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Guennadi Ziouganov: Nous nous sommes battus pour la patrie soviétique

23 Sep

Ce texte traduit par Marianne est fondamental, il devrait être distribué à chaque communiste dans ce temps de Congrès extraordinaire pour qu’il dépasse le grand traumatisme qu’à été pour notre parti l’effondrement de l’URSS et surtout l’idée erronée qu’il ne s’est trouvé personne pour défendre la patrie du communisme. Je vais donc le laisser quelques jours seul sur cette page pour que vous ayez le temps de le lire et de le diffuser autour de vous ( note de Danielle Bleitrach)

Aujourd’hui, les journaux Pravda et Sovetskaya Rossiya publient un texte du chef du Parti communiste de la Fédération de Russie, Guennadi Ziouganov « Nous avons combattu pour la mère patrie soviétique », consacré au 25ème anniversaire des événements tragiques de l’automne 1993.

2018-09-21

https://kprf.ru/party-live/cknews/179077.html

Nous approchons d’une date importante dans l’histoire de notre pays. Un quart de siècle s’est écoulé depuis le terrible crime commis par le régime Eltsine. En octobre 1993, à Moscou, le pouvoir soviétique, le pouvoir populaire, a été abattu à coups de canons. Pour la jeune génération d’aujourd’hui, seul un écho lointain d’une grande tragédie se fait entendre. Mais pour ceux qui ont été des participants et des témoins de ces événements dramatiques, ils ne tomberont jamais dans le passé, la douleur ne cessera pas, ni les blessures ne guériront.

Pour justifier leur atrocité, les criminels qui ont commis ce coup d’état ont nommé tous ceux qui défendaient la Constitution soviétique, les communistes et les patriotes, des «rouges-bruns». Les personnes qui ont commis le massacre dans le centre de la capitale russe ont affirmé avoir ainsi sauvé le pays. Cependant, le temps a tout mis à sa place. Maintenant, nous comprenons que le soulèvement populaire a été réprimé par les oligarques, les traîtres, les voleurs et les escrocs, et le grand perdant ce n’est pas seulement notre peuple, mais aussi les travailleurs du monde entier.

En réfléchissant aux causes de ce qui s’est passé en ces jours terribles, nous nous demandons: quand tout cela a-t-il commencé? Quand le Rubicon a-t-il été franchi? Quand la violence est-elle devenue inévitable?

Aujourd’hui, même des gens éloignés des idées de la gauche patriotique reconnaissent que l’effondrement de l’Union soviétique a été une tragédie à l’échelle mondiale. Cependant, les auteurs de la trahison monstrueuse cherchent constamment une excuse pour leurs actes. Les politiciens libéraux et leur service de propagande prétendent que personne n’a protesté contre l’effondrement de l’URSS. C’est un mensonge évident. Oui, en effet, les citoyens de l’Union soviétique n’étaient absolument pas préparés à un tel tour des événements. Pris à l’improviste, abasourdis par ce qui s’était passé, ils ne comprirent pas immédiatement l’ampleur gigantesque de la tragédie. Mais le gouvernement « démocratique » a rapidement montré de qui il était le valet, et les gens sont sortis de leur stupeur.

 

Les premières actions de protestation organisées par « Russie laborieuse » ont eu lieu en novembre-décembre 1991. Dès le début de 1992, le mécontentement est devenu massif et s’est soldé par une puissante manifestation, le 23 février (1) à Moscou. Il était dirigé par les communistes et les vrais patriotes de la Russie. Le gouvernement effrayé, qui ne s’attendait pas à une rebuffade aussi décisive, a eu recours à des moyens sévères pour réprimer la protestation. Sur la tête des manifestants, parmi lesquels il y avait beaucoup de vétérans de la guerre, les détachements d’OMON ont fait pleuvoir les coups. Le déferlement de violence policière dans la rue Tverskaya n’avait été provoqué par rien, il était apparemment sans objet et n’avait qu’un seul objectif: intimider les indisciplinés, briser leur volonté. Cependant, le résultat a été complètement inverse. Le peuple n’a pas tremblé, les combattants contre le régime se sont soudés.

Dès le 17 mars, à l’occasion du premier anniversaire du référendum sur la préservation de l’Etat soviétique (2), un « véché » (3) populaire s’est réuni à Moscou avec plusieurs milliers de personnes. Par le nombre de participants, il dépassait tous les rassemblements des libéraux. La place du Manège était pleine à craquer. C’était la réponse civile des forces patriotiques de gauche à la destruction perfide de l’unité du pays.

Mais les nouveaux « maîtres de la vie » n’avaient nullement l’intention d’écouter la voix du peuple. En réponse aux manifestations pacifiques, ils ont préparé un scénario de force pour la suite des événements. C’est le pouvoir du capital qui a sciemment poussé à l’escalade de la violence. Le saccage de la ville de tentes qui manifestait devant le centre de télévision Ostankino, accompagné de brutaux passages à tabac de personnes pacifiques, en est la preuve. Un cynisme particulier s’est manifesté par le fait que l’action punitive a eu lieu à l’aube du 22 juin (4).

 

Pendant ce temps, le processus de pillage de la richesse nationale battait son plein. Il fallait à tout prix mater la protestation populaire.

 

Le décret publié par Eltsine en mars 1993 sur l’établissement d’un ordre spécial pour gouverner le pays – le fameux OPUS – est une nouvelle tentative de coup d’État. Mais cette manœuvre a échoué. Il était plus facile de publier un décret que de s’opposer à la Constitution, au Conseil suprême et à l’opinion du peuple. En réponse à cet acte illégal, des milliers de partisans des communistes et de patriotes ont rempli la place du Manège. Et avec leur soutien, les députés du peuple ont remis Eltsine à sa place. C’est alors que la clique dirigeante a réalisé qu’il ne serait pas possible d’arrêter la protestation populaire par une simple magouille, en concoctant un décret bidon.

Le référendum lancé à la hâte par Eltsine, le 25 avril 1993, devait lui libérer les mains: donner le « feu vert » à la dissolution du Soviet suprême. Mais malgré la propagande massive, le résultat souhaité n’a pas été atteint. Les gens se sont prononcés contre le renvoi du parlement.

Et alors ont commencé les préparatifs pour des scenarios d’un genre tout différent. Beaucoup ont alors tenté de comprendre pourquoi Eltsine avait besoin d’une effusion de sang et d’une dégradation délibérée de la situation politique intérieure. En effet, la situation dans le pays était déjà affreuse: crise économique, inflation galopante. Il est maintenant évident pour la plupart des gens que le « démocrate » Eltsine ne pouvait exister en politique que dans des conditions de despotisme illimité. Et obtenir cette situation n’était possible que par la violence. Il fallait faire couler le sang pour traverser la ligne. Pour faire apparaître lesquels des siloviki (5) étaient prêts à commettre des crimes sur ses ordres. A goûter l’impunité et la permissivité. C’est ainsi qu’est née la tumeur cancéreuse des « années 90 ».

 

Sa soif illimitée de pouvoir, à laquelle les députés du peuple formaient obstacle, le poussait à de nouvelles cruautés. Eltsine cherchait les bonnes personnes pour un coup d’État et les mettait à l’épreuve « sur le tas ». Le 1er mai 1993, une manifestation fut matraquée à nouveau près de la place Gagarine à Moscou. Ses participants étaient accusés d’avoir tenté d’aller jusqu’au Kremlin, alors même que les gens allaient dans la direction opposée: de la place d’Octobre vers l’avenue Lénine. Ensuite, des dizaines de manifestants ont été blessés, pour la première fois on a entendu parler de personnes disparues.

 

Le talon d’Achille des forces patriotiques de gauche était le contrôle du mouvement de protestation. C’est avec beaucoup de difficulté que nous avons surmonté les conséquences de la trahison des dirigeants du PCUS. Seulement moins d’un mois avant l’OPUS, le Parti communiste avait retrouvé une forme d’organisation. Les forces nationales patriotiques et de gauche se sont unies dans le Front de salut national. Mais tous autant que nous étions, des dirigeants aux militants de base, nous n’avions toujours aucune expérience d’une lutte politique dure.

 

Des milliers de membres et de partisans du Parti communiste ont reçu leur formation en 1993. Ils se tenaient sur les barricades, combattaient contre les miliciens et les mercenaires qui avaient violé leur serment. Lorsque les dirigeants du parti ont pris conscience de l’intention de massacrer les défenseurs de la Maison des Soviets et que ni le ministère de l’Intérieur ni les militaires n’empêcheraient la junte d’Eltsine, il a été décidé d’appeler les gens à quitter les barricades. Mais notre peuple est ainsi : peu de personnes dans la nuit du 3 au 4 octobre ont eu le cœur à quitter leur poste.

