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En toute franchise : le serrurier, la classe et le parti communiste à Marseille

08 Déc

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Prenez ces quelques réflexions pour ce qu’elles sont, non le fruit d’un pessimisme définitif, mais le constat un peu désabusé d’une vieille dame qui se dit que malheureusement elle ne verra pas le changement espéré dans le lieu où elle vit. Alors que partout une espérance a surgi, elle est condamnée à continuer de subir les effets d’un congrès du parti communiste qui a été verrouillé, un poids de l’inertie dans une ville et un département qui pourtant aspire à autre chose. Le sentiment étrange que rien n’a changé et que l’on n’a toujours pas sa place dans ce parti-là qui n’a rien appris, rien compris et qui continue. Mais lisez plutôt cette anecdote qui dit mieux que moi les possibles.

Hier vendredi je vais déjeuner cher des amis qui s’installent à Marseille. Ils ont un appartement à la Joliette et ils m’expliquent qu’ils ont découvert les mœurs du coin, en particulier trafic de drogue et cambriolage. D’où leur appel à un serrurier pour poser une serrure blindée.

Quelques heures après, un homme d’une trentaine d’années, joyeux et galéjeur, débarque. Mes amis qui commencent à avoir une prévention générale contre tout ce qui touche à Marseille, lui demandent à qui s’adresser s’il s’avère que l’installation ne marche pas. Le serrurier commence à mal vivre ces remarques et leur demande pourquoi ils veulent que cela ne marche pas. Il leur dit « d’où vous êtes? » J’interviens pour la première fois et je dis que je suis marseillaise, des Chartreux. Il déclare que lui il est de saint Jérôme, c’est tout près et il ajoute: « c’est parce que vous êtes marseillaise que vous ne parlez pas comme eux! » Je hoche la tête et je l’interroge, il y a des cartons à transporter dans ma cave, si on lui donne 30 euros, il nous aide pour ce petit déménagement ? Il dit c’est d’accord.

Et à partir de là tandis qu’il travaille le dialogue s’établit autour des gilets jaunes. Il est bien sûr des leurs, ils sont de « sa classe », le patron lui a dit; « c’est ta classe qui fout le bordel ». Et il s’explique, il travaille depuis l’âge de 14 ans, il ne s’en sort plus. Il ne le dit pas à sa femme, mais le midi il ne mange pas pour que le soir avec sa petite fille ils aient un repas un peu meilleur. Les 30 euros seront bienvenus pour offrir un cadeau à sa fille, ce sera son premier gain de la journée, parce que le salaire du patron est mangé très vite et il survit grâce au pourboire. Dans la voiture, il a un gilet jaune et il insiste: c’est « sa classe ». Il a très bien compris la philosophie de Macron et ce qui le meut. Lui n’a rien, mais il contemple méprisant le petit appartement de mes amis et il déclare: « ici c’est tout juste le water de Macron, lui il a tout cet espace pour pisser et vous devez y vivre ». La petite bourgeoisie ne l’impressionne pas, si elle veut péter plus haut que son cul, on la fait payer le double.

Nous nous entendons très vite sur le fond et je lui explique que c’est parce que je suis communiste et là je vois que ça ne lui parle pas. Il ignore qui sont les communistes. Il me dit « vous avez remarqué que ceux des cités ne manifestent pas, ils ont peur qu’on leur enlève ce qu’on leur donne sans travailler », je rétorque que 600 euros pour un couple avec le RSA, c’est pas le pactole. Mais lui insiste, si tu travailles pas, tu perds la dignité de ta classe. A aucun moment il ne sera question des immigrés ou de racisme, simplement de l’assistanat. Puis il hausse les épaules en rédigeant la facture: « de toute manière les vrais coupables se sont les riches, pas ces pauvres types »… Quand je lui parle du PDG de Renault et ses 45.000 euros par jour, sa fraude malgré tout, la famille Mulliez qui s’est réfugié en Belgique pour ne pas payer d’impôt, il n’en croit pas ses oreilles. Il me dit de toute manière, il n’y a rien à attendre des patrons, il faut tout leur arracher.

