RSS

femmes, communistes, étrangers, les héros oubliés de la libération de Paris

30 Août

Pendant des années, les politiciens français ont défendu un mythe de la libération militaire et masculine fondé sur la libération des nazis. La vérité est un peu différente: La libération de Paris a conjugué deux scénarios: une campagne militaire et un mouvement révolutionnaire.(note et traduction de danielle blaitrach)

Les forces françaises de l’intérieur s’appuient sur un char français pour lutter contre les forces d’occupation allemandes lors de la libération de Paris en août 1944.  Photo: AP

Il y a soixante-dix ans, lors d’un combat dramatique qui commença le 18 août et se termina le 25 août 1944, Paris fut libéré de l’autorité nazie . Charles de Gaulle, chef du nouveau gouvernement provisoire, a déclaré aux Français que, avec l’aide des Alliés, ils s’étaient libérés. Mais  était-ce vrai? S’agissait-il d’un mythe conçu pour restaurer l’honneur et l’unité dans un pays vaincu, occupé et divisé contre lui-même?

La libération de Paris a conjugué deux scénarios: une campagne militaire et un mouvement révolutionnaire. La première colonne française à Paris était la deuxième division blindée commandée par le général Leclerc, qui avait vaincu les colonies françaises en Afrique équatoriale et combattu au nord contre les forces de l’Axe en Libye et en Tunisie. Rééquipé et recyclé dans le Yorkshire, sa division ne débarqua sur les plages de Normandie que le 1er août 1944, huit semaines après le débarquement. Le commandant suprême des forces alliées Eisenhower voulait repousser les Allemands au nord de la capitale et seul l’obstination du général de Gaulle a permis à Leclerc de jouer son rôle dans la libération de Paris.

Général Charles De Gaulle  Photo du général Charles De Gaulle : AP Photo / Constance Stuart Larrabee

Une semaine auparavant, le 18 août, le Comité de libération de Paris, qui coordonnait les activités de résistance, avait ordonné l’insurrection. Il était présidé par André Tollet, artisan de la tradition sans-culotte de 1789 et syndicaliste évadé du camp où il avait été interné en tant que communiste. Son bras militaire était les Forces Françaises de l’Intérieur, ou FFI, commandées par Henri Rol-Tanguy, métallurgiste communiste et vétéran de la guerre civile espagnole, mais il manquait cruellement d’armes et ne comptait à l’origine que 600 personnes. Le muscle de l’insurrection était une grève générale qui a balayé les chemins de fer, les services publics, les cinémas, les restaurants, les Galeries Lafayette et même la police de Paris.

Mais toutes les parties de la résistance n’étaient pas d’accord. Les partisans de De Gaulle à Paris craignaient soit une prise de pouvoir par les communistes, soit  le même  bain de sang qui avait frappé le soulèvement d’août 1944 à Varsovie. Par le biais du consul de Suède, ils ont négocié une trêve avec le gouverneur militaire allemand le 20 août, mais les insurgés n’ont pas observé l’accord. Ils ont érigé des barricades en réaction à un réflexe révolutionnaire et ont poursuivi la guérilla en s’emparant des armes cédées aux Allemands.

La libération de Paris n’était même pas une affaire purement française. En effet, beaucoup ont vu la résistance contre les Allemands dans le cadre de la lutte antifasciste paneuropéenne qui a débuté avec la guerre civile espagnole contre Franco soutenu par l’Axe en 1936 et s’est terminée avec la guerre civile grecque en 1949. La guérilla urbaine à Paris a été développée par des exilés étrangers – républicains espagnols, antifascistes italiens, juifs polonais, hongrois et roumains et même antinazis allemands – agissant dans le cadre du Mouvement des travailleurs immigrés (MIO) des partisans communistes. La plupart avaient été appréhendés et fusillés en février 1944 par les Allemands, dont la propagande, discréditant la résistance dirigée par des Juifs, des étrangers et des communistes, ne s’y trompait pas beaucoup.

Les célébrations du 70e anniversaire de la libération de Paris mettent l'accent sur le rôle des combattants français plutôt que des alliés Un char de la division blindée française passe près de l’Arc de Triomphe   Photo: AP

Six mois plus tard, la première colonne de soldats de Leclerc s’avança pour libérer Paris. Il s’agissait  du Troisième Régiment d’Infanterie du Tchad, dont la neuvième compagnie fut surnommée « la Nueve » car composée principalement de républicains espagnols dont les chars étaient couverts de slogans commémorant les combats du civil espagnol. Guerre: Guadalajara, Teruel, Ebre, Madrid.

Tout cela donne une version très machiste de la libération de Paris. Mais les femmes aussi ont joué un rôle crucial. Cécile Rol-Tanguy, l’épouse d’Henri, a été l’un de ses messagers, transmettant à vélo les messages d’une unité à l’autre ou d’armes dans le landau de son bébé. Quelques femmes ont pris les armes elles-mêmes. Madeleine Riffaud, étudiante en sciences infirmières et partisane communiste, a tiré sur un Allemand le 23 juillet 1944 sur les quais de la Seine pour venger la mort d’un camarade et inciter les Parisiens à se révolter. Elle-même échappée de peu à l’exécution et à la déportation, elle a été libérée avec d’autres résistants en vertu de la trêve et a dirigé un commando de trois hommes qui a immobilisé un train allemand aux Buttes-Chaumont.

Les célébrations du 70e anniversaire de la libération de Paris mettent l'accent sur le rôle des combattants français plutôt que des alliés Des soldats américains de la 28ème division d’infanterie de Pennsylvanie défilent le 29 août 1944 sur les Champs-Élysées.   Photo: AP Photo / Peter J. Carroll

L’ordre a été rétabli par la division Leclerc, qui est arrivée le 24 août. Et deux jours plus tard, de Gaulle lui-même a défilé sous les acclamations de la foule sur les Champs-Élysées. C’était son apothéose, communiant avec ce qu’il appelait «la France éternelle» – mais c’était aussi le début d’un mythe de résistance et de libération militaire, nationale et masculine.

De Gaulle ne fait aucune mention de la contribution des étrangers. Lorsqu’ils ont été convoqués par les chefs de la résistance parisienne au ministère de la Défense pour leur dire que son travail était terminé, Cécile Rol-Tanguy a rappelé qu’on ne leur avait même pas offert un verre de vin. Avec cela, le parti était fini et le rôle des révolutionnaires, des étrangères de femmes longtemps oubliées. Il est maintenant temps d’entendre leur histoire à nouveau.

Le livre de Robert Gildea sur la résistance française, Fighters in the Shadows, paraîtra le mois prochain (Faber: 20 £)

 
 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :