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Une alternative pour le Kirghizstan : les communistes s’organisent

04 Fév

Action Coup Poing Avenue Tchouï Staline

Action coup de poing lors de laquelle l’avenue Tchouï a été renommée Avenue Staline
Radio Azattyk

https://www.novastan.org/fr/kirghizstan/une-alternative-pour-le-kirghizstan-les-communistes-sorganisent/

 

0Peu après la prise de pouvoir de Sooronbaï Jeenbekov à la dernière élection présidentielle, « Nouvelle Voie », un nouveau mouvement, est apparu dans le paysage politique du Kirghizstan. Fondée en tant qu’organisation non-gouvernementale, l’association communiste milite pour l’avènement d’un Kirghizstan socialiste. Quels sont les enjeux de ce mouvement ? Pourquoi le communisme reste-t-il, pour certains Kirghiz, une idéologie politique encore convaincante ?

Novastan reprend et traduit un article initialement paru dans notre version allemande.

À Bichkek, l’été dernier, une action coup de poing révélait un nouveau mouvement politique. En pleine nuit, des activistes ont rebaptisé l’avenue Tchouï, axe principal du centre-ville. Le mot « Tchouï » a été ainsi remplacé : la route qui borde la Maison Blanche et la place Ala-Too s’appelle désormais « Avenue Staline ». L’affaire a agité les médias kirghiz et un groupe de jeunes adultes a revendiqué l’action. Ils se nomment les « Nouveaux Staliniens ».

Amantour Manapbaev, 22 ans, est l’un d’entre eux. Pour cette action, il a déjà subi plusieurs gardes à vue et interrogatoires. Mais les autorités l’ont finalement libéré. Tout ce retentissement autour de cette action étonne le jeune militant. Après tout, la route avait déjà porté ce nom à l’époque soviétique. Ce sont les autres qui l’ont rebaptisée. « C’était indispensable de rappeler à la société, et surtout aux puissants, le nom de Staline. Car notre pays vit aujourd’hui dans le chaos. Et un homme comme Staline pourrait y mettre un terme. », explique Amantour  Manapbaev pour justifier cette action.

Amantour Manapbaev Activiste

Amantour Manapbaev, activiste communiste kirghiz de 22 ans
Janina Lackmann

C’est après la lecture d’une biographie de Lénine qu’il est devenu fervent communiste. Lorsqu’il a fêté ses 18 ans, Amantour Manapbaev a adhéré au Parti communiste du Kirghizstan. Depuis, il travaille à plein temps pour le parti et est en charge des relations publiques. Il voit alors dans le socialisme le seul moyen de résoudre les problèmes économiques, sociaux et politique de son pays.

Nationalisation partielle des entreprises kirghizes

Aujourd’hui, il ne souhaite pas le retour du système soviétique et il ne considère pas l’abolition absolue de la propriété privée comme indispensable. « Il est préférable de ne nationaliser que les filières stratégiques de l’économie. Les petites et moyennes entreprises conserveraient leur liberté d’action, mais les grandes entreprises appartiendraient pour 51% à l’État et pour 49% au secteur privé. C’est le système le plus efficace en matière économique », estime-t-il.

S’il parvenait au pouvoir avec le mouvement communiste, il rendrait, d’ailleurs, la mine d’or de Koumtorau peuple kirghiz.

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Staline est un de ses plus grands modèles, même si Amantour admet que des « atrocités excessives » sont survenues lorsqu’il détenait le pouvoir. Pourtant, le jeune homme de 22 ans reste impressionné par l’efficacité avec laquelle Staline réalisa tant de choses en si peu de temps.

Le communisme, une quête d’identité

Mais pourquoi tant de jeunes se sentent-ils, à l’image d’Amantour, attirés par un modèle politique et social pourtant responsable en grande partie des problèmes économiques et sociaux que connaît actuellement le pays ? Le professeur Emil Nasritdinov est chercheur en sciences sociales à l’American University of Central Asia (AUCA) et mène des recherches sur la culture de la jeunesse en Asie centrale.

Selon lui, la recherche d’une identité commune est aujourd’hui le plus grand défi posé aux jeunes générations. À l’époque communiste, chacun avait une place dans la société et la cohésion entre adolescents était forte. « La jeunesse se partageait la ville. Chaque quartier avait même son surnom et on savait exactement qui y vivait. Chacun de ces microdistricts avait son identité, c’était un moyen de se définir ».

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Ces souvenirs sont transmis par les générations qui ont vécu cette époque. Les jeunes sympathisants de l’idéal communiste sont souvent marqués par les récits de leurs parents.

Un mouvement avec peu d’influence

Le père d’Amantour Manapbaev était lui-même fervent communiste. Sa mère, en revanche, a commencé à se faire du souci lorsque son fils a annoncé sa volonté de rejoindre le parti. Et, parmi ses amis, bien peu se laissent enthousiasmer par son idéal. Peut-être trouvent-ils ses idées trop radicales. Il soutient notamment la peine de mort, suivant l’exemple du socialisme chinois, notamment pour les cas de corruption.

Activistes Mouvement Nouvelle Voie Idéal

Des activistes du mouvement « Nouvelle Voie » défendant l’idéal communiste
Facebook

Sur les réseaux sociaux, Amantour Manapbaev a longuement tenté de convaincre les jeunes de soutenir sa cause. En vain. « L’électorat est très différent ici. Les gens ont subi un véritable bourrage de crâne. Mais, quand on va dans les régions rurales pour y faire signer des pétitions, on a beaucoup plus de succès. Les petites gens nous soutiennent. »

Malgré tout, Amantour Manapbaev reste attaché à son rêve d’un Kirghizstan socialiste. En décembre 2017, il annonce la création de l’ONG « Nouvelle Voie ». Un contre-projet face au programme de développement national mené par le nouveau présidentSooronbaï Jeenbekov, qui, selon lui, n’offre pas de réponses à long terme aux problèmes que connaît actuellement le pays.

Lire aussi sur Novastan : Kazakhstan : comment la pop et le rock ont affaibli le pouvoir soviétique

L’organisation communiste défend la mise en place d’un plan quinquennal pour le développement social du pays. Mais elle n’a pas encore fait connaître de plan d’action précis. Le nouveau mouvement peine toutefois à se faire connaître du grand public au Kirghizstan.

Janina Lackmann
Rédactrice en chef de Novastan

Traduit de l’allemand par Antoine Roth et Élodie Vouaux

Édité par Jérémy Lonjon
Rédacteur en chef de Novastan

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