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Quelques réflexions rapides sur les deux derniers sommets et sur ce que cela nous impose

13 Juin

Résultat de recherche d'images pour "La Corée du nord et la Chine"

Nous publions ici même un article du  New York times qui présente ici un article assez complet sur le sommet de Singapour. Le même journal dont le moins que l’on puisse dire est qu’il n’épouve pas de tendresse particulière pour Trump,  titrait dans un article du 11 juin : « dans le cadre de ses affaires,  Trump n’a jamais fait face à un partenaire comme Kim ». Ce qui est vrai parce que, comme avec la Chine, Trump est confronté à un système complexe où toute négociation a un arrière fond qui n’est pas celui de la démocratie affairiste et individualiste qui domine dans le monde occidental et singulièrement aux Etats-Unis.

L’article insiste sur un aspect que les médias français ont tendance à négliger: Trump conduit les affaires internationales comme ses propres affaires de promotion immobilière avec une constante: comment minimiser les coûts? Il voit le monde en promoteur immobilier et ne peut s’empêcher de donner des conseils en ce sens: « vous avez des plages, un marché avec la Chine et la Corée du sud, pourquoi ne pas s’associer pour l’exploiter, des marinas, des casinos à la Trump! ». Il n’y a pas que de la naïveté dans cette proposition, sous la direction du Kim, la Corée du nord est en train d’envisager un développement « à la chinoise », une « modeste aisance » pour ses habitants… Quant à la proposition de Trump, il y a du fordisme là-dedans, l’aliénation du prolétaire que l’on transforme en gorille apprivoisé mais avec un relativement haut salaire qui lui permet d’accéder  à la production de grande consommation la voiture Ford pour tous. On pense à la fin des Temps modernes dans lesquels Charlie Chaplin voit se réaliser le bonheur domestique à l’américaine, avec la petite maison individuelle. En quoi ce rêve modeste et fou d’un magnat fascisant, celui de Ford, a-t-i son équivalent en matière de sortie du sous développement? On parle beaucoup de la capacité dont a témoigné la Corée du Nord à devenir une puissance nucléaire, mais on insiste moins sur le fait que ce pays est passé, pour sa population la plus pauvre, des famines recurrentes à une malnutrition lié à des déséquilibres alimentaires. Quel est le langage commun ?   Trump parle de son modèle américain de promoteur immobilier, sans idéologie démocratique, sans donner des leçons, avec ses interlocuteurs et il n’est pas plus désadapté que l’élégant Obama, très méprisant ou de l’âpre Clinton qui sue la préoccupation d’enrichissement individuel.

Mais il y a une limite que même avec son patriotisme affiché et probablement vécu à sa manière, Trump a du mal à imaginer c’est justement cette société collective et qui contrôle l’individualisme en tentant de le diriger vers des formes de productivité pour tous. ce qu’il nous reste à comprendre à nous aussi. Ici il faut à la fois se référer à la Chine, à tous les inconnus que présente cet immense pays et à la « nation ermite », la Corée. Comme le dit Marx, pour l’occident il faut en passer par Hegel et « la bête sauvage » de la société civile aux instincts déchaînés, pour la Russie, pour la Chine, l’Inde, il faut faire avec leurs philosophies, y compris Confucius si important pour la Corée.

Mais pour revenir au promoteur immobilier devenu maître sinon du monde, du moins de notre monde, qu’en penser sinon qu’il présente tous les risques que l’on sait d’imprévisibilité sur le long terme dans la gestion de la planète, mais qu’il a sa rationalité, le profit, essentiellement dans le « deal ». Ce souci de faire des économies  obsessionnel chez Trump, le conduit à des actes qui tranchent avec les habituelles pratiques diplomatiques. Soit il supprime les coûts , ce qui paraît être le cas pour la fin des manœuvres militaires conjointes avec la Corée, comme la volonté de faire payer aux alliés européens leur propre défense. Ce volet d’économies militaires pour les Etats-Unis s’accompagne d’un protectorat économique, en matière commerciale, ce qui est très mal vécu par les dits alliés qui sont invités à payer doublement. On doit lire ce qui s’est passé au G7 sous cet angle là, comme celui de l’impossible sortie de la vassalité de nos dirigeants, quel que soit leur mécontentement impuissant, leur réactions qui relèvent d’un snobisme sans moyens.

Cette double exigence aboutit au fait qu’effectivement Trump paraît vouloir traiter mieux ses adversaires que ses alliés, mais que l’on ne se fasse pas d’illusion cette vision de grippe-sou est très bien vécue aux Etats-Unis. Le côté « oncle picsou de Donald est très bien perçu et les critiques de l’élite paraissent des manifestations d’impuissance et d’irréalisme. Et ce qui se passe avec Trump peut très bien intervenir en France comme cela est déjà à l’oeuvre en Italie. La nouvelle équipe ne craignant pas de faire un bras d’honneur à l’humanisme européen et surtout français en laissant se noyer les réfugiés vu que personne ne s’en charge. Une dénonciation de l’hypocrisie ordinaire… par le cynisme certes mais largement partagé…

Après avoir détruit toutes les formes collectives, le libéralisme libertaire, qu’il soit de droite ou de gauche, se retrouve devant le fascisme, c’est-à-dire un besoin du collectif limité au suivisme du chef derrière la haine du « bouc émissaire ».Macron est en train d’accélérer le processus et il témoigne de son incapacité à percevoir ce qui est en train de se transformer. La manière dont il a cru pouvoir rouler dans la farine avec des caresses Trump montre que cet Attila de tout ce qui est solidarité, collectivité en France et en Europe, ne fait pas le poids devant le réalisme d’un promoteur immobilier faisant ses comptes.

