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Ce qu’il faut retenir de la ligne directe 2017 de Vladimir Poutine

Les organisateurs de la Ligne directe ont reçu plus de 2 millions de questions


Jeudi 15 juin,  le président Vladimir Poutine a tenu sa 15e ligne directe publique avec la population, répondant, en l’espace de 3 heures et 56 minutes, à près de 70 questions de citoyens russes. Bilan.

Poutine ligne directe
Vladimir Poutine lors de la Ligne directe, le 15 juin 2017. Crédits : kremlin.ru

Sur la crise économique

La crise économique est-elle terminée ? Je voudrais de tout cœur répondre à cette question par l’affirmative et envoyer à la société un signal encourageant. Mais nous devons partir des données objectives. Et quelles sont-elles ? Les chiffres indiquent que la récession de l’économie russe a cessé, et que nous sommes entrés dans une période de croissance.

Pourtant, je veux revenir sur un des principaux problèmes économiques : la diminution, depuis plusieurs années, des revenus de la population, et l’augmentation du nombre de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté. Dans les années 1990, ces dernières représentaient 35 à 37% de la population russe, soit près de 40 millions d’individus. En 2012, ce chiffre n’était plus que de 10,7% – le plus bas de notre histoire. Aujourd’hui, malheureusement, il est remonté à 13,5%. Cela pourrait sembler peu, mais nous parlons, en pratique, de dizaines, voire de centaines de milliers de personnes.

Quelles sont les causes de ce fléau ? Il s’agit avant tout de la structure de notre économie, qui ne nous convient pas. Il faut aussi mentionner la faible productivité du travail en Russie : si nous ne parvenons pas à l’augmenter, il n’y aura ni création d’emplois, ni augmentation des salaires. »

Sur l’économie

Depuis trois trimestres, on constate une augmentation du PIB russe. +3% fin 2016, +5% au premier trimestre 2017, et +1,4% en avril. La production industrielle s’intensifie, avec une augmentation de 0,7% au premier trimestre de cette année. On constate aussi une hausse des investissements, de 2,3%, et une croissance des exportations de denrées non énergétiques, de 19%.

Enfin, nous enregistrons actuellement un niveau d’inflation très bas – record dans l’histoire de la Russie – de 4,1% seulement. Ce qui nous permet d’espérer pouvoir atteindre notre objectif de 4% à la fin de l’année en cours. Sont également en hausse nos réserves de change de la Banque centrale, nos réserves internationales : nous avions entamé l’année dernière avec 368 milliards de dollars pour la finir avec 378 milliards de dollars. Cette année, ces réserves s’élèvent déjà à 405 milliards de dollars.

Sur les sanctions

« Les sanctions ne sont pas une nouveauté : dès que la Russie commence à relever la tête, dès que nos partenaires sentent que notre pays se renforce, ils nous soumettent à des restrictions. Il en a toujours été ainsi, même avant la Révolution – durant toute notre histoire. Les États-Unis ont l’intention d’adopter de nouvelles sanctions, et on peut se demander pourquoi ils le font. En réalité, il n’y a qu’une seule réponse : c’est pour nous contenir, nous « endiguer ».

Les sanctions nous touchent, certes, mais pas de façon radicale. Nous sommes plus sensibles à la conjoncture internationale. Les États-Unis pensent que notre économie a baissé d’1% à cause des sanctions, l’ONU estime qu’elles nous ont fait perdre 50 à 52 milliards de dollars. Mais ceux qui ont introduit ces sanctions, eux, ont perdu 100 milliards de dollars !

Les sanctions nous ont permis de mobiliser nos cerveaux, nos ressources, nos talents, et de renforcer nos positions dans des domaines clés, tels l’aviation, la pharmaceutique, l’électronique, l’agriculture. Nous sommes devenus leader mondial dans l’exportation du blé : le voilà, le résultat des sanctions ! Les Chinois s’apprêtent à importer notre porc et notre volaille, nous n’en faisons plus venir de l’étranger mais, à l’inverse, nous cherchons toujours de nouveaux marchés d’écoulement.

Il y a deux ans, notre production de fruits et légumes était un sujet douloureux : nous avions cessé d’en importer et n’en possédions pas assez sur notre marché intérieur, donc les prix ont augmenté. Mais depuis, nous avons fait tout notre possible pour accroître notre production maraîchère – et je constate que cela fonctionne. L’inflation n’est plus que de 4,1 % en Russie, ce qui a fortement boosté notre production. L’embargo que nous avons introduit sur les denrées alimentaires en provenance d’Europe et des États-Unis restera en vigueur jusqu’au 31 décembre 2017, puis nous verrons. Si nos partenaires lèvent leurs sanctions, nous devrons faire de même. Nous devons assurer notre compétitivité sur le marché. [S’adressant aux producteurs de légumes, ndlr] Aujourd’hui, nous vous aidons de toutes nos forces, et si vous travaillez correctement, vous conserverez l’avantage sur les importateurs, car vos coûts logistiques sont moindres. Dans l’avenir, nous ne pourrons plus vous accorder des aides directes, mais nous continuerons de vous soutenir dans le respect des règles de l’OMC. »

Rappel. Les pays occidentaux ont adopté des sanctions contre la Russie après le rattachement de la Crimée à la Fédération et le déclenchement du conflit dans le sud-est de l’Ukraine. Initialement, ces mesures ciblaient des personnes physiques et morales précises, puis elles ont été élargies aux secteurs de l’énergie, de la défense et des finances. En août 2014, en réponse à ces restrictions, Moscou a mis en place des contre-sanctions, en particulier un embargo alimentaire. Le 29 juin 2016, le président russe Vladimir Poutine a prolongé cette interdiction d’importer certains produits en provenance de l’UE et des États-Unis jusqu’au 31 décembre 2017. Le 1er juillet, l’Union européenne a prolongé les sanctions économiques contre la Russie jusqu’au 31 janvier 2017. Le même jour, le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a voté la prolongation de l’embargo russe jusqu’au 31 décembre 2017.

Sur la nomination des nouveaux gouverneurs

« Beaucoup de gouverneurs travaillaient depuis longtemps, et dans certaines régions, nous sentions que les gens attendaient des changements. Si les nouveaux responsables sont pour la plupart relativement jeunes, ils ont de l’expérience, ils ont tout pour réussir même si les régions ont effectivement de nombreux problèmes financiers. Au total, nous comptons allouer 50 milliards de roubles aux régions pour satisfaire leurs besoins. »

Rappel. Cinq gouverneurs ont donné leur démission au cours des deux premières semaines du mois de février. En attendant les prochaines élections, prévues pour septembre 2017, le Kremlin a désigné à leur place cinq jeunes gouverneurs intérimaires. Les experts perçoivent, derrière ces changements, la mise en place d’une nouvelle stratégie de développement de l’économie nationale. La suite à lire ici.

Sur le programme des hectares gratuits en Extrême-Orient

« Le programme fonctionne bien, mais nous avons énormément de demandes (92 000 actuellement), et le système qui les gère s’essouffle. Nous avons tout de même réussi à satisfaire un tiers des demandes, soit 25 000. Aujourd’hui, il faut seulement deux mois et demi pour obtenir un hectare en Extrême-Orient, alors qu’il faut des années pour en obtenir un dans la partie centrale du pays. La Russie a plus de 43 millions d’hectares de terres agricoles non utilisées, ce sont des réserves foncières colossales. Nous devons aller au bout de cette expérience en Extrême-Orient et résoudre les problèmes. Il faut aussi éviter que des individus trop malins n’achètent beaucoup d’hectares pour les revendre et spéculer. La loi que nous avons élaborée les en empêche. »

Rappel. A partir de février 2017, en vertu de la loi “La terre au peuple”, promulguée par Vladimir Poutine le 2 mai, tout citoyen de Russie peut acquérir gratuitement un hectare de terre dans une des neuf régions ou républiques de l’Extrême-Orient russe.

ligne directe poutine 2017
Quelque 2 millions de questions ont été adressées au président russe lors de cette édition 2017. Crédits : kremlin.ru

Sur la gestion des déchets

« Le problème des décharges publiques est particulièrement sensible à Toula, au Tatarstan et dans la région de Moscou. Nous allons construire quatre usines d’incinération de déchets, dont trois dans la région de Moscou. C’est la compagnie Rostec qui va s’en charger, en coopération avec des groupes japonais. Le budget fédéral va allouer 50 milliards de roubles à la gestion du problème des déchets. Nous avons par ailleurs adopté une loi sur le recyclage des ordures, mais son entrée en vigueur a été reportée au 1er janvier 2019. Cette loi prévoit de taxer les entreprises, mais ces dernières nous ont demandé un report à cause de la crise. La population elle aussi sera soumise à des taxes écologiques. Toutefois, les effets de toutes ces mesures ne seront visibles qu’au bout d’un certain temps. »

Rappel. 2017 est l’année de l’écologie en Russie.

Sur les problèmes démographiques

« Nous avons fait beaucoup pour stimuler la démographie en Russie, et notre natalité est actuellement en hausse – elle croît plus rapidement que dans les pays européens. Il faut se rappeler combien, sur ce plan, la Seconde Guerre mondiale nous a causé de lourdes pertes, des dégâts importants et durables – notre taux de natalité a alors chuté de 60%. Dans les années 1990, ensuite, les naissances ont de nouveau baissé de 50% – c’est-à-dire que les pertes démographiques de cette décennie 1990 sont comparables à celles que nous avons subies pendant la guerre. Par conséquent, aujourd’hui, le nombre de jeunes gens en âge de procréer, surtout de jeunes femmes, s’est réduit – il s’agit essentiellement des gens nés dans les années 1990. Moins de gens peuvent donner naissance en Russie, et l’État doit donc agir pour éviter que le pays ne se retrouve dans un fossé démographique. Plus de sept millions de familles ont déjà reçu des aides. Et dans les régions où la situation démographique est particulièrement alarmante, nous avons même introduit des allocations supplémentaires pour la naissance d’un troisième enfant.

Depuis 2000, le taux de mortalité infantile en Russie a été divisé par trois ; la mortalité maternelle par quatre. Aucun autre pays dans le monde n’affiche de résultats aussi encourageants dans sa sphère sociale. L’espérance de vie moyenne de la population augmente également : elle est aujourd’hui de 72 ans. »

Sur la famille Poutine

« Mes enfants habitent Moscou et j’ai aussi des petits-enfants. Mes filles travaillent dans le domaine de la science et de l’éducation, elles ne s’occupent pas de politique, mes petits-enfants sont déjà à la maternelle. Je veux qu’ils grandissent comme des enfants normaux, et non comme des princes de sang. Si les gens apprennent qu’ils sont mes petits-enfants, on ne les laissera pas en paix, cela risque de porter préjudice à leur développement. Je l’ai dit : je tiens à ce qu’ils aient une enfance normale, et je vous demande donc votre compréhension. Je viens d’avoir un deuxième petit-fils. »

Vidéo d’une petite-fille de Poutine

Sur l’Ukraine

« En annonçant la nouvelle de l’abolition du régime de visas entre l’Ukraine et l’Union européenne, le président Petro Porochenko a cité ces vers de Lermontov : “Adieu, Russie sale ; pays des maîtres et des esclaves ; Et vous, uniformes bleus ; Et toi, peuple qui leur est dévoué”. Je constate que le président ukrainien connaît les classiques russes et s’intéresse à notre littérature – et je lui fais mes compliments pour cela. Mais ce poème de Lermontov a une suite: “Peut-être, derrière le mur du Caucase, pourrai-je me cacher de tes pachas”. Il faut se souvenir que Lermontov a écrit ces lignes en 1842 – à un moment où il se préparait à aller combattre dans le Caucase ; Lermontov était un officier, et il défendait son pays. Il faut aussi se rappeler qu’à cette époque, l’Ukraine faisait partie de la Russie. Et Lermontov, dans ce poème, parle de toute la Russie – y compris des régions qui sont aujourd’hui l’Ukraine.

En citant ces vers, Porochenko voulait montrer à ses électeurs qu’il avait tenu ses promesses, qu’il avait fait, comme disent les Ukrainiens, un “choix civilisationnel” – qu’il menait son pays vers l’Europe. Il a évoqué les “uniformes bleus”. Peut-être faut-il le prévenir : ces uniformes bleus que Lermontov voulait fuir en Russie sont tout aussi nombreux en Europe. Je rappellerai aussi ceci : il y a quelques années, nos revenus moyens, en Ukraine et en Russie, étaient de 550 dollars. Aujourd’hui, le revenu moyen est de 624 dollars en Russie – et de 250 dollars en Ukraine. Parallèlement, en Ukraine, les charges ont grimpé et les retraites ont chuté, la population ukrainienne risque d’être confrontée à des problèmes sanitaires.

Certes, nous aurions pu, nous aussi, trouver des exemples dans la littérature pour répondre à M. Porochenko. Mais je ne le ferai pas – par respect pour le peuple ukrainien, pour notre histoire et notre foi communes. Et si quelqu’un veut devenir européen pour de vrai, qu’il commence par fermer ses comptes offshore. Pour conclure, je ne citerai que ces vers du poète ukrainien Chevtchenko : “L’Ukraine s’était battue jusqu’au bout ; et ses enfants sont en train de la crucifier ; en faisant pire que les Polonais”. J’espère que cette situation prendra fin un jour. »

Rappel.  Depuis dimanche 11 juin, l’Union européenne a officiellement supprimé le régime des visas Schengen pour les Ukrainiens qui peuvent donc désormais passer 90 jours en Europe, à condition néanmoins de ne pas y travailler.

Sur le développement des liaisons aériennes

« Les citoyens de notre pays doivent pouvoir voyager dans les régions sans passer obligatoirement par la capitale. Nous travaillons depuis quelques années à organiser le réseau de transport aérien pour la Sibérie orientale et l’Extrême orient. C’est un problème de taille, car les distances sont très longues et les passagers trop peu nombreux. Les entreprises publiques doivent s’occuper de ces vols régionaux. »

Sur l’Arctique

« Nous prévoyons de construire quatre brise-glaces atomiques : outre l’Arktika [mis à l’eau jeudi 16 juin 2016], il s’agira du Sibir et de l’Oural ; et, vers 2025, d’un nouveau navire capable de briser des morceaux de glace de n’importe quelle épaisseur. Aucun pays au monde ne possède de brise-glace pareil. Mais nous, nous en avons besoin pour explorer le Nord, l’Arctique.

La Russie va s’étendre grâce à l’Arctique, qui assurera son avenir. Vers 2050, 30% de nos hydrocarbures seront extraits en Arctique, nous avons déjà commencé à le faire. Si le réchauffement climatique se poursuit, la navigation dans l’Arctique va s’intensifier. De nombreuses puissances s’intéressent à cette zone – nous sommes prêts à coopérer avec elles, mais nous devons assurer notre priorité. Nous savons que certains guides étrangers affirment déjà aux touristes, sur l’archipel François-Joseph, que celles-ci appartenaient “autrefois” à l’URSS. Nous devons faire preuve de prudence et garantir la souveraineté russe sur ce territoire. Nous devons défendre nos territoires, assurer leur sécurité. Nous savons aussi que l’itinéraire des missiles américains passe par l’Arctique : nous en sommes informés et nous devons veiller sur la situation. Nous ne nous occupions pas de ces questions par le passé parce que nous n’en avions pas les moyens. Mais la Russie est aujourd’hui de retour dans l’Arctique – et, je l’espère, à jamais. »

Rappel. Le brise-glace à propulsion nucléaire Arktika, le plus grand et le plus puissant au monde, a été mis à l’eau jeudi 16 juin au chantier naval de la Baltique, à Saint-Pétersbourg. L’Arktika est le premier d’une série de trois navires en construction, qui devront renouveler la flotte russe des brise-glace atomiques. Les trois brise-glace actuellement en circulation, qui arriveront au terme de leurs périodes d’exploitation en 2020, seront remplacés par l’Arktika, le Sibir et l’Oural, les deux derniers étant encore en chantier. La livraison des trois brise-glace est prévue, respectivement, pour 2017, 2019 et 2020. Ils sont tous construits dans le chantier naval de la Baltique, à Saint-Pétersbourg, sur une commande de Rosatomflot (corporation Rosatom). Le chantier naval de la Baltique est la seule usine fabriquant ce type de navires en Russie et dans le monde. La suite à lire ici.

Sur la passation de la cathédrale Saint-Isaac à l’Église

« La Russie est un État laïc, et elle le restera. Après la révolution d’Octobre, l’État a tout fait pour anéantir nos racines spirituelles et religieuses, de nombreuses églises ont été détruites. L’État a tenté de remplacer la Bible par le Code moral du constructeur du communisme, mais il y a échoué. Heureusement, la cathédrale Saint-Isaac a survécu. En pratique, cet édifice n’a jamais appartenu à l’Église mais à l’État – sachant que le Tsar était aussi le chef de l’Église russe. Saint-Isaac a été construite comme une église, et non comme un musée. À l’époque soviétique, ils en ont fait un “musée de l’athéisme” – une façon de railler les sentiments religieux des orthodoxes. Mais il aussi vrai qu’aujourd’hui, des millions de gens visitent la cathédrale chaque année, dont des touristes étrangers. Nous avons une loi, datant de 2010, qui prescrit le transfert des bâtiments religieux à l’Église. Mais avons aussi des lois qui interdisent le transfert de propriété de bâtiments protégés par l’UNESCO. Nous allons résoudre ces contradictions en faisant en sorte que le culte soit rendu et que le musée continue de fonctionner. Nous devons respecter les sentiments religieux des gens et ne jamais oublier que cet édifice a pour vocation première d’être une église, et non un musée – même si la fonction de musée doit être sauvegardée. Il faut dépolitiser ce sujet. »

Rappel. Le 10 janvier 2017, le gouverneur de Saint-Pétersbourg, Gueorgui Poltavtchenko, a annoncé officiellement le transfert de l’administration de la cathédrale Saint-Isaac à l’Église orthodoxe russe à compter de décembre 2017, pour une période de 49 ans. L’annonce a immédiatement suscité une vague de protestation au sein de la population pétersbourgeoise, qui a organisé plusieurs rassemblements et lancé une pétition, ayant déjà recueilli plus de 200 000 signatures. La suite à lire ici.

