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Le génie est-il voisin de la folie ? un texte de Jean-Philippe Catonné

14 Fév

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ce texte  pris sur le blog d’Olivier  douvielle ne fait pas référence à Aby Waburg, mais on ne peut s’empêcher d’y penser en le lisant… Cet apaisement de l’extrême tension d’un état inconstant et fragile par la discipline artistique qui est moins un résultat de « la folie » qu’un soulagement. tel qu’il fait sortir de l’incapacité à être par une reconstruction . Une fois de plus les approximations de Michel Foucault ont conduit la réflexion dans une impasse, quel que soit la sympathie que l’on peut avoir pour Michel Foucault, il a accompagne tous les mouvements issus de 1968 vers des aspects « rétro » et souvent réactionnaires. cette analyse par ailleurs complète également notre réflexion sur ce qu’on peut attendre de la littérature, du cinéma comme éclairage d’un époque, il faut savoir qu’à aucun moment « le génie » ne dit la vérité », mais il dit quelque chose qui doit être sans cesse recréé entre ce qu’il choisit comme matériau pour reconstruire sa propre subjectivité. L’art n’est pas simple « reflet » d’une époque, il doit être analysé selon ses propres objectifs mais aussi en lien avec la dite époque comme fait politique, agissant…  (note de danielle Bleitrach)

Le génie est-il voisin de la folie ?

Jean-Philippe Catonné[1]

http://olivierdouville.blogspot.com/2017/08/le-genie-est-il-voisin-de-la-folie-un.html

Résumé

Nous considérons la parenté entre génie et folie comme une idée reçue, un rapprochement hâtif qui n’avait pas échappé à la finesse ironique de Proust. Dans son Histoire de la folie, Michel Foucault associe justement la folie et l’absence d’œuvre. Reprenant, à la lumière des travaux actuels, l’examen des troubles ayant affecté Nietzsche, Van Gogh et Artaud, il apparaît cependant que la brillante analyse de Foucault manque de rigueur. Or, dès l’Antiquité, Platon et un élève d’Aristote avaient utilement éclairé cette relation entre le génie et la folie.

Mots clés

Génie ; folie ; créativité ; troubles de l’humeur ; Proust ; Foucault ; Nietzsche ; Van Gogh ; Artaud ; mélancolie antique.

Summary

We regard the link between genius and madness as a stereotyped idea, a hasty connection that hadn’t escaped Proust’s ironical sharpness. In his History of Madness, Michel Foucault associates properly madness and the lack of works. According to contempory studies, the disorders affecting Nietzsche, Van Gogh and Artaud, it appears, however, that Foucault’s brilliant analysis lacks rigour. And yet, as early as the Antiquity, Plato and a disciple of Aristotle’s had cast an interesting light on this relationship between genius and madness.

Key words

Genius ; madness ; creativity ; mood disorders ; Proust ; Foucault ; Nietzsche ; Van Gogh ; Artaud ; ancient melancholia.

