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Nous sommes tous des « légitimistes »

04 Oct

L’image contient peut-être : plante, fleur, maison, plein air et nature

Bien des camarades se plaignent quand je les désigne comme légitimistes et ils y voient du mépris, la dénonciation de leur incapacité à faire et penser autrement que dans le suivisme du chef, c’est une erreur et comme je suis, selon le mot de Rousseau, un esprit à paradoxes plutôt qu’à préjugés, je voudrais vous expliquer que ce qualificatif nous concerne peu ou prou tous.

Je me crois moi-même légitimiste, c’est d’ailleurs ce qui me rend souvent inefficace parce que je ne supporte pas les combats internes. Mais je suis tout à fait consciente d’être comme mes camarades un produit historique et donc qui doit nécessairement conserver et abolir, me dépasser.

D’abord disons qu’il y a peu ou pas de parti communiste autre le PCF qui connaisse une telle caractéristique ou la pousse jusque là. Staline lui-même disait qu’il y avait dans le PCUS une gauche et une droite. Je me souviens de la stupéfaction de mon camarade cubain devant nos ralliements. Il me disait: « que l’on ait peur de Staline, que l’on vénère Fidel Castro, au point de ne pas manifester d’opposition, cela peut se comprendre, mais Robert Hue?  »

Je pense que c’est à Thorez que nous devons ce trait, il fut la manifestation d’un grand dirigeant capable à la fois de bénéficier de ses origines populaires, de les revendiquer et de le faire en lien avec le génie, la culture française, le tout en tant qu’internationaliste convaincu. Il s’agissait de ce qu’on appelait « l’esprit de parti », la nécessité d’unir les composantes hétérogènes du PCF. Le fait que ce parti a su rassembler des vieux républicains, des pacifistes, des syndicalistes révolutionnaires surtout, cela nécessitait qu’il soit insisté sur l’unité et sur « l’esprit de parti ». Il fallait se nourrir de la combativité de classe alors que celle-ci était traditionnellement fondée soit sur le blanquisme, soit sur le syndicalisme révolutionnaire qui méprisait les partis et le faire en créant une unité nationale dans un lien étroit avec l’international.

C’est d’ailleurs pour cela que je me félicite de l’innovation qu’a constitué le Manifeste pour un parti du XXIe siècle, c’est cette diversité assumée dans la recherche d’une perspective commune qui a fondé ce rassemblement et je crois qu’il a de ce fait inauguré un processus original.

Aujourd’hui avec l’affaiblissement du PCF, toutes les différences d’approche du combat révolutionnaire surgissent et je crois que soit on en fait une richesse soit le parti est condamné. Ce que je ressens est aussi à la base des réactions légitimistes et ne doit donc pas être méprisé, simplement ce qui me distingue d’un certain légitimisme est que je pense que l’esprit de parti doit être reconstruit à partir de la réalité d’aujourd’hui et de nos tâches, c’est le but d’un congrès extraordinaire, nous conduire vers une perspective révolutionnaire dans laquelle nous nous rassemblerons.

Le PCF a été une construction originale à partir de ce que Marx a si bien analysé dans la lutte des classes en France, cette volonté de la classe ouvrière de diriger elle-même ses combats, ce qui n’allait pas sans mépris à l’égard des politiques, alors que la nécessité était pourtant de prendre le pouvoir politique. Souvenez-vous de la manière dont Monmousseau, le syndicaliste, refusa longtemps d’adhérer au parti communiste. Ce fut Lénine lui-même qui l’a convaincu et dans son « autobiographie du parti », ce que chaque cadre rédigeait il écrivait en 1930: « j’ai fait mes études à l’école primaire jusqu’à l’âge de 11 ans. Je n’ai reçu aucune instruction politique, je me suis instruit moi-même en lisant des livres. J’ai lu des ouvrages philosophiques et scientifiques dès ma sortie de l’école: Kropotkine, Elisée Reclus, Bakounine, Louis Buckner, Darwin, etc (…) j’ai suivi les divers groupes anarchistes jusqu’en 1916. je suis membre du Parti depuis 1925 par décision de l’Internationale communiste après avoir milité à la tête de la CGTU, comme sympathisant depuis 1927 ». Cette dimension forte du PCF a toujours existé et aujourd’hui je crois qu’elle s’exprime par le refus de notre coupure avec l’entreprise autant que par l’exigence d’un parti qui soit un lieu de formation, de lutte idéologique. Elle est à la fois autonome et craint comme la peste les divisions dont elle n’ignore pas l’arme qu’elles constituent aux mains du patronat.

