Source : Observatoire des inégalités, 26-02-2019

Parmi les personnes que l’on voit apparaître et s’exprimer à la télévision, on compte 60 % de cadres supérieurs contre 4 % d’ouvriers. Cette représentation est en complet décalage avec la réalité sociale.

Alors qu’ils constituent seulement 9 % de la population totale, les cadres supérieurs représentent six personnes sur dix qui prennent la parole dans les programmes de la télévision (fictions, divertissements ou encore programmes d’information), selon le « Baromètre de la diversité de la société française à la télévision, vague 2018 », publié par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) [1]. Les ouvriers (12 % de la population totale toujours selon les données du CSA) ne représentent que 4 % des personnes entendues à la télévision. Les retraités forment 25 % de la population, mais seulement 2 % des personnages de la télévision. « Les catégories socioprofessionnelles supérieures (CSP+) sont surreprésentées (74 %) au détriment des catégories socioprofessionnelles inférieures (CSP-), représentées à hauteur de 12 %, et des inactifs (14 %) », comme le soulignent les auteurs de l’étude, qui indiquent également que seulement 0,7 % des personnes entendues à la télévision sont perçues comme étant en situation de précarité. Des personnes qui sont souvent des personnages secondaires à l’antenne.

L’écart de représentation est énorme à la télévision entre les catégories sociales. Les cadres y sont quinze fois plus présents que les ouvriers et sept fois plus souvent qu’ils ne le devraient si le temps d’antenne était réparti en fonction de leur part dans la population. Cette représentation des catégories socioprofessionnelles est en complet décalage avec la structure sociale réelle. Elle construit une image d’une société déformée, largement plus favorisée que ce qu’elle est en réalité. La télévision constituant d’abord un divertissement, il est vrai que l’on préfère toujours y observer une situation sous un jour plus favorable. Pour parler à la télévision, mieux vaut savoir maîtriser le discours en public. La parole est donc donnée, dans l’immense majorité des cas, à ceux qui la manient le mieux, c’est-à-dire aux plus diplômés et aux catégories favorisées.

En soi, l’égalité de présence des catégories sociales à la télévision n’a pas grand sens, mais l’ampleur du déséquilibre est marquante. On peut difficilement penser que ce phénomène n’a pas de conséquences, auprès de la population et des commentateurs, sur la construction de l’image des catégories sociales et notamment sur la représentation des intérêts de celles les moins favorisées. Enfin, il faut le noter, autant il existe un débat sur la présence des femmes et des minorités visibles à la télévision, autant la question des différences de représentation des milieux sociaux est quasi absente.

Photo / GFDL, via Wikimedia Commons


[1Baromètre annuel publié en décembre 2018. L’étude a été réalisée en observant les personnes qui prennent la parole – sauf dans les publicités et les bandes annonces – sur les principales chaînes entre 17 h et 23 h entre juin et septembre 2018. Les programmes d’information de mi-journée de TF1, France 2, France 3, M6, C8, TMC et France Ô ont également été inclus.

Source : Observatoire des inégalités, 26-02-2019