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Abdellatif Laâbi : « La bataille des idées est de nouveau devant nous »

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Entretien inédit pour le site de Ballast

Poète et romancier, dramaturge et traducteur, ancien « comploteur » aux yeux de la monarchie marocaine (huit ans de prison) et cofondateur, dans les années 1970, du mouvement révolutionnaire et socialiste Ilal-Amam : l’homme est de ceux qui paient leurs mots comptant. « Je n’irai pas jusqu’à remercier mon geôlier, mais j’avoue que sans lui la liberté que j’ai gagnée serait restée pour moi une notion assez abstraite. Alors, dans cette affaire et malgré les apparences, qui a eu le dernier mot, de lui ou de moi ? », demande Laâbi. Entretien — de la montée de l’islamisme à la poésie comme incitation à la vie.

Vous lire ne rend pas notre entretien chose aisée ! Vous confiez, dans Le Livre imprévu, le désespoir et l’agacement qui sont les vôtres face à tous ces journalistes qui ressassent les mêmes questions, ne vous lisant pas ou se contentant d’Internet. Tentons quand même. Vous parlez du Maghreb comme d’une « belle utopie qui ne cessera jamais d’éclairer [votre] chemin d’homme ». Quel est ce rêve, au juste ?

C’est un rêve concret qui a visité beaucoup de Maghrébins de ma génération au lendemain des indépendances. Nous y avons cru dur comme fer. Notre foi était loin d’être irrationnelle. Elle prenait en compte une histoire commune (l’épisode colonial y compris), la continuité géographique, l’usage de langues communes (l’arabe, l’amazigh ainsi que le français), la même aspiration à la construction d’un projet politique pouvant assurer une véritable souveraineté, la démocratie et la justice sociale. L’idée d’un grand Maghreb s’était cristallisée presque en même temps que l’idée européenne. Elle aurait pu avancer elle aussi et se réaliser par étapes pour déboucher sur une forme d’union adéquate. La marâtre Histoire, bras armé de tant de forces rétrogrades et égoïstes coalisées, en a décidé autrement. Et nous payons aujourd’hui très cher ce ratage. Pour autant, la force d’attraction d’une telle utopie n’a pas disparu. Je le vérifie personnellement à chaque occasion où des intellectuels et des créateurs maghrébins se trouvent réunis ici ou là de par le vaste monde. La complicité et la fraternité sont immanquablement au rendez-vous. Les murs-murailles et autres rideaux de fer érigés entre nos pays par les régimes en place nous paraissent tellement dérisoires !

En 2013, vous avez publié Un autre Maroc. Vous dénoncez sa « justice archaïque » et déplorez la mise à l’écart de certaines minorités (chiites, chrétiennes, athées, homosexuelles). Sous Hassan II, vous écriviez qu’ on écrasait « la chair et l’âme des insoumis ». Qu’en est-il des âmes et des corps, sous le règne de son fils ?

L’écrasement est moins brutal et systématique sous le nouveau règne. Le nier serait stupide. Mais il revêt d’autres formes qui ne sont pas moins stérilisantes s’agissant de la vie politique. Cette dernière se déroule à l’instar d’un théâtre de marionnettes où les ficelles sont tirées par ce que l’on appelle par euphémisme le « pouvoir profond », terme qui remplace de plus en plus, dans le nouveau lexique politique marocain, celui bien connu de makhzen, désignant l’ensemble des appareils de l’institution monarchique. En dehors d’une minorité qui proteste encore contre la duperie d’un tel système, la plus grande partie de la classe politique, y compris la mouvance islamiste qui est au gouvernement aujourd’hui, s’en accommode sans grands états d’âme. Le plus pervers dans cette situation, c’est que l’on n’a plus besoin de truquer les élections. On peut même dire que les dernières d’entre elles ont été relativement libres et transparentes. L’illusion démocratique fonctionne donc bien, alors que nous faisons encore du surplace s’agissant de l’établissement de l’État de droit, d’une réelle séparation des pouvoirs et de l’exercice sans entrave des libertés. Dans une telle situation, ceux que vous appelez « les insoumis » sont condamnés à prêcher dans le désert.

La même année, Tariq Ramadan intervenait sur une chaîne marocaine et faisait savoir qu’il n’aurait « aucun problème » avec le statut de amīr al-mu’minīn (« commandeur des croyants ») du roi s’il y avait plus de cohérence entre les principes et leur application, c’est-à-dire « plus de démocratie, plus de transparence, plus de liberté ». Quel est votre regard sur la monarchie comme mode de gouvernement ?

Je n’ai pas de problèmes avec la monarchie comme mode de gouvernement. On sait que les monarchies européennes sont exemplaires s’agissant du respect des règles démocratiques. L’une d’entre elles, l’espagnole, alors qu’elle était l’héritière désignée de la dictature franquiste, a joué, au moment qu’il fallait, un rôle déterminant dans la transition vers la démocratie. Au Maroc, et au début du règne actuel, la monarchie a un temps hésité. Elle a même donné quelques signes forts en direction du changement, avant que sa nature profonde ne revienne au galop et qu’un certain nombre de ses archaïsmes ne soient reconduits à l’identique. Là encore, je pense que nous avons raté un rendez-vous avec l’Histoire. Et dans ce ratage, on ne peut pas incriminer la seule institution monarchique. D’autres composantes politiques y ont pris une large part. Je pense notamment au Premier ministre socialiste de l’époque (1999), Abderrahman Youssoufi, qui aurait pu, s’il avait eu la stature d’un homme d’État comme Adolfo Suarez en Espagne, négocier la transition dans le sens d’une reconsidération des prérogatives de la monarchie, d’un rééquilibrage des pouvoirs, créant ainsi les conditions d’un véritable décollage démocratique.


Bill Traylor, MAN WITH A PLOW, 1939-1942, Alabama

Dans Le Livre imprévu, vous n’êtes pas tendre avec les religieux : « Des diables d’hommes, barbus jusqu’aux couilles, et des jeunes filles en fleurs bien fanées sous le voile de rigueur. » Vous avez dénoncé le rôle de Hassan II dans la montée de l’intégrisme islamique : pourquoi la tradition qui fut la vôtre, celle de l’émancipation sociale et révolutionnaire, n’a-t-elle plus, ou presque, voix au chapitre dans le monde arabe ?

Je crois avoir donné, dans le livre que vous citez, au moins un début de réponse à votre question. Le projet d’émancipation qui fut le nôtre dans les années soixante, début des années soixante-dix, a été combattu férocement, de l’intérieur comme de l’extérieur. De l’extérieur, il suffit de rappeler la guerre de juin 1967 ou, sur un tout autre plan, l’enlèvement à Paris de Mehdi Ben Barka et son assassinat. Le monde arabe a été à l’époque l’un des terrains les plus chauds de la guerre froide, et l’une des cibles privilégiées de l’impérialisme américain et de ses acolytes. De l’intérieur, l’une des « armes » utilisées pour contrecarrer le mouvement de contestation a été, dans le cas du Maroc par exemple, d’introduire le loup intégriste dans la bergerie de l’enseignement public. Cinquante ans plus tard, les effets de cette politique vont peser lourdement sur le déroulement de ce que l’on a appelé le « printemps arabe ». Le mouvement révolutionnaire ayant été laminé au cours des décennies précédentes, la masse des jeunes et des moins jeunes qui était sortie dans les rues pour dénoncer les régimes dictatoriaux et pour revendiquer la dignité et la liberté n’a pas pu s’organiser afin d’élaborer un projet susceptible d’entraîner l’adhésion du peuple. Face à elle, les islamistes de tout poil étaient la seule force organisée (et ce, depuis des décennies) qui, sans coup férir, était prête à prendre le pouvoir si des scrutins libres devaient se présenter. Cela dit, devant cette réalité, il ne sert à rien de se lamenter. Cette nouvelle donne ne doit pas pousser à rendre les armes avant d’avoir combattu. La bataille des idées est de nouveau devant nous. Encore faut-il s’y rendre après avoir revisité de façon critique celles qui nous ont fait monter au créneau il y a cinquante ans !

La Palestine occupe justement une place importante chez vous. Dans votre avant-propos à l’anthologie La Poésie palestinienne contemporaine, vous écrivez que la tâche des poètes est « complexe, presque inédite ». Quelle est donc la spécificité du poète palestinien ?

Si je vous disais que ce sont des poètes et des écrivains comme Mahmoud Darwich, Samih al-Qassim, Ghassan Kanafani, Émile Habibi, Tawfiq Zayyad, Fadwa Touqan, etc. qui ont créé le peuple palestinien, me croiriez-vous ? Et je n’ai pas l’impression d’exagérer en affirmant cela. Un peuple, c’est, en plus d’une terre, une langue, une identité, une mémoire. N’est-il pas vrai que ce sont ces écrivains qui ont forgé tout cela ? Voilà qui devrait nous amener à reconsidérer les pouvoirs de la littérature !

Dans son livre Je t’aime au gré de la mort, que vous avez traduit, Samih al-Qassim écrit : « Il n’y a pas de solution dans la solution guerre et paix. » Comment entendez-vous ces mots ?

Il aurait fallu poser la question à Samih al-Qassim de son vivant ! Mais, connaissant bien le poète et un peu l’homme, il me semble que ce qu’il dit là n’est pas sans rappeler ce que la gauche marxiste palestinienne et certains intellectuels israéliens avaient proposé très tôt, à savoir l’idée de l’État démocratique et laïque réunissant les deux peuples. Cela dit, je peux me tromper.


Bill Traylor. Untitled (Man, Woman), 1940–1942

Vous avez ouvert L’Écorché vif sur cette phrase : « Lorsqu’un poète parle en dehors de sa poésie, ne commet-il pas sa plus grave infidélité ? » Expliquer et développer votre art, comme nous le faisons ici, est-ce un pan de votre œuvre, une autre manière de la décliner, de la composer, de l’orienter, ou vraiment… une tromperie ?

Une tromperie ? Certes non. Un devoir de partage, assurément. Parfois obligé, je le reconnais volontiers, car j’aimerais tellement parier sur l’effort de l’interlocuteur, je veux dire du lecteur. J’aimerais tellement que l’on se rende compte, sans que je sois obligé de le souligner, que je fais partie de ces écrivains qui n’ont que peu de secrets pour ce lecteur. Pratiquement, à chaque livre, j’invite ce dernier à visiter la cuisine, ou la forge, où s’élabore mon écriture. Que de fois ne lui ai-je pas dit que pour moi écrire est une aventure qui n’a de sens que s’il prend au moment désigné le relais de l’écrivain ? C’est pour toutes ces raisons qu’il m’arrive d’enrager quand je dois expliquer, commenter ce qui devrait être perçu, reçu comme une offrande, avec sa part de mystère. Pour moi, le poème vient, naît ou advient chargé de sa propre pensée (ou, si vous voulez, sa philosophie). Cette dernière lui est intrinsèque, presque organique. Aussi le discours extérieur au poème est-il souvent aventureux. Il peut verser facilement dans l’apologie, ou simplement le surcroît d’intelligence. Il prend le risque de rationaliser ce qui ne relève pas du rationnel et de passer à côté de ce qui fonde même le travail de l’écriture : l’intuition, la vision, le souffle, le risque, le corps à corps avec la langue, les pièges de celle-ci, et ses pesanteurs.

Dans l’ouvrage qu’il vous a consacré, Jacques Alessandra donne à lire que vos écrits « s’inscrivent dans un système de défense des valeurs humaines ». Mais, plutôt que d’utiliser la notion par trop usée d’« engagement », vous mettez en avant une « éthique » de l’écriture. Edgar Morin, dans sa Méthode, définit l’éthique comme « un point de vue supra- ou méta-individuel », tandis que la morale se placerait au niveau des actions et des décisions des individus. Quel est le sens que vous donnez à votre éthique ?

 

N’étant pas philosophe, je me garderai de m’aventurer sur le terrain des concepts. Sur ce plan-là aussi, je pense que l’éthique est intrinsèque à l’écriture, comme la pensée d’ailleurs. Et si je devais partir de mon expérience personnelle, j’affirmerais en toute honnêteté que c’est la poésie qui m’a fait découvrir les valeurs éthiques qui vont, par la suite, guider ma pratique dans tous les domaines. Tout le monde sait que l’écriture a précédé chez moi l’engagement politique. Nous avons là une approche assez singulière de la notion d’engagement, n’est-ce pas ? Pour moi, celui-ci se conçoit et prend corps à un niveau sensible, au plus intime de l’être. C’est d’abord un appel intérieur qui va s’extérioriser par la suite et se traduire en positions, convictions et actes. Reste un mystère. Pourquoi telle personne et pas une autre s’implique, donne d’elle-même sans compter, accepte des sacrifices et va jusqu’à se soumettre à l’ordalie ? Pourquoi certains se découragent facilement et d’autres persistent, même dans les situations les plus désespérées ? Croyez-moi, j’ai longuement réfléchi à tout cela, notamment pendant les années d’enfermement, sans trouver de réponse. Un miracle humain ? Pourquoi pas ? C’est le seul en lequel je puisse croire car je l’ai observé, et de mes yeux vu.

Dans Zone de turbulences, vous tancez les prédateurs de notre époque, plus « indécents » qu’autrefois ; vous faites la liste de tout ce qui a perdu de son goût, de sa saveur et de sa substance. En revanche, « le petit monde », tel que vous le nommez, celui des dominés, sans doute, des gens sans pouvoir, n’a pas changé. D’une part, vous semblez vous placer en faux contre une certaine idée mécaniste du Progrès ; de l’autre, vous observez un statu quo de l’oppression : est-ce cela qu’il faut comprendre ?

Oui, c’est bien cela. Côté ténèbres : les visages de la barbarie d’aujourd’hui sont peut-être différents de ceux d’hier. Mais la barbarie, dans son essence, n’a pas changé. Les peuples qui viennent de mettre à bas la statue d’un tyran peuvent dès le lendemain acclamer un nouveau tyran. Côté lumière : un peuple qui semble soumis aujourd’hui, acceptant toutes les avanies, peut s’insurger demain et revendiquer des libertés inconcevables auparavant. L’égoïsme, l’indifférence, la fermeture de l’esprit peuvent, dans des circonstances déterminées, voler en éclats pour faire place à l’altruisme, l’attention à autrui, l’accueil bienveillant de la différence. La dualité est en nous, en chacun de nous. Ce qui compte, c’est la vigilance, le travail incessant de l’esprit, la reconstruction permanente de la pensée qui peut combattre efficacement l’assoupissement des consciences et le flux rampant des obscurantismes.

Remontons le temps. Un autre recueil de poésie, Sous le bâillon le poème. Ce sont vos écrits de prison, de 1972 à 1980. « J’ai une terrible passion du futur », y écriviez-vous ; quelques décennies plus tard, en 2011, vous affirmez : « Demain / n’est pas de mon ressort »…

C’est quand même un demi-siècle qui sépare ces deux assertions ! Chacune d’elle illustre bien ce qu’est et ce que devient le rapport au temps en fonction des différentes saisons de la vie. Et comme je m’adresse, du moins je l’espère, à différentes générations, chacune d’elles va chercher dans ce que j’écris ce qui lui parle ou rejoint ses propres préoccupations. Ce n’est pas moi qui irais gommer les contradictions dans ce que j’ai écrit. Certaines d’entre elles me réconforteraient plutôt au soir de ma vie. Elles m’apportent la preuve que ma matière humaine n’est pas taillée dans le marbre et que j’aurais été, tout au long de ma vie, vivant, au sens fort du terme !


Bill Traylor, BULL, 1939-1942

Vous disiez, en prison : « Je suis un fanatique de notre espèce. » Vous maintenez, dans un récent ouvrage, votre « foi en la vie », votre « foi en cette humanité ». Où puisez-vous cet élan, cet optimisme — si le mot n’est pas trop pataud ?

Oui, nous sommes bien dans le domaine de la foi. Dans la pratique de la mienne, je ne peux adresser mes prières qu’à ce ciel que j’appelle « le ciel humain ». De qui puis-je attendre la compassion, le secours, la consolation, si ce n’est de lui ? C’est un ciel à deux visages : le barbare, et l’humain. Et, comme je ne le sais que trop, je ne peux pas être dans le désespoir permanent. Quant à l’autre ciel, celui vers lequel je me tournais avec mes parents au cours de mon enfance, il s’est avéré, pour moi en tout cas, vide et d’une totale abstraction. C’est dire qu’il est vain de lui demander des comptes ! Pour une fois, permettez-moi de reproduire in extenso le texte d’où vous tirez votre citation. Il me semble que c’est la façon la plus précise de répondre à votre question. J’y disais donc : « Foi en cette humanité / ni tout à fait barbare / ni tout à fait humaine / se perdant / se retrouvant / trébuchant / se relevant / marchant sur sa corde raide / mais marchant / connaissant ses limites / les repoussant / succombant aux ruses de l’Histoire / les déjouant / amnésique / et férue de mémoire / Cette humanité-là / mon unique peuple. »

Dans « L’arbre de fer fleurit », vous écriviez : « Oui la poésie restaurera l’homme. » Jean-Pierre Siméon a publié La Poésie sauvera le monde : la poésie, pense-t-il, peut nous élever puisqu’elle est « incertitude », « scepticisme », elle ne segmente ni n’immobilise, elle refuse la tyrannie du concept au profit d’une sorte de pulsion libertaire. Partagez-vous cette vision des choses, vous qui, non sans humour, mettez en avant votre « côté “barbare”, prélogique » ?

« La poésie comme voix charnelle, faisant battre les cœurs, ouvrant les yeux sur le continent intérieur, répercutant le cri de l’homme. »

Le continent humain est le territoire d’exploration permanent de la poésie. Et celle-ci, « un voyage au centre de l’homme », ai-je écrit quelque part. C’est donc au plus intime de cette « étrange créature » dont parlait mon grand frère turc Nazim Hikmet que nous naviguons, nous autres poètes. Nous sommes conscients du fait que notre voyage est périlleux. Certains d’entre nous y ont laissé leur raison, sinon leur peau. Notre travail consiste en une veille permanente, en une mobilisation constante de ce que l’être humain a de plus par rapport aux êtres et aux choses avec lesquels il coexiste dans notre monde : la conscience et, de là, l’étonnement, l’interrogation, l’émotion esthétique, le désir, l’amour, le démon de la connaissance, le sentiment de la finitude, parfois l’indignation, la compassion… Bref, tous ces ingrédients dont il faut rappeler qu’ils sont en quelque sorte le moteur de la vraie vie. S’il faut encore une autre formule pour résumer ce que la poésie représente pour moi, je dirais que c’est une incitation à la vie !

Benjamin Fondane, qui partage avec vous ce motif de l’exil, affirma : « Je n’étais pas un homme comme vous. / Vous n’êtes pas nés sur les routes : personne n’a jeté à l’égout vos petits / vous n’avez pas erré de cité en cité / traqués par les polices / vous n’avez pas connu les désastres à l’aube. Existe-t-il une fraternité, fût-elle ténue, des poètes de ces aubes désastreuses, une confrérie de ceux que les flics, un jour, chassèrent ?

Oui, je la connais bien cette constellation fraternelle, et je la chéris. Hélas, il me semble qu’elle était beaucoup plus peuplée par le passé. Les poètes acceptaient davantage les risques du métier. Parce qu’il y avait risques, effectivement. Le narcissisme inhérent à la nature humaine ne les empêchait pas de détacher le regard de leur nombril pour le porter vers la condition humaine et l’enfer du monde. C’est pour cela que leurs voix étaient agissantes. Elles portaient, comme on dit. Et les pouvoirs liberticides les craignaient. De nos jours, la poésie se trouve marginalisée, davantage dans le monde occidental que dans le monde arabe ou en Amérique latine, par exemple. Et la responsabilité n’en incombe pas exclusivement au système marchand de la chose littéraire tel qu’il s’est établi depuis quelques décennies. Osons dire que, dans le même temps, certaines pratiques de la poésie y ont contribué car elles ont tourné le dos à ce qui fait de cet art une « arme miraculeuse », selon l’expression d’Aimé Césaire, une « parole donnée, d’homme à homme », selon l’une de mes propres expressions. La poésie comme voix charnelle, faisant battre les cœurs, ouvrant les yeux sur le continent intérieur, répercutant le cri de l’homme, invitant à l’insurrection des consciences, célébrant la vie, au grand dam de la horde maudite des marchands du désespoir.

Illustration de bannière : Bill Traylor.

REBONDS

☰ Lire notre entretien avec Christophe Dauphin, « Pour le poète, il n’existe pas un espace sans combat », avril 2016
☰ Lire notre entretien avec Reza Afchar Naderi, « Ici, la poésie est coupée de l’homme », janvier 2016
☰ Lire notre entretien avec Jean-Pierre Siméon, « La poésie comme force d’objection radicale », décembre 2015
☰ Lire notre article « André Laude, poète anarchiste », André Chenet, octobre 2015
☰ Lire notre entretien avec Breyten Breytenbach : « On n’a pas nettoyé les caves de l’Histoire ! », juin 2015
☰ Lire notre entretien avec Tristan Cabral : « J’ai la chance de n’être pas dans le milieu soi-disant littéraire », mai 2015
☰ Lire notre article « Jean Sénac, poète assassiné », Éric Sarner, novembre 2014

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Par Ballast – 4 juin 2016
Revue collective de création politique (papier & numérique) — « Tenir tête, fédérer, amorcer »

 
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Publié par le juin 5, 2016 dans Afrique, litterature

 

Alger Républicain : Le rêve inachevé : voyage au bout de la pauvreté et de la misère

Accueil du site> Actualité politique nationale>Le rêve inachevé : voyage au bout de la pauvreté et de la misère

dimanche 18 octobre 2015
par  Alger republicain

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Dans quelques jours nous célèbrerons le 61e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale, le 1er novembre 1954. Après la guerre de libération nationale notre peuple rêvait d’un avenir meilleur que le présent qu’il venait de vivre, un présent de misère fait de larmes et de sang. Il rêvait d’un avenir peut-être pas en couleur mais moins gris que ce qu’il est devenu.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Nul ne peut nier que la pauvreté et même la misère ne cessent de s’étendre dans notre pays et à travers le monde, momentanément dominé par le capitalisme parvenu à son stade final, l’impérialisme. Le nombre de pauvres a-t-il diminué chez nous ? Non, il augmente à l’instar des pays dits riches, les pays capitalistes où le chômage provoqué par les systèmes en place va croissant pour le plus grand profit des gros possédants et des multinationales, modèle dont s’inspirent aussi les tenants de notre Etat. Les chiffres sont connus de tous, mais rappelons-les une fois de plus : 1% des plus riches possèdent la moitié des richesses du globe !

Dans notre pays qui divulguera les chiffres de la richesse cachée des immensément riches ? Qui dévoilera la façon dont nos bourgeois se sont enrichis ? En vérité, ces fortunés se sont enrichis grâce aux hydrocarbures qui appartiennent au peuple algérien et par l’importation de produits de luxe, d’objets fabriqués à l’étranger et inutiles à l’économie du pays. Les spéculateurs, les trafiquants de toute sorte ou « hommes d’affaires » impliqués dans de multiples scandales, vite étouffés, se sont, comme des pieuvres, accaparés de tous les leviers. Lequel d’entre eux, sauf exception, a investi dans l’industrie ?

L’Algérie n’est pas qu’un puits de pétrole ou de gaz, que l’on vide impunément, d’autres secteurs ont grand besoin d’investissements plus particulièrement l’industrie. Ce que certains ont appelé « rente pétrolière », rente dont, en vérité, la plus grande part a servi depuis les années 1980 a donner la richesse à très un petit nombre au détriment de millions de nos concitoyens, de nos travailleurs. Ces individus, les bourgeois pour les appeler par leurs noms, soutenus par le pouvoir, n’ont jamais fait de sérieux investissements dans les secteurs de l’industrie productive et les services publics, secteurs pourtant pourvoyeurs d’emplois. Malgré nos richesses naturelles – elles vont finir par s’épuiser !- le pouvoir poursuit la même politique économique, celle qui ne cesse d’entraîner la pauvreté et la misère. Sans faire de comparaisons, peut-on affirmer que la situation de nos masses laborieuses est vraiment supérieure ici à celle des pays voisins qui eux ont peu de ressources naturelles ? Cela est évidemment discutable !

Certes des investissements ont été réalisés ces dernières années par l’Etat, mais c’est souvent dans des infrastructures qui ne présentent aucun caractère d’urgence. Toutefois, il reste que le développement de ces infrastructures a permis d’attribuer des marchés juteux aux multinationales et aux sous-traitants nationaux parfois sans aucune qualification. Ne parlons pas des combines sans limites dans l’exploration ou plus précisément dans l’exploitation des hydrocarbures. Mais peu importe à notre pouvoir le sort de notre pays et de son peuple. Pour lui, là n’est pas l’essentiel !

Combien de dizaines de milliers de nos jeunes se trouvent sans emploi, fréquemment sans logement avec les conséquences que cela entraîne, dont l’impossibilité de se marier, de fonder une famille, de vivre. Ne trouvant aucune solution à leur condition désespérante, cela en conduit dramatiquement certains au suicide. Les tentatives sont fréquentes d’échapper à la pauvreté, à la misère régnante en tentant de fuir le pays parce que rêvant d’autres cieux plus cléments. Les malheureuses expériences des harragas qui finissent mal ou plus tragiquement, les immolations ne sont pas rares chez nous. Quand on est sans emploi, sans ressources, disent les jeunes chômeurs, parmi lesquels nombre de diplômés, « c’est comme si on vit dans un pays vide ». Ceux qui ont la chance d’avoir un logement, ordinairement sans confort, se plaignent de l’aménagement inexistant des abords, sans parc, sans cercle sportif, sans bibliothèque, sans animation culturelle, sans rien, ressentent le sentiment de vivre un exil en plein désert dans leur propre pays. N’évoquons pas les conditions de vie des habitants des campagnes, des milieux ruraux où tout est pire.

Les luttes de notre peuple, depuis les grèves, les barrages de routes et diverses autres actions souvent spontanées se multiplient à travers tout le territoire national. Les masses laborieuses ne se replient pas dans l’expectative ni l’inaction, elles se battent ! Des travailleurs sont poursuivis par les tribunaux et sanctionnés pour avoir tenté de s’organiser syndicalement ou licenciés pour fait de grève. Mais le pouvoir, accaparé par une poignée de bourgeois et leurs complices, reste insensible aux cris, aux larmes des plus pauvres, des plus exploités.

Et tous ces partis sur-médiatisés par la presse privée qui se créent et se gorgent de mots, toujours les mêmes, que font-ils pour nos travailleurs ? Notre peuple n’a pas besoin de ces partis sans programme sérieux qui se constituent rapidement au gré des ambitions, qui au fond défendent la voie capitaliste suivie par toutes les équipes qui se sont succédé depuis 1980 et qui donnent bonne conscience à nos dirigeants sous le masque de la démocratie.

