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Douleur, travail de pensée et humour chez Sigmund Freud

04 Août

Par Jean-Pierre Kameniak[1]

https://sites.google.com/site/olivierdouvilleofficiel/psychologie-clinique/meilleurs-textes-publies-depuis-le-n-3-de-psychologie-clinique/douleur-travail-de-pensee-et-humour-chez-sigmund-freud

Résumé : Si les souffrances de Freud nous sont connues, en revanche la place qu’elles occupent dans son économie psychique reste passablement ignorée des chercheurs. Or il existe un lien spécifique, particulièrement intime, entre la douleur et le travail de pensée de l’homme et du savant, non seulement parce que celle-ci constitue le premier moteur de son activité de pensée, mais aussi parce que pensant dans la douleur, Freud pense la douleur et du même coup panse ses douleurs. Ce mouvement de pensée qui associe l’expérience de la douleur à son élaboration psychique et théorique se trouve illustré et mis en évidence ici au cours de la période allant du « tournant de 1920 » à « L’humour » (1927) dont on sait que Freud était l’un des maîtres.

Mots clés : Douleur ; élaboration psychique ; humour ; travail de pensée ; souffrance.

Summary : If we know all about Freud’s sufferings, on the other hand the place they fill in his psychic economy remains fairly unknown to researchers. Now there is a specific, especially intimate, link between man and scientist’s pain and mental work, not only because this one constitutes the first engine of his thinking activity, but also because while thinking in pain, Freud thinks about pain and as a result dresses his pains. This thinking movement which associates pain to its psychical and theoretical development has found here an illustration and is underscored during the period between « 1920 corner » and « Humour » (1927) of which we know Freud was one of the masters.

Key-words : Pain ; psychical working out ; humour ; mental work ; suffering.

Reconnaissant une nécessité biologique et psychologique à la souffrance, Freud, riche de son expérience personnelle et professionnelle, précise en 1929 dans Malaise qu’elle provient de trois sources : « La souffrance nous menace de trois côtés : dans notre propre corps qui, destiné à la déchéance et à la dissolution, ne peut même se passer de ces signaux d’alarme que constituent la douleur et l’angoisse ; du côté du monde extérieur, lequel dispose de forces invincibles et inexorables pour s’acharner contre nous et nous anéantir ; la troisième menace enfin provient de nos rapports avec les autres êtres humains. La souffrance issue de cette source nous est plus dure peut-être que toute autre ; nous sommes enclins à la considérer comme un accessoire en quelque sorte superflu, bien qu’elle n’appartienne pas moins à notre sort et soit aussi inévitable que celle dont l’origine est autre »[2]. Et il savait de quoi il retourne, ce spécialiste de l’âme alors âgé de 73 ans qui, après s’être installé dans une Vienne antisémite et avoir traversé les affres de la première guerre mondiale, est victime de pertes irréparables en même temps qu’il se découvre atteint d’un cancer particulièrement mutilant. Ultime ruse d’Anankè, celle-ci préservera l’intégrité de la psyché du savant vieillissant, lui permettant alors de penser dans la douleur et ce faisant, comme on va le voir, de penser la douleur. Il y a en effet chez Freud un lien indéfectible entre souffrance et travail de pensée (ou d’écriture comme type particulier de pensée), qui fait de la première le primum movens du second, à l’instar du traitement dont elle est le « moteur principal »[3], ou encore de la création elle-même comme il en va de nombreux créateurs et artistes. D’ailleurs, Didier Anzieu (1974), dans son effort pour poser les jalons d’une métapsychologie de la création, a su montrer combien l’œuvre de Freud était liée à la souffrance et à la perte, distinguant trois moments féconds de la production de l’œuvre, tous trois référés à l’expérience de la mort. Le premier épisode du décollage freudien, selon l’expression d’Anzieu, se situe au printemps 1894. Fließ lui ayant interdit de fumer depuis quelques semaines, il lui fait part de ses violentes douleurs cardiaques et des idées de mort qui l’assaillent, convaincu de sa mort prochaine. De fait, à l’issue de la prise de conscience de sa finitude, c’est le sentiment d’urgence à accomplir la tâche pour laquelle il se sent investi qui l’anime et dont sortiront des travaux d’importance, comme ce Projet de psychologie scientifique qui fait justement sa place à l’expérience de douleur. Le second épisode du décollage, c’est cette expérience que fait Freud de la mort en seconde personne selon l’expression de Vladimir Jankélévitch (1966), à savoir la mort d’un proche. Ici la mort de Jacob Freud au dernier trimestre 1896, dont le travail de deuil qu’elle entraîne culminera dans la crise créatrice qui saisit le fils au début d’octobre 1897, et donnera le jour aux œuvres majeures que l’on connaît, notamment la Traumdeutung, présentée en 1908 par son auteur comme « ma réaction à la mort de mon père, l’événement le plus important, la perte la plus déchirante d’une vie d’homme »[4]. Le troisième épisode répond à la crise d’entrée dans la vieillesse. La soixantaine venue, Freud se prépare à la mort prochaine et témoigne d’un « regain créateur, entre 1917 et 1924 » indique Anzieu, remaniant son système et affirmant désormais l’existence de pulsions de mort indissociables des pulsions de vie. Malheureusement, au terme de cette nouvelle crise créatrice, Freud se découvrira atteint d’un incurable cancer avec lequel il saura cependant coexister pendant plus de quinze ans, dans la sérénité enfin conquise de voir ses découvertes reconnues, de savoir son œuvre accomplie et de se résigner, sans peur excessive, à la souffrance et à la disparition.

Freud lui-même, dans sa correspondance privée, nous a livré nombre d’indices sur la nature et le développement du processus créatif qui l’anime, à commencer par l’importance dynamisante d’un malaise interne comme condition et accompagnement du processus lui-même – tant dans sa forme que dans ses contenus – ne résistant pas lui non plus à la métaphore de la maïeutique, célèbre depuis Socrate. Si Freud parle à Fließ des « horribles douleurs de l’enfantement » pour caractériser la phase finale de sa production, c’est bien d’une « misère moyenne » créant « l’optimum pour l’activité de [son] cerveau » qu’elle se nourrit dans son déroulement. Il lui écrit ainsi de Berchtesgaden le 6 septembre 1899, mettant une touche finale à L’interprétation des rêves : « Mon style a malheureusement été défectueux parce que, physiquement, j’allais trop bien. Pour bien écrire, il faut que je me sente un peu souffrant, mais parlons maintenant d’autre chose ». Une affirmation qui ponctuera toute l’entreprise freudienne, et qui sera réitérée auprès de ses divers correspondants, Jung par exemple, le 18 août 1910 : « Si vous vous intéressez à ma santé personnelle, je suis très bien et encore très inapte au travail intellectuel, incapable d’avoir une pensée. Le bien-être corporel et l’activité intellectuelle divergent d’ailleurs toujours chez moi ». Ou encore Ferenczi le 2 avril 1911 : « Je me sens physiquement très bien, me débrouille très bien avec mon appendice et, pour cette raison, ne travaille pas du tout. Je sais, depuis longtemps, que je ne peux travailler avec application quand je suis en très bonne santé, que j’ai besoin de quelque malaise dont il me faut m’arracher ». Faisant du travail d’écriture plus qu’un remède – une véritable drogue (2 janvier 1912) : « J’étais pendant tout ce temps affligé et ma drogue était écrire – écrire – écrire ». Ainsi Freud s’abandonnait-il sans crainte aux douleurs d’une pensée en gestation, à l’écoute de ses mouvements internes tant préconscients qu’inconscients, dans l’attente confiante de sa maturation, au point que certains auteurs, tels Anna, la fille du maître, ou encore Hanns Sachs (1944), ont pu penser que l’écriture de l’œuvre se ramenait à une transcription pure et simple. Ilse Grubrich-Simitis (1993) rapporte ainsi que « lorsque, au milieu des années soixante-dix, je travaillai à la réalisation de l’édition en fac-similé de l’essai de Freud « Le motif du choix des coffrets », je demandais à Anna Freud quelles avaient été les habitudes d’écriture de son père. Elle crut se souvenir à l’époque que pour chaque œuvre il ne commença que relativement tard à la coucher sur le papier, à savoir seulement quand elle avait mûri en lui jusque dans les finesses de la forme langagière définitive, si bien qu’il n’avait plus besoin en quelque sorte que de la recopier à partir de l’image du texte engrangée en lui »[5]. Hanns Sachs, quant à lui, souligne que Freud écrivait tout à la main sans jamais rien effacer et sans jamais effectuer de corrections détaillées, sauf de rares exceptions comme L’interprétation des rêves ou Inhibition, symptôme et angoisse. « Une fois je lui demandai comment cela était possible, car il traitait de concepts difficiles qui demandaient la formulation la plus circonspecte. Je me demandais s’il trouvait toujours tout de suite l’expression exacte ou s’il prenait des notes qu’il passait au crible et corrigeait jusqu’à ce qu’elles puissent être utilisées pour le brouillon final. Il me répondit qu’il n’avait pas l’habitude de noter quoi que ce soit avant la chose finale, mais il construisait entièrement de tête le plan de chaque article ou chapitre, non seulement leur contenu et structure, mais aussi la formulation exacte de chaque phrase, avant de prendre la plume. Lorsqu’il s’asseyait pour écrire, le processus était presque automatique, sous la dictée intérieure des phrases arrangées à l’avance »[6]. On aura reconnu là ce mouvement d’idéalisation dont les grands hommes sont l’objet, qui plus est lorsqu’ils sont aussi pères, car c’est bien à la sueur de son front que Freud, comme tout mortel, a gagné son titre de génie. À Ferenczi qui se plaint de noircir une quantité considérable de papier sans réussir à trouver de formulations satisfaisantes, Freud répond le 6 décembre 1915 : « Un travail tel que celui que vous avez entamé n’est jamais un pur plaisir ; pour moi, c’était le plus souvent un combat atroce. Pourquoi vous en tireriez-vous mieux ? ». D’ailleurs Anna elle-même, dans l’avant-propos qu’elle écrivit en 1940 pour le tome XVII des Gesammelte Werke, indique que son père avait coutume de consigner ses réflexions et de rédiger des notes en tant que « premier point de départ pour ses travaux ultérieurs ».

Cependant, si ce génie moderne était habitué, comme nombre de créateurs, à voir dans la souffrance la source même de son énergie créatrice, reconnaissant d’ailleurs cette source comme indispensable pour lui, ce qu’il ne dit pas, et ses commentateurs non plus, c’est combien cette possibilité de penser dans la douleur – et Freud refusait tout antalgique, préférant « penser dans la douleur plutôt que de ne pas être en mesure de penser » comme il dira à Eitingon – va lui permettre de penser la douleur et du même coup de panser ses douleurs. Il semble en effet que les nombreuses expériences pénibles et tragiques dont a été victime le père de la psychanalyse, en l’occurrence les deuils et la maladie, aient contraint la psyché freudienne à faire quelque chose de cet affect qu’est la douleur, en l’occurrence à le soumettre au Durcharbeiten, à commencer par cet effort de figuration ou de mise en représentation qui permettra la liaison des représentations algogènes et désorganisatrices afin de s’en assurer la maîtrise et d’en juguler l’envahissement. Car la douleur est bien un affect, un affect de base susceptible comme tout affect d’augmentation, de diminution, de déplacement, et à ce titre en quête de représentation. Dire que la douleur est un affect, c’est justement rappeler que celui-ci est noué au corps, qu’il est un éprouvé psychique se manifestant nécessairement par des modifications corporelles.