En revanche, ce dernier montre l’exaspération d’un pays et la manière dont les capitalistes sont prêts à le suivre et à lâcher le petit personnel habituel. ce qui risque d’arriver à macron.

Surtout si le propos de Trump s’accompagne d’un discours patriotique sur la défense des « boys », des citoyens américains. Trump joue sur les fondamentaux et le capital aux Etats-Unis retrouve ses valeurs « fordinennes ».

Du côté de Kim on peut noter que quand il lâche quelque chose c’est encore à son avantage, il en est ainsi de la « dénucléarisation de la péninsule » et pas seulement de la Corée du nord. Le petit homme rond est tout sauf un fou irresponsable. Non seulement il a maîtrisé le conflit mais il a su renouer avec la Chine. Jeu de poker autour de la possession du nucléaire militaire et aussi relations plus harmonieuses avec la Chine ont abouti à ce spectacle stupéfiant d’un tout petit pays sous développé traitant d’égal à égal avec la plus grande puissance du monde et imposant de fait la fin de la guerre froide, réclamée par son grand père et père, ainsi que de la majorité de la population des deux Corée.

Il reste à nos sociétés à réfléchir pas seulement en terme de dictature mais aussi en terme de « collectif » s’opposant à l’individualisme concurrentiel. La Chine qui a joué un rôle fondamental en coulisse manifeste sa satisfaction et attend la suite en laissant filtrer le constat sur les piètres résultats. De l’art d’enfoncer le clou sur la perte de capacité hégémonique de Etats-Unis, le déclin du leadership. Ce que j’ai vécu à Cuba et auquel j’ai plus ou moins été confrontée dans les sociétés socialistes c’est une autre conception de la vie, des solidarités, du dialogue. Toutes choses que le touriste a du mal à percevoir parce que la faune à laquelle il est confronté est celle qui est le plus en rupture avec les valeurs de la dite société. Même recommandation sur le fait de ne pas parler anglais, puisque cela nous confronte toujours avec les mêmes, ceux qui rêvent d’adaptation aux société occidentales.

Le marxisme ne doit pas être seulement conçu en surface, une pratique des citations digne de l’Almanach Vermot, c’est une méthode, une perspective d’émancipation qui n’est pas simple prolongement et aggravation de l’aliénation capitaliste, mais bien un dépassement (conservation et abolition) qui doit partir des réalités et de tâches que nous avons à affronter. Que des pays en sous développement à partir de leur réalité nationale aient choisi de s’y référer en considérant que la « citoyenneté » sous la dictature du prolétariat, avait besoin d’un parti communiste pour mener leur propre combat anti-impérialiste, comme Cuba ou le Viet-nam, devrait nous inciter non pas à copier, mais à penser un monde en mouvement dans lequel nous aurions notre propre apport.

Le fait est que les principales conclusions que l’on peut tirer de ce sommet sont

1) se réjouir du dialogue qui vaut mieux que les jeux nucléaires

2) espérer que le programme peu développé sera comme la Constitution américaine plus favorable qu’un programme détaillé à la poursuite du dialogue et des changements. Il est clair que la Chine va continuer à agir en sous-main parce que tout le monde sait bien que ce qui se joue est là. Ne pas isoler non plus ce qui s’est passé d’un autre sommet celui de l’Organisation de la Coopération de Shanghaï.

3)Incontestablement, ces deux sommet ,celui du G7 que Trump semble avoir conçu comme une séance d’entraînement pour celui de Singapour, avec envoi de messages, et celui avec la Corée du nord, marque une mutation dans le leadership international, le déclin sans doute irréversible du système issu des guerres impérialistes du XXe siècle.

4) donc la nécessité très rapidement d’en prendre acte et de penser le futur en particulier pour les communistes et les forces de progrès. Si les communistes français voulaient sortir de leur provincialisme pour penser ce que la période nécessite y compris notre propre réflexion sur un socialisme à la française, un travail y compris sur nos formes et valeurs collectives originales et un souci de paix face au déclin qui paraît irréversible d’une forme de domination, ne serait que pour éviter la fascisation vers lequel nous conduit Macron. Nous ne pourrons pas non plus économiser une réflexion sur le rôle des bases nationales. C’est un appel au Congrès, mais vu « la proposition de base commune  » qui nous a té envoyée, j’ai les plus grands doutes sur l’issue. Ce texte a été excellemment résumé  : « Pas de temps à perdre sur ce texte insipide attrape-tout : il faut carrément un tout autre texte. Celui là cherche à faire plaisir à tout le monde : il enfile des banalités pompeusement nommées thèses et de fait prolonge la fête des mères : c’est un collier de nouilles….Chômage, salaire, crise du capitalisme financier mondialisé connait pas….. » J’espère que nous pourrons agir pour ce Congrès, sinon ce sera pour le prochain quand nous n’existerons quasiment plus si on les suit.

Danielle Bleitrach

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