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Russie : La victoire de Johnson conduira à l’émergence d’une nouvelle Europe

14 Déc

Une vision politique intéressante comme d’habitude chez Akopov: « L’actuel pouvoir anglo-saxon, c’est-à-dire atlantique, a grandement échoué. Au milieu du siècle dernier, la Grande-Bretagne a passé le flambeau du leadership à son ancienne colonie, les États-Unis. Les objectifs communs et les valeurs communes des deux puissances ont conduit au fait qu’au moment de la victoire de l’Occident sur l’URSS, il semblait à tout le monde qu’un nouveau monde merveilleux serait construit en des termes record à l’échelle historique. Les États-Unis exerçaient le contrôle mondial, la Grande-Bretagne faisait partie de l’UE, qui s’était engagée sur la voie de l’intégration et du développement dans un super-État, les États-Unis d’Europe. L’Occident-Uni était contrôlé par le pouvoir militaire (OTAN), financier (City of London), les cadres et les structures intellectuelles. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu dans les rêves de la fin de l’histoire –il y a eu la montée de la Chine, le retour de la Russie ..« (…)Pas immédiatement, pas de façon simple, mais l’Europe est vouée à échapper au contrôle de ceux qui ont gagné en 1945 – les États-Unis et la Grande-Bretagne. Hitler a uni l’Europe sous les Allemands. Les Anglo-Saxons, battant les Allemands, ont uni l’Europe sous leur contrôle et leur supervision. La disparition de l’URSS a conduit au renforcement de l’Allemagne et de ses ambitions paneuropéennes. Et quand partiront les élites politiques allemandes actuelles élevées dans un esprit atlantique fidèle, la question de l’appartenance de l’Europe se posera dans toute son acuité : est-elle allemande, allemande-française, ou encore italienne? Mais en tout cas, pas anglaise. En effet, toute l’histoire des relations entre l’île et le continent va à l’encontre de cela (note de Danielle Bleitrach, traduction de Marianne Dunlop pour histoire et société).

14 décembre 2019

Photo: ZUMA / TASS

Texte: Piotr Akopov

https://vz.ru/world/2019/12/14/1013588.html

Борис Джонсон бежит на встречу к королеве

Boris Johnson est vraiment l’homme de l’année. Ayant pris la tête du gouvernement britannique il y a seulement quatre mois et demi, il a réussi à résoudre le problème du Brexit, suspendu depuis trois ans. Grâce à sa victoire aux élections législatives de jeudi, le Premier ministre sortir son pays de l’Union européenne fin janvier. Ce qui accélérera l’effondrement de toute l’architecture d’après-guerre de l’Occident uni.

 

Le parti conservateur de Boris Johnson a remporté de manière convaincante les élections législatives extraordinaires, remportant 365 des 650 sièges à la Chambre des communes. En fait, c’était un deuxième référendum sur le Brexit. Et les Britanniques se sont à nouveau prononcés pour quitter l’Union européenne. Les conservateurs étaient les seuls partisans cohérents du Brexit (sans compter le parti Brexit de Faraj), et ils ont obtenu 43,6% des voix (avec le parti de Faraj – 45,6).

 

A première vue on peut dire que moins de la moitié ont voté pour les conservateurs, tandis que 50,4% des électeurs ont voté pour les quatre partis opposés au Brexit ou favorables à un nouveau référendum. Mais dans le système britannique majoritaire, tous les députés sont élus dans les circonscriptions, et les conservateurs avaient des candidats plus forts. Ils ont même pris de nombreux bastions travaillistes traditionnels, des districts ouvriers, car ce sont les travailleurs britanniques qui sont les plus insatisfaits de leur appartenance à l’Union européenne. Et le fait que les conservateurs n’aient pas obtenu la majorité absolue en termes d’électeurs n’a pas d’importance – Trump a également perdu contre Clinton en nombre de votes à l’échelle nationale, mais a gagné en nombre d’électeurs, c’est-à-dire dans les circonscriptions.

 

De même, pendant la campagne électorale en cours, ainsi que pendant le référendum sur le Brexit, il semblait que les opposants à la rupture avec l’Europe étaient plus nombreux : il y a eu des manifestations de masse de gens opposés au Brexit, et la plupart de la presse et de l’establishment étaient plutôt contre la sortie de l’UE.

