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Que faire pour sauver l’existence d’un parti révolutionnaire en France ?

11 Juin

Réflexions d’une militante de base et qui souhaite le rester… Voici la lettre que j’adresse aux camarades de ma cellule, en leur proposant une diffusion à ses membres et si ceux-ci sont d’accord l’envoi en mon nom à la section et à la fédération, le cheminement habituel.

Pour des raisons que les lecteurs de ce blog devraient connaître, j’ai pris ces derniers temps une distance avec le quotidien du pCF,en l’occurrence la préparation d’un Congrès que l’on annonçait comme extraordinaire et effectivement je pensais qu’un tel Congrès était indispensable. Au point où nous en sommes voici des réflexions strictement personnelles.

Si la preuve du pudding est qu’on le mange, la preuve du  Congrès de l’an dernier était qu’il n’avait servi à rien, pris comme il l’avait été dans les déclarations de la direction d’abord en faveur des primaires puis en faveur de Mélenchon. Le résultat était l’effacement du parti et l’élection de Macron.on peut considérer comme injuste le fait d’attribuer l’élection de Macron aux carences du Congrès du PCF, mais j’affirme qu’effectivement l’élection de Macron, le déplacement de tout l’échiquier politique vers la droite voir l’extrême-droite est le résultat de l’affaiblissement de l’alternative communiste. Et c’est même pour cela que l’on ne pouvait pas éviter la question du bilan sur une période plus longue.

Si on en faisait un autre c’est que la situation l’exigeait. Le contexte était plus que préoccupant:

Le contexte

Au niveau international, nous assistions à l’équivalent de la chute de l’empire romain ou plutôt de l’hégémonie occidentale derrière les Etats-Unis, et la montée en puissance d’autres forces, dont la CHine. Qui est tout de même dirigée par un parti communiste qui affirme sa fidélité au marxisme léninisme. Situation que notre congrès se doit impérativement d’aborder alors que le projet de base commune nie autant notre passé que l’avenir qui se dessine sous nos yeux. La proposition de base commune ignore totalement l’existence d’expériences socialistes et de partis communistes au pouvoir qu’il s’agisse de la Chine, de Cuba ou du Viet-nam. Pourtant il y a là des formes de résistances et même d’offensives que nous ne pouvons pas ignorer. En quoi de surcroît l’internationalisme est-il un moyen de faire face aux dangers impérialistes?

La bête blessée, l’impérialisme derrière les Etats-Unis n’en était que plus dangereuse et cela fait monter des questions comme celle de la paix, de notre sortie de l’OTAN,etc… Là encore pourquoi ignorer le positionnement sur ces questions des partis communistes européens ?

Cette situation de la mondialisation, trouve sa traduction dans la crise européenne et celle que l’on pourrait qualifier de méditerranéenne qui nous confrontait de plus en plus aux effets des guerres et des pillages de ce capitalisme à son stade sénile.

Au plan national, la même situation a trouvé sa traduction dans l’élection du représentant sans complexe du capital monopoliste financiarisé bien décidé à démanteler tous les conquis et protections, à exercer la domination d’une classe sociale sur le monde du travail et sur toutes les catégories directement impactées par cette accélération de l’exploitation.

Pourtant dans cette situation, nous avions un affaiblissement de classe, divisions syndicales et surtout du parti révolutionnaire, ce qui créait un délitement des forces de gauche et de progrès et une montée de l’extrême-droite.

Cette situation exigeait un Congrès ouvert et audacieux:

Avec deux objectifs essentiels, une analyse de fond du contexte tel que je viens de le résumer, en particulier le bilan de ce qui avait conduit à l’affaiblissement d’une alternative révolutionnaire en France et les moyens de recréer la force révolutionnaire sans laquelle il n’y aurait aucun Front populaire apte à résister et à transformer la situation.

Sur ces deux questions,il me paraissait utile de laisser le débat ouvert, de pointer les thèmes sur lesquels il y avait des possibilités d’analyse différentes, par exemple notre analyse del’UE, de la sortie ou non de l’euro,  en étant bien conscients que c’était la pratique, celle de nos combats qui aiderait à trancher, mais le Congrès devrait à la fois porter ces questions de fond et laisser la discussion être menée jusqu’au bout.

Il ne pouvait y avoir de base commune que si celle-ci aborde les questions de fond, quitte à laisser ouvertes celles qui sont en débat.

La situation se referme

Il y a eu au départ de bonnes choses, le choix de préparer le Congrès en même temps que nos luttes. Il y a même eu un début d’ouverture qui personnellement me permettait d’espérer une base commune et un véritable COngrès extraordinaire.

Mais rapidement, les échéances électorales et les manœuvres d’appareil sont venues perturber cette démarche. Elles n’étaient pas toutes du fait du PCF, celui-ci y a été plutôt soumis, mais il y a eu au moins complaisance de la part de la direction à nous y enfermer dans des colloques personnels.  Les déclarations intempestives non seulement d’un Melenchon et d’un Besancenot, mais celles d’un Pierre Laurent, relevaient de ces petits jeux favorisés par les médias. Elles ne tenaient pas compte de l’état de la réflexion. ni surtout de l’état des luttes, celle en particulier de la SNCF, des hospitaliers qui sont demeurées exemplaires et dont la caractéristique encore aujourd’hui est la combativité sur les questions fondamentales relevant à la fois de la défense des salariés et celui du service public, de la territorialité.

Il est caractéristique selon moi que ce qui est en train de se refermer au niveau du Congrès et des espoirs qu’il suscitait, corresponde à la situation politique plus générale où face à une combativité accrue, un mécontentement plus grand, le pouvoir répond par une fin de non recevoir. Face à cela, les directions de gauche  opposent une unique solution: une sorte d’effet de masse qui naîtrait d’une union sans principes et autour d’individualités, et  qui évite soigneusement la question pourtant centrale d’ un renforcement des forces révolutionnaires qui correspondent à l’exigence populaire. On le voit bien à la SNCF où la combativité des personnels, empêche la division syndicale à l’oeuvre pourtant.

Le choix n’est pas seulement de Congrès,il est là devant nous, l’expérience est faite chaque jour des erreurs politiciennes. Et il est courant de voir que l’emphase est d’autant plus grande que le résultat  en matière de mobilisation est décevant.

Au fur et à mesure que montaient ces tentatives politiciennes, celle d’un pouvoir qui se durcit, refuse le dialogue, celle des divisions sous couvert d’unions d’appareils et d’individus, j’ai personnellement senti la situation du débat du Congrès se refermer, mais aussi la détermination d’un certain nombre de militants se renforcer autour de l’idée que l’on ne pouvait continuer comme ça.

Et comme d’habitude, sans que cela soit dit, on a vu surgir deux thèmes celui des alliances électorales et celui du remplacement ou non du secrétaire. Pourquoi ce dernier a-t-il posé son maintien comme un enjeu? Il a moins réussi sur ce plan, il est clair que l’on ne peut désormais éluder le fait que le PCF ne peut pas survivre en ayant à sa tête comme cela est le cas avec les trois derniers secrétaires des gens qui sont de fait des sociaux démocrates qui ne croient pas en la nécessité d’un parti communiste ou alors le font à la manière des trotskistes prétendant en surface se détacher de la social démocratie.On ne peut pas continuer en particulier à déconsidérer tout notre passé et tous les partis communistes existant au nom d’un vague humanisme et de quelques citations de Marx décoratives.

Et maintenant que faire? 

La publication, le weekend dernier de la base commune votée à une faible majorité par un Conseil National qui depuis un an a perdu la moitié de ses présents a porté un coup à cet espoir d’un Congrès sur une base commune ouverte. Non seulement les questions que j’ai pointées étaient éludées au profit d’un galimatias qui représente à sa manière l’équivalent d’une motion de synthèse du PS. Le tout dans le contexte de la manœuvre autour de la candidature du « chef de file communiste » et pas « tête de liste ». Et bien sûr la fuite en avant le refus de tout bilan dont le complément est l’incapacité à nous situer dans un monde en plein bouleversement.

Il est vain de vouloir le cacher, on ne peut qu’éprouver trois réactions devant ces manœuvres d’une direction affaiblie:

la première est la déception devant la manière dont le Congrès qui devrait être extraordinaire et de fait fermé.

La seconde est la colère devant l’irresponsabilité d’une direction minoritaire qui prend le risque d’une crise dont le parti tel qu’il est ne se relèvera pas. L’imbécillité d’une attitude qui prétend manipuler et obtenir une majorité par une nouvelle saignée et à terme la poursuite d’une politique d’effacement.

Troisièmement, l’incompréhension et l’exaspération : cela ne peut que polariser les débats autour de la direction et le fait qu’elle est déconsidérée tout en s’accrochant. Pourquoi? S’agit-il d’une stratégie suicidaire prétendant activer les mécanismes du légitimisme jusqu’à ce que mort s’en suive?

Dernière nouvelle : Européennes: Pierre Laurent invite la gauche à une réunion pour le 2 juillet.

On ne peut pas en rester là! 

Il s’agit non pas de ma part d’une tentative pour sauver ce qui a fait son temps, mais de la conviction qu’il faut un parti communiste et que si nous n’arrivons pas à construire cette force révolutionnaire, nous avançons vers la désunion, l’émiettement et surtout les dévoiements fascistes et bellicistes.

Honnêtement comme les lecteurs de ce blog ont pu le constater, j’ai pris du recul, celui que mes problèmes personnels exigeaient, mais aussi atterrée comme je l’étais par l’attitude des directions et de ceux qui les suivent jusqu’à l’absurde.

Pourquoi avoir renoncé de fait à mener ce Congrès ouvert sur le fondamental ? Qu’il y ait des coquins c’est vraisemblable mais ce n’est pas le cas de ceux qui mettent en oeuvre sur le terrain un tel suicide? En fait, c’est plutôt le corollaire de l’affaiblissement, en matière théorique autant qu’organisationnelle et c’est cet affaiblissement que certains de nos militants comme de nos élus s’emploient à combattre. Ils ont choisi la voie juste, celle du renforcement pour que les communistes se réapproprient leur parti. Personnellement, je m’associe à leurs initiatives et à leurs combats, la voie qui permet de préserver l’unité du parti et aide à poser les bonnes questions.

En ce qui concerne la base commune, le COngrès, j’ai toujours été contre les textes alternatifs, mais ceux-ci étaient devenus les seuls moyens d’exprimer son refus d’une ligne suicidaire et anti-révolutionnaire.

Donc je souhaiterais si cela est encore possible que la proposition de base commune soit revue, que ceux qui se cramponnent à cette absence d’analyse et de perspective acceptent un véritable dialogue avec la conscience que nous sommes tous ou dans notre immense majorité attachés à l’existence du PCF.

Si cela s’avérait impossible, faudrait-il que ceux qui souhaitent en priorité conserver et développer un parti révolutionnaire s’unissent et proposent une véritable base commune ouverte?

Je ne suis pas en situation de me placer à la tête d’une telle initiative même localement, mais je souhaite que les communistes prennent leur responsabilité comme je le fais ici à titre individuel en appelant à un véritable sursaut.

Danielle bleitrach

 

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