Poutine ligne directe 2017
La première Ligne directe avec le président avait été organisée en décembre 2001. Crédits : kremlin.ru

Sur les États-Unis

« Pour nous, les États-Unis ne sont pas un ennemi. Nous avons été alliés lors des deux guerres mondiales, et l’Empire russe a joué un rôle important au moment de la guerre d’indépendance des États-Unis, en les aidant à l’obtenir. La russophobie qui est bien présente aujourd’hui aux États-Unis est la conséquence des luttes politiques internes qui s’intensifient. En Russie, nous sommes très nombreux à respecter les réalisations des Américains, et nous espérons qu’un jour, nos relations reviendront à la normale. Nous pouvons coopérer avec les États-Unis en veillant ensemble à la non-prolifération des armes nucléaires, en luttant ensemble contre la pauvreté et pour le respect de l’environnement. Nous connaissons la positions de M. Trump, mais rappelons-nous qu’il ne refuse pas de discuter. Il faut continuer de discuter avec lui au lieu de l’insulter, comme certains le font. Sans les États-Unis, il est impossible de résoudre les problèmes climatiques, les USA étant un des plus gros pollueurs mondiaux. Nous avons tout de même réussi à nous entendre avec Washington sur l’Iran, ce qui veut dire que nous sommes capables de travailler ensemble. Et sur la Syrie, il est évident pour tout un chacun que la crise ne pourra être résolue sans un travail concerté. Nous sommes prêts à un dialogue constructif. »

Sur l’ex-directeur du FBI James Comey

« L’ancien directeur du FBI affirme que la Russie est intervenue dans les élections américaines sans fournir la moindre preuve. Il dit que nous avons “influencé les esprits”. Mais peut-il en être autrement dans le monde ?! La propagande américaine va bon train. Les ONG financées par les Américains ne constituent-elles pas une “influence américaine” sur nos vies ? Les intérêts américains sont partout, et ils se mêlent de tout. Nous avons pour notre part notre avis, notre point de vue – et nous continuerons de le défendre. Au moins, l’ex-directeur du FBI a reconnu que nous ne nous sommes pas mêlés de leur comptage des voix, heureusement ! Et s’il est poursuivi, qu’il sache que nous sommes prêts à lui accorder l’asile politique en Russie, comme à M. Snowden. »

Rappel. James Comey a été limogé le 9 mai sur ordre présidentiel alors que ses services enquêtaient sur de possibles collusions entre des proches de Trump et des responsables russes, pouvant avoir mené à une ingérence russe dans l’élection américaine.

Sur l’accessibilité aux soins de santé

Dans tous les pays du monde, les patients sont très critiques envers leur système de santé national. Nous avons, en Russie, beaucoup de problèmes – et pourtant, en trois ans, nous avons construit 2 000 hôpitaux et cliniques. Mais il est vrai que nous manquons de médecins spécialisés, et que les files d’attente ne diminuent pas. Nous devons assurer l’accès aux soins médicaux pour tous.

Sur les relations avec les PME

« Malgré certains problèmes, nos petites et moyennes entreprises se développent, y compris dans la sphère des hautes technologies, ce qui nous réjouit vivement. Nos grandes entreprises doivent développer le réseau des PME en s’appuyant sur les PME russes, au lieu d’acheter bêtement de l’équipement à l’étranger. »

Sur la Syrie

« Nos opérations en Syrie nous ont permis de comprendre comment nos armements fonctionnaient sur le terrain, sur le champ de bataille, de les améliorer et de les peaufiner. L’expérience acquise dans ce pays nous a été extrêmement utile. Nous voulons permettre aux forces syriennes d’agir de façon indépendante et efficace. »

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La plus longue Ligne directe a été enregistrée en 2013 avec 4h47 de questions-réponses. Crédits : kremlin.ru

Sur la destruction des “quatre étages” à Moscou

« D’ici 10 à 15 ans, ces immeubles moscovites vont tomber en ruines, et la capitale connaîtra les mêmes difficultés liées au logement que les autres régions russes. C’est pour ça que nous devons commencer à résoudre ce problème dès à présent – dans le respect de la loi et en tenant compte des intérêts des habitants. (…) Les logements vétustes sont un problème majeur. Nous avons 80 millions de m2 de logement vétuste dans le pays, et nous construisons autant de nouveau logement chaque année. Ce problème majeur, nous avons commencé à lui chercher des solutions dès 2010. De l’argent est alloué à ces fins. Nous devons comprendre combien de gens ont besoin d’être relogés. »

Rappel. Mercredi 14 juin, la Douma d’État a adopté en troisième et dernière lecture un projet de loi sur la rénovation des logements à Moscou, qui autorise notamment la démolition des immeubles comportant jusqu’à huit étages construits sur un modèle élaboré entre 1957 et 1968 (d’où leur surnom de « khrouchtchevka »). La suite à lire ici.

Sur l’opposition

« Je suis prêt à parler avec tous ceux qui souhaitent réellement améliorer la vie des gens en Russie – et non tourner les problèmes à leur avantage, les utiliser à des fins de promotion personnelle. Certains de nos opposants spéculent sur les difficultés existantes au lieu de proposer des solutions. Mais les gens qui proposent des solutions, eux, méritent une attention toute particulière de la part des autorités. »

Rappel. Publié le 2 mars sur le compte de l’opposant Alexeï Navalny, le documentaire Ne l’appelez pas Dimon dénonce des affaires de corruption impliquant le Premier ministre Dmitri Medvedev. Visionné plus de 18 millions de fois sur Youtube, le film est à l’origine des manifestations du 26 mars et 12 juin. La suite à lire ici.

Si Poutine avait une machine à voyager dans le temps…

« Je voudrais voir comment Saint-Pétersbourg est née et s’est développée, je voudrais voir comment nos grands-pères se sont battus pendant la Seconde Guerre mondiale. Concernant l’avenir, cette machine, nous la possédons déjà : il s’agit de l’Histoire. Nous devons connaître et étudier l’Histoire afin de comprendre comment construire notre avenir. C’est aujourd’hui qu’il faut travailler à rendre l’avenir radieux. »

Que fait Poutine si on veut le berner ?

« Si je comprends que quelqu’un veut me tromper, avant de réagir, je tente de comprendre pourquoi il veut le faire, quels sont ses motivations et ses objectifs… Mais de toute façon, je ne l’oublie jamais. »

Sprint final

Savez-vous comment vivent les gens simples ?

« Je sais très bien comment vivent les gens simples en Russie. Je ne peux pas laisser la lumière allumée en sortant d’une pièce, je l’éteins toujours. Parce que mon père a toujours fait très attention à cela, et je garde cette habitude. »

On dit que vous êtes un malade du numérique. Est-ce vrai ?

« Je suis en bonne santé, merci. Simplement, sans le numérique, nous ne pourrons pas passer au nouveau stade du développement technologique – et alors, nous n’aurons pas d’avenir. Nous avons toujours une excellente école de mathématiques, la programmation se développe aussi très bien en Russie, l’objectif est d’assurer l’existence d’un marché pour nos programmeurs. »

Que faites-vous pendant votre temps libre ?

« Je travaille. »

Quel chef d’État a la poignée de main la plus forte ?

« La force d’un chef d’État se mesure à son attitude envers son pays et son peuple – et non à la vigueur de sa poignée de main. »

Quand vous dites : Je ne trahis pas les miens, pensez-vous aussi à tous les corrompus qui vous entourent ?

« Les corrompus, ce ne sont pas “les miens”. »

Avez-vous lu des livres sur vous ?

« Je n’ai lu aucun des livres qui m’ont été consacrés. »

Quelle est votre plus grosse pêche ?

Le plus gros poisson que j’ai attrapé pesait 20 kilos.

Quand le président va-t-il rouler en voiture russe ?

« J’espère que le président russe pourra très bientôt rouler dans une voiture de fabrication nationale. La Russie doit bien évidemment fabriquer des voitures pour les membres du gouvernement. »

Qui sera votre successeur ?

Ce sera au peuple russe de le désigner. Mais je dirai en temps voulu qui me paraît le plus apte à me succéder à ce poste.