Dans À la recherche du temps perdu, Proust met en scène des médecins aux propos savoureux. La fascination du docteur du Boulbon pour le « nervosisme » semble indéniable. Charcot aurait prédit qu’un jour ce confrère régnerait sur la neurologie et la psychiatrie. Il le leur rend bien si l’on en juge par ses déclarations : « Tout ce que nous connaissons de grand nous vient des nerveux… sans maladie nerveuse, il n’est pas de grand artiste… il n’y a pas de grand savant ». Le docteur Cottard franchit un pas de plus. Ce médecin, familier de Mme Verdurin, n’hésite pas à affirmer : « Le génie peut être proche de la folie »[2]. Une telle affirmation mérite une discussion et, en premier lieu, un bref rappel historique. À la fin du XIX° siècle, paraissaient plusieurs ouvrages sur la parenté entre le génie et la folie, dont le célèbre Genio e follia du psychiatre Lombroso. Issu d’une tradition d’esthètes romantiques, ce thème n’est pas inconnu des salons alors fréquentés par Marcel Proust. Aujourd’hui, et depuis la deuxième partie du XX° siècle, certains associent plus spontanément, dans cette même veine, la folie à la « créativité ». Notons que cette évolution sémantique actuelle du terme de génie apparaît adéquate à un de ses deux sens fondamentaux, à savoir une « aptitude créatrice, portée à un degré supérieur », tout en précisant que la notion de génie reste un concept majeur de l’esthétique contemporaine[3]. Son acception moderne date du XVIII° siècle, théorie lisible, par exemple, dans l’esthétique d’Emmanuel Kant, lequel conçoit le génie comme un talent, don de la nature pour produire des œuvres d’art originales, exemplaires[4]. Or, il semble que Michel Foucault, sans pourtant reprendre à son compte des affirmations semblables à celles des médecins imaginés par Proust, ait lui-même succombé à une certaine esthétisation de la folie. Ni son exceptionnelle intelligence, ni la lucidité de nombre de ses analyses, sans parler de son style fulgurant ne l’ont mis à l’abri de ce rapprochement ambigu, comme nous allons le montrer. Voyons son Histoire de la folie : trois figures exemplaires apparaissent, celles du philosophe, du peintre et du poète, une trilogie de fous. « La folie de Nietzsche, la folie de Van Gogh ou celle d’Artaud appartiennent à leur œuvre, ni plus ni moins profondément peut-être, mais sur un tout autre monde »[5]. Certes, Foucault admet un « affrontement » entre la folie et l’œuvre. Ainsi « le dernier cri de Nietzsche… c’est bien l’anéantissement même de l’œuvre… où il lui faut se taire ; le marteau vient de tomber des mains du philosophe ». Après l’effondrement final du philosophe vient le drame du peintre automutilé : « Van Gogh savait bien que son œuvre et sa folie étaient incompatibles ». Même chose pour le poète puisque « la folie d’Artaud est précisément absence d’œuvre ». Cependant, la folie contraindrait à s’interroger et le monde serait requis à s’ordonner à son langage. La folie inaugurerait le temps de la vérité de notre monde, puisqu’il « se mesure à la démesure d’œuvres comme celle de Nietzsche, de Van Gogh, d’Artaud. Et rien en lui, surtout pas ce qu’il peut connaître de la folie ne l’assure que ces œuvres de folie le justifient ». Il nous reste donc à évaluer la « folie » de ces trois modèles et la relation qu’ils entretiennent avec leurs œuvres en recourant à leurs dossiers médicaux.

L’ambiguïté de Foucault

Nietzsche s’effondre le 3 janvier 1889 et entre alors dans un processus déficitaire sans retour, au sujet duquel on peut avancer le diagnostic de démence syphilitique comme le plus vraisemblable. Dans une étude récente, Fernandez-Zoïla reprend toute la documentation médicale disponible[6]. Il considère le diagnostic de syphilis avec méningo-encéphalo-vascularite inflammatoire comme certain, rendant compte de la paralysie générale progressive qui se développe chez Nietzsche jusqu’à sa mort, survenue en août 1900. L’entrée dans la démence fut contemporaine d’une moria, joie morbide qui, chez Nietzsche, se manifesta par un état d’excitation, entrecoupé par des moments de prostration, tableau clinique qui, déjà, inaugurait l’évolution déficitaire. L’A. écarte donc la simulation, une comédie d’emprunt de masques de la folie. Surtout, il exclut la folie elle-même et rappelle que Foucault aurait gagné à distinguer plus rigoureusement la folie et la démence. Alors que la première peut s’accompagner d’une capacité productrice, psychopathologique ou autre, la seconde se traduit bien par une absence d’œuvre, en raison d’un déficit progressif et irréversible. L’analyse mériterait d’être nuancée, puisque certaines formes de folie ont pu évoluer vers la démence et, qu’à l’inverse, une démence peut être précédée par une période pré-moriatique, productive et expansive. Pour Nietzsche, elle fut contemporaine de la composition de Ecce Homo et de Nietzsche contre Wagner. L’excitation euphorique ne s’est alors accompagnée d’aucun signe d’affaiblissement intellectuel. L’A. ne relève aucune incorrection manifeste et conclut à bon droit en acceptant ces deux dernières œuvres comme authentiquement philosophiques.

