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Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé.”

17 Juin

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Pourquoi ai-je retenu cette citation des Pensées de Montesquieu: « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé.” Sans doute parce que quand je l’ai découverte encore adolescente cela correspondait à mon état d’esprit. J’avais pris l’habitude dès que j’ai su lire, à l’âge de quatre ans, de m’enfermer avec un livre dans un coin de l’appartement, parfois c’était dans les waters et mes parents devaient casser la porte pour m’arracher à une histoire passionnante. Je lisais à la lueur de la lune les soeurs Bronté. J’apprenais par coeur des pages entières de mes auteurs favoris et je les récitais d’hiver comme d’été en marchant le long de la mer durant des kilomètres. Cette exaltation d’une enfant solitaire m’a poursuivie dans l’adolescence et quand j’ai passé le bac, j’ai fui dans la bibliothèque de la place Carli toute l’injustice du monde, enfin ce que j’estimais être telle. J’ai lu tous les volumes de Lavisse, traduit Julien l’apostat, et recopié et illustré l’énéide et le de rerum naturae de Lucrèce. La seule concurrence à cette passion était le cinéma et les expositions de peinture, j’avais besoin que l’on me raconte des hstoires qui me faisaient tout oublier.

Si j’ai aimé mon métier d’enseignant c’est qu’il m’aidait à faire comprendre cet extraordinaire privilège qu’est la lecture, ce dialogue permanent avec le meilleur de ce qu’a produit l’humanité. Il m’est arrivé de réussir à transmettre cette passion qui coûte si peu et nourrit toute la vie.

Mais il est arrivé un temps où me souvenant de cette phrase : »Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé.”, j’ai pensé à Montesquieu, et je lui ai dis :  » mon ami, tu n’as sans doute jamais éprouvé de véritable chagrin, parce que tu saurais qu’il en existe d’une telle intensité qu’ils t’empêchent de lire… les mots n’ont plus de sens, ils sautent devant toi et tu ne peux les retenir tant cette déchirure qui te barre la poitrine prend le pas sur tout! » Je ne connais guère que la souffrance éprouvée pour un enfant capable de produire de tels effets. mais il y a des vies entières qui sont telles qu’elles vous empêchent d’être. Je me suis dit aussi que si je n’avais pas connu cela, j’aurais été monstrueuse et je ne saurais rien de l’humanité. Peut-être qu’il a manqué cela à Montesquieu.

Le temps est passé, j’ai éprouvé jusqu’à plus soif ce chagrin qu’une heure de lecture ne peut dissiper et j’ai peur de le ressentir à nouveau parce que cette vague là je n’aurais plus la force me semble-t-il de l’affronter. J’ai des crampes parfois quand je nage et cela m’interdit mes courses habituelles vers la haute mer, il en est de même des chagrins qui brisent un coeur usé…

J’ai appris je crois à refuser de me laisser emporter, je me contrains à être celle qui peut dire : aujourd’hui, je n’ai plus de chagrin qu’une heure de lecture ne puisse dissiper! C’est à ce prix que l’on survit, non seulement on ne meurt qu’à un âge avancé, mais surtout on peut encore s’intéresser à des choses que l’on a jugé pleines de vanité en ces moments où on était comme je le disais englué dans de la poix, dans la noirceur d’un chagrin abominable… Il ne s’agissait même pas d’un chagrin amoureux, ceux auxquels on ne renonce pas de peur de perdre la raison d’exister, non il s’agit de la souffrance à l’état brut, la conscience de subir une formidable injustice. Si j’écris ces lignes c’est pour ceux qui l’éprouvent et l’ont éprouvée. On apprend à vivre après ces moment-là, à vivre vraiment, à retrouver la vanité et la force de l’existence, le malentendu perpétuel de s’attacher à ce qui ne saurait vous rendre heureux pour certain et d’autres comme moi, les plaisirs de l’adolescence et les engagements au nom de l’avenir.

Si j’écris cela c’est pour toutes ces amies auxquelles il m’arrive de ne pas répondre parce qu’elles jouent avec cette souffrance, la ressentent hors de saison et s’étonnent que leur générosité, leur loyauté soit si peu payée de retour. qu’elles ne s’étonnent pas, je refuse d’entrer dans ces jeux là et je crois qu’il n’y a pas d’autres vies que celles qui consistent à vaincre le malheur encore et toujours.

Aujoird’hui je vais me promener avec sous le bras les écrits politiques de Karl Marx, mais je rentrerai tôt pour mettre en chantier un texte que l’on m’a demandé sur l’évolution de la situation internationale… Le coeur plein de l’échéance de demain…

 

danielle Bleitrach

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Publié par le juin 17, 2018 dans mon journal

 

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