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21 avril 1944: Les Françaises obtiennent le droit de vote

21 Avr

Les débats au sein des différents mouvements de la Résistance ont fini d’accélérer le processus, malgré l’opposition de plusieurs sensibilités comme les radicaux, craignant un vote féminin influencé par l’Église catholique. Ce n’est pas une coïncidence si l’amendement final est rédigé par un communiste Fernand Grenier . Aux élections municipales de 1925, ce parti présentait déjà des femmes en position éligible, une dizaine d’entre elles entrant alors dans les conseils municipaux avant que leur élection ne soit invalidé

le 20/04/2018 par Michele Pedinielli – modifié le 25/03/2019

Paris 1937 : manifestation pour le droit de vote des femmes françaises – source : Gallica-BnF

C’est depuis Alger que le Comité français de libération nationale publie son plan d’organisation de la France après la Libération. L’article 17 donne aux Françaises le droit de voter et d’être éligibles aux élections.

C’est une simple phrase. Un article d’une ligne qui va bouleverser la vie de millions de Françaises. Dès la une, les lecteurs et les lectrices de L’Écho d’Alger du 23 avril 1944 comprennent que quelque chose est en train de se passer.

Le Comité français de libération nationale, présidé par Charles de Gaulle, a rédigé le 21 avril une ordonnance  sur l’organisation des pouvoirs publics en France après la Libération. La première déclaration donne le ton :

« L’Assemblée nationale constituante sera élue au bulletin secret et à un seul degré par tous les Français et Françaises majeurs. »

La lecture de l’article 17 ne laisse pas place au doute.

« Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes. »

On doit la rédaction finale de cet article 17 à un membre du Parti communiste, Fernand Grenier. Résistant, représentant du PCF et des FTP auprès du général de Gaulle à Londres, il devient bientôt commissaire à l’Air (civil et militaire) du gouvernement provisoire.

Fernand Grenier s’est battu, y compris au sein du Conseil national de la Résistance, pour l’attribution pleine et entière du droit de vote aux femmes. La première rédaction de l’article en mars 1944 ne mentionnait que l’éligibilité des femmes (« Les femmes sont éligibles dans les mêmes conditions que les hommes »), le droit de vote n’étant pas clairement exprimé. Fernand Grenier dépose et fait adopter un amendement qui donne sa forme finale à l’article 17.

Cet article est l’aboutissement de 150 années de luttes pour le droit de vote depuis Olympe de Gouges et sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

Les débats au sein des différents mouvements de la Résistance ont fini d’accélérer le processus, malgré l’opposition de plusieurs sensibilités comme les radicaux, craignant un vote féminin influencé par l’Église catholique.

Ce n’est pas une coïncidence si l’amendement final est rédigé par un communiste. Aux élections municipales de 1925, ce parti présentait déjà des femmes en position éligible, une dizaine d’entre elles entrant alors dans les conseils municipaux avant que leur élection ne soit invalidée [voir notre article].

Et dès 1936, le quotidien communiste national L’Humanité affirme : « La femme française doit voter ! »

« Rappelons que les députés communistes ont été les seuls à voter sans réserve le droit de vote et d’éligibilité pour les femmes.

Notre camarade Ramette, dans l’excellent discours qu’il prononça à cette occasion à la Chambre, dit :

“Notre parti veut que les femmes puissent voter, non seulement aux élections municipales, mais à toutes les consultations pour la formation des assemblées délibérantes. Et nous voulons qu’elles y soient éligibles.” »

Le 29 avril 1945, les Françaises peuvent enfin exercer leur droit aux élections municipales. Sous le titre « Pour la première fois, les Françaises ont voté », le journal de gauche L’Aubeconstate qu’elles votent en masse et, ô miracle, qu’elles arrivent à se débrouiller toutes seules dans l’isoloir, avant « d’aller vaquer aux soins du ménage ».

« Dans toutes les sections, les Françaises sont venues, très nombreuses. La plupart ont voté, dès l’ouverture du scrutin avant de faire leurs courses et d’aller vaquer aux soins du ménage, d’autres sont allées l’après-midi dans les sections de vote, en compagnie de leur mari, et parfois même des enfants. […]

Et les religieuses elles-mêmes, dont certaines n’avaient pas franchi les portes de leur monastère depuis leur prise de voile, ont tenu à venir déposer leur bulletin dans l’urne.

Les hommes, il faut bien le dire, s’amusaient à l’avance de l’attitude embarrassée des femmes au moment de voter. Eh bien ! Reconnaissons que nos compagnes ont su se tirer d’affaire fort convenablement.

