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SNCF : sur la durée, la grève des cheminots est l’une des plus suivies depuis vingt ans

06 Juin

Le taux de grévistes s’effrite au fil des semaines, mais la mobilisation sur la durée en fait l’un des conflits sociaux majeurs du rail depuis 1995.

LE MONDE |  • Mis à jour le  |Par Adrien Sénécat

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  • La mobilisation contre la réforme ferroviaire s’est poursuivie en mai, avec douze journées d’action supplémentaires ;
  • De 30 % en début de conflit, le taux de gréviste a chuté pour atteindre14 à 15 % lors des dernières journées d’action ;
  • Sur la durée, le mouvement social en cours représente environ trois jours de grève par agent de la SNCF, selon notre estimation, ce qui en fait l’un des conflits les plus suivis sur la durée depuis 1995.

La SNCF entrera, samedi 2 juin, dans son troisième mois de grève, par intermittence, contre la réforme ferroviaire. Les cheminots se sont pour l’heure mobilisés vingt-cinq jours depuis le 22 mars et douze journées d’action supplémentaires sont prévues en juin, sauf éventuelle sortie de crise. Ce mouvement devrait marquer l’histoire de la SNCF par sa durée et son ampleur, mais à quel point ? Eléments de réponse à partir des chiffres connus au 1er juin.

 

Une mobilisation qui se maintient autour de 15 % de grévistes

Premier indicateur : le taux de gréviste à chaque journée d’action. Sur ce plan, il est indéniable que la mobilisation a sensiblement baissé depuis le 22 mars. Alors qu’on comptait autour de 30 % à 35 % de grévistes au début du mouvement, ce taux a reculé au fil du temps et s’est stabilisé autour de 14 % à 15 % lors des derniers jours de grève.

Deux précisions importantes tout de même : la mobilisation a assez bien résisté au mois de mai, le gros de la baisse ayant été observé en avril. Un sursaut notable a même été enregistré le lundi 14 mai pour la « journée sans cheminot et train » voulue par les syndicats (27,6 % de grévistes).

Après un recul fin avril, le taux de grévistes est resté stable en mai à la SNCF

Les sept journées de mobilisation qui ont eu lieu un samedi, un dimanche ou un jour férié n’ont pas été retenues car elles ne sont pas comparables avec les jours « normaux ».

0 %5 %10 %15 %20 %25 %30 %35 %40 %22 mars3 avril4 avril9 avril13 avril18 avril19 avril23 avril24 avril3 mai4 mai9 mai14 mai18 mai24 mai25 mai28 mai29 mai

9 avril
● Ensemble : 24,9 %
SOURCE : SNCF

Derrière ces indicateurs généraux, on trouve toujours des situations différentes selon les catégories d’agents. Ainsi, environ la moitié des contrôleurs et conducteurs se mobilisent à chaque jour de protestation contre la réforme. Une proportion qui tombe à moins d’un quart chez les aiguilleurs, et autour de 4 % désormais chez les cadres.

Conducteurs et contrôleurs font toujours fortement grève

Les sept journées de mobilisation qui ont eu lieu un samedi, un dimanche ou un jour férié n’ont pas été retenues car elles ne sont pas comparables avec les jours « normaux ».

10 %20 %30 %40 %50 %60 %70 %80 %90 %ConducteursContrôleursAiguilleursCadres3 avril4 avril9 avril13 avril18 avril19 avril23 avril24 avril3 mai4 mai9 mai14 mai18 mai24 mai25 mai28 mai29 mai

SOURCE : SNCF

Dans la durée, un des mouvements les plus suivis depuis 1995

Derrière les chiffres de mobilisation au jour le jour, comment situer le mouvement actuel dans l’histoire des grandes grèves à la SNCF ? Cette dernière compile sur son site des données sur les mouvements sociaux depuis 1947. Dans ces chiffres, on trouve notamment le nombre de journées de grève moyen par agent, ce qui permet de comparer des mobilisations à des époques différentes sans fausser le tableau par des différences d’effectifs importantes.

ENVIRON TROIS JOURS DE GRÈVE PAR AGENT DEPUIS LA FIN DE MARS

Contactée, la SNCF n’était pas en mesure de communiquer un décompte global des jours de grève accumulés depuis le 23 mars selon la même méthodologie. Il nous a néanmoins été possible d’en faire une estimation indicative de la manière suivante :

  • Sur les 18 jours d’action sur 25 qui se sont déroulés un jour de semaine classique, on comptait en moyenne un peu moins de 21 % de grévistes ;
  • Extrapolons ce chiffre de 21 % de grévistes aux sept jours de grève qui ont eu lieu un samedi, un dimanche ou un jour férié ;
  • Les chiffres de participation à la grève communiqués par la SNCF sont calculés sur la base des agents censés être en poste un jour donné, pas des effectifs globaux de l’entreprise. Il faut donc les ajuster. Hors jours de récupération ou repos spécifiques liés au poste, un agent SNCF dispose de 52 « repos doubles » (le week-end), 28 jours de congés payés et 10 RTT, selon la documentation interne à l’entreprise. Soit 142 jours non travaillés et 223 jours travaillés dans l’année ;
  • Rapporté à la participation à la grève, le taux de grévistes moyen par rapport aux effectifs réels de l’entreprise serait alors de 13 % environ (week-ends compris).

En tenant compte de ces deux facteurs, on peut retenir un ordre de grandeur de trois journées « perdues » par agent environ (0,13 multiplié par 25 jours de grève) en moyenne depuis le 23 mars.

Suivant ce résultat, la mobilisation en cours serait ainsi déjà au moins comparable, si ce n’est supérieure à celle contre la loi El Khomri (loi travail) en 2016, où la SNCF avait comptabilisé 2,5 journées « perdues ». Elle serait également presque de l’ordre de la grève contre la réforme des retraites en 2010 (3,8 jours), qui étaient pourtant la plus suivie des vingt dernières années à la SNCF.

La mobilisation en 2018 est l’une des plus fortes depuis 1995

Journées de grève par an et par agent depuis 1947

Plan MarshallRéforme de la fonction publiqueMai 68Réforme des retraitesRéforme des retraitesRéforme El Khomri02468101214161950196019701980199020002010

Cette estimation est, en revanche, encore loin, pour l’heure, de l’ampleur des mobilisations contre la réforme des retraites de 1995 (5,8 jours). Sans même parler de 1968, où les cheminots avaient fait chacun près de trois semaines de grève en moyenne. Rappelons encore une fois que ces chiffres ne reflètent pas forcément les perturbations du trafic, la grève de 2018 concernant largement les conducteurs, contrôleurs et aiguilleurs, quand d’autres mouvements pouvant être plus « répartis » au sein des effectifs de la SNCF.

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