Je repense au patron qui lui a dit que c’était sa « classe » qui foutait le bordel et à sa fierté. En mai 68, un jeune ouvrier arménien qui zozotait s’était présenté au siège du parti. Il était devenu le délégué syndical et avait établi un cahier de revendications, le patron avait tout accepté mais eux voulaient poursuivre la grève et le patron lui avait dit « tu es un communiste ». C’est pour cela qu’il était venu adhérer.

Tout est là, il n’y a plus de parti communiste pour fédérer la classe. Cela tout à coup donne du sens à ce malaise diffus qui ne me quitte pas. A Marseille il y a la CGT, elle n’a pas hésité à rejoindre les gilets jaunes ou a offrir un service d’ordre aux jeunes lycéens face à la police.

Il faut voir les scores nationaux de la CGT, les scores marseillais contribuent à une victoire nationale, comme d’ailleurs dans le nord, le pas de calais, là d’où on peut espérer un renouveau du parti, avec Fabien Roussel qui nous a incités à aller à la rencontre des gilets jaunes sur des positions de classe il y a aussi de bons résultats. En revanche le département des refondateurs, la Seine saint denis, qui au Congrès a refusé le renouveau a vu la CGT perdre le département. Le 93 a perdu la direction du département, qui paraissait impossible à perdre, comme nous Marseillais les quartiers nord, au profit des socialistes et de leur clientélisme plus ou moins mafieux. Le 93 a perdu au Congrès puisqu’ils s’étaient opposés au Manifeste, comme nous le 13. Maintenant dans le 93 la CGT perd la majorité… et là c’est pas comme nous dans les Bouches du Rhône.

La situation marseillaise est plus compliquée qu’il n’y paraît, la fédération des Bouches du Rhône du PCF est politiquement proche de la Seine saint Denis. La direction fédérale a refusé de fait de reconnaître l’existence d’une forte minorité du Manifeste et, malgré ce, au nom de l’unité du parti et parfois quelques postes aux municipales, s’est attiré les plus faibles. Résultat ont été  envoyés au CN une masse homogène de gens proches de l’ex-direction et des refondateurs. Ce résultat juste majoritaire  avait été obtenu en faisant voter les morts, et en écrémant les délégations dans un deuxième temps. C’est le folklore marseillais. Mais j’ai désormais du mal à accepter la tricherie, parce qu’elle ne fait que reproduire l’élimination depuis 20 ans de  toutes les forces vives, de tous ceux qui plaidaient pour un renouveau de classe. Le parti est le produit de ces victoires à la Pyrrhus du légitimisme allié au refondateurs qui ne croient plus au communisme, même si le mot a été ressorti par tous in extremis.

Avec ce congrès verrouillé  le règne des combinaisons se poursuit et avec lui l’incapacité à mordre sur le prolétariat qu’il s’agisse de ceux qui sont  gilets jaunes comme le serrurier ou celui des cités qu’ils ont abandonnés à la mafia. Ceux de ma cellule que ma section a délégué au conseil départemental, il y a peu disaient que la question sociale en France n’intéressait personne. Ils sont incapables tels qu’ils sont de pratiquer une politique offensive, tout au plus ils colleront à une petite bourgeoisie déclassée qui hante le Cours Julien, et recueille les miettes du « culturel », le saupoudrage qui se raréfie… Comme disait Gramsci quand le crottin de cheval nourrit une volée de moineau…  Mais en revanche, ces « dirigeants »  ne seront pas plus capables, je le sais par expérience d’avoir un langage commun avec la population immigrée des cités comme du centre ville. Ils se referment sur une vision délirante de la société, celle de ces couches-là et sont séduits par un discours aussi confus que celui d’un Rocard jadis, celui des refondateurs, et les plus sophistiqués pimentent ça des thèses de Friot. Cela fait des années que ceux qui soit ont le légitimisme si chevillé au corps qu’il voteront n’importe quoi, soit ce qui revient au même, sont des suppôts de Marie Georges Buffet et de son 1,93% aux présidentielles qui nous obligerait à être modernes c’est-à-dire à nous mettre à la remorque d’un candidat non communiste reflétant les révoltes de cette petite bourgeoisie déclassée, éliminent systématiquement tous ceux qui veulent s’ancrer les pieds dans la glaise et savoir la souffrance ouvrière, sa capacité de lutte. Laissant le syndicalisme révolutionnaire reprendre son autonomie…

