La Chine doit actuellement faire face à des vents contraires. Le pays a entamé un bras de fer commercial à haut risque avec les Etats-Unis et il pourrait perdre gros en cas d’escalade du conflit. D’autant que la Chine exporte massivement vers le pays de l’oncle Sam, à hauteur de 500 milliards de dollars. Et pourtant, le pays asiatique est bien parti pour ravir dans les prochaines années la place de 1ère économie mondiale à son rival d’outre-Pacifique.

En prenant un peu de recul, la dynamique suivie par la Chine et son économie paraît déjà enviable, sur longue période. Son produit intérieur brut (PIB), qui faisait jeu égal avec celui de la France il y a 13 ans, devrait lui être presque 5 fois supérieur cette année, se hissant à près de 13.000 milliards de dollars, selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI). Sur plus longue période, l’évolution est encore plus spectaculaire, le PIB chinois ayant été multiplié par plus de 200 depuis 1960, d’après des données de la Banque mondiale. En particulier, la part du pays dans le PIB mondial est passée de moins de 2% en 1979, année du coup d’envoi des réformes et de l’ouverture au monde de l’Empire du Milieu, à 15% en 2017, ce qui en fait la deuxième économie mondiale derrière les Etats-Unis (24%), selon ce critère.

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Si 1979 a été une année clé pour l’essor de l’économie chinoise, cette dernière a aussi beaucoup profité de son entrée en 2001 à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a largement soutenu son commerce extérieur et son rythme d’expansion. D’autant que son modèle de développement a pendant très longtemps fait la part belle aux exportations, aux côtés de l’investissement. Ce modèle a toutefois été progressivement amendé, l’accent étant mis depuis quelques années sur la consommation des ménages et le développement des services.

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La forte croissance des quarante dernières années a ainsi laissé place à un modèle économique plus mesuré, qui privilégie la qualité et la durabilité, relève Sabrina Ren, gestionnaire de portefeuille chez JK Capital Management, filiale de la société de gestion d’actifs La Française. “L’économie chinoise réalise une transition progressive d’un modèle favorisant la croissance au détriment de la qualité, à un modèle plus qualitatif et moins volontariste. Ce processus sera l’occasion pour le pays de remédier progressivement aux nombreuses faiblesses structurelles caractéristiques de l’ancien modèle, telles que son endettement important, les déséquilibres sur le marché immobilier, les surcapacités, l’épuisement des ressources et la destruction de l’environnement”, souligne l’expert.

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Parallèlement, la Chine continuera de favoriser l’innovation et la R&D pour améliorer sa compétitivité à l’échelle mondiale. “Washington a réalisé qu’au cours des prochaines décennies, l’empire du Milieu allait poursuivre sa montée en puissance, gagnant progressivement des parts de marché et imposant son leadership technologique mondial”, souligne à cet égard Georg Schuh, directeur des investissements pour la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique chez DWS, filiale de gestion d’actifs de Deutsche Bank. “L’innovation technologique se veut la force motrice du développement économique chinois pour les années à venir. La Chine ambitionne de devenir un leader mondial dans l’innovation d’ici 2035, sachant que le pays est déjà le deuxième plus grand investisseur au monde dans la R&D et le premier déposant mondial de brevets. Cela n’aura pas échappé aux États-Unis, qui ont bien détecté la menace et cherchent maintenant à enrayer – voire à stopper – cette progression, qui nous semble – malheureusement pour eux – assez inexorable”, renchérit Sabrina Ren.

Le livre The Coming Collapse of China (L’effondrement de la Chine approche, en anglais) de Gordon G. Chang, publié en 2001, avait fait grand bruit en prévoyant “la chute de l’économie et du système politique chinois avant 2006, et au plus tard avant 2011. Dix-sept ans plus tard, la puissance de la Chine est de toute évidence plus fermement ancrée qu’elle ne l’était en 2001 et de nombreux pays développés pourraient lui envier sa stabilité politique, quoi qu’en disent les critiques”, juge l’expert.

À contre-courant de la théorie de “l’effondrement imminent” de la Chine, JK Capital Management estime que l’économie du pays dispose “de la marge de manœuvre et des ressources suffisantes pour résoudre ses problèmes structurels, ce qui devrait ouvrir la voie à de formidables opportunités pour les investisseurs qui ont déjà compris que la deuxième économie mondiale connaît un bouleversement positif”. Oded Shenkar a-t-il eu raison de prédire que “la Chine serait la superpuissance du XXIe siècle dans son best-seller intitulé Chinese Century, en affirmant que le pays dépassera les États-Unis pour devenir la première économie mondiale d’ici 2026 ? Ce scénario nous semble en tout cas plus probable”, souligne Sabrina Ren.

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Il faut dire que la prédiction d’Oded Shenkar, faite en 2004, est globalement corroborée par des études plus récentes : celle du cabinet IHS, datée de septembre 2014, qui estime que la Chine devrait se hisser au premier rang des économies mondiales, par le PIB, dès 2024. Le Center for Economics Business Research (CEBR) est quant à lui un peu moins optimiste pour l’économie chinoise, qu’il ne voit dépasser celle des Etats-Unis qu’en 2032, selon un rapport daté de décembre dernier. Pour autant, en termes de PIB ajusté de la parité de pouvoir d’achat (PPA, qui tient compte du pouvoir d’achat des différentes monnaies), il faut souligner que la Chine s’est hissée dès 2014 au premier rang mondial.

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La prééminence de la Chine devrait par ailleurs être progressivement favorisée par l’initiative “One belt, one road” (OBOR, Nouvelle route de la Soie). Ce méga-chantier (routes, ports, voies ferrées et parcs industriels) de 1.000 milliards de dollars voulu par Pékin afin de favoriser le commerce entre la Chine, le reste de l’Asie, l’Europe et l’Afrique devrait en effet aussi considérablement renforcer l’influence de l’Empire du milieu dans les régions traversées.

Alors que la Chine semble bien partie pour ravir au pays de l’oncle Sam le leadership économique mondial dès les années 2020, ou au plus tard au début des années 2030, les actions des sociétés cotées de l’Empire du milieu pourraient bientôt devenir incontournables, au sein des portefeuilles des investisseurs de la planète. Si vous souhaitez miser sur les actions chinoises, vous pouvez passer par des fonds, tels que Deutsche Invest Chinese Equities (de code ISIN LU0273157635) ou encore Fidelity China Focus (de code ISIN LU0318931192). Vous pouvez aussi vous intéresser à des trackers, comme le Lyxor Hong Kong ETF (de code ISIN FR0010361675), qui cherche à reproduire la performance de l’indice de référence Hang Seng.

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