Le Meyers Konversations Lexikon, dictionnaire encyclopédique en 17 volumes paru pour la première fois à Leipzig et Vienne en 1885, probablement connu de Freud, précise ainsi à la rubrique Affekte : « Perturbations de l’équilibre habituel de la vie de l’âme, qui apparaissent brutalement et passent tout aussi vite, et qui, dans leur surgissement dans la conscience, sont nouées au corps. À première vue, elles proviennent uniquement des sentiments, quelquefois très forts et douloureux, qui sont profondément enfouis dans un caractère humain (Herbart) […] tous les affects, par l’impression et le saisissement qu’ils provoquent, sont une souffrance ou une maladie passagère de l’âme. […] L’affect est aussi bien une manifestation psychologique que physiologique. Au point de départ, il masque l’excès ou le manque de représentations. À la fin, il se projette entièrement dans l’excitation motrice ou l’absence de mouvement. […] Les manifestations somatiques nouées à l’affect (rougir de honte, blêmir de peur, pleurer de tristesse, rire de joie) sont des signaux mais aussi des moyens de représentation que les acteurs connaissent bien » (trad. Claudie Bolzinger [1993])[7]. Freud le dit à sa manière dès 1895, dans le mouvement même où il présente pour la première fois sa théorie de la douleur comme effraction intitulée « L’expérience de douleur », associée d’ailleurs – et il faudra s’en souvenir – à l’expérience de satisfaction en ces temps premiers du petit d’homme : l’affect est le produit d’une décharge interne due aux neurones sécrétoires, équivalents des neurones moteurs pour la décharge externe. Lors de cette expérience que fait l’infans, la douleur est liée à l’irruption dans l’appareil psychique de grandes quantités d’excitation ayant pénétré par effraction dans le système de protection. Cette irruption provoque une élévation de l’intensité au niveau de l’investissement, une tendance à la décharge afin d’en évacuer l’excès, mais aussi un investissement de l’image de l’objet qui a provoqué la douleur et va laisser sa trace. Déjà dans le manuscrit G, quelques mois auparavant, s’interrogeant sur la douleur mélancolique et neurasthénique, Freud la pensait en termes d’économie neuronique, usant des métaphores de la blessure et de l’hémorragie interne, et en faisait la résultante d’un appauvrissement, d’une perte, provenant d’une « fixation » laissant derrière elle des « frayages permanents ». « Nous n’avons aucune peine à imaginer que lorsqu’un groupe sexuel psychique subit une très forte perte d’excitation, une aspiration, pourrait-on dire, se réalise dans le psychisme et produit un effet de succion sur les quantités d’excitation voisines. Les neurones associés doivent abandonner leur excitation, ce qui provoque une douleur. Une dissolution des associations est toujours chose pénible. Un appauvrissement en excitation et en réserves libres se produit d’une façon qui ressemble à quelque hémorragie interne et qui se manifeste au sein des autres pulsions et des autres fonctions. Ce processus d’aspiration provoque une inhibition et a les effets d’une blessure, analogue à la douleur »[8]. On remarquera combien le caractère lésionnel ou effractant est attaché à la douleur. André Lalande (1926), dans son Vocabulaire technique et critique de la philosophie, note que « sans prétendre définir la douleur, on pourrait en donner une idée assez précise en disant qu’elle est le sentiment d’une lésion (car, lorsqu’il s’agit d’une douleur morale, la perte des personnes ou des choses qui tiennent étroitement à nous est bien une sorte de lésion) »[9]. Ce pourquoi, à parler de douleur psychique ou de souffrance psychique – et l’on rappellera que Freud ne fait pas de différence conceptuelle entre douleur et souffrance, pas plus qu’il n’en fait entre douleur physique et psychique – le risque c’est de donner à penser aux vieux cartésiens que nous sommes, qu’il existerait une douleur physique à opposer ou à distinguer d’une douleur morale dans laquelle l’intégrité corporelle étant maintenue, la corporéité n’aurait guère de part. Est-ce à dire pour autant que l’effraction n’existerait pas en un autre lieu que celui, matériel, du corps ? Le risque est bien de retomber dans cette aporie millénaire qu’est le dualisme âme/corps ou psyché/soma, alors que toute l’entreprise freudienne, dès ses débuts, peut être entendue comme une tentative de dépassement de celle-ci. « Toute souffrance n’est que sensation, elle n’existe que dans la mesure où nous l’éprouvons et nous ne l’éprouvons que du fait de certains dispositifs de notre organisme » indique Freud en 1929[10], rappelant que les méthodes les plus efficaces pour prévenir la souffrance étaient celles qui tentaient d’influencer l’organisme propre, au premier chef « la plus grossière et la plus efficace : la méthode chimique, l’intoxication »[11] à côté d’une autre consistant en ces « déplacements de libido qu’autorise notre appareil psychique »[12]. Et l’on se souviendra que la première fois où Freud faillit devenir célèbre, c’est par l’étude de cet analgésique qu’est aussi la cocaïne, dont il n’était pas sans connaître les effets sur la psyché. Aussi peut-on penser la douleur sur le modèle de la pulsion ainsi qu’il le propose lui-même dans sa Métapsychologie lorsqu’il en fait en 1915 une pseudo-pulsion, à savoir comme un concept limite entre le psychique et le somatique qui ne s’appréhende qu’au travers de ses représentants. On sait par exemple combien, à côté du caractère pulsatile de l’éprouvé de douleur, cette dernière peut ranimer un fonctionnement masochique gardien de la vie, ainsi que l’illustre Bob Flanagan, le héros et réalisateur du film Sick, qui, atteint de mucoviscidose, ne tient en vie que par son engagement dans des mises en scène sadomasochistes. Il y a là indubitablement, avec la douleur, cette intrication du psychique et du corporel que l’on retrouve dans tous les grands concepts métapsychologiques, par exemple l’identification et son prototype l’incorporation.

Mais revenons à l’homme et au chercheur Sigmund Freud, à sa souffrance et au travail de pensée qu’il en effectue, à ce mouvement de pensée qui associe l’expérience de la douleur à son élaboration psychique et théorique. Parmi les étapes possibles du parcours freudien, nous nous intéresserons à cette période qui va d’Au-delà du principe de plaisir (1920g) à « L’humour » (1927d) – lequel s’inscrit dans cette même problématique de la souffrance et de son travail – en passant bien entendu par Inhibition, symptôme et angoisse ([1925] 1926d) qui reprend la question de la douleur dans toute son ampleur. Nombre d’auteurs ont bien évidemment pressenti l’importance qu’il fallait accorder aux souffrances du maître dans l’amorce du « tournant de 1920 », à commencer par Freud lui-même puisqu’il dénie par anticipation, comme on va le voir, tout lien causal qui pourrait en être fait par ses commentateurs et interprètes, notamment entre la mort inattendue et soudaine de son « enfant du dimanche » – sa fille Sophie – et les cheminements de pensée d’Au-delà du principe de plaisir. Fritz Wittels le premier, dans la biographie du génie viennois qu’il publia en 1924, soutint semblable hypothèse que Freud récusa à la lecture du manuscrit. Wittels lui soumit en effet son travail et le maître, dans une lettre datée du 18 décembre 1923, lui proposa une liste de rectifications se terminant ainsi : « Assurément dans une étude analytique sur un autre, je me serais fait l’avocat de la même corrélation entre la mort de ma fille et les cheminements de pensée de Au-delà. Et pourtant elle est fausse. Le Au-delà fut écrit en 1919, alors que ma fille était florissante. Elle mourut en janvier 1920. C’est en septembre 19 que j’ai confié le manuscrit du petit livre à plusieurs amis de Berlin à fin de lecture. Il n’y manquait que la partie sur la mortalité ou l’immortalité des protozoaires. Le vraisemblable n’est pas toujours le vrai »[13]. Mais Freud est-il bien sincère ? Ne serait-il pas affecté lui aussi par les remaniements de souvenirs qu’opère toute psyché en souffrance ? À suivre la genèse de l’œuvre à travers sa correspondance privée et le devenir des manuscrits, force nous est faite de constater l’impact des souffrances engendrées par les pertes subies chez Freud, tant sur le plan de son travail de pensée que sur ses contenus. La première trace que nous avons de sa mise en chantier date du printemps 1919. Freud écrit alors le 17 mars à Ferenczi : « J’ai terminé un article « fort » de 26 pages sur la genèse du masochisme, qui porte le titre : Un enfant est battu. Un deuxième, au titre énigmatique : Au-delà du principe de plaisir, est en gestation. Je ne sais si c’est le printemps frileux ou l’alimentation végétarienne qui me rend soudain aussi productif. Au demeurant on est en train de devenir plus généreux dans notre économie alimentaire. On s’apprête à supprimer les semaines sans viande pour les remplacer par des mois sans viande. Une stupide plaisanterie d’affamé ! ». Puis l’informe brièvement mais régulièrement de ses avancées pour annoncer enfin, le 12 mai, qu’il a terminé son ébauche. « Cette nouvelle [l’état de santé catastrophique de l’ami von Freund], le 6 de ce mois, a entraîné une inhibition dans ma productivité, jusqu’alors accrue. J’ai non seulement terminé le projet de l’ »Au-delà du principe de plaisir », qui sera recopié pour vous, mais aussi repris ce petit rien sur l’ »inquiétante étrangeté » et tenté, au moyen d’une idée simple, de donner une base psychanalytique à la psychologie des foules. Il faut maintenant que cela repose. D’ailleurs je souffre d’une grippe mal définie, tandis que Martha fait de la fièvre depuis trois jours avec la même grippe, mais de forme classique [Martha souffrait d’une grippe sévère avec pneumonie, dont elle ne s’est remise qu’au bout de plusieurs mois] ». Une première mouture qu’il emportera en villégiature à Gastein pour la mettre au point, mais le bien-être estival fera quelque peu obstacle à l’entreprise créatrice. Le 28 juillet il fait ainsi savoir à Jones qu’il tente de rédiger un nouvel essai mais que sa rédaction n’avance pas parce que, comme nous le savons à présent, il se sent trop bien. « Je travaille à un article « Jenseits des Lustprinzips », mais sans excès, car, je dois l’avouer à ma grande honte, quand je suis en parfaite santé je n’arrive pas à travailler ».

Freud discutera de l’importance de cette œuvre avec Ferenczi lorsque ce dernier viendra le voir en septembre, mais il n’en sera plus jamais question dans la correspondance jusqu’au 25 mai 1920, date à laquelle il sollicite alors de nouveau son grand Vizir. « Cher Ami, Barbara Low, dans son livre Psychanalyse 1919, cite une phrase de vous : Our unknown repressions lead us ever further in the way of repression [Nos refoulements inconnus nous mènent toujours plus loin dans la voie du refoulement]. Où se trouve-t-elle ? J’en ai besoin pour l’ »Au-delà » sur lequel je travaille actuellement ». Mais Ferenczi restera sourd à la demande du maître qui lui signifiera le 18 juillet que « L’ »Au-delà » est terminé » et qu’il n’a rien fait pour être cité. De fait le livre sera publié en décembre 1920, avant de voir ses trois nouvelles éditions (1921, 1923, 1925) quelque peu augmentées. Mais comment comprendre ce silence de près de neuf mois ? Si Freud avoue à Jones une productivité quelque peu paresseuse du fait de son bien-être, on sait avec les humoristes que la santé est un état précaire qui ne présage rien de bon et, de ce point de vue, Freud sera servi pendant ces neuf mois, confronté qu’il va être à la plus grande des douleurs, celle qui déjà lui avait fait écrire la Traumdeutung – le deuil, la perte des êtres que nous aimons. Celle d’abord de son jeune ami et ancien patient Anton von Freund, un industriel hongrois qui créera en 1918 une fondation destinée à soutenir la psychanalyse, et mourra de mort lente sous les yeux de Freud – la correspondance avec Ferenczi en témoigne – dans les souffrances les plus atroces, d’un cancer abdominal. Celle aussi, plus brutale et imprévisible, le 25 janvier 1920, scandaleuse dans le renversement de l’ordre naturel des générations qu’elle réalise, de sa fille préférée âgée de 26 ans, Sophie, emportée par une grippe déclarée le jour même de l’enterrement de von Freund le 22 janvier. Il écrit ainsi le 27 janvier à Pfister : « Le même après-midi, nous apprîmes que notre chère Sophie avait été emportée en pleine santé à Hambourg par une grippe avec pneumonie. Elle qui menait une vie active, si bien remplie, qui était une excellente mère, une épouse aimante, enlevée en quatre ou cinq jours, comme si elle n’avait jamais existé. Depuis deux jours déjà nous éprouvions de l’inquiétude à son sujet mais nous conservions bon espoir ; il est bien difficile de juger à distance. Et cette distance nous sépare encore. Nous n’avons pu partir comme nous l’aurions voulu dès les premières nouvelles alarmantes, il n’y avait pas de train, même pas de train pour enfants. La brutalité manifeste de notre époque pèse lourdement sur nous. Notre fille va être incinérée demain, notre pauvre “enfant du dimanche” […] Sophie laisse deux fils, un de six ans [Ernst] et l’autre de treize mois [Heinele], et un mari inconsolable qui paiera maintenant bien cher un bonheur de sept années. Le bonheur n’était que dans leurs cœurs, il n’était pas dans leur vie : la guerre, l’appel sous les drapeaux, la blessure [de Max, le mari de Sophie, mobilisé sur le front], l’amenuisement de leurs ressources, mais ils étaient restés courageux et gais. Je travaille autant que je le peux et je suis reconnaissant de cette diversion. La perte d’un enfant paraît être une offense grave, narcissique ; ce qu’on appelle le deuil ne vient probablement qu’ensuite ». On retrouve là le thème de la « diversion psychique » déjà signalée à propos de la douleur en 1915 – alors que Freud tremblait pour ses fils et son gendre mobilisés sur le front – à savoir cet effort de la psyché visant à opérer un déplacement ou mieux, à transférer l’investissement sur un autre point : « la douleur est impérative ; elle n’obéit qu’à l’action du toxique qui la supprime et à l’influence d’une diversion psychique », dont Freud ne peut toutefois encore, dans le cas de la douleur de la perte, fournir l’explication métapsychologique alors en gestation jusqu’en 1925.

