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Archives de Catégorie: actualités

Lula en vidéo: « Je n’ai pas peur de ce qui va arriver »

 Ce très beau mesqsage de Lula qui résonne dans nos coeurs dans ces momements de lutte (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoire et société)

 

« Ceux qui nous persécutent peuvent faire ce qu’ils veulent avec moi, mais ils ne pourront jamais emprisonner nos rêves », dit Lula, dans une vidéo publiée par PT après le discours de l’ancien président à São Bernardo do Campo (SP), avant de se rendre à la justice.

Accompagné d’une animation, Lula rappelle sa trajectoire politique et dit qu’il n’a pas peur de ce qui va arriver. « Tant que j’ai au moins une minute à vivre, cette minute sera de se battre pour la dignité de notre peuple. Et défendre  notre honneur.  »

https://www.facebook.com/plugins/video.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Fpt.brasil%2Fvideos%2F1703739809712387%2F&show_text=0&width=560

Voir ci-dessous l’ensemble du message de Lula:

Mes amis, mes amis,

j’ai beaucoup réfléchi au chemin que nos vies ont pris. L’avenir, après tout, ne semble pas être un endroit si éloigné. Ce n’est pas que notre vie ait été facile, loin de là.

Nous sentons sur la peau ce qui passe dane un peuple oublié, mais nous savons qu’aucun fardeau n’est si lourd qu’il ne puise être porté. Ceux qui survivent après avoir éprouvé tant de difficultés apprennent dès leur plus jeune âge que l’honneur est notre atout le plus précieux.

En chemin, j’ai rencontré beaucoup de gens qui avaient juste besoin d’une occasion de marcher sur leurs propres jambes et  construire leur vie avec dignité. C’est cette idée d’un Brésil plus juste qui a ébranlé nos rêves les meilleurs et les plus généreux. Un pays sans faim, avec école, foyer et travail pour tous.

Je regarde en arrière et je vois que nous aurions pu faire plus. Il est toujours possible de faire plus. Mais les opportunités que nous créons dans un pays aussi inégal et injuste semblent encore plus grandes dans les temps difficiles d’aujourd’hui.

J’ai été arrêté une fois, ma vie était complètement bouleversée, ma famille a été persécutée et j’ai perdu ma compagne éternelle.

Je n’ai pas peur de ce qui va arriver. Tant que j’ai au moins une minute à vivre, cette minute sera consacrée à me  battre pour la dignité de notre peuple. Et à défendre notre honneur.

L’honneur du jeune garçon qui a traversé le pays pour vaincre la faim et devenir cireur de chaussures. De l’adolescent qui est devenu un jeune ouvrier d’usine. De l’homme qui est devenu un père et a combattu de toutes ses forces pour représenter le peuple brésilien. Dans le temps incertain de ma jeunesse, je ne l’avais jamais imaginé possible. Mais il l’était Je suis devenu le président du peuple brésilien.

Celui qui m’a condamné sans preuve sait que je suis innocent et que j’ai gouverné avec honnêteté. Ceux qui nous persécutent peuvent faire tout ce qu’ils veulent avec moi, mais ils ne peuvent jamais emprisonner nos rêves.

Un baiser affectueux de Lula.  »

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Denis Durand : « La gauche devra opter pour des mesures de guerre économique »

  •  Oui et ces mesures radicales nécessaires supposent que nous arrêtions, enfin que Pierre Laurent arrête de tenter de nous fourguer à tous propos le leadership d’une union de la gauche dans laquelle le PCF ne serait qu’une force d’appoint, voir un retour au Congrès de Tours, qu’avec ses complices qui ne représentent rien comme Besancenot, il arrête d’insister là dessus, pour poser la question du parti capable de cette option de la guerre économique. Tout pourtant démontre que le peuple français va bien au-delà de ces manoeuvres de sommet. Pourquoi Poerre Laurent s’obstine-t-il? (note de Danielle Bleitrach)
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CLOTILDE MATHIEU
LUNDI, 27 MARS, 2017
L’HUMANITÉ

Denis Durand, économiste, syndicaliste à la Banque de France. Photo : Francine Bajande

Denis Durand, économiste, syndicaliste à la Banque de France. Photo : Francine Bajande

Pour Denis Durand, économiste et syndicaliste CGT de la Banque de France, un gouvernement de gauche ne pourra pas faire dans la demi-mesure s’il veut mettre au pas les marchés financiers et les banques.

L’étude d’Oxfam (lire ci-contre) confirme que les grandes banques européennes réalisent plus de 25 % de leurs bénéfices dans les paradis fiscaux. D’autres éléments vous ont-ils également interpellé ?

Denis Durand On voit que les grandes banques organisent non seulement l’évasion fiscale de leurs clients, mais aussi celle de leurs propres profits. Elles sont le noyau de l’évasion fiscale. Tout passe par elles. L’obligation de transparence de leur activité va avoir un effet très fort dans le débat public. Il faudrait l’étendre à l’ensemble de l’activité des banques. Aux États-Unis, il est possible de connaître le détail des activités bancaires au niveau local. Quartier par quartier, les citoyens peuvent être informés des crédits, des dépôts réalisés par chaque établissement bancaire. Cela n’est pas sans effet sur leur comportement. L’étude d’Oxfam peut être un point d’appui pour exiger ce type d’extension.

Quelle analyse portez-vous sur le programme des candidats à la présidentielle ?

Denis Durand En matière d’économie, Emmanuel Macron et François Fillon sont dans une forme de continuité. Quant à Marine Le Pen, sa seule proposition contre la finance est démagogique. Face à la sortie de l’euro, qu’elle préconise, les banques ne manqueront pas de délocaliser une partie de leurs activités et du capital. Cela à l’encontre des intérêts des salariés français.

Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon proposent le vote d’une loi de séparation bancaire, qu’en pensez-vous ?

Denis Durand On peut très bien concevoir une séparation bancaire, telle que la propose Benoît Hamon, dans laquelle les banques d’affaires poursuivent leurs turpitudes en empruntant aux banques de dépôt. Mais cette séparation ne peut pas être suffisante. Elle doit être accompagnée d’une politique monétaire qui sanctionne les activités spéculatives. Or, il n’est jamais question de politique monétaire dans son programme. Jean-Luc Mélenchon propose de nombreuses mesures réglementaires pour réduire les excès du marché. Il propose la création d’un pôle bancaire public chargé de réaliser des crédits sociaux-écologiques. Mais il laisse les banques privées faire ce qu’elles veulent. Il ne prévoit rien pour empêcher la croissance des marchés financiers. Ce qui existait dans le programme de 2012, l’Humain d’abord.

Que proposez-vous pour aller plus loin ?

Denis Durand Une fois élu, il faut mettre autour de la table tous les acteurs sociaux, les élus locaux, les banques… En convoquant une conférence régionale puis nationale pour définir des objectifs d’emplois, de plans, de formation, les investissements publics et privés nécessaires et les moyens de leur financement. Chaque directeur local de la Banque de France aura le pouvoir de désigner une banque qui aura l’obligation de financer les investissements prioritaires. Et cela ne nécessite pas de changer les traités européens. Mais ces changements imposent des mesures de guerre économique pour affronter les marchés financiers : la nationalisation de la BNP et de la Société générale, par exemple, les deux grands réseaux privés. Il faudrait également revoir le statut des trois grands réseaux mutualistes pour que les pouvoirs publics disposent d’instruments de financement de l’économie.

Journaliste à la rubrique social-économie
 

Le doyen de la fac de droit de Montpellier a présenté sa démission.

Cela s’imposait mais cela ne doit pas supprimer une enquête et y compris une mise en examen…

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La France vers le modèle colonial latino-américain, par Philippe Chapelin

par Les-crises.fr DT

Billet Invité de Philippe Chatelin, historien

Relire Eduardo Galeano

Qualifier la Révolution française de « révolution bourgeoise » est un lieu commun mais qui exprime une réalité : la formation d’une bourgeoisie nationale porteuse d’idéaux libéraux et égalitaires. En France, c’est cette combinaison idéologique qui a caractérisé notre lutte des classes et notre histoire. Si au XIXe s. le prolétariat était en Angleterre et les classes en Prusse (dans la constitution prussienne), la lutte des classes était en France ! En France, la bourgeoisie nationale n’est pas complètement autonome et ne doit pas le devenir. Son comportement dépend des luttes et donc de l’articulation des rapports entre classes populaires et classes moyennes.

Que pourrait bien devenir notre pays sans l’idéal de la nation et la réalité d’une bourgeoisie nationale ? La France des années 2010 commence de se rapprocher dangereusement du modèle latino-américain si bien décrit par Eduardo Galeano.

Le délitement d’une nation

La désindustrialisation de la France semble aujourd’hui coïncider avec la disparition de la démocratie. Depuis la mise en place de l’euro, la France s’est installée dans le déficit commercial, processus qui s’accompagne d’une décomposition de la vie politique. Voilà une entrée en matière économiste assez convenable pour s’interroger sur les liens entre économie et vitalité de la nation. Peut-on imaginer un pays développé sans industrie, sans capitalisme, et sans bourgeoisie ?

Revenons rapidement sur le passé et l’ascension, avant la chute.

En France comme ailleurs, le développement économique a largement reposé sur une collaboration entre l’Etat et la bourgeoisie nationale. Durant la Première révolution industrielle, le gouvernement a donné les impulsions et décidé des grands investissements, puis laissé les acteurs économiques capitalistes agir librement pour exploiter les infrastructures.

Cette période correspond, avec un peu de retard par rapport à l’Angleterre, au moment du développement des idéaux démocratiques. Des crises économiques ont commencé de survenir, à partir du Second empire, quand le capitalisme a prétendu se libérer des régulations étatiques. Mais ce capitalisme est resté national, avec des élites soucieuses de tempérer les politiques qui portaient atteinte aux branches industrielles. Une vie idéologique intense, initiée sous la Révolution française, a accompagné le développement industriel et permis de concilier capitalisme et amélioration du niveau de vie. L’affrontement entre des principes de liberté et d’autorité, d’égalité et d’inégalité a finalement favorisé la lutte des classes, la démocratie libérale et un contrôle national du capitalisme. Sa vie politique très riche a fait de la France, alors en position centrale, un modèle d’innovation.

