RSS

L’hommage d’Annie Lacroix Riz à Jean Salem

30 Jan
Une lettre d’hommage de l’historienne Annie-Lacroix Riz suite au décès, le 14 janvier dernier, du philosophe marxiste Jean Salem, paru sur le blog de la Librairie Tropiques (Paris 14 ème) qui organise demain 30 janvier à 19 h 30, en ses locaux, une soirée intitulée « Salut Jean », avec, e.a., Aymeric Monville (des Editions Delga) qui a beaucoup fait pour diffuser son oeuvre, de Dominique Pagani, et l’amicale participation de Alain Badiou au débat… Cet hommage de Annie Lacroix-Riz me touche à des tas de niveaux parce qu’Annie, comme Jean, est ce qu’elle est, quelqu’un qui aura tenu avec courage et compétence le front académique. Qu’il y ait eu dans ces temps de déshonneur des intellectuels de cette qualité pour accepter ce combat dit l’honneur des clercs, leur filiation avec les Politzer, mais sans même le soutien d’un parti communiste. Je découvre en lisant ce texte qu’Annie est comme moi issue d’une famille de juifs polonais, comme Jean Salem était le fils d’Alleg. Jamais il n’y eut le reniement de l’Union soviétique, de la victoire contre le nazisme. Merci jean, merci Annie. (note de Danielle Bleitrach)
 Résultat de recherche d'images pour "Annie Lacroix Riz"
Chers amis,
Je voudrais vous dire à quel point je considère la philosophie et la pensée marxistes en France comme durement frappées par le décès prématuré de Jean Salem, ce philosophe qui, avec panache, a continué, par très gros temps, à revendiquer ses options initiales de changement du monde.
Je connaissais Jean depuis plusieurs années, et ai apprécié son séminaire, qui a vaillamment œuvré à maintenir dans une tribune académique, et quelle tribune que celle de la vieille Sorbonne, la pensée marxiste. C’était œuvrer à contre-courant de l’idéologie dominante, non seulement hégémonique, mais en passe de devenir exclusive, puisque se dessine désormais, après le dénigrement, l’interdiction d’accès à tout moyen de communication et de formation (enseignement inclus) de toute pensée critique, désormais systématiquement taxée de complotisme. Les historiens critiques ne sont pas mieux lotis que les philosophes dans le droit à l’expression; ils en sont même encore plus strictement exclus, aucune participation au moindre « débat » ne leur étant jamais accordée, à l’université ou en dehors. C’est dire à quel point je sais gré à Jean, si sensible au fait que la philosophie et l’histoire s’enrichissent mutuellement, de m’avoir à plusieurs reprises invitée à son séminaire et d’y avoir convié bien d’autres intellectuels que le public ne voit ou n’entend jamais.
Je suis désolée de ne pas être présente physiquement à cet hommage, qui certes ne pouvait être différé, mais j’ai eu à choisir entre cet hommage, auquel participeront nombre de mes amis et camarades, et la présence à une manifestation de soutien aux communistes polonais menacés d’interdiction et de prison. Protester contre l’ignominie des héritiers de Pilsudski et de Beck me paraît particulièrement légitime pour une petite-fille de juifs chassés de Pologne vers 1920 par les pogroms et autres exactions orchestrés par les réactionnaires antibolcheviques et antisémites polonais, et à laquelle ses recherches ont confirmé les horreurs qu’on lui avait racontées à ce sujet pendant toute son enfance. Ni Jean, ni son père Henri Alleg, symbole de la résistance à l’oppression qui a tant combattu la domination coloniale et la traque des militants antinazis persécutés après 1989 dans toute l’Europe orientale devenue germano-américaine, ne songeraient, je pense, à me le reprocher.
L’un et l’autre sont demeurés fidèles, par leur pensée et leur action, d’une part, aux militants révolutionnaires de 1914 désespérés par l’abdication du mouvement ouvrier de l’époque, et qui ne pouvaient alors imaginer 1917, forgé par les bolcheviques, et, d’autre part, au socialisme réel, car ils savaient que la perte d’une bataille, si décisive soit-elle momentanément, ne signifie pas la défaite. Merci Jean, pour tout ce que tu as apporté à la philosophie progressiste, aux Lumières aujourd’hui si menacées par la coalition des impérialismes dominants, américain et allemand, et des impérialismes dominés, dont le français, singulièrement capitulard, comme tu l’as souvent écrit. Nul ne peut douter que la crise, si profonde et durable du capitalisme, et la reconstruction inéluctable du mouvement révolutionnaire qui lui est liée, ne te donnent les brillants successeurs dont notre pays et notre peuple ont besoin.
Annie-Lacroix Riz, historienne
Publicités
 
3 Commentaires

Publié par le janvier 30, 2018 dans HISTOIRE, THEORIE

 

3 réponses à “L’hommage d’Annie Lacroix Riz à Jean Salem

  1. frank

    janvier 30, 2018 at 4:10

    bonjour Danielle,
    JE VOUS REMERCIE ?à toutes les 2,toi et Annie;
    Dès que je suis à la retraite,je rejoins l’équipe d’ Annie.
    La résistance commence par le combat pour la mémoire.
    bises
    Frank

     
  2. leca

    février 1, 2018 at 2:44

    J ai retrouvé dans ma bibliothèque un opuscule d’ Emmanuel d Astier de la Vigerie datant de 1960 consacré à Staline . C’est intéressant de voir le regard que pouvait porter en cette année là un gaulliste passé par le pétainisme. Il croit bien sûr tout ce que dit Khroutchev ( il n est pas le seul à l’époque), un peu ce que dit Trotsky, mais pas tant que ça. Toukatcheski et Boukharine sont innocents et l’assassin de Trotsky se nomme encore Jacques Mornard. Iéjov est fou. Béria lubrique et Kaganovitch un dénonciateur. Plus surprenant son insistance à évoquer une supposée détestation des juifs chez Staline sans qu’ il en apporte la moindre preuve.
    Malgré tout le bouquin est globalement positif et l’auteur ne peut s empêcher d exprimer son admiration pour la figure de Staline et le peuple soviétique
    Tout ça pour dire que les travaux d historiens dignes de ce nom, c est à dire s’ appuyant sur des sources et recoupant les témoignages sont infiniment précieux . Il faut remercier Annie Lacroix-Riz pour tout ce qu’ elle accomplit.

     
  3. histoireetsociete

    février 1, 2018 at 2:50

    cher franck, ravi de ta réaction, cher Leca, j’ai moi aussi le livre d’astier, je le cite d’ailleurs dans ma conclusion dans un sens assez proche du tien…

     

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :