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Russie : De la dictature du prolétariat comme nécessité, par Youri Belov

09 Déc

La question de la dictature du prolétariat est au centre des enseignements révolutionnaires de K. Marx. Les longues décennies de triomphe de l’opportunisme (eurocommunisme) dans la plupart des partis communistes d’Europe occidentale, ainsi que sous sa forme voilée au sein du PCUS, ont conduit à l’oubli du problème par les communistes de Russie et d’ailleurs. La crise générale du capitalisme redonne à cette question sa pertinence et son urgence, en particulier en Russie – le maillon le plus faible de la chaîne de l’impérialisme mondial. L’histoire ne se répète pas mais reprend son cours.

La Pravda, Youri Belov

29-11-2019

https://kprf.ru/party-live/opinion/189865.html

Sur la crise du pouvoir

 

Commençons par ce qui constitue la vérité élémentaire du marxisme: la dictature du prolétariat est inconcevable sans une révolution prolétarienne. Quand se produira-t-elle dans la Fédération de Russie oligarchico-bureaucratique, aucun prophète ne peut le dire. Cependant, pour la plupart des travailleurs de notre pays, leur statut social actuel peut être résumé en un mot: la survie. Nous parlons des prolétaires du travail intellectuel et manuel qui, selon F. Engels, gagnent leur vie en vendant exclusivement leur travail et ne possédent aucun capital.

 

La prolétarisation de la population active du pays se poursuit: celui qui hier encore était un petit capitaliste, devient aujourd’hui un salarié – la crise ruine les petites entreprises. En même temps que la prolétarisation on assiste à l’appauvrissement du prolétariat: le salaire minimum, a été descendu jusqu’à 11 280 roubles [160€, NdT]  par le gouvernement russe (!) (essayez de vivre avec ça si vous avez un enfant malade). Et parallèlement, le revenu du grand capital – de l’oligarchie – augmente, comme le savent même les enfants de 7 ans.

 

La contradiction entre le travail salarié et le capital est si frappante qu’elle oblige les travailleurs jusqu’à présent apathiques sur le plan politique à réfléchir à la criante injustice de la vie russe. En témoignent les exemples de plus en plus fréquents de résistance de classe organisée par les travailleurs salariés – les prolétaires, dont on peut lire la description dans la Pravda et Russie soviétique. Ces exemples sont également disponibles sur Internet.

 

Seulement les médias favorables au régime gardent un silence total sur l’inquiétude accrue de 1% des super-riches de la population du pays, qui possèdent 90% de ses biens. Nous pensons être à la veille de manifestations de masse des prolétaires, qui ne seront pas provoquées par le pro-américain Navalny and Co., mais par le pouvoir lui-même. Ce silence, ainsi que la formation de la Garde nationale, à l’image de la gendarmerie tsariste (police politique), est un signe de sa crise.

 

L’autorité du gouvernement, si l’on se réfère à son incarnation en la personne du président Poutine, a fortement chuté dans la population après la « réforme » des retraites. Il est perçu à une écrasante majorité comme l’équivalent du pillage par Gaïdar des économies d’argent des citoyens soviétiques, ou la privatisation de Tchoubaïs. Il est à noter que la garde nationale a été créée avant la « réforme » des retraites. Nous osons suggérer que le gouvernement se préparait à des troubles sociaux. Mais jusqu’à présent, tout va bien… Pour combien de temps? Les ressources patriotiques du printemps de Crimée seront clairement insuffisantes pour arrêter la montée de la protestation sociale de masse. La « réforme » des retraites ne sera jamais pardonnée au pouvoir, elle est le principal signe de la crise de l’ensemble du régime oligarcho-bureaucratique de Poutine.

 

Avec la « Réforme » des retraites, le gouvernement lui-même a enclenché le processus de sa fin inévitable. Le renforcement des structures de pouvoir qui en constituent le fondement ne peut que retarder la chute de la dictature bourgeoise. Face aux menaces qui pèsent sur le régime actuel, son élite politique renforce à la hâte la rhétorique militaro-patriotique et renforce le culte de la personnalité de Poutine: il n’est plus seulement un grand homme politique, mais le politique le plus remarquable du monde moderne (!). L’exaltation artificielle du chef de l’État (ex. l’émission télévisée « Moscou. Kremlin. Poutine »), les films produits par des grands cinéastes, russes (Soloviov et Kondrachov) ou étrangers (Oliver Stone), témoignent des efforts désespérés du pouvoir pour renforcer sa popularité durant cette période de crise économique qui est en train de tourner à la crise politique.

 

La tentative de jouer sur la russophobie de l’Occident, présentée comme la menace principale sur notre pays, freine dans une certaine mesure (mais pas plus que ça) une baisse supplémentaire de la confiance des gens en Poutine. Mais la hausse des prix, la pression fiscale, les incendies de forêt, les inondations qui ont privé d’habitations des milliers de personnes, les pannes des systèmes de chauffage dans les villes – tout cela est devenu monnaie courante. Et tout cela se produit parallèlement à l’enrichissement indécent d’une minorité insignifiante oligarcho-bureaucratique. La question de la justice sociale est devenue centrale en Russie. Sans elle, la rhétorique patriotique est perçue par la majorité comme une instrumentalisation du sentiment d’amour pour la patrie. Un jugement de plus en plus répandu parmi la population et conforme à la logique du sens commun: « Si la patrie est en danger, alors au moins l’impôt ne devrait pas être de 13% pour tous, depuis le prolétaire pauvre jusqu’à l’oligarque, mais en fonction des revenus et de la propriété. Et celui qui n’a pas de propriété et touche le salaire minimum doit être exonéré d’impôt ».  Il semble qu’il suffirait d’un rien pour que la patience des gens éclate. N’en déplaise à Poutine.

 

Il existe un processus de prise de conscience de l’unité des intérêts de divers groupes sociaux et couches de la classe de prolétaires du travail mental et physique (ouvriers, ingénieurs et techniciens, enseignants, médecins, etc.). Ce processus est compliqué, d’une part, parce que la propagande bourgeoise, à l’aide d’un puissant système médiatique, obscurcit la conscience de classe en cachant la division de la société en classes d’exploiteurs et d’exploités. Deuxièmement, les idées de l’unité de la nation, de la culture et de la religion sont introduites dans la conscience de masse. Troisièmement, la thèse de la «classe moyenne» est imposée, même si en réalité elle n’existe pas et ne peut pas exister. C’est la thèse du bien-être philistin subordonné au grand capital.

 

Et, néanmoins, le processus de compréhension de l’unité des intérêts de tous ceux qui sont exploités par le capital oligarchique avance lentement mais sûrement. C’est là que le Parti communiste de la Fédération de Russie doit être mobilisé autant que possible, il s’agit tout d’abord de renforcer cette tendance, à savoir la reconnaissance par divers groupes de prolétariens du fait incontestable que leurs intérêts sont incompatibles avec les intérêts du capital oligarchique, doublé en Russie du capital compradore. Ses idéologues de l’Ecole supérieure d’Economie s’emploient à substituer à la nouvelle industrialisation, si nécessaire pour le pays (et qui a cours depuis longtemps dans les pays du « milliard d’or ») des projets nationaux plus factices que réalisables.

 

La néo-industrialisation – principalement la construction d’une production de haute technologie (industrielle en premier lieu) – conduit nécessairement à une croissance quantitative et qualitative (intellectuelle) de la classe ouvrière. Une chose que les possédants «stratégiques» craignent comme la peste. À l’investissement dans le développement d’une production nationale à forte intensité scientifique, ils préfèrent l’exportation de capitaux, ce qui, selon Lénine, est un parasitisme au carré. La numérisation, la robotisation sont encore des villages Potemkine. Est-il possible d’en parler sérieusement tout en détruisant le meilleur système d’éducation soviétique au monde et en éliminant pratiquement la production de connaissances fondamentales – l’Académie des sciences de Russie?

 

Cette barbarie à l’égard de la science nationale et de la production de moyens de production (industrie lourde) est éclipsée par la politique étrangère prétendument fructueuse de Poutine. En fait, cette dernière témoigne davantage des prétentions d’un impérialisme russe avorté, qui est arrivé en retard pour le partage des marchés et des ressources, que de la défense des intérêts nationaux. Ce n’est qu’en tournant le dos au bon sens que nous pourrions dire que, les capitaux russes ont investi 60 milliards de dollars dans le développement de l’économie turque dans l’intérêt national de notre pays. Non, ils l’ont fait dans leur propre intérêt un point c’est tout. On peut en dire autant des investissements du capital oligarchique en Afrique du Sud, au Venezuela et dans d’autres pays très éloignés de la Russie. Et cela malgré le besoin urgent d’investissements en espèces dans le développement de la production nationale.

 

Poutine parle avec une régularité enviable du droit international, de sa violation sans scrupule par les États-Unis. Et… garde le silence sur le déploiement et les opérations militaires de l’armée turque sur le territoire de la Syrie souveraine. Erdogan s’est-il joué de Poutine?

 

La confiance du public dans le président de la Fédération de Russie est en train de fondre, son exaltation dans les médias reposant en particulier sur le fait qu’il faut détourner l’attention du public de la situation critique et alarmante du pays en rappelant les actions de Poutine qui lui ont conféré une autorité parmi le peuple (fin des années 1990 – début des années 2000), et, il y a cinq ans, le retour de la Crimée en Russie.

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Profanation d’une bonne idée

 

Depuis 1961, avec le rejet de la dictature du prolétariat lors du XXIIe Congrès du PCUS, la question de la dictature du prolétariat a été totalement diffamée, à commencer par la fameuse «perestroïka». Cela s’est passé en deux générations. L’idée de la dictature prolétarienne était soit étouffée, soit interprétée d’une manière bourgeoise comme inhumaine et totalitaire.

 

Dans le Parti communiste de la Fédération de Russie, c’est seulement lors de la plénière d’octobre du Comité central en 2014 que la dictature du prolétariat a finalement été restaurée dans ses droits, en tant que définition principale de la théorie marxiste-léniniste. Lors de la plénière d’octobre du Comité central de 2019, sa résolution contenait une disposition obligeant le parti à diffuser largement l’idée de la dictature prolétarienne et à en dévoiler l’essentiel : «Une dictature du capital a été instaurée dans la Russie moderne. L’état du capitalisme oligarchique-bureaucratique a acquis un caractère policier. Cette dictature ne peut être abolie qu’en instaurant la dictature du prolétariat – le pouvoir de la majorité ouvrière. Un tel pouvoir existait déjà en Russie soviétique – l’URSS. C’est elle qui a sauvé la Russie de l’effondrement de 1917.  »

 

Ainsi, la propagande ou l’introduction dans la conscience de masse, en premier lieu, dans la conscience des membres du Parti communiste de la Fédération de Russie, des idées de la dictature prolétarienne, dont la plupart savent hélas peu de choses, est avancée par le parti parmi les tâches prioritaires. Il est tout simplement impossible de la mener à bien sans recourir aux écrits des classiques du marxisme-léninisme. Marx, Engels, Lénine et Staline ont abordé la définition de l’essence de la dictature prolétarienne comme la question du « contenu de la révolution prolétarienne ». Selon Lénine, la « dictature » signifie… un pouvoir illimité, fondé sur la force et non sur la loi. Pendant une guerre civile, toute puissance victorieuse ne peut être qu’une dictature. ” «La dictature du prolétariat est un pouvoir révolutionnaire fondé sur la violence contre la bourgeoisie» (Staline).

 

“Dictature! Violence! Totalitarisme! »Proclameront les troubadours du capital et leurs hommes de main, les conciliateurs petits-bourgeois. Et ils parleront d’une démocratie «pure», «parfaite», non violente, comptant sur la naïveté politique et simplement sur l’analphabétisme des jeunes auditeurs, et pas seulement des jeunes, cachant la vérité objective selon laquelle chaque État dans une société de classe est un organe de violence. Toute la question est: dirigée contre qui? Contre quelle classe? La dictature du prolétariat « doit être un nouvel État démocratique – pour les prolétaires et les pauvres en général, et une nouvelle dictature – contre la bourgeoisie » (Lénine). Expliquant cette pensée léniniste, Staline a écrit: « Les discours de Kautsky et Cie sur l’égalité universelle, sur la démocratie » pure « , etc. sont un camouflage bourgeois du fait indéniable que l’égalité entre exploités et exploiteurs est impossible. ”

 

« L’Etat, c’est-à-dire le prolétariat organisé en classe dirigeante » (K. Marx, F. Engels). Cette définition marxiste de l’état de la dictature du prolétariat a été oubliée et est encore oubliée par les sociaux-démocrates officiels d’Europe et d’Asie, puisqu’elle va à l’encontre des préjugés opportunistes et des illusions philistines sur un état de paix entre les classes et de démocratie hors-classe.

 

Les démocrates bourgeois russes modernes («Russie unie»), les démocrates-libéraux partisans de Jirinovski, ainsi que les démocrates petits-bourgeois, les soi-disant socialistes (Mironov et K0) dissimulent leur soumission au capital oligarchique, leur accord avec lui avec ces mêmes mythes supra-classe, extra-classe et démocratie. Les formes sous lesquelles se déguisent leur soumission à la bourgeoisie sont variées: depuis l’exaltation de l’État, de la souveraineté et des racines jusqu’aux idées de liberté individuelle, de démocratie humaniste et de socialisme de style européen. L’idée russe n’est pas oubliée. Elle est adoptée alternativement par les uns et les autres pour faire peuple. Pas un mot sur la classe ouvrière et l’exploitation de l’homme par l’homme.

 

En ce qui concerne la violence, les chantres de la démocratie bourgeoise sont prêts à en parler sans fin lorsqu’il s’agit du pouvoir soviétique, c’est-à-dire de la dictature prolétarienne. Et chacun des groupes de conciliateurs bourgeois et petits-bourgeois avec le régime actuel répète comme une incantation: « Pourvu qu’il n’y avait pas de révolution! » Comme si les révolutions étaient faites dans l’histoire de l’humanité selon la volonté perverse d’un groupe conspirateur … ou selon les lois de l’Angleterre royale (1649) et de la France royale (1793). Et comme si la terreur qui les accompagnait venait du pouvoir obscur des «bâtard du peuple», comme le décrit Ivan Bounine dans «Les Jours maudits».

 

À cet égard, les lignes léninistes suivantes de «Lettres aux travailleurs américains» (1918) me viennent à l’esprit: «Les bourgeois anglais ont oublié leur année1649, les Français leur 1793. La terreur était juste et licite lorsqu’elle était utilisée par la bourgeoisie en sa faveur contre les seigneurs féodaux. La terreur est devenue monstrueuse et criminelle lorsque les ouvriers et les paysans les plus pauvres ont osé l’utiliser contre la bourgeoisie! La terreur était juste et licite lorsqu’elle était utilisée pour remplacer une minorité exploitante par une autre minorité exploiteuse. La terreur est devenue monstrueuse et criminelle lorsqu’elle a commencé à être utilisée dans le but de renverser toute minorité exploiteuse, dans l’intérêt d’une très grande majorité, dans l’intérêt du prolétariat et du semi-prolétariat, de la classe ouvrière et des paysans les plus pauvres!  »

 

Voie de révolution pacifique ou non pacifique

 

Lénine considère la terreur comme un moyen extrême de la lutte de classe dans les conditions de la révolution (et de la contre-révolution, comme en témoignent les tanks tirant sur la Maison des soviets en octobre 1993). Dans le même temps, il note que la révolution a toujours et dans tous les pays pris la forme d’une guerre civile et « une guerre civile est inconcevable sans destructions à grande échelle, ni sans terreur, ni sans restrictions de la démocratie formelle ». La révolution, elle surgit là et quand la contradiction entre une poignée d’impudents noyés dans le luxe, et des millions de travailleurs vivant au bord de la pauvreté, aboutit à une explosion sociale. Lorsque la vaste majorité des prolétaires exploités (non seulement les ouvriers, ingénieurs et employés d’entreprises publiques et d’institutions privées, mais aussi les professeurs d’université, les enseignants, les médecins qui vivent de la vente de leur travail et n’ont pas de capital), ainsi que tous les prolétaires du travail mental, également exploités ( petites entreprises, paysannerie travaillant dans les fermes collectives survivantes) ne peuvent plus tolérer l’oppression sociale du grand capital. C’est-à-dire lorsque les classes inférieures ne peuvent plus vivre comme avant, et les classes supérieures diriger comme avant.

 

Selon plusieurs chercheurs sérieux, une guerre civile «froide» dure depuis longtemps en Russie. Le premier à dire cela était S. Kara-Mourza. Quand deviendra-t-elle chaude, aucun prophète ne peut le dire. «Mais l’aggravation de la crise générale rapproche la Russie d’une catastrophe nationale. Nous devons être prêts pour un tel virage car la prise de conscience politique des travailleurs peut se faire très rapidement » (extrait de la résolution de la plénière d’octobre du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie en 2019). Les révolutions se produisent toujours à l’improviste, peu importe combien vous vous y préparez d’avance, combien d’avance vous les maudissez et suppliez: « Que cette coupe s’éloigne de moi. »

 

Lénine, en tant qu’homme politique et scientifique, préparait le parti bolchevique à la révolution, car, à la suite d’une analyse complète des relations sociales en Russie, il savait que la révolution était inévitable. Il savait qu’une guerre civile était inévitable à l’ère révolutionnaire, où la principale question était celle du pouvoir: qui vaincra – la dictature du capital ou la dictature du prolétariat.

 

Lénine le savait: la guerre civile est un grand sacrifice des deux côtés des parties belligérantes du même peuple. Pour l’éviter, il était prêt à faire un compromis tactique avec les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires, sur lequel il avait écrit dans l’article «Au sujet des compromis» du 1er au 3 septembre (14-16), 1917. Nous lisons: «Maintenant, et seulement maintenant, peut-être ces quelques jours ou ces une à deux semaines, un tel gouvernement (sans la bourgeoisie. – Yu.B. ) pourrait être créé et consolidé tout à fait pacifiquement. (Souligné par moi. – Yu .B. ) Il pourrait garantir, avec une probabilité gigantesque, un mouvement pacifique tout au long de la révolution russe et des chances extrêmement grandes de réaliser un grand pas en avant du mouvement mondial vers la paix et la victoire du socialisme.

 

Seulement au nom de ce développement pacifique de la révolution – une opportunité extrêmement rare dans l’histoire et extrêmement précieuse, une opportunité extrêmement rare, uniquement en son nom les bolcheviks, partisans de la révolution mondiale, partisans des méthodes révolutionnaires – peuvent et devraient, à mon avis, parvenir à un tel compromis ».

 

L’essence de ce compromis était que les bolcheviks renonceraient à exiger le transfert du pouvoir au prolétariat et à la paysannerie les plus pauvres, c’est-à-dire l’instauration immédiate de la dictature du prolétariat. Mais sous réserve de l’entière liberté de la propagande et de l’agitation bolcheviques et de la convocation d’une Assemblée constituante sans délai ni retard.

 

«Peut-être, écrivait Lénine, est-ce déjà impossible? Peut-être. Mais s’il y a même une chance sur cent, alors une tentative de réaliser une telle opportunité en vaudrait la peine ». Hélas, en raison des politiques perfides des mencheviks et des socialistes révolutionnaires, cette chance a été perdue.

 

Lénine savait (il ne pouvait l’ignorer) que la question de la prise pacifique du pouvoir par le prolétariat avait déjà tourmenté K. Marx. S’exprimant lors d’un rassemblement à Amsterdam le 8 septembre 1872, il a déclaré: «Nous savons que nous devons compter avec les institutions, les mœurs et les traditions de différents pays. Et nous ne nions pas qu’il existe des pays dans lesquels les travailleurs peuvent atteindre leur objectif par des moyens pacifiques. Mais même si tel est le cas, nous devons également reconnaître que, dans la plupart des pays du continent, la force devra servir de levier à notre révolution. ” Un an plus tôt, K. Marx, s’adressant aux gouvernements bourgeois, avait exprimé cette idée de manière géométrique et claire: « Nous agirons contre vous de manière pacifique, là où cela nous sera possible, et utiliserons des armes, lorsque cela deviendra nécessaire. »

 

Nous pouvons dire que le soulèvement armé victorieux d’octobre de 1917 en Russie, à Petrograd s’est déroulé conformément à cette formule de K. Marx. Il n’y a eu presque aucune effusion de sang. À Smolny, le quartier général de la révolution d’octobre, la joie était générale. Seul Lénine ne l’a pas partagée, concentré sur ses pensées. Ses plus proches collaborateurs lui ont demandé: « Pourquoi n’es-tu pas heureux, Vladimir Ilitch? » Et en réponse, ils ont entendu: « Il y aura encore beaucoup de sang. » Lui seul a alors prévu l’intervention [étrangère, NdT] et la guerre civile sanglante. Il était conscient de leur caractère inévitable.

