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La nuit marseillaise dans une ville que l’on finira bien par mettre sous tutelle et où la grogne monte.

09 Nov

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Hier après des jours et des jours de fièvre, de maladie, j’ai tenté une sortie nocturne. Mon coiffeur un personnage original, avec lequel j’ai des conversations passionnantes parce que c’est un amateur de poésie et de littérature, un homme détestant la bourgeoisie marseillaise, un anarchiste, a décidé de ne coiffer qu’à la nuit. J’ai tenté d’arriver une heure plus tôt, mais rien n’y a fait. Donc je suis allée dans le quartier (le premier arrondissement), du côté de la Canebière et l’Opéra, avant la fermeture des magasins tenter de résoudre mon problème : comment concilier l’usage de la canne avec la protection de la pluie, les déluges marseillais. J’ai fini par trouver la solution avec une cape K way et son capuchon. Dans la boutique, il y avait un homme charmant, retraité depuis 8 mois, amateur de cinéma et nous avons longuement disserté d’abord sur la nécessité de s’adapter à la vieillesse, d’en vaincre les encombrements comme l’usage simultané d’un parapluie et d’une canne.

Puis de là, nous sommes passés à la coupe des arbres de la plaine et l’éboulement de la rue d’Aubagne. De Marseille dont il m’a demandé pourquoi je n’en avais pas l’accent et nous avons échangé nos origines multiples, il était grec et nous avons parlé du KKE, de la résistance grecque, de Yannis Ritsos et de Mikis Theodorakis. Bref de ce qui faisait Marseille, cet afflux méditerranéen… Nous avons discuté de l’effondrement des maisons à proximité. Tout à coup je lui décris cette scène, Gaudin venu contempler l’étendue du désastre, et de ses propos immondes, cette gifle envoyée à un élu marseillais, sur le terrain depuis le début qui partage l’affliction des pauvres gens. Gaudin, lui demandant  s’il n’est pas sous les décombres, mort avec le parti communiste. En bons cinéphiles nous nous voyons tous les deux la même scène, celle de Main basse sur la ville avec Rod Steiger et l’élu communiste napolitain dans son propre rôle. A la seule différence que Rod Steiger représentait la puissance du capital et Gaudin se traine comme un mort vivant. Il se moque de la mort du communisme mais offre le spectacle de sa propre agonie, celle d’un système qui perdure depuis Deferre dont il a été l’adjoint à l’urbanisme sur le seul anticommunisme, l’hostilité aux couches populaires… et l’alliance aujourd’hui entre promoteurs et marchands de sommeil. Les abcès de fixation de la drogue que l’on entretient ailleurs, pas très loin, pour nettoyer un autre quartier que l’on espère ainsi offert à la spéculation. Une population misérable obligée d’accepter les espaces qu’on lui réserve. Nous décidons de nous revoir et peut-être d’aller au cinéma ensemble.

Il m’accompagne chez le coiffeur, ils se connaissent, ils appartiennent à la même tribu, celle des gens curieux, encore indignés, mais qui ne supportent pas Mélenchon, les socialistes et pensent que le communisme c’est foutu… A cause de la nature humaine… Quand je quitte le coiffeur, il me dit le bonheur de parler avec moi, le sentiment qu’il a de se sentir plus intelligent après cet échange et il s’inquiète tout à coup de me voir partir vacillante dans la nuit marseillaise toute seule. Il serait temps qu’il se rende compte de ce qu’il exige de moi avec ses volontés de prima donna… Mais il sait aussi que le  COMPRENDS, que je sais que ce fils du peuple italien, artisan, très macho, parce qu’il rêve d’aimer follement une femme comme de croire en quelque chose, n’a plus que le caprice pour dire son mécontentement, encore une victime de l’eurocommunisme… Un artisan qui sait qu’il a des capacités, un art, un métier et qu’il ne lui reste plus que le caprice…  je me moque de sa sollicitude, et je sens dans son regard qu’il est prêt à laisser tomber le salon… mais je me laisse habiller par les gentilles coiffeuses qui m’ont traitée comme une mamie royale et, comme on dit à Marseille, un peu « empotée ». Je suis comme un gros bébé que l’on enveloppe pour le voyage.

Il est 21 heures et effectivement le quartier de l’opéra, le Vieux port même sont déserts, on croirait être au milieu de la nuit… Y compris sur la place du général De Gaulle, en revanche partout des paquets sur lesquels dorment des SDF. Le métro est plein d’hommes de type syrien, des réfugiés qui reviennent sans doute de travailler au black.

Mon coiffeur lui-même d’origine italienne m’a confié: vous vous rendez compte cette petite italienne venue des Pouilles pour chercher un travail, elle était venue se présenter, une gamine et son corps a été enfoui sous les gravats de ces criminels. Il me conseille un livre essentiel D’Acier, le premier roman de la jeune italienne Silvia Avallone, publié en 2010, il m’explique que cela se passe à Piombino que cela dit tout… de cette lolita déchirée par les pierres, étouffée, de ce monde incroyable… Il aime que je sois communiste même s’il se moque de ma croyance… Il va falloir que je lui parle de la simultanéité de l’apparition de l’art sur la planète… 

je vais aller demain par mes propres moyens au Foyer du peuple à Menpenti pour le Congrès… Ils me prendraient pour une folle si je leur disais que dans le fond si je supporte ces indignes empoignades, c’est à cause de la bonne volonté des membres de ma cellule et la manière dont ils renforcent ma conviction qu’il existe un destin humain, et que partout j’en rencontre des pépites d’insatisfaction par rapport à ce qui est… La discussion entre une vieille dame vacillante et ces petites révoltes passant par notre confiance en l’art quand la politique écœure tout le monde.  Il ne s’agit pas de ces bobos avec leurs philosophes à la mode, creux comme une dent creuse, il s’agit d’honnêtes artisans, ayant encore le goût du métier et à qui il ne reste plus que le caprice pour affirmer leur étrangeté par rapport à ce monde.  Mon argument : vous pouvez dire tout ce que vous voulez, nous les communistes sommes les seuls à concilier lutte pour la sécurité sociale et à faire de la poésie un besoin populaire. En URSS, ils remplissaient des stades avec des amateurs de poésie. Je n’ose m’aventurer sur le terrain glissant de la nécessité d’en finir avec la voyoucratie capitaliste….

Danielle Bleitrach

PS, je veux absomument voir ce film mais pour cela il faut aller la nuit dans le 3 e arrondissement qui est pire que le premier….. Croyez moi l’accès à la culture dans une ville comme Marseille cela devient un sport de combat pour une octogénaire.  Il joue mardi à 19 heures au Gyptis, y at-il des amateurs audacieux?

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Publié par le novembre 9, 2018 dans CINEMA, Marseille, POLITIQUE

 

Une réponse à “La nuit marseillaise dans une ville que l’on finira bien par mettre sous tutelle et où la grogne monte.

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