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Impressions marseillaises du 8 décembre

09 Déc

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Le matin, la Canebière, les réformés, son petit marché biologique, ses sardines grillées et ses étals de fleurs sont au rendez-vous, visiblement les Marseillais se moquent des mises en garde, je vais déjeuner en haut du cours Gambetta, un burger vegan de choux fleur au oignons et fromage de brebis. J’aime bien cet endroit très bobo mais dont les prix sont modérés et  la patronne est authentique, chez elle on lit le Monde diplomatique et la Marseillaise. Elle déplore la garde à vue depuis plusieurs jours d’un copain qui a ramassé une grenade dégoupillée et qui aussitôt a été alpagué par la police, garde à vue, pas de jugement immédiat, trop d’encombrement, il est en prison. C’est vraiment une erreur de casting, c’est tout sauf un casseur… La patronne rigole et déclare: la prochaine fois ou il évitera de ramasser une grenade ou il la lancera sur les flics.

A propos de la Marseillaise, Amid est arrivé en me tendant le journal, fier comme artaban, il y a une vente de masse et visiblement ça marche vu le nombre de gens qui se baladent avec le journal. Les discussions vont toutes dans le même sens, plutôt favorables aux gilets jaunes et à leurs revendications, certaines femmes plaident pour une entente, j’interviens avec fougue sur le thème: pour le dialogue il faut être deux. Mais là où j’emporte la conviction c’est sur une démonstration venue du fond des âges : « l’ouvrier dépense tout ce qu’il a, c’est grâce à lui que le commerce marche, ces grands capitalistes eux ne peuvent pas dépenser tout ce qu’ils ont ils le planquent hors de France, ils asphyxient le commerce et le pays. Tout le monde doit être solidaire des gens qui réclament de quoi vivre à commencer par les commerçants, mais aussi les autres dont le salaire dépend d’eux. » Là c’est l’unanimité, ça bloque un peu sur les capitalistes, une femme corrige: « le pire ce sont les technocrates, ces gens qui ne vivent pas dans la réalité ». Je lui réponds ça c’est le petit personnel à leur botte, vous vous rendez compte des gens comme le patron de Renault 45.000 euros par jour et il fraude ou encore la famille Mulliez, ils ont tous les supermarchés et ils se planquent en Belgique pour nous refuser la sécurité sociale, le paiement d’une bonne éducation pour les enfants. Personne n’ose contredire ma véhémence mais je sens bien que la dame en a après la technocratie et Macron qui en est le plus beau fleuron.

Il y a là pas seulement l’influence de l’extrême-droite, l’idée que les « élites » auraient pris la place du capital et de son profit mais pas mal d’illusion. L’idée que la France est gouvernée par des gens coupés des réalités, ils ne savent pas ce qu’est la vraie vie. Il faut s’ils comprennent, qu’ils entendent. C’est le reflet de ce monde médiatique qui leur parait à côté de la plaque. L’idée du profit, du cancer financier, de la politique émanant de cette classe impitoyable ne les a pas encore réellement atteint. Même l’idée des 45.000 euros par jour est abstraite, incompréhensible alors qu’un salaire de 7000 euros par mois est excessif. Toute une conception de ce qu’est le capital, sa violence est à reconstruire mais les esprits s’ouvrent devant l’entêtement, le mépris.

Tout est calme, sur la Canebière à côté les gilets jaunes ont tenté une première manif, encore regroupée. Parce que ces gilets jaunes ont une manie, ils se dispersent dans la ville, errent en petits groupes. A 14 heures manifestation pour le climat, se mélangent des gilets jaunes et des écolos déguisés en clowns. Je discute sur le vieux port avec les gilets jaunes, une dame d’une soixantaine d’années qui me dit résider dans le 7e commente: « il y a des minots qui foutent le bordel, ils ne savent même pas ce qu’ils foutent là, ce sont des cons qui n’ont pas de cervelle, on les a écartés et les flics les ont parqués ». Il y a beaucoup de retraités, elle m’explique qu’elle s’en sortirait bien si ce n’était ses enfants. L’aîné est maître d’hôtel, ça va pour lui. Le second est au chômage et sa fille est architecte d’intérieur sans clients, ils vivent chez eux, impossible de payer un loyer. Nous parlons politique, elle n’a rien contre les communistes au contraire, elle avait un beau-frère, un « vrai » communiste me dit-elle, un homme bien… Elle a vu Fabien Roussel et l’a apprécié. Je lui parle des Européennes, de Ian Brossat et du fait que quand les communistes sont forts la vie est meilleure. Tous les gilets jaunes avec qui je parle ressemblent à cette dame, une obsession : on peut pas vivre avec 800 euros, c’est impossible. Je regrette que les communistes ne se mêlent pas plus à eux, ils sont regroupés à partir de 15 heures au Cours julien, pour la manif de Noailles et du logement. Alors que la manif du climat et des gilets jaunes a déjà défilé sur le canebière.