Même si la France n’a jamais été un très grand pays industriel, elle fut par excellence le pays de la lutte des classes et l’essai classique de Marx s’appelle en effet «Les luttes de classe en France ». Cette définition de la nation par des classes qui y sont en lutte a duré, tout en s’adoucissant, au XXe siècle. Une réelle inventivité sociale en a découlé, dont un système de ponction à la source de la plus-value du capital, le système des cotisations sociales, encore en vigueur.

Pris dans cette dynamique de long terme, le patronat, temporairement dompté en 1945, a depuis silencieusement reconstitué ses forces, pour finalement vouloir sortir de la dialectique des classes et de la nation, en mettant en place la « construction européenne ». Cette construction s’est révélée une arme de destruction massive de la démocratie libérale, par contournement du cadre national de la lutte des classes. La création de l’Union européenne fut l’aboutissement de ce processus : en 1992, en inventant l’euro, nos classes supérieures ont renoncé à conduire une politique économique indépendante. Les Français, en votant le traité de Maastricht, ont quant à eux renoncé à exister en tant que nation. Leur traditionnelle lutte des classes n’y est plus possible, leur monde ouvrier va redevenir force de travail atomisée.

Mais un véritable désastre économique s’ensuit, révélé par l’apparition d’un déficit commercial structurel. Un « 1940 » de longue durée est inscrit dans les traités européens TUE et TFUE qui constitutionnalisent les politiques économiques. L’entrée dans l’ère post-nationale a certes débarrassé les classes supérieures de la démocratie et de la lutte des classes, mais le prix économique de cette victoire sociale aura été élevé : libéré de sa nation, notre capitalisme implose. On ne peut toutefois être sûr que notre régression industrielle soit un accident, une conséquence non désirée par des classes bourgeoise peu conscientes du lien entre vitalité de la Nation et force de l’économie. Car en effet, les politiques menées depuis 1992 s’apparentent vraiment à du sabotage. Le choix de Siemens contre Alstom, la destruction programmée de la SNCF, ne sont peut-être que les éléments planifiés d’un choix antinational en action.

Faire de la politique et prétendre gouverner c’est donc aujourd’hui s’occuper de la « réduction des déficits » et de la gestion de la police. L’introduction du système de la Dette évoque le sort des pays du Tiers-Monde pressurés par le Fonds Monétaire International (FMI) dans les Années 1970. Les Français, par vanité peut-être, veulent continuer de croire qu’ils vivent dans l’une des démocraties du monde libre et dominant. Leur situation réelle est celle du maillon faible dans un nouveau genre de système colonial, cette Union européenne qui comprend des pays dominés et un pays dominant, l’Allemagne, qui impose ses règles et ses hommes.

Or, il existe un continent qui vit cette situation depuis deux cents ans, proche de la France culturellement, par la langue et le tempérament, l’Amérique latine dont l’étude peut nous renseigner sur notre futur.

Le nationalisme comme projet social : le cas de l’Amérique latine

La société latino-américaine repose sur une dynamique portant des idéaux de liberté et d’égalité, comme la France. Ceux-ci s’incarnent dans des forces sociales qui prennent une forme assez différente de ce qui existe en Europe : les guérillas, les mouvements indigénistes, les cartels, les groupes paramilitaires. Ces dispositifs, dont le fonctionnement est horizontal, sont censés réguler le climat de violence inter-individuelle qui caractérise le continent, en l’absence d’Etat.

Tandis que l’Etat-nation s’est construit sur une longue durée en France, l’Amérique latine n’a ni l’Etat ni la nation. Le nationalisme, qui n’est pas un état, fait donc lui aussi partie de la dynamique générale : « la cause nationale latino-américaine est, avant tout, une cause sociale » affirme Eduardo Galeano ((Eduardo Galeano, Les veines ouvertes de l’Amérique latine, 1970, Pocket/Terre humaine, p. 330.)). Au XIXe s., l’Amérique latine s’est beaucoup inspirée des idées issues de la Révolution française. Les courants libéraux, indépendantistes, s’en réclamaient en opposition au système hiérarchique de la monarchie espagnole. Mais ce modèle antiautoritaire n’a pas permis d’organiser l’Etat : le rapport de l’individu à l’Etat est trop lâche.

Cette faiblesse structurelle de l’Etat a favorisé le maintien d’un modèle économique de type colonial et empêché la constitution de capitalismes nationaux. Elle a freiné la formation de bourgeoisies nationales capables, comme en France dans le prolongement de sa Révolution, de se sentir responsables de l’ensemble de la population, à l’imitation de la noblesse.

La description d’un continent qui a conservé son statut colonial en dépit des mouvements d’indépendance est au cœur de l’ouvrage « Les veines ouvertes de l’Amérique latine », d’Eduardo Galeano (1970), tableau surtout économiste de l’Histoire de ce continent.

L’histoire de l’Amérique latine s’oppose à celle des Etats-Unis, dont le modèle économique repose sur l’autonomie vis-à-vis de l’Europe, les richesses produites n’étant pas expatriées. Il semble que la valeur d’égalité, d’horizontalité, ait affaiblit le rapport d’autorité nécessaire à un minimum d’efficacité économique.

Ainsi, l’Amérique latine est restée peu développée, conservant son système de grande propriété : en 1910, à la veille de la réforme agraire impulsée par la Révolution, les terres mexicaines étaient détenues par environ 800 propriétaires, dont beaucoup étaient des étrangers vivant en Europe ou aux Etats-Unis. Sur 15 M. d’habitants, 12 M. travaillaient dans les haciendas ((Ibid., p. 167.)). En 1911, l’écrivain américain John Kenneth Turner déplorait que son pays ait vassalisé le dictateur Porfirio Diaz et transformé le pays en une colonie esclave ((John Kenneth Turner, « Mexico barbaro », 1911.)). Face au gouvernement nationaliste de Lazaro Cardenas, dont les réformes sociales sont comparables à celles du Front populaire en France, le cartel pétrolier US imposa un embargo entre 1939 et 1942 !! ((Eduardo Galeano, op. cit., p. 221.)). La Standard et la Shell s’étaient partagés le territoire mexicain. Cardenas nationalisa l’exploitation du pétrole. Plus au Sud, l’économie du Venezuela se répartit au XXe s. entre le pétrole et les latifundis traditionnels. Dans les années 1950, le Venezuela, considéré comme le grand lac de pétrole de la Standard Oil Company, était la plus grande base militaire américaine présente en Amérique latine. Déjà, au XIXe s. l’industrie en Amérique du Sud reposait sur le bon vouloir des capitalistes européens, qui contrôlaient le commerce.

Le libre-échange, comme le « bon » nationalisme, est un privilège des puissances dominantes. Les indépendances profitèrent ainsi aux grandes puissances commerciales organisant l’industrie et détruisant les productions locales traditionnelles. Pendant ce temps, les Etats-Unis consolidaient leur économie par le protectionnisme. L’exemple des Etats-Unis sortant de la Guerre civile révèle ainsi, souligne Galeano, l’existence de deux modèles historiques, l’un basé sur le libre-échange et l’esclavage, l’autre sur le protectionnisme et l’économie intensive, « deux conceptions du destin national ».

En Amérique latine, cette situation a empêché l’émergence de bourgeoisies nationales. Les bourgeois ne sont que les commissionnaires d’un capitalisme étranger dominateur (les marxistes parlent de « bourgeoisie comprador »). Pour eux, la nation n’est donc pas un objet à défendre :

« La nation n’est qu’un obstacle à franchir – car la dépendance indispose quelquefois – et un fruit délicieux à dévorer.(…) Le grand galop du capital impérialiste a trouvé l’industrie locale sans défense et sans conscience de son rôle historique. Quant à l’Etat, son influence sur l’économie latino-américaine, qui s’affaiblit depuis deux décennies [en 1970] a été réduite au minimum grâce aux bons offices du FMI. (…) En AL, le processus de dénationalisation a été beaucoup plus rapide et plus économique et a eu des conséquences incomparablement plus terribles. » ((Ibid., p. 289.))

Contrairement à l’Europe, dont la bourgeoisie industrielle était devenue hégémonique, l’entreprise fut en Amérique latine essentiellement le fait de l’Etat : « L’Etat occupa la place d’une classe sociale (…) : il incarna la nation et imposa l’accès politique et économique des masses populaires aux bénéfices de l’industrialisation. Dans cette matrice, œuvre des caudillos populistes, ne se forma pas une bourgeoisie industrielle radicalement différente des classes jusqu’alors dominantes ». ((Ibid., p. 291.)) Et, à l’exception du Mexique, les populistes tels que Péron en Argentine ne touchèrent pas à la structure latifundiste.

En Amérique latine, la bourgeoisie, subordonnée aux puissances économiques, redoute donc davantage la pression populaire que celle de l’impérialisme US. En Europe et aux Etats-Unis, elle se développa de manière fort différente.

Cette réalité explique la capacité de la bourgeoisie en Amérique latine à saboter les économies de leur propre pays quand elles le jugent nécessaire, pour des raisons politiques, en général avec l’appui des Etats-Unis : l’histoire du continent est ainsi ponctuée de mouvements de déstabilisation économique interne, dans le but de s’opposer aux revendications populaires et à la démocratie libérale : au Mexique dans les années 1920, l’un des aspects de la guerre des Cristeros contre la réforme agraire est la mise en place d’un boycott économique pour renverser le gouvernement révolutionnaire. Au Chili, en 1973, un blocus économique interne portant notamment sur les produits de première nécessité, visait au renversement du gouvernement de Salvador Allende. Les déstabilisations de ce type ponctuent enfin l’histoire de la révolution bolivarienne au Venezuela depuis 1999.

Retour en Europe    

Se livrer pieds et poings liés à une puissance dominante, au mépris d’un capitalisme national, qu’il s’agisse des Etats-Unis, pour l’Amérique latine ou de l’Allemagne, pour l’Europe, ne fait qu’entraîner les nations déjà constituées vers une situation de type colonial dans laquelle les bourgeoisies ex-nationales se retournent contre leurs peuples. L’idée de « nationalisme comme cause sociale », selon l’expression de Galeano, devra donc à nouveau faire son chemin.

Ce détour par l’Amérique Latine révèle de manière empirique l’erreur fondamentale des idéologues de gauche qui prétendent que la sortie du capitalisme passerait par la destruction de l’Etat-nation.

Le paradoxe actuel, c’est que les convictions européennes des classes vraiment moyennes, qui incluent les professions intermédiaires et les professeurs de collège,  sont très superficielles. En se contentant de stigmatiser, lors des mouvements sociaux ou dans leurs programmes politiques, le Président de la République ou la Constitution de la Ve République, , elles montrent qu’elles n’envisagent la lutte que dans le cadre national. S’agit-il d’une stratégie d’évitement de la question européenne ou simplement d’une viscérale incapacité à se projeter mentalement hors des frontières nationales pour analyser les mécanismes de domination ? Il semble en tout cas exister un sérieux « gap théorique » sur la question de l’insertion des luttes dans les relations internationales. Mais soyons optimistes. Il ne faudrait que peu de choses pour que les classes vraiment moyennes rejoignent les classes populaires, dans un rejet commun du démantèlement de l’Etat-nation.

Philippe Chapelin (historien)

Les-crises.fr DT | 24 mars 2018 à 5 h 30 min | Étiquettes : Francesystème politique | Catégories : politique | URL : https://wp.me/p17qr1-RWU
 

RussEurope-en-Exil] La réélection de V. Poutine : enseignements, par Jacques Sapir

  • Un des articles sur les élections russes qui me paraît le plus pertinent et qui étudie les tendances de cette élection avec une connaissance du terrain rare en France et même en Europe. cette analyse d’une évolution est aussi celle d’une perspective, est ce que le « conservatisme » patriotique va s’orienter vers le développement des inégalités ou tenir compte de l’important vote communiste et s’orienter vers le « social »? Sapir conseille cette voie en montrant que l’autre ne peut qu’engendrer crise et instabilité. Son choix n’est pas très éloigné de ce que les communistes n’ont cessé de lui proposer tout au long de la campagne. Sapir sait aussi voir que le libéralisme est laminé et qu’en revanche la force du candidat communiste surtout dans l’est du pays peut être un point d’appui pour une autre politique.  (note de Danielle Bleitrach)

Billet invité

La réélection de Vladimir Poutine n’était pas une surprise. Elle s’est faite dans de bonnes conditions, même si des problèmes mineurs ont été constatés lors de l’élection elle-même[1]. Mais les résultats contiennent cependant de quoi surprendre certains des « observateurs », et l’on veut parler ici de la grande majorité des journalistes occidentaux qui parlent de la Russie depuis Londres ou Paris. Certains de ces résultats peuvent conforter Vladimir Poutine dans sa stratégie, mais d’autres devraient lui indiquer qu’il est temps, et même plus que temps, d’infléchir cette dernière. Enfin, ces résultats devraient aussi convaincre les dirigeants français qu’il est futile et vain de s’entêter dans leur attitude actuelle.

Les conclusions évidentes

Ces résultats sont tout d’abord un succès évident pour Vladimir Poutine et cela pas seulement parce qu’il a été réélu. Il a reçu 76,7% des votes exprimés mais, et ceci est important, le pourcentage de votes exprimés est de 68% à la fin du décompte final (les premières estimations ne comptant que 75% des votants – essentiellement dans l’est de la Russie – donnaient 64%). Cela indique que, proportionnellement, la participation a été plus importante dans la partie Ouest du pays. Or, traditionnellement, c’est dans cette partie de la Russie que sont concentrés les « libéraux ». Cela montre qu’ils n’ont pas du tout été sensible aux consignes de boycott lancées par Navalny, dont on a la confirmation qu’il ne pèse rien en Russie.

Tableau 1

Participation aux élections présidentielles en Russie

Date 1996 2000 2004 2008 2012 2018
Participations 70% 69% 64% 70% 65% 68%

Source : Commission électorale fédérale

Le contexte de ces élections fut, naturellement, bien différent. En 1970, la compétition avait été rude entre Guennadi Ziouganov, le candidat du KPRF et Boris Eltsine. Pourtant le taux de participation n’est pas fondamentalement différent de celui que l’on a eu dimanche 18 mars. Cela traduit le fait que le vote pour Vladimir Poutine a d’abord été un vote de confiance pour ce dernier.

L’opposition a toujours été partagée entre trois courants : les « ultra-nationalistes » (Zhirinovsky et le LDPR), les « Libéraux » qui sont les héritiers de Gaïdar et des politiciens des années 1990, et la « gauche », représentée par le Parti Communiste (le KPRF) mais aussi par diverses organisations. Or, et c’est le second résultat marquant de cette élection, le courant libéral a été écrasé.

