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Le coup d’Etat en Bolivie : cinq leçons par Atilio Borón

11 Nov
Atilio Boron est un sociologue et un politologue argentin d’un très haut niveau à la fois de compétence et d’engagement, universellement respecté en Amérique latine, voici les leçons amères qu’il tire du coup d’Etar, elles sont bonnes à prendre en France aussi si l’on vient bien considérer la manière dont la même presse, les mêmes intellectuels objectifs et en fait proches de la CIA nous ont incité à prendre de la distance avec ce qui se passait, y compris à la direction du journal l’humanité et à l’intérieur du PCF où il était de bon ton de considérer ce qui se passait en Amérique latine avec la réserve d’usage dans les autres médias, le Monde en particulier. (note de danielle Bleitrach)

Le coup d’Etat en Bolivie : cinq leçons

Par Atilio Borón*

Buenos Aires, 10 novembre (Prensa Latina) La tragédie bolivienne enseigne avec éloquence plusieurs leçons que nos peuples et nos forces sociales et politiques populaires doivent apprendre et enregistrer dans leur conscience pour toujours.

Voici une brève énumération, au fur et à mesure, et comme prélude à un traitement plus détaillé dans l’avenir.

Tout d’abord, même si l’économie est gérée de manière exemplaire comme l’a fait le gouvernement d’Evo, la croissance, la redistribution, le flux des investissements sont garantis et tous les indicateurs macro et microéconomiques sont améliorés, la droite et l’impérialisme n’accepteront jamais un gouvernement qui ne sert pas leurs intérêts.

Deuxièmement, il est nécessaire d’étudier les manuels publiés par diverses agences américaines et leurs porte-parole déguisés en universitaires ou journalistes afin de pouvoir percevoir à temps les signes de l’offensive.

Ces écrits soulignent invariablement la nécessité de détruire la réputation du leader populaire, ce qu’on appelle dans le jargon spécialisé l’assasinat de caractère, le traitant de voleur, corrompu, dictateur ou ignorant.

C’est la tâche confiée à des communicateurs sociaux, des  » journalistes indépendants  » autoproclamés, qui, en faveur de leur contrôle quasi-monopolistique des médias, forent le cerveau de la population avec de telles diffamations, accompagnées, dans ce cas, de messages haineux dirigés contre les peuples indigènes et les pauvres en général.

Troisièmement, une fois ce qui précède accompli, c’est au tour des dirigeants politiques et des élites économiques d’exiger « un changement », de mettre fin à la « dictature » d’Evo qui, comme l’a écrit l’impresentable Vargas Llosa, est un « démagogue qui veut rester au pouvoir ».

Je suppose qu’il portera un toast au champagne à Madrid quand il verra les images des hordes fascistes piller, brûler, enchaîner des journalistes à un poste, raser une femme maire et la peindre en rouge et détruire le procès-verbal de la dernière élection pour remplir le mandat de Don Mario et libérer la Bolivie d’un démagogue diabolique.

Je mentionne son cas parce qu’il a été et est toujours le porte-drapeau immoral de cette attaque ignoble, de ce crime illimité qui crucifie les dirigeants populaires, détruit une démocratie et installe le règne de la terreur par des bandes de tueurs à gages pour se moquer de gens qui avaient le courage de vouloir être libre.

Quatrièmement : les  » forces de sécurité  » entrent en scène. Dans ce cas-ci, il s’agit d’institutions contrôlées par de nombreux organismes, militaires et civils, du gouvernement des États-Unis.

Ils les entraînent, les arment, font des exercices conjoints et les éduquent politiquement. J’ai eu l’occasion de le prouver lorsque, à l’invitation d’Evo, j’ai inauguré un cours sur  » l’anti-impérialisme  » pour les officiers supérieurs des trois armes.

A cette occasion, j’ai été choqué par le degré de pénétration des slogans américains les plus réactionnaires hérités de la guerre froide et par l’irritation non dissimulée causée par le fait qu’un Indien était président de leur pays.

Ce que ces  » forces de sécurité  » ont fait, c’est se retirer de la scène et laisser le champ libre à l’action incontrôlée de hordes fascistes – comme ceux qui ont agi en Ukraine, en Libye, en Irak, en Syrie pour renverser, ou dans ce dernier cas essayer de renverser, les dirigeants qui ennuyaient l’empire – et ainsi intimider la population, les militants et les figures mêmes du gouvernement.

En d’autres termes, une nouvelle figure sociopolitique : un coup d’Etat militaire  » par omission « , permettant aux bandes réactionnaires, recrutées et financées par la droite, d’imposer leur loi. Une fois la terreur installée et face à l’impuissance du gouvernement, l’issue était inévitable.

Cinquièmement, la sécurité et l’ordre public n’auraient jamais dû être confiés en Bolivie à des institutions telles que la police et l’armée, colonisées par l’impérialisme et ses laquais de droite.

Lorsque l’offensive contre Evo fut lancée, une politique d’apaisement et de non-réponse aux provocations des fascistes fut choisie.

Cela a servi à les enhardir et à augmenter le pari : d’abord, exiger un second tour ; ensuite, la fraude et de nouvelles élections ; ensuite, des élections mais sans Evo (comme au Brésil, sans Lula).

Plus tard, la démission d’Evo ; enfin, face à sa réticence à accepter le chantage, semer la terreur avec la complicité de la police et des militaires et forcer Evo à démissionner. Du manuel, tout est dans le manuel. Apprendrons-nous ces leçons ?

mv/ab/mai

*Un politologue argentin exceptionnel. Collaborateur de Prensa Latina.

source :  https://www.prensa-latina.cu/index.php?o=rn&id=319788&SEO=el-golpe-en-bolivia-cinco-lecciones

Tag(s) : #Bolivia#Golpe#GolpeDeEstado#BoliviaResiste

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Une réponse à “Le coup d’Etat en Bolivie : cinq leçons par Atilio Borón

  1. GALSEN NIOXOR

    novembre 13, 2019 at 3:48

    A reblogué ceci sur GALSENSPRING.

     

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