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Patricio Guzmán : l’exil et l’impossible retour comme d’ailleurs de s’intéresser à autre chose.

10 Nov

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Hier j’ai vu à la Baleine, un étrange café-restaurant- cinéma dans le quartier underground de Marseille, le dernier film de la trilogie de Patricio Guzmán .

C’était au moment où se rassemblaient et se préparaient à défiler ceux qui à Marseille célébraient l’anniversaire de l’effondrement des maisons dans le quartier Noailles. Rien n’est résolu, pas plus ici qu’au Chili.je me suis mêlée à cette foule dans le quartier où j’allais à l’école enfant en me disant que jamais je ne retrouverai Marseille, cette ville qui m’est devenue étrangère.

Le film a été tourné avant la Révolution actuellement en cours,et qui dit-il le laisse sans voix parce qu’il y a la peur et l’espérance de l’enfance retrouvée. Franchir la cordillère, cette muraille, nous parle de tas d’autres choses, du chant général de pablo neruda et aussi, il ne le dit pas, mais j’ai été constamment hantée par la vision de la fuite de don pablo, le communiste, à dos de cheval, porté comme un paquet . Ce rappel m’a hanté à chaque description de sommet, je voyais l’indien construisant des cités à une hauteur où l’air est totalement rarfié, et le poète chilien fuyant une dictature anti-communiste, une de plus…Cette vision s’imposait d’autant plus que  le film ne cesse de donner la paroles aux poètes et aux artistes qui rêvent de ces sommets et de leurs vallées dont l’herbe est veloutée. De qui parle celui qui explique que ce pays ne s’interesse pas à 80% de son territoire, à savoir la Cordillère, de cette montagne où de la population sacrifiée, massacrée…  Un artiste dit : » Nous venons de cette montagne parce que nous sommes l’indien et de la mer parce que nous sommes les envahisseurs européens » Un discours sur le viol, très familier en Amérique latine et sur la ré(appropriation de la totalité de l’être sud-américain. cela commence comme une rêverie sur des paysages, des mots, des vies passées à tenter de comprendre…

Patricio Guzmán lui-même dit que « Mes films ? C’est toujours la même chose… mais chaque fois différemment » C’est un documentaire qui peu à peu sort de l’autobiographie et de la confrontation avec des espaces fantasasmés par l’exil pour retrouver des bobine d’actualité sur la répression policière, ce que l’on voit, les militants frappés et entassés, femmes et hommes traités comme du bétail, mais cette violence là dit aussi ce qui ne peut être décrit: la torture systématique d’un Pinochet et dont les coupables sont encore là, sans avoir été le moins du monde inquiété.

Ils ont même repris le pouvoir et le cinéaste exilé à Paris mais pour qui, comme beaucoup de Chiliens, l’exil est un pays qui ne connait pas les frontières,et vous oblige à psalmodier jusqu’à l’hypnose ce traumatisme intial, celui de cet entassement dans les stades où l’on va couper les mains de Victor jara et assassiner Salvador Allende, l’horreur camouflée derière cette enigme géographique, un pays que dessine tout en longueur une cordillère et la mer. Il reste là devant son rêve éventré comme la maison de son enfance dont la façade est étrangement préservée. Il reste sans voix devant l’explosion tellurique qui secoue son pays aujourd’hui. Une vie passée à attendre, à espérer, à ne penser à rien d’autre qu’à ce lieu perdu et que l’on ne retrouve jamais sauf dans la révolution. Son nouveau documentaire revient, une fois de plus, sur ce Chili qui ne le quitte plus depuis qu’il l’a quitté, voilà quarante-six ans. L’exilé, je l’avais déjà constaté pour Brecht, lang, la famille Mann, ne retrouve jamais son pays, sauf si comme Brecht il accepte de voir le rêve devenir réalité de la dénazification, un rêve qui ne ressemble pas à l’idéal cultivé si longtemps.

Et je suis sortie, exilée moi aussi dans la ville de mon enfance, les cafés étaient emplis jusqu’à Noailles de manifestants dont certains tenaient les banderoles à la manière d’une héros d’Angelopoulos.

danielle Bleitrach

 

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