 

Cependant, la presse et les élites attaquaient en même temps très violemment Jeremy Corbin. A cause de ses idées socio-économiques de gauche, qui ont provoqué la peur et la haine tant dans la City pro-européenne que dans l’aristocratie britannique anti-européenne. Corbin a également été handicapé par sa position indéterminée sur le Brexit. Mais étant donné la scission de son parti sur la question, il ne pouvait suivre une ligne claire. Corbin voulait tenir ces élections comme d’habitude, discutant de divers problèmes sociaux et économiques. Mais dans la situation actuelle, cela n’était pas possible.

 

Tandis que Johnson a construit sa campagne autour du Brexit et misé judicieusement sur « le pays profond », sur la majorité silencieuse des Anglais ordinaires. Et il a gagné.

 

Parce que la plupart d’entre eux étaient vraiment pour le Brexit. Et parmi les opposants à la sortie, il y avait de nombreux représentants des minorités: depuis l’Écosse jusqu’aux migrants et leurs descendants.

 

La victoire de Johnson pourrait être qualifiée de vengeance des élites nationales, une victoire des nationalistes sur les mondialistes, si la Grande-Bretagne était une puissance européenne ordinaire. Mais le Royaume-Uni n’est pas tout à fait un État – il est un ancien candidat à la domination mondiale et le centre actuel du monde anglo-saxon. Et pas seulement financier et intellectuel. Par conséquent, plusieurs tendances sont immédiatement imbriquées dans le Brexit, y compris la lutte au sein de l’Occident, officiellement encore uni, pour détenir le centre du pouvoir d’une nouvelle vague de mondialisation.

 

L’actuel pouvoir anglo-saxon, c’est-à-dire atlantique, a grandement échoué. Au milieu du siècle dernier, la Grande-Bretagne a passé le flambeau du leadership à son ancienne colonie, les États-Unis. Les objectifs communs et les valeurs communes des deux puissances ont conduit au fait qu’au moment de la victoire de l’Occident sur l’URSS, il semblait à tout le monde qu’un nouveau monde merveilleux serait construit en des termes record à l’échelle historique. Les États-Unis exerçaient le contrôle mondial, la Grande-Bretagne faisait partie de l’UE, qui s’était engagée sur la voie de l’intégration et du développement dans un super-État, les États-Unis d’Europe. L’Occident-Uni était contrôlé par le pouvoir militaire (OTAN), financier (City of London), les cadres et les structures intellectuelles. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu dans les rêves de la fin de l’histoire – il y a eu la montée de la Chine, le retour de la Russie …

 

Et le plus important – l’incapacité à maintenir le contrôle des Anglo-Saxons sur l’Europe. L’Europe unie, de par sa nature même, est vouée à devenir un empire continental: Charlemagne ou le nouveau Reich allemand. Mais en tout cas, elle ne peut pas exister longtemps avec une gestion anglo-américaine externe. Les pouvoirs militaire et idéologique sont importants, mais l’indépendance financière permet de restaurer la souveraineté géopolitique.

 

Pas immédiatement, pas de façon simple, mais l’Europe est vouée à échapper au contrôle de ceux qui ont gagné en 1945 – les États-Unis et la Grande-Bretagne. Hitler a uni l’Europe sous les Allemands. Les Anglo-Saxons, battant les Allemands, ont uni l’Europe sous leur contrôle et leur supervision. La disparition de l’URSS a conduit au renforcement de l’Allemagne et de ses ambitions paneuropéennes. Et quand partiront les élites politiques allemandes actuelles élevées dans un esprit atlantique fidèle, la question de l’appartenance de l’Europe se posera dans toute son acuité : est-elle allemande, allemande-française, ou encore italienne? Mais en tout cas, pas anglaise. En effet, toute l’histoire des relations entre l’île et le continent va à l’encontre de cela.