Voyons maintenant le peintre : Van Gogh n’était certainement pas dément, mais peut-on parler pour autant de « sa folie » ? À l’asile de Saint Rémy, les médecins diagnostiquent une épilepsie, plus exactement un état dit de « petit mal », lié à un foyer épileptogène du lobe temporal du cerveau, lésion qui donne des accès de désorientation appelés « absences ». Mais avant tout, Van Gogh serait affecté de mélancolie avec sentiments d’indignité et de culpabilité, état pouvant alterner avec des phases d’agitation maniaque accompagnées d’hallucinations visuelles, en particulier lors de l’épisode où il se tranche l’oreille. Sa peinture devient une acte créateur s’opposant aux accès mélancoliques, relation à la création dont Van Gogh est manifestement conscient. Karl Jaspers, non seulement remarquable philosophe mais aussi savant psychiatre, avait l’impression de se trouver en face d’un schizophrène, en contemplant les toiles de Van Gogh. À l’inverse, tout récemment, François-Bernard Michel réfute l’hypothèse de la folie, sachant qu’il vise à exclure chez le peintre une psychose dissociative. L’A. regrette que Van Gogh soit une référence obligée sur le thème « folie et créativité » ; il déplore que « les livres sur le folie utilisent sans scrupule en couverture ses autoportraits »[7]. Comme Artaud, il dénonce donc la thèse de la folie de Van Gogh, en exaltant cependant sa face humaine plus que son génie. Soumettons Artaud lui-même à cet examen. Quand il subit un internement psychiatrique à la fin des années trente, son délire mystique avec hallucinations et persécutions empêche toute forme de création, incapacité qui durera quatre à cinq ans. À partir de 1943, à l’asile de Rodez, il se remet à écrire, encouragé par le docteur Ferdière, et recommence à dessiner avec l’aide de Frédéric Delanglade, logé chez Ferdière[8]. Artaud quitte Rodez en 1946, départ qui sera suivi par deux types de mythe autour de sa personnalité. Les uns s’emparent de sa folie comme le symbole de la révolte et de l’inspiration créatrice. Les autres la nient purement et simplement : tel fut le cas de Henri Parisot, l’artisan de la publication des Lettres de Rodez. La position d’André Breton semble plus clairvoyante : il admet la folie et, pourtant, l’envisage comme compatible avec le processus de création, dès lors que la période aiguë est dépassée.

En conséquence, revenons à Foucault : nous ne saurions partager ni son analyse sur Nietzsche, ni sur Van Gogh, ni même sur Artaud, puisque, le plus probablement, si les travaux scientifiques sur lesquels nous nous appuyons s’avèrent exacts, les deux premiers n’étaient pas fous et que la folie du dernier lui a permis d’accéder à une certaine vérité qu’après avoir été traitée, apaisée. Et pourtant une liaison entre le génie et le trouble mental pourrait bien être mise en évidence. Quelle est-elle ?

La juste intuition des Anciens

Elle concerne les variabilités de l’humeur que les psychiatres actuels désignent sous le nom de troubles bipolaires de l’humeur de type II, associant une dépression majeure et des phases d’hyperactivité, dites hypomaniaques. Ainsi, on a pu calculer que 10 % de ceux affectés par cet état étaient des artistes, proportion de dysfonctionnement thymique d’ailleurs plus élevée parmi les écrivains, car 17 % d’entre eux présentaient des épisodes maniaques et 33 % des épisodes dépressifs[9]. Or une telle corrélation avait été déjà observée, dès l’Antiquité, en particulier par un élève d’Aristote, probablement Théophraste[10]. Selon l’auteur péripatéticien, les hommes d’exception, qu’ils soient philosophes, politiciens ou artistes sont des mélancoliques. Précisons qu’« être d’exception » traduit le grec per-ittos ou per-issos, c’est-à-dire en excès, qui dépasse la mesure. En effet, tout un chacun aurait une humeur inconstante (que les Anciens rapportaient à la bile noire ou melagcholia, c’est-à-dire la mélancolie), mais les êtres d’exception en auraient plus que la moyenne. Pour l’A., de ce fait, ils sont particulièrement créatifs et en même temps fragiles. Car, si le bon mélange de cette humeur inconstante vient à se rompre, ils basculent, soit dans des phases de ralentissement avec risque suicidaire, ce qui correspond à notre moderne mélancolie, dépression majeure, soit, au contraire, dans des états d’excessive confiance en soi, ce qui correspond à notre actuel état maniaque. Le créateur sera donc hors norme, tout en présentant un équilibre lui-même fragile. Cette intuition de l’auteur antique apparaît d’autant plus remarquable qu’il a la finesse de n’établir qu’une liaison contingente entre génie et mélancolie ainsi définie. Qui plus est, le pseudo-Aristote n’ignorait sans doute pas la pensée de Platon sur la création.

