Portugal, 4 juin 2018 : la grève pour la sécurité et l’emploi a paralysé le transport ferroviaire. Contre la nouvelle étape de livraison au privé des chemins de fer.

Article de l’hebdomadaire « Avante », organe du Parti communiste portugais, édition du 7 juin 2018, traduction MlJ pour « Cahiers communistes – vivelepcf ».

Les cheminots des compagnies « Comboios de Portugal » [CP, « Trains du Portugal », société publique], Medway et Takargo  ont fait grève massivement, lundi 4 juin 2018, pour exiger que le règlement de sécurité ferroviaire fixe clairement la présence d’au moins deux agents par train.

Le niveau de la grève constitue « une leçon importante pour le gouvernement » selon la déclaration de lundi soir de la Fédération des syndicats des transports et des communications (FECTRANS). Elle dénonce « la politique générale actuelle dans le ferroviaire de suppression de trains, de marchandises comme de voyageurs (CP, Medway et Tabarko), de fermeture des guichets (CP) et d’autres services de ces entreprises ».

La FECTRANS et la CGTP-IN [Intersyndicale nationale de la CGTP] ont également fait constater que si « exceptionnellement, quelques trains ont circulé, c’est suite à la pratique illégale, par la direction des CP, de la substitution de grévistes sur leur poste ».

Dans ces circonstances, la grève de 24 heures, à l’appel de la Fédération et de son syndicat de cheminots (SNTSF) ainsi que de quatre autres organisations (Assifeco, Sinafe, Sinfa et SFRCI) a causé la suppression de « plus de 90%  des trains de passagers et de marchandises », et enregistré un «haut niveau de participation dans toutes les catégories de personnel ».

Se félicitant de la détermination et la combativité des travailleurs, la FECTRANS a souligné que cette lutte est dirigée contre le gouvernement. Celui-ci « est responsable de la réglementation sur la sécurité ». « C’est à lui de trouver une sortie de crise en imposant la circulation des trains avec deux agents, aujourd’hui comme à l’avenir, indépendamment du bon vouloir des patrons des entreprises ».
Les organisations qui ont appelé à la grève du 4 juin avaient déjà appelé à une grève le 30 novembre 2017. Le préavis avait alors été levé à la dernière minute suite à un accord reportant l’entrée en vigueur de l’autorisation de circulation des trains avec un seul agent à bord. Elles exigent aujourd’hui, dans le cadre de la révision de la réglementation sur la sécurité des chemins de fer (RGS1), que les mêmes dispositions soient imposées à tous les opérateurs. Le gouvernement ne doit pas laisser aux entreprises la libre fixation du nombre d’agents présents par train. « Il faut que le gouvernement fasse le choix de la sécurité », souligne le communiqué de la FECTRANS.
La fédération insiste en outre sur le fait qu’il s’agit de « défendre des centaines d’emplois dans les chemins de fer qui seront menacés si les opérateurs ont la possibilité demain de faire une règle de ce qui doit rester une exception. L’opérateur privé Takargo pratique déjà ces exceptions sans, à notre avis, remplir toutes les conditions requises ».
Au secrétaire d’Etat aux infrastructures, la fédération a conseillé de « prendre un peu de son temps pour comprendre les motivations de la grève et les raisons des travailleurs. Ensuite, s’il ne veut pas de nouvelles luttes, il devra montrer qu’il a entendu le message et adopter les orientations nécessaires.

Mensonges et raison de fond.

Au démarrage de la grève, dimanche soir, une délégation du Parti communiste portugais (PCP) était présente à la gare du Rossio [à Lisbonne]. Elle comprenait le député Bruno Dias. Dans une déclaration publiée sur le site Internet de la direction régionale de Lisbonne, le Parti demande au gouvernement d’arrêter de mentir. Il s’en prend à la personne du secrétaire d’Etat qui, « dans déclarations publiques, fait référence aux règlements de 1999, alors que ce qui est en cause, ce sont les modifications entrées en vigueur le 1er mai dernier ».
Répondant aux arguments du gouvernement – et dénonçant les pratiques illégales des CP pour tenter de réduire l’impact de la grève -, la FECTRANS a posé publiquement, lundi matin, une série de questions, telles que:

– Si la règle générale doit rester de garder deux agents dans chaque train, pourquoi y a-t-il cette réticence à l’inscrire clairement et sans ambiguïté dans les documents en discussion et qui sont, entre-temps, entrés en vigueur?
– Pourquoi rien n’a été fait pour sanctionner la situation de l’opérateur privé qui a fait usage des exceptions prévues avant même que le règlement entre en vigueur, en faisant rouler des trains sous le régime de «l’agent unique» dans des sections qui ne répondent pas, en outre, aux exigences requises?
– De quels moyens le gouvernement compte-t-il se doter pour créer une entité dotée des pouvoirs et des moyens de surveillance?
– Où est l’analyse des risques qui assure qu’un train est aussi sûr avec un agent qu’avec deux?
– Comment justifier que figurent dans les tronçons approuvés pour une circulation avec un  «agent unique», des lignes où des déraillements ont fréquemment été enregistrés?

Comme l’explique la fédération, autoriser la circulation d’un train avec un «agent unique» répond aux  «plans de libéralisation du transport ferroviaire, prévus pour 2020», ouvrant la voie à «l’entrée de nouveaux opérateurs privés dans des conditions plus favorables pour eux».