Comment Aragon, le plus grand écrivain du siècle pétri de tout ce que la France a produit d’excellence y compris un Barres, autant qu’un Lautréamont, le romantisme et le surréalisme, peut-il former l’union avec ce courant et quel rôle joue la Russe juive qu’il aime? Qu’est-ce que la nation, sa langue, sa culture dans une relation élargie à l’internationale? Quelles sont ses racines, relisez la semaine sainte et le fou d’Elsa, à propos du colonialisme…

Ce sera Maurice Thorez qui a dû mettre à terre la secte qui s’était emparée du parti et l’avait réduit au néant qui est plus ou moins l’inventeur de ce qui va s’imposer comme le creuset de l’unité, à savoir l’esprit de parti. Ceux qui refusent que l’on attribue au chef les erreurs et revendiquent leur part dans cette erreur sont aussi les héritiers de ce trait qui nous distingue de toutes les autres formations et que nous devons préserver, mais pas au prix de la sclérose.

L’esprit de parti est le contraire de la caricature du suivisme derrière le chef. « L’esprit de parti » met au contraire sur un pied d’égalité le militant de base et le dirigeant. Il permet au simple militant de juger celui qui y déroge, il fait de chacun le responsable de la ligne suivie.

Maurice Thorez va incarner cet esprit de parti puisqu’il joint (comme Monmousseau) à des origine populaires un ensemble de compétences intellectuelles acquises de manière autodidacte ou à l’intérieur du parti par les écoles et aussi par le contact avec des intellectuels qui deviennent tous égaux et forment tous ensemble « un intellectuel de type nouveau ».

La légitimité du secrétaire tel que l’incarne alors Maurice Thorez a un triple fondement, celui des militants, celui de l’internationale communiste essentiellement l’URSS et celui du groupe dirigeant autour de lui. Il suffit de relire Fils du peuple pour voir l’extraordinaire cohérence de ce qui est donné à la France comme le symbole du meilleur d’elle-même, de sa tradition révolutionnaire.

Le danger c’est quand dans un parti amoindri, devenu l’ombre de lui-même par asphyxie cela devient un simple réflexe alors que ce devrait être une essence vivante de ce que nous sommes, pas des arrivistes faisant carrière mais des gens prêts à se sacrifier pour la justice, la paix. Il y a déjà une évolution depuis le début de ce congrès, mais il y a au moins deux questions essentielles pour que soit reconstruit le parti, son unité ce sont à mes yeux (d’autres privilégient d’autres dimensions), le lien avec l’entreprise, ne plus être coupés du lieu de la lutte des classes et de l’innovation dans ces temps de transformation des forces productives. Il y a également le rôle renouvelé de l’internationalisme pour reconstruire notre identité nationale mise à mal.

Je vais tenter de développer et d’analyser tout cela qui fait partie de mes mémoires (le titre pour le moment est l’imparfait du subjectif), parce que l’esprit de parti c’est cette distance recherchée sans cesse entre la subjectivité et l’engagement militant, mais je voulais une fois pour toutes faire comprendre à mes camarades que ce travail sur ce qui fonde ma fidélité à leur idéal existe y compris quand je parle de leur « notre » légitimisme. Le fait que nous soyons tous d’accord sur la nécessité de demeurer tous unis quel que soit le résultat de nos votes. Si je crois à l’urgence d’un tel vote, je crois aussi que nous sommes dans un processus qui va tous nous travailler.