Les poètes sont inspirés par les Muses, par conséquent possédés par une force divine qui échappe à la raison. « La poésie composée de sang-froid est éclipsée par la poésie de ceux qui délirent »[11], écrit Platon dans le Phèdre, après avoir exposé la même idée dans l’Ion. Ainsi, pour expliquer le génie, à la gratuité platonicienne d’un don divin conférant un délire créateur, l’élève d’Aristote a substitué le hasard d’un mélange réussi dans une humeur variable. Pourtant l’un comme l’autre ont assez de lucidité et de bon sens pour distinguer le génie et la folie, au sens moderne de processus pathologique. L’aristotélicien considère le génie comme une personne dotée d’un mélange inné, envisage une bonne santé du mélancolique et sépare cet état d’un accident qui fait sombrer dans la folie. Quant à Platon, il distingue deux types de délires : ceux causés par impulsion divine, créateurs, et ceux causés par les maladies humaines[12].

Depuis au moins vingt-quatre siècles, par conséquent, on a su identifier un état de santé créateur, quoique inconstant et fragile ; on a su le distinguer d’un état pathologique. Le pseudo-Aristote savait reconnaître une mélancolie inadéquate à la création, tout comme Platon excluait de l’inspiration féconde certaines affections morbides. Les Anciens savaient bien que le la folie en tant qu’état pathologique aigu se caractérisait par une souffrance invalidante pour le génie créateur. Qu’en est-il alors de notre moderne « art des fous » ? Pensons à Aloïse Corbaz, découverte par Jean Dubuffet ou encore à Guillaume Pujolle, pour lequel Gaston Ferdière avait incité un de ses élèves à écrire une thèse. Chez ces êtres inspirés, dotés d’un authentique génie, la création accompagne le processus de reconstruction psychique, phase favorable à laquelle l’œuvre participe intensivement. Dans ces conditions, elle s’avère compatible avec un délire chronique, tel que celui d’Artaud. La stabilisation a mis à distance la folie en tant que crise. Ainsi donc, docteur Cottard, si le génie peut être voisin de la folie, il en est le plus souvent éloigné. Voilà qui n’avait sans doute pas échappé à l’ironie de Marcel Proust.

[1]Université de Paris I Panthéon-Sorbonne.

[2]Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, Bibliothèque de la Pléiade, Editions Gallimard, 1954, pp. 305, 306 et 1041.

[3]Cf. art. « génie » in Etienne Souriau, Vocabulaire de l’esthétique, Paris, PUF, 1990, pp. 785-788.

[4]E. Kant, Critique de la faculté de juger, trad. A. Philonenko, Paris, Vrin, 1989, § 46, pp. 138-139.

[5]Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Gallimard, 1972, p.555 et pour la suite des citations, passim, pp.554-557. Il est bien entendu que, dans mon esprit, la présente critique adressée à l’Histoire de la folie de Foucault ne prétend pas remettre en cause l’ensemble de l’ouvrage, à savoir une originale et admirable réflexion pour relativiser le concept de folie et l’inscrire dans une historicité, faite de périodes successives et singulières.