Tableau 2

Poutine face aux candidats libéraux

2000 2004 2012 2018
Poutine 52% 71% 64% 77%
« Libéraux » 5,8% 3,8% 8,0% 2,8%
Candidats « libéraux » G. Yavlinsky I. Khakamada M. Prokhorov K. Sobtchak et G. Yavlinsky

Source : Idem tableau 1

On constate que le vote « libéral » et pro-occidental est aujourd’hui au plus bas en Russie. Cela traduit tant la réaction des russes face aux conséquences des politiques que l’on appelle « libérales » (et de ce point de vue le chaos existant aujourd’hui en Ukraine rappelle fâcheusement la situation en Russie dans les années 1990), qu’une réaction patriotique face aux tentatives d’ingérence des puissances occidentales sur la politique russe. Cet effondrement du vote libéral est lié à la bonne participation que l’on a pu constater dans le dernier scrutin.

Deux conclusions s’imposent donc : les russes ont massivement exprimé leur confiance en Vladimir Poutine et, pour l’heure, les « libéraux » n’existent plus en Russie comme force politique. Ils peuvent, certes, compter sur les moyens financiers de certains oligarques et sur l’appui des médias occidentaux, mais cela équivaut pour eux au « baiser de la mort ».

Des conclusions moins évidentes…

Mais, ces conclusions n’épuisent pas les leçons que l’on peut tirer du scrutin. Le bon résultat de Pavel Groudinine, le candidat soutenu par le KPRF et les « forces de gauche », qui fait 11,4% des suffrages (et auquel on peut associer un candidat dissident des « communistes de Russie » qui a fait 0,7%) est à noter. Ce résultat est pratiquement le double de celui du nationaliste Zhirinovsky qui voit son électorat se restreindre drastiquement. En fait, avec 14,5% en Extrême-Orient et des scores au-dessus de 13,5% en Sibérie, en règle général Groudinine est largement au-dessus de sa moyenne nationale dans l’Oural et en Sibérie. Cela correspond à ce qui avait pu être noté lors de la campagne électoral.

Pavel Groudinine

Cela traduit le malaise social qui a été décrit par de nombreux observateurs et ce que j’ai décrit dans plusieurs notes[2]. Il traduit les effets de la crise que l’économie russe a traversée en 2015 et 2016 du fait de l’effondrement des prix du pétrole. Ce malaise, Vladimir Poutine en avait lui-même pris acte lors de son discours devant les « corps constitués » du jeudi 1er mars. Plus généralement, il indique la nécessité d’une inflexion dans l’idéologie du pouvoir russe. Cette idéologie peut être qualifiée de « national-conservatrice ». La dimension « patriotique » est évidente, et semble d’ailleurs convaincre une bonne partie des russes. Elle trouve sa source dans le sentiment d’humiliation engendré par le comportement des pays occidentaux vis-à-vis de la Russie dans les années 1990. Et il faut se souvenir que quand E. Primakov devint Premier-ministre en septembre 1998, il s’attacha d’emblée à faire respecter la souveraineté de la Russie, que ce soit face au FMI ou sur d’autres terrains. Mais, on a tendance à ne pas mesurer l’ampleur de la vague « conservatrice » actuellement en Russie (mais vague qui touche aussi de nombreux pays européens). Ce « conservatisme » s’enracine à la fois dans le souvenir des troubles inouïs que la Russie a connus dans les années 1990, mais aussi dans un sentiment de très grande insécurité sociale qui est le produit tant des changements économiques qui se déroulaient à cette période (et qui ont continué par la suite) que des transformations que la société russe continue de connaître. De ce point de vue, la prégnance de l’idéologie conservatrice n’est nullement surprenante. Elle correspond à une réaction classique chez les individus qui ne peuvent tolérer de voir l’ensemble des aspects de leur vie changer en même temps et qui recherchent dans le cas de changement importants des plages de stabilité. D’ailleurs, le thème de la « stabilité » a été mis en avant par Vladimir Poutine, et cela non sans un évident succès.

Ce « national-conservatisme » peut évoluer dans deux directions. L’une d’entre elles pourrait être qualifiée de tendance réactionnaire (on pourrait alors parler de national-conservatisme réactionnaire), avec un renforcement des inégalités appuyé sur une rigidification des formes patriarcales qui continuent de demeurer fortes en Russie. Cette évolution cependant se heurtera de front avec la montée de nouvelles générations qui supporteront de plus en plus mal les inégalités inhérentes à la forme « réactionnaire ». Ou alors, ce « national-conservatisme » peut prendre une forme « sociale », conservant le besoin de sécurité qui est patent dans la population, mais l’accompagnant d’une forte réduction des inégalités et de la montée d’une protection publique (par le développement des services publiques) qui sera d’ailleurs à même d’assurer cette demande de « sécurité ». C’est le ressort principal du vote pour Groudinine, et c’est vers cette forme idéologique, que l’on peut appeler le « national-conservatisme social » que devrait évoluer l’idéologie du pouvoir en Russie s’il entend se consolider dans la durée. Or, ce problème de la durée se posera, et plus rapidement qu’on ne le croit, car tout porte à croire que le mandat obtenu dimanche 18 mars sera le dernier pour Vladimir Poutine. Ce dernier a exprimé, à de maintes reprises, sa volonté de respecter l’ordre constitutionnel qui lui interdit de se représenter pour un troisième mandat consécutif.