Le 4 février 1920, il réaffirme auprès de Ferenczi ce sentiment de blessure narcissique que constitue la douleur liée à la perte, lui écrivant : « Cher Ami, Ne vous faites pas de soucis pour moi. À un peu de fatigue près, je suis le même. La survenue de la mort, si douloureuse soit-elle, ne vient pas chez moi bouleverser mon attitude envers la vie. Des années durant j’étais préparé à la mort de mes fils, et voilà que vient celle de ma fille. Comme je suis profondément incroyant je ne puis incriminer personne et je sais qu’il n’existe aucun lieu où l’on puisse déposer une plainte. […] Tout au fond je subodore le sentiment d’une atteinte narcissique profonde et insurmontable ». Aussi cette nouvelle blessure va-t-elle relancer le travail de pensée du maître comme il l’indique à Eitingon le 27 mai 1920. « Je corrige et complète actuellement l’“Au-delà”, du principe de plaisir, veux-je dire, et je me trouve à nouveau dans une phase créatrice. Fractus si illabatur orbis, impavidum, ferient ruinæ. [Que l’univers s’écroule autour de lui, ses débris le frapperont sans l’ébranler. Horace, Odes, liv. III, ode 3]. Tout cela n’est qu’humeur, aussi longtemps qu’elle dure ». De fait, le 18 juillet 1920, si l’ouvrage est achevé la dénégation, elle, commence son œuvre. Si Freud annonce en effet à Binswanger que « L’“Au-delà” est enfin terminé. Vous pourrez confirmer qu’il était à moitié achevé à l’époque où Sophie vivait et était florissante ». Quelques années plus tard, en 1923, on s’en souvient, il signale à Wittels que « l’“Au-delà ” fut écrit en 1919, alors que ma fille était florissante. Elle mourut en janvier 1920. C’est en septembre 19 que j’ai confié le manuscrit du petit livre à plusieurs amis de Berlin à fin de lecture. Il n’y manquait que la partie sur la mortalité ou l’immortalité des protozoaires ». On ne peut que s’étonner en effet de la concision de Freud quant à la substance de la partie manquante ramenée à la dimension du protozoaire, car il s’agit de rien de moins que du concept de pulsion de mort introduit ici pour la première fois ! Le minutieux travail qu’Ilse Grubrich-Simitis (1993) a effectué sur les manuscrits de Freud a pu mettre en évidence qu’il existe deux versions de l’ »Au-delà » – l’une rédigée entièrement à la main (celle qu’il a très certainement confiée à ses amis en septembre 1919), l’autre partiellement à la machine, et l’on notera en particulier que le chapitre crucial (le chapitre VI) – où le concept de pulsion de mort est posé dans toute sa rigueur – a été intercalé après coup. Dans la première version en effet, écrite à la main avant la mort de Freund et de Sophie, il n’est question que de tendances pulsionnelles visant à un retour à l’anorganique, et de leur dimension biologique, seulement ébauchées. L’écho des deuils que le maître viennois vient de subir est franchement perceptible dans ce nouveau chapitre, notamment dans la reprise de l’hypothèse réconfortante selon laquelle « tout être vivant meurt nécessairement par des causes internes ». Lisons Freud : « Si nous avons fait l’hypothèse sans nous poser plus de questions, c’est justement qu’elle ne nous apparaît pas comme une hypothèse. Elle ne fait que reprendre une idée qui nous est habituelle et dans laquelle nos poètes nous confirment. Peut-être avons-nous adopté une telle croyance parce que nous y trouvons quelque réconfort. Si de toute façon nous devons mourir et auparavant perdre par la mort ceux qui nous sont les plus chers, nous nous soumettrons plus volontiers à une loi naturelle inexorable, à la grande Anankè, qu’à un hasard auquel nous aurions peut-être pu échapper. Mais il se peut que cette nécessité interne de la mort ne soit encore qu’une des illusions que nous nous sommes forgées pour ”supporter le fardeau de l’existence” »[14]. Du même coup les modifications apportées aux chapitres de la première version prennent tout leur sens, comme celle – à propos du Fort/Da – consistant à accentuer la transcription phonétique du son accompagnant le geste de la disparition, le « oooo » devenant ainsi « OOOO » avant de s’étirer en « o-o-o-o ». Quelle signification autre peut-on lui donner que celle d’une douleur alors amplifiée par la réalité de la perte définitive ? On constate l’impact indubitable de ces disparitions sur les élaborations présentes de Freud dont on rappellera qu’elles proposent justement une théorie du traumatisme et de la douleur issue en droite ligne du Projet de 1895 via le narcissisme et le jeu de balance libido du moi/libido d’objet, mais aussi une ébauche de l’élaboration de la douleur liée à la perte à travers cette tentative de mise en scène ou de mise en représentation qu’est ce célèbre jeu de la bobine, que papy Freud a pu et surtout su observer chez Ernst, le premier fils de Sophie. Une situation fondamentale qui assurément travaille Freud, et sur laquelle il reviendra, mieux armé mais plus blessé encore, en 1925. La douleur y est en effet définie comme une effraction du pare excitation sur une étendue limitée, par laquelle un afflux d’excitation envahit l’appareil, contraint, au prix d’un certain appauvrissement par ailleurs, de rappeler et de concentrer ses troupes au lieu même de l’effraction afin d’immobiliser l’envahisseur sur place. « Toute l’âme du poète se resserre au trou étroit de la molaire » disait-il déjà en 1914 dans « Pour introduire le narcissisme », citant l’humoriste W. Busch.

Pas de doute, Freud contraint au repli narcissique, pensant dans la douleur, pense la douleur et tente d’élaborer par la même sa propre souffrance. Et ce de manière d’autant plus vive que les choses se précipitent pour lui, engagé qu’il est désormais dans un processus d’involution irréversible, sa santé renonçant définitivement à être cette « vie dans le silence des organes » ainsi que la définissait Leriche et comme il le signale à Ferenczi le 8 mai 1821. « Le 13 mars de cette année, je suis entré brusquement dans la véritable vieillesse. Depuis, la pensée de la mort ne m’a pas quitté, et quelquefois j’ai l’impression que sept de mes organes internes se disputent l’honneur de mettre fin à ma vie ». On notera d’ailleurs au passage, dans cette paraphrase d’un vers grec – « Sept cités se disputent l’honneur d’être la patrie d’Homère : Smyrnes, Rhodes, Colophon, Salamine, Thios, Argos, Athènes » – cette note réitérée d’humour dont Freud aura bien besoin durant toutes ces années à venir et dont on sait qu’il est un excellent moyen de défense contre la souffrance ainsi qu’il nous le confirmera en 1927. Ce que nous montre particulièrement son lieutenant anglais au cours de ces années, c’est d’abord un accroissement tragique et menaçant des soucis du corps, ponctué de quelques brèves rémissions, et s’inscrivant sur un fond de drames personnels comme la perte en 1922 de Cæcilia, une nièce que Freud aimait particulièrement et la seule enfant qui restait à sa sœur favorite, Rosa, dont le fils unique a été tué pendant la guerre ; ou encore en 1923 la perte de Maria, la femme de son frère Emmanuel, l’une de ses trois « mères » (Kamieniak, 2000), dont il apprendra la disparition au retour de la deuxième intervention concernant son cancer ; mais surtout, en juin 1923, la mort à l’âge de quatre ans et demi du second enfant de Sophie, Heinele (Heinz Rudolf), « le plus spirituel des enfants de cet âge », qu’il chérissait plus que tout, emporté par la tuberculose, comme le petit Julius. C’est dire l’importance qu’occupait ce jeune garçon dans la psyché du maître, dont le réveil des souvenirs précoces et la réactivation des conflits infantiles se voyaient renforcés par un mouvement identificatoire associant définitivement le vieil homme et l’enfant. Jones (1957) nous apprend en effet qu’Heinele « avait été opéré des amygdales approximativement en même temps que Freud de la bouche pour la première fois, et lorsque les deux patients se rencontrèrent après leurs expériences, il demanda à son grand-père : “Je peux déjà manger mes croûtes, toi aussi ?” »[15]. Cette parenté « virile » dans la souffrance se soldera par cette issue fatale que Sigmund, à la pensée de sa mère, redoutait particulièrement pour lui-même : un renversement réitéré, devant la mort, de l’ordre naturel – l’ordre des générations. De fait, cet événement – unique fois où l’on verra Freud verser des larmes – fera traumatisme chez le grand homme qui ne pourra à proprement parler l’élaborer. Il confiera à Jones que cette perte l’avait affecté différemment de toutes les autres et que ce deuil avait tué à jamais quelque chose en lui. Et le mois suivant il écrira à Ferenczi, le 18 juillet 1923, qu’il souffre de dépression pour la première fois de sa vie, tandis que deux ans plus tard, le 2 novembre 1925, il racontera à Marie Bonaparte qu’il n’avait plus réussi à s’attacher à quiconque depuis ce malheur et qu’il se contentait de conserver ses liens passés.

Alors que, assiégé par des douleurs ininterrompues dont il fait part à son médecin de l’époque, Félix Deutsch, il ajoute que « le travail du deuil s’élabore en profondeur », quelque trois ans plus tard, le 15 octobre 1926, présentant ses condoléances à Binswanger qui vient de perdre son fils aîné âgé de huit ans, il montre que manifestement ce travail n’arrive pas à s’effectuer. « Je ne peux m’empêcher de vous écrire, non pas pour vous exprimer des condoléances superflues, mais – uniquement poussé par un besoin interne, parce que votre lettre a réveillé un souvenir – insensé ! – qui ne s’était jamais endormi. Il est vrai que j’ai perdu une fille chérie âgée de 27 ans, chose que j’ai curieusement bien supportée. C’était en 1920, on était épuisé par les misères de la guerre, on s’attendait depuis des années à apprendre la mort d’un, voire de trois fils. On était prêt à se plier au destin. Mais deux ans plus tard, j’ai conduit le fils cadet de cette fille, un gamin de 3-4 ans, à Vienne chez ma fille aînée, sans enfants, et – le 23 juin – cet enfant est mort d’une tuberculose miliaire foudroyante. Il était d’une grande intelligence, de sorte que le consultant a fondé sur cette base un diagnostic encore incertain. C’était le préféré de mes enfants et petits-enfants et, depuis la mort de Heinele, je ne supporte plus mes petits-enfants, et je n’ai même plus goût à la vie. C’est là le secret de mon indifférence – ce qu’on a appelé courage – face à mon propre danger de mort […] Vous êtes assez jeune pour surmonter cette perte ; moi, je ne le peux plus ». Quant à la « carcasse »[16], celle-ci est entrée dans un processus de délabrement et de détérioration irréversible, inauguré par une opération particulièrement mutilante cette fois, faite en deux temps les 4 et 11 octobre 1923 – la deuxième des trente-trois qu’il subira – puisqu’elle donnera naissance à un « monstre »[17] avec lequel, perdu d’avance, le combat sera par trop inégal. Lors de l’ultime récidive en 1939, il écrit à « maître Arnold » (Zweig) le 5 mars : « Il n’y a plus de doute qu’il s’agit d’une nouvelle attaque de mon cher vieux carcinome, avec qui je partage mon existence depuis maintenant seize ans. Qui serait le plus fort à ce moment-là, on ne pouvait naturellement pas le dire avant ». Freud luttera cependant de toutes ses forces, sur tous les fronts, nourrissant les espoirs les plus fous et s’infligeant, dans un simulacre d’autocastration, une mutilation supplémentaire. Jones rapporte ainsi que « le 17 novembre [1923], Freud, sur sa propre demande, subit une opération de Steinach – ligature des vaisseaux déférents des deux côtés. Ceci fut fait dans l’espoir que la régénération qu’amènerait éventuellement une telle opération puisse retarder une rechute de son cancer »[18]. Peine perdue : doté désormais d’une élocution difficile quand elle n’est pas impossible, rendu sourd d’une oreille (celle tournée vers ses patients), contraint en 1924 de forcer l’ouverture de ses dents à l’aide d’une pince à linge pour y introduire son indispensable cigare, il ne restera plus à Freud, à l’instar du poète, qu’à apprivoiser sa douleur. Un apprivoisement qui n’a pas d’autre issue, pour ce promoteur du Durcharbeiten, que celle du travail psychique, de la perlaboration dont il nous livre la métapsychologie en 1925, sous la forme de « timides remarques », à savoir un appendice de trois pages à la fin de son ouvrage Inhibition, symptôme et angoisse qui réunit simultanément théorie de la pensée, de l’affect et de la souffrance : « Angoisse, douleur et deuil ». Des pages mal assurées, hésitantes, voire confuses en regard du reste de l’ouvrage et à propos desquelles Freud perd soudainement sa fierté conquérante coutumière, qui semblent témoigner in vivo de ce frémissement disruptif qui caractérise son objet, la douleur en ses origines mêmes. Freud indique ainsi à Ferenczi le 14 août 1925 que « [s]on oisiveté, ici, peut se comparer au mode de gouvernement russe – un absolutisme tempéré de crimes prémédités – ; en effet, j’ai presque terminé un troisième article assez important, qui paraîtra probablement sous forme de brochure indépendante. Nom : Inhibition, symptôme et angoisse. Caractère : peu spéculatif. Genèse : comme un feuilleton où l’auteur se laisse surprendre lui-même par chaque épisode. La tendance n’est apparue que tout à fait à la fin, et s’est révélée comme une critique de la théorie de Rank sur la base d’une conception différente du problème de l’angoisse. Ce truc est tellement mal écrit qu’il faudra probablement le réécrire ; pendant longtemps la question s’est posée s’il ne devait pas rester non écrit. Mais le destin en a décidé autrement ».

