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Aujourd’hui je n’ai pas pu acheter l’Humanité malgré Laurent Brun.

26 Déc

Résultat de recherche d'images pour "Guediguian et Mitterrand"

Parce que l’essentiel de la « une » ne lui était pas consacrée mais « aux personnalités » qui appelaient à la solidarité et parmi elles Guédiguian. Je me suis revue en train de tenter Ariane Ascaride de ne pas aller au Théâtre des Champs-Elysées en soutien de Robert Ménard. Paris était couvert de panneaux publicitaires payés par le « révolutionnaire » Publicis avec une grande photo et le slogan « Cuba si Castro no ». Le théâtre des Champs-Elysées était réquisitionné par tous les « artistes », paillettes et strass ils n’en manquaient aucun pour accabler l’île héroïque. C’était le lieu où il fallait se faire voir, Laurent Fabius avait appelé à la manif, tous ceux qui ont toujours été du côté du manche étaient là.

Cuba était en train de se battre pour résister et l’Humanité et tous ces gens-là soutenaient Robert Ménard, l’Humanité parrainait un « dissident » présenté par le président autoproclamé de Reporter sans frontières et vrai stipendié de la CIA. Je tentais de convaincre des gens que je croyais de bonne foi comme Ascaride et Guédiguian de ne pas se joindre à ces gens-là. Ariane Ascaride au téléphone m’a insultée, elle m’a dit que j’étais tout le monde le savait une « stalinienne », c’était la première fois, ce ne fut pas la dernière. J’ai raccroché, j’avais eu bien des refus mais aucun aussi ignoble, je l’avais senti me cracher dessus…

C’est dans ce combat-là que j’ai fait le choix du refus de leurs « notoriétés », si c’était à refaire je le referais, tout plutôt que leur ressembler. Dix ans après notre mort, nous serons eux et moi totalement oubliés, le temps des Aragon est terminé, il n’y a plus que de modestes talents qui essayent de surnager à n’importe quel prix… Il vaut mieux tout de même appeler à soutenir les grévistes que d’accabler Fidel Castro même si l’opportunisme n’est absent d’aucun des choix, les temps ont changé et c’est tant mieux.

Mais moi j’entends encore les insultes dont elle m’accablait, elle préférait avec son époux faire un film à la gloire de Mitterrand, lui pardonnant jusqu’à ses sympathies ultimes pour Bouquet, celui qui a fait le Vel d’hiv, Guédiguian pouvait comprendre les sympathies de Mitterrand pour l’homme du Vel d’hiv, mais pas soutenir Fidel Castro. Je ne peux pas pardonner à ces gens-là, le temps n’est pas encore venu, il ne viendra sans doute jamais.

Mais ils étaient toujours à la une de l’Humanité, qu’ils appellent en faveur de Robert Ménard, qu’ils pardonnent à Mitterrand au nom de son génie ou qu’ils tentent de se refaire une virginité avec les migrants ou les grévistes, ils étaient bien en accord avec l’Humanité.

Ce matin j’ai tendu la main pour acheter l’Humanité, j’ai vu la une et j’ai compris qu’il y avait des souffrances que je ne pouvais pas oublier et que l’Humanité n’était toujours pas mon journal.

Mais en revanche j’ai poursuivi la quête pour les grévistes, des anonymes et j’espère envoyer un chèque confortable ce vendredi, en tout anonymat. Je n’aurais rien dit de ce que j’éprouvais une fois de plus devant ces gens-là, il y en a tant qui ont rampé devant Mitterrand, craché sur Fidel Castro, si dans les réseaux sociaux chacun croyait intelligent d’envoyer les banalités de Guédiguian pour célébrer la grève. Après avoir connu le parti de Louis Aragon, Paul Eluard, Picasso, Joliot Curie, voilà que l’on m’invitait à récupérer les produits de Jack Lang… A quel titre? L’avant-garde, celle qui selon saint Simon, Fourrier et Aragon devait s’unir à l’avant-garde politique, c’est bien autre chose…

Non décidément je peux encore me passer de la presse dont depuis vingt ans elle n’est pas la mienne. Ces gens-là m’ont gâché mon Noël, m’ont condamnée une fois de plus au silence, ça et à un tout autre niveau le livre d’Alain Badiou sur Saint Paul et la fondation de  l’universalisme.

Je me suis battue toute la nuit de Noël contre ce livre, au départ j’ai été séduite par son postulat, tant il cadrait bien avec ce que j’avais éprouvé en reposant l’Humanité sur son présentoir et puis je n’ai cessé de m’interroger sur la validité du postulat, plus il me séduisait plus je me battais. Ce postulat le voici: . « Il y a d’un côté une extension continue des automatismes du capital, ce qui est l’accomplissement d’une prédiction géniale de Marx: le monde enfin configuré, mais comme marché mondial. Cette configuration fait prévaloir une homogénéisation abstraite, tout ce qui circule tombe sous une unité de compte, et inversement ne circule que ce qui se laisse ainsi compter (…). Libre circulation de ce qui se laisse compter, oui et d’abord des capitaux, de ce qui est le compte du compte.(…). D’un autre côté, il y a un processus de fragmentation en identités fermées, et l’idéologie culturaliste et relativiste qui accompagne cette fragmentation ».

Ce thème central de la logique capitaliste de l’équivalent général et des logiques identitaire et culturelle des communautés ou des minorités formeraient un ensemble articulé ». A cela Badiou oppose en quelque sorte deux « fables » fondatrices de l’universel, celle de Saint Paul « Christ est ressuscité » et celle du communisme. Son chemin de Damas ça a été mai 68. Alors que pour moi mai 68, c’est justement l’annonce du mitterrandisme et de la courtisanerie. Peut-être est-ce justement là où nous nous séparons, dans cette hypostase qui lui permet de condamner le chemin de la Chine après la révolution culturelle ? Cet idéalisme au sens philosophique du terme qui reste producteur d’une pensée dans un temps où celle-ci s’est raréfiée, alors qu’aujourd’hui est en train de la réalité même de surgir autre chose… La séduction de Badiou n’est-elle pas un piège?

Mais je dois dire que le combat fut d’un autre niveau que ce mépris dévastateur que m’a inspiré cette une de l’humanité. Au moins Ken Loach s’il a commis une infamie sur la guerre d’Espagne, donc il ne s’agit pas de politique politicienne de ma part, mais de bien autre chose, Ken Loach est un très grand cinéaste qui revendique le dépassement par la classe ouvrière de cette configuration, l’universel du communisme.

En ce soir de Noël, il n’y avait que cette lecture que je poursuis dans un pugilat fécond, cette force revendicative planétaire, ce refus de céder et peut-être aujourd’hui le Terence Malik sur ce héros solitaire qui refuse le nazisme, film que je vais voir aujourd’hui.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le décembre 26, 2019 dans CINEMA

 

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