Des leçons pour l’étranger

Le scrutin du 18 mars contient aussi des enseignements et des leçons pour les partenaires de la Russie. La première leçon réside dans les résultats du vote en Crimée ? La participation y a été légèrement supérieure à la moyenne nationale (71,5%) mais Poutine y a fait son score le plus élevé : plus de 90%. Autrement dit, plus de 64% des électeurs de Crimée se sont prononcés pour Vladimir Poutine. Ce vote écrasant vaut second référendum pour le rattachement de la Crimée à la Russie. L’attitude des pays occidentaux se devrait donc d’évoluer sur ce point et de reconnaître un fait d’évidence : l’immense majorité des habitants de Crimée veut être russe et se sent russe. Il convient de le reconnaître et de tirer les conséquences de la décision d’une population. C’est un cas où le droit international, ce droit qui fut si souvent bafoué du Kosovo à l’Irak et à la Libye, doit se mettre au diapason des réalités.

La seconde leçon réside dans l’attitude du gouvernement ukrainien qui a empêché les russes vivant en Ukraine de voter. C’est une décision mesquine, mais une décision grave dans son principe et ses conséquences. Elle montre le peu de cas que fait le gouvernement de Kiev quant aux droits démocratiques. Cette décision vient à la suite du refus répété de ce gouvernement d’appliquer les accords de Minsk du début février 2015[3]. Les pays de l’Union européenne, qui viennent de revoter pour une période de 6 mois les sanctions à l’égard de la Russie, seraient bien aviser d’appliquer aussi ces mêmes sanctions à l’Ukraine, car très matériellement et très concrètement c’est elle qui se comporte de manière non-démocratique et qui empêche la mise en œuvre des accords de Minsk. Il devient incompréhensible de pénaliser un pays sans pénaliser l’autre. Ou alors, cela revient à dire que pour les gouvernements des pays de l’UE, il y a deux poids et deux mesures dans tout ce qui touche à la Russie.

D’une manière plus générale, les gouvernements des pays occidentaux seraient bien inspirés de prendre en considération ce que nous apprend cette élection, qu’il s’agisse de la légitimité de Vladimir Poutine, légitimité qui a été incontestablement renforcée le dimanche 18 mars, ou qu’il s’agisse des deux crises qui cristallisent le conflit avec la Russie, la question de la Crimée et celle de la crise dans l’est de l’Ukraine. La tiédeur – et c’est un euphémisme – du message d’Emmanuel Macron à Vladimir Poutine à l’occasion de sa réélection montre que l’on en est encore loin[4]. Pourtant Emmanuel Macron a été élu avec 43% du corps électoral et Vladimir Poutine avec 52%. Cette différence de 9 points devrait inciter le Président français à une certaine humilité…

 

[1] Voir le compte-rendu fait par Jacques Myard de sa mission d’observation en Crimée : https://www.facebook.com/Jacques-MYARD-532814636848757/

[2] Voir les notes du 17 mars https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-la-situation-economique-de-la-russie-et-les-elections-par-jacques-sapir/ et du 1er mars https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-les-defis-de-leconomie-russe-video-par-jacques-sapir/

[3] Voir la note que j’ai consacrée à cette question le 14 février 2015 : https://russeurope.hypotheses.org/3448

[4] http://www.elysee.fr/communiques-de-presse/article/communique-entretien-telephonique-entre-emmanuel-macron-president-la-republique-et-vladimir-poutine-president-de-la-federation-de-russie/

 
 

la répression contre le parti communiste du Soudan à la suite de très grandes manifestations

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الحزب الشيوعي السوداني

Le dirigeant du parti communiste britannique Robert Griffiths a écrit à l’ambassade du Soudan pour protester contre l’arrestation de deux membres principaux du Parti Communiste Soudanais (SCP).

Les membres du comité central, Fathi Elfadl, le porte-Parole officiel de la scp, et Taj Alsir Othman Babu sont les derniers à être  arrêtés par les forces de sécurité de Khartoum à la suite d’énormes manifestations organisées par les communistes contre le budget d’austérité du gouvernement.

Ils ont été pris lundi soir et emmenés dans un endroit inconnu. Leurs familles ne savent rien d’aux. Les deux hommes sont âgés et avec de graves pathologies

Le SCP a déclaré qu’un autre de ses membre appelé Ali Al-Kenin avait également été arrêté.

 » des dizaines de personnalités syndicales et politiques ont été arrêtées au cours du mois dernier à la suite de manifestations massives à Khartoum et dans d’autres villes qui protestaient contre la suppression des subventions alimentaires et les difficultés qui en résultent, » a écrit m. Griffiths.

 » certains d’entre eux n’ont pas été appréhendés. Dans ces deux cas récents, nous demandons que les prisonniers reçoivent immédiatement l’attention médicale nécessaire. »

Les deux ont récemment subi une opération chirurgicale  chirurgie – le Dr Elfadl pour une maladie cardiaque et m. Alsir une greffe de rein.

