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NE RATEZ PAS LE FILM DE NANNI MORETTI : Santiago Italia

04 Mar

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Nanni Moretti a fait là un très beau documentaire non pas sur les années soixante et dix mais sur aujourd’hui. L’Italie mais pas seulement, la France aussi.

Au moment même où j’écris mes mémoires et que tout me parait concurrent de ce travail d’écriture. Tout me distrait de cette plongée dans hier pour dire aujourd’hui ce film est un salut du cinéaste italien : « tel que l’éternité nous change lui et moi ». Mais je peux dire que dans la salle c’était pareil. Nous nous sommes parlé avant et après entre femmes grisonnantes et l’une à la fin a tendu ses deux pouces pour dire ce qu’elle pensait de ce film.

Tout est dit par ce geste qui glorifie le gladiateur, ces années soixante et dix l’expérience du Chili populaire mais pas seulement, nous allions tous vers un grand soleil rouge, l’avenir était le bonheur du présent.

Méditation sur « Mais que s’est-il donc passé? »

Au Chili ce fut clair, évident… Les Etats-Unis ont imposé leur ordre avec la complicité de Pinochet. Ce ne fut pas une guerre civile, d’un côté il y avait des tanks, des armes et de l’autre rien pour se défendre.

Alors il y eut l’annonce de cette contre-révolution qui allait déferler sur le monde et qui prenait la gueule des tortionnaires de Pinochet, les chiens des Etats-Unis et les Chicago boys qui inventaient la révolution conservatrice du néo-libéralisme… Reagan et Thatcher derrière ces ordures se prenant pour les droits de l’homme et dénonçant le totalitarisme marxiste et ça a marché… En France le néo-libéralisme a été introduit par un président socialiste et nous avons eu beaucoup de mal à nous dégager de son étreinte, puis nous avons remis ça… Là-bas, le socialiste s’appelait Salvador Allende, il mourait les armes à la main, ici il s’appelait Mitterrand était l’ami de Bousquet et avait pour but de réduire les communistes, de transformer les intellectuels en courtisans.

Dans les années soixante et dix, nous frémissions de tous les combats de la planète,  nous pensions créer les conditions de l’émancipation des paysans, des ouvriers, les artistes couvraient les murs de peinture, les poètes chantaient et nous nous sommes réveillés dans l’atrocité d’un stade où l’on coupait les mains de Victor Jara. Avec Nanni Moretti je me suis souvenue de ce dessin que j’avais fait : une main, cinq doigts sanglants traçant le mot Chili, je l’ai photocopie sur une feuille et l’ai affiché en pleurant.

Neruda succombait quelques jours après Allende. Mais la vague de sang ne s’est pas arrêtée là, elle ne s’est pas contentée de détruire le Chili peu à peu elle a rongé nos âmes et transformé les pays solidaires que nous étions en lieu de l’égoïsme, de l’individualisme où l’on n’attend rien de personne… les communistes se sont effacés et la vie de chacun en a été réduite. C’est ça l’histoire réelle de ce film, celle de réfugiés chilien, d’abord dans l’ambassade puis dans un pays en pleine effervescence, l’Italie avec son parti communiste, l’Emilie rouge qui donne du travail, les meetings pleins… et nous nous réveillons dans l’Italie de l’extrême-droite, la victoire réelle de Pinochet et de l’impérialisme américain.

Nous en sommes là, mais Nanni Moretti reste lui-même, comme moi et comme tant d’autres et dit « je ne suis pas impartial ». Moi non plus et je refuse les bons sentiments, l’hypocrisie qui m’assurent la publicité du politiquement correct et les oscars du plus petit commun dénominateur. Tels que nous sommes Nanni Moretti et tous ceux qui sont restés « non impartiaux », communistes, nous n’aurons droit à rien, aucune publicité, je n’attends rien pour mes mémoires, la censure continuera de plus belle dans une Humanité qui en appelle au vendeur du dimanche après lui avoir depuis des années craché dans la gueule, allant jusqu’à soutenir un poulain de Robert Ménard contre Fidel Castro, un ami des tortionnaires et assassins de la CIA plutôt qu’un combattant.

Vous dites que j’exagère et vous détournez le regard, mais vous avez continué à considérer que celui qui soutenait Robert Ménard contre la résistance cubaine était digne de diriger un journal communiste et aujourd’hui regardez ce qui se dit sur le Venezuela. Demain, le danger est grand que sur le Venezuela règne un Pinochet, la torture sera infligée aux militants, comme au Chili, les droits des pauvres à la santé et à l’éducation seront anéantis, mais les grandes compagnies américaines auront mis la main sur les richesses du sous-sol de ce pays, comme sur jadis le Chili… Et maintenant il se trouvera à l’inverse de hier des communistes pour dire que Maduro est un dictateur et que les vénézuéliens ont droit à la démocratie à l’américaine… Et vous voulez que j’apporte le moindre kopeck à ceux qui me font accepter une telle complicité? depuis tant d’années… Au point que je suis ce que je suis, un individu seul qui crie dans le désert. Comme Nanni Moretti…

Et ceux qui ont fait cela, le directeur qui a déshonoré l’humanité est toujours en place avec son équipe de journalistes qui se prennent pour les propriétaires du journal. Ceux qui pensent que le communisme « coco c’est pas vendeur »… jusqu’à la faillite…

Oui, comment sommes-nous tombés si bas?

