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Khrouchtchev ne mérite pas moins de respect que Staline par Stanislav Borzyakov

19 Avr

Marianne commente sa traduction en expliquant qu’il y a aujourd’hui des tentatives d’enrayer la stalinemania des Russes ou de la pondérer, mais elle ajoute qu’il suffit de lire la qinzaine de commentaires qui suit cet article et qui toutes en ont après Khrouchtchev parce qu’il a osé déboulonner Staline et dire des mensonges sur lui, en ce qui concerne les mérites que lui attribue l’article les intervenants affirmant que c’est l »oeuvre de Staline encore et de l’équipe très compétente qu’il avait constitué pour assurer la transition par parenthèse c’est aussi la thèse de madame Fitzpatrick un chercheur anglo saxon trés anticommuniste. Cette stalimania qui fait que selon les derniers sondages 70% des Russes lui reconnaissent un rôle positif va avec le rejet des inégalités du capitalisme et la valorisation de la période soviétique ( traduction de Marianne Dunlop, note de Danielle Bleitrach)

17 avril 2019

Photo: RIA « Nouvelles »

Texte: Stanislav Borzyakov

Уважение к Сталину и уважение к Хрущеву не противоречат друг другу

https://vz.ru/politics/2019/4/17/973553.html

 

Le niveau d’approbation envers Joseph Staline en Russie a établi un record absolu. Les grandes choses se voient mieux de loin et, s’agissant du « leader des peuples » du 21ème siècle, la population semble réévaluer son rôle dans l’histoire du pays. Cela serait juste si une réévaluation du rôle de Nikita Khrouchtchev s’en suivait. A l’heure qu’il est, il est sous-estimé, mais c’est un tort.

 

Selon une étude du CentreLevada, 70% des Russes estiment que Joseph Staline a joué un rôle «plutôt positif» ou «tout à fait positif» dans l’histoire du pays. Seulement 19% des répondants ont l’opinion contraire.

 

On constate cependant que l’anniversaire du successeur de Staline, qui a dénoncé (sans grand succès, apparemment) le culte de sa personnalité, est passé inaperçu dans le pays: la veille de la publicationdes résultats du sondage, il y avait 125 ans que Nikita Khrouchtchev était né. Peu de gens dans les médias s’en sont souvenus.

 

Cela ne signifie pas que 70% des Russes soient des staliniens sur le plan idéologique. Le nombre de ceux qui adorent le chef avec ferveur et sans réserve reste insignifiant et relativement stable. Mais des personnes aux opinions politiques assez différentes, évaluant Staline «en fonction du bilan» de ses actions, en déduisent un solde positif, à cause de la Victoire d’abord, de l’industrialisation ensuite, et enfin l’absence d’impunité pour les gens au pouvoir.

 

Dans le même temps, Staline, dont peu de personnes vivantes ont personnellement connu l’époque, est extrêmement mythologique – à la fois dans le «bon» et dans le «mauvais» sens. En conséquence, chacun peut imaginer son propre « leader », en soulignant en lui uniquement les qualités et les actes auxquels il donne la priorité. Pour certains, il s’agit des répressions, pour d’autres – la prise de Berlin, et pour d’autres encore – une grande sévérité envers les cadres: « sous Staline, il y avait de l’ordre ».

Ceci concerne la perception subjective. Mais même d’un point de vue objectif, très peu de personnes iront jusqu’à contester la portée de ce personnage historique (même s’il s’agit d’un «méchant», c’est un «illustre méchant»). D’où le respect pour Staline exprimé dans le sondage.

 

C’est à peu près la même chose qui s’est produite dans notre conscience historique avec Pierre le Grand – il est personnellement respecté, une grande époque lui est associée, il est crédité de victoires significatives pour le pays, bien que pour les contemporains son règne s’avère être une période extrêmement difficile et terrible –les légendes le qualifiant d’Antéchrist ne sont pas nées par hasard.

 

Tout cela s’inscrit parfaitement dans l’attitude de l’État russe moderne vis-à-vis de l’histoire de la Russie, qui cherche à faire disparaître la division entre «blancs» et «rouges». On peut appeler cela le principe de continuité des victoires: notre histoire est continue et chacun y trouvera sa place – Ivan le Terrible, Pierre le Grand, Joseph Staline. L’essentiel est de mettre en avant les mérites dans chacun des cas. Kazan, Petersburg, Stalingrad – par exemple.

 

Cependant, pour une raison quelconque, Khrouchtchev ne fait pas partie de cette série, ce qui est injuste. La question n’est pas de savoir s’il est «meilleur» ou «pire» que Staline. Mais que son époque était aussi une époque de réalisations qui ont constitué l’honneur et la gloire de notre pays.

 

Il y avait aussi autre chose: les officiers ne pouvaient pas pardonner à Khrouchtchev la réduction importante de l’armée, les scientifiques l’affaireLyssenko, la population dans son ensemble la dévaluation de fait et la forte hausse du prix de la viande, et la fusillade de Novotcherkassk n’a jamaisété pardonnée. Parler d’hyperactivité et de manque d’éducation de Khrouchtchev, entraînant de nombreuses erreurs de gestion, est absolument juste.

 

Mais il est juste de parler des erreurs de calcul et des crimes du régime stalinien, qui n’effacent pas ses victoires. Dans le cas de Khrouchtchev pour une raison quelconque, elles les effacent. Nous devrons donc les rappeler.

 

Le lancement du premier satellite en orbite et le vol de Youri Gagarine. Oui, le programme spatial soviétique a été lancé sous Staline, mais c’est sous Khrouchtchev qu’il a atteint de tels sommets. L’une des raisons de cela réside dans l’attitude «compétitive» de Khrouchtchev vis-à-vis de toutes les branches de l’économie nationale. Sans son principe «d’être en avance sur les Américains», dans ces réalisations de l’humanité, nous aurions été au mieux deuxièmes.

 

Parallèlement a été définitivement résoluela question de la sécurité de l’État soviétique. Avant l’avènement de moyens efficaces de livraison d’armes nucléaires, la question d’une frappe préventive contre l’URSS était sérieusement envisagée aux États-Unis. Seule l’apparition de roquettes a rendu le prix de la guerre inacceptable.

 

L’exploration géologique.   Les opposants aux principes de Khrouchtchev adorent dire qu’il a rendu le pays dépendant du pétrole – il a commencé à vendre son l’or noir à l’Ouest au lieu de produits pétroliers raffinés. Mais même eux ne nient pas que les énormes gisements d’hydrocarbures en Sibérie et dans le Nord, qui nourrissent encore notre pays, ont été découverts, explorés et mis en service  précisément sous Khrouchtchev.

 

La construction de masse. Les « Khrouchtchevkas » [HLM en briques de 4 étages, de construction médiocre] ne brillent pas pour leur beauté ou leur commodité. Mais dans le cadre des programmes spéciaux de Khrouchtchev, le parc de logements urbains en URSS a été augmenté de 80%. Rien de tel dans l’histoire de la Russie n’est jamais arrivé et il est peu probable que cela se reproduise. Des millions de familles soviétiques vivant dans des baraquements ou des appartements collectifs ont reçu des appartements séparés.

 

Le développement de l’industrie légère. Le temps des « plans quinquennaux » de Staline est une époque d’industrie lourde et de mécanisation, mais les besoins purement domestiques de la population étaient satisfaits selon le principe résiduel: d’abord le tracteur, puis encore le tracteur, puis un peu de voitures – sur commande spéciale. Avec le «plan septennal» de Khrouchtchev, le déséquilibre a été éliminé, l’accent a été mis sur l’ambition de rendre la vie du peuple soviétique plus douce, moins glorieuse que la fonte du fer, mais avec des joies du quotidien, depuis les vêtements et les chaussures jusqu’aux téléviseurs et réfrigérateurs.

 

La « chimisation de l’économie nationale. » Derrière ce slogan se cache un grave retard dans l’industrie chimique de l’URSS, rattrapé précisément sous Khrouchtchev. La construction ciblée d’usines de traitement a fourni des plastiques industriels légers, des engrais pour l’agriculture et des tricots pour les consommateurs.

 

La réhabilitation des personnes réprimées   (Jusqu’à des nations entières), qui a commencé sous Malenkov et Beria, a été menée à sa conclusion logique par Khrouchtchev avec la libération de 700 000 personnes des camps, qui se sont soudainement avérés être non plus des « ennemis du peuple » et des « éléments dangereux », mais des gens soviétiques ordinaires. Beaucoup considèrent cela comme la principale réalisation du premier secrétaire du PCUS, et il est impossible d’aller contre l’opinion de centaines de milliers de familles ordinaires.

 

Enfin, il y a eu le «dégel», qui a marqué l’apogée de la culture soviétique –en musique, littérature et cinéma. L’historien Roy Medvedev formule cette réalisation comme suit :

 

«Khrouchtchev a chassé la peur de la société. Ceux qui n’ont pas vécu sous Staline ne comprennent pas ce que signifie avoir peur des conséquences de chacune de ses actions. Avoir peur de ce que j’ai fait, de ce que je n’ai pas fait, d’avoir peur de partager des pensées, même avec sa femme et ses plus proches amis … Sous Khrouchtchev, cette peur universelle a littéralement disparu en l’espace d’un an. C’est cette circonstance qui a rendu possibles toutes les percées et réalisations ultérieures de la société soviétique – dans les domaines scientifique, culturel et économique. Ainsi, malgré l’échec de nombre de ses projets, il a fait plus de bien que de mal au pays. »

 

Vous pouvez ajouter à cette liste la production en masse d’avions de passagers, l’électrification des trains et la levée de l’interdiction des avortements, qui a en réalité sauvé la vie de nombreuses femmes soviétiques.

 

Tout cela n’est pas en mesure d’annuler la «maîtrise du sol vierge» qui a été menée bêtement, ni le transfert de la Crimée en Ukraine, ni le «volontarisme» que l’on trouve dans les manuels et sur toutes les langues.

 

Mais si nous sommes fiers des réalisations de l’ère stalinienne, il est étrange de nier les réalisations de l’ère Khrouchtchev, qui a également constitué une glorieuse page del’histoire de notre pays. Et là où il y a la reconnaissance des réalisations, il y a le respect pour le chef de l’état. Le respect pour un dirigeant qui a accompli du bon et du mauvais, tout comme ses prédécesseurs et ses successeurs. Mais un dirigeant à l’époque duquel le niveau de vie de la population a considérablement augmenté et où beaucoup ont reçu le droit à une vie décente–un droit très illusoire encore sous le règne de Staline.

Traduction Marianne Dunlop pour Histoire & Société

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