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Ce à quoi je vais réfléchir pour aborder l’an nouveau

28 Déc
A Forcalquier, la ville de Castaner, ils entonnent le chant des partisans…
 
Partout, sur tous les continents, il y a un désir de radicalité « de sortie du système », mais aussi l’impossibilité de se reconnaitre dans l’offre existante…
 
Non seulement parce que l’offre est ce qu’elle est mais parce que le collectif a été profondément détruit et que cela tâtonne pour reconstruire. Cela va au-delà du politique et le seul modèle demeure familial, toutes les descriptions des « ronds-points » le décrivent. La famille avec son intimité mais aussi son repliement. Le PCF est-il encore un collectif, celui-ci est-il capable de débat, de dialogue ? 
 
J’ai besoin de réfléchir à tout ça pour aborder cette nouvelle année. Marianne m’a envoyé deux textes que je viens de publier sur une situation étrangement parallèle en Russie… Il est clair qu’il n’existe rien d’autre – du moins à mes yeux que les partis communistes, mais il est indispensable que celui auquel j’appartiens, le PCF, mesure à quel point il est en rupture avec ce qui demande à naître, non pas pour une « modernité » de couches moyennes et de petite bourgeoisie en crise, mais bien des gens qui n’en peuvent plus. Le 38ème Congrès a été un élan en ce sens, mais il est lesté de tant de méconnaissance de la réalité dans le monde, une telle bureaucratisation et le mort continue à vivre en nous… comme un désir de revanche de ceux qui depuis plus de 20 ans s’en croyaient les copropriétaires, ramenant comme l’homme à la cervelle d’or des rognures de sang et d’or pour nourrir ces derniers. La cervelle s’est épuisée et le pari de la reconquête bien que le seul valide apparaît difficile. 
 
Sur tous les continents c’est le même phénomène après la chute de l’URSS était apparue d’abord, selon le mot de Chavez un tourisme altermondialiste de la petite bourgeoisie, une protestation des « élites » contre le démantèlement d’abord timide puis accéléré des « conquis ». Le sentiment que l’on vit plus mal que les parents et les enfants pire que vous s’est accru, mais de plus en plus de gens ont été pris à la gorge… Et aujourd’hui ce sont des gens dans les cordes, un prolétariat rejeté à la marge plein de méfiance pour les partis parce qu’ils sont le système..
Injuste pour les partis communistes ? Oui et non! Les partis communistes ont tenté la survie en s’intégrant au système, à celui d’un Poutine en Russie, à la « gauche » en France alors même qu’elle adoptait la politique du capital… Il reste une mémoire de ce qu’a été la Révolution, le communisme, mais celle-ci s’efface.
 
L’organisation collective que fut le PCF a été détruite au Congrès de Martigues… Il n’y a rien d’autre pourtant, les formes mouvement, la République en marche ou la France insoumise font rapidement la preuve de leur inadéquation. Que faire? Il est probable que l’Histoire tranchera pour nous avec une zone de tous les dangers, la guerre et le fascisme comme recours ultime d’un impérialisme sénile…

Le phénomène gilet jaune est le premier signe de ces temps périlleux… Il sont « hors système » et chacun s’emploie pour eux à circonscrire le système : ce sont les « élites » cosmopolites qui favorisent l’immigration dit le rassemblement National, c’est l’Europe dit caricaturalement quelqu’un comme Philipot ou Asselineau… La petite bourgeoisie qu’elle soit fasciste comme Soral, Dieudonné et Chouard ou social-démocrate radicalisée comme Ruffin, cherche à trouver des procédures qui les mettent au pouvoir…

C’est l’impossibilité de vivre disent ceux qui se reconnaissent au moins dans le refus de ce qui est, c’est flou et pourtant ça rassemble, il y a vaguement les riches avec y compris le vieil antisémitisme qui ne relève que les noms juifs ….

Chacun de nous vient de faire l’expérience de la trouille, il n’y a pas d’autre mot, qu’un mouvement comme les gilets jaunes inspirait aux éditorialistes sur les plateaux de télévision? alors que sur le fond comme il ne cessaient de le répéter  ce mouvement a des manifestations et des mobilisations  bien inférieures à celle des syndicats… Pourquoi les craignent-ils ? Peut-être parce qu’il y a la conscience que ce n’est qu’un début de la fin de ce qui les fait vivre, leur donne le privilège de la parole et à « l’existence »… Déjà dix victimes et d’innombrables blessés, les morts comme les blessés sont dans les rangs des manifestants, le pouvoir gratifie la police et fait passer en jugement des innocents qui écopent de prison ferme. La justice de classe.

Ceci me conduit à une autre réflexion : les partis communiste ont jadis partout élaboré une espèce de vision de passage au socialisme sans violence. Peut-être est-ce impossible et ceci pour trois raisons: parce que l’existence d’un camp socialiste le permettait, mais surtout parce que l’impérialisme joue sa survie. Et parce que ce sont les masses prolétariennes qui se sont mises en mouvement et à celles-ci le capital n’a jamais fait de cadeau. La violence celle de la guerre et de la répression surgit, pas parce que la classe ouvrière et le prolétariat le veut mais parce que c’est la seule réponse que face à eux le capital connaisse. Il est clair que tout cela ceux qui se mettent en mouvement le sentent et l’inadéquation des forces politiques à cette violence fait partie du problème du moment, il n’y a rien face aux menaces de guerre et de contre-révolution sanglante.