[6]Adolfo Fernandez-Zoïla, « Nietzsche et ses maladies », in Didier Raymond (sous le dir. de), Nietzsche ou la grande santé, Paris, L’Harmattan, 1999, pp. 97-131. Ajoutons que Bertrand de Toffol va dans le même sens que Fernandez-Zoïla. Au terme d’une magistrale leçon de neurologie, il retient le diagnostic de syphilis comme « hautement vraisemblable », in « Les yeux de Friedrich Nietzsche », op. cit., pp. 85-96.

[7]François-Bernard Michel, la face humaine de Van Gogh, Editions Grasset et Fasquelle, Paris, 1999, p. 46.

[8]Sur cette question, je renvoie à l’étude du dossier médical d’Artaud par André Roumieux et de l’analyse de la correspondance de Ferdière par Laurent Danchin, suivies d’entretiens recueillis en particulier par Jean-Claude Fosse, in Artaud et l’asile, Paris, Séguier, 1996, 2 vols.

[9]Philippe Brenot, Le génie et la folie, en peinture, musique et littérature, Paris, Plon, 1997, pp. 181 et 196.

[10]Aristote, L’homme de génie et la mélancolie, Paris, Editions Rivages, 1988, présentation de J. Pigeaud, p.56.

[11]Platon, Phèdre, 245a, trad. Paul Vicaire, Paris, Société d’édition « Les Belles Lettres », 1985.

[12]Ibid., 265a.

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5 réponses à “Le génie est-il voisin de la folie ? un texte de Jean-Philippe Catonné

  1. Dietzgen

    février 14, 2018 at 11:32

    Superbe et très juste. J’ai toujours pensé que la sanité mentale n’existait pas ; nous sommes tous fous à divers degrés.
    Seul l’équilibre de ces paraphilies permettent de dire ce qui est fou et sain (d’où le terme « déséquilibré »). Et le déséquilibre peut être merveilleux parfois : le sentiment océanique de Romain Rolland, subtil hybride de dépersonnalisation et de déréalisation, qui est la cuspide du sentiment artistique.

    Le génie est un exemplaire, pas un exemple (ce n’est pas un simple lien mécaniste avec son temps dont il serait simplement « l’air »). Autrement dit un modèle, une pierre de feu suscitant en autrui un génie nouveau et différent. Le génie jaillit de l’individu par delà sa propre compréhension (sa conscience, dirais-je), il ne le maîtrise pas (Schubert, dont l’oeuvre entière est une descente dans l’au-delà de la conscience, disait que les idées jaillissaient de lui comme une fontaine, sans cesse).

    Par le génie, la matière de la nature donne ses règles à l’art (pour parler comme Kant), le génie est l’incarnation inconsciente d’une forme de déterminisme dépassant la conscience humaine (d’où la nécessité de l’analyser à posteriori).

    Je trouve fort à propos l’image de Mahler au sujet de la tradition : « non pas des cendres mais un feu qui doit être entretenu ». C’est pour cela aussi que l’on peut considérer l’art comme la naissance et la mort du sacré : l’art doit extérioriser le transcendant dans un objet pour créer et détruire cet objet ou le modifier pour détruire (tout aussi nécessaire que créer), par exemple par la dérision et la comédie. Le sacré veut seulement maintenir l’intermède, le sentiment transcendant, d’où sa subordination à l’art même pour ses représentations (ainsi que certains conflits).

    L’art est une manière de faire vivre le « transcendant » (que je nommerais plutôt subconscient), ce que l’individu n’explique pas, qui le domine (ce qui le rend « fragile et inconstant » comme vous le dites justement), en l’objectivant et en l’exprimant (ce n’est pas une simple mise à distance catharsitique, c’est un embellissement). L’acte artistique est intimement dialectique, résolvant les antinomies de la vie et les dépassant (pour pouvoir continuer à vivre avec ces apparentes antinomies).
    C’est une vision bien plus belle et colorée que celle des foucaldiens, mais surtout plus juste et vraie.
    Foucault est en effet un régressiste, je ne comprend pas la vénération (peut-être générationnelle des 68) dont sa pensée est l’objet, qui est fêtée simplement pour son relativisme … simpliste. Aucune idée neuve ni décisive, que de la polémique creuse.

