-de-la-mondialisation-liberale.html

Au forum de Davos, le président chinois Xi Jinping a critiqué la tentation du protectionnisme de son homologue Donald Trump. Mais cela ne fait pas de lui le chantre du libre-échange, loin s’en faut.

Deux images symbolisent ce début d’année 2017 qui restera dans l’histoire : d’un côté, Donald Trump le poing levé le jour de son « intronisation » à Washington, de l’autre, Xi Jinping, le numéro un chinois, tout sourire face au gratin du business mondial réuni à Davos, la station de ski suisse.

Petit rappel aux étourdis : c’est à Pékin, et pas à Washington, que le dernier grand parti communiste de la planète est encore au pouvoir, et le Forum économique de Davos a été fondé, initialement, pour célébrer et promouvoir le capitalisme mondialisé made in USA.

Pour autant, les rôles ne sont pas inversés. Donald Trump reste fondamentalement capitaliste, tendance nationaliste et protectionniste, tandis que Xi Jinping, malgré toute la bienveillance qu’il a manifestée à Davos, où il était le premier président chinois à accepter de s’exprimer, n’est pas nécessairement devenu le leader du libre-échange, ou s’il l’est, c’est au nom des intérêts chinois, pas d’une mondialisation libérale à laquelle Pékin se serait converti.

Nécéssité et non conversion

Rappel historique : lorsque Deng Xiaoping, le grand dirigeant chinois de l’ère post-maoïste, a engagé la Chine sur la voie des « réformes et ouverture » il y a bientôt quatre décennies, c’était par pragmatisme, dans une tentative de rattraper le temps perdu pendant les années d’errance idéologique. La Chine, qui avait raté les précédentes révolutions industrielles d’Asie, celle du Japon d’abord, puis des « dragons » coréen, taiwanais, singapourien etc., s’est trouvée bien positionnée pour la vague suivante.

Dans la deuxième moitié des années 1990, et surtout à partir de son adhésion à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) en 2001, la Chine est devenue l’ »atelier du monde », c’est-à-dire la destination privilégiée des investissements directs étrangers, terre de délocalisations, d’externalisation, de production de masse pour le reste du monde.

La Chine s’est retrouvée au cœur du tourbillon de la mondialisation, non pas par « conversion » idéologique, mais par nécessité de créer des emplois, de sortir une part de sa population de la misère, de financer le plus grand exode rural de l’histoire et donc la construction d’infrastructures urbaines à grande échelle, et de donner une légitimité nouvelle à un Parti communiste fragilisé lors de la grande secousse de 1989.

Trump, trop tôt pour la Chine

Au passage, les exportations sont devenues un élément-clé du modèle économique chinois, atteignant un record de 36% du produit intérieur brut (PIB) en 2006, contre 5% à peine à l’époque maoïste (à comparer avec 12% aux Etats-Unis). Après la crise financière de 2008, qui a plongé dans la crise les grands marchés d’exportation de la Chine – Etats-Unis, Europe, Japon…-, cette part a progressivement diminué pour tomber à 21% du PIB en 2015, alors que le gouvernement tentait de promouvoir la consommation intérieure comme relais de  croissance.

L’élection d’un président protectionniste aux Etats-Unis intervient trop tôt pour la Chine de Xi Jinping qui est au milieu d’une transition difficile vers un nouveau modèle de développement. La croissance chinoise, à deux chiffres pendant la première décennie de ce siècle, est aujourd’hui tombée à moins de 7% en 2016, et le FMI prévoit un « modeste » 6 ,5% en 2017.

La Chine a besoin de stabilité et de confiance dans cette période, surtout en cette année de Congrès du Parti communiste chinois où Xi Jinping espère consolider son emprise sur le pouvoir, et placer ses hommes aux postes-clés en vue de son deuxième mandat à la tête de l’empire du milieu.

Pas vraiment le chante du libre-échange

Xi Jinping n’a d’autre choix que de prendre le contrepied de Donald Trump, et de se faire le chantre de l’ouverture des marchés, du commerce sans barrières, et de l’attractivité vis-à-vis des multinationales que le nouveau Président américain veut contraindre à embrasser son slogan « America First ». Xi a ravi son auditoire à Davos en comparant le protectionnisme au fait de « s’isoler volontairement dans une pièce sans lumière »…

S’il a rassuré les patrons réunis à Davos en refusant la rhétorique de guerre de Donald Trump, le président chinois n’est pas pour autant devenu, comme certains commentaires hâtifs l’ont proclamé, le champion du libéralisme économique.

La Chine reste un pays strictement contrôlé et régulé, dans lequel l’Etat est et demeurera le principal acteur économique. Les investisseurs étrangers ont réalisé à leurs dépens que l’ouverture sur laquelle ils comptaient au début des années 2000, après l’entrée de la Chine dans l’OMC, ne s’est pas entièrement produite, et qu’elle est même aujourd’hui en régression.

Plus autosuffisant, plus autocentré

Il suffit de lire les rapports annuels des Chambres de commerce américaine et européenne en Chine pour réaliser que la compétition sur le marché chinois n’est pas possible dans tous les domaines, que la « préférence nationale » est la règle, et que la Chine défend bien plus vigoureusement ses intérêts nationaux que ne le font ses partenaires et néanmoins concurrents.

Pour cette raison, notamment, Pékin tarde à obtenir le statut d’ »économie de marché » qu’elle espérait de la part des Etats-Unis et de l’Union européenne, et, dans le climat actuel, n’est pas près de l’obtenir.

La tournure des événements contraint la Chine à s’adapter à un nouveau monde menacé par des guerres commerciales, le retour de barrières douanières, et un retour à des blocs commerciaux régionaux plus ou moins ouverts.

Cette pression du contexte international pourrait toutefois faire son affaire : elle risque surtout d’accélérer la mutation du modèle économique chinois et de le rendre plus autosuffisant, plus autocentré, ce que permet sa taille continentale, et ses ramifications dans des pays tiers, en Asie, Afrique et Amérique latine, s’éloignant des marchés occidentaux moins accueillants.

Xi Jinping a affiché à Davos une sérénité qui cache sans doute certaines inquiétudes face à l’agressivité de l’homme au poing levé de Washington. La partie qui s’engage n’était pas prévue par les stratèges de Pékin, mais ils ne manquent pas d’atouts pour en sortir renforcés.

Pierre Haski

Pierre Haski

Pierre Haski

Cofondateur

 
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Publié par le janvier 23, 2017 dans Asie, Economie