Et si quelques dames ont un peu hésité entre les listes et se sont embrouillées avec leurs bulletins dans le secret de l’isoloir, la grande majorité d’entre elles savaient fort bien ce qu’elles voulaient et l’ont prouvé. »

Ce premier suffrage universel voit arriver plusieurs femmes à la tête de municipalités, issues des mouvements de la Résistance et du Parti communiste : Odette Roux aux Sables-d’Olonne ou Pierrette Petitot à Villetaneuse. En Côte-d’Or, la petite commune d’Échigey élit un conseil municipal entièrement féminin.

« Les femmes prennent chaque jour et sont appelées à prendre une part de plus en plus importante à la vie politique du pays.

Aux élections municipales d’avril, elles ont obtenu plus de 5 des sièges. Il existe en France, à Échigey, dans la Côte-d’Or, par exemple, des municipalités entièrement féminines.

Dans la Seine, un certain nombre de femmes sont maires adjointes, et la séance de l’Assemblée Consultative a émis, tout récemment, le vœu que l’accès à la magistrature leur soit également ouvert. »

Ironie grinçante de l’Histoire : si c’est à Alger que le droit de vote a été attribué aux Françaises, un million et demi d’Algériennes musulmanes ne pourront exercer ce droit qu’en 1958, sur demande expresse du président du Conseil Charles de Gaulle.

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2 Commentaires

Publié par le avril 21, 2019 dans HISTOIRE

 