    Je m’excuse du pavé nocturne que je viens de mettre au monde, mais votre blog me passionne, surtout quand il traite de tels sujets. Les « actualités » (qui me paraissent éternellement inactuelles et sans valeur, comme disait Nietzsche : « Rien ne vaut rien. Il ne se passe rien. Et cependant tout arrive. Mais cela est indifférent. ») semblent d’une telle vanité en comparaison…
    Merci pour cet intermède.

    Salutations sincères.

     
  2. histoireetsociete

    février 15, 2018 at 6:06

    merci d’aussi bien lire, il y a dans ce texte des pistes, celle de la dénonciation de la manière « réactionnaire » (malgré lui?) dont Foucault a accompagné l’avancée du « néo-libralisme, une utopie du capital en crise…il y a d’autres pistes qui m’intéressent, la manière dont Hegel a lié l’art à une époque, Quant au rapport folie-génie, ou au contraire une manière de soulagement par la ré-appropriation de la capacité à créer que la démence interdit. je pensais aussi à ces deux couples du romantisme Allemand que sont Hegel et Holderlin et Goethe et Lenz, même dialogue entre le solaire, celui qui apparemment atteint la plénitude et le
    maudit qui sombre dans la démence, l’interpellation de Hegel ou de Goethe aux deux malheureux en leur intimant d’avoir à se taire parce qu’il ne faut pas révéler le secret des dieux… par parentèse il y a un des plus beaux texte , celui de Buchner, le révolutionnaire lui aussi hanté par la Révolution français, intitulé « la folie de Lenz, Rien de plus équilibré que Hegel et Goethe, rien de plus révélateur des apories de celui qui a vécu l’impossibilité de la révolution comme Holderlin et Lenz… Lukacs est là mais aussi Benjamin et Brecht… Ei le nazisme comme parodie de la transcendance par la guerre…
    Je suis moi aussi lasse du bégaiement de l’actualité, mais il faut aussi peut-être s’atteler à cela si on veut éviter les pièges de l’idéalisme, il faut avoir le courage de se dire comme Brecht que son propre art un jour n’aura plus de sens…
    Enfin la plus importante des questions sans doute, est-ce que ce travail qu’exige l’art, cette matérialisation d’une méditation, qui est celle de l’artiste mais aussi celle du spectateur, du lecteur, il y a en soi quelque chose de révolutionnaire, dans les temps qui sont les nôtres j’en suis convaincue c’est pour cela que je m’obstine à lier Histoire, actualité et matérialisation des subjectivités.. Mais nous sommes dans une telle confusion une telle caricature de nos combats. Hier sur un blog, un crétin mao qui se croyait révolutionnaire a dit de moi que je m’obstinais à penser l’aspect moral et que cela n’intéressait pas « le jeune travailleur » , le tout assorti d’insultes dignes de Macron sur mon âge… J’ai eu envie de vomir, parce que ce type était probablement un « doctorant », une de ces « capacités » méprisées qui se prend pour le prolétariat… J’ai pensé à Aragon sur lequel Cohn Bendit avait déversé un tombereau d’insultes sur le thème « vieux con, crapule stalinienne » et qui s’était contenté d’un « c’est avec les jeunes cons qu’on fait les vieux cons », nous voici au rendez-vous , Cohn Bendit est effectivement le vieux con liberal libertaire, en marche. Toutes nos tentatives pour créer sinon l’homme nouveau au moins des tensions productrices d’un dépassement, paraissent oubliées… ne pas flatter l’aliénation, la travailler dans un rapport théorie – pratique, de tous ceux qui ont voulu faire de mai 68, la mouture de tous les maïdan et qui aujourd’hui s’apprêtent à célébrer leur mai 68, la manière dont justement avec Foucault ils ont prétendu enterrer toute tension de l’humanité vers son émancipation… C’est à cause de l’insulte de cet imbécile que j’ai décidé de temporairement arrêter ce blog et d’interdire à celui qui dirige le dit forum intitulé « humanité rouge », un certain Xuan toute participation à ma propre réflexion, à la notre…

