Il y a trois ans, l’Arabie saoudite décidait d’intervenir dans la guerre civile au Yémen voisin. Trois ans plus tard le pays semble s’être lui-même enlisé dans un conflit dévastateur pour les populations civiles, au risque de perdre la guerre aussi bien sur le terrain que dans les esprits.

Des Yéménites constatent les dégâts après des bombardements le 8 mars 2018
Des Yéménites constatent les dégâts après des bombardements le 8 mars 2018 © AFP / Mohammed Huwais

L’objectif semblait simple au premier abord : rétablir le pouvoir du président yéménite Abdrabbo Mansour Hadi, chassé par les rebelles houthistes, soutenus par l’Iran chiite. Mais trois ans après, le pays reste coupé en deux. Pire, il est frappé par la famine et le choléra, deux millions de Yéménites se sont exilés, et 10.000 sont morts dans un conflit qui s’enlise.

Pour l’Arabie saoudite, le conflit au Yémen est une guerre « juste », le moyen de couper la main de l’Iran chez son voisin du sud. Mais trois ans après le déclenchement de la campagne militaire, l’offensive saoudienne est dans l’impasse, comme le souligne Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS : « Aucun des objectifs que s’étaient assignés les Saoudiens n’ont été atteints. D’un point de vue militaire, les lignes de front ne se modifient pas. Et sur l’aspect politique, la volonté des Saoudiens de remettre en place le gouvernement qu’ils jugent légitime s’avère un échec absolu. »

« Une situation de chaos absolu »

Car sur ce second aspect, l’acharnement de l’Arabie saoudite sur place est totalement contreproductif des deux côtés. « Non seulement il n’y a aucune possibilité de compromis à l’heure actuelle, mais en plus le Yémen est dans une situation de chaos absolu », explique Didier Billion. « Outre la tragédie humaine,_c’est un véritable embourbement des Saoudiens auquel nous assistons_. »

C’est aussi une guerre qui coûte cher à l’Arabie saoudite. Certains experts avancent le chiffre d’un milliard de dollars par mois, alors qu’au même moment le gouvernement serre la vis de ses dépenses.

Enfin, en termes d’image, le Yémen est une épine dans le pied du prince-héritier Mohammed ben Salmane, qui cherche à redorer le blason du royaume. Les violations du droit international, notamment les bombardements aériens contre les civils, sont devenues récurrentes. Plaçant l’Arabie saoudite sur le banc des accusés.