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Sauver les homards et le capital…

11 Jan

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J’ai lu et relu cette nouvelle dans le Soir belge en me demandant s’il ne s’agissait pas du Gorafi, mais non… en Suisse il est désormais interdit de jeter les homards vivants dans l’eau bouillante et de les transporter sur de la glace.(1)

En revanche je n’ai pas vu de disposition contre le fait que des migrants traversaient les Alpes les pieds gelés nécessitant l’amputation, ce qui s’est vu.

J’ai repensé à la pièce de Brecht sainte Jeanne des abattoirs écrite en collaboration avec Elisabeth Hauptmann (et d’après une pièce de cette dernière). Cela se passe à Chicago, Mauler, le roi de la viande, reçoit une lettre de ses amis boursicoteurs new-yorkais : le marché est saturé, il faut sortir de là. Que fait le malin Mauler ? Il joue la comédie, celle de l’homme qui n’a jamais bien supporté la vue du sang, ces yeux de bœuf qui vous regardent à l’heure du trépas, il dira à Jeanne son chagrin à la vue de ce beau taureau blanc. En fait il s’entend avec un autre marchand de viande pour en abattre un troisième qui casse les prix. Ces gens là sont si immondes, ils ont le cuir si épais qu’ils semblent installés là pour toujours.

Mauler, le roi de la viande qui ne supporte plus d’abattre de nobles animaux ferme temporairement l’usine (le temps d’acheter de nouvelles machines qui réduiront le nombre d’ouvriers. En face, les victimes. Les ouvriers mais les éleveurs de boeuf aussi. Des chômeurs en puissance, donc. Les ouvriers disent avec violence et rudesse leur désespoir : « ça fait longtemps / que ce travail nous dégoûte / cette usine est un enfer / et seules les terribles misères / dans la froideur de Chicago / nous retenaient dans ces entrepôts. / Mais maintenant on ne peut plus / pour douze heures de travail / acheter du pain rassis / ni même un pantalon. / Autant partir d’ici / et crever tout de suite ! »

Apparaît Jeanne Dark qui tombe du ciel à tous les sens du terme et que heurte la rudesse et la violence de ce monde ouvrier, c’est un membre des « chapeaux noirs », l’armée du salut venue apporter de la soupe pour convertir les brutes ouvrières, les inviter à la résignation. Elle se laisse avoir par les pleurs de Mauler sur la condition animale et sa douleur à les voir abattre. Mais elle surprend une scène qui va bouleverser sa vie : une femme dont le mari a disparu se doute bien qu’il a été victime d’un accident du travail (happé par la machine, son corps haché menu se mêlera à celui de la viande de bœuf dans des boîtes de corned beef), elle veut la vérité. Quand le bras droit du directeur lui propos d’acheter son silence contre quelques semaines de nourriture à la cantine de l’usine, elle accepte, oublie ses questions. Jusqu’à ce qu’elle voie un homme porter la veste pourrie de son défunt mari. « Tu m’as montré la méchanceté des pauvres, Mauler, / Et moi je te montre la pauvreté des pauvres », dira Jeanne.

Et elle quitte les chapeaux noirs, chômeuse elle rejoint les grévistes. « Avancez, vous qui êtes harassés et chargés, avancez dans la lumière du jour. N’ayez pas honte. » Mauler craint ce qu’il voit derrière elle, « des visages si effroyables de misère, celle qui justement précède la colère ».

Elle est tuée dans une manifestation et les industriels des abattoirs ont gagné une fois de plus, seront-ils éternels?

Brecht montre le visage faustien du capital et la manière dont la bonne conscience hypocrite accompagne ses crimes.

(1) je le dis avec d’autant plus d’étonnement devant la tendance à légiférer dans ce domaine, que je suis incapable de jeter langouste, homard ou tout autre créature vivante dans l’eau bouillante…

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3 Commentaires

Publié par le janvier 11, 2018 dans Uncategorized

 

3 réponses à “Sauver les homards et le capital…

  1. Reitnomud

    janvier 11, 2018 at 11:40

    De toutes façons, faire bouillir un homard est une faute de gout impardonnable. Un homard, ça se coupe en deux vivant et ça se fait griller 6 ou 7 minutes… Point… avec une petite sauce au beurre blanc… Le homard bouilli c’est bon pour les yankees !

     
  2. etoilerouge

    janvier 11, 2018 at 2:10

    Cela me rappelle les manifs anti corrida, la lutte contre la chasse ces paravents de l’exploitation et de la montée de la misère des travailleurs,des inégalités et de leurs violences accrues.Sauvez le cerf mais laissez crever les chômeurs et leurs enfants.

     
  3. Jeanne Labaigt

    janvier 12, 2018 at 9:01

    N’ébruitons pas le fait qu’il existe un estuaire qui s’appelle la Gironde, les Suisse risqueraient de nous pondre une loi anti-préparation de la « lamproie à la bordelaise » !
    Plus d’ortolans, bientôt plus de piballes (la cuisine de notre Gascogne disparue) mais des enfants livrés tout cru au trafic,au guet dans les cités, à la merci d’être eux mêmes l’objet des trafics du capital généralisé…

     

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