 

La Grande-Bretagne n’a pas pu faire partie de l’Europe, se dissoudre dans l’Union européenne. Les contradictions entre les Anglo-Saxons et les «juste Saxons» (Allemands) sont aussi grandes qu’entre de nombreuses générations de parents vivants séparés, dont chacun prétend être exceptionnel et jouer un rôle dirigeant (et la parenté pas les choses : en termes de sang, les Russes sont très proches des Polonais ) La puissance croissante de l’Allemagne devait inévitablement entrer en conflit avec les ambitions dominantes de la Grande-Bretagne, qui n’avait l’intention de se soumettre à personne même pendant son séjour dans l’UE.

 

L’ironie de l’histoire est que ce ne sont pas les Allemands qui ont été les premiers à se révolter, mais les Anglo-Saxons – les États-Unis et la Grande-Bretagne. De plus, cela s’est produit contrairement à la volonté de la plupart des élites de la région. Le Brexit et la victoire de Trump ont été plus que des surprises désagréables pour la majorité de l’élite anglo-saxonne, qui vit toujours dans un monde qui avance sur la route heureuse de la mondialisation atlantique. Mais une partie des élites locales ont plus tôt compris, ont même ressenti la grande tempête qui approchait, c’est-à-dire un conflit interne entre les deux parties de l’Occident formellement encore uni. Elle a été provoquée, entre autres, par l’échec des ambitions mondiales de l’Occident, par l’approche de la fin de sa domination de cinq mille ans. Et ces élites locales ont décidé d’agir de manière proactive.

 

Trump veut renforcer les États-Unis en tant qu’État-nation en rénovant les infrastructures locales, en relançant l’industrie et en stimulant les exportations. Et pour ce faire, en utilisant la puissance non économique que les États-Unis ont accumulée au cours de leur leadership mondial, notamment en affaiblissant (voire en faisant s’effondrer) l’UE en tant que concurrent.

 

Johnson veut quitter l’UE, renforcer la Grande-Bretagne en tant qu’État-nation, maintenir son influence sur l’Europe et accroître l’influence de Londres sur les affaires mondiales.

 

Tout en conservant la fonction de la City comme capitale financière mondiale.

 

Le rapprochement entre les États-Unis et la Grande-Bretagne est prédéterminé, surtout si Johnson et Trump parviennent à prendre pied au pouvoir. Jusqu’à présent, ils ont cinq ans – jusqu’à l’automne 2024. Ensuite, Trump (et il ne fera presque aucun doute qu’il sera réélu en 2020) devra assurer l’élection d’un président aux vues similaires comme successeur, et Johnson remporter l’élection parlementaire suivante. Cinq ans à la vitesse actuelle des événements, c’est très long. Surtout compte tenu de opposition que Johnson devra affronter.

 

Le principal défi pour lui ne sera pas le risque de longues négociations sur un nouvel accord commercial avec l’UE, qui peut durer des années, mais la menace de l’effondrement du Royaume-Uni. L’Écosse, unie à l’Angleterre par un traité il y a 300 ans, insistera sur un nouveau référendum sur l’indépendance. La raison est plus que sérieuse, bien que seulement quelques années se soient écoulées depuis le dernier référendum (perdu en partie du fait que les citoyens de l’UE vivant en Écosse avaient le droit de voter), à toutes les élections et tous les référendums, l’Écosse a voté contre la sortie de l’Union européenne. Elle n’a pas été écoutée. Et maintenant, le parlement local insistera pour que la région remette à nouveau sur le tapis les relations avec Londres. L’Union européenne et les élites européennes soutiendront également – officieusement sûr – les sentiments séparatistes des Écossais.

 

Dans un an ou deux, la question de la sortie de l’Écosse sera d’une importance capitale pour Johnson. S’il ne parvient pas à bloquer le référendum, le Royaume-Uni perdra finalement non seulement la partie nord de son île principale, mais aussi les vestiges de l’Irlande. Mais si pendant cette période Johnson parvient à conclure un accord commercial avec l’UE et à empêcher un référendum en Écosse, ses mains seront déliées pour une action sur la scène mondiale. Alors nous verrons une nouvelle version du jeu mondial britannique à grande échelle, si le destin lui donne une chance pour une seconde vie.

 

 

 

 
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Publié par le décembre 14, 2019 dans Etats-Unis, Europe, INTERNATIONAL, Russie

 

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