 

Cependant, avant cette nuit terrible, il s’est produit encore beaucoup de choses. Le 21 septembre, Boris Eltsine a piétiné l’actuelle Constitution soviétique. Le décret n ° 1400 sur la « Réforme constitutionnelle par étapes » était à peine annoncé que des milliers de citoyens ont commencé à affluer à la Maison des Soviets [au bord de la Moskova ; on dit aussi « Maison blanche »]. C’était une véritable auto-organisation. Personne ne les avait appelés, personne ne construisait encore de barricades. Les députés du Soviet suprême dans la majorité sont également venus au parlement et, lors d’une réunion d’urgence, ils ont rapidement décidé de démettre Eltsine et de nommer président par intérim, Alexander Routskoï. Un gouvernement alternatif a été créé. La Cour constitutionnelle s’est prononcée également, déclarant que les actions d’Eltsine étaient illicites.

 

Les autorités ne s’attendaient pas à devoir affronter une résistance aussi obstinée et à ce que le peuple soutienne le Soviet suprême de manière aussi massive. Par conséquent, dans les trois premiers jours les défenseurs de la Constitution ne rencontrèrent pas d’opposition sérieuse. Cependant, le quatrième jour, tout a basculé. Les approches de la Maison des Soviets étaient entourées par des fils de fer barbelés, des barricades constituées de machines à arroser ont été installées. C’est le pouvoir qui a dressé la première barricade. Elle était défendue par des gens vêtus d’uniformes de police ou en civil, mais tous portants des casques, des gilets pare-balles et des armes.

 

Plus la confrontation se poursuivait, plus les cordons des siloviki étaient nombreux. En même temps, le nombre de sujets armés étranges en civil parmi eux a augmenté. Tard dans la soirée du quatrième jour, il y a eu beaucoup d’événements. Les Moscovites qui se dirigeaient vers la Maison des Soviets ont commencé à être interceptés et même battus. C’était l’œuvre d’une étrange « armée », que les gens appelaient des punisseurs.

 

Ce soir-là, il y a eu une tentative d’occuper le bâtiment du parlement et de réprimer la résistance. Cependant, cela a échoué. Le bataillon de troupes de l’intérieur, qui avait été transféré à la station de métro Barrikadnaya, n’a pas voulu marcher contre le peuple. C’étaient des appelés du contingent, en fait, des garçons encore soviétiques qui n’étaient pas prêts à tabasser et à tuer ceux qu’on leur désignait. Une colonne de camions avait été entourée de milliers de femmes venues défendre la Constitution et le parlement du peuple. Elles ont littéralement supplié en larmes: « Les garçons, ne tirez pas! » Et les soldats émus ont exécuté les ordres des mères. Des témoins oculaires nous ont parlé des officiers confus, qui se pressaient parmi les véhicules militaires et qui criaient apeurés: «C’est tout! c’est tout! Nous partons!  »

 

Eltsine et sa camarilla ont tiré des conclusions de ce qui s’est passé. Le lendemain matin ont commencé des tabassages en règle des  manifestants par des punisseurs. Des centaines de personnes ont été blessées et certaines estropiées. Parmi les blessés se trouvaient des députés, dont Viktor Alknis, grièvement blessé. Les défenseurs de la Maison des Soviets étaient divisés en deux groupes: ceux qui se trouvaient à l’intérieur du périmètre et ceux qui étaient à l’extérieur. Les premiers ont commencé à ériger des barricades.

Les députés du Soviet suprême, le conseil municipal de Moscou et les conseils de district de Moscou ont tenté d’agir, ils ont activement cherché un moyen de sortir de la situation critique, en comprenant son caractère explosif. Mais, contrairement à Eltsine, ils n’aspiraient pas à franchir la ligne. Ils n’ont pas pressenti la différence entre le Comité d’État pour l’état d’urgence [en août 1991, NdT], dont les membres n’envisageaient en aucun cas un bain de sang, et les extrémistes libéraux dirigés par Eltsine.

Les organisateurs du coup d’Etat jouaient le tout pour le tout, ils ne voulaient pas de compromis. Ces prédateurs étaient parvenus au pouvoir et n’avaient pas l’intention de le redonner. Ils avaient déjà commencé à se partager la propriété publique. Les élections, les lois, la volonté des gens ne les intéressait pas. Pour sauver leurs capitaux volés, ils étaient prêts à tuer. C’était le véritable visage de la contre-révolution, caché sous l’apparence de «démocratie».

 

Surmontant la confusion des premiers jours, Eltsine et ses complices ont mené l’affaire vers le bain de sang. Toutes les forces constructives du pays aspiraient à des négociations, dans lesquelles l’Église orthodoxe était prête à servir de médiateur. Mais si pour certains, c’était une chance d’éviter une escalade de la violence, pour d’autres, c’était juste un moyen de gagner du temps.

A cette époque, beaucoup de choses se sont décidées dans les rues de Moscou. Les défenseurs ordinaires de la Constitution soviétique ont parfois fait beaucoup plus que ceux qui, par le fait du hasard, les conduisaient et qui n’étaient pas prêts pour cette épreuve. On ne peut pas les appeler de mauvaises personnes, mais une bonne personne, comme on dit, ce n’est pas un métier. Ils n’ont pas su se saisir de la chance que les initiateurs du coup leur avaient pour ainsi dire offerte sur un plateau.

 

Dans les derniers jours de septembre, l’écrasement des partisans du Conseil suprême a pris un tour vraiment brutal. Le 29 septembre, Alexander Solokha, 54 ans, docteur es sciences physiques et mathématiques, un scientifique et enseignant talentueux, faisait partie des blessés. Il est mort à l’hôpital le 7 octobre. Les victimes étaient également des passants au hasard. L’un des plus terribles passages à tabac a eu lieu près de la station de métro Pouchkinskaya, lorsque des manifestants et des personnes rentrant du travail ont été ensemble refoulés dans le métro et frappés à la matraque sur les escalators.

 

En dépit de la terreur déchaînée, les actions de protestation du peuple n’ont pas cessé, mais se sont au contraire intensifiées. Le samedi 2 octobre, la place Smolensk en est devenue le centre. Des tentatives ont été faites pour y organiser un rassemblement. Les gens ont été impitoyablement battus. Mais ils n’ont pas baissé les bras. Les nervis de la junte ont été repoussés et le peuple a rapidement construit une douzaine de barricades. Les punisseurs ne pouvaient pas les franchir. Les participants à ces affrontements se sont dispersés vers minuit, mais ils ont senti que la balance penchait dans l’autre sens. Beaucoup avaient l’espoir que le putsch échouerait.

Le dimanche 3 octobre a été le point culminant du soulèvement populaire. Dès le matin, les siloviki ont réprimé toutes les tentatives des citoyens de former des rassemblements. Cependant, le nombre de personnes réunies sur la place d’Octobre grandissait sans cesse. À un moment donné, toutes les barrières et cordons se sont trouvés encerclés et isolés les uns des autres, ils devinrent des îles dans la mer des manifestants. Une foule de personnes remplit la place et se dirigea vers le pont de Crimée le long du boulevard circulaire.

Il existe de nombreuses allégations selon lesquelles les manifestants auraient eu la permission de franchir librement toutes les barrières. Mais la mémoire humaine est soutenue par des photos et des chroniques vidéo. Une rivière humaine coulait le long de la Ceinture des Jardins, qu’aucune force ne pouvait retenir. Lorsque la tête de la colonne a atteint la station « Parc de la culture » [parc Gorki, NdT], il y avait encore des milliers de personnes sur la place d’Octobre. Rendus furieux par les jours de terreur précédents, les manifestants ont brisé toutes les barrières du pont de Crimée et de la place de Smolensk, ainsi que la dernière barricade de l’ancien bâtiment du Comecon. Une heure plus tard et le blocus de la Maison des Soviets avait disparu.

 

Et là, ceux qui dirigeaient les manifestants ont été victimes de leur euphorie prématurée. Ils ne pouvaient pas évaluer correctement la situation. Et cela a eu des conséquences tragiques. La protestation populaire, auto-organisée, avait presque fait basculer le rapport de forces. Cependant, tout ce qu’ont réussi à imaginer les « dirigeants » de la Maison Blanche était d’envoyer les insurgés au centre de télévision Ostankino, où ils étaient attendus par une embuscade armée bien entraînée. L’aboutissement de cette campagne insensée fut une fusillade sans pitié par les forces spéciales du ministère de l’Intérieur. Ont été tuées, selon les estimations les plus prudentes, 45 personnes. C’était un massacre dans lequel les gens étaient abattus pêle-mêle, sans distinction. Ainsi, parmi les morts se trouvait le journaliste irlandais Rory Peck, opérateur de la chaîne de télévision allemande ARD. Natalia Petoukhova, âgée de 19 ans, blessée par plusieurs balles, a été achevée par un tir dans la nuque. Toute la nuit, les blessés d’Ostankino ont été transportés à la Maison des Soviets et à l’Institut Sklifossovsky.

