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La Chine parle aux Français… et leur dit son rêve…

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE XI JINPING À LA CONFÉRENCE COMMÉMORANT LE CINQUANTENAIRE DES RELATIONS DIPLOMATIQUES ENTRE LA CHINE ET LA FRANCE
2014-03-28

(Paris, 27 mars 2014)

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

C’est un grand plaisir pour moi de me retrouver parmi vous, à Paris, en cette belle saison printanière pour célébrer ensemble le cinquantenaire des relations diplomatiques entre la Chine et la France. Je voudrais tout d’abord exprimer, au nom du gouvernement et du peuple chinois et en mon nom personnel, mes salutations cordiales et mes meilleurs vœux à vous tous, et à travers vous, au peuple français ami et à tous ceux qui ont œuvré depuis longtemps à la promotion de l’amitié sino-française.

Nous sommes à un grand moment charnière pour la relation entre nos deux pays. Aujourd’hui en visite en France, je voudrais partager avec vous les beaux souvenirs du gouvernement et du peuple chinois de l’amitié entre les deux peuples et de vous transmettre leur volonté sincère d’approfondir le partenariat global stratégique sino-français.

« Quand vous buvez de l’eau, n’oubliez jamais ceux qui ont creusé le puits. » En ce moment précis, nos pensées vont aux deux grands hommes visionnaires – le Président Mao Zedong et le Général de Gaulle qui, il y a 50 ans, en pleine guerre froide, ont pris la décision historique d’établir des relations diplomatiques au niveau d’ambassadeur entre la Chine et la France. Ce geste qui a ouvert la porte à la connaissance mutuelle et aux échanges entre Chinois et Français, et aussi entre Chinois et Occidentaux, a noué entre ces deux grands pays une relation particulière qui figure depuis lors à la pointe des relations entre la Chine et les principaux pays développés de l’Occident.

50 ans se sont écoulés. Nos deux pays et nos deux peuples ont cultivé ensemble dans le développement de leur relation un esprit d’indépendance, de compréhension mutuelle, de clairvoyance et de coopération gagnant-gagnant, esprit qui sera très important pour nous guider dans notre marche vers un plus bel avenir de cette relation.

– L’indépendance, c’est le caractère commun aux nations chinoise et française. La Chine et la France sont deux vieilles nations dotées chacune d’une civilisation particulière. Nées dans les bassins de leurs fleuves nourriciers, le fleuve Jaune et le Chang Jiang pour l’une, la Loire et le Rhône pour l’autre, elles ont longtemps joué un rôle moteur dans le développement des civilisations de leurs régions. Les idées des grands maîtres chinois comme Laozi, Confucius, Mozi, Mencius et Zhuangzi ont, de nos jours encore, une valeur universelle, tandis que les pensées des illustres philosophes français demeurent un trésor intellectuel de toute l’humanité. Dans l’ère moderne, nos deux pays ont tous vécu des périodes de souffrances, de guerres et de recherche difficile de modèles de développement et trouvé des voies adaptées à leurs réalités nationales. Nous poursuivons tous une politique extérieure d’indépendance et refusons de nous laisser entraîner par le tourbillon du monde. Nous préconisons tous le multilatéralisme, la multipolarisation et la démocratisation des relations internationales et y travaillons avec détermination.

– La compréhension mutuelle, c’est le fondement essentiel du développement de la relation sino-française. Le Général de Gaulle disait il y a 50 ans : « Qui sait si les affinités qui existent notoirement entre les deux nations pour tout ce qui a trait aux choses de l’esprit, compte tenu du fait qu’elles se portent, dans leurs profondeurs, sympathie et considérations réciproques, ne les conduira pas à une croissante coopération culturelle ? » C’est vrai. Les cultures spécifiques des deux pays fascinent leurs peuples réciproques. Il y avait, dans l’histoire de la France, un engouement pour la culture chinoise, et on en trouve des traces chez les philosophes des Lumières et dans les décorations du Château de Versailles. De même, les chefs-d’œuvre des écrivains et artistes français sont très appréciés du public chinois. Depuis l’établissement des relations diplomatiques il y a 50 ans, nos deux pays et nos deux peuples se sont traités dans un esprit de respect, de confiance et d’égalité, jetant ainsi la base d’une relation solide et durable.

De nombreux dirigeants de la vieille génération du Parti communiste chinois, vous le savez, ont fait des études en France. Zhou Enlai, Deng Xiaoping, Cai Hesen, Chen Yi et Nie Rongzhen, pour ne citer que les noms les plus illustres. C’est pour cette raison que dès mon jeune âge, je m’intéresse beaucoup à la culture, à l’histoire, à la philosophie, à la littérature et à l’art français. Une plongée dans l’histoire moderne et contemporaine de la France, notamment dans l’histoire de la Révolution française, a approfondi ma réflexion sur les lois de l’évolution politique de la société humaine. La lecture de Montesquieu, de Voltaire, de Rousseau, de Diderot, de Saint-Simon, de Fourier et de Sartre a raffermi ma conviction dans le rôle du progrès de la pensée pour celui de l’Humanité. En lisant des ouvrages écrits par Montaigne, La Fontaine, Molière, Stendhal, Balzac, Hugo, Dumas père et fils, George Sand, Flaubert, Maupassant et Romain Rolland, j’ai acquis une meilleure compréhension de la vie humaine. Des personnages comme Jean Valjean, Quasimodo et Boule de suif sont solidement ancrés dans ma mémoire. La beauté des œuvres de de Millet, de Manet, de Degas, de Cézanne, de Monet et de Rodin, ainsi que le parfait mariage des influences chinoises avec le style occidental dans les tableaux de Zao Wou-ki ont enrichi ma culture en art. S’y ajoutent aussi les romans de Jules Verne qui m’emmènent dans un monde d’imagination illimité. Sans oublier que la France séduit également les Chinois par son opéra, son ballet, son architecture, son sport, sa gastronomie, sa mode, son cinéma… Tout cela a été pour moi un enrichissement qui m’a permis de mieux savourer la culture de mon propre pays et d’apprendre davantage d’une civilisation humaine aussi profonde que riche.

– La clairvoyance, c’est la garantie fondamentale du développement de la relation sino-française. On disait que « les brumes ne pouvaient voiler le regard de celui qui est au sommet de la montagne ». Au cours des 50 ans écoulés, les dirigeants des deux pays ont toujours travaillé inlassablement dans un esprit visionnaire et stratégique pour transcender la confrontation des blocs, rechercher le consensus dans la divergence, et réaliser la coexistence pacifique et la coopération mutuellement bénéfique. La France a été la première puissance occidentale à avoir instauré avec la Chine un partenariat global, puis un partenariat global stratégique et un dialogue stratégique. Les deux pays ont initié ensemble de nombreux projets de coopération stratégique et maintenu un dialogue étroit dans les affaires internationales pour faire évoluer l’ordre international dans un sens plus juste et plus rationnel.

– La coopération gagnant-gagnant, c’est le puissant moteur du développement continu de la relation sino-française. La coopération entre la Chine et la France est une cause gagnant-gagnant. Les deux peuples en sont les plus grands bénéficiaires. Aujourd’hui, le volume des échanges commerciaux entre nos deux pays est 500 fois plus important qu’au lendemain de l’établissement des relations diplomatiques. La mobilité de personnes, quasi inexistante à l’époque, avoisine deux millions de déplacements par an. 50 000 Français apprennent le chinois, et 100 000 Chinois aprennent la langue de Molière. Récemment, Sophie Marceau a été invitée sur le plateau de la soirée de gala de l’année du cheval, émission très suivie en Chine. La coopération sino-française change ainsi discrètement la vie des deux peuples et contribuera chaque jour davantage au bien-être des deux pays.

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Confucius disait : « À cinquante ans, on assimile bien les volontés du Ciel ». Au moment où la relation sino-française entre dans ses cinquante ans, nous avons à saisir le présent et à nous tourner vers le futur, pour mieux planifier l’avenir de cette relation et la rendre plus étroite, plus solide et plus particulière.

Premièrement, continuer à se témoigner respect et confiance pour consolider la base politique de la relation sino-française. Nous devons maintenir fermement cette relation dans la bonne direction. Il y a donc lieu pour nous de construire dans un esprit de solidarité, une communauté de destin, de mener un dialogue sincère pour parvenir à un consensus par-delà la divergence, et de soutenir fermement chacun les efforts de l’autre visant à préserver ses intérêts vitaux en matière de souveraineté, de sécurité et de développement. Il nous faut pour ce faire renforcer le dialogue stratégique, approfondir la coopération stratégique, et gérer adéquatement les divergences, de sorte à accroître la dimension stratégique, la stabilité et la prévisibilité de la relation sino-française et à mieux préserver les intérêts communs.

Deuxièmement, s’en tenir au bénéfice mutuel et au gagnant-gagnant pour consolider la base économique de la relation sino-française. C’est en prenant l’initiative que nous pourrons développer une coopération économique plus large et traduire l’excellence des rapports politiques en mieux-être des deux peuples. Nous venons de publier un plan de développement des relations sino-françaises à moyen et long terme, document programme qui guidera la coopération pragmatique entre les deux pays dans les années à venir. La Chine entend travailler ensemble avec la France pour identifier, avec un grand sens de communauté d’intérêts, davantage de points de convergence des intérêts et approfondir la coopération économique.

Troisièmement, construire une amitié éternelle pour consolider la base populaire de la relation sino-française. À l’occasion de la célébration des cinquante ans des relations diplomatiques, nous avons à nous appuyer sur le mécanisme d’échanges humains de haut niveau nouvellement mis en place pour encourager activement les différents milieux des deux pays à développer largement leurs échanges et coopérations, de telle sorte que les deux peuples soient défenseurs, acteurs et bénéficiaires de l’amitié et de la coopération sino-françaises, et que surtout les jeunes chinois et français s’engagent dans cette cause.

Quatrièmement, poursuivre l’ouverture pour contribuer ensemble à la croissance de l’économie mondiale. Il est dans l’intérêt de tous les pays du monde de rehausser la coopération économique, de promouvoir la libéralisation et la facilitation du commerce et de l’investissement et de combattre le protectionnisme. Il faut donc renforcer la coordination des politiques macro-économiques, promouvoir la réforme du système économique, financier et monétaire international, favoriser l’instauration d’un système commercial multilatéral ouvert et équitable, intensifier les échanges et la coopération en matière d’aide internationale et faire évoluer la globalisation économique dans un sens de bénéfice pour tous et de gagnant-gagnant.

Cinquièmement, maintenir une étroite coordination pour relever ensemble les défis planétaires. Nos deux pays ont à renforcer leurs consultation, concertation et coordination dans les affaires internationales et régionales et à poursuivre leurs efforts en faveur de la multipolarisation, de la démocratisation des relations internationales et des règles internationales élaborées collectivement à travers la concertation d’égal à égal, afin de faire de leurs relations une force majeure pour la paix mondiale et le progrès de l’Humanité.

Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

Avec le rêve, avec les opportunités et avec le travail, on peut faire tout ce qu’il y a de plus beau dans le monde. Actuellement, le peuple chinois œuvre pour réaliser le rêve chinois du grand renouveau de la nation chinoise. Le Président Hollande a exprimé sa détermination à réenchanter le rêve français. Et lors de sa visite en Chine l’année dernière, il m’a proposé de travailler à la réalisation d’un rêve « franco-chinois » sur la base des rêves respectifs des deux peuples.

Depuis l’ère moderne, le plus grand rêve pour nous, les Chinois, est de réaliser le grand renouveau de la nation chinoise. La culture, la destinée et la réalité de la Chine font que nous ne pouvons réaliser notre rêve que sur cette voie de notre propre choix.

– Le rêve chinois, c’est la recherche de la paix. Il ne peut se réaliser que si la paix est garantie. La nation chinoise poursuit depuis des milliers d’années le haut idéal d’un monde de paix et de la Grande Concorde. Ayant connu de nombreuses souffrances dans le passé, elle attache un prix particulier à la paix et entend travailler ensemble avec les autres pays du monde pour la bâtir, la préserver et la vivre. L’Histoire le dira : réaliser le rêve chinois, c’est d’apporter au monde les opportunités, la paix et le progrès, et non la menace, le trouble et la décadence. Napoléon disait : « La Chine est un lion endormi, le jour où elle s’éveillera, le monde tremblera ». Aujourd’hui, ce lion s’est réveillé, et il se veut pacifique, sympathique et civilisé.

– Le rêve chinois, c’est la quête du bonheur. Le rêve chinois est celui de la nation chinoise et de chaque Chinois. C’est celui qui fait que chacun a l’occasion de se développer, de servir la société, de réussir et de réaliser son rêve. Nous voulons faire en sorte que notre peuple ait un droit égal de participation et de développement, que l’équité et la justice sociales soient défendues et que tous les Chinois puissent, de manière plus équitable, tirer davantage profit du développement et avancer d’un pas ferme vers une prospérité commune.

– Le rêve chinois, c’est le service au monde. « Un homme pauvre travaille dans la solitude à se perfectionner, il rend tous les autres parfaits s’il est dans la prospérité. » Les Chinois préconisent depuis toujours cette grandeur d’âme. La réussite de la Chine, c’est non seulement une responsabilité envers elle-même, mais aussi une contribution au monde. Avec notre développement, nous nous sommes efforcés de rendre service à la paix et au développement dans le monde, et nous continuerons à le faire dans l’avenir.

Pour réaliser ce rêve chinois, nous nous sommes fixé deux objectifs grandioses : parachever la construction sur tous les plans d’une société de moyenne aisance avant le centenaire du PCC en doublant d’ici 2020 le PIB chinois et le revenu par habitant par rapport à 2010, et réaliser avant le centenaire de la Chine nouvelle le grand renouveau de la nation chinoise en faisant de la Chine un pays socialiste moderne, prospère, démocratique, harmonieux et hautement civilisé à l’horizon 2050.

Pour réaliser ce rêve chinois, il est donc nécessaire, à notre avis, d’approfondir la réforme dans tous les domaines, de libérer davantage la pensée, de développer les forces productives et d’accroître la vitalité de la société chinoise. En novembre dernier, la 3e session plénière du Comité central issu du 18e Congrès du PCC a pris un ensemble de dispositions en matière d’approfondissement général de la réforme et sonné la mobilisation pour le nouveau tour de réforme. Nous veillerons, à travers des actions sur les plans économique, politique, culturel, social et écologique, à améliorer et développer le système socialiste à la chinoise et à moderniser le système et la capacité de gouvernance du pays, de sorte à donner une place décisive au marché dans l’attribution des ressources et à mieux faire jouer au gouvernement son rôle. Actuellement, un plan général a été défini, et les responsabilités sont claires. L’heure est à la mise en œuvre.

En envisageant l’avenir, nous sommes convaincus que le développement de la Chine, qui recèle une grande potentialité et qui a devant lui de belles perspectives, créera davantage de possibilités de coopération pour tous les pays du monde.

« Les choses du monde se développent sans rivalité, et les quatre saisons alternent sans contradiction ». Le rêve chinois est une chance pour la France, tout comme le rêve français l’est pour la Chine. Inaugurer une nouvelle étape d’un partenariat global stratégique sino-français étroit et solide est le seul choix juste qui nous impose. C’est aussi le consensus stratégique le plus important que le Président Hollande et moi avons dégagé au cours de cette visite. J’espère sincèrement que les deux pays et les deux peuples, dans la poursuite de leurs rêves respectifs, se prêteront compréhension et assistance pour réaliser ensemble le « rêve sino-français ».

Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

L’amitié entre peuples est la base d’un rapprochement entre États. L’excellence de la relation sino-française est due aux efforts des deux peuples qui ont toujours su se témoigner compréhension, sympathie et aide.

Nous ne saurons jamais oublier les nombreux amis français ayant apporté une contribution de poids au développement tous azimuts de la Chine. Je citerais, entre autres, le médecin Jean Augustin Bussière qui, au risque de sa vie, a transporté à vélo de précieux médicaments vers les bases de lutte contre les agresseurs japonais, le médecin militaire Jean-Guillaume Houel qui a sauvé la jeune chinoise coincée dans l’ascenseur lors des fortes répliques du grand séisme de Wenchuan, Madame Françoise Grenot-Wang, appelée Fang Fang par les Chinois, qui a aidé des enfants chinois déscolarisés à retourner à l’école et M. Christian Bauer, entraîneur de plusieurs champions du monde de sabre chinois, sans oublier M. Alain Perrin, nouveau sélectionneur de l’équipe nationale masculine de football de Chine de qui les supporters chinois attendent beaucoup et à qui je forme les meilleurs vœux de réussite.

Un proverbe français dit : « Petit à petit, l’oiseau fait son nid ». Son équivalent chinois rappelle : « Un arbre géant naît d’une germe infime, une tour à neuf étages part d’une poignée de terre ». L’amitié sino-française est le fruit des efforts assidus des deux peuples. Je voudrais donc saisir cette occasion pour rendre un vibrant hommage à toutes celles et à tous ceux qui ont apporté silencieusement leur contribution à l’amitié entre nos deux pays.

Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

En regardant le passé et le présent, je suis encore plus confiant en l’avenir de l’amitié sino-française qui se trouve aujourd’hui sur un nouveau point de départ historique. Que nous travaillions main dans la main pour créer de nouvelles perspectives de la relation sino-française.

Je vous remercie de votre attention.

 
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Publié par le avril 13, 2015 dans Asie

 

La Chine décidée à casser le monopole du FMI et de la Banque mondiale

et pendant ce temps là… La Chine… Contre l’avis de Washington, quatre pays européens rejoignent une banque de financement multilatéral créée par Pékin. Un symbole de la nouvelle force de frappe financière de la Chine, qui remet en cause la domination occidentale.

Gabriel Gresillon / Correspondant à Pékin et Yann Rousseau / Correspondant à Tokyo | Le 19/03 à 17:59, mis à jour à 18:16

Contre l’avis de Washington, quatre pays européens rejoignent une banque de financement multilatéral créée par Pékin. Un symbole de la nouvelle force de frappe financière de la Chine, qui remet en cause la domination occidentale.

Le basculement du monde est en cours, et les Etats-Unis n’y peuvent rien. Au moment où le projet ­chinois d’une Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB) vient de rallier à lui quatre pays européens, les autorités chinoises peinent à cacher leur jubilation devant un mouvement qui illustre avec éclat l’émergence de la Chine en tant que puissance de premier plan –et le déclin corrélatif des Etats-Unis. Le mécontentement de Washington n’y a rien fait : le Royaume-Uni d’abord, puis les gouvernements allemand, italien et français ont décidé de s’ajouter à la liste des pays fondateurs de l’AIIB, une banque de développement dont l’acte de naissance a été signé, à Pékin, en octobre dernier, en présence d’une vingtaine de nations. Le porte-parole de la diplomatie chinoise, Hong Lei, s’est sobrement contenté d’un message de « bienvenue » à ces quatre pays du G7. Grand prince, et faussement naïf, le vice-ministre chinois des Finances, Shi Yaobin, s’est quant à lui déclaré prêt à accueillir les Etats-Unis au sein de l’institution.

Mais dans les médias chinois, la fierté est beaucoup plus perceptible. « Le Quotidien du Peuple » ne fait pas de mystère sur le fait que Washington a tenté par tous les moyens de bloquer ce projet. Du coup, l’agence officielle Xinhua juge les Etats-Unis « irascibles et cyniques », mais aussi « isolés et hypocrites ». Le « Wuhan soir » parle d’un « échec total » de la diplomatie américaine. Le « Global Times », jamais avare de sarcasmes vis-à-vis des Occidentaux, juge que c’est, au plan symbolique, la victoire de « l’harmonie chinoise » contre « l’agressivité américaine ».

Le monopole occidental en danger

C’est, en tout cas, un coup dur pour les Etats-Unis. Au-delà de leur incapacité à empêcher des nations européennes de rejoindre l’AIIB, se profile surtout la remise en cause d’une architecture financière mondiale dominée par Washington. Pékin multiplie les déclarations apaisantes au sujet d’une banque qui dit vouloir collaborer avec les institutions multilatérales existantes et apprendre des meilleures pratiques en cours.

La réalité est plus complexe. Non seulement parce que les méthodes chinoises, en matière d’aide au développement, n’ont pas brillé, jusqu’à présent, par leur exemplarité. Mais surtout parce que les institutions nées des accords de Bretton Woods –la Banque mondiale et le Fonds monétaire international–, en 1944, en ressortent fragilisées. Quoi qu’elle en dise, la Chine est bien en train de s’employer à casser le monopole de ces institutions sous domination occidentale. Le mouvement est manifeste depuis un an : au-delà des presque 50 milliards de dollars qu’elle va mobiliser pour l’AIIB, elle va allouer 40 milliards à un fonds pour la « nouvelle route de la soie », destiné à asseoir son influence dans les pays de son pourtour via des chantiers d’infrastructures. Il faut y ajouter 10 milliards au sein d’une nouvelle banque créée par les « BRICS » (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et 41 milliards pour un fonds d’urgence lancé par les mêmes pays pour prévenir les risques de crise. Près de 150 milliards de dollars au total.

Outre-Atlantique, l’heure est à la remise en cause d’une stratégie d’endiguement qui montre subitement ses limites. Jack Lew, le secrétaire au Trésor américain, exhorte le Congrès à changer d’attitude vis-à-vis de la réforme des droits de vote au FMI. Actée en 2010, et donnant plus de poids aux émergents, elle n’a toujours pas été votée à Washington. « Notre crédibilité internationale et notre influence sont menacées », prévient-il. Faute d’avoir su lâcher leur mainmise sur les institutions de Bretton Woods, les Américains –et les Européens par ricochet– risquent de devoir se résoudre à accepter, à brève échéance, le fait qu’elles sont devenues partiellement obsolètes.

CRAINTES SUR LES DERIVES D’UNE GOUVERNANCE A LA CHINOISE

Le 29 juin 2012, la Banque mondiale publiait un communiqué assassin. « Nous disposons de preuves crédibles de l’existence d’un complot de corruption impliquant des fonctionnaires de haut niveau du gouvernement du Bangladesh en rapport avec le projet du pont de la Padma. » Quelques lignes plus loin, l’institution annonçait l’annulation de son crédit de 1,2 milliard de dollars promis aux autorités de Dacca pour mener ce gigantesque projet, d’un coût total de 3 milliards de dollars, permettant pour la première fois de relier le Sud-Ouest du pays aux régions centrales. Suivant la Banque mondiale, la Banque asiatique du développement (ADB) et l’Agence japonaise pour la coopération internationale (JICA) gelaient aussi leurs crédits. Moins d’un an plus tard, deux groupes chinois, China Major Bridge Engineering et SinoHydro Corporation, emportaient le marché de construction du pont de six kilomètres, après avoir promis des travaux plus rapides et une facture totale inférieure de 12 % à ce qu’avançaient les experts des institutions multilatérales.

A Tokyo comme à Manille, au siège d’ADB, la mésaventure de Padma est vue comme un avant-goût de l’entrée en scène dans les prochains mois de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB), lancée par le pouvoir chinois. « Le scénario va rapidement se reproduire. Nous allons perdre nombre de projets, Pékin expliquant aux gouvernements de la région qu’ils n’ont pas besoin de s’embêter avec toutes les mesures de contrôle et de gouvernance d’ADB ou de la Banque mondiale », souffle un cadre de l’institution préférant conserver l’anonymat. « On peut penser qu’ils vont travailler comme ils le font en Afrique et en Amérique latine », s’inquiète Ann Perreras, la « policy officer » de l’organisation NGO Forum on ADB. « Ils n’avancent aucune conditionnalité aux projets d’infrastructures », explique-t-elle.

Sur le modèle de l’ADB, dominée par les Japonais et les Américains

Pour les experts, le modèle économique de la banque chinoise ressemblera étrangement à celui développé à l’origine, dans les années 1970, par l’ADB (Banque asiatique de développement) , lorsque son acronyme était encore détourné pour devenir « Asian Dams and Bridges ». L’institution dominée par les Japonais et les Américains se concentrait alors seulement sur des projets d’infrastructures, où des armées d’ingénieurs et d’économistes des deux nations s’imposaient, souvent avec leurs propres entreprises, dans un territoire pour mener les travaux.

A l’époque, les problèmes de déplacement de population liés au projet, les risques environnementaux, les enjeux de réduction de pauvreté ou de genre étaient laissés à la seule responsabilité du pays recevant l’infrastructure. Mais les abus et notamment les scandales de corruption ont contraint l’ADB à progressivement prendre en charge en interne ces considérations complexes et chronophages. Des études « impact » de plusieurs millions de dollars retardent d’autant chaque chantier. En s’exonérant ou en limitant ces contrôles, la banque chinoise pourra aisément moquer la paralysie et la condescendance de l’ADB, dans tous les pays de la région, où la démocratie reste fragile et les appels d’offres peu transparents.

Les gouvernements européens assurent qu’en entrant au capital d’AIIB, ils pourront peser sur sa gouvernance et empêcher les abus. Un argument jugé terriblement naïf par les membres d’autres organisations qui rappellent la toute puissance à la Banque mondiale ou à l’ADB des Etats, en l’occurrence les Etats-Unis et le Japon, détenant les plus importantes parts du capital de ces institutions.

Yann Rousseau (à Tokyo)

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/monde/chine/0204238900129-la-chine-decidee-a-casser-le-monopole-du-fmi-et-de-la-banque-mondiale-1103617.php?OyQprLgTqUY5RMjg.99#Xtor=AD-6000

 
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Publié par le avril 13, 2015 dans Asie, Economie

 

Tadjikistan : la Russie et les pays d’Asie centrale réunis contre la menace de l’État islamique

Le Tadjikistan fait partie des pays qui me sont chers. J’y suis restée durant plusieurs semaines en 1985, pour écrire un chapitre d’un livre sur les femmes. J’y ai découvert à la fin de l’Union soviétique un peuple réellement attaché au communisme parce que cette nation avait été reconnue, sa langue persane restaurée et en général son autonomie par rapport à ses voisins turc de l’Ouzbékistan développée, sans parler de la situation des femmes arrachées à l’humiliation et l’obscurantisme. Son président récemment réelu (novembre 2014) Rakhmon, – dont le nom de famille était Rakhmonov jusqu’à sa décision en 2007 de supprimer la terminaison russe -, était directeur d’un sovkhoze pendant la période soviétique, et en 1990 il avait été élu député au Conseil suprême de la République socialiste soviétique du Tadjikistan. En 1992, après le début de la guerre civile au Tadjikistan – qui a opposé pro-communistes aux islamistes et démocrates entre 1992 et 1997 suite à l’indépendance du pays acquise en 1991 dans le contexte de la dislocation de l’URSS -, Rakhmon, soutenu par le Front populaire qui combattait les islamistes, était devenu président du Conseil suprême. Deux ans plus tard, il avait été élu au poste de président. On dit souvent que le tadijkistant est le Cuba de l’Asie centrale pour marquer cet attachement à l’UNion soviétique et au communisme du peuple. je pense que ce n’est donc pas un hasard si l’Etat Islamique faux ennemi des Américains et vraie marionnette fasciste de leurs allies saoudiens y pratiquent le terrorisme.  (note de danielle Bleitrach)

Moscou et Douchanbé ont signé un programme de modernisation conjointe des forces armées du Tadjikistan à l’été 2014

http://www.lecourrierderussie.com/2015/04/tadjikistan-russie-asie-centrale-menace-etat-islamique/


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La carte de l’Asie centrale.l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), qui regroupe la Russie, la Biélorussie, l’Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, et le Tadjikistan. Crédits : LCDR

Le président tadjik Emomali Rakhmon, qui inaugurait la rencontre des ministres des affaires étrangères des États-membres de l’OTSC, a reconnu que « le terrorisme, l’extrémisme et le narcotrafic se développent extrêmement rapidement dans la zone de responsabilité de l’OTSC, exerçant une action destructrice sur la situation dans la région ». La situation en Asie centrale peut effectivement se tendre à tout moment – et le Tadjikistan occupe la position la plus vulnérable.

Douchanbé est confrontée à des menaces grandissantes, a rappelé le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov, « venant du sud, et liées à la dégradation de la situation en Afghanistan, où, à côté des groupes extrémistes traditionnellement présents (notamment le Mouvement islamique d’Ouzbékistan, le Mouvement islamique du Turkestan et Al Qaïda), on voit déjà apparaître l’État islamique ».

Les combattants de l’EI, qui ont conquis une série de districts syriens et irakiens et recrutent activement des partisans en Afghanistan, pénètrent déjà aussi au Tadjikistan. La frontière tadjiko-afghane, étendue (sur 1350 km environ) et mal contrôlée, éveillait déjà des craintes dans le passé : certains territoires qui la bordent du côté afghan sont entièrement contrôlés par les talibans. Aujourd’hui, les plus radicaux des talibans rejoignent l’EI, créant une menace pour toute l’Asie centrale, et par conséquent – aussi pour la Russie.

Les représentants des pays de l'OSCT. Crédits : MID

En 2013, les membres de l’OTSC s’étaient entendus pour fournir un soutien technique aux douaniers tadjiks qui protègent la frontière avec l’Afghanistan. Cependant, le 2 avril, le ministre des affaires étrangères tadjik Sirodjiddin Aslov s’est plaint que « l’état actuel de la situation sur cette question n’est pas satisfaisant » et a affirmé la nécessité de « mesures pratiques » plus actives, soit la fourniture d’armements et de véhicules de transport spécialisés, ainsi que de l’aide pour consolider les points de contrôle douanier. Jusqu’en 2005, cette frontière était protégée par des douaniers russes, avant d’être entièrement transférée sous la compétence de Douchanbé. La Russie, selon les sources diplomatiques de Kommersant, serait prête à renvoyer ses soldats à la frontière, mais il faudrait pour cela une demande officielle des autorités tadjikes. Qui n’a pas été formulée pour l’instant.

Dans le cas d’une montée soudaine de la tension – là aussi, à condition que les autorités tadjikes en fassent la demande –, on pourrait avoir recours aux militaires de la 201e  base russe (dont les garnisons sont stationnées à Douchanbé, Qurghonteppa et Kulob), ainsi qu’aux Forces collectives de réaction rapide de l’OTSC. À en croire le secrétaire général de l’OTSC Nikolaï Bordiouja, les sections du bloc n’auraient pas besoin de plus de 72 heures pour déployer l’ensemble de leurs forces dans une zone de conflit et ses alentours.

Les autorités tadjikes espèrent qu’il n’y aura pas de nécessité d’intervention militaire directe de l’extérieur, et comptent sur le fait que la Russie les aide à renforcer leur propre armée.

SergueÏ Lavrov et le président du Tadjikistan. Crédits : MID

Moscou et Douchanbé ont signé un programme de modernisation conjointe des forces armées du Tadjikistan à l’été 2014, mais le volume des fonds assignés demeure jusqu’à présent inconnu. Kommersant a appris que la Russie serait prête, au cours des prochaines années, à fournir au Tadjikistan un soutien militaire et technique pour un montant de près de 70 milliards de roubles (environ 1,23 milliard de dollars au cours actuel).

Les armements (depuis des équipements de communication, des armes de tir et des munitions jusqu’à de l’aviation, de l’artillerie et des systèmes de missiles) proviendront principalement des réserves existantes de l’armée russe. Les livraisons n’ont cependant pas encore commencé. Ce qui n’a pas empêché Sergueï Lavrov, en conclusion des négociations du 2 avril, d’assurer : « Nous avons confirmé notre dévouement dans l’exécution de nos obligations face au Tadjikistan dans le cadre du renforcement de ses capacités de défense, autant au niveau bilatéral qu’à celui des décisions de l’OTSC. »

 
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Publié par le avril 4, 2015 dans Asie, civilisation, extrême-droite

 

Qui manipule l’organisation de l’État islamique ?

Le jeu trouble des pays du Golfe et de la Turquie

Orient XXI > Magazine > Alexis Varende > 29 janvier 2015

L’Organisation de l’État islamique (OEI) n’est pas le produit d’une génération spontanée. Dans son arbre généalogique on trouve Al-Qaida en Irak et, un peu plus haut, Ansar Al-Islam. Dans cette filiation, on décèle l’ADN du royaume saoudien dont l’obsession est de contrecarrer l’influence iranienne, notamment en Irak. La Turquie a également participé à l’émergence de l’OEI, une mouvance qui risque de se retourner contre ses inspirateurs.

Dans une vidéo posthume, Amedy Coulibaly1 donne les raisons pour lesquelles il s’est engagé dans deux opérations terroristes, l’une en assassinant une policière municipale à Montrouge, l’autre contre un commerce cacher de la porte de Vincennes : «  Vous attaquez le califat, vous attaquez l’État islamique, on vous attaque. Vous ne pouvez pas attaquer et ne rien avoir en retour.  » Dans cette logique, il annonçait avoir fait allégeance au «  calife des musulmans Abou Bakr Al-Baghdadi, calife Ibrahim  » dès l’annonce de la création du «  califat  ». Quant à sa compagne, elle serait désormais en Syrie, pays sur une partie duquel l’Organisation de l’État islamique (OEI) a établi son emprise.

Il est peu vraisemblable que l’auteur du double attentat de la porte de Vincennes et de Montrouge2 — comme ceux qui l’ont aidé dans son entreprise meurtrière — ait perçu combien l’OEI est un instrument aux mains d’États arabes et occidentaux. L’aurait-il su qu’il aurait peut-être admis que les manœuvres diplomatiques internationales sont sans commune mesure avec la vision qu’il avait de son rôle dans le djihadisme anti-occidental.

Manipulation saoudienne des passions collectives

Lorsque la Syrie connaît ses premiers soulèvements en 2011, les Qataris d’abord, suivis quelques mois plus tard par les Saoudiens, montent, chacun de leur côté, des initiatives pour accélérer la chute du régime de Bachar Al-Assad.

À l’été 2013, alors que la Syrie s’enfonce dans la guerre civile, le prince Bandar ben Sultan, chef des services saoudiens, rencontre le président Vladimir Poutine3. Il met une offre sur la table qui peut se résumer ainsi : collaborons à la chute d’Assad. En échange, le royaume saoudien vous offre une entente sur le prix du pétrole et l’assurance que les groupes djihadistes tchétchènes ne s’en prendront pas aux jeux de Sotchi. Au-delà d’un projet d’entente cynique mais somme toute classique dans les relations entre États, c’est la reconnaissance par le royaume saoudien de sa manipulation des djihadistes tchétchènes qu’il faut retenir. Bien avant les attentats du 11-Septembre, le même prince Bandar, alors ambassadeur à Washington, annonçait que le moment n’était pas si loin où les chiites n’auraient plus qu’à prier pour espérer survivre.

Le royaume est coutumier de ces manœuvres. Dès le XVIIIe siècle, Mohammed ibn Saoud percevait combien il était utile d’enflammer les passions collectives pour asseoir son pouvoir. Pour y parvenir il s’était appuyé sur une doctrine religieuse et un pacte d’alliance passé alors avec un théologien, Mohammed Ibn Abdel Wahhab. Parce qu’il avait su mettre en avant, avec succès, les notions de djihad et d’apostasie, il avait conquis l’Arabie en éliminant l’islam syncrétique que Constantinople avait laissé prospérer sur les vastes provinces arabes de son empire.

Les recettes d’aujourd’hui sont les mêmes que celles d’hier. Ceux qui, comme l’Arabie saoudite (mais on pourrait en dire autant des États-Unis et de ceux qui ont lié leur diplomatie à celle de Washington) ont manipulé l’islamisme radical et favorisé l’émergence d’Al-Qaida4 puis de l’OEI en Irak et en Syrie, savent qu’ils touchent une corde sensible au sein de la communauté sunnite5. Leur objectif est de capitaliser sur l’animosité ressentie par cette communauté qui s’estime marginalisée, mal traitée et qui considère que le pouvoir alaouite, en place à Damas6 et chiite à Bagdad7 a usurpé un droit à gouverner. Ce que recherchent les concepteurs de cette politique destructrice c’est à instituer aux frontières iraniennes et du chiisme un contrefort de ressentiment sunnite. Et c’est en toute connaissance de cause que Riyad combine l’aide au djihadisme extérieur qui s’est donné pour objectif de faire pression sur les chiites, et la lutte contre le djihadisme intérieur qui menace la maison des Saoud. C’est d’ailleurs une position schizophrène lorsqu’on considère que l’espace doctrinal qui va du wahhabisme officiel saoudien au salafisme revendiqué par le djihadisme se réduit à presque rien. Presque sans surprise, on constate que le royaume saoudien et l’OEI ont la même conception des fautes commises par les membres de leur communauté et le même arsenal répressif (mort par lapidation en cas d’adultère, amputation en cas de vol…)8.

L’OEI n’est pas le produit d’une génération spontanée. Dans son arbre généalogique on trouve Al-Qaida en Irak et, un peu plus haut, Ansar al-Islam. Dans cette filiation, on décèle sans difficulté l’ADN du royaume saoudien dont l’obsession est de contrecarrer l’influence des chiites sur le pouvoir irakien, de restreindre les relations entre Bagdad et Téhéran et d’éteindre les velléités démocratiques qui s’expriment — toutes évolutions que le royaume estime dangereuses pour la survie et la pérennité de sa dynastie. En revanche, il finance ceux des djihadistes qui développent leurs activités à l’extérieur du royaume. Sauf que ce djihadisme «  extérieur  » constitue désormais une menace contre le régime des Saoud.

Les ambitions régionales d’Erdogan

Depuis la nomination de Recep Tayyip Erdogan comme premier ministre en 2003 (puis comme président en 2014) le pouvoir turc est entré dans une phase «  d’ottomanisme  » aigu que chaque campagne électorale exacerbe encore plus9. Le président n’a de cesse de démontrer que la Turquie peut récupérer l’emprise sur le Proche-Orient et sur le monde musulman que l’empire ottoman a perdu à la chute du califat. Convoquer les symboles nationalistes d’un passé glorieux10, conforter l’économie de marché, faire le lit d’un islam conforme à ses vues, proches de celui des Frères musulmans et acceptable par les pays occidentaux, lui est apparu comme le moyen d’imposer le modèle turc au Proche-Orient tout en préservant ses liens avec les Américains et les Européens. Il espère du même coup supplanter l’Arabie saoudite dans sa relation privilégiée avec les pays occidentaux et servir d’inspiration, voire de modèle, à un Proche-Orient qui serait ainsi rénové. Les révoltes arabes de 2010-2011 lui ont donné un temps le sentiment qu’il pouvait réussir dans son entreprise. L’idée selon laquelle certains États seraient susceptibles de s’en remettre aux Frères musulmans n’était pas alors sans fondement. Erdogan imaginait probablement convaincre le président syrien d’accepter cette évolution. La victoire des islamistes égyptiens aux législatives de novembre 2011 (la moitié des sièges est gagnée par les seuls Frères musulmans) puis la réussite de Mohamed Morsi à l’élection présidentielle de juin 2012 ont conforté ses vues (il avait obtenu plus de la moitié des votes). Erdogan a pu envisager d’exercer son influence sur le Proche-Orient arabe et de tenir la baguette face à l’État islamique qui s’affirme.

Mais ce cercle vertueux se défait lorsqu’il devient évident qu’Assad ne quittera pas le pouvoir, quel que soit le prix à payer pour la population syrienne. Dès juin 2011, Erdogan prend fait et cause pour la rébellion syrienne. Il contribue à la formation de l’Armée syrienne libre (ASL) en mettant son territoire à sa disposition. Il parraine l’opposition politique influencée alors par les Frères musulmans. Pire pour ses ambitions, Morsi et les Frères musulmans sont chassés du pouvoir par l’armée égyptienne au terme d’un coup d’État (3 juillet 2013) largement «  approuvé  » par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et encensé par le Koweït.

Erdogan perd la carte des Frères musulmans, désormais désignés comme terroristes par Riyad. Il doit réviser sa stratégie. À l’égard de la Syrie, il n’a désormais pas de mots assez durs pour décrire Assad et exiger son départ. Vis-à-vis de l’Arabie saoudite, il fait le choix de défier le royaume avec la même arme : l’islamisme radical. Il fait désormais partie de ceux qui croient que les djihadistes de l’OEI peuvent provoquer la chute du régime d’Assad. De là à les aider il n’y a qu’un pas qu’Ankara avait de toutes façons déjà franchi. L’étendue de la frontière turco-syrienne facilite cette assistance. Pour peu que la sécurité turque ferme les yeux, il n’est pas difficile de franchir cette frontière, d’acheter et de vendre du pétrole, de faire passer des armes, de laisser passer en Syrie les aspirants djihadistes, d’autoriser les combattants à revenir sur le territoire turc pour recruter, mettre au point leur logistique ou s’y faire soigner.

Les apprentis sorciers

Mais les passions collectives ont ceci de particulier qu’une fois libérées elles échappent au contrôle de leurs instigateurs, s’émancipent et produisent des effets qui n’étaient pas imaginables. Pire, elles finissent parfois par se retourner contre ceux qui les ont manipulées. L’exemple le plus caractéristique des dernières années aura été celui du Pakistan de Zia Al-Haq, qui avait apporté sa collaboration aux djihadistes sunnites en Afghanistan avant d’être lui-même contraint par le bon vouloir de l’islamisme radical. Aujourd’hui, ce sont la Turquie et l’Arabie saoudite qui font l’expérience de ce retour de flamme.

Ankara et Riyad, désormais à couteaux tirés, connaissent les déboires de tous ceux qui ont aidé les groupes djihadistes. Une cinquantaine de ressortissants turcs, dont des diplomates, ont été kidnappés à Mossoul le 11 juin 2014. Ankara a dû négocier leur libération d’égal à égal avec l’OEI, quasiment «  d’État à État  ». Des milliers de réfugiés kurdes quittent la Syrie pour venir se réfugier en Turquie, rendant la résolution de la question kurde encore plus problématique pour Erdogan. En octobre dernier, le gouvernement turc a violemment réprimé des manifestants qui protestaient contre le refus du président d’aider les Kurdes de Syrie à Kobané qui étaient menacés par l’OEI. Dans la première semaine de janvier 2015, deux attentats commis à Istanbul, non encore élucidés, confirment que la société turque n’est pas immunisée contre les évolutions de ses voisins proches ou plus lointains11.

Depuis au moins 1979 et la prise d’otages de la Mecque, Riyad est régulièrement atteint par la violence «  islamiste  », même si les informations précises font le plus souvent défaut sur ses commanditaires et leurs motivations. C’est dans les années 2003-2004 que plusieurs chefs se revendiquant d’Al-Qaida s’en sont pris au royaume et ont été éliminés (Youssef Al-Airi en 2003, Khaled Ali Al-Haj et Abdelaziz Al-Moqrin en 2004). Ce qui semble le plus clair, c’est que la violence politique qui touche l’Arabie saoudite depuis une quarantaine d’années puise sa source dans la contestation de la légitimité des Saoud et de leurs liens avec Washington. Riyad est donc bien placé pour percevoir le risque que l’OEI fait courir à son royaume.

L’OEI ne fait pas mystère de sa haine des liens que le royaume a développés avec les pays occidentaux. Elle y voit une trahison de l’islam. Elle n’a que mépris pour un roi qui se présente comme le «  Gardien des deux saintes mosquées  » et le défenseur de l’islam authentique, mais qui a accueilli sur son sol l’armée américaine. L’OEI constitue désormais une menace pour le régime des Saoud. Elle a donné l’assaut début janvier à un poste-frontière saoudien. Le royaume a pris des mesures sécuritaires draconiennes pour s’en protéger12 : érection d’un mur de sécurité d’un millier de kilomètres sur sa frontière nord avec l’Irak, d’une seconde barrière de sécurité sur sa frontière avec le Yémen, mise en place de dizaines de milliers de troupes au contact de la frontière irakienne. Sans oublier les lois antiterroristes adoptées en 2014 pour dissuader ses nationaux de rejoindre les rangs djihadistes (lourdes peines de prison, mesures de rétorsion à l’égard de ceux qui sympathisent avec des mouvements religieux radicaux, arrêt du financement d’une chaîne satellite basée en Égypte connue pour son caractère anti-chiite…). Riyad fait aussi partie de la «  coalition internationale antiterroriste  » mise en place par Barack Obama en septembre 2014.

Ni gagner, ni perdre

Si l’OEI est bien un rempart sunnite contre le chiisme et, accessoirement, contre le régime d’Assad, ses soutiens saoudiens et turcs ne peuvent envisager son éradication. Ils savent que l’islam sunnite aurait le plus grand mal à se relever d’une défaite militaire de l’organisation. L’Iran apparaîtrait comme le vainqueur définitif. Cette perspective n’est pas envisageable pour Riyad, Ankara, Amman, Washington ou Israël. La coalition internationale mise en place sous la houlette des Américains fait face au même dilemme. Elle doit éradiquer un djihadisme qui pratique un terrorisme aux ramifications internationales et déstabilise la région tout en ne donnant pas l’impression qu’elle porte le fer contre la communauté sunnite. La leçon irakienne de 2003 a été retenue à Washington et en Europe.

Ce délicat dosage devrait entraîner un certain nombre de conséquences. L’OEI ne l’emportera pas définitivement parce que sa nuisance mortifère sera contenue par des frappes militaires. Elle ne disparaîtra pas parce que beaucoup de sociétés arabes proche-orientales partagent ses vues religieuses13, mais ne pourra pas étendre significativement son emprise territoriale. Elle conservera cependant l’un de ses atouts : être un instrument «  diplomatique  » utile à beaucoup d’États, ceux qui la soutiennent comme ceux qui la combattent. En d’autres termes, l’OEI est là pour longtemps.

1Michel Henry, «  Amedy Coulibaly revendique son acte dans une vidéo posthume  », Libération, 11 janvier 2015.

2Amedy Coulibaly est l’auteur de deux attaques terroristes : à Montrouge le 8 janvier 2015 (une policière tuée) et Paris le jour suivant, 9 janvier 2015 (4 otages de confession juive assassinés).

3Sahar Ghoussoub, «  Russian President, Saudi Spy Chief Discussed Syria, Egyp  »t Al Monitor, 22 août 2013 : «  À titre d’exemple, je peux vous garantir que nous protégerons les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi sur la mer Noire l’année prochaine. Les groupes tchétchènes qui menacent la sécurité des jeux sont contrôlés par nous et ils ne prendront pas la direction de la Syrie sans s’être coordonnés avec nous. Ces groupes ne nous font pas peur. Nous les utilisons face au régime syrien mais ils n’auront aucun rôle ni aucune influence sur l’avenir politique de la Syrie  » (c’est nous qui traduisons).

4Écouter les déclarations — en anglais — d’Hillary Clinton sur la responsabilité des États-Unis dans la création d’Al-Qaida.

6Le clan de la famille Assad est issu de la minorité alaouite dont la doctrine, issue du chiisme mais qui s’en est éloigné, a adopté des croyances syncrétiques, remonte au IXe siècle. Les alaouites ont longtemps été jugés hérétiques par les autres branches de l’islam. En 1936, ils sont officiellement reconnus comme musulmans. En 1973, l’imam Moussa Sadr les admet dans la communauté chiite. Le clan Assad gouverne la Syrie depuis 1971.

7Nouri Al-Maliki a été en poste de 2006 à 2014.

8Mary Atkinson et Rori Donaghy, «  Crime and punishment : Islamic State vs Saudi Arabia  », Middle East Eye, 20 janvier 2015.

9Des législatives sont prévues pour juin 2015.

10Sa récente décision de recevoir les hôtes de marque encadrés par une haie de guerriers en costume d’époque peut sembler dérisoire mais elle est significative des rêves de retour à la grandeur ottomane du président turc.

13Dans leurs réactions aux attentats de Paris, les sociétés arabes proches-orientales ont globalement témoigné d’un réel malaise, partagées entre rejet et «  compréhension  ».

 

Conférence d’un diplomate chinois à l’ouest sur la prise en compte de la « réelle inquiétude pour sa sureté ‘ de la Russie en Ukraine

Publié le temps : 27 février 2015 12:50
Édité fois : 27 février 2015 14:21

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 http://rt.com/news/236127-china-russia-west-ukraine/
Russian President Vladimir Putin (L) and his Chinese counterpart Xi Jinping.(Reuters / How Hwee Yong)

Russe le Président Vladimir Poutine (L) et son homologue chinois Xi Jinping.(Reuters / comment Hwee Yong)

Les pays occidentaux devraient tenir compte des préoccupations légitimes de sécurité de la Russie en ce qui concerne  la situation explosive en Ukraine, a dit un haut diplomate chinois dans une  des rares déclarations publiquse sur la crise qui a endommagé les relations entre la Russie et l’Occident.

Qu Xing, Ambassadeur de Chine en Belgique, a déclaré que la crise ukrainienne a vu le jour en raison du« jeu »– une métaphore semblable à celle utilisée par le stratège géopolitique américain Zbigniew Brzezinski, qui a parlé du « grand échiquier » – entre la Russie et l’Occident, qui n’a pas diminué malgré ou à cause de l’effondrement de l’Union soviétique.

Faisant valoir que l’ingérence extérieure par les différents pouvoirs  a enflammé la situation ukrainienne, Xing a dit  que Moscou pourrait naturellement se sentir  menacé à moins que les puissances occidentales s’engagent  dans une démarche plus constructive.

Xing a exhorté  les puissances occidentales à « abandonner la mentalité de gagnant-perdant » dans leurs efforts pour faire face à  la crise de Moscou et  et « prendre les préoccupations de sécurité réelles de la Russie en considération, » a rapporté Reuters, citant l’Agence de presse d’Etat Xinhua.

Dans le passé, la Chine a exhorté toutes les parties concernées à s’asseoir et de négocier la paix.

L’Ambassadeur chinois, dont Bureau de Bruxelles est dans la même ville que le siège de l’OTAN, a ensuite offert un aperçu quant à ce qui motive les États-Unis sur la scène internationale, et ce qui pourrait conduire à leur déclin possible.

« Les États-Unis ne veut pas voir  que sa présence dans n’importe quelle partie du monde s’est affaiblie, mais le fait est ses ressources sont limitées, et il sera pour de plus en plus difficile  pour maintenir son influence dans les affaires extérieures, » a-t-il dit 
Xing a dit que l’ implication de Washington en Ukraine pourrait « devenir une distraction dans sa politique étrangère ».

Les Commentaires de la diplomate chinoise s’opposent  fermement  à la rhétorique hostile venant de l’Ouest, qui a fait de grands efforts pour blâmer la Russie comme l’agresseur dans la crise.

La Russie a été accusée d’armer la milice ukrainienne orientale et de lui fournir des soldats et de l’armement , ce que Moscou a nié à maintes reprises. On a même suggéré que la Russie était en quelque sorte impliquée dans la destruction en vol de Malaysian Airlines MH17 sur Ukraine orientale sur 17 juillet 2014.

Malgré le caractère extrême des allégations, aucune preuve de fond n’a jamais été présenté à l’appui de ces allégations.

En effet, le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov a blâmé les États-Unis comme étant le principal facteur de déstabilisation en Ukraine.

« À travers toutes les étapes, , nos collègues américains et l’Union européenne sous leur influence ont essayé d’aggraver la situation »  a déclaré Lavrov  aux participants à la Conférence de sécurité de Munich, plus tôt ce mois-ci. 

La Chine est un membre des BRIC, l’association économique qui comprend le Brésil, la Russie, l’Inde et l’Afrique du Sud.

 
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Publié par le février 27, 2015 dans Amérique, Asie

 

McCain et d’autres haut responsables accusés de visites illégales en Syrie

Publié RT: 6 janvier 2015 05:47

 http://rt.com/news/220079-mccain-syria-visit-illegal/
On notera le cas de Bernard Kouchner. On comprend mieux que sur la base du ralliement atlantique de Sarkozy, de toutes les aventures y compris libyennes de ce dernier, il ait pu aussi facilement rallier cette personnalité de « gauche », enfin du PS… le rôle joué de monsieur bons offices au profit de la CIA par les époux Kouchner complétant celui bien connu de l’ancien candidat républicain à la présidence… BHL navigant bien sûr dans les mêmes eaux… Il arrive un moment où la France rompt avec sa traditionnelle politique de relative indépendance pour devenir les petits soldats de l’empire…et pour y créer de toutes pièces avec les frères saoudiens et qatari le « péril islamiste » comme ils sont en train de développer en Ukraine les nazis. Œuvre qui a sa source dans la politique de guerre froide et qui aujourd’hui donne à plein pour créer un drame au cœur de l’Europe comparable à celui du bassin méditerranéen.  (note de Danielle Bleitrach)

U.S. Senator John McCain.(Reuters / Yuri Gripas)

Le sénateur américain John McCain.(Reuters / Yuri Gripas)

 

Plusieurs responsables français et américains, dont le sénateur John McCain, sont entrés en Syrie illégalement – sans les  visas requis – dans diverses occasions, violant ainsi la souveraineté du pays, a déclaré la Syrie dans une plainte déposée auprès de l’ONU.

La liste des politiciens inclut également un ancien ministre des affaires étrangères Français Bernard Kouchner et l’ancien diplomate américain Peter Galbraith, selon une lettre datée du 30 décembre, citée par Reuters et AFP.

Dans sa lettre, l’ambassadeur de la Syrie à l’ONU, Bashar Ja’afari a exhorté le Secrétaire général Ban Ki-moon et le Conseil de sécurité à mettre une pression supplémentaire sur les gouvernements pour qu’ils prennent « les mesures nécessaires contre leurs ressortissants qui entrent illégalement sur le territoire syrien ».

« Ces actions sont une violation flagrante de la souveraineté de la Syrie et des résolutions du Conseil de sécurité concernant la Syrie » a dit Ja’afari .

La lettre incluait des plaintes contre « certains journalistes et des personnalités » qui entrent clandestinement en Syrie, en soulignant le cas de McCain qui est entré dans le pays en juin 2013, ainsi que la visite de Kouchner en novembre 2014 et de Galbraith en décembre 2014, avec d’autres dirigeants politiques et militaires d’US.

L’ancien politicien koweitien Walid Tabtabai est également mentionné comme ayant fait une visite illégale en septembre 2013.
À l’époque, le porte-parole de McCain a seulement confirmé que l’ex-candidat républicain à la  présidentielle avait visité la Syrie en mai 2013 pour rencontrer les rebelles syriens.

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McCain a répondu à la plainte en tentant de minimiser les accusations et en accusant à son tour le président syrien Bashar Assad du « massacre » de son propre peuple.

« C’est une vérité triste mais pas surprenante que le régime Assad est moins préoccupé du massacre de plus de 200 000 hommes, femmes et enfants que de ma visite avec les Syriens courageux luttant pour leur liberté et de dignité »  McCain a déclaré. « Le fait que la communauté internationale n’a pratiquement rien fait pour renverser ce régime terrible malgré ses atrocités est une tache sur notre conscience morale collective. »

Selon les médias, McCain est passé en Syrie en mai 2013 depuis la Turquie avec le général Idris Salem, qui dirigeait le Conseil militaire suprême de l’armée syrienne libre et y est resté pendant plusieurs heures avant de retourner en Turquie.

