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Une pièce historique non tronquée : la mise en garde de Georges Marchais contre l’anticommunisme

10 Mai
Avant même certaines opérations de récupération soit de Georges Marchais (pseudo chantre de l’eurocommunisme) ou de la célébration de mai 68 par les amis de Macron, voici une mise en garde que j’adressais à partir d’un texte de Georges marchais lui-même (note de Danielle Bleitrach)

par  Danielle Bleitrach

Le texte ci-dessous est difficile à trouver sur Internet dans une version non tronquée. Il s’agit de l’éditorial de l’Humanité du 3 mai 1968 signé par Georges Marchais, alors secrétaire à l’organisation du PCF. On pouvait encore le trouver début 2014 sur le site de l’Assemblée Nationale.

Aujourd’hui l’extrême-droite, qui ne recule devant aucun mensonge pour protéger les intérêts du capital, tente de récupérer Georges Marchais ce qui ajoute à la confusion. En mai 1968, cette confusion-là n’était pas de mise puisque l’extrême-droite – la même qu’aujourd’hui – se définissait d’abord et avant tout par son anticommunisme, qu’elle revendiquait et affichait haut et fort à l’époque. Par contre, l’extrême-gauche émergeait et elle était la face de l’anticommunisme, n’hésitant pas à tronquer les propos du secrétaire général du parti communiste : ainsi l’anarchiste allemand Cohn Bendit fut transformé en juif allemand pour les besoins de l’anticommunisme (une manœuvre qui a cours encore aujourd’hui de la part des mêmes) et on fit défiler quelques groupuscules en leur faisant crier devant le siège du parti communiste « Nous sommes tous des juifs allemands »…

En fait on peut s’interroger sur la nature de ces gens : n’étaient-ils pas la première mouture d’un maïdan en France ? Quand on sait qui étaient les néoconservateurs américains encore au pouvoir aujourd’hui, on sait leurs origine trotskistes, leur attaque contre l’Etat, leur anarchisme…

La CIA dès cette époque met au point des stratégies de déstabilisation, mais elle ne se contente pas comme en Amérique latine où elle mobilise l’armée et l’extrême-droite, y compris d’anciens nazis comme en Bolivie, elle commence comme elle le fera en Europe à utiliser une partie de l’extrême-gauche et son anticommunisme… C’est une stratégie adaptée dans le pays où communistes et gaullistes représentent une résistance à la domination des Etats-Unis et où on ne peut pas faire agir directement les tortionnaires et recruter les anciens nazis comme cela se passe aussi dans le bloc soviétique, en Ukraine par exemple. L’utilisation selon le modèle Soros, d’une jeunesse d’extrême-gauche impatiente et qui se croit révolutionnaire, l’utilisation de la social démocratie atlantiste mais déjà le soutien à l’extrême-droite qui aujourd’hui prend tout son ampleur est une attaque contre la souveraineté française dans un contexte favorisé par l’UE et l’OTAN. Il est clair que mai 68 en France grâce à l’intervention massive de la classe ouvrière n’est pas seulement ce maïdan mais il est aussi par suite d’erreurs stratégique, de crise ouverte dans l’ex-URSS aussi l’ouverture vers la domination nord-américaine du continent européen. Ce texte est donc précieux à relire et il témoigne d’une certaine lucidité. (Danielle Bleitrach)

De faux révolutionnaires à démasquer

Comme toujours lorsque progresse l’union des forces ouvrières et démocratiques, les groupuscules gauchistes s’agitent dans tous les milieux. Ils sont particulièrement actifs parmi les étudiants. À l’université de Nanterre, par exemple, on trouve : les « maoïstes » ; les « Jeunesses communistes révolutionnaires » qui groupent une partie des trotskystes ; le « Comité de liaison des étudiants révolutionnaires », lui aussi à majorité trotskyste ; les anarchistes ; divers autres groupes plus ou moins folkloriques.

Malgré leurs contradictions, ces groupuscules – quelques centaines d’étudiants – se sont unifiés dans ce qu’ils appellent « Le Mouvement du 22 mars Nanterre » dirigé par l’anarchiste allemand Cohn-Bendit.

Non satisfaits de l’agitation qu’ils mènent dans les milieux étudiants – agitation qui va à l’encontre des intérêts de la masse des étudiants et favorise les provocations fascistes – voilà que ces pseudo-révolutionnaires émettent maintenant la prétention de donner des leçons au mouvement ouvrier. De plus en plus on les trouve aux portes des entreprises ou dans les centres de travailleurs immigrés distribuant tracts et autres matériels de propagande.

Ces faux révolutionnaires doivent être énergiquement démasqués car, objectivement, ils servent les intérêts du pouvoir gaulliste et des grands monopoles capitalistes.

Un des maîtres à penser de ces gauchistes est le philosophe allemand Herbert Marcuse qui vit aux États-Unis. Ses thèses sont connues. Elles peuvent être résumées de la façon suivante : les partis communistes « ont fait faillite », la bourgeoisie a « intégré la classe ouvrière qui n’est plus révolutionnaire », la jeunesse, surtout dans les universités, « est une force neuve, pleine de possibilités révolutionnaires, elle doit s’organiser pour la lutte violente ».

Bien entendu, les adeptes de Marcuse, chez nous, doivent tenir compte de la force, de l’influence du Parti Communiste Français, et de la combativité de la classe ouvrière. Mais tout en y mettant des formes, ils portent leurs coups contre notre Parti – et la CGT – et cherchent à mettre en cause le rôle fondamental de la classe ouvrière dans la lutte pour le progrès, la démocratie, le socialisme.

Les thèses et l’activité de ces « révolutionnaires » pourraient prêter à rire. D’autant qu’il s’agit, en général, de fils de grands bourgeois – méprisants à l’égard des étudiants d’origine ouvrière – qui rapidement mettent en veilleuse leur « flamme révolutionnaire » pour aller diriger l’entreprise de papa et y exploiter les travailleurs dans les meilleurs traditions du capitalisme.

Cependant, on ne saurait sous-estimer leur malfaisante besogne qui tente de jeter le trouble, le doute, le scepticisme parmi les travailleurs et, notamment, les jeunes. D’autant que leurs activités s’inscrivent dans le cadre de la campagne anticommuniste du pouvoir gaulliste et des autres forces réactionnaires. De plus, des journaux, des revues, des hebdomadaires – dont certains se réclamant de la gauche – leur accordent de l’importance et diffusent à longueur de colonnes leurs élucubrations. Enfin et surtout parce que l’aventurisme gauchiste porte le plus grand préjudice au mouvement révolutionnaire.

En développant l’anticommunisme, les groupuscules gauchistes servent les intérêts de la bourgeoisie et du grand capital.

Le Parti Communiste Français est le meilleur défenseur des revendications immédiates des travailleurs manuels et intellectuels. Il représente une force essentielle dans le combat pour éliminer le pouvoir des monopoles et lui substituer un régime démocratique nouveau permettant d’aller de l’avant dans la voie du progrès social, de l’indépendance nationale et de la paix. Il est le meilleur artisan de l’union des forces ouvrières et démocratiques, de l’entente entre tous les partis de gauche, condition décisive pour atteindre ces objectifs. Sans le Parti Communiste, il n’est pas de véritable gouvernement de gauche, il n’est pas de politique de progrès possible.

Mais notre Parti n’a pas comme seul objectif de lutter contre la malfaisance politique du pouvoir des monopoles et de lui substituer un authentique régime démocratique. Effectivement il lutte pour l’abolition du capitalisme et l’instauration d’une société socialiste où sera bannie à tout jamais l’exploitation de l’homme par l’homme. Pour une société qui réalisera l’entière égalité sociale de tous ses membres et où le but de la production ne sera plus le profit d’une petite minorité mais la satisfaction des besoins matériels et culturels de tous.

Pour atteindre ces objectifs, notre Parti Communiste fonde son action avant tout sur la classe ouvrière qui est la force sociale décisive de notre époque.

La grande mission historique de la classe ouvrière est de liquider le capitalisme et d’édifier le socialisme, seule société véritablement humaine.

Il en est ainsi parce que la classe ouvrière ne possède toujours aucun moyen de production, qu’elle est la classe la plus exploitée et, par conséquent, la seule classe véritablement révolutionnaire jusqu’au bout. Il en est ainsi parce que les conditions mêmes de développement de la production font que la classe ouvrière est la mieux organisée, la plus disciplinée et la plus consciente.

Les pseudo-révolutionnaires de Nanterre et d’ailleurs auront beau faire, ils ne changeront rien à cette réalité historique. D’ailleurs c’est bien la classe ouvrière qui a donné naissance au système socialiste qui libère l’homme de toute forme d’exploitation et d’oppression et assure progressivement la satisfaction de ses besoins matériels et culturels. Au système socialiste qui apporte tout son appui à la lutte des peuples pour leur indépendance nationale. Au système socialiste qui, par son exemple, convaincra toujours plus les travailleurs des pays capitalistes qu’il est de leur intérêt de s’engager dans la voie du socialisme.

Ces vérités élémentaires qui prouvent que le Parti Communiste Français est en France le seul parti révolutionnaire, dans le bon sens du terme, nous devons les rappeler énergiquement à ces pseudo-révolutionnaires. Nous devons leur rappeler aussi ces paroles d’Anatole France à l’adresse des intellectuels : « Pour combattre et vaincre nos adversaires, rappelez-vous citoyens que vous devez marcher avec tous les artisans de l’émancipation des travailleurs manuels, avec tous les défenseurs de la justice sociale et que vous n’avez pas d’ennemis à gauche. Rappelez-vous que, sans les prolétaires, vous n’êtes qu’une poignée de dissidents bourgeois et qu’unis, mêlés au prolétariat, vous êtes le nombre au service de la justice. »

Mais il est bien évident que nous ne confondons pas les petits groupuscules gauchistes s’agitant dans les universités avec la masse des étudiants. Au contraire, ceux-ci bénéficient de notre entière solidarité dans la lutte qu’ils mènent pour la défense de leurs légitimes revendications contre la politique désastreuse du pouvoir gaulliste dans le domaine de l’éducation.

Les étudiants ont besoin du soutien actif des travailleurs. C’est pourquoi ils doivent s’appuyer sur eux dans leur combat. Et la classe ouvrière a le plus grand intérêt d’avoir à ses côtés les étudiants en lutte pour leurs propres objectifs et pour ceux qui leur sont communs.

En effet, pour autant qu’elle a un rôle décisif à jouer dans la lutte pour le progrès, la démocratie et le socialisme, la classe ouvrière ne saurait prétendre y parvenir seule. Elle a besoin d’alliés. Les étudiants, la jeunesse en général, sont parmi ces alliés indispensables. C’est pourquoi il faut combattre et isoler complètement tous les groupuscules gauchistes qui cherchent à nuire au mouvement démocratique en se couvrant de la phraséologie révolutionnaire. Nous les combattrons d’autant mieux que nous ferons toujours plus connaître les propositions du Parti et sa politique unitaire pour le progrès social, la démocratie, la paix et le socialisme.

Georges Marchais

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5 Commentaires

Publié par le mai 10, 2018 dans HISTOIRE

 

5 réponses à “Une pièce historique non tronquée : la mise en garde de Georges Marchais contre l’anticommunisme

  1. 15ansdemafia

    mai 10, 2018 at 6:54

    L’époque de la guerre froide était beaucoup plus saine que celle qui s’annonce pour les trente prochaines années. C’est là où les communistes étaient « d’utilité publique ». au moins il y avait des codes qui réglaient les deux blocs. Un jeu d’espions, des procédés connus de tous, une idéologie de part et d’autre qui avait ses forces et ses faiblesses mais dans un équilibre de paix. Au moins, il y avait deux concept de vie où chacun pouvait y trouver son compte. Mais ce temps est bien révolu. Les générations suivantes n’auront pas cette chance.

