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Guillaume Sayon : le PCF et son congrès : et si nous vivions ensemble une épopée héroïque ?

16 Jan

mcdonalds-2227657_960_720Cela fait maintenant douze ans que je milite au Parti Communiste Français après avoir fait mes armes au Mouvement Jeunes Communistes de France. Issu d’un territoire complexe, totalement abandonné par la force publique, dans un état de précarité et de misère très avancé, j’ai maintenant l’intime conviction, par l’expérience de mon militantisme quotidien, par les lectures et échanges que je peux avoir avec d’anciens ou contemporains acteurs – intellectuels et militants – du mouvement communiste et révolutionnaire, l’idée que le socialisme est non seulement d’une actualité évidente, mais qu’il est un horizon vital pour l’humanité tant le capitalisme l’entraîne vers une inéluctable fin prochaine. Le capitalisme, inscrit dans une logique d’accumulation et une perpétuelle poussée productiviste, est en effet par essence contraire au principe premier de la philosophie humaine, perpétuer la vie en garantissant les équilibres environnementaux, politiques, sociaux, économiques nécessaires à cette visée. Si l’on regarde objectivement les faits, en bons marxistes que nous sommes, il n’est pas déraisonnable voire totalement fou d’affirmer que le capitalisme est le coupable des coupables lorsqu’on cause sérieusement de destruction de notre éco-système, mettant ainsi en péril le devenir de notre civilisation. Si de nombreux et éminents spécialistes ont dit leurs réserves prononcées sur les engagements pris sur le climat lors de la COP 21, c’est bien parce que les enjeux économiques ont primé sur le reste. Sauver le climat sans remettre en cause le modèle économique dominant, c’est comme vouloir être communiste sans remettre en cause la propriété privée des moyens de production.

Nous sommes de plus en plus nombreux à faire le bilan implacable d’un PCF qui ne joue plus son rôle, dénommant l’ennemi par voie de circonvolutions complexes et alambiquées, ne portant plus l’envie, l’enthousiasme, la dynamique de changer radicalement la vie. Pour le dire ou l’écrire plus simplement, le PCF travaille depuis des années à se renier. Paralysé par une vision étriquée et schizophrénique de son histoire, de ses liens avec les expériences du socialisme réel, il s’est pensé comme un adolescent colérique qui doit faire sa mue pour pouvoir être respectable et respecté. Le résultat, c’est un parti à la remorque d’une social-démocratie – peu importe sa forme – spécialisée dans la compromission de classe, qui n’arrive plus à percer les masses et à jouer un rôle d’avant-garde. D’ailleurs, depuis des années, ces concepts fondateurs sont passés à la moulinette de congrès mutagènes jusqu’à recracher une coquille vide qui survit grâce à l’engagement viscéral de militantes et militants sincères et fidèles à l’engagement d’une vie. Des militants qui, malgré toutes les difficultés et couleuvres avalées, croient toujours en l’étincelle.

C’est ainsi que nous vivons une époque étrange où nous avons le sentiment d’un retour en arrière de deux siècles. Alors que le mouvement ouvrier organisé a réussi, non sans mal, à bâtir une doctrine et un mode d’action politique globaux et révolutionnaires, nous revoilà plongés dans des débats qui se tenaient clandestinement aux premières heures de l’ère industrielle. Peuple ou classe ouvrière  ? Organisation de masse ou mouvement  ? Révolution ou activisme  ? C’est bien la faiblesse actuelle du mouvement communiste qui a rendu possible la résurgence de mouvements et pensées qui dressent des leurres sur le chemin de l’émancipation de la classe ouvrière. Ne nous y trompons pas, l’idée du peuple ou des 99 % est la négation même d’une vision classe contre classe qui est pourtant la conclusion évidente qui saute aux yeux pour qui analyse les mécanismes socio-économiques en action sous notre nez. J’invite les camarades qui cherchent à comprendre avec sérieux et méthode cette question politique qui cristallise les oppositions dans notre camp à lire l’excellent entretien (ici) dans le média alternatif “Le vent se lève” de Guillaume Roubaud-Quashie, jeune historien qui dirige la revue scientifique et intellectuelle du Parti, “Cause Commune”. S’il fallait retenir une phrase de ce riche échange, sans doute serait-elle celle-ci : “[ … ]L’horizon des communistes reste un horizon universaliste qui pose le communisme comme objectif. Cet horizon est complètement absent chez Mouffe pour qui il faut trouver une manière de gérer les dérives du capitalisme et les antagonismes dans ce qu’elle appelle un cadre « agonistique » (un cadre de combats, de tensions, de conflits – agôn, en grec). Puisque pour elle, les conflits sont inépuisables et penser les abolir serait contraire à l’anthropologie profonde, selon sa lecture de la « nature humaine » qui se revendique de Freud. Tout cela me semble poser plus de problèmes que cela n’en résout… Dire qu’on renonce à l’objectif de dépassement des conflits de classe, au moment où le capitalisme est de plus en plus inefficient et criminel, me paraît être inopérant et négatif. Donc même si la proposition théorique de Mouffe est intéressante – au sein de la social-démocratie, elle refuse la capitulation pure et simple façon Blair et Schröder et permet ainsi que se mènent bien des combats communs –, elle débouche sur un horizon limité. Il s’agirait de renoncer au communisme au moment même où le capitalisme ne parvient clairement plus à répondre aux possibilités de développement de l’humanité. »

Notre époque fait la démonstration de l’urgence de porter un discours marxiste clair et surtout de l’idée que le capitalisme n’est pas aménageable, on le subit ou on le détruit.

Il est évident que notre entrée dans un nouveau siècle s’est accompagnée de changements profonds avec le développement rapide et incroyablement stimulant des nouvelles technologies, que nos sociétés ont évolué, que la classe ouvrière elle-même s’est fortement transformée et complexifiée. La jeunesse aussi a fortement changé avec de nouveaux codes, une approche militante d’un nouveau genre. Le modèle fordiste a laissé place à un capitalisme des petites unités de production, des filiales et autres trusts astucieusement complexes du point de vue du droit. Il est évident que la globalisation née à l’époque médiévale a connu une ascension spectaculaire depuis l’après-guerre, que la financiarisation de l’économie a radicalement transformé le modèle économique accouchant de crises de plus en plus violentes. Pour autant, les logiques intrinsèques au capitalisme n’ont guère changé. Il est toujours question de contrer la baisse tendancielle du taux de profit, de préférer le capital mort au capital vivant, de pousser les gains de productivité jusqu’à la limite du supportable.

Alors même que la sortie d’un film sur le jeune Karl Marx nous rappelle à quel point la pensée marxiste est d’une grande vitalité, nous souhaitons, nombreuses et nombreux, que le congrès à venir de notre parti soit à la hauteur de tous ces enjeux, que nous ne prenions pas le chemin craint par un certain nombre d’entre-nous, celui d’un faux bilan partiellement complaisant avec nous-mêmes. Nous pensons que le PCF est aujourd’hui en grande difficulté parce qu’il se refuse à revenir sur plus de 20 années de mutation qui sonnent comme autant de renoncements. La jeunesse de notre engagement s’inscrit dans la volonté qui a prévalu lors du congrès de Tours. Une clarification politique essentielle avec un objectif : armer les exploités dans une visée transformatrice. Créer les condition de l’unité et du combat, bâtir un grand et populaire parti politique à l’avant-garde des luttes libératrices.

La difficulté de cette tâche que nous devons impérativement nous assigner, relève quasiment de la psychanalyse. Penser les actes manqués, les frustrations, les mécanismes d’une forme d’aliénation entre une caste dirigeante aux origines sociales nouvelles et une base militante qui se mue dans une discipline de parti autrement nommée légitimisme, qui se refuse à remettre en cause un processus historique interne tant finalement cela s’apparenterait à une mise en cause personnelle. Une forme de contradiction avec la philosophie matérialiste qui est la nôtre, l’idée d’une non responsabilité dans les événements eux-mêmes. On comprend donc pourquoi, en quoi, ce travail si nécessaire est dans le même temps terriblement difficile voire même douloureux. Un questionnaire insignifiant et faussement ouvert n’y changera rien.

Pourtant, j’ai la conviction profonde, pour l’entendre et le vivre depuis des années, que l’immense masse des nôtres à un attachement presque mystique au communisme, à l’identité qui se cache derrière cette vitrine impressionnante, lourde de sens d’un point de vue historique, de l’héritage même. Le parti du colonel Fabien, des fusillés, des brigades rouges, de la décolonisation, de la culture, des arts et de l’éducation populaire, du Front Populaire, de la Sécurité sociale … Pourtant, il y a aussi l’idée d’une déchirure avec cette histoire, comme si pour mieux s’éloigner d’un patrimoine qui tombe avec le mur de Berlin, il fallait vider de toute substance la doctrine révolutionnaire qui donne sens à notre engagement. Ce communisme du XXIe siècle, pour beaucoup, il devrait être celui qui pense le citoyen, l’individu et plus les structures collectives, l’articulation entre classe en soi et pour soi. On voudrait, pour certains encore, pouvoir se délester de bagages encombrants. L’idée d’une purification. Une purification objectivement voisine du néant, me semble t-il …