Lors de sa visite, le sénateur s’est entretenu avec les dirigeants des unités de l’armée syrienne libre en Turquie et en Syrie.

La visite de McCain a créé une tempête médiatique, surtout après qu’ait été publiée une image de lui posant avec les djihadistes qui seraient liés à l’Etat islamique (anciennement ISIS/ISIL).

La protestation initiale provenait du sénateur républicain Paul de Rand du Kentucky, qui a accusé McCain d’inconscience pour avoir eu des réunions avec des combattants de l’État islamique.

US Senator John McCain walks on Independence Square in Kiev on December 15, 2013.(AFP Photo / Volodymyr Shuvayev)

 le sénateur US John McCain se promène sur la place de l’indépendance à Kiev sur 15 décembre 2013.(AFP Photo / Volodymyr Shuvayev)

Parmi les autres visites controversées du sénateur, il y a eu un voyage en Ukraine en décembre 2013, lors des protestations de masse contre le gouvernement. Lors de sa visite, McCain s’est réuni avec les dirigeants de l’opposition ukrainienne dans la capitale du pays, en exprimant son soutien aux protestations, en ajoutant qu’il voyait l’avenir de l’Ukraine avec l’Europe.

En outre, en 2011, McCain a visité Benghazi afin de rencontrer les rebelles libyens, les qualifiant de « nos héros ». Hardiment, McCain a déclaré que la chute du leader libyen déchu Muammar Gaddafi devaient inspirer les personnes à travers le monde – y compris en Russie – ce qui a fait soulever les sourcils à l’échelle mondiale.

« Nous croyons très fermement que le peuple libyen aujourd’hui inspire les gens à Téhéran, à Damas et même à Pékin et Moscou, » a dit McCain.

 AFP Photo / Mahmud Turkia

AFP Photo / Mahmud Turkia

Les propensions aux voyages de McCain l’ont fait atterrir sur la liste noire de la Russie en mars, ce qui est une partie des représailles de la Russie contre les sanctions des Etats-Unis. La liste interdit au sénateur ainsi qu’à d’autres personnes de se rendre en Russie ainsi que le gel de ses biens russes..

 
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Publié par le janvier 6, 2015 dans Amérique, Asie, Europe

 

Oubliez la Corée du nord – la menace mondiale pour le cyber-espace vient des Etats-unis (et de Grande-Bretagne)

Article de John Naughton, pour The Guardian

Traduction MA pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

Si vous deviez mesurer l’importance d’un phénomène en termes de colonnes déversées dans la presse écrite, la cyber-attaque dont a été victime Sony aurait été l’affaire du mois.

Les cadres de l’entreprise ont du poster des notes d’information à l’entrée des bureaux pour demander au personnel de ne pas se connecter sur le réseau une fois assis à leur poste de travail. L’ensemble du réseau de l’entreprise a du être débranché alors qu’il devait faire face à une demande de rançon qui menaçait de rendre publics des documents confidentiels et des films pas encore sortis en salle, en échange de fortes sommes d’argent.

La grande question est : qui est responsable de l’attaque ? Les spéculations se sont déchaînées, conduisant certains à pointer du doigt la Corée du nord, sur la base que l’un de ses prochains films « The Interview » se moque du leader du pays, Kim Jong-un.

Cela semble fort improbable à ce chroniqueur que je suis : la Corée du nord peut manquer sérieusement d’humour au sujet de son leader chéri, mais en faire un sujet d’extraction de rançon serait bien maladroit, même pour cet étrange régime.

En fait, il ne semble pas y avoir eu de transfert d’argents : certains documents confidentiels, comme des tableaux Excel révélant les salaires des cadres de Sony les mieux payés, ont commencé à fleurir sur le net et les films secrets à se diffuser sur des sites pirates.

Excitant, non ? Mais la vraie grosse cyber histoire de ces dernières semaines est moins glamour mais bien plus inquiétante sur le long-terme. Elle concerne Regin, un malware qui vient tout juste de faire son apparition sur la scène publique, bien qu’il traînerait déjà depuis plusieurs années.

L’entreprise de sécurité Symantec le décrit comme « un malware complexe dont la structure montre un degré de compétence technique rarement vu. Personnalisable avec un degré extensible de potentialités qui dépend de la cible, il fournit à ceux qui le maîtrisent un outil puissant pour une surveillance de masse et il a été utilisé pour des opérations d’espionnage contre les organisations gouvernementales, les opérateurs d’infrastructure, les entreprises, les chercheurs et les particuliers ».

L’entreprise en va jusqu’à spéculer sur le fait que le développement de Regin a pris « des mois, si ce n’est des années » et il en conclut que « les moyens et le niveau de compétence mis en oeuvre derrière Regin indique que ce doit être un des principaux outils de cyber-espionnage utilisés par les Etats-nations ».

Ah, mais quels Etats-nations ? Faisons un pas en avant, et nous voyons la Grande-Bretagne, les Etats-unis et leurs agences de renseignement respectives, GCHQ (le Government communications Headquarters) et NSA.

Il y a quelques temps, Edward Snowden a révélé que les agences ont monté des attaques cyberpirates contre Belgacom, un fournisseur belge de services téléphoniques et internet, et contre des systèmes informatiques européens, mais il ne savait pas quels types de logiciels avaient été utilisés dans les attaques.

Maintenant nous savons : c’était Regin, un malware qui se présente sous la forme d’un logiciel Microsoft légitime et vole des données dans les systèmes infectés, ce qui en fait un outil inestimable pour les agences de renseignement qui désirent pénétrer les réseaux informatiques étrangers.

C’est vrai aussi, diriez-vous. Après tout, la raison pour laquelle nous avons GCHQ, c’est bien pour espionner ces vilains étrangers. L’agence était, ne l’oublions pas, à l’origine une branche de Bletchley Park, dont la mission était d’espionner les Allemands pendant la Seconde guerre mondiale.

Donc, peut-être que la nouvelle selon laquelle les Belges, en dépit des plus grands efforts déployés par les Monty Python, sont nos amis – ou que la Grande-Bretagne fait partie de l’UE – n’a pas encore été décodé par GCHQ ?

Espionner ses amis comme ses ennemis est un vieux principes de l’art de gouverner. On en usait habituellement pour des raisons de « sécurité nationale » ; maintenant c’est pour des raisons de « cybersécurité » et cela pose un nouveau problème. Qu’est-ce que la cybersécurité en fait ? Qu’est-ce que GCHQ et NSA essaient de garantir ? Est-ce la sécurité du cyberespace – c’est-à-dire Internet ? Ou une partie du réseau ? Et si oui, laquelle ?

Ici, certaines lignes apparemment sans conséquences d’un des documents Snowden prennent tout leur sens. « Les faits qui sont contenus dans ce programme », peut-on lire, « constituent une combinaison d’un grand nombre de faits, hautement sensibles, liés à la mission cryptologique générale de NSA. Leur révélation non-autorisée (…) causerait des dégâts exceptionnellement graves à la sécurité nationale américaine. La perte de ces informations pourrait gravement compromette certaines relations cryptologiques hautement sensibles, américaines comme étrangères, des investissements de plusieurs années comme ceux futurs de NSA, et sa capacité à exploiter le cyberespace étranger tout en protégeant le cyberespace américain ».

Notez bien cette dernière clause. « La cybersécurité » signifie deux choses en fait : premièrement, sécurité nationale, et deuxièmement, que le seul coin de cyberespace dont nous nous préoccupons est le nôtre. Nous pouvons exploiter le moindre centimètre dans le reste du monde virtuel à nos propres fins (nationales).

Cela donne carte blanche, par exemple, à la sape de la sécurité en-ligne de quiconque, en affaiblissant les cryptages utilisés pour des transactions commerciales ; le recours à des « exploits zéro-jour » acquis auprès d’hackers qui puissent ensuite être utilisés contre les organisations ciblées ; et la diffusion de malware tels que Regin là où est notre bon plaisir.

Bienvenue dans notre monde connecté.

 
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Publié par le janvier 2, 2015 dans Amérique, Asie, medias

 
 
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