L’énorme plaie de la pauvreté et de la misère ne se refermera pas sans un combat résolu des masses laborieuses à commencer par la construction d’un parti authentiquement révolutionnaire et d’une organisation syndicale de classe débarrassée des opportunistes et à l’avant-garde des luttes ouvrières.

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Malik Antar

 
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Publié par le novembre 7, 2015 dans Afrique, civilisation, histoire

 

L’opération russe en Syrie révèle les véritables commanditaires du terrorisme dans le monde par Alger Républicain 

L’opération russe en Syrie révèle les véritables commanditaires du terrorisme dans le monde

samedi 31 octobre 2015

L’opération russe en Syrie a débuté il y a moins d’une semaine, mais les premiers résultats sont là. Les pertes terroristes se comptent en milliers, des infrastructures sont détruites et, en outre, la Russie a montré au monde entier qui sont les parrains du terrorisme mondial, ont dit des experts à hakahyhe.ru.

L’opération militaire des troupes russes en Syrie contre les miliciens de l’ISIL a commencé il y a moins d’une semaine, mais même en ce court laps de temps un certain nombre d’événements marquants se sont produits. Il y a d’abord la déclaration conjointe de sept pays, France, Allemagne, Qatar, Arabie Saoudite, Turquie, Royaume-Uni et USA, se préoccupant du renforcement de la Russie dans la région. Un certain nombre de pays, en particulier les USA, ont pondu des déclarations passablement agressives à propos de la mission russe en Syrie.

« Il est trop tôt pour tirer des conclusions, mais le ton est clair. Voici le point : En réalité toutes les déclarations faites aux USA corroborent que l’ISIL est une subdivision informelle de leur pays. Cette armée terroriste a été créée pour éviter les forces de défense (notamment les forces nucléaires), afin de mener des opérations à différents endroits du globe. Dès que l’armée de l’air russe a commencé à infliger des coups sérieux, les Américains ont commencé à piquer une crise, les miliciens de l’ISIL leur demandant de l’aide. Au moment de notre intervention, les agissements américains ont montré qui fournit la « couverture » et qui a besoin de ce cancer terroriste. Le monde entier a vu le visage des parrains du terrorisme mondial et constaté que la coalition dirigée par les USA est une imposture sur la toile de fond de la scène mondiale »,

a observé sur hakahyhe.ru l’expert militaire, le colonel Alexander Zhilin.

Il a relevé que jusqu’à présent, l’avancée de l’ISIL en Irak et Syrie était due en grande partie au fait que personne n’opposait de résistance à ses combattants, qui ont à leur disposition l’espace, le renseignement et l’analyse militaro-technique américains. Frappant des cibles insignifiantes ou le désert, même les missions officielles de la coalition anti-ISIL ressemblent à une simulation. Dans leurs efforts de la semaine dernière, les pilotes américains luttant contre le terrorisme se sont montrés pitoyables, leurs raids ayant détruit deux tractopelles de l’ISIL.

Raison distincte de la réaction agressive des USA, le niveau technique plus haut que prévu des unités russes.

« Je vais vous donner un exemple. Plus de 50 aéronefs ont été envoyés en Syrie. Plus de 2 mille personnes ont été amenées par les voies aériennes. Et pas un radar de l’OTAN, dont se font gloire la Turquie, la Bulgarie et d’autres pays, n’a pu les remarquer. Aujourd’hui, les Américains ne voient pas ce que font nos gars. Nous avons développé une technique telle de système de couverture, que le Pentagone en devient tout simplement dingue : Nous les voyons, mais eux sont incapables de nous voir. Il est clair que tous leurs plans ont échoué »,

a expliqué l’expert.

Pendant ce temps, les pilotes suivent strictement l’ordre du président Poutine, tandis qu’à New York, il proposait de diviser le ciel du Moyen-Orient en secteurs de contrôle. L’incident avec les pilotes israéliens repoussés par les pilotes russes de leur zone, a démontré cela sans ambiguïté.

« Nous avons montré le sérieux de nos intentions, dans l’intervalle, sans perfidie, nous avons alerté tout le monde, y compris Netanyahu, les Américains, etc. Il me semble que nos « partenaires » pensent que la Russie veut, par un coup de poing de morveux, leur couper le souffle. Non, ce temps est révolu. Le niveau du travail de nos équipes est juste un choc total pour les Américains. La bombe de 500 kg lâchée d’une hauteur de 5000 mètres est rentrée par la fenêtre d’un bunker. C’est inconcevable. Je dirais que, grâce à nos équipages qui tournent comme des horloges, nous avons monté un bon spectacle pour tout le monde »,

a dit Zhilin.

Autre résultat de la première semaine de bombardements sur les miliciens, il a été montré au monde de manière concluante que la Russie possède des armes de précision de haute technologie, et qui plus est, elle est capable de s’en servir professionnellement.

Quant aux pertes des miliciens à la suite des frappes aériennes russes, même les chiffres prudents sont très impressionnants en si peu de temps. Zhilin a cité des chiffres du renseignement israélien et américain, d’après ses propres sources. Selon ces données, pendant les cinq premiers jours de l’opération, plus de 2173 terroristes ont été liquidés. Dans le contexte des déclarations répétées de Barack Obama au sujet de l’« inefficacité » des forces militaires spatiales russes, ces chiffres peuvent être sous-estimés.

Selon le professeur Igor Panarin, analyste politique, au 5 octobre, le nombre de tués, blessés, disparus et désertés se monte à 9.389 individus. L’expert explique cette avalanche par le nombre de déserteurs, environ la moitié du nombre total, « les déserteurs fuyant l’Irak, la Turquie, la Jordanie. »

« Le fait qu’ils s’enfuient dans toutes les directions montre une chose : Ils ne combattent pas pour l’islam. Ce sont les mercenaires puants habituels qui se battent pour de l’argent. Des gens peuvent mourir pour leur foi, mais pour ceux qui se battent pour l’argent, cela n’a aucun sens de mourir »,

dit Zhilin.

Parmi les infrastructures détruites le professeur Panarin a cité 13 postes de contrôle du commandement, 10 dépôts de munitions, cinq camps d’entraînement, cinq dépôts de carburant, cinq nœuds de communication, une base terroriste cachée, le centre de formation spéciale des miliciens, un champ de dépôts de munitions, quatre mini-fabriques d’armements. En outre, un certain nombre de véhicules blindés et systèmes d’armes ont été détruits : 19 chars T-55, 19 BMP, 18 véhicules blindés, quatre lanceurs multiples de roquettes, trois pièces d’artillerie et 16 véhicules.