Ce congrès doit donc nous permettre de réaffirmer notre identité communiste, non pas par fétichisme ou nostalgie, mais bel et bien parce que le communisme est la seule et réelle alternative à notre monde, le chemin à la hauteur des enjeux de civilisation qui se dessinent devant nous. Il n’est pas pour nous question de mener à bien le procès de tel ou tel, de montrer d’un doigt accusateur où sont les coupables et les victimes. Ce que nous voulons, c’est un vrai congrès extraordinaire comme cela nous l’a été promis. Extraordinaire parce que faisant preuve d’audace, parce que sincère et collectif, parce que mettant sur la table un bilan complet et objectif de ce que nous avons décidé ces 20 dernières années. Un congrès qui sort avec une feuille de route totalement limpide. Une clarification stratégique quant aux alliances, une ligne politique renouant avec une grille de lecture marxiste sans ambiguïté, une série de propositions capables de lancer partout en France de grandes campagnes populaires, une direction collégiale en phase avec les réalités de terrain, représentative de l’immense diversité de nos territoires qui sont autant de réalités distinctes. Une communication renouvelée et moderne, la promesse d’un débat national franc et sans tabous sur l’Europe et le PGE, un travail prioritaire sur le renforcement de nos liens avec les organisations politiques communistes d’Europe et d’ailleurs.

Nous ne partageons pas toutes et tous forcément les mêmes points de vue, nous ne sommes pas d’accord sur tout mais nous avons la volonté commune d’inscrire notre parti dans une dynamique enthousiasmante et collective au fond de nous même. Pourquoi donc s’en priver, vivre recroquevillés dans l’amertume et une forme d’attente, comme si les choses allaient s’arranger dans un élan héroïque, à la fois cause et conséquence. L’héroïsme requiert des héros, des héros le courage. La lucidité en est sans doute une étape préliminaire. Il est difficile de faire le bilan de nos pertes, de nos errements et autres erreurs et de voir que congrès après congrès rien ne change. Nous voulons un parti à l’offensive, fier de ce qu’il porte et capable de recréer de l’espoir là où la souffrance sévit durement. Chez les jeunes, chez les travailleurs, chez les retraités, chez celles et ceux qui vivent l’ostracisation, la violence au quotidien pour raisons identitaires, sexuelles, d’origine ou de genre. Nous voulons un parti à l’avant poste de la lutte, capable de regarder droit devant et de tenir tête à la bourgeoisie particulièrement organisée et conquérante.

Avant donc que ne s’enclenchent les différentes étapes du processus congressiste, je voulais lancer ces quelques idées et principes pour nourrir la réflexion de ces innombrables camarades qui s’interrogent sur le sens de leur engagement. Nous voulons un congrès qui réussisse, un congrès qui donne réellement la parole aux militants. « Pas de mannequins dans le parti » disait Thorez. Alors que les bouches s’ouvrent enfin …

G.S

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5 Commentaires

Publié par le janvier 16, 2018 dans Uncategorized

 

5 réponses à “Guillaume Sayon : le PCF et son congrès : et si nous vivions ensemble une épopée héroïque ?

  1. Bernard Gilleron

    janvier 16, 2018 at 3:07

    A reblogué ceci sur Coups de coeur de Bernard Gilleronet a ajouté:
    Exceptionnel billet de blog: il me redonne l’espoir que j’avais perdu

     
  2. quentin zarcone

    janvier 16, 2018 at 4:14

    Prétendre que le communisme mettra fin aux violences/contradictions/luttes sociales est stupide et prétentieux. Il y en aura toujours, il vaut mieux créer un cadre pacifique dans lequel celles-ci peuvent se résoudre et se négocier. Pour le reste y a pas à avoir de débat pendant des siècles : faut juste adopter le programme du salaire à vie de Friot, arrêter de produire des dizaines de milliers de tracts et affiches moches et inutiles, cesser d’envoyer des dizaines de militants partout dans le monde. Financer des projets de coopératives communistes de production, organiser des manifestations de masse sur des revendications offensives (style la semaine de 28H comme en allemagne) et se présenter aux élections avec l’idée du salaire à vie. Si dans la foulée on pouvait transformer le parti (pas pour changer de nom) pour le rendre plus léger, fluide, démocratique et actif sur les réseaux sociaux ça aiderait.

     
  3. Xuan

    janvier 16, 2018 at 5:18

    Le communisme décrit une société sans classe, donc par définition sans violence de classe, ni sexuelle ni intellectuelle, etc.
    Mais pour redresser ce qui est tordu il faut inverser la torsion, aller au-delà du point d’équilibre pour rétablir l’équilibre, c’est-à-dire opposer à la violence et au diktat d’une minorité d’exploiteurs l’autorité, la contrainte, voire la violence de l’immense majorité du peuple. C’est ce qu’on appelle la société socialiste et la dictature du prolétariat.