     
    • Dietzgen

      février 15, 2018 at 11:19

      Comme c’est cocasse, j’ai déjà conversé avec ledit Xuan sur son forum… Il semble ne pas avoir changé, à ce que je vois. Des confidences d’un de ses hôtes, la jeunesse ne semble pas être ce qui fréquente le plus « humanité rouge ». Je crois que lui-même bannit beaucoup de monde sur son forum lorsqu’il y a désaccord …

      Quant à Cohn-Bendit est la quintessence du conformisme quiétiste contemporain, l’atticisme bourgeois dans toute sa splendeur, comme dirait Audiard, « c’est une synthèse ». Foucault et ses émules, soit-disant relativistes, désiraient en fait la totalité neutre et sans histoire, sans temporalité ni géographie, pour résoudre les tensions avec lesquelles ils n’arrivent pas à vivre. D’où leur rejet de la dialectique qu’ils peignaient pourtant sous les traits de ce qu’ils désiraient en fait : la négation de la multiplicité du monde. Je pense d’ailleurs qu’il y a un travail critique à faire sur la projection mentale que ce courant de pensée faisait (entre autres sur le marxisme).

      Mais surtout, ne vous laissez pas rebuter par les insultes, les personnes de qualité se révèlent aux nombres d’ennemis qu’ils se font. Et l’opprobre des imbéciles est l’éloge des esprits brillants.

      Tenez, récemment, dans les commentaires d’un article de Regards, j’ai eu mon soûl d’invectives ignares… (dans cet article médiocre, par un anti-communiste me traitant d’imbécile en se prenant pour Madame Histoire :
      http://www.regards.fr/l-humeur-du-jour/article/au-pcf-c-est-le-moment-du-degagisme
      (oui, mon pseudonyme est…excentrique)

      Je comprends votre émotion, mais n’arrêtez pas votre blog pour si peu, il vaut tellement plus.

      Moi qui suis un « jeune travailleur », je me sens particulièrement touché par votre travail, et je pense justement que la jeunesse ne recherche pas une simple flatterie de ses bas instincts grégaires.

       
  3. histoireetsociete

    février 15, 2018 at 11:55

    j’avais lu ce texte de regard, leur réaction ne m’impressionne pas outre mesure… Ils sont en quelques sorte les seuls vrais battus de l’histoire, s’il y a une chose de réalisé c’est leur élimination, ils ne représentent plus un courant crédible, d’où l’aspect ragot de la manière dont ils présentent « la fronde » , parce que c’est peut-être de cela qu’il s’agit, la fronde de ce qui fut le cercle le plus rapproché autour de Pierre laurent. Qui reste-t-il, on est stupéfait à la lecture des noms… Personnellement, je suis pour que l’on poursuive le Congrès sur le fond, c’est la seule issue, bilan, texte commun ouvert avec des alternatives sur lesquels les militants devront trancher. Tout le reste ne mène nulle part… ce sont les grandes manoeuvres électorales, pas les européennes parce que premièrement l’Europe est en train de virer bleu, brun rapidement et le 4 mars l’Italie va se réveiller avec la gueule de bois, l’Allemagne est incapable d’engendrer quoi que c soit… et les Français savent bien que cette élection est sans aucune perspective. mais il y a les municipales, la ville de Paris, le conseil général du Val de Marne, oui mais, il est clair là aussi que le bâteau est ivre et que ça tangue de tous côtés… La france insoumise est comme Tsipras et Podemos, incapable d’aller plus loin… Notre seule issue c’est si faire se peut penser une stratégie sur le plus long terme et pour préserver ce qui peut l’être jouer à fond la carte de la démocratie interne des adhérents.

     
  4. je hais les cookies

    février 15, 2018 at 12:21

    Italie, il paraît que le score qui s’annonce « affole les marchés ». Bon a priori tout ce qui « affole les marchés » doit contenir quelque chose de bon !! il suffit d’un peu d’bon sens pour le présumer !

     

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