2 réponses à “21 avril 1944: Les Françaises obtiennent le droit de vote

  1. Anwen

    avril 22, 2019 at 6:12

    Les luttent féministes…
    Qu’a réellement changé le droite de vote des femmes ?
    (…)
    Précédemment, nous avons montré comment l’homme attaque la femme. Voyons, maintenant, comment elle se défend, voyons comment les femmes qu’on appelle « des revendicatrices » mènent leur campagne.
    Nous avons déjà parlé, lorsque nous nous sommes occupées des « égalitaires » des programmes qu’elles soutiennent. On les croirait faits par des hommes tant ils sont contraires aux vrais intérêts de la femme. Et, de fait, nous les croyons rédigés par les féministes, sincères ou non, qui luttent avec ces dames.
    La nature même des questions le prouve : Elles prétendent devenir les égales de l’homme, donc, prendre leurs vices, leurs exagérations, leurs injustices, leur âpreté au gain, leur cruauté, leurs mœurs libertines, leurs ruses et leurs mensonges. Toutes choses qu’elles n’ont pas, en effet, dans leurs conditions sexuelles normales.
    Elles veulent devenir les égales de l’homme, quoiqu’elles savent que l’homme est vicieux, égoïste, méchant, fourbe et hypocrite. Pourquoi donc, elles qui, malgré toute leur ignorance, sont vertueuses, désintéressées, charitables et bonnes, veulent-elles descendre jusqu’à l’homme ? Est-ce pour imiter ses bêtises, car il en fait, et elles le savent ? Est-ce pour partager ses ambitions déréglées, car il en a et elles le savent ?
    Est-ce pour tripotailler avec lui dans les affaires financières, car il tripote, et elles le savent ? Si c’est pour tout cela, ce n’est vraiment pas la peine de revendiquer. Le nombre est assez grand, dans le camp des agitateurs masculins, sans qu’il soit besoin de l’accroître encore en y annexant des femmes.
    Si c’est pour faire autre chose, oh ! Alors, c’est parfait, mais, dans ce cas, ne réclamez pas, l’égalité car l’égalité suppose les mêmes occupations. Il n’y a pas à sortir du dilemme : égales de l’homme et faisant ce qu’il fait, ou : différentes de lui et faisant ce qu’il ne fait pas.
    Or, si c’est ce dernier parti que vous adoptez, vous n’avez nullement besoin d’aller où il va, d’être où il est. Pour faire autre chose, restez où vous êtes ou mettez-vous sur un autre terrain que le sien ; restez vous, restez femme, ou, plutôt, redevenez femme, car vous ne l’êtes plus, psychologiquement parlant, et alors la question sera résolue. Les hommes vous écouteront bien mieux quand vous parlerez en femmes que lorsque vous parlez en hommes. Et cela vient de ce que, sachant ce que valent les hommes, puisqu’ils en sont, ils n’accordent pas de confiance à leurs pareils, ni à leurs pareilles. Ils n’ont pas confiance en eux, comment voulez-vous qu’ils aient confiance en vous, si vous vous faites leurs égales. Ils reconnaissent tout ce qui leur manque et, pour qu’ils vous écoutent, il faut que vous leur montriez que vous pouvez combler le vide de leur existence en leur apportant ce qu’ils n’ont pas, ce que leurs camarades hommes ne peuvent pas leur donner.
    Donc, il faut faire autrement… et mieux, et c’est cela qu’ils attendent de vous, et non une vaine rivalité sur leur terrain.
    Ce qui prouve le défaut de la méthode des égalitaires, c’est le peu de succès de leur campagne. Que d’années ! Que d’activité ! Que d’argent, même, dépensé dans une cause qui ne progresse pas, car vos succès sont illusoires, ce que vous obtenez ne change en rien la nature de l’homme ; le droit électoral conquis, dans certains pays, a-t-il fait faire une loi qui soit vraiment moralisatrice ?
    Nous ne voyons, nulle part, de résultats réels. Tant que les femmes se sont diminuées en demandant une égalité qui les rabaisse, elles n’ont pas abouti, c’est Celle qui osera dire toute la vérité, et remonter sur son piédestal qui réussira.
    La Femme ne veux ni droits civils ni droits politiques. La Nature lui a donné d’imprescriptibles droits qui planent par dessus tout cela. Elle lui a fait connaître les secrets des multiples rouages qui font marcher la machine humaine et, avec cette science, Elle se sens bien plus forte que toutes les assemblées politiques réunies, puisqu’Elle peut formuler une loi qu’aucune d’elles ne saurait faire : la loi morale.
    Tant que les féministes n’ont pas montré aux hommes une femme ayant produit quelque chose de féminin, quelque chose que les hommes n’aient pas pu faire, ceux-ci ont déclaré que vous n’étiez qu’une armée de nullités, et si beaucoup d’entre eux ne sont pas devenus féministes, ce n’est pas parce qu’ils tenaient beaucoup à garder des privilèges injustifiés, c’est parce qu’on ne leur offrait pas une seule femme digne de leur admiration.
    Et changer les médiocrités masculines pour des médiocrités féminines, c’était piètre besogne. On ne changeait, en réalité, que le costume et le timbre de la voix, mais quant aux idées, elles restaient aussi fausses avec les égalitaires qu’avec les hommes seuls, c’était toujours « les idées régnantes ».
    Les hommes intelligents veulent mieux que cela, ils veulent une Femme « qui ne soit pas leur égale », afin qu’ils puissent trouver, en elle, toutes les grandes qualités que l’homme droit se plait à vénérer. Ils veulent, dans la femme, une manière de penser différente de la leur, ils veulent trouver, près d’elle, quelque chose à apprendre, quelque chose de nouveau qui les tire de l’ennui qui les endort, et donne à leur vie une direction nouvelle, à leur esprit une lumière directrice. Mais les criailleries pour obtenir des droits politiques les fatiguent sans les intéresser.
    Les femmes doivent s’affirmer, ce qu’elles font, heureusement, de temps en temps. Elles ne doivent pas craindre de braver toutes les fureurs des jalousies déchaînées contre elles ; elles ne doivent pas attendre qu’on les déclare égales, supérieures ou inférieures, tout cela, ce sont des mots, elles doivent montrer ce qu’elles sont et ce qu’elles peuvent.
    N’est-il pas naïf que certaines d’entre elles attendent que ce soit l’homme qui vienne les proclamer supérieures à lui, ou même ses égales, alors que c’est lui qui, dans son orgueil, les a abaissées ? Les plus intelligents, seuls, arrivent à accepter l’égalité, mais les pervertis n’y arriveront jamais.
    Donc les personnes, bien intentionnées, nous le reconnaissons, qui ont demandé l’égalité des sexes, se sont trompées, tant au point de vue philosophique qu’au point de vue psychologique. Il n’y a pas plus égalité entre l’homme et la femme qu’il n’y a égalité entre le voleur et le volé. Deux êtres aussi différents ne peuvent pas remplir, dans la société, les mêmes fonctions, avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs. Là est toute la question ; définir les fonctions, les droits et les devoirs de chacun, leur donner Une éducation qui les y prépare et non, comme on le fait maintenant, une éducation qui les en éloigne. L’harmonie sociale régnerait si chacun d’eux, dès l’enfance, avait obéi aux lois physiologiques et psychiques de leur nature, rectifiées dans le sexe mâle, par la loi morale.
    Si la femme avait gardé la suprématie morale que lui assignait ses qualités intellectuelles, si l’homme ne s’était pas révolté contre la loi suprême et contre le rôle actif que sa force musculaire lui assigne.
    Demander à l’homme « d’émanciper la femme » c’est aussi absurde que de demander à un roi d’émanciper son peuple en proclamant lui-même la République.
    « C’est par la force que l’homme prétend tout surmonter, c’est par sa faiblesse que la femme peut tout vaincre. » Bernardin.
    C’est du despotisme des hommes que sort la révolte des femmes, et c’est la révolte des femmes qui fait le progrès.
    Donc, que les femmes ne se plaignent pas des actes despotiques dont elles sont toutes un peu victimes, c’est cela qui assure leur triomphe.
    Le Bien et le mal, Loi morale : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/le-bien-et-le-mal.html

     

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