    Les thèses de Friot prétendent faire l’économie de cette phase indispensable de transition. C’est une utopie paralysante.

    Friot prétend que les retraités travaillent et méritent un salaire de ce fait. Je regrette mais j’ai déjà cotisé pour « mériter » ma retraite, à moins que le patronat ne prenne Friot au mot et exige de chaque retraité qu’il pointe avant de biner ses salades pour « mériter » sa pension…De fait nous n’en sommes pas bien éloignés car de plus en plus de retraités doivent poursuivre une activité salariée, quitte à faire de la concurrence aux jeunes étudiants lors des travaux d’été.

    Monsieur Friot a certainement lu le Capital dans tous les sens, mais à ce que j’en ai retenu un travail qui n’est pas une marchandise n’a pas de valeur d’échange, notion que Friot met sous le tapis pour promouvoir ses propres « innovations ».

    Comme le « salaire à vie » ses thèses reposent sur du vent, nient la nature de classe de l’Etat, la nécessité de le renverser, et mettent la classe ouvrière en couveuse.

     
    • Denis

      janvier 16, 2018 at 10:57

      à Xuan
      Je vous trouve bien agressif à l’égard de Bernard Friot qui est, c’est vrai, un monsieur mais aussi et surtout un camarade
      A ma connaissance je ne pense pas que Bernard Friot imagine qu’on puisse faire l’économie de la dictature du prolétariat pour bâtir une civilisation communiste, sans perdre d’énergie par le passage d’une société socialiste (les mots étant ce qu’ils sont, je ne supporte plus celui de socialisme)
      Et, pour détendre l’atmosphère, il n’a jamais proposé d’installer une pointeuse à chaque rangée de carottes.

      J’apprécie beaucoup et depuis longtemps, du temps où elle avait droit de cité dans la presse du parti, les articles de Danielle

       
    • quentin zarcone

      janvier 17, 2018 at 9:16

      Dans le communisme il n’y a pas de classes au sens pas d’exploiteurs et d’exploités, il n’y a ni riches ni pauvres. Mais par contre subsistent des ouvriers et des cadres, des producteurs matériels et d’autres immatériels, etc. et toute une myriade de petites oppositions qui produiront des conflits, des débats et des luttes, sous une forme bien plus atténuée que celle de la lutte des classes.

      Friot rappelle qu’on a expulser le capital et les capitalistes de pans entier de la production en France et cela sans passer par la dictature du prolétariat.

      Friot dit une chose simple : celui qui a la propriété décide ce qui est considéré comme du travail. Les capitalistes sont les propriétaires, ils décident donc que ne sont considérées comme étant du travail que les activités qui mettent en valeur du capital. C’est pourquoi ni le travail fonctionnaire, ni le travail libre des retraités, ni celui des femmes au foyers, ni celui pratiqué en dehors de l’entreprise (faire son jardin, construire/rénover sa maison, faire son artisanat, réparer des bagnoles etc.), ni le travail des étudiants ne sont reconnus comme étant productifs, donc étant du travail, et devant donc être rémunérés.

      La définition communiste du travail n’est pas la même que celle des capitalistes qu’on vient d’évoquer. Le travail communiste s’émancipe de l’obligation de rentabilité du capital et ré inclut dans le travail toutes les activités déconsidérées que j’ai cité. Elles sont toutes productives, elles méritent donc un salaire.

      Friot entend nous rendre tous retraités d’office dès 18 ans, avec un salaire incompressible de 1500 euro (niveau 1) pouvant aller jusqu’à 6000 euro. Toute valeur produite serait intégralement répartie entre différente caisses : caisse salaires (pour nous payer tous), investissement (pour développer l’activité par la subvention), autofinancement des entreprises (pour pérenniser l’activité), gratuité (pour financer le services publics).
      La production ne serait pas désorganisée puisque nous continuerions à travailler mais sans patrons et sans prêts. Les entreprises seront soit d’état soit des coopératives ; la banque et le prêt disparaissent au profit des caisses et des subventions. De plus, l’entreprise n’ayant plus la responsabilité de payer ses employés, elle pourra embaucher autant qu’il est nécessaire sans craindre de se couler.

      Le salaire à vie libère le travail du carcan capitaliste, il nous libère de l’obligation de nous vendre sur un marché du travail pour pouvoir subvenir à nos besoins, il nous libère du chômage, de la misère, de la banque, de l’usure, de la propriété privée des moyens de productions, de l’obligation d’engraisser un actionnaire etc.

       

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