Autre remarque, il me semble qu’il y a moins de gens du département, ils sont restés sur leurs point de rencontre, ceux de la Ciotat ont continué à offrir un péage gratuit. Pour l’essentiel ce sont des marseillais.

Tout à coup, des jeunes gens dont les plus jeunes n’ont pas 12 ans déferlent et commencent à jeter des poubelles, cela part du Vieux port déjà déserté par les manifestants. Je suis sur la canebière quand tous ces jeunes remontent  et la fumée des gaz lacrymogènes commence à envahir l’avenue. Etrange c’est comme la dernière fois quand la jonction devrait se faire entre les deux ou trois manifs, ces jeunes venus des cités sont-ils ceux qui paraissent habitués à la gestion du trafic de drogue, depuis les enfants qui surveillent jusqu’aux grands qui sont beaucoup plus dangereux, mais on ne sait d’où ils déferlent. Quand on sait le rôle que les dealers ont joué à Marseille contre les lycéens, allant jusqu’à les menacer s’ils manifestent, on peut s’étonner de voir ces individus sortis de nulle part qui donnent l’occasion à la police de disperser défenseurs du climat et gilets jaunes (dont par parenthèse deux des leaders sont des africains) avant que la manif sur le logement et les morts de Noailles ait atteint la canebière, on la devine simplement massive dans le cours Lieutaud. Mais pas moyen de l’atteindre l’air devient irrespirable à côté de l’hôtel de police. Des jeunes me disent qu’il faut que je rentre chez moi, cela devient dangereux. Ils m’énervent d’abord parce que pour prendre le métro, celui du Vieux port étant clos, il faut bien que je remonte la canebière et que d’autre part quand ils auront fait autant de manifs que moi, ils pourront me donner des conseils. Avec ma bronchite, je ne suis pas fanatique des gaz mais enfin cette cavalcade de jeunes cons ne me paraît pas de l’ordre de ce qui provoque les grands massacres.

Sur la canebière, je commence à rencontrer des communistes en rupture de ban, ce sont les premiers de la journée en dehors des vendeurs de la Marseillaise du matin. Je suppose qu’ils sont tous à la manif de Noailles comme la semaine dernière. Franchement, je trouve qu’ils devraient discuter avec les gilets jaunes, ils ne demandent que ça. Même s’ils sont en colère contre les « minots » qui n’ont pas de cervelle et fournissent des prétextes aux flics, je ne les ai pas entendus vraiment en colère, bien plutôt indignés devant le déploiement policier, des tanks (voir ci-dessous) pour affronter ce qui ressemble plus à un monôme qu’à une insurrection. Tout le monde ricane sur le moment où cela a lieu, comme la dernière fois pour empêcher la rencontre. Peut-être faudrait-il songer à organiser cette rencontre, un mélange plus tôt dans la journée.

Je rentre épuisée, je n’ai pas arrêté de marcher et j’ai malgré tout un peu avalé des lacrymos. Jje tombe sur le lit toute habillée et je me réveille à une heure du matin, pour écouter Ian Brossat sur LCI. Excellent, direct, pugnace, il est tout à fait en phase avec ce que j’ai entendu toute la journée et il a raison de noter que la dissolution n’est pas l’objectif premier, même si les gilets jaunes criaient avec conviction « Macron démission » et en privé affirmaient « Si Macron ne nous entend pas, c’est que c’est un vrai enc…  »

C’est vrai que macron est devenu la figure qui rassemble toute leur colère, mais ce qui monte est l’impossibilité de vivre… Ian Brossat est tout à fait proche de cette colère, il tranche sur le politicien. Un député LREM qui en fait une tonne dans les bons sentiments et la plaidoirie pour sa catégorie, tente de l’attaquer sur ce qu’il gagne à la mairie de paris et enfin sur l’échec des régimes communistes. Ian a raison de ne pas répondre et de rester sur le sujet, mais on ne m’ôtera pas de l’idée qu’il faut mener un combat résolu contre cette idée de « l’échec » des « régimes communistes », une contre-offensive idéologique s’impose, permanente et sur le fond. Même si ce n’est ni le temps, ni le lieu pour Ian de s’embarquer là-dedans.

Danielle Bleitrach

L’image contient peut-être : une personne ou plus, ciel et plein air

 

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