Ce que même les bourgeois des médias ont compris, il y en a un qui a eu cette remarque saisissante: la classe ouvrière n’a plus d’unité, faute de s’unir elle a depuis vingt ans vu ses conditions de vie devenir impossibles, chacun se sentait isolé dans sa misère et puis il y a eu les gilets jaunes et ils se sont parlé. D’où la toute nouvelle affirmation de classe du serrurier qui ne peut même pas déjeuner à midi.

Que faire dans une ville comme Marseille, dans ce département quand on est face à cette combativité de classe et que le dernier congrès a mis aux manettes un parti tel qu’il est? Se dire que le légitimisme aidant et le fait que certain vieillards de mon âge auront perdu leur capacité de nuisance… Si j’avais la quarantaine je pourrais toujours rêver à un prochain congrès. Je n’ai plus l’âge de guerroyer contre ces gens-là, subir leurs manœuvres sordides, leurs bourrages d’urnes et j’ai beau me dire qu’ils n’ont eu la majorité que de justesse, je sais à quel point je ne suis pas en capacité de remuer cette force d’inertie, autodestructrice du parti dont la classe ouvrière a pourtant un urgent besoin, dans Marseille et dans les Bouches du Rhône plus que partout ailleurs peut-être. S’il se trouve dans ce parti tel qu’il est la capacité d’évoluer tant mieux et je me réjouis de tout ce qui ira dans ce sens, mais il faudra vraiment qu’il y ait chez mes camarades un profond bouleversement.

Danielle Bleitrach

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3 réponses à “En toute franchise : le serrurier, la classe et le parti communiste à Marseille

  1. Monika Karbowska

    décembre 9, 2018 at 12:29

    Chere Danielle, mais il y a du positif! Depuis que Fabien Roussel est là, l’Humanité donne la parole aux Gilets Jaunes et va dans les manifs alors que juste avant elle les traitait de poujadistes et se moquait d’eux! Fabien Roussel dit les choses, il a meme réussi à aller à la télé… Mais c’est vrai qu’il faut faire plus. J’ai bien discuté avec de jeunes Gilets JAunes du 91, 77, Lille, ils ne savent meme pas qui sont les communistes et donc on du mal à articuler la vision d’une sortie du capitalisme…

     
    • histoireetsociete

      décembre 9, 2018 at 3:54

      chère Monika, je suis totalement d’accord avec toi, aussi bien sur l’aspect nouveau de Roussel et d’autres, que du fait que bien des jeunes gilets jaunes ignorent tout des communistes, ce qui est le produit de la « stratégie » des anciens dirigeants… Mais tu as du mal me lire faute de temps et tu frises le contresens absolu, je parle de la fédération des Bouches du rh^pne, j’ose affirmer que c’est celle qui a mené le congrès pour aboutir aux pires résultats dans l’immobilisme, puisque c’est la seule à avoir envoyé uniquement des représentants de l’ancienne équipe et des refondateurs au CN, alors que le manifeste avait 38% des exprimés (malgré le bourrage d’urne)… Sous prétexte de « préserver l’unité du parti et de refuser les tendances (alors qu’ils s’étaient constitués en tendance contre le manifeste, ces tricheurs ont accompli ce qui ne s’est accompli dans aucune autre fédération, même pas la Seine saint denis, il n’y a pas un seul représentant du manifeste des bouches du rhône au CN, ce sont tous des bons petits soldats de l’ancienne stratégie. de même au Comité départemental, n »y sont présents de fait que ceux qui acceptent l’union sacrée autour des suppots de l’ancienne stratégie et les refondateurs. La formation des militants est confiée à l’une d’entre eux. Donc je parle d’une situation particulière, celle d’un département ouvrier, combatif, avec d’excellent résultats de la CGY et dont le parti est dirigé, animé, dans sa quasi totalité par ceux qui viennent de l’ancienne stratégie et continuent à être incapable de mener autre chose. je te prie donc chère monika ert ce n’est pas la première fois que je t(y invite, lis le sujet avant d’intervenir s’il te plait. ne joue pas les trolls occupées comme tu l’es par l’excitation du moment.

