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Notre propre définition du verbe « bloquer »

07 Fév
Le blocus économique des États-Unis contre Cuba est condamné presque unanimement par la communauté internationale chaque année. Photo: Anabel Díaz

Assiéger, empêcher le fonctionnement de quelque chose. C’est le sens que le dictionnaire de la Langue espagnole propose pour le verbe « bloquer ». Une interprétation consensuelle pour ce mot, offerte du point de vue des linguistes et des spécialistes de notre langue.

Cependant, aussi respectables que soient ces définitions, la subjectivité de l’être humain élargit considérablement ce que propose l’académie de la Langue. Aussi, tout le potentiel scientifique dans ce domaine serait insuffisant pour rassembler toutes les interprétations que le peuple cubain peut donner à ce terme.

Sans dire que le citoyen étasunien, également victime du cadre politique imposé par son gouvernement, aurait beaucoup à apporter.

La vérité est que pour les habitants de cette Île, « bloquer » n’est pas un terme courant qui peut passer inaperçu. Ses implications sont trop nombreuses dans tous les domaines de notre vie, pour que le simple fait d’entendre ce mot n’ait pas d’effet sur notre sensibilité, car personne ne doute que le blocus a des répercussions depuis la vision la plus large du pays jusqu’au cadre le plus étroit de la réalisation et des objectifs personnels.

Nous pourrions choisir comme exemple n’importe quelle sphère de notre société. N’importe laquelle, absolument, ceci dit en toute responsabilité, car bien que certains se révèlent plus proches que d’autres, finalement toutes contribuent au développement économique et social, et toutes ont d’irréfutables arguments prouvant un harcèlement presque sexagénaire et incompréhensible.

Il est vrai que personne ne peut s’empêcher d’être ému lorsque, pour ne citer qu’un exemple, nous entendons parler du refus de la vente de médicaments pour les patients cubains, des obstacles à l’importation de matériel médical, des millions qu’il en coûte à Cuba pour acquérir ces intrants dans des pays tiers. Cependant la réalité est beaucoup plus dure.

Si nous individualisons ces limitations, si nous les portons au niveau de la famille, nous verrons de manière plus crue et plus douloureuse l’impact de ces restrictions arbitraires. Nous le verrons se manifester dans le désespoir d’un père ou d’une mère, parce qu’un gouvernement étranger refuse à leur enfant le remède contre une terrible maladie.

Et si nous continuons ce périple hypothétique dans les foyers cubains, les institutions et les lieux de travail cubains, nous entendrons sûrement des anecdotes comme celle d’un scientifique qui n’a pas pu partager ses recherches avec des collègues d’autres pays parce que qu’on lui a refusé le visa.

Il est probable que nous entendions parler d’un artiste qui, pour le seul fait d’être cubain, s’est vu interdire de participer à un festival prestigieux, ou d’un sportif qui, après une année d’entraînement intense, ne comprend pas ce qui justifie le refus d’accès à un événement international.

Et que dire du sacrifice partagé entre fonctionnaires et population pour faire face à une tentative d’asphyxie, à travers l’empêchement de l’arrivée sur l’île du précieux carburant, sans lequel aucun pays ne peut fonctionner à pleine capacité ?

Des millions, sans exagérer, on pourrait raconter des millions d’expériences, de vicissitudes vécues par un peuple travailleur, dévoué, honnête et altruiste, qui a été devenu la cible du mépris du plus grand empire du monde, pour ne pas s’être plié à des conditions qui vont à l’encontre de ses principes.

Notre vie au jour le jour permettrait d’élargir le sens initial du mot avec des termes tels que génocide, violation des droits humains, traque, extraterritorialité et bien d’autres qui parlent en fin de compte d’une attaque directe contre la souveraineté d’un État indépendant.

C’est pourquoi il est scandaleux lorsque, subtilement, ils l’appellent « embargo », qu’ils prétendent qu’il vise à renverser la direction du pays, qu’ils qualifient de « dictature », et qu’ils utilisent cet argument hypocrite à tout bout de champ pour se présenter comme les sauveurs providentiels des Cubains.

Mais ce n’est en aucun cas une histoire de fatigue et de pessimisme. Sachez que pendant toutes ces années, nous avons également parié sur nos propres antonymes du terme « bloquer », dont les significations pour ce peuple vont au-delà de questions structurelles et formelles de la langue espagnole.

Nous avons choisi comme antonymes : travailler, lutter, grandir, se développer, s’unir, créer, penser. Conjugués à partir du « je », en passant par « toi, lui, elle, eux », mais surtout « nous », oui, parce que le sentiment et l’action collectifs ont été et resteront notre principale arme contre leur politique vouée à l’échec.

 
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Publié par le février 7, 2020 dans Cuba, INTERNATIONAL

 

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