 

Que l’instauration de la dictature prolétarienne se fasse de manière pacifique ou non pacifique, cela dépend directement de la politique intérieure et étrangère des autorités bourgeoises russes. Le programme du Parti communiste le dit assez clairement: «Le Parti communiste milite pour une transition pacifique vers le socialisme. En même temps, comme indiqué dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies, un gouvernement doit prendre en compte les besoins de la population afin qu’elle ne soit pas obligée de recourir en dernier recours à la rébellion contre la tyrannie et l’oppression. Le régime en vigueur dans le pays, qui mène une politique anti-peuple, creuse sa propre tombe. »

 

Ainsi, dans son programme, le Parti communiste de la Fédération de Russie se déclare prêt à une tournure pacifique ou non pacifique des événements. De toute évidence, le moment est venu pour le Parti communiste de déclarer que l’impérialisme russe crée lui-même les conditions préalables à l’élimination de la dictature bourgeoise et à l’établissement de la dictature du prolétariat en Russie sous la forme de la démocratie soviétique.

 

Un pouvoir qui détruit l’exploitation de l’homme par l’homme

 

Le pouvoir soviétique en tant que dictature du prolétariat, pour la pseudo-gauche occidentale est un sujet interdit. Involontairement, on se souvient de ce que Lénine disait dans «L’État et la révolution» (1917) : «Seul est marxiste celui qui étend la reconnaissance de la lutte de classe à la reconnaissance de la dictature du prolétariat. »

 

Il ne reste plus qu’à plaindre ceux qui, par ignorance naïve, considèrent comme socialistes les socialistes allemands, les pseudo-socialistes français, Sanders aux États-Unis et Mironov de « Russie juste ». Pour eux, la dictature prolétarienne n’est que violence et rien de plus. Ils en ont fait un épouvantail pour les petits-bourgeois et ils sont nombreux chez nous.

 

Que la dictature du prolétariat « ne soit pas seulement la violence contre les exploiteurs », qui depuis des siècles s’approprient les fruits du travail des ouvriers, prolétariens et semi-prolétariens, est prouvé scientifiquement par Marx, suivi de Engels, Lénine et Staline. Ne citer que leurs principales conclusions sur ce sujet prendrait une quantité considérable de cette publication.

 

Selon Lénine, la dictature prolétarienne ne représente même pas avant tout une violence contre les classes exploiteuses (surtout la classe bourgeoise) qui, avec une énergie furieuse, tenteront de restaurer le système capitaliste dans lequel elles vivaient si gentiment, cette dictature, avant tout «  détruira l’exploitation de l’homme par l’homme et réalisera une organisation sociale du travail supérieure à celle du capitalisme ».

 

La dictature du prolétariat n’est pas une abstraction théorique. C’est une pratique grâce à laquelle l’humanité a été épargnée de l’esclavage fasciste du XXe siècle. C’est la pratique de la vie russe depuis 1917: un pays arriéré où les paysans cultivaient à l’araire, le pouvoir soviétique l’a transformé en une puissance mondiale dotée du nucléaire et se lançant à la conquête de l’espace. La restauration du capitalisme dans notre pays est un phénomène temporaire. C’est le prix payé pour l’opportunisme au sein du PCUS, le parti au pouvoir.

 

À cet égard, parlons de l’une des conditions les plus importantes pour l’efficacité de la dictature prolétarienne: l’unité dialectique de la violence contre la minorité exploiteuse et ses représentants dans les conditions du socialisme et les transformations révolutionnaires de la société, socialistes et révolutionnaires. Staline a simplement écrit de manière convaincante à ce sujet: «La dictature du prolétariat a ses propres périodes, ses propres formes et ses méthodes de travail. Pendant la guerre civile, le côté violent de la dictature est particulièrement frappant. Mais cela ne veut pas du tout dire que pendant la période de la guerre civile, aucun travail constructif n’a lieu. Sans travail constructif, il est impossible de faire la guerre civile. Au contraire, pendant la période de construction du socialisme, le travail pacifique, organisationnel et culturel de la dictature, la légitimité révolutionnaire, etc. sont particulièrement frappants. Mais il n’en découle pas pour autant que le côté violent de la dictature soit tombé ou puisse tomber pendant la période de construction. Les organismes de répression, l’armée et d’autres organisations sont nécessaires maintenant, au moment de la construction, tout comme pendant la guerre civile. Sans la présence de ces corps, tout travail de construction sécurisé est impossible. ”

 

Rappelons que pendant les années perfides de la perestroïka, ce sont précisément les organes de répression (oui) du mouvement antisoviétique, c’est-à-dire anti-État (divers types d’entités « démocratiques ») et la sécurité nationale (armée, KGB), qui ont été ridiculisés avec l’approbation tacite du secrétaire général du Comité central du PCUS, Mikhaïl Gorbatchev. Et tout avait commencé avec le rejet par Khrouchtchev de la dictature du prolétariat. Peu savaient alors que cela pouvait équivaloir à un rejet du pouvoir soviétique. Les événements d’octobre 1993 ont été une douche froide.

 

La restauration du capitalisme est le résultat de la contre-révolution. Son caractère rampant était inscrit dans la « nouvelle pensée », qui était une convergence idéologique – un compromis prétendument possible et nécessaire du socialisme et du capitalisme: « Nous naviguons tous dans le même bateau ». L’opportunisme comme trahison – c’est une dure leçon pour nous, communistes.

 

Le socialisme reviendra en Russie, il y a une demande croissante de justice sociale. C’est le renforcement du besoin social pour cette justice, et nullement la nostalgie du passé soviétique, bien que cela existe aussi, qui est la raison principale de la popularité croissante de Staline aujourd’hui.

 

Deux lignes politiques : Staline et Trotsky

 

La question de la dictature du prolétariat et de la « dictature du parti » est particulièrement intéressante. Lénine a employé cette expression en la mettant entre guillemets et, comme le notait Staline, pas plus de cinq fois: «Lénine ne mentionne pas le mot dictature du parti au sens exact du mot (« pouvoir basé sur la violence »), mais au sens figuré, au sens de leadership « . Mais selon Staline, la direction du parti ne signifie pas « que la dictature du prolétariat se résume aux instructions du parti ». Staline pose la question: cela signifie-t-il que les directives du parti peuvent être identifiées à la dictature du prolétariat? Et il donne la réponse suivante: «Entre les instructions du parti et leur mise en œuvre, il y a donc la volonté et les actions du guidé, la volonté et les actions de la classe, sa volonté (ou son refus) de soutenir de telles instructions, sa capacité (ou son incapacité) à les exécuter de la façon dont les circonstances l’exigent. Il est à peine nécessaire de prouver que le parti qui a pris la direction ne peut compter que sur la volonté, sur l’état, sur le niveau de conscience du peuple qu’il conduit, le parti ne peut ignorer la volonté, l’état et le niveau de conscience de sa classe.  »

 

Ce n’est pas à la suite de violences, mais selon la volonté des masses laborieuses, en fonction de la nécessité de créer des personnes libérées de l’exploitation, que la transformation socialiste du pays a eu lieu et en a fait une grande puissance dans le monde. L’amour de la patrie soviétique, la foi dans le gouvernement soviétique comme un désir propre, natif et passionné de créativité, la connaissance et la découverte d’un nouvel inconnu, ont donné naissance au mouvement de Stakhanov, à l’héroïsme de Tchkalov, à Baidoukov, à Beliakov, à l’exploit des Papanine et à l’héroïsme de masse durant la Grande Guerre patriote, à la Grande Victoire de 1945 … Comme le disent les philosophes, dans le mouvement socialiste populaire sous une forme condensée, il faut voir le rôle dirigeant du parti des communistes soviétiques.

 

«Et dans les répressions de masse de 1937 et du GOULAG – faut-il également voir le rôle dirigeant du parti dans la mise en œuvre de la dictature du prolétariat?», Nous demanderont sarcastiquement nos adversaires.

 

Bien sûr, et nous n’avons pas l’intention de nous taire sur ce point. Le rôle punitif de l’Etat soviétique vis-à-vis de ses ennemis (ennemis du peuple qui menait des activités subversives contre le pouvoir soviétique), ainsi que vis-à-vis des éléments antisociaux (banditisme, vol, fraude, etc.) – ce rôle assurait la sécurité civile et nationale.

