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Les héros et le salopard

14 Déc

Cet article magnifiquement traduit par Marianne, dénonce la manière dont l’actuel pouvoir russe, celui des oligarques contre lequel la révolte gronde à cause de la réforme des retraites et l’injustice sociale imposée au peuple russe, celui qui a détruit l’URSS prétend célébrer « le salopard ». Le « salopard » est  celui qui a accompagné le dépeçage de l’URSS, sa vente aux monopoles occidentaux d’une révision de l’Histoire digne de Goebbels qui a transformé la victoire sur le nazisme en dénonciation des crimes imaginaires des héros soviétiques : Alexandre Soljenitsyne. Il faut bien comprendre que cet article n’est pas l’illustration de ce que pensent les seuls communistes russes, mais bien de la majorité de la population qu’indigne la révision de l’histoire qu’il a permis. Il y a eu de nombreuses protestations contre la célébration de son centenaire, des spécialistes de la littérature russe ont protesté sur le fait que l’on ne célébrait pas Tourgueniev ni d’autres écrivains infiniment meilleurs qu’Alexandre Soljenitsyne et que cette célébration avait un caractère purement idéologique. N’ayant pas lu les plus grands livres de ce dernier et n’ayant lu de lui qu’une ignominie antisémite en deux volumes « Ensemble », je me suis interrogée sur son statut de grand écrivain, le livre que je lisais n’ayant pas plus de qualité littéraire qu’une production ordinaire de Stéphane Courtois. Il semble que y compris ce statut d’écrivain majeur soit remis en cause par les Russes, mais sur ce point il est difficile d’intervenir. En revanche, avec l’évolution actuelle de la Russie, la colère qui atteint désormais Poutine jusqu’ici préservé, c’est tout le sort réservé à l’URSS, à son histoire, à ses conquêtes sociales, au rôle bénéfique joué pour l’humanité qui est dénoncé et on accuse le régime actuel de faire le malheur du peuple russe et d’avoir transformé la prestigieuse URSS, en peuple « paria », d’avoir détruit l’immense prestige de la révolution bolchevique, de la victoire contre le nazisme et de la force avec laquelle il a tenu en respect le capitalisme et alors, comme ici, Alexandre Soljenitsyne, devient un propagandiste à la Goebbels. Ce qu’il faut également noter c’est que le parti communiste de la fédération de Russie n’échappe pas aux critiques, on l’accuse de ne pas être assez actif, révolutionnaire… (note de Danielle Bleitrach, traduction de Marianne Dunlop)

https://orlov-ivan-v.livejournal.com/41886.html?utm_source=vksharing&utm_medium=social

 

Le 11 décembre 2018

 

Au centre de la capitale allemande, dans le Parc de Treptow se dresse un magnifique monument au Soldat-libérateur. Jusqu’ici, nous pouvons honorer nos ancêtres qui se sont battus contre le nazisme allemand du nom de soldats-libérateurs, mais nous sommes désormais supposés célébrer celui qui croyait que nous n’avons pas libéré les peuples de l’Europe, mais que nous leur avons apporté un mal bien pire que le nazisme.

 

