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Un enregistrement de la voix de Freud, 1938, pour la BBC

09 Jan

4 juin 1938 : Freud, sa femme et sa fille Anna quittent Vienne, à l’aube du 5 juin (3 heures du matin), par l’Orient Express en compagnie Paula Fichtl, leur gouvernante, du le docteur Josefine Stross Lün, la chienne, sans avoir obtenu uen autorisation de sorite pour les quatre sœurs du psychanalyste. Dorothy Burlingham qui vivait avec ses quatre enfants  dans l’appartement de la Bergasse, rejoint Freud dans l’exil et vivra avec la famille jusqu’à sa mort. Il laisse la ville où il a vécu 79 ans. Avant de quitter Vienne pour l’exil, Freud a choisi avec soin les quelque 800 livres qui formeront sa bibliothèque londonienne. A côté d’ouvrages et de revues scientifiques, il rassemble des histoires de l’art ou du judaïsme, mais aussi ses auteurs littéraires de prédilection : Shakespeare, Goethe, Gogol, Balzac ou Anatole France. Marie Bonaparte le reçoit à Paris. Bullit l’attend à la gare. Freud arrivant en 1938 à la Gare de l’Est répond à la demande des journalistes de dire quelque chose : « Je suis le  refoulé ». Freud, Anna et Martha passent la journée dans la maison de la princesse, rue Adolphe Yvon (où sont conviés quelques psychanalystes français dont Lagache qui y est présent et Lacan qui n’honore pas à cette invitation) et poursuivent leur voyage en ferry boat la nuit suivante. À Londres, une grande foule attend Freud à Victoria Station. La revue The Lancet écrit : « Son enseignement a en son temps soulevé une controverse plus aiguë et un antagonisme plus amer que n’importe quel autre depuis celui de Darwin. À présent, en son vieil âge, rares sont les psychologues, de quelque école que ce soit, qui ne reconnaissent pas leur dette envers lui. Certains des concepts qu’il formula clairement pour la première fois se sont introduits subrepticement dans la philosophie actuelle en s’opposant au mur d’une opiniâtre incrédulité qui, comme il l’admet lui-même, n’est que la réaction naturelle de l’homme à une vérité insupportable ». Les Freud s’installent à Londres, à L’Esplanade Hotel avant de loger au 20 Maresfield Gardens (maison aujourd’hui, comme celle du 19 de la Bergasse, à Vienne, transformée en musée). Malinowski compte au nombre des premières personnalités à accueillir Sigmund Freud dans son exil. Freud écrit alors « je suis reconnaissant à l’Angleterre, chère et libre, pour découvrir qu’ici je peux de nouveau parler et écrire – j’étais en train de dire… penser» »

Sigmund et Anna Freud rejoignent la British Society. Freud confie à la BBC un enregistrement de sa voix : c’est un court message dans lequel lit un texte qu’il a commencé à rédiger en allemand et qu’il poursuit en anglais : « Dans ma quatre vingt-deuxième année, j’ai quitté mon chez-moi à Vienne à la suite de l’invasion allemande et je suis venu en Angleterre où j’espère terminer ma vie dans la liberté [phrase en allemand]. J’ai commencé mon activité professionnelle comme neurologue essayant d’apporter un soulagement à mes patients névrosés, sous l’influence d’un ami plus âgé et dans mes propres efforts, j’ai découvert des faits nouveaux et importants concernant l’inconscient dans la vie psychique, le rôle essentiel des motions pulsionnelles, etc. De ces trouvailles, naquit une science nouvelle, la psychanalyse, branche de la psychologie se définissant comme une nouvelle méthode de traitement de la névrose. J’ai payé cette chance à un prix très lourd. On refusait de croire aux faits que j’avais mis en évidence, on jugeait mes théories inconvenantes ; la résistance fut des plus fortes. Enfin, je réussis à me faire des disciples et à mettre en place une association psychanalytique internationale, mais le combat est loin d’être terminé [en anglais] ». Ce témoignage poignant indique aussi un passage, la langue de la psychanalyse ne sera plus l’allemand mais l’anglais. Viendront ensuite le style de Lacan et ses inventions qui feront du français une des langues majeures de la psychanalyse, puis l’extension de la psychanalyse en Amérique du Sud confirmera le polyglotisme des langues en quoi se parle et et se pense l’œuvre de Freud.

 

Publié il y a 25th December 2014 par Olivier Douville

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Publié par le janvier 9, 2018 dans Uncategorized

 

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