Morning star

,Le parti communiste soudanais: Fondé en 1946 le parti communiste soudnais , a été une force politique majeure au Soudan et l’un des partis communistes les plus influents du monde arabo-musulman, avec le Parti communiste irakien. Son influence décrut toutefois brusquement en 1971, lorsqu’un coup d’État avorté d’officiers pro-communistes mena le chef de l’État Gaafar al-Nimeiry à lancer une vague de répression contre le parti. Les leaders les plus connus du parti tels qu’Abdel Khaliq Mahjub, Joseph Garang, Alshafi Ahmed Elshikh, Babkir Elnour ou Hashim Elatta ont alors été exécutés.

Depuis 2012, le parti est dirigé par Muhammad Mukhtar Al-Khatib, plus ou moins forcé à la clandestinité, quand outre son combat pour l’unité du pays et la démocratie,  il a choisi de coller aux revendications populaires.Depuis le début de 2018, il a pris la tete d’un mouvement de contestation contre le plan d’austérité d’Omar Hassan el-Bechirqui a donné lieu à de très grandes manifestations. Le secrétaire général du parti, Mokhtar Al Khatib, et d’autres dirigeants ont arrêtés.

 
 

L’Humanité Pavel Groudinine «Le combat politique ne fait que débuter» ENTRETIEN RÉALISÉ PAR VADIM KAMENKA

heureusement, il y a Vadim Kamenka qui sauve l’honneur de la presse française avec cet interview du candidat du parti communiste (note de Danielle Bleitrach)

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DIMANCHE, 18 MARS, 2018
HUMANITE.FR
Depuis le Sovkhoze Lénine, Pavel Groudinine qui reste l’un des dirigeants de l’ancienne ferme d’Etat en banlieue de Moscou, et candidat du Parti communiste (KPRF) et des autres partis de gauche dont le Levï Front (Front de gauche) de Sergueï Oudaltsov, revient pour l’Humanité.fr sur la présidentielle qui s’est achevé ce 18 mars.
Envoyé spécial à Moscou (Russie). À la fermeture des bureaux de votes, hier soir, au moins 70% des 109 millions de Russes sont allés voter pour le premier tour de la présidentielle. Elle a été plus importante qu’en 2012 dans plusieurs régions. Néanmoins, plusieurs irrégularités ont été recensées. Selon les sondages réalisées à la sortie des urnes, Poutine arrivait largement en tête avec 73% des voix. Pour la deuxième place entre les sept autres candidats, Pavel Groudinine (KPRF, 11,2%) arrivait  devant Vladimir Jirinovski (LDPR, extrême droite 6,8%). Derrière Ksenia Sobtchak obtenir 2,4%. Les quatre autres se tenaient en moins de 1% Boris Titov (Parti de la croissance), Grigori Iavlinski (Iabloko), Sergueï Babourine et Maxime Souraïkine (Communistes de Russie).
Que retenez-vous de cette campagne ?
Pavel Groudinine. Ce n’est que le début. Nos idées, notre programme ne vont pas s’arrêter après un scrutin. Il s’agit d’un résultat. Désormais l’aventure est lancée…
Vous allez reprendre la présidence du Sovkhoze ou continuer à vous inscrire dans un projet politique ?
Pavel Groudinine. Je vais retrouver un peu de calme, vivre un peu. Mais après chaque campagne débute une autre campagne. Car faut déjà préparer la suivante des aujourd’hui sinon il sera trop tard. On ne va donc pas s’arrêter.
Les débats, le traitement médiatique, quel regard portez vous désormais ?
Pavel Groudinine. Nous n’avons jamais pu réellement débattre. Il s’agit d’un cirque médiatique, d’un show auquel une partie des candidats participe volontiers. Certains n’avaient aucun programme, ou projet. Ils n’ont rien à proposer aux électeurs. Ce n’est pas notre cas. Car les élections et les électeurs doivent être pris au sérieux. Ce n’est pas une farce. Nous trouvons inadmissible que le président n’y participe même pas et apparaisse au dessus de tous.
Et cette comédie médiatique à mon avis décrédibilise tout le monde : le pouvoir, les élections, les candidats. Il faut arrêter et changer ce pouvoir et cet Etat qui ne respectent plus les principes démocratiques. aujourd’hui ses autorités démontrent qu’elles sont dans l’incapacité de gouverner démocratiquement et de se réformer. Il faut donc le changer.
Pensez-vous que l’opinion publique a compris votre démarche et vos idées ?
Pavel Groudinine. Le peuple n’est pas une seule et même masse. Il s’agit de nombreux individus qui pensent et agissent différemment. Mais ils ont compris que nous souhaitons changer réellement les choses pour eux. C’est un long processus et il ne s’arrêtera pas le 18 mars. Nous devons réécrire la Constitution pour mettre un terme à ce régime trop présidentiel et permettre la gratuité et garantir l’accès à un certains nombre de choses : soins, enseignement, culture. Seuls aujourd’hui les riches peuvent accéder à toutes ces choses. Ce n’est pas normal. La Constitution russe ne doit elle pas garantir l’égalité au lieu de faire la guerre aux pauvres ? Notre programme « 20 pas pour l’avenir » détaille ces objectifs et la manière dont nous y arriverons. Cette élection n’étant que le début d’un mouvement qui amènera à un véritable changement et à la fin de la corruption.