Un soldat soviétique vêtu d’une cape tient dans sa main droite une énorme épée à deux mains, abaissée sur une croix gammée nazie. Une petite fille est assise au creux de son bras gauche, étroitement accrochée à la tunique du soldat. Le monument est devenu un symbole de l’humanisme et de la noblesse du peuple soviétique, qui a sauvé le monde entier de la peste brune du XXe siècle tout en refusant de se venger du peuple qui avait généré le nazisme. Le guerrier-libérateur rappelle que l’épée abaissée peut être relevée si le mal misanthropique du fascisme tente de reprendre le contrôle du monde. Le monument est un symbole, mais derrière ce symbolisme se cache l’histoire d’un exploit concret, qui remonte au 30 avril 1945. Ce matin-là, des soldats du 220e régiment de la 79e division de la 8e armée de la Garde sous le commandement du colonel général Vassili Ivanovitch Tchouïkov, deux fois héros de l’Union soviétique, se préparaient à poursuivre l’attaque. Leur tâche consistait à défaire les Allemands concentrés dans le Tiergarten. Une heure avant le début de l’offensive, avant l’aube, le porte-drapeau du régiment, Nikolaï Ivanovitch Massalov, accompagné de deux assistants, a apporté le drapeau du régiment aux avant-postes. Le régiment se préparait à forcer le canal Landover. Dans le silence fragile de la courte trêve, les soldats soviétiques ont soudainement entendu le cri d’un enfant qui appelait sa mère. Laissant la bannière du régiment à ses assistants, Nikolaï Ivanovitch a demandé au commandant du régiment la permission de tenter une sortie pour sauver l’enfant. La permission a été obtenue et le sergent principal est allé vers le pont sur le canal, d’où les pleurs avaient été entendus. Il a rampé à travers la zone minée et balayée par des tirs, utilisant pour se cacher le moindre abri. Alors il a atteint son objectif.

Photo : Nikolaï Ivanovitch Massalov (à droite) avec ses camarades. Mai 1945.

 Vingt ans plus tard, Nikolaï Ivanovitch lui-même a raconté les faits: Sous le pont, j’ai vu une fille de trois ans assise à côté de sa mère tuée. L’enfant avait des cheveux blonds légèrement frisés au front. Elle tirait sa mère par la ceinture et appelait: « Mutter, Mutter! ». Il n’y a pas de temps à perdre. J’ai pris la fille à bras le corps et j’ai filé. Mais elle hurlait! Et moi tout en courant j’essayais de la raisonner: tais-toi, disais-je, sinon tu vas me faire repérer. C’est alors que les nazis ont commencé à tirer. Heureusement que les autres sont venus à la rescousse, faisant feu de partout. J’ai traversé la zone neutre. Je regarde dans une entrée d’immeuble, dans une autre – pour donner l’enfant à des Allemands, à des civils. Mais tout était vide, pas une âme. Alors je suis allé directement à mon quartier général. Les camarades m’ont entouré en riant: 

– Fais nous voir ton « prisonnier de guerre ». Et eux-mêmes, sortant qui des biscuits, qui des galettes en offrent à la petite fille, la rassurent. Je l’ai confiée au capitaine, enveloppée dans ma tente-manteau, et il lui a donné de l’eau à boire. Et puis je suis retourné à mon drapeau.

En sauvant cette petite fille allemande, comme l’a rappelé plus tard le commandant de régiment Ivan Paderine, Nikolaï Massalov a été blessé à la jambe, mais il n’a pas jugé nécessaire d’en parler avant l’offensive.

Après la guerre, Nikolaï Ivanovitch est retourné dans son pays natal, dans la région de Kemerovo. Il ne pouvait plus travailler comme mécanicien, les blessures de guerre se ressentaient. Après avoir déménagé dans le village de Tiajine, Nikolaï Ivanovitch a trouvé sa voie: il est devenu intendant dans un jardin d’enfants.

Photo : Enfants allemands sauvés par des soldats soviétiques dans un ancien camp de touristes à Ostrau, fin 1945.