La question est donc bien celle de savoir si le parti communiste est toujours un parti révolutionnaire et ce que cela veut dire aujourd’hui en France et dans le monde tel qu’il est.

A mon retour le 7 janvier.

 
Danielle Bleitrach
 

2 réponses à “Ce à quoi je vais réfléchir pour aborder l’an nouveau

  1. pam

    décembre 30, 2018 at 9:57

    oui, l’enjeu crucial d’un parti communiste qui se reconstruirait comme parti de combat du monde du travail, c’est de répondre à cette question historique… Que faire « face aux menaces aux menaces de guerre et de contre-révolution sanglante », face à la violence dont est capable ce système.
    Tu as raison de souligner que « tout cela ceux qui se mettent en mouvement le sentent et l’inadéquation des forces politiques à cette violence fait partie du problème du moment… »
    Question posée aussi dans la capacité des organisations à tenir des manifestations face au piège classique provocations/répressions, ou aux incertitudes face aux mouvements de type ZAD…

    L’insertion institutionnelle a fait un parti communiste et des syndicats enfermés dans le légalisme… Rappelons-nous les débats à la CGT EDF en 2006 sur la décision de couper ou non le courant quand la plupart des centrales étaient tenues par les grévistes… Il a fallu tout le poids de la confédération pour ne pas couper, contre l’avis des grévistes…

    L’idée de blocage, qui est pourtant une pratique historique de la grève justement, celle qui bloque la production, se cherche depuis quelques années sous différentes formes (ronds-points, plate-forme logistiques, lycées…)

    Mais l’illégalité, le blocage n’ont de sens que portant réellement la perspective révolutionnaire, donc l’unité large du peuple et la capacité à s’attaquer à l’état… Il donc éviter les pratiques gauchistes d’une violence anti-flic qui ne sert que de faire-valoir à la répression, comme celles de l’idéalisme du « local » et de la « sortie » de cette société en vivant en dehors, à la marge.. (ZAD se transformant en société faussement idéale..)

    De ce point de vue, les gilets jaunes sont un progrès, à la fois dans l’expérimentation de formes nouvelles de blocages, ciblant notamment la consommation, et dans le soutien populaire qui ne se dément pas malgré les violences (et non pas à cause de….)

    Reste que le blocage de la production est quand même l’arme la plus forte…

     
  2. joël

    janvier 1, 2019 at 6:49

    Je ne parviens pas à donner une cohésion autre qu’un ensemble de revendications largement progressistes,largement adoptées sur les réseaux « sociaux et ailleurs à ce qui est appelé « mouvement  » des Gilets jaunes. J’ y vois (sans ignorer dans ma ville la présence d’une toute petite poignée d’individus encadrés par le nombre, du RN) un désir d’en découdre avec les responsables directs et le vif désir de demander des comptes aux soutiens ou accompagnants de ce système en crise. Celles et Ceux de ma classe sont dans les manifestations gilets Jaunes du samedi: anciens et actuels militants et électeurs communistes, cheminots, métallos, actifs et retraités, des gens qui souffrent, n’ont jamais manifesté, découvrent la répression physique en plus du mépris, ouvriers, employés de TPE qui n’ont ni les moyens, ni le droit de s’organiser pour la grève, retraités, malades, handicapés, professeurs, une avocate, un architecte, des artisans (non poujadistes…)
    Ces gens me voient me demandent (je porte mon badge CGT sur le gilets jaune, je me refuse encore à porter l’étoile à décrocher et le bourgeon) « où sont vos dirigeants locaux autant CGT que PCF? ». Je ne peux répondre pour eux. Le rejet des organisations n’est pas de mise chez ces manifestants du samedi qui renforcent le cortège des « bloqueurs agiles et permanents » qui pratiquent la liberté de parole pour celles et ceux qui veulent parler, avec mise à disposition de leur propre matériel de sono artisanal. Il y a ces jeunes étudiants revendiquant pour l’augmentation des bourses aux étudiants étrangers, cet autre jeune étoile de David sur le dos, ces nombreuses femmes de tous âges et le Chant des Partisans comme à Fontcalquier cotoie la Marseillaise avec le drapeau bleu blanc rouge revendiquant l’Egalité.
    Il y a ces jeunes « bronzés » croisés dans un café saluant les Gilets Jaunes, « nous sommes de coeur avec vous », refusant en souriant de grossir le cortège parce qu »on » les prendrait pour des casseurs » (sic)
    Comme vous je m’interroge et je mesure la distance très difficile à rattraper par un Parti qui a trop longtemps laissé de côté sa raison d’exister, sa force de conviction, sa force tout court, son utilité vis à vis des couches populaires surexploitées, pour une intégration quelque peu « hypocrite » dans une confortable bulle réformiste, qui ne trouve sa radicalité que dans le « sociétal » indolore pour le Capital, allant jusqu’à nier le « Collectif » de la lutte des classes et ne s’adressant qu’aux électeurs « branchés » principalement du PS.
    J’attends autre chose qu’un « dirigeant » qui voulait « lever le tabou » de notre « joli nom » s’exprimant avec sa langue de bois sur CNews.
    Merci à vous deux.

     

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