Le mot de la fin :

« Nous devons assurer la hausse des revenus de la population. Nous devons mettre fin à la misère, aux baraquements. Nous devons développer notre économie. Nous avons besoin du numérique, nous devons réorganiser notre travail au niveau administratif, améliorer notre gestion administrative. »

 
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Publié par le juin 15, 2017 dans Afrique

 

VIDEO. Yves Coppens réagit à la découverte du premier des Homo sapiens

Le découvreur de Lucy Yves Coppens commente la trouvaille de l’homme de Jebel Irhoud, au Maroc, le plus vieux des Homo sapiens, qui fait reculer l’âge de notre espèce de 100.000 ans. Voilà le genre de nouvelle qui je ne sais pourquoi a le don de m’apaiser, ça et l’astrophysique à laquelle je ne comprends rien à mon grand regret, relativise toutes les petites mesquineries et les grandes catastrophes dont l’espèce humaine est capable (note de Danielle Bleitrach).

https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/paleontologie/yves-coppens-reagit-a-la-decouverte-du-premier-des-homo-sapiens-vieux-de-300-000-ans_113691

Yves Coppens

Yves Coppens parle de l’homme de Jebel Irhoud.

© Habib Achour

Des restes d’Homo sapiens, très semblables aux hommes d’aujourd’hui, ont été mis au jour au nord-ouest du Maroc, sur le site de Jebel Irhoud. Ils sont impeccablement datés de 300.000 ans. C’est un sacré coup de vieux pour notre espèce, qui vieillit de 100.000 ans. « Cette découverte représente la racine même de notre espèce, l’Homo sapiens le plus vieux jamais trouvé en Afrique ou ailleurs« , explique le Français Jean-Jacques Hublin, directeur du département d’Evolution humaine à l’Institut Max Planck de Leipzig (Allemagne), coauteur des travaux et professeur invité à la chaire de paléoanthropologie du Collège de France. Pour autant, cette découverte ne fait pas de l’Afrique du Nord le berceau de notre humanité : il y a 300.000 ans en effet les Homo sapiens semblent avoir été déployés dans tout le continent noir, comme en témoigne la découverte d’outils de pierre du Middle stone age qui semble avoir été son apanage. Pour les chercheurs français, allemands et marocains, notre espèce serait pan-africaine.

Yves Coppens réagit en vidéo pour Sciences et Avenir

Ancien titulaire de la chaire de paléoanthropologie du Collège de France, le célèbre Yves Coppens commente pour Sciences et Avenir cette découverte qui bouscule l’histoire de notre espèce et va obliger à la réécriture des manuels scolaires. « C’est la première datation aussi importante d’un Homo sapiens où que ce soit dans le monde », souligne dans la vidéo ci-dessous le découvreur de Lucy. Selon lui, il va falloir réexaminer tous les Homo sapiens archaïques fossiles connus à la lumière de la nouvelle datation. Le chercheur s’interroge également sur les relations que l’homme de Jebel Irhoud entretenait avec une autre espèce africaine contemporaine, Homo naledi.

https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01667468/zone/1/showtitle/1/src/rxfpuv

 
 

Abdellatif Laâbi : « La bataille des idées est de nouveau devant nous »

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Entretien inédit pour le site de Ballast

Poète et romancier, dramaturge et traducteur, ancien « comploteur » aux yeux de la monarchie marocaine (huit ans de prison) et cofondateur, dans les années 1970, du mouvement révolutionnaire et socialiste Ilal-Amam : l’homme est de ceux qui paient leurs mots comptant. « Je n’irai pas jusqu’à remercier mon geôlier, mais j’avoue que sans lui la liberté que j’ai gagnée serait restée pour moi une notion assez abstraite. Alors, dans cette affaire et malgré les apparences, qui a eu le dernier mot, de lui ou de moi ? », demande Laâbi. Entretien — de la montée de l’islamisme à la poésie comme incitation à la vie.

Vous lire ne rend pas notre entretien chose aisée ! Vous confiez, dans Le Livre imprévu, le désespoir et l’agacement qui sont les vôtres face à tous ces journalistes qui ressassent les mêmes questions, ne vous lisant pas ou se contentant d’Internet. Tentons quand même. Vous parlez du Maghreb comme d’une « belle utopie qui ne cessera jamais d’éclairer [votre] chemin d’homme ». Quel est ce rêve, au juste ?

C’est un rêve concret qui a visité beaucoup de Maghrébins de ma génération au lendemain des indépendances. Nous y avons cru dur comme fer. Notre foi était loin d’être irrationnelle. Elle prenait en compte une histoire commune (l’épisode colonial y compris), la continuité géographique, l’usage de langues communes (l’arabe, l’amazigh ainsi que le français), la même aspiration à la construction d’un projet politique pouvant assurer une véritable souveraineté, la démocratie et la justice sociale. L’idée d’un grand Maghreb s’était cristallisée presque en même temps que l’idée européenne. Elle aurait pu avancer elle aussi et se réaliser par étapes pour déboucher sur une forme d’union adéquate. La marâtre Histoire, bras armé de tant de forces rétrogrades et égoïstes coalisées, en a décidé autrement. Et nous payons aujourd’hui très cher ce ratage. Pour autant, la force d’attraction d’une telle utopie n’a pas disparu. Je le vérifie personnellement à chaque occasion où des intellectuels et des créateurs maghrébins se trouvent réunis ici ou là de par le vaste monde. La complicité et la fraternité sont immanquablement au rendez-vous. Les murs-murailles et autres rideaux de fer érigés entre nos pays par les régimes en place nous paraissent tellement dérisoires !

En 2013, vous avez publié Un autre Maroc. Vous dénoncez sa « justice archaïque » et déplorez la mise à l’écart de certaines minorités (chiites, chrétiennes, athées, homosexuelles). Sous Hassan II, vous écriviez qu’ on écrasait « la chair et l’âme des insoumis ». Qu’en est-il des âmes et des corps, sous le règne de son fils ?

L’écrasement est moins brutal et systématique sous le nouveau règne. Le nier serait stupide. Mais il revêt d’autres formes qui ne sont pas moins stérilisantes s’agissant de la vie politique. Cette dernière se déroule à l’instar d’un théâtre de marionnettes où les ficelles sont tirées par ce que l’on appelle par euphémisme le « pouvoir profond », terme qui remplace de plus en plus, dans le nouveau lexique politique marocain, celui bien connu de makhzen, désignant l’ensemble des appareils de l’institution monarchique. En dehors d’une minorité qui proteste encore contre la duperie d’un tel système, la plus grande partie de la classe politique, y compris la mouvance islamiste qui est au gouvernement aujourd’hui, s’en accommode sans grands états d’âme. Le plus pervers dans cette situation, c’est que l’on n’a plus besoin de truquer les élections. On peut même dire que les dernières d’entre elles ont été relativement libres et transparentes. L’illusion démocratique fonctionne donc bien, alors que nous faisons encore du surplace s’agissant de l’établissement de l’État de droit, d’une réelle séparation des pouvoirs et de l’exercice sans entrave des libertés. Dans une telle situation, ceux que vous appelez « les insoumis » sont condamnés à prêcher dans le désert.

La même année, Tariq Ramadan intervenait sur une chaîne marocaine et faisait savoir qu’il n’aurait « aucun problème » avec le statut de amīr al-mu’minīn (« commandeur des croyants ») du roi s’il y avait plus de cohérence entre les principes et leur application, c’est-à-dire « plus de démocratie, plus de transparence, plus de liberté ». Quel est votre regard sur la monarchie comme mode de gouvernement ?

Je n’ai pas de problèmes avec la monarchie comme mode de gouvernement. On sait que les monarchies européennes sont exemplaires s’agissant du respect des règles démocratiques. L’une d’entre elles, l’espagnole, alors qu’elle était l’héritière désignée de la dictature franquiste, a joué, au moment qu’il fallait, un rôle déterminant dans la transition vers la démocratie. Au Maroc, et au début du règne actuel, la monarchie a un temps hésité. Elle a même donné quelques signes forts en direction du changement, avant que sa nature profonde ne revienne au galop et qu’un certain nombre de ses archaïsmes ne soient reconduits à l’identique. Là encore, je pense que nous avons raté un rendez-vous avec l’Histoire. Et dans ce ratage, on ne peut pas incriminer la seule institution monarchique. D’autres composantes politiques y ont pris une large part. Je pense notamment au Premier ministre socialiste de l’époque (1999), Abderrahman Youssoufi, qui aurait pu, s’il avait eu la stature d’un homme d’État comme Adolfo Suarez en Espagne, négocier la transition dans le sens d’une reconsidération des prérogatives de la monarchie, d’un rééquilibrage des pouvoirs, créant ainsi les conditions d’un véritable décollage démocratique.


Bill Traylor, MAN WITH A PLOW, 1939-1942, Alabama

Dans Le Livre imprévu, vous n’êtes pas tendre avec les religieux : « Des diables d’hommes, barbus jusqu’aux couilles, et des jeunes filles en fleurs bien fanées sous le voile de rigueur. » Vous avez dénoncé le rôle de Hassan II dans la montée de l’intégrisme islamique : pourquoi la tradition qui fut la vôtre, celle de l’émancipation sociale et révolutionnaire, n’a-t-elle plus, ou presque, voix au chapitre dans le monde arabe ?

Je crois avoir donné, dans le livre que vous citez, au moins un début de réponse à votre question. Le projet d’émancipation qui fut le nôtre dans les années soixante, début des années soixante-dix, a été combattu férocement, de l’intérieur comme de l’extérieur. De l’extérieur, il suffit de rappeler la guerre de juin 1967 ou, sur un tout autre plan, l’enlèvement à Paris de Mehdi Ben Barka et son assassinat. Le monde arabe a été à l’époque l’un des terrains les plus chauds de la guerre froide, et l’une des cibles privilégiées de l’impérialisme américain et de ses acolytes. De l’intérieur, l’une des « armes » utilisées pour contrecarrer le mouvement de contestation a été, dans le cas du Maroc par exemple, d’introduire le loup intégriste dans la bergerie de l’enseignement public. Cinquante ans plus tard, les effets de cette politique vont peser lourdement sur le déroulement de ce que l’on a appelé le « printemps arabe ». Le mouvement révolutionnaire ayant été laminé au cours des décennies précédentes, la masse des jeunes et des moins jeunes qui était sortie dans les rues pour dénoncer les régimes dictatoriaux et pour revendiquer la dignité et la liberté n’a pas pu s’organiser afin d’élaborer un projet susceptible d’entraîner l’adhésion du peuple. Face à elle, les islamistes de tout poil étaient la seule force organisée (et ce, depuis des décennies) qui, sans coup férir, était prête à prendre le pouvoir si des scrutins libres devaient se présenter. Cela dit, devant cette réalité, il ne sert à rien de se lamenter. Cette nouvelle donne ne doit pas pousser à rendre les armes avant d’avoir combattu. La bataille des idées est de nouveau devant nous. Encore faut-il s’y rendre après avoir revisité de façon critique celles qui nous ont fait monter au créneau il y a cinquante ans !

La Palestine occupe justement une place importante chez vous. Dans votre avant-propos à l’anthologie La Poésie palestinienne contemporaine, vous écrivez que la tâche des poètes est « complexe, presque inédite ». Quelle est donc la spécificité du poète palestinien ?

Si je vous disais que ce sont des poètes et des écrivains comme Mahmoud Darwich, Samih al-Qassim, Ghassan Kanafani, Émile Habibi, Tawfiq Zayyad, Fadwa Touqan, etc. qui ont créé le peuple palestinien, me croiriez-vous ? Et je n’ai pas l’impression d’exagérer en affirmant cela. Un peuple, c’est, en plus d’une terre, une langue, une identité, une mémoire. N’est-il pas vrai que ce sont ces écrivains qui ont forgé tout cela ? Voilà qui devrait nous amener à reconsidérer les pouvoirs de la littérature !

Dans son livre Je t’aime au gré de la mort, que vous avez traduit, Samih al-Qassim écrit : « Il n’y a pas de solution dans la solution guerre et paix. » Comment entendez-vous ces mots ?

Il aurait fallu poser la question à Samih al-Qassim de son vivant ! Mais, connaissant bien le poète et un peu l’homme, il me semble que ce qu’il dit là n’est pas sans rappeler ce que la gauche marxiste palestinienne et certains intellectuels israéliens avaient proposé très tôt, à savoir l’idée de l’État démocratique et laïque réunissant les deux peuples. Cela dit, je peux me tromper.


Bill Traylor. Untitled (Man, Woman), 1940–1942

Vous avez ouvert L’Écorché vif sur cette phrase : « Lorsqu’un poète parle en dehors de sa poésie, ne commet-il pas sa plus grave infidélité ? » Expliquer et développer votre art, comme nous le faisons ici, est-ce un pan de votre œuvre, une autre manière de la décliner, de la composer, de l’orienter, ou vraiment… une tromperie ?

Une tromperie ? Certes non. Un devoir de partage, assurément. Parfois obligé, je le reconnais volontiers, car j’aimerais tellement parier sur l’effort de l’interlocuteur, je veux dire du lecteur. J’aimerais tellement que l’on se rende compte, sans que je sois obligé de le souligner, que je fais partie de ces écrivains qui n’ont que peu de secrets pour ce lecteur. Pratiquement, à chaque livre, j’invite ce dernier à visiter la cuisine, ou la forge, où s’élabore mon écriture. Que de fois ne lui ai-je pas dit que pour moi écrire est une aventure qui n’a de sens que s’il prend au moment désigné le relais de l’écrivain ? C’est pour toutes ces raisons qu’il m’arrive d’enrager quand je dois expliquer, commenter ce qui devrait être perçu, reçu comme une offrande, avec sa part de mystère. Pour moi, le poème vient, naît ou advient chargé de sa propre pensée (ou, si vous voulez, sa philosophie). Cette dernière lui est intrinsèque, presque organique. Aussi le discours extérieur au poème est-il souvent aventureux. Il peut verser facilement dans l’apologie, ou simplement le surcroît d’intelligence. Il prend le risque de rationaliser ce qui ne relève pas du rationnel et de passer à côté de ce qui fonde même le travail de l’écriture : l’intuition, la vision, le souffle, le risque, le corps à corps avec la langue, les pièges de celle-ci, et ses pesanteurs.

Dans l’ouvrage qu’il vous a consacré, Jacques Alessandra donne à lire que vos écrits « s’inscrivent dans un système de défense des valeurs humaines ». Mais, plutôt que d’utiliser la notion par trop usée d’« engagement », vous mettez en avant une « éthique » de l’écriture. Edgar Morin, dans sa Méthode, définit l’éthique comme « un point de vue supra- ou méta-individuel », tandis que la morale se placerait au niveau des actions et des décisions des individus. Quel est le sens que vous donnez à votre éthique ?

 

N’étant pas philosophe, je me garderai de m’aventurer sur le terrain des concepts. Sur ce plan-là aussi, je pense que l’éthique est intrinsèque à l’écriture, comme la pensée d’ailleurs. Et si je devais partir de mon expérience personnelle, j’affirmerais en toute honnêteté que c’est la poésie qui m’a fait découvrir les valeurs éthiques qui vont, par la suite, guider ma pratique dans tous les domaines. Tout le monde sait que l’écriture a précédé chez moi l’engagement politique. Nous avons là une approche assez singulière de la notion d’engagement, n’est-ce pas ? Pour moi, celui-ci se conçoit et prend corps à un niveau sensible, au plus intime de l’être. C’est d’abord un appel intérieur qui va s’extérioriser par la suite et se traduire en positions, convictions et actes. Reste un mystère. Pourquoi telle personne et pas une autre s’implique, donne d’elle-même sans compter, accepte des sacrifices et va jusqu’à se soumettre à l’ordalie ? Pourquoi certains se découragent facilement et d’autres persistent, même dans les situations les plus désespérées ? Croyez-moi, j’ai longuement réfléchi à tout cela, notamment pendant les années d’enfermement, sans trouver de réponse. Un miracle humain ? Pourquoi pas ? C’est le seul en lequel je puisse croire car je l’ai observé, et de mes yeux vu.

Dans Zone de turbulences, vous tancez les prédateurs de notre époque, plus « indécents » qu’autrefois ; vous faites la liste de tout ce qui a perdu de son goût, de sa saveur et de sa substance. En revanche, « le petit monde », tel que vous le nommez, celui des dominés, sans doute, des gens sans pouvoir, n’a pas changé. D’une part, vous semblez vous placer en faux contre une certaine idée mécaniste du Progrès ; de l’autre, vous observez un statu quo de l’oppression : est-ce cela qu’il faut comprendre ?

Oui, c’est bien cela. Côté ténèbres : les visages de la barbarie d’aujourd’hui sont peut-être différents de ceux d’hier. Mais la barbarie, dans son essence, n’a pas changé. Les peuples qui viennent de mettre à bas la statue d’un tyran peuvent dès le lendemain acclamer un nouveau tyran. Côté lumière : un peuple qui semble soumis aujourd’hui, acceptant toutes les avanies, peut s’insurger demain et revendiquer des libertés inconcevables auparavant. L’égoïsme, l’indifférence, la fermeture de l’esprit peuvent, dans des circonstances déterminées, voler en éclats pour faire place à l’altruisme, l’attention à autrui, l’accueil bienveillant de la différence. La dualité est en nous, en chacun de nous. Ce qui compte, c’est la vigilance, le travail incessant de l’esprit, la reconstruction permanente de la pensée qui peut combattre efficacement l’assoupissement des consciences et le flux rampant des obscurantismes.

Remontons le temps. Un autre recueil de poésie, Sous le bâillon le poème. Ce sont vos écrits de prison, de 1972 à 1980. « J’ai une terrible passion du futur », y écriviez-vous ; quelques décennies plus tard, en 2011, vous affirmez : « Demain / n’est pas de mon ressort »…

C’est quand même un demi-siècle qui sépare ces deux assertions ! Chacune d’elle illustre bien ce qu’est et ce que devient le rapport au temps en fonction des différentes saisons de la vie. Et comme je m’adresse, du moins je l’espère, à différentes générations, chacune d’elles va chercher dans ce que j’écris ce qui lui parle ou rejoint ses propres préoccupations. Ce n’est pas moi qui irais gommer les contradictions dans ce que j’ai écrit. Certaines d’entre elles me réconforteraient plutôt au soir de ma vie. Elles m’apportent la preuve que ma matière humaine n’est pas taillée dans le marbre et que j’aurais été, tout au long de ma vie, vivant, au sens fort du terme !


Bill Traylor, BULL, 1939-1942

Vous disiez, en prison : « Je suis un fanatique de notre espèce. » Vous maintenez, dans un récent ouvrage, votre « foi en la vie », votre « foi en cette humanité ». Où puisez-vous cet élan, cet optimisme — si le mot n’est pas trop pataud ?

Oui, nous sommes bien dans le domaine de la foi. Dans la pratique de la mienne, je ne peux adresser mes prières qu’à ce ciel que j’appelle « le ciel humain ». De qui puis-je attendre la compassion, le secours, la consolation, si ce n’est de lui ? C’est un ciel à deux visages : le barbare, et l’humain. Et, comme je ne le sais que trop, je ne peux pas être dans le désespoir permanent. Quant à l’autre ciel, celui vers lequel je me tournais avec mes parents au cours de mon enfance, il s’est avéré, pour moi en tout cas, vide et d’une totale abstraction. C’est dire qu’il est vain de lui demander des comptes ! Pour une fois, permettez-moi de reproduire in extenso le texte d’où vous tirez votre citation. Il me semble que c’est la façon la plus précise de répondre à votre question. J’y disais donc : « Foi en cette humanité / ni tout à fait barbare / ni tout à fait humaine / se perdant / se retrouvant / trébuchant / se relevant / marchant sur sa corde raide / mais marchant / connaissant ses limites / les repoussant / succombant aux ruses de l’Histoire / les déjouant / amnésique / et férue de mémoire / Cette humanité-là / mon unique peuple. »

Dans « L’arbre de fer fleurit », vous écriviez : « Oui la poésie restaurera l’homme. » Jean-Pierre Siméon a publié La Poésie sauvera le monde : la poésie, pense-t-il, peut nous élever puisqu’elle est « incertitude », « scepticisme », elle ne segmente ni n’immobilise, elle refuse la tyrannie du concept au profit d’une sorte de pulsion libertaire. Partagez-vous cette vision des choses, vous qui, non sans humour, mettez en avant votre « côté “barbare”, prélogique » ?

« La poésie comme voix charnelle, faisant battre les cœurs, ouvrant les yeux sur le continent intérieur, répercutant le cri de l’homme. »

Le continent humain est le territoire d’exploration permanent de la poésie. Et celle-ci, « un voyage au centre de l’homme », ai-je écrit quelque part. C’est donc au plus intime de cette « étrange créature » dont parlait mon grand frère turc Nazim Hikmet que nous naviguons, nous autres poètes. Nous sommes conscients du fait que notre voyage est périlleux. Certains d’entre nous y ont laissé leur raison, sinon leur peau. Notre travail consiste en une veille permanente, en une mobilisation constante de ce que l’être humain a de plus par rapport aux êtres et aux choses avec lesquels il coexiste dans notre monde : la conscience et, de là, l’étonnement, l’interrogation, l’émotion esthétique, le désir, l’amour, le démon de la connaissance, le sentiment de la finitude, parfois l’indignation, la compassion… Bref, tous ces ingrédients dont il faut rappeler qu’ils sont en quelque sorte le moteur de la vraie vie. S’il faut encore une autre formule pour résumer ce que la poésie représente pour moi, je dirais que c’est une incitation à la vie !

Benjamin Fondane, qui partage avec vous ce motif de l’exil, affirma : « Je n’étais pas un homme comme vous. / Vous n’êtes pas nés sur les routes : personne n’a jeté à l’égout vos petits / vous n’avez pas erré de cité en cité / traqués par les polices / vous n’avez pas connu les désastres à l’aube. Existe-t-il une fraternité, fût-elle ténue, des poètes de ces aubes désastreuses, une confrérie de ceux que les flics, un jour, chassèrent ?

Oui, je la connais bien cette constellation fraternelle, et je la chéris. Hélas, il me semble qu’elle était beaucoup plus peuplée par le passé. Les poètes acceptaient davantage les risques du métier. Parce qu’il y avait risques, effectivement. Le narcissisme inhérent à la nature humaine ne les empêchait pas de détacher le regard de leur nombril pour le porter vers la condition humaine et l’enfer du monde. C’est pour cela que leurs voix étaient agissantes. Elles portaient, comme on dit. Et les pouvoirs liberticides les craignaient. De nos jours, la poésie se trouve marginalisée, davantage dans le monde occidental que dans le monde arabe ou en Amérique latine, par exemple. Et la responsabilité n’en incombe pas exclusivement au système marchand de la chose littéraire tel qu’il s’est établi depuis quelques décennies. Osons dire que, dans le même temps, certaines pratiques de la poésie y ont contribué car elles ont tourné le dos à ce qui fait de cet art une « arme miraculeuse », selon l’expression d’Aimé Césaire, une « parole donnée, d’homme à homme », selon l’une de mes propres expressions. La poésie comme voix charnelle, faisant battre les cœurs, ouvrant les yeux sur le continent intérieur, répercutant le cri de l’homme, invitant à l’insurrection des consciences, célébrant la vie, au grand dam de la horde maudite des marchands du désespoir.

Illustration de bannière : Bill Traylor.

REBONDS

☰ Lire notre entretien avec Christophe Dauphin, « Pour le poète, il n’existe pas un espace sans combat », avril 2016
☰ Lire notre entretien avec Reza Afchar Naderi, « Ici, la poésie est coupée de l’homme », janvier 2016
☰ Lire notre entretien avec Jean-Pierre Siméon, « La poésie comme force d’objection radicale », décembre 2015
☰ Lire notre article « André Laude, poète anarchiste », André Chenet, octobre 2015
☰ Lire notre entretien avec Breyten Breytenbach : « On n’a pas nettoyé les caves de l’Histoire ! », juin 2015
☰ Lire notre entretien avec Tristan Cabral : « J’ai la chance de n’être pas dans le milieu soi-disant littéraire », mai 2015
☰ Lire notre article « Jean Sénac, poète assassiné », Éric Sarner, novembre 2014

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Par Ballast – 4 juin 2016
Revue collective de création politique (papier & numérique) — « Tenir tête, fédérer, amorcer »

 
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Publié par le juin 5, 2016 dans Afrique, litterature

 

Alger Républicain : Le rêve inachevé : voyage au bout de la pauvreté et de la misère

Accueil du site> Actualité politique nationale>Le rêve inachevé : voyage au bout de la pauvreté et de la misère

dimanche 18 octobre 2015
par  Alger republicain

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Dans quelques jours nous célèbrerons le 61e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale, le 1er novembre 1954. Après la guerre de libération nationale notre peuple rêvait d’un avenir meilleur que le présent qu’il venait de vivre, un présent de misère fait de larmes et de sang. Il rêvait d’un avenir peut-être pas en couleur mais moins gris que ce qu’il est devenu.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Nul ne peut nier que la pauvreté et même la misère ne cessent de s’étendre dans notre pays et à travers le monde, momentanément dominé par le capitalisme parvenu à son stade final, l’impérialisme. Le nombre de pauvres a-t-il diminué chez nous ? Non, il augmente à l’instar des pays dits riches, les pays capitalistes où le chômage provoqué par les systèmes en place va croissant pour le plus grand profit des gros possédants et des multinationales, modèle dont s’inspirent aussi les tenants de notre Etat. Les chiffres sont connus de tous, mais rappelons-les une fois de plus : 1% des plus riches possèdent la moitié des richesses du globe !

Dans notre pays qui divulguera les chiffres de la richesse cachée des immensément riches ? Qui dévoilera la façon dont nos bourgeois se sont enrichis ? En vérité, ces fortunés se sont enrichis grâce aux hydrocarbures qui appartiennent au peuple algérien et par l’importation de produits de luxe, d’objets fabriqués à l’étranger et inutiles à l’économie du pays. Les spéculateurs, les trafiquants de toute sorte ou « hommes d’affaires » impliqués dans de multiples scandales, vite étouffés, se sont, comme des pieuvres, accaparés de tous les leviers. Lequel d’entre eux, sauf exception, a investi dans l’industrie ?

L’Algérie n’est pas qu’un puits de pétrole ou de gaz, que l’on vide impunément, d’autres secteurs ont grand besoin d’investissements plus particulièrement l’industrie. Ce que certains ont appelé « rente pétrolière », rente dont, en vérité, la plus grande part a servi depuis les années 1980 a donner la richesse à très un petit nombre au détriment de millions de nos concitoyens, de nos travailleurs. Ces individus, les bourgeois pour les appeler par leurs noms, soutenus par le pouvoir, n’ont jamais fait de sérieux investissements dans les secteurs de l’industrie productive et les services publics, secteurs pourtant pourvoyeurs d’emplois. Malgré nos richesses naturelles – elles vont finir par s’épuiser !- le pouvoir poursuit la même politique économique, celle qui ne cesse d’entraîner la pauvreté et la misère. Sans faire de comparaisons, peut-on affirmer que la situation de nos masses laborieuses est vraiment supérieure ici à celle des pays voisins qui eux ont peu de ressources naturelles ? Cela est évidemment discutable !

Certes des investissements ont été réalisés ces dernières années par l’Etat, mais c’est souvent dans des infrastructures qui ne présentent aucun caractère d’urgence. Toutefois, il reste que le développement de ces infrastructures a permis d’attribuer des marchés juteux aux multinationales et aux sous-traitants nationaux parfois sans aucune qualification. Ne parlons pas des combines sans limites dans l’exploration ou plus précisément dans l’exploitation des hydrocarbures. Mais peu importe à notre pouvoir le sort de notre pays et de son peuple. Pour lui, là n’est pas l’essentiel !

Combien de dizaines de milliers de nos jeunes se trouvent sans emploi, fréquemment sans logement avec les conséquences que cela entraîne, dont l’impossibilité de se marier, de fonder une famille, de vivre. Ne trouvant aucune solution à leur condition désespérante, cela en conduit dramatiquement certains au suicide. Les tentatives sont fréquentes d’échapper à la pauvreté, à la misère régnante en tentant de fuir le pays parce que rêvant d’autres cieux plus cléments. Les malheureuses expériences des harragas qui finissent mal ou plus tragiquement, les immolations ne sont pas rares chez nous. Quand on est sans emploi, sans ressources, disent les jeunes chômeurs, parmi lesquels nombre de diplômés, « c’est comme si on vit dans un pays vide ». Ceux qui ont la chance d’avoir un logement, ordinairement sans confort, se plaignent de l’aménagement inexistant des abords, sans parc, sans cercle sportif, sans bibliothèque, sans animation culturelle, sans rien, ressentent le sentiment de vivre un exil en plein désert dans leur propre pays. N’évoquons pas les conditions de vie des habitants des campagnes, des milieux ruraux où tout est pire.

Les luttes de notre peuple, depuis les grèves, les barrages de routes et diverses autres actions souvent spontanées se multiplient à travers tout le territoire national. Les masses laborieuses ne se replient pas dans l’expectative ni l’inaction, elles se battent ! Des travailleurs sont poursuivis par les tribunaux et sanctionnés pour avoir tenté de s’organiser syndicalement ou licenciés pour fait de grève. Mais le pouvoir, accaparé par une poignée de bourgeois et leurs complices, reste insensible aux cris, aux larmes des plus pauvres, des plus exploités.

Et tous ces partis sur-médiatisés par la presse privée qui se créent et se gorgent de mots, toujours les mêmes, que font-ils pour nos travailleurs ? Notre peuple n’a pas besoin de ces partis sans programme sérieux qui se constituent rapidement au gré des ambitions, qui au fond défendent la voie capitaliste suivie par toutes les équipes qui se sont succédé depuis 1980 et qui donnent bonne conscience à nos dirigeants sous le masque de la démocratie.

L’énorme plaie de la pauvreté et de la misère ne se refermera pas sans un combat résolu des masses laborieuses à commencer par la construction d’un parti authentiquement révolutionnaire et d’une organisation syndicale de classe débarrassée des opportunistes et à l’avant-garde des luttes ouvrières.

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Malik Antar

 
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Publié par le novembre 7, 2015 dans Afrique, civilisation, histoire

 

L’opération russe en Syrie révèle les véritables commanditaires du terrorisme dans le monde par Alger Républicain 

L’opération russe en Syrie révèle les véritables commanditaires du terrorisme dans le monde

samedi 31 octobre 2015

L’opération russe en Syrie a débuté il y a moins d’une semaine, mais les premiers résultats sont là. Les pertes terroristes se comptent en milliers, des infrastructures sont détruites et, en outre, la Russie a montré au monde entier qui sont les parrains du terrorisme mondial, ont dit des experts à hakahyhe.ru.

L’opération militaire des troupes russes en Syrie contre les miliciens de l’ISIL a commencé il y a moins d’une semaine, mais même en ce court laps de temps un certain nombre d’événements marquants se sont produits. Il y a d’abord la déclaration conjointe de sept pays, France, Allemagne, Qatar, Arabie Saoudite, Turquie, Royaume-Uni et USA, se préoccupant du renforcement de la Russie dans la région. Un certain nombre de pays, en particulier les USA, ont pondu des déclarations passablement agressives à propos de la mission russe en Syrie.

« Il est trop tôt pour tirer des conclusions, mais le ton est clair. Voici le point : En réalité toutes les déclarations faites aux USA corroborent que l’ISIL est une subdivision informelle de leur pays. Cette armée terroriste a été créée pour éviter les forces de défense (notamment les forces nucléaires), afin de mener des opérations à différents endroits du globe. Dès que l’armée de l’air russe a commencé à infliger des coups sérieux, les Américains ont commencé à piquer une crise, les miliciens de l’ISIL leur demandant de l’aide. Au moment de notre intervention, les agissements américains ont montré qui fournit la « couverture » et qui a besoin de ce cancer terroriste. Le monde entier a vu le visage des parrains du terrorisme mondial et constaté que la coalition dirigée par les USA est une imposture sur la toile de fond de la scène mondiale »,

a observé sur hakahyhe.ru l’expert militaire, le colonel Alexander Zhilin.

Il a relevé que jusqu’à présent, l’avancée de l’ISIL en Irak et Syrie était due en grande partie au fait que personne n’opposait de résistance à ses combattants, qui ont à leur disposition l’espace, le renseignement et l’analyse militaro-technique américains. Frappant des cibles insignifiantes ou le désert, même les missions officielles de la coalition anti-ISIL ressemblent à une simulation. Dans leurs efforts de la semaine dernière, les pilotes américains luttant contre le terrorisme se sont montrés pitoyables, leurs raids ayant détruit deux tractopelles de l’ISIL.

Raison distincte de la réaction agressive des USA, le niveau technique plus haut que prévu des unités russes.

« Je vais vous donner un exemple. Plus de 50 aéronefs ont été envoyés en Syrie. Plus de 2 mille personnes ont été amenées par les voies aériennes. Et pas un radar de l’OTAN, dont se font gloire la Turquie, la Bulgarie et d’autres pays, n’a pu les remarquer. Aujourd’hui, les Américains ne voient pas ce que font nos gars. Nous avons développé une technique telle de système de couverture, que le Pentagone en devient tout simplement dingue : Nous les voyons, mais eux sont incapables de nous voir. Il est clair que tous leurs plans ont échoué »,

a expliqué l’expert.

Pendant ce temps, les pilotes suivent strictement l’ordre du président Poutine, tandis qu’à New York, il proposait de diviser le ciel du Moyen-Orient en secteurs de contrôle. L’incident avec les pilotes israéliens repoussés par les pilotes russes de leur zone, a démontré cela sans ambiguïté.

« Nous avons montré le sérieux de nos intentions, dans l’intervalle, sans perfidie, nous avons alerté tout le monde, y compris Netanyahu, les Américains, etc. Il me semble que nos « partenaires » pensent que la Russie veut, par un coup de poing de morveux, leur couper le souffle. Non, ce temps est révolu. Le niveau du travail de nos équipes est juste un choc total pour les Américains. La bombe de 500 kg lâchée d’une hauteur de 5000 mètres est rentrée par la fenêtre d’un bunker. C’est inconcevable. Je dirais que, grâce à nos équipages qui tournent comme des horloges, nous avons monté un bon spectacle pour tout le monde »,

a dit Zhilin.

Autre résultat de la première semaine de bombardements sur les miliciens, il a été montré au monde de manière concluante que la Russie possède des armes de précision de haute technologie, et qui plus est, elle est capable de s’en servir professionnellement.

Quant aux pertes des miliciens à la suite des frappes aériennes russes, même les chiffres prudents sont très impressionnants en si peu de temps. Zhilin a cité des chiffres du renseignement israélien et américain, d’après ses propres sources. Selon ces données, pendant les cinq premiers jours de l’opération, plus de 2173 terroristes ont été liquidés. Dans le contexte des déclarations répétées de Barack Obama au sujet de l’« inefficacité » des forces militaires spatiales russes, ces chiffres peuvent être sous-estimés.

Selon le professeur Igor Panarin, analyste politique, au 5 octobre, le nombre de tués, blessés, disparus et désertés se monte à 9.389 individus. L’expert explique cette avalanche par le nombre de déserteurs, environ la moitié du nombre total, « les déserteurs fuyant l’Irak, la Turquie, la Jordanie. »

« Le fait qu’ils s’enfuient dans toutes les directions montre une chose : Ils ne combattent pas pour l’islam. Ce sont les mercenaires puants habituels qui se battent pour de l’argent. Des gens peuvent mourir pour leur foi, mais pour ceux qui se battent pour l’argent, cela n’a aucun sens de mourir »,

dit Zhilin.

Parmi les infrastructures détruites le professeur Panarin a cité 13 postes de contrôle du commandement, 10 dépôts de munitions, cinq camps d’entraînement, cinq dépôts de carburant, cinq nœuds de communication, une base terroriste cachée, le centre de formation spéciale des miliciens, un champ de dépôts de munitions, quatre mini-fabriques d’armements. En outre, un certain nombre de véhicules blindés et systèmes d’armes ont été détruits : 19 chars T-55, 19 BMP, 18 véhicules blindés, quatre lanceurs multiples de roquettes, trois pièces d’artillerie et 16 véhicules.

Autre point important qu’il faut souligner à propos de La propagande occidentale en lien avec le premier raid et la mort d’enfants et de civils :

« La Russie est le seul pays du monde où les soldats sont tenus responsables de leur action militaire à l’étranger. Installé sur les avions, des moyens de contrôle concrets surveillent l’action des équipages, y compris quand ils frappent des cibles. Notre pays s’est en principe engagé à cela, tandis que tous les autres pays, l’OTAN et les USA en particulier, laissent les mains libres à leur armée et ne sanctionnent même pas les mutilations. Ces bandits n’ont rien à nous reprocher concernant tout ce qui touche l’armée »,

a déclaré Alexander Zhilin.

Par Kristina Rus

09.10.15

In Alterinfo

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Publié par le novembre 6, 2015 dans Afrique, Amérique, Asie, extrême-droite

 

Noces macabres entre l’Arabie Saoudite et la France : prélude à de nouvelles tragédies pour les peuples arabes ?

En ce 17 octobre de sinistre mémoire je voudrais donner la parole à nos camarades d’Alger Républicain, non pour parler de hier mais d’aujourd’hui et de demain.
dimanche 18 octobre 2015
par Alger republicain

Un mariage de brigands qui suscite les pires inquiétudes

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Dès sa naissance l’Arabie saoudite a lié son sinistre destin à celui des puissances impérialistes. Fondée officiellement le 22 septembre 1932 par la fusion des provinces du Nejd et du Hedjaz, elle s’est trouvée sous la férule de Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud (Ibn Saoud) qui en en devenant le monarque absolu a mis en place un système féodal cruel et obscurantiste. Les guerres ayant permis l’accession au pouvoir d’Ibn Saoud ont fait 500 000 morts entre 1901 et 1932.

La découverte de pétrole en mars 1938 transforme le pays sur le plan économique et marque le début d’une alliance stratégique avec les États-Unis concrétisée par le Pacte du Quincy, qui en échange d’un accès au pétrole, engage les États-Unis à protéger militairement la dynastie des Saoud. Cette alliance se révélera d’autant plus durable que le pays se présente comme un féal de poids pour contrer le mouvement de libération national arabe dans les années 1950-1960 au grand bénéfice de l’impérialisme.

La rapide augmentation des recettes saoudiennes au début des années 1980 qui passent de 65 milliards de dollars à près de 135 milliards en 1981, renforce les assises du régime monarchique, « matrice » du wahhabisme, interprétation la plus rétrograde de l’Islam qui sert à justifier l’obéissance totale aux riches et à priver la population de tout droit démocratique. Elle lui procure une masse d’argent inépuisable qui lui permet d’exporter sa doctrine religieuse fanatique dans le monde, de s’acheter le soutien de nombreux mouvements réactionnaires de même que celui des dirigeants corrompus de pays pauvres qui suivent à la lettre les consignes de leur « bienfaiteur » quand il s’agit de voter à l’ONU ou même confient la présidence de la commission des « Droits de l’Homme » de cette instance à son représentant ! Un représentant qui trouve que la condamnation à mort d’un jeune opposant politique a été ordonnée en application de la « chariaa » saoudienne laquelle n’est selon lui nullement incompatible avec les « Droits de l’Homme », bien au contraire. Les belles âmes humanistes et démocratiques fabiussiennes n’y ont rien trouvé à redire. Cette politique extérieure se manifeste dans la lutte organisée contre l’Union soviétique en Afghanistan en accord avec le tuteur US, mais également dans l’intensification du soutien financier de nombreuses organisations dites islamiques à travers le monde dans les années 2000-2015.

Dès leur naissance, les Saoudiennes sont placées sous l’autorité légale d’un homme, le « gardien », qui peut être leur père, leur mari, leur frère, leur oncle ou même leur fils. Les femmes ne peuvent pas voyager sans l’autorisation de leur « gardien ».

L’Arabie saoudite impose une stricte séparation des sexes. La plupart des maisons, banques ou universités ont une entrée pour les hommes et une autre pour les femmes. C’est le dernier pays au monde où les femmes sont privées du droit de conduire.
.
Quel sont les véritables enjeux stratégiques du mariage des régimes de ces deux pays qui ont les mains pleines de sang sachant que les impérialistes français et leur béquille « socialiste » n’ont jamais digéré la perte de l’Algérie ?
Les monarques rétrogrades de l’Arabie saoudite après avoir acheté des « Rafales » pour plusieurs milliards de dollars, viennent en plus de passer une nouvelle commande de 10 milliards de dollars.
Quelle contrepartie ont-ils obtenue de l’impérialisme français pour les largesses qu’ils lui ont accordées ?

Valls, le premier ministre français, ne trouve pas « indécent » d’entretenir ces liens avec la pire forme de barbarie moyenâgeuse encore existante dans le monde. Cela ne l’empêche pas, de concert avec Fabius et Hollande, de multiplier les discours qui justifient le soutien aux hordes obscurantistes en Syrie -qualifiées sans rire d’ « opposition démocratique » ! – et stigmatisent le régime syrien qui a au moins le mérite d’être laïque et de faire coexister pacifiquement toutes les religions et les non-croyances.

Dans un Moyen Orient à feu et à sang, vont-ils encore rajouter de la violence à la violence ou bien y a-t-il un autre objectif, par exemple la déstabilisation de l’Algérie ?

Liès Sahoura

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Publié par le octobre 18, 2015 dans actualités, Afrique, Asie

 

Le poète syrien Adonis à une chaîne égyptienne : «Seuls les Algériens ont vraiment combattu !»

Le grand poète syrien Adonis. D. R.

Le grand poète syrien Adonis. D. R.

Dans une déclaration à la chaîne de télévision égyptienne CBC, le grand poète syrien Adonis, de son vrai nom Ali Ahmed Saïd, a estimé que les Arabes «n’ont jamais eu une histoire de lutte digne de ce nom». «Le seul pays qui a vraiment fait la révolution, c’est l’Algérie !» a-t-il clamé, en expliquant que «tous les autres pays, de la Syrie à l’Irak en passant par le Liban, ont obtenu leur indépendance sur un plateau d’argent». Devant l’insistance de la journaliste égyptienne qui tentait de le convaincre de l’existence de «révolutions contre l’occupation», aussi bien en Libye, en Irak qu’en Egypte contre l’occupant britannique, le poète n’a pas transigé, en répétant, sûr de lui, que «seuls les Algériens ont vraiment combattu». «Il ne faut pas nous mentir à nous-mêmes, renchérit-il. Les Arabes n’ont guère lutté, y compris pour leur indépendance.» «Nous avons, certes, organisé des manifestations au Liban, en Syrie et un peu partout, mais le vrai combat révolutionnaire, tel qu’on l’a connu en Algérie, n’a jamais existé dans nos pays», a-t-il insisté. Interrogé, enfin, sur le sens à donner au «soulèvement actuel des Syriens pour arracher leur liberté», le poète syrien s’est montré offusqué par une telle définition, trouvant absurde qu’on puisse parler de révolution, lorsqu’on sait que «60% à 70% des combattants en Syrie, aujourd’hui, sont de nationalité étrangère». «Au nom de quoi combattent-ils ?» s’est interrogé Adonis avec ironie. Adonis est l’un des premiers intellectuels arabes à s’être franchement opposé aux mouvements du «printemps arabe», affirmant qu’ils étaient sans lendemain. Il a, dès le début, prévenu contre la mainmise «fatale» des islamistes sur les protestations populaires qui avaient secoué certains pays de la région, dont son pays, la Syrie. A cause de ses positions, il a été pendant longtemps censuré dans la plupart des médias à la solde des pays du Golfe, où il est jeté en pâture et décrit tantôt comme «un occidentaliste impie», tantôt comme «un agent du régime d’Al-Assad».
R. Mahmoudi

 
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Publié par le octobre 5, 2015 dans Afrique, civilisation