Pourquoi son exploit n’a-t-il été connu que près de deux décennies plus tard? Même les voisins ne réalisaient pas qu’ils vivaient à côté d’un héros. Tout simplement parce qu’il était modeste. Nikolaï Ivanovitch lui-même ne considérait pas son acte comme un exploit. Il était convaincu qu’à sa place, n’importe quel soldat soviétique aurait fait de même. La célébrité est venue à Nikolaï Ivanovitch seulement lorsque Vassili Ivanovitch Tchouikov a relaté son exploits dans les pages du journal Krasnaya Zvezda [Etoile rouge, journal de l’Armée] en 1964 et cet exploit a été à l’origine du monument au Soldat-Libérateur. Peut-être que ce même article était la raison qui a poussé les journalistes allemands du journal «Junge Welt» à commencer la recherche de la petite fille sauvée par Nikolaï Ivanovitch. À la suite de leurs recherches, il apparut que l’acte de Nikolaï Ivanovitch n’était en réalité pas un phénomène unique dans le comportement des soldats soviétiques. Selon le témoignage du journaliste B. Zeiske, 198 personnes ont déclaré avoir été secourues par des soldats soviétiques. Le journaliste Rudy Pschel a publié une photo prise à la fin de 1945 dans une ancienne auberge de jeunesse à Ostrau. La photographie représente 45 enfants allemands, qui ont presque tous survécu grâce aux soldats de l’armée rouge.

 

«Ainsi, rien que dans ce petit coin de la RDA, j’ai trouvé confirmation de ce dont parlaient des dizaines de lettres. Il y avait beaucoup, beaucoup d’enfants qui devaient leur salut aux soldats russes », se souvient Rudy Pschel. Le maréchal de l’Union soviétique, Ivan Stepanovitch Konev, décrit dans ses «Notes du commandant du front» le soldat soviétique: La victoire n’a pas été obtenue facilement. L’ennemi était fort et rusé. D’autant plus grand est le mérite du soldat soviétique – le héros du miracle. Nous lui devons notre victoire. Le mot « soldat » est collectif: il s’agit à la fois d’un soldat du rang, d’un sergent, d’un officier, d’un général ou d’un maréchal – tous les combattants de première ligne et les partisans. La force morale du soldat soviétique manifestée dans la guerre est extraordinaire. Elle s’incarnait dans sa valeur, son courage et son héroïsme. Notre soldat a bravement attaqué l’ennemi, sans hésitation, il s’est engagé dans une bataille meurtrière, ouvrant la voie à la victoire, au nom de la vie sur terre. Il était courageux au combat, sévère et généreux. Et quel dévouement et quel humanisme notre soldat a montré dans la campagne de libération quand il a sauvé les peuples de Pologne, de Tchécoslovaquie, de Roumanie, de Hongrie, de Bulgarie, de Yougoslavie et d’Allemagne du joug fasciste! C’est là que la grandeur de son esprit s’est manifestée. Avec une force remarquable, la noblesse du soldat soviétique vainqueur a été reflétée dans le monument du sculpteur soviétique Evgueni Viktorovitch Voutchetitch au parc Treptow à Berlin.

Photo : Le Maréchal de l’Union soviétique Ivan Stepanovitch Konev

Le poète soviétique George Roublev a écrit un poème sur le monument au soldat-libérateur soviétique:

C’était en mai, à l’aube. La bataille faisait rage sous les murs du Reichstag.

 Une fillette allemande a été remarquée 

Par notre soldat sur le trottoir poussiéreux.  

Sous un pilier, frissonnant, elle se tenait 

Dans ses yeux bleus s’était figée la peur. 

Et les morceaux de métal sifflant 

La mort et le tourment semaient tout autour.  

Alors il se souvint que cet été 

Il a embrassé sa fille dans un adieu.

 Peut-être que le père de cette fille

 A tué la sienne là-bas.  

Et pourtant, à Berlin, sous les tirs

 Le guerrier rampa et la protégeant de son corps

 Cette fille dans sa courte robe blanche Il l’a soigneusement sortie du feu. 

 Et la caressant de la paume de la main Il l’a doucement posée au sol.

 On dit que dans la matinée, le maréchal Konev A rapporté cette histoire à Staline.  

Combien d’enfants ont retrouvé l’enfance

 La joie et le printemps Grâce à l’Armée Soviétique

 L’armée qui a gagné la guerre!  

Et à Berlin, un jour de Fête, Il a été construit pour l’éternité, 

Un Monument au soldat soviétique Avec la fille sauvée dans ses bras.