 

À l’aube du 4 octobre, le massacre des défenseurs de la Chambre des Soviets a commencé. Les médias officiels appellent toujours cela un assaut, mais en fait, c’était une exécution. Il n’y avait pratiquement pas d’armes du côté des défenseurs, hormis quelques fusils abandonnés par des soldats et des policiers. Et l’enquête ultérieure de la commission parlementaire a montré qu’aucun des siloviki n’avait été tué par balles. Le bâtiment aurait pu être investi en une heure, mais au lieu de cela, ils ont organisé une action punitive démonstrative, à laquelle Eltsine tenait tellement. Et ses mécènes américains ont organisé une émission en direct sur la chaîne CNN pour montrer au monde entier notre tragédie nationale.

 

Il subsiste à nos jours de nombreux témoignages des brutales exécutions extrajudiciaires qui se sont poursuivies lorsque des défenseurs de la Constitution survivants ont commencé à quitter la Maison des Soviets. Les gens étaient tués de la même manière que dans le Chili de Pinochet: sur des terrains de hockey, sous les portes-cochères, au pied du mur des « Trois Collines » historiques, au stade « Krasnaya Presnya ». Et au-dessus de la capitale, comme un héraut des maux futurs crachait un épais nuage de fumée noire le bâtiment en flammes d’un parlement élu par le peuple.

 

Il n’existe pas d’informations fiables sur le nombre de victimes du coup d’État, bien que vingt-cinq ans se soient écoulés. Il n’y a que des données de commissions parlementaires concernant 130 morts et plusieurs centaines de civils blessés, mais la plupart d’entre eux n’ont pas été tués dans les murs de la Maison des Soviets. Donc, nous devons encore obtenir la vérité sur le nombre réel de victimes.

 

Le lieu des exécutions au stade « Krasnaya Presnya » est presque immédiatement devenu un mémorial populaire. Pour cacher les traces du crime, qui étaient trop clairement visibles sur le mur de béton, celui-ci a été rapidement démoli sur ordre du chef de la sécurité d’Eltsine, Korjakov.

 

Tout cela est histoire, mais seulement en partie. Après 25 ans, nous pouvons et devons parler des conséquences du coup d’Eltsine et du massacre de la Constitution et de ses défenseurs. L’usurpation du pouvoir par Eltsine a donné le coup d’envoi à l’arbitraire de masse et l’anarchie des « années quatre-vingt-dix », et l’exemple qu’il a donné s’est répandu comme une métastase dans tout le pays jusqu’aux coins les plus reculés.

 

En l’absence de contraintes, le pillage sauvage des biens publics, l’effondrement de l’économie et du système social se sont poursuivis. Le coup d’État de 1993 a ouvert la voie à Tchoubaïs et à sa privatisation totale sous la dictée de la CIA américaine. Après 1991, l’économie faisait du surplace, mais c’est en 1994-1995 que la production industrielle et agricole s’est réellement effondrée. Des millions de personnes ont été jetées dans la rue. Les gens étaient plongés dans une pauvreté sans espoir.

 

Le coup d’État fut le début d’une des périodes les plus sombres de notre histoire. Les tensions sociales ont augmenté rapidement, la criminalité a atteint un niveau incroyable. La guerre déclenchée en Tchétchénie en 1994 est une conséquence directe du massacre de 1993 et ​​ce sont ceux qui ont dirigé et participé directement à la fusillade de la Maison des Soviets qui en sont responsables. En commençant par la terreur dans le centre de Moscou en 1993, Eltsine a ouvert une boîte de Pandore et, par la suite, une vague d’attaques terroristes sanglants a balayé la Russie: de Budennovsk et Beslan à Moscou et à Saint-Pétersbourg.