Car c’est bien de ce qui l’atteint au plus profond que Freud va enfin parler : de sa souffrance sous toutes ses formes, celles de la perte et celles du corps en leur surgissement même qui les voit toutes deux confondues, mais dans une formulation qui évacue toute l’expérience subjective qu’il en a, à la différence de certains travaux de 1915 (« Actuelles sur la guerre et sur la mort ») ou même de 1920 (« Au-delà du principe de plaisir ») dans lesquels la douleur inquiète de leur auteur était directement lisible. Ici, avec Inhibition, symptôme et angoisse et à l’instar du « Projet » ou de « Deuil et mélancolie », on a une fois de plus « affaire à l’inflexion d’un système théorique par un affect personnel et à la mise en système conceptuel d’une expérience douloureuse » remarque Jean Guillaumin[19]. Que nous dit en effet Freud ? Assuré que la perte de l’objet génère de l’angoisse, il ne fait pas de doute non plus que celle-ci soit douloureuse, mais « quand la séparation de l’objet produit-elle de l’angoisse, quand produit-elle le deuil et quand produit-elle seulement peut-être de la douleur ? » s’interroge le maître qui, pour y répondre, nous convie à un retour aux temps premiers : « Partons à nouveau de la seule situation que nous croyions comprendre, celle du nourrisson qui, au lieu de sa mère, aperçoit une personne étrangère. Il manifeste alors cette angoisse que nous avons rapportée au danger de la perte de l’objet, mais qui est assurément plus compliquée et mérite une discussion plus approfondie. Certes, il n’y a pas le moindre doute quant à l’existence de l’angoisse du nourrisson ; mais l’expression du visage et la réaction par les pleurs font supposer qu’en plus de cela il ressent de la douleur. Chez lui, semble-t-il, on trouve confondu ce qui ultérieurement sera séparé »[20]. Ainsi la douleur naît-elle dans l’expérience première de séparation avec cet Autre primordial qu’est la mère. Expérience fondamentale et fondatrice dont il faut souligner qu’elle situe cette douleur, avec l’angoisse, plus primitive, au fondement même de la relation au monde de tout sujet. Par elle, en effet, c’est à l’avènement du sujet en tant qu’entité physique et identité psychique que l’on assiste, remarque Cathie Silvestre (1997), dans la mesure où cette douleur surgirait en lieu et place de l’objet, manquant ou perdu, dont l’absence même vient mettre fin à cette complétude imaginaire dont l’infans s’est nourri. Freud use en effet, réitérons le, d’un seul et même modèle – celui de l’effraction – pour rendre compte de la douleur physique et psychique, dont on a vu que le passage de l’une à l’autre s’effectuait par le biais de la représentation. L’expérience commune témoigne d’ailleurs aisément de cette activité représentative mise en branle par la douleur physique, rappelle-t-il : « Il est bien connu que dans le cas de douleurs portant sur des organes internes, telles parties du corps qui, d’habitude, ne sont absolument pas représentées dans la représentation consciente, font l’objet de représentations spatiales et autres [Ce pourquoi] le passage de la douleur corporelle à la douleur psychique correspond à la transformation de l’investissement narcissique en investissement d’objet »[21]. De fait, on tient là la clé de la compréhension de ces manœuvres de diversion dont Freud a tant usé en direction du travail de pensée : « De plus, le fait remarquable que, lorsque l’esprit est distrait par un intérêt d’un autre genre, les douleurs corporelles, même les plus intenses, ne se produisent pas (il ne faut pas dire ici : restent inconscientes), trouve son explication dans la concentration de l’investissement sur le représentant psychique de l’endroit du corps douloureux »[22]. Ici, dans la situation qui nous intéresse, celle de la séparation d’avec la mère, la chose se passe ainsi : « L’investissement de l’objet absent (perdu) en nostalgie, investissement intense et qui, en raison de son caractère inapaisable ne cesse d’augmenter, crée les mêmes conditions économiques que l’investissement en douleur concentré sur l’endroit du corps lésé. […] La représentation d’objet, fortement investie par le besoin, jouant le rôle de l’endroit corporel investi par l’augmentation de l’excitation ». On saisit alors combien, lors de ces temps originaires, expérience de satisfaction et expérience de douleur se trouvent imbriquées et, du même coup combien il est difficile de les distinguer et d’en rendre compte de manière univoque comme Freud tente de le faire. « La situation dans laquelle il ressent l’absence de la mère, étant mal comprise, n’est pas pour lui une situation de danger mais une situation traumatique, plus exactement, elle est une situation traumatique si, à ce moment, il éprouve un besoin que la mère devrait satisfaire ; elle se transforme en situation de danger si ce besoin n’est pas actuel. […] La situation traumatique créée par l’absence de la mère s’écarte sur un point décisif de la situation traumatique de la naissance. Lors de la naissance, en effet, il n’y avait pas d’objet dont on pût ressentir l’absence. L’angoisse restait la seule réaction qui se produisît. Par la suite, des situations de satisfaction répétées ont créé cet objet, la mère, qui subit, dans le cas du besoin, un investissement intense et qu’on pourrait nommer « nostalgique ». C’est à ce nouvel état de chose qu’il faut rapporter, pour la comprendre, la réaction de douleur. Ainsi la douleur est la réaction propre à la perte de l’objet, l’angoisse la réaction au danger que comporte cette perte et, au terme d’un déplacement supplémentaire, la réaction au danger de la perte de l’objet elle-même »[23]. Ainsi la mère apparaît-elle située au carrefour de l’angoisse et de la douleur qu’elle vient embrayer, dans la mesure où elle incarne cet « objet absent (perdu) » qu’expérimente le nourrisson, et dont la double qualification invite aussi à penser son absence en termes d’objet perdu de vue : Freud remarque en effet que le nourrisson « ne peut encore distinguer l’absence temporaire de la perte durable ; dès l’instant où il perd de vue la mère, il se comporte comme s’il ne devait plus jamais la revoir », soulignant que pour lui la perte de la perception de l’objet est assimilée à la perte de l’objet. On retrouverait là l’importance fondatrice de ces expériences primordiales avec ce premier objet nécessairement perdu qu’est la mère, un personnage non pas simplement aux origines du désir et de la pensée, mais aux origines de la pensée en tant que cette pensée est d’abord pensée de la douleur par elle-même infligée. De fait la douleur peut-elle être envisagée comme la reviviscence des traces laissées, dans une psyché en construction, par cette première expérience de la perte d’un objet pas encore totalement constitué pour un moi lui-même en formation ; la pensée apparaissant alors, indubitablement, comme ce travail qui vise à « changer l’état du moi dans son rapport à ses objets, à défaut d’agir sur des objets que l’on ne peut changer »[24].