 

Y eut-il des innocents condamnés? Oui, c’est que le parti et le gouvernement ont reconnu et condamné par le décret du 17 novembre 1938 du Conseil des commissaires du peuple de l’URSS et du Comité central du Parti communiste unifié des bolcheviks sur les arrestations, la surveillance et la conduite des enquêtes. On a parlé des violations les plus flagrantes de la légalité socialiste commises par le bureau du procureur et le NKVD. Pour cela, le chef du NKVD de l’URSS Yejov et un certain nombre de hauts responsables du NKVD et du bureau du procureur ont été condamnés à mort par décision du collège militaire de la Cour suprême de l’URSS.

 

Tout ce qui a été dit s’est déroulé dans les conditions d’une période tumultueuse d’avant-guerre (la guerre contre l’URSS était inévitable) et la lutte idéologique la plus acerbe du parti sur la question cruciale pour le pays: savoir si elle devait être l’initiatrice d’une révolution permanente (continue) (la ligne de Trotsky et Kamenev, Zinoviev et Boukharine qui étaient en contact étroit avec lui) ou bien fallait-il mobiliser toutes nos forces pour construire le socialisme dans un seul pays – l’URSS (la ligne de Staline et ses associés – Dzerjinski, Molotov, Kirov, Ordjonikidze, Kouïbychev, etc.)? La ligne stalinienne a gagné, une ligne n’ayant rien à voir avec la « dictature du parti », qui correspondait parfaitement à celle de Trotski.

 

Trotski en 1919, dans des notes au Comité central du PCR, démontrait la nécessité de changer la stratégie de la révolution mondiale: ne pas partir d’Europe, mais d’Asie, en s’appuyant sur les succès de l’Armée rouge sur le front oriental. « Le chemin vers Paris et Londres passe par les villes d’Afghanistan, du Pendjab et du Bengale ». Pour ce faire, il suffit de créer un « corps de chevaux (30 000-40 000 cavaliers) dans l’espoir de le lancer en Inde ». En d’autres termes, condamner les ouvriers et les paysans à de nouveaux sacrifices – car l’armée était composée des ouvriers et des paysans. Était-ce dans l’intérêt des classes ouvrières et paysannes? Bien sûr que non. Pour Trotski, la dictature du prolétariat était identique à la « dictature du parti ».

 

En 1920, il proposa la création d’une armée de travail paramilitaire et déclara la même année que « le paysan devrait donner à l’économie soviétique un impôt naturel sous forme de pain sous peine de représailles sans merci ». Trotski a constamment suggéré que le parti utilise la violence contre la classe ouvrière. Selon Staline, une telle identification transforme le parti de dirigeant et guide du prolétariat en un pouvoir d’Etat, « exerçant sur lui sa violence ».

 

Au cours des années de la perestroïka de Gorbatchev, ses idéologues, utilisant la technologie trotskiste de profanation des idées créatrices de Staline, lui ont attribué l’idée trotskiste de « dictature du parti ».

 

La propagande de l’idée de la dictature du prolétariat par les communistes russes n’est pas une tâche facile, car la classe ouvrière soviétique a, hélas, achevé son histoire héroïque dans les ruines de la désindustrialisation, et le nouveau prolétariat se forme sous l’influence de l’idéologie bourgeoise masquée par de belles paroles, bercé par les hymnes dédiés à l’amour pour la Patrie. Comme le disait Marx, la forteresse la plus imprenable est le crâne humain. Mais, comme s’il poursuivait sa pensée, Staline déclara: « Il n’y a aucune telle forteresse que les bolcheviks ne puissent prendre. » Reste au Parti communiste à le prouver.

 

La dictature du prolétariat est inévitable pour toute l’humanité. Sinon, on ne détruit pas la domination de la propriété privée – cause de tous les maux sociaux, du manque de spiritualité et de la barbarie par rapport à la nature. Peu importe les difficultés sur le chemin du socialisme, le peuple russe les surmontera. Ce n’est pas une incantation. C’est la connaissance de ce qui a été et de ce qui devra être dans un nouveau cycle de l’histoire. Notre société a souffert pour atteindre cette connaissance. Prolétaires russes, unissez-vous!

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

 

 

 

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