       
      • histoireetsociete

        décembre 9, 2018 at 4:21

        Avis à mes lecteurs

        Je souhaiterais que ceux qui commentent mes textes les lisent avant de faire des commentaires et frisent de ce fait le contresens absolu.

        Qu’il soit d’abord affirmé hautement que je me réjouis des changements qu’a apporté le Congrès aux orientations du PCF, comme je me réjouis des interventions -entre autres- de Fabien Roussel et de Iann Brossat dans les médias, enfin des gens qui ont l’air convaincus de ce qu’ils disent et qui recentrent le discours du parti sur l’essentiel, loin de la politique politicienne.Voilà des gens fiers d’être communistes et le revendiquent au lieu de périodiquement nous inviter à changer de nom. je partage également le souci qu »a eu cette nouvelle direction de ne pas diviser le parti.

        Il n’empêche et je pense refléter l’opinion de quelques camarades qui comme moi tentent de survivre dans des fédérations qui freinent des quatre fers face aux changements. Et la mienne, celle des Bouches du rhône est l’une des pires dans le genre. A un point tel que vu mon âge vénérable et le peu de temps qu’il me reste j’ai décidé de prendre de l’air et de la distance. je conserve ma carte parce qu’ils ne possèdent pas le parti, mais je suis désormais détachée de toute « organisation » et je constate que bien que participant pleinement au « mouvement » qui secoue la france je n’ai pas l’occasion de les rencontrer.

        Donc quand je parle de la direction locale du PCF je parle de la fédération des Bouches du rhône, et en particulier de Marseille et pas de la direction nationale que je soutiens pleinement.

        j’ose affirmer que c’est cette fédération, les Marseillais surtout, qui a mené le congrès pour aboutir aux pires résultats dans l’immobilisme, puisque c’est la seule à avoir envoyé uniquement des représentants de l’ancienne équipe et des refondateurs au CN, alors que le manifeste avait 38% des exprimés (malgré le bourrage d’urne)… Sous prétexte de « préserver l’unité du parti et de refuser les tendances (alors qu’ils s’étaient constitués en tendance contre le manifeste), ces tricheurs ont accompli ce qui ne s’est accompli dans aucune autre fédération, même pas la Seine saint denis, il n’y a pas un seul représentant du manifeste des bouches du rhône au CN, ce sont tous des bons petits soldats de l’ancienne stratégie.

        De même au Comité départemental, n »y sont présents à de rares exceptions près que de fait que ceux qui acceptent l’union sacrée autour des suppots de l’ancienne stratégie et les refondateurs. La formation des militants est confiée à l’une d’entre eux. Donc je parle d’une situation particulière, celle d’un département ouvrier, combatif, avec d’excellent résultats de la CGT et dont le parti est dirigé, animé, dans sa quasi totalité par ceux qui viennent de l’ancienne stratégie et selon moi continuent à être incapable de mener autre chose.

        Cela n’est pas inspiré par le ressentiment mais par le regret de la perte de temps alors que nous avons peu pour reconquérir une population qui a besoin de nous mais dont les jeunes ont perdu jusqu’à la mémoire de notre existence.

        danielle Bleitrach

         

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