Freud, à partir de sa propre expérience réitérée de la douleur, effectue ce trajet à rebours qui le (re)conduit aux origines, non seulement celles du sujet psychique mais aussi celles de la pensée psychanalytique elle-même, en l’occurrence le « Projet de psychologie scientifique », dont les propositions sur la douleur et la pensée se voient ici confirmées. D’ailleurs l’ordonnancement des chapitres du « Projet » s’avère à lui seul, dans l’après-coup, remarquablement prémonitoire : [11] L’épreuve de la satisfaction – [12] L’épreuve de la douleur – [13] Affects et états de désir – [14] Premières notions du moi. Ce faisant, dans cette démarche régrédiente, c’est un autre de ses premiers objets familiers, mais énigmatique, que le père de la psychanalyse retrouve – un matériau ayant servi à établir les fondations de l’édifice analytique, sorte de précipité issu de la convocation simultanée de tous ces personnages et objets qui nous occupent – en l’occurrence cet extraordinaire et réjouissant processus de défense contre la souffrance qu’est l’humour. Il faut se souvenir ici des conditions de gestation de ce précieux petit article, à savoir lors de la poussée d’une douleur toujours plus envahissante et invalidante, comme nous le rapporte l’auteur gallois. Celui-ci nous informe en effet que l’année de naissance de « L’humour » (1927) la santé de Freud fut plus mauvaise que l’année précédente. Invité à subir un deuxième traitement pour ses troubles cardiaques, Freud résistera un mois avant d’être hospitalisé une semaine en avril et d’être contraint de réduire de cinq à trois le nombre de ses patients. Une nouvelle prothèse, posée au printemps, ne lui permettra pas d’obtenir de grandes améliorations et l’amènera à s’interroger sur l’éventualité d’une consultation avec un nouveau chirurgien. De fait, ne pouvant guère s’en éloigner, il passera l’été près de Vienne, à la villa Schüller au Semmering, d’où jaillira, comme un éclair, sa réflexion sur « L’humour ». Quant aux conditions précises d’éclosion de ce texte, écrit en cinq jours lors de la deuxième semaine d’août, c’est bien dans les douleurs que Freud l’enfantera. Écrivant le 5 août à Marie Bonaparte, il lui fera savoir qu’il est, « pour changer », sujet à des troubles abdominaux, et trois jours plus tard il se plaindra à Ferenczi d’être « éternellement malade et tourmenté par la souffrance ». Mais la pensée est au travail, redécouvrant ce processus apparenté à un mode de défense qui, sans quitter le terrain de la santé psychique, permet à son auteur soumis à l’impitoyable Anankè ce sourire à travers les larmes qui le caractérise. Car c’est bien au cours de son autoanalyse et à la mort de son père que le célèbre Juif rencontre l’humour, non seulement comme processus intersubjectif – arme spirituelle, trait identitaire et schibboleth de la communauté juive et de ses membres – mais aussi comme processus intrapsychique témoin du jeu inter-instanciel à l’œuvre dans la psyché de l’humoriste. Ni déni ni refoulement, l’humour maintient en effet la représentation pénible, inhibe le développement des affects douloureux qui l’accompagnent et, de plus, use de cette épargne pour en renverser le signe et tirer ce bénéfice de plaisir qui en fait tout le charme. Mais, en ces premiers temps du voyage intérieur, Freud échouera à rendre compte métapsychologiquement de cette alchimie des affects particulièrement salubre dans la lutte contre la souffrance, car celle-ci met en question la qualité du narcissisme et la nature des instances idéales, notamment celle du surmoi dont la fonction atypique dans l’humour interroge sur son édification. Ce pourquoi on peut supposer que cette énigme, au cœur de son identité, continue de travailler le praticien reconnu qu’est aussi le maître viennois, et qu’il y revient armé cette fois des nouveaux outils de sa deuxième topique. Nous avons ainsi pu montrer ailleurs (2000) que ce surmoi humoriste, dont la nature interroge Freud de manière quasi incongrue en 1927, est d’essence maternelle, et que c’est sous la poussée de sa mère en lui, associée aux souffrances multiples dont nous nous sommes fait l’écho, que le fils aimé reprend brièvement cette question sans pour autant oser – déférence filiale oblige – nous en livrer ouvertement la clé, à savoir que l’humour serait le témoignage de la présence aimante en Freud de cet Autre maternel de l’identification primaire.

On retrouve alors ici ce personnage capital des premiers temps aux sources de la pensée, de la douleur et de l’humour – en tant que ce dernier n’est autre que la souffrance travaillée par la pensée – mais aussi de la créativité elle-même. Si celle-ci requiert en effet une part d’expérience initiale de maternage réussie, elle présuppose tout autant, ainsi que le souligne Ilse Grubrich-Simitis, « des expériences vécues traumatiques de perte et de discontinuité dans la relation à l’objet primaire tout d’abord fiable, et cela avant que la différenciation soi-objet fût établie, c’est-à-dire des blessures et des cicatrisations psychiques précoces ayant pour conséquence une perméabilité relative des frontières du moi »[25], comme ce fut le cas du petit Sigmund. En veut-on un ultime exemple ? Schur (1972), le médecin de Freud, rapporte ainsi qu’en décembre 1938 il remarqua dans la zone de la nécrose osseuse une tuméfaction nette, très douloureuse, qui ressemblait à un processus inflammatoire : « La suppuration devint fétide et Freud eut de violentes douleurs. […] Nous espérions qu’un séquestre osseux se détacherait et attendions cela avec impatience ». Or, si Freud en parle à « Maître Arnold » le 13 décembre en lui écrivant « J’attends toujours un second os qui, comme le premier, doit se détacher de moi » [une petite esquille s’était détachée quelques semaines auparavant], il le formule six jours plus tard à Eitingon. « J’attends comme un chien affamé un os qu’on m’a promis, à cela près que ce doit être l’un des miens ». Pas de doute : à travers ce mot c’est bien l’homme Sigmund Freud – le praticien et le théoricien de la souffrance, de la pensée et de l’humour – qui s’exprime.

Références

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Wittels, F. (1924). Sigmund Freud : l’homme, la doctrine, l’école. Paris : Félix Alcan, 1925.

[1] 22 rue la Champmeslé 76000 Rouen. Psychanalyste, membre de l’Association Internationale d’Histoire de la Psychanalyse, Maître de conférences en psychologie clinique, laboratoire de Psychologie des Régulations Individuelles et Sociales–Clinique et Société, Université de Rouen.

[2] FREUD S., Malaise dans la civilisation, p. 21

[3] FREUD S., « Le début du traitement », in La technique psychanalytique, p. 103.

[4] FREUD S., L’interprétation des rêves, p. 4.

[5] GRUBRICH-SIMITIS I., Freud : retour aux manuscrits, p. 99.

[6] SACHS H., Freud, mon maître, mon ami, p. 85-86.

[7] BOLZINGER C., « De l’affect chez Freud », Esquisses psychanalytiques, 19, p. 110-111.

[8] FREUD S., La naissance de la psychanalyse, p. 97.

[9] LALANDE A., Vocabulaire technique et critique de la philosophie, p. 249.

[10] FREUD S., Malaise dans la civilisation, p. 22.

[11] FREUD S., Ibid., p. 22.

[12] FREUD S., Ibid., p. 24.

[13] FREUD S., OCF.P., XVI, p. 362

[14] FREUD S., « Au-delà du principe de plaisir », in Essais de psychanalyse, p. 90.

[15] JONES E., La vie et l’œuvre de Sigmund Freud, III, p. 104.

[16] La seule fois où le Comité au complet passa des vacances collectives avec Freud, en 1924, tous ses membres attrapèrent un rhume. Celui du maître fut particulièrement mauvais, mais ce dernier assura Jones qu’il ne le gênait pas car “il ne s’agit que de la carcasse” (Jones, 1957).

[17] Terme qui servait à désigner la prothèse.

[18] JONES E., op. cit ., p. 111-112.

[19] GUILLAUMIN J., « La souffrance travaillée par la pensée dans l’écriture », in Souffrance, plaisir et pensée, p. 89.

[20] FREUD S., Inhibition, symptôme et angoisse, p. 99.

[21] FREUD S., Ibid., p. 101.

[22] Ibid.

[23] Ibid., p. 99-100.

[24] GULLAUMIN J., op. cit., p. 61.

[25] GRUBRICH-SIMITIS I., op. cit., p. 96.

 
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Publié par le août 4, 2019 dans psychanalyse

 

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