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Lettres aux anciennes belles de jour…

12 Jan

Résultat de recherche d'images pour "catherine deneuve belle de jour"

A propos du « débat »sur le harcèlement subi par les femmes, je ne me sens pas qualifiée. Je m’explique, cette année j’aurai 80 ans et malheureusement ne se pose plus à moi l’essentiel du débat, le sexe bien sûr et les « hommages intempestifs » mais surtout parce que c’est bien là le point fondamental, la possibilité d’être considérée comme égale en matière de travail et de création (encore que sur ce dernier point la programmation n’a fort heureusement théoriquement pas de limite et peut-être y a-t-il là une piste? ). Donc je conseille à Catherine Deneuve, Catherine Millet et bien d’autres signataires de tenir compte comme moi de leur propre obsolescence avant de se positionner et de mesurer que ce contre quoi on doit lutter à nos âges, les hommes mais les femmes surtout. Nous ne sommes plus des belles de jour. Ce que nous vivons c’est la déqualification de ne plus être les personnes du sexe, d’être les enjeux de rien, et que nos opinions soient si déconsidérées que l’on puisse attaquer nos droits sans que cela suscite un véritable tollé. Partons de là pour apporter ce que nous avons à apporter et qui n’est pas négligeable. Il faut se battre pied à pied pour que notre opinion soit prise en compte parce que nous manquons de points d’appui pour nous faire entendre. Donc vous avez le droit et je vous en félicite de vous exprimer, même si cela exige encore plus d’esprit de responsabilité.

Disons qu’il est des pratiques qui relèvent de la criminalité et qui doivent être traitées comme telles, nous avons assez de mémoire et nos fragilités actuelles doivent pouvoir nous faire considérer que quand c’est NON, c’est NON…  que cela soit dans l’entreprise, dans le métro ou dans le foyer conjugal. Mais là nous sommes je pense tous d’accord. Ce sur quoi nous divergeons est dans la zone d’ambiguïté des « tolérances » sociales.

Nous bénéficions encore vous et moi, des vestiges d’un temps plus doux, celui où les nombreuses conquêtes sociales nous permirent de revendiquer une autre place et nous sentons bien qu’il y a dans cette campagne « balance ton porc » quelque chose qui vise mal et qui risque d’éviter le fond de cette revendication si légitime. Cette revendication que nous ne pouvons que partager si nous sommes de bonne foi, celle à ne pas subir le harcèlement en vue de la promotion canapé ou plus simplement le droit à travailler, à nourrir sa famille, à pouvoir se loger. Parce que c’est ainsi que la question se pose pour la majorité des femmes, loin des feux de la rampe. Nous sentons bien que « les hommes » que nous avons tant aimés ne sont pas la cible réelle, mais qu’il y a autre chose dans l’air du temps qui rend les relations plus violentes, plus narcissiques, plus perverses, est-ce que cela n’a pas à voir avec le durcissement de l’exploitation ? Je le crois. L’être humain perd de sa valeur à tous les sens du terme, on l’achète à moindre coût. Nous vivons une régression et la condition féminine, les droits de la vieillesse sont entraînés dans le sillage avec le retour de tous les conservatismes. Tout ne se réduit pas à cela, mais cette exploitation est l’air du temps, l’éther dans lequel toutes les relations prennent forme et couleur. Si je ne suis plus réellement habilitée à juger de la pénibilité actuelle du harcèlement sexuel ou même de sa réalité dans mon droit au travail, je vois bien ce que cette exploitation sans limite a comme incidence sur ma propre condition. Il y a chez les vieux hommes des être immondes qui le sont d’autant plus qu’ils ne nous considèrent plus comme désirables et qu’ils nous reprochent leur impuissance, mais ils ne sont pas légion, en revanche l’attaque généralisée contre nos droits crée un micro-climat anti-vieux qui est en train de s’étendre et il est considéré comme presque normal que le reproche de votre vieillesse vous soit lancé comme une disqualification sans appel, quelle que soit la richesse de ce que vous avez à apporter. Et vous reconnaîtrez mes chères contemporaines que le fait d’être femme est dans la vieillesse une circonstance aggravante.

Nous avons connu le temps des conquêtes de nos droits en tant que femmes dans le sillage des victoires prolétariennes et nous voyons la différence avec ce temps de contre-révolution. Il y a de cette conscience dans votre prise de position, malheureusement elle est déformée par ce que vous reprochez aux « féministes », c’est-à-dire leur position bourgeoise autocentrée sur elle-même et l’erreur dans la cible. Vous avez raison de repousser  la victimisation au lieu de la liberté, mais la liberté ne peut dépendre de cet individualisme, de ce ghetto de riche. Votre position de « privilégiée » est une caricature de ce que l’on veut faire de mai 68, un élan libéral libertaire qui s’est engouffré derrière les Cohn Bendit et autre goupil derrière la haine du mouvement ouvrier et l’apologie du capital, moi, moi, encore moi, je me pavane dans ma notoriété et dans la vision microscopique de ma propre glorification. Ce qui empêche de trouver un langage commun et surtout une manière de le traduire en actes c’est peut-être qui se fait entendre et qui est condamnée au silence, ça s’exprime beaucoup du côté de la bourgeoisie et cela contraint les termes du débat. Il y manque encore et toujours ce qui a été à la base de nos conquêtes fragilisées aujourd’hui par cette absence.

Est-il possible de poser les problèmes autrement ? Je le crois mais ce ne sera pas sans un effort de chacun pour mesurer l’état réel de notre société, en attendant je ne me reconnais malheureusement dans personne et je soutiendrai des combats qui me paraissent posés avec plus de clarté et ne pas générer une confusion préjudiciable à ce que chacun croît défendre.

Danielle Bleitrach

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10 Commentaires

Publié par le janvier 12, 2018 dans Uncategorized

 

10 réponses à “Lettres aux anciennes belles de jour…

  1. lefroggy01

    janvier 12, 2018 at 3:21

    Le film Le Crime de Monsieur Lange (1936) montre les hommes ‘tels qu’on les a tant aimés’ et de l’autre coté le patron qui viole son employée. Les relations d’amitié entre les employés des deux sexes est un des plaisir du film, ainsi que la relation entre l’heroine (jouée par la magnifique Florelle) et le hero. C’est elle qui mène la danse.
    Un de mes films preferes, surtout pour les relations entre les sexes. Les relations d’exploitation sont entre les classes, pas entre les sexes.
    En ce qui concerne la vieillesse, si on fréquente les danses de salon ou autres sociétés pour personnes âgées on voit que les attractions continuent. C’est seulement que l’éventail d’age (de personnes qui vous regarderont) diminue. On n’est pas toujours jeune, mais on est toujours femme.

     
  2. leca

    janvier 12, 2018 at 3:24

    Danielle a évidemment raison. Et puis comme souvent elle choisit bien ses photos. Celle ci est issue d’ une scène intrigante du film de Bunuel où un Coreen montre a Deneuve quelque chose qui crisse et la dégoûte . Elle refuse, mais plus tard la même s’approchera langoureusement du bonhomme qui torse nu joue des castagnettes en psalmodiant. Dans la longue liste d’hommes tarés qui traversent ce film, ( interprétés par Francis Blanche, François Maistre, Georges Marchal et d autres ..) c est encore lui qui semble savoir ensorceler une femme: Le chaman charmant en quelque sorte.

     
    • leca

      janvier 12, 2018 at 3:28

      .. aux dernières nouvelles il n est pas Coréen mais Tibétain. Raisons de plus

       
      • Robert Lechêne

        janvier 12, 2018 at 11:34

        Iska Khan n’est ni coréen, ni tibétain, mais (français) d’origine kalmouk, actuellement âgé de 93 ans.

         
      • leca

        janvier 13, 2018 at 8:42

        A Robert Lechêne, merci de l info. wikipedia n est pas toujours fiable. A vrai dire j’ai cru longtemps qu il s agissait de l’acteur jouant Odjob le méchant au chapeau coupant de Goldfinger .

         
      • Robert Lechêne

        janvier 15, 2018 at 7:51

        Sans doute ayant lu notre échange, wikipedia vient de corriger et d’indiquer l’origine kalmouke d’Iska Khan. Amitiés..

         
  3. frank

    janvier 12, 2018 at 3:37

    bonjour chère danielle,
    Je suis d’accord avec toi.
    Curieux,j’aimerai connaitre ton opinion de féministe communiste,au sujet de certaines thèse peut être mysogines,de Michel Clouscard?
    bien à toi frank

     
  4. histoireetsociete

    janvier 12, 2018 at 5:24

    cher Leca, si je suis d’un indulgence coupable avec toi c’est que tu as une vision si affûtée que tu perçois la moindre nuance du propos et des images, si mon souvenir est bon, le Chinois-Coréen a une boite avec des objets étranges et qui relèvent de la chirurgie plus que du chamanisme… Cela est de l’ordre de ce que dit sade dans les journées de Sodome et Gomorrhe, après avoir exposé le pire qui se puisse envisager, il en arrive à l’exclamation : et nous fermerons la porte parce qu’il est des choses que l’on doit laisser à l’imagination… Et avec ce personnage Bunuel ferme la porte sur ce que l’imagination peut envisager de l’ordre de l’énigmatique fu man chu et des supplice chinois… le tout avec une Catherine deneuve qui reste aussi lisse, aussi inattaquable que justine sans cesse régénérée par les malheurs de la vertu. Donc il y avait aussi un clin d’oeil à d’autres dames qui ont beaucoup donné dans le fantasme, la maitresse femme de Robbe grillet, Brigitte delahaye (?) et Catherine millet. Une sorte d’hommage au poème de desnos chanté par Juliette greci « fragile et rêveuse » quand elle devient centernaire et qu’elle rêve du marquis de sade ou du garçon boucher. là encore un fantasme par rapport aux désirs féminins réels…
    En ce qui concerne Michel Glouscard je n’éprouve pas pour lui la fascination de Monville, je l’ai connu et je crois (c’est une impression personnelle) qu’il était assez rebuté par les femmes… Son grand mérite est d’avoir vu le temps du libéral libertaire mais il y a chez lui une dimension « réactionnaire » et il me fait penser plus à proudhon qu’à Marx, à cause de la confusion conceptuelle et l’anti-féminisme… Peut-être était-il antisémite également mais ça je l’ignore simplement je ne sais pourquoi souvent ça va avec.
    Mais je crois que les communistes ont un rôle bien spécifique à jouer, ils n’ont pas à assumer tous les aspects progressistes de la réalité, il faut qu’il sache reconnaître ce que chaque mouvement porte effectivement de progressiste mais pour lui donner une issue il faut qu’ils sachent en tant que force organisée, politique et ethique, créer les conditions d’une véritable perspective révolutionnaire parce que sans cela c’est la confusion et les égarements multiples…

     
  5. leca

    janvier 13, 2018 at 7:29

    ‘ il faut qu’il sache reconnaître ce que chaque mouvement porte effectivement de progressiste mais pour lui donner une issue il faut qu’ils sachent en tant que force organisée, politique et ethique, créer les conditions d’une véritable perspective révolutionnaire parce que sans cela c’est la confusion et les égarements multiples ‘
    Rien à ajouter, tout est dit.

     
  6. chachashire

    janvier 14, 2018 at 11:15

    Le viol et le harcélement ne sont pas des histoires de sexualité, pas seulement en tout cas !
    Selon les statistiques citées par les féministes, le viol est un instrument de domination où les rapports de classe entre violeur et victime sont plus important que l’attrait sexuel ( supposé ) de la victime.
    Vous et les autres dames citées êtes parfaitement « qualifiées ». Par ailleurs dans les histoires de vie de ce siècle on se retrouve souvent célibataire à l’àge mur, et souvent à la recherche de relations amoureuses ; ce fait est important dans la façon dont les femmes mures envisagent la séduction, beaucoup moins favorable. Le type humain de « la veuve joyeuse » incarné avec talent par Alice Sapricht en son temps, est loin d’être marginal de nos jours.

    Le point de vue qu’elles expriment est nourri par un constat qu’elles ont pu faire chez les hommes, ou devrions nous dire les màles ? En est-il une analyse pertinente ? Je ne le pense pas tout à fait, sans savoir par quoi le remplacer.

    Enfin pour en revenir à l’idéologie féministe, assez radicale qu’on voit à l’oeuvre en ce moment : un mouvement politique a besoin d’une idéologie, d’une épée, pour modifier les rapports de force ; on n’agit pas en politique sans perturber, géner les gens, et parfois souvent les gens les moins « coupables ».
    Plus que l’épée et les injustices que son passage occasionne hélas, je préfère envisager la suite pragmatiquement. Pour cela il faut pouvoir intégrer tous les points de vue.

     

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