Autre point important qu’il faut souligner à propos de La propagande occidentale en lien avec le premier raid et la mort d’enfants et de civils :

« La Russie est le seul pays du monde où les soldats sont tenus responsables de leur action militaire à l’étranger. Installé sur les avions, des moyens de contrôle concrets surveillent l’action des équipages, y compris quand ils frappent des cibles. Notre pays s’est en principe engagé à cela, tandis que tous les autres pays, l’OTAN et les USA en particulier, laissent les mains libres à leur armée et ne sanctionnent même pas les mutilations. Ces bandits n’ont rien à nous reprocher concernant tout ce qui touche l’armée »,

a déclaré Alexander Zhilin.

Par Kristina Rus

09.10.15

In Alterinfo

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Publié par le novembre 6, 2015 dans Afrique, Amérique, Asie, extrême-droite

 

Noces macabres entre l’Arabie Saoudite et la France : prélude à de nouvelles tragédies pour les peuples arabes ?

En ce 17 octobre de sinistre mémoire je voudrais donner la parole à nos camarades d’Alger Républicain, non pour parler de hier mais d’aujourd’hui et de demain.
dimanche 18 octobre 2015
par Alger republicain

Un mariage de brigands qui suscite les pires inquiétudes

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Dès sa naissance l’Arabie saoudite a lié son sinistre destin à celui des puissances impérialistes. Fondée officiellement le 22 septembre 1932 par la fusion des provinces du Nejd et du Hedjaz, elle s’est trouvée sous la férule de Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud (Ibn Saoud) qui en en devenant le monarque absolu a mis en place un système féodal cruel et obscurantiste. Les guerres ayant permis l’accession au pouvoir d’Ibn Saoud ont fait 500 000 morts entre 1901 et 1932.

La découverte de pétrole en mars 1938 transforme le pays sur le plan économique et marque le début d’une alliance stratégique avec les États-Unis concrétisée par le Pacte du Quincy, qui en échange d’un accès au pétrole, engage les États-Unis à protéger militairement la dynastie des Saoud. Cette alliance se révélera d’autant plus durable que le pays se présente comme un féal de poids pour contrer le mouvement de libération national arabe dans les années 1950-1960 au grand bénéfice de l’impérialisme.

La rapide augmentation des recettes saoudiennes au début des années 1980 qui passent de 65 milliards de dollars à près de 135 milliards en 1981, renforce les assises du régime monarchique, « matrice » du wahhabisme, interprétation la plus rétrograde de l’Islam qui sert à justifier l’obéissance totale aux riches et à priver la population de tout droit démocratique. Elle lui procure une masse d’argent inépuisable qui lui permet d’exporter sa doctrine religieuse fanatique dans le monde, de s’acheter le soutien de nombreux mouvements réactionnaires de même que celui des dirigeants corrompus de pays pauvres qui suivent à la lettre les consignes de leur « bienfaiteur » quand il s’agit de voter à l’ONU ou même confient la présidence de la commission des « Droits de l’Homme » de cette instance à son représentant ! Un représentant qui trouve que la condamnation à mort d’un jeune opposant politique a été ordonnée en application de la « chariaa » saoudienne laquelle n’est selon lui nullement incompatible avec les « Droits de l’Homme », bien au contraire. Les belles âmes humanistes et démocratiques fabiussiennes n’y ont rien trouvé à redire. Cette politique extérieure se manifeste dans la lutte organisée contre l’Union soviétique en Afghanistan en accord avec le tuteur US, mais également dans l’intensification du soutien financier de nombreuses organisations dites islamiques à travers le monde dans les années 2000-2015.

Dès leur naissance, les Saoudiennes sont placées sous l’autorité légale d’un homme, le « gardien », qui peut être leur père, leur mari, leur frère, leur oncle ou même leur fils. Les femmes ne peuvent pas voyager sans l’autorisation de leur « gardien ».

L’Arabie saoudite impose une stricte séparation des sexes. La plupart des maisons, banques ou universités ont une entrée pour les hommes et une autre pour les femmes. C’est le dernier pays au monde où les femmes sont privées du droit de conduire.
.
Quel sont les véritables enjeux stratégiques du mariage des régimes de ces deux pays qui ont les mains pleines de sang sachant que les impérialistes français et leur béquille « socialiste » n’ont jamais digéré la perte de l’Algérie ?
Les monarques rétrogrades de l’Arabie saoudite après avoir acheté des « Rafales » pour plusieurs milliards de dollars, viennent en plus de passer une nouvelle commande de 10 milliards de dollars.
Quelle contrepartie ont-ils obtenue de l’impérialisme français pour les largesses qu’ils lui ont accordées ?

Valls, le premier ministre français, ne trouve pas « indécent » d’entretenir ces liens avec la pire forme de barbarie moyenâgeuse encore existante dans le monde. Cela ne l’empêche pas, de concert avec Fabius et Hollande, de multiplier les discours qui justifient le soutien aux hordes obscurantistes en Syrie -qualifiées sans rire d’ « opposition démocratique » ! – et stigmatisent le régime syrien qui a au moins le mérite d’être laïque et de faire coexister pacifiquement toutes les religions et les non-croyances.

Dans un Moyen Orient à feu et à sang, vont-ils encore rajouter de la violence à la violence ou bien y a-t-il un autre objectif, par exemple la déstabilisation de l’Algérie ?

Liès Sahoura

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Publié par le octobre 18, 2015 dans actualités, Afrique, Asie

 

Le poète syrien Adonis à une chaîne égyptienne : «Seuls les Algériens ont vraiment combattu !»

Le grand poète syrien Adonis. D. R.

Le grand poète syrien Adonis. D. R.

Dans une déclaration à la chaîne de télévision égyptienne CBC, le grand poète syrien Adonis, de son vrai nom Ali Ahmed Saïd, a estimé que les Arabes «n’ont jamais eu une histoire de lutte digne de ce nom». «Le seul pays qui a vraiment fait la révolution, c’est l’Algérie !» a-t-il clamé, en expliquant que «tous les autres pays, de la Syrie à l’Irak en passant par le Liban, ont obtenu leur indépendance sur un plateau d’argent». Devant l’insistance de la journaliste égyptienne qui tentait de le convaincre de l’existence de «révolutions contre l’occupation», aussi bien en Libye, en Irak qu’en Egypte contre l’occupant britannique, le poète n’a pas transigé, en répétant, sûr de lui, que «seuls les Algériens ont vraiment combattu». «Il ne faut pas nous mentir à nous-mêmes, renchérit-il. Les Arabes n’ont guère lutté, y compris pour leur indépendance.» «Nous avons, certes, organisé des manifestations au Liban, en Syrie et un peu partout, mais le vrai combat révolutionnaire, tel qu’on l’a connu en Algérie, n’a jamais existé dans nos pays», a-t-il insisté. Interrogé, enfin, sur le sens à donner au «soulèvement actuel des Syriens pour arracher leur liberté», le poète syrien s’est montré offusqué par une telle définition, trouvant absurde qu’on puisse parler de révolution, lorsqu’on sait que «60% à 70% des combattants en Syrie, aujourd’hui, sont de nationalité étrangère». «Au nom de quoi combattent-ils ?» s’est interrogé Adonis avec ironie. Adonis est l’un des premiers intellectuels arabes à s’être franchement opposé aux mouvements du «printemps arabe», affirmant qu’ils étaient sans lendemain. Il a, dès le début, prévenu contre la mainmise «fatale» des islamistes sur les protestations populaires qui avaient secoué certains pays de la région, dont son pays, la Syrie. A cause de ses positions, il a été pendant longtemps censuré dans la plupart des médias à la solde des pays du Golfe, où il est jeté en pâture et décrit tantôt comme «un occidentaliste impie», tantôt comme «un agent du régime d’Al-Assad».
R. Mahmoudi