  Il est un symbole de notre gloire, 

Comme un phare qui brille dans la brume. 

C’est lui, le soldat de mon pays, 

Qui protège la paix sur la Terre.

 

Tout ce qui est écrit ci-dessus peut encore être raconté à la jeune génération en tant que ligne directrice morale dans un monde où nos ancêtres étaient clairement du côté du bien et se sont battus pour un monde lumineux. Ce n’est que lorsque le nom de Staline est mentionné qu’il est nécessaire de faire la réserve invariable que, dans notre pays, tout n’était pas parfait et même non seulement pas bon, mais très mauvais.

 

En regardant la pompe avec laquelle les autorités russes actuelles célèbrent le centenaire d’Alexandre Soljenitsyne, il devient évident que nos enfants se verront bientôt proposer de vénérer d’autres héros. Ceux qui ont combattu sous les bannières nazies et qui sur leurs vestes militaires portaient des insignes aux couleurs du drapeau russe moderne (1). Notre élite dirigeante aussitôt après la mort de Soljenitsyne, par la bouche de ses représentants de haut rang, a déclaré que l’écrivain avait laissé une idéologie conservatrice sur laquelle la Russie se tient et qui est celle du parti au pouvoir, Russie unie. Alors, quelle est cette idéologie, comment notre passé récent se présente-t-il?

Il n’y a pas place ici pour la Victoire du peuple soviétique dans la Grande Guerre patriotique. Comme il ne peut y avoir aucune place pour honorer la victoire contre le mal.

Pour Soljenitsyne, le communisme était le mal ultime et final. Le fascisme, selon Soljenitsyne, n’était rien par rapport à lui.

«Sur toute la planète et dans toute l’histoire, il n’y a pas eu de régime aussi pervers, sanglant et aussi trompeur que le régime bolchevik, qui se faisait appeler « soviétique ».

Ni par le nombre de personnes torturées, ni par l’enracinement dans le temps, ni par la visée historique, ni par le totalitarisme unifié, aucun autre système terrestre ne peut lui être comparé, ni même l’amateurisme d’Hitler, qui a si longtemps obnubilé l’Occident », écrit Soljenitsyne dans l’Archipel du Goulag.

De l’avis du lauréat du prix Nobel, le peuple russe n’était pas seulement asservi par des forces maléfiques venues de l’extérieur, mais il était lui-même prêt à se rendre au « monstre ».

«Si le communisme a pu s’implanter en Russie, à Cuba ou en Abyssinie, cela signifie qu’il y avait suffisamment de gens parmi le peuple de ces pays pour mener à bien ses cruautés, et le reste du peuple ne pouvait pas résister. Et tous (souligné par Soljenitsyne) sont à blâmer à ​​l’exception de ceux qui sont morts en résistant  » (extrait d’un article du magazine l’Express du 15 janvier 1982, »La leçon principale »).

Le peuple russe et les autres peuples de l’URSS, courbés dans la souffrance et dénaturés sous le joug du communisme, dans le « monde » de Soljenitsyne,  ont été victorieux par manque de choix. « Hitler n’a pas combattu le communisme comme un fléau idéologique, mais pour capturer et soumettre les peuples de l’URSS – et le peuple a été contraint de se protéger, de défendre et de sauver le communisme », écrit Soljenitsyne dans l’article « Le communisme à la fin de l’ère Brejnev » pour le journal japonais Yomiuri en septembre 1982.

Si nous prenons comme argent comptant tout ce que l’auteur écrit dans «l’archipel du Goulag», il devient alors absolument incompréhensible que le peuple ait pu vaincre un ennemi puissant. Dans le monde de Soljenitsyne, le peuple russe était impatient de se libérer du communisme, ce que les Allemands étaient censés apporter. Ils ont en effet effectué cette «libération»: le Dr Goebbels ne disait pas mieux.

Photo : Propagande de Goebbels pendant la Grande Guerre patriotique

 

À la suite de ses « recherches », Soljenitsyne en vient naturellement à la conclusion: les héros ne sont pas les esclaves qui ont honteusement préféré le Goulag à Auschwitz, mais ceux qui ont pris les armes et « combattu le communisme »: Vlassov, Krasnov, les polizai, les formations de Bandera, les nazis baltes, etc.

«Je me ferai un devoir de dire: notre peuple ne vaudrait rien, il serait resté un peuple d’esclaves sans espoir, s’il avait manqué dans cette guerre de secouer le gouvernement stalinien même de loin avec un fusil, s’il avait raté l’occasion de jurer contre le vénéré Père» – écrit Soljenitsyne sur le rôle des pro-nazis dans son « impérissable » « Archipel du Goulag. »

Dans le monde de Soljenitsyne, nos ancêtres qui ont combattu le nazisme ont dévasté et violé l’Europe, ils n’ont pas apporté la libération du fascisme avec leurs baïonnettes, mais un mal différent – «l’esclavage du communisme».

Une place. Amoncellement de voitures. 

Ils vivaient richement, ces diables!

 La voilà la FETE DU SOLDAT INCONNU! 

On boit le schnaps au goulot, On bourre les smokings dans des colis

 Que demander à la piétaille?

 Quelqu’un monte une pouliche, Un autre baptise le ciel avec un brandon. 

On rôde, on festoie, on pille. Les visages suent, les visages brillent. 

Dans le feu d’or brûlé, S’écroule le toit de la grange. 

De sous d’autres toits sombres 

Roule de la fumée noire – Ce que nous avons conquis par le sang Nous ne le laisserons à personne! 

Quelqu’un, les mains écartées, 

En courant, attrape des poules, – 

Et partout la pioche élève

Son ajouré gothique. 

Qu’il fait chaud et qu’il fait clair, Comme au soleil 

Comme en plein jour! 

Comment glisser une pioche sous la voûte, Là, sous la fenêtre du haut ?

 Festin et pouvoir! Chaos exultant!

 Rien ne chagrine l’âme! Quelqu’un a enfoncé la porte d’une auberge.

 Et que voit-on–un piano !! Il ne passe pas dans la porte

– et que je Te tape avec une pelle sur les cordes: «Oh, saloperie!

Donc nous Ne t’aurons pas, nous les combattants? Je ne le laisserai pas à Voentorg,

 Au quartier-général et aux intendants! » 

Quelqu’un erre nonchalant, Plein comme un sac et excité,

 Et à grands coups de bâton Casse les vitres bruyamment 

«Où je suis passé, je ne reviendrai pas! Cassez le cristal, émiettez la vaisselle, Que l’on se rappelle le fier jeune homme! 

Bon ou mauvais, Yankee Doodle, Lam-tsa-dritsa! lam-tsa-tsa!

Il tire et tire comme un entrepôt de cartouches,

Les tuiles sur son passage. 

Le long du village brûlé, 

Eclairé par la lumière rouge, Vanka, content de lui

Fait gueuler son accordéon: « Chaaangez-moi quarante millions Et achetez-moi un billet pour Sergatch !! »

Ses doigts courent sur les frettes, Et les vaches meurent 

Gémissant lamentablement. « Mon frère a payé de sa vie, J’aurais pu payer aussi …

“En voiture! Arrêtez les gars! Il y en a encore plus loin !! ..

C’est un extrait du poème Nuits de Prusse orientale de Soljenitsyne. Plus loin, Soljenitsyne décrit comment, au titre de vainqueur, il sollicita les faveurs charnelles d’une femme allemande. Dans le même style, il dépeint tous les soldats soviétiques: «Cela faisait déjà trois semaines que la guerre se déroulait sur le territoire de l’Allemagne et nous le savions tous bien: si les filles étaient allemandes, elles pouvaient être violées, puis fusillées, ce qui représentait presque un exploit guerrier ; s’il s’avérait qu’elles étaient polonaises ou des russes en captivité – on pouvait dans tous les cas les faire se promener nues dans le jardin et leur donner une claque sur les cuisses – une plaisanterie amusante, pas plus « , déclare Soljenitsyne dans l’archipel du Goulag.