Nanni Moretti nous parle de hier mais aussi d’aujourd’hui, il sait raconter du rire aux larmes, les jours des réfugiés passés dans l’ambassade d’Italie, la cocasserie du vécu, celui qui se fait exclure du parti parce qu’il refuse d’éplucher les patates, le couple qui divorce, mais aussi les séances de torture. Il dit ce que j’ai reçu en héritage de tous ceux qui ont résisté à la torture « Si l’aveu d’un camarade a pu faire cesser sa souffrance, alors il a bien fait de parler. »

Toute ma vie j’ai revécu l’horreur de la guerre, et là encore j’ai fermé les yeux pour ne pas voir les sous-titres et je me suis bouché les oreilles pour ne pas entendre le récit des tortures vécues par cette femme qui conseille à une amie de résister, parce que la douleur physique s’efface mais pas la douleur morale de la trahison.

J’espère que ceux dont la vie n’a été que trahison d’un idéal, compromissions et petits arrangements avec la « mode » des vainqueurs peuvent se regarder en face dans une glace. Je sais mes chers camarades qu’une fois de plus personne ne vous parlera de ce que j’écris pour vous, j’ai l’habitude de ce coussin qu’on a mis sur mes lèvres, il y a même sur les réseaux sociaux ceux qui à mon nom disent leur haine et ajoutent « elle n’est pas encore morte »? Sur moi et sur ceux de tant d’autres non seulement de la part de la presse bourgeoise, mais de ceux qui se sont voulus les copropriétaires de notre presse et qui ont fait régner « leur » ordre. Tous ceux qui aujourd’hui soutiennent ce journal le font au nom de ce qu’il a été et dont la mémoire fait effectivement partie de notre patrimoine national.

Comme depuis Palombella rossa, Nanni Moretti s’escrime a en appeler à ce passé et à l’espérance qu’il représente encore et toujours d’un autre possible. Il a fallu effectivement que ce que nous avons été soit bien fort pour qu’il demeure comme utile dans les mémoires y compris de ceux qui comme lui n’ont pas été adhérents du PCI ou du PCF, mais qui refusent « la chose » et clament le besoin d’un réveil du cauchemar de ce à quoi vous avez adhéré au nom de la « modernité ». Vous avez tout détruit et aujourd’hui nous sommes démunis…

Je me souviens de ce que disait Fritz Lang des Etats-Unis, ils n’ont pas besoin du nazisme, ils ont réussi à transformer les esprits pour avoir un nazisme avec élections démocratiques. Cela se passe quand on élimine les communistes et l’alternative réelle qu’ils représentent y compris quand le travail est fait par les directions dites communistes, comme cela s’est passé dans l’URSS de Gorbatchev, dans l’Italie d’Ochetto et ailleurs…

La preuve est faite que vous ne ferez rien pour que votre presse change. Encore hier un article de moi a été interdit dans Cause commune, il osait simplement citer Lukacs et dire ce qu’avait représenté l’Union soviétique…  Si les communistes agissent ainsi quelle espérance reste-t-il à notre peuple? C’est de ça dont parle le film de Nanni Moretti. Vous vous tairez comme d’habitude, je le sais… d’ailleurs pour moi et pour ceux qui me ressemblent il est déjà trop tard, en revanche vous pouvez peut-être faire quelque chose pour le Venezuela.

Mais en revanche vous pouvez soutenir la parole vraie de Nanni Moretti, évitez ce silence qui s’abat sur ce qu’il fait. Il vous parle de vous hier aujourd’hui, demain.

Le monde a besoin de retrouver les communistes, si vous ne me croyez pas allez voir cet autre film important « Tout ce qu’il me reste de la Révolution », on ne retourne pas en arrière, mais oui nous avons été proches de créer un monde de justice et ce possible-là qui se fera autrement a besoin de savoir que ces temps ont existé, l’Histoire est la science de faits qui ne se répètent jamais et pourtant elle est indispensable pour se projeter dans l’avenir… De 7 à 107 ans, plus fort que Tintin, ils doivent savoir qu’il y a eu d’autres temps… que ceux du désespoir dans l’avenir des être humains, qu’il y a eu une contre-révolution…

Danielle Bleitrach

 

 
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Publié par le mars 4, 2019 dans CINEMA

 

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