 

Il ne faut pas s’imaginer que les conséquences de la destruction du pouvoir soviétique n’ont affecté que notre pays. La Grande Révolution Socialiste d’Octobre avait secoué le monde entier, ouvrant la voie à une nouvelle vie basée sur la justice et l’égalité. La contre-révolution qui a détruit les acquis du socialisme a eu de dures répercussions dans de nombreux pays du monde.

 

A l’étranger, les premiers à subir les conséquences de notre défaite furent nos frères de Serbie. En 1995, le bombardement massif des États-Unis et de l’OTAN a forcé la capitulation des Serbes en Bosnie et en Croatie. Mais les amis américains d’Eltsine ne s’en sont pas tenus là. En 1999, la République fédérale de Yougoslavie a été soumise à l’agression de l’OTAN. Cela a été fait sans l’autorisation de l’ONU, en violation des normes internationales. Après 77 jours de bombardements brutaux, la Yougoslavie s’est vue arracher la province autonome du Kosovo. Les États-Unis ont organisé le plus grand nettoyage ethnique au tournant du XXIe siècle.

 

Après cela, Washington s’est senti comme le maître de la situation et l’arbitraire – eh oui, ce fameux arbitraire! – est devenu une caractéristique du globalisme américain moderne, s’enracinant fermement dans la politique internationale. S’en suivirent l’invasion des Américains en Afghanistan et en Irak, une vague de révolutions de couleur, l’agression contre la Syrie et, enfin, le putsch fasciste et la guerre civile en Ukraine.

 

Mais il y a aussi l’économie et la sphère sociale. Peu de gens se souviendront qu’avant les années 1960, les travailleurs de la plupart des pays d’Europe occidentale vivaient très mal et que l’Etat social en tant que tel n’était pas encore établi. Au Royaume-Uni, le système de cartes de rationnement a fonctionné de 1939 à 1953 et en France jusqu’en 1958.

 

Le développement vigoureux des mesures de protection sociale en Europe occidentale a commencé sous l’influence du succès de l’URSS dans la construction du socialisme, dans le développement des systèmes de soins de santé, d’éducation et de retraites. Les avantages sociaux que la classe ouvrière de l’Ouest a obtenus grâce à une lutte persistante étaient une concession forcée du capital. L’impérialisme a été contraint de les concéder pour ne pas perdre dans la lutte compétitive contre le socialisme.

 

La réaction capitaliste dans notre pays a contribué au fait que l’impérialisme mondial a jeté son masque bienveillant. En Occident, ils ont compris que dépenser de l’argent pour le soutien social n’était pas nécessaire. Le processus de démantèlement des acquis populaires en Europe bat son plein avec l’adoption de nouvelles lois du travail en Grande-Bretagne, en Allemagne, en France et dans d’autres pays. Ce que nous voyons dans la Russie moderne est une rupture totale avec les principes du soutien social, de la médecine gratuite et de l’éducation, un système de pension équitable, c’est une conséquence directe de la mise à bas du pouvoir soviétique en octobre 1993.

 

Cependant, comme l’a dit Lénine, « les armées vaincues apprennent bien ». Je suis convaincu que les événements de 1993 et ​​l’exploit du peuple nous rendent plus forts. Les défenseurs de la Constitution soviétique n’ont pas été tués en vain, luttant pour la vérité et la justice. Ils sont maintenant sur un pied d’égalité avec les soldats de la Commune de Paris et les ouvriers rebelles de 1905, tombés presque au même endroit. Ils sont proches de nos pères et de nos grands-pères qui ont défendu le pouvoir soviétique contre le fascisme, notre patrie chérie – l’URSS. Et nous, vivants, croyons dans la perspective historique du socialisme et des idées communistes, non seulement en Russie, mais dans le monde entier. Nous le croyons et apporterons une nouvelle victoire aux travailleurs.

Traduction Marianne Dunlop pour Histoire et Société

Notes du traducteur :

(1) Fête de l’armée, ou des Anciens combattants, anniversaire de la Fondation de l’Armée Rouge

(2) Le 17 mars 1991, un référendum se prononce à 77% pour le maintien de l’URSS, avec une participation de 80%

(3) En russe вече,référence à un système de démocratie directe dans la Russie du moyen-âge, principalement à Novgorod

(4) Date du début de l’invasion allemande en 1941

(5) Un silovik est un représentant d’organismes étatiques chargés de veiller à l’application de la loi, d’organismes de renseignements, des forces armées et autres structures auxquels l’état délègue son droit d’utiliser la force. (Wikipédia)

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