Comme notre lauréat du prix Nobel présente une ressemblance touchante avec un autre propagandiste – Joseph Goebbels! «Dans les villages et les villes, toutes les femmes âgées de dix à soixante-dix ans ont été victimes d’innombrables viols. Il semble que cela se fasse par ordre supérieur, car à travers le comportement d’un soldat soviétique on peut entrevoir un système explicite », écrivait Goebbels dans son journal le 2 mars 1945.

Les deux mentent. À la fin du mois de janvier 1945, les commandants du front, Joukov, Rokossovsky et Konev, ont ordonné que le recours à la violence contre la population civile soit interdit. Le comportement que le propagandiste nazi et le flambeau de l’élite russe ont attribué à nos soldats est considéré comme un crime passible de sanctions appropriées. En fait, il y a deux mondes opposés: le monde dans lequel Nikolaï Massalov a vécu et le monde que dépeint Alexandre Soljenitsyne. Dans le monde de Nikolaï Massalov, les Soviétiques se sont portés volontaires pour le front, se sont battus et sont morts pour leur patrie. Dans le monde de Soljenitsyne, ils ont rencontré l’ennemi avec du pain et du sel, se sont volontairement engagés pour la police, ont retourné leurs armes contre leur gouvernement. Lorsque Nikolaï Massalov s’est libéré de l’encerclement pour reprendre le combat, Soljenitsyne a cherché un emploi dans une école d’officier, craignant d’être sur la ligne de front. Lorsque Nikolaï Massalov s’est battu à Mamayev Kurgan à Stalingrad, Soljénitsyne, à l’école des officiers, s’est « exercé à une démarche de tigre» et toléré toutes sortes d’ «humiliations» des instructeurs, juste pour éviter d’être à Stalingrad. Lorsque Nikolaï Massalov s’est battu sur la ligne de front, au sein du régiment de gardes libérant l’Ukraine, Soljenitsyne a apprécié la compagnie de son épouse, qui est arrivée sur les lieux de l’unité militaire avec de faux documents. Lorsque Nikolaï Massalov parcourait la ligne de front avec la bannière du régiment, Soljenitsyne, en Prusse-Orientale, se livrait à ce qu’il a décrit de manière odieuse dans ses poèmes. Nous vivions dans le même monde que Nikolaï Massalov, mais une intelligentsia soviétique, ou plutôt – antisoviétique, nous a transportés dans le monde d’Alexandre Soljénitsyne. Nous avons cru que ce monde n’était pas le fruit de l’imagination malade d’un bâtard haïssant le communisme, mais la réalité. Le gouvernement actuel a besoin de Soljenitsyne comme de l’air. Non seulement pour justifier les actions de ses prédécesseurs, visant à la destruction de l’URSS, mais aussi, et surtout, pour empêcher le renouveau des idées communistes parmi le peuple, ce qui enlèvera inévitablement le pouvoir et la propriété aux nouveaux riches. Par conséquent, il est possible le 9 mai de parler hypocritement de la Victoire, de héros qui ont défendu la liberté et l’indépendance de notre patrie, et de propager tous les autres jours les idées de repentance pour les réalisations de nos ancêtres et d’honorer d’autres « héros » dans la conscience publique.

(1) On ne le sait pas trop, mais le drapeau russe actuel était utilisé par l’armée de Vlassov

 

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Une réponse à “Les héros et le salopard

  1. Jeanne Labaigt

    décembre 14, 2018 at 7:06

    Heu! l’actuel pouvoir « RUSSE » pas soviétique, dans ton incipit.

     

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