     
  2. La Nébuleuse

    mai 10, 2018 at 7:55

    Il me semble que le PCF et la CGT de l’époque étaient critiquables sur des bases assez légitimes en pleine période stalinienne non … ? Si je recoupe les différents témoignages que j’ai pu lire, il me semblait qu’en 1968 ils étaient pour le moins frileux devant les mouvements ouvriers, si on laisse les étudiants de côté…. Une bonne partie des usines se sont mises en grève justement parce que les travailleurs demandaient d’aller au delà de ce que préconisaient les centrales syndicales. Qu’en penses tu ?

     
  3. Hervacacia

    mai 10, 2018 at 1:36

    Un article plus d’actualité que jamais dans un contexte de lutte entre un catitalisme mondialisé et guerrier et un monde multipolaire de paix avec en son centre les pays socialistes d’ajourd’hui (Chine, Viet-Nam, Laos, Cuba ) et les BRICS non impérialistes!

     
    • Hervacacia

      mai 10, 2018 at 1:39

      Mes excuses pour les coquilles : »capitalisme mondialisé et guerrier d’une part, et un monde multipolaire… »

       
  4. etoilerouge

    mai 10, 2018 at 5:24

    Mlle Nébuleuse; la CGT s’est engagée totalement dans le conflit de mai 1968. Faut-il vous rappeler que la grève était votée dans chaque entreprise ? Que ce que vous appelez  » frilosité » ( rester 1 mois ou plus sans travail ni argent pour les ouvriers Est-ce frileux?) lorsque le pays connait sa plus grande grève historique? Que fallait-il faire de plus? La Révolution comme l’ont dit les gauchistes quasiment tous passés depuis au service d’une droite bien plus à droite que celle de 1968 ou d’une social démocratie dont tout le monde aujourd’hui ne peut la différencier des forces de droites pour l’essentiel? Rejoindre l’aventurier de droite, ancien collabo F MITTERAND? La CFDT critiquant la CGT par sa soi disant amour du socialisme démocratique ( par opposition au socialisme existant qui ne le serait point?) et qui se vend aujourd’hui à la commission européenne, ce concentré des patronats européens les plus à droite, ou qui soutient ouvertement et trahit la classe des travailleurs comme lors de son attitude sur les retraites? Et ce que les travailleurs ont obtenu en 1968 et qu’ils perdent aujourd’hui êtes vous capable de l’énoncer? NON car comme les gauchos bobos d’alors ces avancées du niveau de vie, de culture ( droit pour les non bacheliers de s’inscrire à l’université après mise à niveau alors qu’aujourd’hui on empêche les bacheliers d’avoir droit à ces études) et beaucoup d’autres dont aucune chaine ne parle ni journaux ni et c’est plus grave la France insoumise et les trotskistes de tous bords hier opposés aux gains de société des ouvriers; La réalité c’est la trahison des dirigeants étudiants visible aujourd’hui, c’est leur anticommunisme foncier digne de l’extrême droite qui va détruire la gauche et le PCF pour la société actuelle dans laquelle ils font leur beurre contre les travailleurs. Ayant boulonné dans une entreprise bancaire sans CGT alors je peux vous dire que le patronat a reçu ces syndicats autonomes comme on disait en leur accordant y compris ce qu’ils n’avaient jamais demandé . Tout cela grâce à la CGT et à la classe ouvrière. Quant au rêve révolutionnaire on en était loin: le but c’était pour ces critiques de gauche de faire chuter ce gouvernement gaulliste s’opposant à l’OTAN et foutre par terre les communistes tous groupes politiques attachés à la véritable indépendance nationale pour mettre au pouvoir la droite ou les sociaux démocrates qui tous avait voté contre la sortie de l’OTAN. Et la soi disant démocratique Union européennel’union des classes patronales et des églises les plus à droite du continent. Mlle NEBULEUSE sans la CGT et le PCF il n’ y aurait jamais eu de mai 1968. Quant aux enfants des bourges qui peuplaient l’université croire qu’ils allaient faire la Révolution contre leurs intérêts de fils de cadres ou de patrons c’est rever à l’infini. Dans une nébuleuse le reve est permis.

     

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