Danielle Bleitrach

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4 Commentaires

Publié par le octobre 4, 2018 dans Congrès du parti 2018, POLITIQUE

 

4 réponses à “Nous sommes tous des « légitimistes »

  1. etoilerouge

    octobre 4, 2018 at 9:58

    Excellentes précisions.
    L’absence du léninisme dans ta réflexion me semble aussi un oubli propre à tous les communistes français provenant de tout ce que , depuis l’abandon de la dictature du prolétariat sans aucune réflexion théorique ni pratique , du marxisme léninisme et de l’organisation en centralisme démocratique ( fin des années 1970), depuis cela , chacun peut constater un affaiblissement permanent du parti.
    Robert HUE, qui a trahi tous les communistes et le parti n’a pu agir seul. Une direction lui est assimilée.
    C’est à ce moment là le coup de grace avec la fin des cellules c’est à dire le refus de la lutte des classes là où cette lutte est permanente, conséquente. Hors sans pensée révolutionnaire ( Marx, Lénine et tous les autres) reste les luttes restent alors de l’ordre de la confusion , de la simple et fade contestation, de l’inconscient, et défaites en permanence .
    A disparu avec cette orientation catastrophique et manifestement favorable au patronat le plus violent, au fascisme, la nécessité de maintenir la priorité à la classe ouvrière ce qu’étaient les dirigeants Monmousseau, THOREZ, MARCHAIS et ce que n’ont jamais été les LAURENT( le fils de son père) et tous ceux qui se succèdent depuis le congrès de Martigues.
    Comment prétendre mener un combat de classes sans organisation dans les entreprises, les ministères, la police et l’armée?
    Le centralisme démocratique fut la période où le parti eut les discussions et les ACTIONS les plus riches et les plus fortes. Certes toute forme d’organisation à ses limites, Le centralisme démocratique aussi mais plutôt que de jeter le bébé avec l’eau du bain il fallait peut-être voir ses limites, lesquelles n’ont pas été dépassées par sa disparition et le retour à des formes dignes de la seconde internationale, des chapelles, des tendances qui ne se parlent absolument pas comme on le voit. C’est pire puisque le résultat est là et il est catastrophique.
    Les PC dans le monde vivent et même se développent, les PC mutés, social démocratisé ne peuvent avoir d’avenir car les changements sociaux demandent bien autre chose que des mouvements( FI) manipulateurs des masses, ou des sociaux démocrates( PS toutes formes, tout attrappe nigaud) condamnés à l’alignement permanent sur les capitalistes quand ce n’est pas à ouvrir la porte au fascisme comme l’histoire l’a montré.
    Bref le temps est compté au peuple de France et sa classe ouvrière et donc aux communistes s’ils veulent le rester ou le redevenir.

     
    • histoireetsociete

      octobre 4, 2018 at 10:42

      mon cher Etoile rouge, fais attention tu commences à avoir un comportementy de secte dont la seule finalité est de s’occuper du pCF auquelle elle n’appartient et d’intervenir sur un sujet qui donc ne la concerne pas, ce qui m’est insupportablde… occupe toi plutôt de Melenchon puisque c’est là celui à qui tu trouves toutes les vertus… Si tu savais lire tu aurais lu la référence déterinante à Lénione avec Mon Mousseau. Mais tu ignores tout de cet épisode pourtant central et que Monmousseau cite lui aussi en disant que c’est par ordre de l’internationale qu’il est devenu membre du PCF. C’est toute la questions de la dictature du prolétariat qui est posée dans cette brêve référence et dans tout le texte…excuse mon acrimonie mais quand je vois des gens intelligents que j’estime et que j’ai toujours considéré comme des communistes à part entière se conduire aussi stupidement en ce moment, cela me navre et je préfère ne pas avoir de contact… mais ça passera et on connaîtra certainement des combats communs, alors par pitié préservons l’avenir et allez porter vos analyses à la France insoumise, ils en ont bien besoin…

       
      • CCCP-Trégor

        octobre 4, 2018 at 4:18

        Je ne voie pas où « Etoile rouge » est un laudateur de Mélenchon. N’écrit-il pas « les changements sociaux demandent bien autre chose que des mouvements (FI) manipulateurs des masses. »

         
  2. CCCP-Trégor

    octobre 4, 2018 at 3:42

    « Je me crois moi-même légitimiste, c’est d’ailleurs ce qui me rend souvent inefficace parce que je ne supporte pas les combats internes.  »
    Face à l’alliance du clan Pierre Laurent et des « liquidateurs » du texte N°2 qui va permettre d’aller tjrs plus loin dans l’effacement du PCF (et même sa disparition à terme), il faudra bien faire quelque chose, autre que « l’esprit de parti ». Les communistes qui tiennent à l’existence d’un PC marxiste indépendant devront bien affronter la « droite » du PCF.

     

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