 
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Publié par le octobre 5, 2015 dans Afrique, civilisation

 

Un ami très cher est mort : Jorge Risquet est décédé à la Havane

 


 Lundi matin à la Havane, est décédé à l’âge de 85 ans, le combattant révolutionnaire Jorge Risquet Valdés-Saldaña, victime d’une longue et grave maladie. Jorge Risquet que j’ai connu en 1994, à Chandighar où nous représentions tous deux lui le parti communiste Cubain, moi le parti communiste français, était un homme plein d’humour, un vrai Cubain, mais surtout un révolutionnaire qui avait consacré sa vie à des valeurs qui nous étaient communes, celles du communisme, et il était attaché à son peuple, à son indépendance face à l’impérialisme. On peut résumer Jorge Risquet à ces quelques traits essentiels et pourtant c’était un homme subtil, romantique et d’une courtoisie de grand seigneur. Il a joué un rôle déterminant dans mon amour pour le peuple cubain, ce peuple magnifique, cette île superbe qui restera à jamais dans mon cœur comme une écharde.

Il est né le 6 mai 1930 à la Havane. Il m’a souvent raconté son enfance dans un solares, l’habitat collectif des plus pauvres, comment lui et sa sœur, très bons élèves allaient alternativement à l’école et après donnaient des cours aux autres enfants du quartier qui n’avaient pas les chaussures nécessaires pour être acceptés à l’école. Ses parents étaient déjà des révolutionnaires, des ouvriers du tabac, sa mère était espagnole métissée africaine et son père chinois. Il se moquait en disant qu’il lui manquait seulement d’avoir un océanien pour regrouper en lui tous les peuples, toute l’humanité. Il m’expliquait aussi comment sa sœur née le jour de l’assassinat de Melia, le dirigeant communiste cubain n’avait jamais pu fêter son anniversaire tant sa famille pleurait ce romantique dirigeant. En 1943,  il a occupé différentes responsabilités, chez les Jeunesses socialistes et le parti socialiste populaire, entre autres, comme directeur du journal « Mella », Secrétaire de l’organisation et Secrétaire général du Comité national de la Jeunesse socialiste, organisation à laquelle il appartenait depuis l’âge de quinze ans, quand il rejoint le mouvement de la jeunesse révolutionnaire. C’est dans cette organisation du parti socialiste Cubain, le premier parti communiste, qu’il devint l’ami de Raoul Castro, dont il fut jusqu’au bout un proche et un conseiller. 

Pour son attitude révolutionnaire, il a subi plusieurs arrestations et des procès sous les différents gouvernements. Il avait été torturé par Batista, frappé, les ongles arrachés il n’avait pas parlé… Sa vie entière était vouée à ses combats, j’ai rarement rencontré un individu aussi engagé, totalement engagé, il se moquait parfois de lui-même en disant d’un air réprobateur: « je suis si sectaire »… Ce n’était pas totalement faux… En effet il n’y avait ni amour, ni amitié capable de le détourner de ses engagements, rien ni personne ne l’aurait pu, ce que nous avions en commun, selon son mot, c’était notre âme, nos combats… C’était un grand seigneur, un enfant du peuple devenu un hidalgo à la mode cubaine, rude et pourtant raffiné, ainsi il m’avait offert le livre que lui avait dédicacé son ami le grand poète cubain, Nicolas Guillen, en me disant: je tiens énormément à ce livre, c’est pour cela que je te l’offre… Il était moqueur mais jamais cynique, homme d’honneur et fin diplomate, guerrier et plein d’idéal. Il se moquait de mes naïvetés, en me disant « tu manques de ‘picaresque’, ce qu’un pauvre apprend en naissant dans un solares.

Il était le représentant de Cuba et le chef de l’Amérique latine dans la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique et il avait à ce titre rempli la Mission internationaliste au Guatemala en 1954. Il y croisa le Che. Ils furent tous deux rapatriés au Mexique après l’assassinat d’Arbentz par les USA, grâce à l’intervention des peintres muralistes… Il était Cuba, mais comme une sentinelle de nuestra america selon les mots de José Marti, l’écrivain prophète, le révolutionnaire patriote dont il ne se lassait pas de lire et de relire les œuvres. Il m’expliquait souvent qu’il fallait que je le traduise et fasse connaitre ce géant dans mon pays.

Au cours de la tyrannie Batista il a été enlevé, torturé et emprisonné. Puis dans l’organisation « Frank País », il s’est joint à l’armée rebelle en 1958 dans le Front de l’Est II.

Lors du triomphe de la révolution, il a eu les responsabilités de chef du département politique et chef des opérations de l’armée dans l’ancienne province d’Oriente ; Il demeurait très attaché à cette province d’oriente dont il fut Secrétaire provincial à l’organisation du parti unifié de la révolution socialiste cubaine au moment des fusées de Cuba, encore un moment historique dont il me fit le récit et il me racontait ce jour où les protagonistes se réunirent pour rejouer l’affaire, me décrivant les exclamations des américains découvrant jusqu’où les Cubains étaient prêts à aller. C’était une élucidation de l’histoire mais aussi une mise en garde aux adversaires de toujours: Cuba payera n’importe quel prix pour son indépendance. 

  Cuba toujours mais avec des responsabilités internationalistes ; Ainsi il fut Chef de bataillon internationaliste « Patrice Lumumba » au Congo Brazzaville, là encore il m’expliquait comment Fidel les avait envoyés là pour veiller sur le Che en expédition au Congo. Il me montrait la montre que Fidel lui avait offert avant son départ en lui recommandant : ‘Sacrifiez votre vie mais protégez le Che ». Ils s’installèrent au Congo Brazzaville, y déjouèrent un coup d’Etat et ce fut le début de l’intervention cubaine, la plus désintéressée en Afrique ; Ministre du travail, il me montrait son ancien ministère dans le Vedado en indiquant en particulier la crèche qu’il avait fait construite pour les employés du ministère ; Responsable de la Mission internationaliste cubaine civile dans la République populaire d’Angola entre 1975 et 1979, il a travaillé avec l’historien Piero Gleijeses avec comme seule ambition de faire connaitre le rôle joué par Cuba dans l’émancipation africaine.Il taisait son propre rôle et me disait: « il suffit que les amis me connaissent ». Et effectivement les amis africains savaient son rôle.

Il présida la délégation cubaine aux négociations quadripartites (Cuba-Angola-USA-Afrique du Sud) en 1988. C’est un grand diplomate, il m’a dit à quel point Henry Kissinger lui paraissait surfait. Les amis Vietnamiens qui avaient déjà négocié avec lui, Lê Đức Thọ en particulier lui avaient expliqué comment prendre ce vaniteux personnage. Moqueur, il disait: « Kissinger a écrit ses mémoires jusqu’à l’Angola, mais il n’est pas allé plus loin tant il a été mis à genoux » Il savait feindre la colère, mais celle-ci était bien réelle quand il me parlait de Mobutu qui avait trahi l’Afrique et son peuple. Il aimait Sankara et les révolutionnaires de la grenade, il les avait pleurés comme sa mère me disait-il avec de gros sanglots.

Membre du Comité Central du parti depuis sa création ; du Secrétariat de 1973 à 1990 ; Depuis sa fondation jusqu’en 1993, il fut élu membre du Politburo de 1980 à 1991 et membre de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire.

Il était diplômé en journalisme, fondateur de différentes publications et auteur de nombreux articles et a conseillé le processus de création et publication d’ouvrages importants, notamment relatives à la lutte de libération des peuples de l’Afrique. Un autre lien nous unissait, notre passion commune de l’histoire et notre volonté de voir restituer la vérité sur le combat des communistes.

C’est un des hommes qui m’a le plus appris sur le plan politique. Souvent quand le parti m’envoyait dans un pays qu’il s’agisse du Mexique ou de Haïti, il faisait venir le responsable du Comité central chargé dudit pays et celui-ci me faisait un exposé. il a accompli pour moi le même travail lors de la venue de jean paul II à Cuba. Il était à la fois d’une grande finesse et d’une extraordinaire lucidité, allant toujours à l’essentiel et dans le même temps jamais il ne renonçait à la pureté révolutionnaire de ses engagements. C’est lui qui m’a expliqué qu’il y avait quelques fondamentaux qu’aucun politique digne de ce nom ne pouvait ignorer, ainsi Cuba ne pouvait jamais oublier qu’il avait à quelques encablures le plus puissant des ennemis attaché à sa perte et la Chine qu’elle avait un milliard et trois cent mille de Chinois à nourrir…

 Il était peu à peu devenu pour ses compatriotes l’ancêtre fondateur du parti communiste de Cuba, celui qui faisait le lien avec les racines prolétariennes, qu’il s’agisse des syndicats ou de l’armée rebelle, avec les combats, son amour de l’Histoire tenait aussi de cela. Pour services rendus, il a reçu plusieurs prix et reconnaissances mais ce à quoi il aspirait était la victoire de ses idéaux..

Son corps va être incinéré et ses cendres seront exposées demain mardi, entre 09:00-12:00 m, dans le Panthéon des vétérans du cimetière Colon. Plus tard, à une date qui sera fixée, il sera transféré au mausolée du deuxième front Oriental Frank País. j’aurais tant aimé lui dire adieu une dernière fois.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le septembre 29, 2015 dans Afrique, Amérique

 

Obama en Afrique pour tenter de contrer l’influence chinoise

Lu dans Les Echos du vendredi 24 et samedi 25 juillet 2015, cet article émanant du bureau de New York du périodique.

Deux constats : la Chine fait trois fois plus de commerce avec l’Afrique que les Etats-Unis. Barack Obama est au Kenya et en Ethiopie pour tenter de combler l’écart. Si la grande presse s’exstasie sur les liens familiaux d’Obama, et sur les interventions en faveur des homosexuels, ce n’est pas pourtant là l’essentiel de la visite.

Le déplacement d’Obama qui débute par le sommet mondial de l’entrepreunariat à Nairobi, vise surtout à contrecarrer l’influence de la Chine. « L’Afrique est un lieu de dynamisme incroyable où se trouvent certains des marchés les plus en croissance du monde » a fait valoir le président à la veille de son déplacement. L’Éthiopie est le pays qui devrait connaître la plus forte croissance mondiale d’ici à 2017 (9 ,5% par an en moyenne) selon la Banque Mondiale. Le Congo, la Côte d’Ivoire et le Mozambique figurent eux aussi dans les 10 premiers.

« Le président Obama n’a pas accordé jusqu’ici beaucoup d’attention à l’Afrique  » juge Witney Schneidman, expert du sujet à la Brookings institution. Joé Biden qui sillonne le monde entier ne s’y est jamais rendu. Après le succès cubain et la négociation sur le nucléaire iranien, il reste 18 mois au président pour améliorer son bilan sur le continent. Barack Obama va rencontrer la président kenyan, Uhuru Kenyatta, accusé de crimes contre l’humanité pour des violences ethniques, quant au président ethiopien, il jouit d’une majorité parlementaire enviable avec 100 % des sièges, on voit que les recommandations sur la tolérance à l’homosexualité font partie d’un ensemble sur lequel les Etats-Unis ne vont pas réellement insister.

Les Etats-Unis ne sont pas absents de l’Afrique, General Electric investit plus d’un milliard de dollars dans la construction de centrales électriques, Genral Motors vend des camions et Walmart y possède de nombreux magasins, mais le pays a cédé beaucoup de terrain, en particulier à la Chine. Le commerce avec l’Afrique représentait à peine plus de 70 milliards de dollars l’an dernier (en 2011 il s’établissait à 125 milliards de dollars). Il est vrai que les Etats-Unis importent de moins en moins de pétrole. Le commerce de l’Afrique avec l’UE est de 140 miliards d’échange et la Chine 200 milliards. Le déséquilibre est récent puisqu’il y a 5 ans, les États-Unis pesaient plus que la Chine en Afrique.

L’Amérique se montre aussi peu généreuse en capital. Elle consacre moins de 1% de ses investissements à l’Afrique alors que la Chine lui accorde 3,4% des siens. Barack Obama avait promis 7 milliards pour améliorer les réseaux électriques de six pays africains, mais la promesse est restée lettre morte.

LE KENYA, forte croissance et terrorisme

Un pays de 44 millions d’habitants avec une des plus fortes croissances de la planète (6%). Les investissements directs étrangers ont plus que doublé entre 2013 et 2014 pour atteindre environ 1,1 milliard de dollars. Exportation de textiles, thé, café. Une classe moyenne en plein essor friande de consommation occidentale (balance commerciale à surveiller) avec la multiplication de centres commerciaux. Montée du terrorisme et des violences ethniques fondée sur la répression tout azimut de groupes musulmans, notamment sur la côte kenyane ou le nord-est du pays.

 
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Publié par le août 5, 2015 dans Afrique, Amérique, Asie